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ZOFIA SAWANIEWSKA-MOCHOWA

Institut de slavistique de l’Académie polonaise des sciences, à Varsovie

Identifiant ORCID: https://orcid.org/0000-0003-2916-6736

DOMAINES DE RECHERCHE: dialectologie, ethnolinguistique, lexicographie des parlers, polonais régional.

DOI: https://doi.org/10.35321/bkalba.2024.97.07

LES JOURNAUX D’EMILIA WRÓBLEWSKA, NÉE BENIOWSKA, DE 1850 À 1886, COMME SOURCE POUR LES RECHERCHES LINGUISTIQUES ET CULTURELLES1

MOTS-CLÉS: diaristique, herstory, XIXe siècle, Lituanie, édition numérique de sources, polonais des confins du Nord.

RÉSUMÉ

L’article présente les différentes perspectives de recherche qu’ouvre aux linguistes et aux historiens de la culture le riche héritage diaristique d’Emilia Wróblewska, conservé au département des manuscrits de la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Lituanie Wróblewski, à Vilnius. Les écrits de cette autrice relativement peu connue de la Lituanie du XIXe siècle méritent une réflexion humaniste à multiples facettes et une large diffusion dans le monde scientifique. Tel est l’objectif du projet de documentation et de recherche actuellement mené: présenter les manuscrits de Wróblewska sous la forme d’une édition numérique accompagnée d’une étude critique, et mettre en lumière les aspects idéologiques, linguistiques et littéraires de l’écriture intime féminine produite dans le contexte des partages.

1 L’article a été rédigé dans le cadre du projet Egodocuments d’Emilia Wróblewska, 1850–1886 – témoignage sur la vie et les convictions idéologiques d’une Polonaise issue des milieux intellectuels de Vilnius. Édition numérique de sept journaux accompagnée d’une étude critique et d’une e-monographie, financé pour la période 2023–2028 dans le cadre du programme « Programme national pour le développement des sciences humaines », projet no NPRH/F/SP/507578/2021/11, module « Fondements ». Les partenaires du projet sont la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Lituanie Wróblewski, à Vilnius, et le Centre de compétences numériques de l’Université de Varsovie. Le présent texte constitue une exploration préliminaire et repose sur un premier dépouillement des sources; les réflexions et observations présentées ne prétendent donc pas constituer une étude exhaustive assortie de conclusions développées. Une analyse linguistique et stylistique complète des écrits de Wróblewska ne sera proposée que dans l’e-monographie collective qui viendra couronner le projet.

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RÉSUMÉ

L’article met en lumière les diverses perspectives de recherche qui s’ouvrent aux linguistes et aux historiens de la culture grâce à l’étude du riche héritage diaristique d’Emilia Wróblewska, conservé au Département des manuscrits de la Bibliothèque Wróblewski de l’Académie des sciences de Lituanie, à Vilnius. Les écrits de cette autrice relativement peu connue de la Lituanie du 19the siècle méritent une réflexion humaniste multidimensionnelle et une plus large diffusion dans la communauté scientifique. Le projet documentaire et de recherche actuellement en cours a donc pour objectif de présenter les manuscrits de Wróblewska sous la forme d’une édition numérique accompagnée d’une étude critique, et de mettre en évidence les aspects idéologiques, linguistiques et littéraires de l’écriture intime féminine, créée à l’époque des partages et de la domination de l’Empire russe.

L’écriture intime féminine du XIXe siècle suscite un intérêt croissant, mais aussi une polarisation des opinions sur ce genre d’écrits. Certains chercheurs considèrent ce type de création comme une source historique marginale et une littérature épigonale de valeur artistique douteuse; d’autres, au contraire, voient dans les égodocuments féminins un témoignage sincère de la vie et des activités de leurs autrices, ainsi qu’un document sur les événements représentés à travers le prisme des sentiments et de l’expression des femmes qui écrivent (Griškaitė 2012: 296). Les écrits biographiques féminins de la Lituanie du XIXe siècle constituent des sources précieuses, bien que trop peu exploitées, pour étudier la langue, les opinions et les aspirations des militantes issues des milieux intellectuels, leur travail organique en faveur de la préservation de valeurs fondamentales (le service de la patrie et de la société, la foi en Dieu, la famille, l’éducation des femmes, l’éducation patriotique et civique des enfants), ainsi que la construction de stratégies de survie après l’échec des insurrections de libération nationale. Les attitudes des femmes et leurs dilemmes liés à leur engagement dans la vie publique au tournant des XIXe et XXe siècles constituent un domaine de plus en plus présent dans l’historiographie contemporaine, tant polonaise que lituanienne (voir, par exemple: Kałwa 1997, 2014; Bairašauskaitė 2011; Żarnowska 2014, ainsi que les ouvrages de la collection Kobieta i... dirigée par Anna Żarnowska et Andrzej Szwarc).

Dans cette brève esquisse, je me propose uniquement de signaler les perspectives de recherche intéressantes qu’ouvre aux chercheurs en sciences humaines le riche héritage diaristique d’Emilia Wróblewska, née Benjowska, et d’expliquer pourquoi il convient de mettre ces manuscrits à la disposition des chercheurs sous la forme d’une édition numérique moderne, en tant que témoignage de la vie, de la langue et de l’univers axiologique d’une femme issue des milieux intellectuels de Vilnius à l’époque post-insurrectionnelle — une femme qui s’accomplit dans divers domaines: écrivaine amateur, mère dévouée, enseignante, mais aussi personne peu heureuse dans son mariage, intérieurement déchirée entre les idéaux conserva-

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tywnego społeczeństwa (zob. Medišauskienė 2001) a potrzebą przekraczania granic ról społecznych i poszukiwania dróg osobistego rozwoju intelektualnego. Aspiracje edukacyjne i samokształceniowe kobiet na Litwie od końca XVIII w. do początku w. XX przedstawiła szerzej Olga Mastianica w książce pod znamiennym tytułem Praverus namų duris (Po uchyleniu drzwi domu), ukazując stopniowe ewoluowanie ich ról społecznych, od opiekunki domu i co najwyżej pomocnicy mężczyzny, ku aktywności intelektualnej i zawodowej (Mastianica 2012). Emilia Wróblewska nie należy do postaci, które są opisywane w podręcznikach historii czy literatury polskiej, jak i litewskiej, ale też nie jest to osoba przez badaczy zupełnie niedostrzegana. Jest wspominana w publikacjach na temat dawnej Biblioteki Wróblewskich w Wilnie (np. Białokozowicz 2002: 207–208), jej imię figurowało obok imienia męża w nazwie tej instytucji (Biblioteka im. Eustachego i Emilii Wróblewskich, obecnie Biblioteka Litewskiej Akademii Nauk im. Wróblewskich). Wzmiankowali o niej też biografiści jej męża, zesłańca, lekarza-homeopaty i społecznika, Eustachego Wróblewskiego (1826–1891), a zwłaszcza badacze życia, działalności i postaw ideowych jej synów, Tadeusza Stanisława Wróblewskiego (1858–1925), słynnego wileńskiego adwokata, bibliofila, działacza społecznego, zesłańca i Augustyna Aniceta Wróblewskiego (1866–po 1913), naukowca, biochemika, socjalisty, teoretyka i propagatora anarchizmu. O obecności diarystyki Wróblewskiej w wileńskich zbiorach archiwalnych informowała w 1999 r. również historyczka Tamara Bairašauskaitė, ale przedstawiła te źródła fragmentarycznie (Bairašauskaitė 1999: 36–37). Cenny walor informacyjny dla zainteresowanych XIX-wieczną diarystyką kobiecą mają dane archiwalne na temat dzienników Wróblewskiej wraz z syntetycznym streszczeniem ich zawartości, umieszczone w bazie elektronicznej Archiwum Kobiet2, opracowanej w Instytucie Badań Literackich w Warszawie.

La chercheuse lituanienne Reda Griškaitė (2012, 2017) a introduit plus largement la figure de Wróblewska dans le discours historique; elle a présenté en détail des aspects biographiques intéressants et l’œuvre de la diariste comme une source précieuse pour les recherches littéraires et historiques. Elle a également publié des extraits choisis des écrits de l’autrice datant de différentes années, mais aucun des 7 volumes de l’héritage diaristique de Wróblewska (qui compte environ 1 200 pages) n’a encore fait l’objet d’une édition critique.

2 http://archiwumkobiet.pl/autor/wroblewska-emilia [consulté le 2024 02 13].

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Les égodocuments de la diariste, née en 1830 dans la ville de Kobryn, dans le gouvernement de Grodno, fille d’Augustyna Kryńska (1809–1869) et du major Bartłomiej Beniowski (1800–1867), participant à l’insurrection de novembre et émigré (Lewak 1935: 429), doivent encore faire l’objet d’une étude approfondie sous l’angle linguistique et culturel, et être présentés dans le contexte des écrits féminins, en lien avec leur cadre biographique, familial et social. Élevée dans les traditions du patriotisme romantique, elle ne fit la connaissance de son père, émigré après l’insurrection de novembre et militant à l’étranger (Harris 2019), que plus de 20 ans plus tard, à Londres. Elle l’admirait pour son courage, sa mémoire prodigieuse et ses travaux scientifiques; dans son journal, elle écrivit au sujet de son père exilé: « car il pouvait tout trouver sur une terre étrangère, / mais chercher en vain ce qui lui manquait — l’aide, les conseils, la gloire, / tous les lui donneront, mais le cœur, est-il donc si facile à trouver / et qui plus est chez les Anglais » (DBW1, Vilnius, 16 septembre 1851, f. 38r)⁳.

La sœur de la mère d’Emilia, Leokadia Andrzejkowiczowa, née Kryńska (1810–1882), prit elle aussi part au mouvement indépendantiste; elle dirigeait à Vilnius un pensionnat de jeunes filles, fermé après l’insurrection de janvier, en 1864. Grâce aux recherches archivistiques approfondies de R. Griškaitė (2017: 102–103), on sait désormais qu’Emilia Wróblewska était, pour son époque, une femme instruite. Elle reçut d’abord une éducation à domicile, puis fréquenta les meilleurs pensionnats de jeunes filles de Vilnius et l’Institut de la noblesse de Vilnius. Elle avait des aptitudes pour l’apprentissage des langues et connaissait le français, l’allemand, le russe et l’anglais. Elle entreprenait volontiers aussi la traduction de livres qu’elle faisait venir de l’étranger. Elle traduisit de l’anglais en polonais un ouvrage scientifique de son père, A Handbook of Phrenotypics for Teacher and Student (Londres, 1842)⁴, et du français un recueil de méditations religieuses intitulé Les Paillettes d’Or (Okru

3 Dans les citations tirées des journaux de Wróblewska, je conserve les caractéristiques linguistiques des originaux. Je ne modernise pas l’orthographe de la diariste selon les règles actuelles, car elle peut refléter des traits de prononciation régionale et l’usage des confins, ainsi que documenter les processus orthographiques et phonétiques encore à l’œuvre dans la langue polonaise générale du XIXe siècle. Je ne supprime pas non plus les passages barrés par l’autrice elle-même. Je modernise uniquement la ponctuation et j’ajoute les signes nécessaires pour des raisons syntaxiques et logiques. Je considère comme un maniérisme graphique le fait que l’autrice place des traits d’union ou des tirets plus longs en indice inférieur. Ceux-ci remplissent parfois la fonction d’un point, d’un point-virgule ou de points de suspension; ils peuvent également annoncer une incise. Je n’exclus pas non plus que l’autrice ait ainsi signalé de forts états émotionnels (une sorte de ponctuation émotive).

4 Le manuscrit de 60 feuillets de cette traduction, assorti d’une préface de Wróblewska rédigée le 16 novembre 1886, est conservé dans les collections de la Bibliothèque de l’Académie des sciences de Lituanie Wróblewski (abréviation utilisée ci-après: BW LAN), cote F9–242. Elle rapporta le livre de son père de Londres, très probablement après 1855; un exemplaire de l’ouvrage de Beniowski est conservé à la BW LAN, cote 41915.

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ches d’or. Bouquet de menus conseils pour sanctifier et rendre heureuse la vie5). En 1851, elle commença à travailler comme institutrice dans une école de jeunes filles dirigée à Vilnius par sa tante Andrzejkowiczowa, déjà mentionnée, et par la mère d’Emilia, Augustyna, née Kryńska Beniowska. Elle obtint également l’autorisation de donner des cours particuliers de français. Les journaux documentent le goût de Wróblewska pour l’éducation à la base, qu’elle concevait comme l’éducation des enfants (le perfectionnement de leur force morale) et leur instruction; ils témoignent aussi de ses dispositions pour la recherche et, enfin, de son aspiration au perfectionnement personnel grâce au choix de lectures variées, destinées à approfondir ses connaissances dans différents domaines et à développer sa spiritualité.

Wątkiem, który wymaga gruntownego zbadania jest podana przez R. Griškaitė (2017: 90) za biografami rodziny Wróblewskich i badaczami oświaty na Litwie w XIX w. (por. Romanowski 2003: 285) informacja o prowadzeniu przez Emilię przez 40 lat tajnej pensji dla dziewcząt w Wilnie, w której edukację początkową pobierały uczennice z najznakomitszych miejscowych rodzin. Sugeruje to inskrypcja „40 lat dzieci uczyła” umieszczona na nagrobku Wróblewskiej na cmentarzu na Starej Rossie. W samych dziennikach nie znajdujemy na ten temat informacji, być może był to ze strony autorki rodzaj autocenzury, by nie zdradzać szczegółów, które mogłyby zagrażać bezpieczeństwu uczennic i ich rodzin, gdyby trafiły w nieodpowiednie ręce. W jednym tylko wpisie, dokonanym prawdopodobnie w 1884 r., w Notatach różnych zatytułowanych Moje mysli (bardzo trudnych do odczytania), podzieliła się taką refleksją: „Jestem nauczycielką od 15 r. życia, a / teraz mam już lat 54. [nieczytelne], więc od lat zajmuję się pracą tak ciężką dla innych, a dla mnie tak miłą, kocham wiek dziecin[n]ny, młodociany” (NRW2, k. 17v), Z prostego wyliczenia wynika zatem, że niemal 40 lat Wróblewska zajmowała się nauczaniem u podstaw.

5 BW LAN, cote F9–928, 929. Un cahier contient les traductions de deux recueils de méditations, désignées par des cotes distinctes, pour un total de 155 feuillets. Le catalogue des manuscrits de BW LAN indique les années 1871–1873, tandis que, dans la source elle-même, le premier recueil est daté de 1868–1870 et le second de 1871–1873. La notice du catalogue mentionne également la publication du manuscrit intitulé Złote okruchy (1877), à l’imprimerie de Józef Zawadzki. La publication ne précise toutefois pas qui a réalisé la traduction. La page de titre ne porte que le sous-titre Zbiorek pierwszy, alors que le livre contient les deux recueils, comme on peut le constater en consultant l’exemplaire numérisé de Złotych okruchów, provenant de la bibliothèque paroissiale de Liszki, voir https://polona.pl/item-view/056e4994-7432-4324-bd9d-3e2465385e0c?page=4 [consulté le 2023 12 01]. La comparaison du manuscrit de la traduction avec le texte publié établit sans équivoque qu’il s’agit d’une traduction de Wróblewska. Reste toutefois énigmatique la raison pour laquelle le nom de l’autrice de la traduction n’a pas été révélé dans la publication.

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La diariste ne s’épanouissait pas seulement dans les rôles d’écrivaine amateur et de traductrice; comme ses journaux l’attestent avec force, elle était aussi une mère profondément attachée à ses enfants et engagée dans leur formation intellectuelle. Dans les Notaty pedagogiczne, rédigées en 1867 lors de son séjour à Londres, elle révéla que le temps passé loin de sa famille devait être mis à profit au mieux pour étudier la phrénotypie6, lire des ouvrages historiques, maîtriser l’anglais et « travailler <...> sur tout ce que je verrai pouvoir être utile à mes enfants » (NPW, f. 1v).

Sur les sept enfants des Wróblewski, seuls deux fils atteignirent l’âge adulte; Wróblewska perdit trois fils (Władysław, Zygmunt et Kazimierz) et deux filles (Stanisława et Maria). Sa fille Maria, pour laquelle elle tenait un journal, mourut à un âge inférieur à 18 ans. La diariste mourut à l’âge de 56 ans; elle tint ses journaux pendant près de 30 ans, avec une longue interruption entre 1873 et 1877, puis entre 1879 et 1883. Elle appartenait à ces femmes qui, comme l’a si justement formulé R. Griškaitė, « ne pouvaient pas ne pas écrire » (Griškaitė 2017: 109).

L’héritage manuscrit d’Emilia Wróblewska constitue une précieuse source pour des recherches linguistiques aux orientations diverses. Le polonais est une valeur constitutive de l’axiologie patriotique de la famille noble; pourtant, aucun des chercheurs qui ont étudié jusqu’ici les manuscrits de la diariste ne s’est concentré sur leurs qualités linguistiques, la graphie de ses écrits, ni la diversité stylistique et générique de l’œuvre de Wróblewska. Or ses égodocuments — non seulement ses journaux, mais aussi ses lettres, traductions et résumés de lectures7 — sont précieux

6 Le terme de phrénotypie (de l’anglais phrenotypics) fut employé par Bartłomiej Beniowski pour désigner la machine qu’il avait conçue afin d’améliorer la capacité de mémorisation et d’assimiler une grande quantité de données; pour en savoir plus, voir: Griškaitė 2017: 98. La diariste elle-même appelait l’invention de son père « images de la mémoire », « merveilles de la mémoire » et, dans la préface à sa traduction de l’ouvrage anglais de Beniowski, elle écrivit: « Son esprit inventif cherchait une machine motrice <...>, qui imprimât dans sa mémoire, cent fois / plus rapidement, cette masse / de connaissances qu’il voulait confier à sa / mémoire — et qui, tout en étant rapide, eût / une telle force qu’après les avoir imprimées une fois dans le cerveau, elle les y gravât si profondément qu’elles ne fissent avec lui qu’un, / formant un tout indissociable. Il réfléchit, chercha, / étudia tous les systèmes de l’antique / Mnémotechnique (science de la mémoire) et, finalement, / par diverses combinaisons, conçut et fabriqua, de sa propre / imagination, cette machine motrice; il en conçut les roues et les cylindres » (BW LAN, cote F9–242, f. 2r–2v].

7 Wróblewska commença à résumer les livres lus et à rassembler des notes dans divers domaines du savoir (économie, histoire ancienne, histoire et culture de Vilnius, géographie) le 15 novembre 1871 (NRW1, f. 1r). Ces notes témoignent de l’étendue de ses intérêts. Au début du manuscrit Treść moich czytań, elle expliqua le but de son travail: « J’écris ceci en pensant à ma fille, voulant l’encourager à faire de même, lorsqu’elle aura grandi, à résumer chaque ouvrage lu— »

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un témoignage du polonais du XIXe siècle, dans sa forme écrite, tel qu’il était employé par des représentantes intellectuellement actives de l’intelligentsia de Vilnius.

La diariste possédait de vastes compétences linguistiques; son œuvre se distingue par une grande maîtrise de la langue et une richesse lexicale. En même temps, les écrits de Wróblewska révèlent divers types d’hésitations, qui peuvent témoigner de la variation de la graphie de l’époque et de l’existence d’un grapholepte propre aux manuscrits, ainsi que du reflet dans l’écriture des traits de prononciation de l’intelligentsia de Vilnius au XIXe siècle. Le caractère régional du polonais de la diariste, déjà perceptible à la première lecture de fragments de ses journaux, exige une analyse approfondie, qualitative et quantitative, et une confrontation avec la langue des textes d’autres auteurs du XIXe siècle originaires de Lituanie et écrivant en polonais, ainsi qu’avec les tendances générales du polonais du XIXe siècle. Seule une approche comparative permettra d’établir la présence de phénomènes régionaux dans les écrits de Wróblewska et de traits propres à son style.

Même un examen rapide des entrées de la diariste à différentes périodes montre que son écriture présente des hésitations dans l’emploi des consonnes de trois séries: sifflante (Z), chuintante palatale (Ź) et chuintante (Ż), ce qui se manifeste graphiquement par des irrégularités dans l’usage des signes diacritiques (points et traits). Irena Bajerowa (1986: 33) a qualifié l’état de l’orthographe des manuscrits du XIXe siècle quant à l’emploi des signes diacritiques d’encore instable et souvent négligé. Wróblewska omet elle aussi assez souvent les signes diacritiques, ou les rend de manière variable et incohérente, traitant assez librement l’emploi des traits et des points (des exemples seront donnés dans la suite de l’article). Il faut donc faire preuve de prudence lorsqu’on reconstitue, à partir d’une graphie instable, le rapport entre l’unité graphique (graphème) et sa réalisation sonore. L’édition numérique vise à transcrire les journaux de la diariste aussi fidèlement que possible aux originaux, en restituant leurs variantes graphiques, puis à mener des études comparatives permettant d’évaluer la manière dont les traits de prononciation se reflètent dans l’écriture. À partir des cent pages de manuscrits transcrites jusqu’à présent, on peut déjà signaler la présence, dans les écrits diaristiques de Wróblewska, de deux tendances opposées, probablement d’origine articulatoire: l’omission du signe de palatalisation des consonnes en position finale (types pa-mięć, odbyt, dziś, tydzień, bądź, wyraz « wyraź ») et l’indication, à la même position, de la mouillure de la consonne c (type pomóc). La présence de processus secondaires de palatalisation—

—elle-même, car c’est alors seulement que cela lui sera véritablement profitable. / J’ai commencé trop tard, mais il n’est jamais trop tard pour faire un bon pas » (NRW1, f. 1r).

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La latalisation et la dépalatalisation des consonnes dans différentes positions en polonais de type nord-oriental ne sont, bien entendu, rien de surprenant, car nous disposons de nombreuses attestations de ces phénomènes dans diverses phases de développement et variétés fonctionnelles du polonais de Lituanie (Kurzowa 1993: 237, 239–240).

Il est intéressant du point de vue de la recherche de constater qu’une personne issue des milieux intellectuels, cultivée, en contact avec différents textes, connaissant des langues et en enseignant à d’autres, qui emploie une variété élevée du polonais8, est malgré ses compétences linguistiques soumise à l’influence de l’usage régional. Il convient à cet égard de rappeler l’observation de Zofia Kurzowa, qui considérait les perturbations dans la distribution des consonnes des trois séries comme « le trait le plus frappant du consonantisme des philomates », et l’ensemble des usages des consonnes des trois séries comme « le seul domaine dans lequel les philomates ne savaient pas se débrouiller en phonétique » (Kurzowa 1972: 47, 67; Bajerowa 1986: 125). Il apparaît que ce domaine, situé à la frontière entre graphie et prononciation, posait également des difficultés à Wróblewska, même si elle s’en sortait nettement mieux que les philomates. Cependant, moderniser l’orthographe des manuscrits de la diariste pour la rendre conforme à l’état actuel, en éliminant la variation qui caractérisait également l’orthographe et le système morphonologique du polonais général au XIXe siècle (Bajerowa 1986: 123–124), priverait ces sources de leur valeur de témoignage authentique du polonais du XIXe siècle employé dans les égodocuments féminins de Lituanie. Il faut ajouter que les brèves citations des manuscrits de Wróblewska présentées dans la base de données Archiwum Kobiet sont modernisées et n’ont donc aucune valeur documentaire pour l’historien de la langue et le chercheur en polonais régional. Seule R. Griškaitė a cherché à préserver l’orthographe et la segmentation de l’original dans les passages cités des journaux, mais elle n’a pas abordé les questions relatives aux hésitations diacritiques, à la présence de formes particulières et aux déterminismes régionaux du polonais de la diariste. Je ne lui en fais nullement le reproche, car la chercheuse s’intéressait à l’analyse du contenu des documents (qu’elle a menée à la perfection), et non aux questions de graphématique, de phonétique ou de morphonologie. Nos

8 Tym terminem określam za Anną Zielińską (2002: 12) wariant polszczyzny używanej na Litwie przez inteligencję pochodzenia ziemiańsko-szlacheckiego. Określenie to, motywowane socjolingwistycznie, wydaje się adekwatne do dobrej znajomości języka polskiego Wróblewskiej jako przedstawicielki warstwy ziemiańsko-szlacheckiej, która zasiliła szeregi inteligencji wileńskiej. Trudno na wstępnym etapie badań wyrokować, jaki twórca mógł być dla piszącej inspiracją i wzorcem literackim do naśladowania, ale warto w przyszłości skonfrontować polszczyznę diarystki z językiem jej współczesnych popularnych autorów, np. Syrokomli (por. Trypućko 1955–1957; Karaś 2022), który przyjaźnił się z Eustachym Wróblewskim, mężem Emilii.

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lectures, comme je peux le constater à partir des citations de manuscrits choisis publiées par R. Griškaitė (2012), concordent dans l’ensemble, bien qu’il existe certaines différences. Ainsi, par exemple, raźnych (Griškaitė 2012: 241), je l’interpréterais comme różnych « différents » (DWB1, f. 38r), car le graphème z z, dont le diacritique est indiqué de manière imprécise, représente dans les manuscrits de Wróblewska aussi bien le phonème [ž] que [ź], mais ici, le contexte aide à comprendre correctement cette forme, puisqu’il est question de personnes różnych wiekiem i narodem i stanem9 (« différentes par l’âge, la nation et le statut »); de même, la lecture do późna (Griškaitė 2012: 275), après comparaison avec le manuscrit, est sans aucun doute do późna (DBW1, f. 7r); enfin, la transcription imprécise chrescianki (Griškaitė 2012: 264), alors que le manuscrit présente la forme chrześcjanki (DMW, f. 2r), avec l’allographe rz représentant le phonème [ž]. Compte tenu des différences constatées dans la lecture de l’écriture de la diariste, la meilleure solution, tant du point de vue de la pratique de recherche du linguiste que de celle de l’historien, consiste à préparer une édition numérique des journaux en libre accès, présentant deux vues du manuscrit: une transcription de l’original accompagnée d’un réseau de commentaires interactifs et une représentation visuelle du texte original.

Il sera alors possible de signaler la nécessité de corriger les lectures proposées en fonction du cadre de référence retenu et de se prononcer sur certaines graphies problématiques de Wróblewska, qui évoluent au fil des années. Comme cela a déjà été mentionné plus haut, la réalisation graphique du phonème [ž] est la plus variée: elle est notée soigneusement ž et rz, et de manière moins soignée, voire maniérée, z z, avec un trait de longueur variable placé au-dessus de la lettre ou à une certaine distance de celle-ci. Dans les exemples ci-dessous, je représente schématiquement ce dernier type de graphie par <ź>, afin de le distinguer du signe ź, qui symbolise le son [ź], comme dans le mot jeśli, reflétant une assimilation de sonorité (jeśli > jeźli). Les graphies de la diariste où apparaît la consonne z au lieu du ž ou du ź attendu, et inversement, nécessitent une interprétation plus complète et la recherche de parallèles dans les écrits d’autres auteurs lituaniens du XIXe siècle. Établir la fréquence de ces phénomènes dans l’ensemble du corpus et examiner leurs conditions précises est essentiel, car cela permettra de déterminer si nous avons affaire à de véritables

9 Emilia Kolinko, traductrice et éditrice de l’édition polonaise du texte de Griškaitė, a adopté l’orthographe moderne różnych, effaçant en même temps la trace de la phonétique régionale que constitue l’alternance ó > o (Griškaitė 2017: 100). Elle a également normalisé selon les règles orthographiques actuelles d’autres citations des manuscrits de Wróblewska.

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phonétismes (c’est-à-dire des traces de la prononciation des confins orientaux), ou d’erreurs dans l’emploi des diacritiques, dues à la fois à la faiblesse de la norme et aux inadvertances de l’autrice, qui écrivait souvent sous le coup d’une vive émotion. Les extraits suivants, tirés de différents manuscrits de Wróblewska, documentent la variation signalée plus haut dans l’emploi ou l’omission des signes diacritiques:

Ah, combien grande / est cette vérité: ‹źe le joug du Seigneur est doux et son fardeau / léger. La Vierge angélique Kazimiera a beaucoup contribué / à éclairer devant moi le chemin de la vie, à faire naître / en moi un plus grand attachement à ma vocation / et à mes devoirs. Que le Bo‹że bénisse Jał! et la récompense pour tout ce / qu’elle a fait pour moi!

<...> car pourquoi donc> la vie nous / a-t-elle été donnée, sinon pour que, par elle, nous méritions le Ciel. / Un mois de vie distraite, pleine d’erreurs / est donc perdu pour le Ciel. Il faut travailler, il faut / transpirer, car le Royaume de Bo‹że souffre violence et les violents s’en emparent / (méditations existentielles et religieuses, DBW1, Wilno, 28 janvier 1855, f. 86r).

Aujourd’hui, tous mes exercices / spirituels m’indiquaient le but / de la vie et ma destinée, qui est / Dieu; ils m’indiquaient le moyen / le plus parfait de Le ser‹vir, / en m’exerçant à la Sainte Indifférence, / c’est-à-dire en étant prête à tout. / Mon cœur a été pénétré de cette / grande vérité fondamentale: ‹żem / stworzona dla Boga i na to tylko / (méditations pendant la retraite, WEW, 1854, Jour I, f. 1v–2r).

L’indifférence d’Eustachy à mon égard, / son oubli total de moi [tache d’encre dont la forme rappelle une larme], sa ‹vie / hors de la maison, bref, tout ce qui a conservé / son attitude envers moi [rature illisible] / et m’a tant affligée jusqu’ici, ce qui a été la cause / de mes larmes, deviendra pour moi une chose / naturelle, ordinaire. J’essuie mes larmes, chasse la tristesse, / je serai calme, souriante, joyeuse, / car accomplir la volonté de Dieu avec des plaintes / et des lamentations éternelles n’est pas chrétien (DBW3, f. 23r–23v).

Puisque‹ż> rien ne me justifiera à l’heure de la mort et du Jugement, je / ne devrais donc pas dire maintenant: / « je ne peux pas, c’est trop difficile pour moi », car ces / excuses ne m’ouvriront pas / le Ciel et ne me protégeront pas / de l’Enfer (méditations pendant la retraite, WEW, 1854, deuxième jour, f. 5v–6r].

Est-ce donc que‹ż> lire, c’est se souvenir / de son père; pénétrer son âme / doit-il m’être inutile [?] La vue de ce grand esprit, / de ses idées géniales, / cette soif ardente de savoir, cette continuelle / aspiration à la perfection, cette / persévérance au travail me grandissent / et me rendent fière, ‹pour ainsi dire, / tout en me montrant combien le temps / est précieux, combien les heures que je perds / en vain en tant que fille de cet homme illustre, je pourrais les consacrer à / perfectionner une seule / capacité, même modeste, que j’ai dû recevoir de mon père en héritage, / à la perfectionner de telle sorte / qu’elle puisse être utile à ma famille / et profitable à la collectivité / (à propos de son père Bartłomiej Beniowski, NPW, Londyn, 1867, f. 2r–2v).

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On peut également envisager le polonais de la diariste dans une perspective ethnolinguistique, et plus précisément axiolinguistique, car les témoignages personnels révèlent, outre le contexte historique et celui des mœurs, des concepts évaluatifs que l’on peut reconstruire à partir de la langue. Découvrir, par exemple, l’étendue de la notion de PATRIOTYZM dans les écrits de Wróblewska exige d’intégrer cette valeur à un ensemble conceptuel plus large (Bartmiński 2020: 109) et de la présenter en relation avec d’autres valeurs importantes pour elle et, plus largement, pour l’intelligentsia de l’époque, telles que la PATRIE, DIEU, la FAMILLE, le TRAVAIL, l’ÉDUCATION. Nous conviendrons que l’amour de la Patrie constitue la dominante sémantique du concept PATRIOTYZM, mais qu’il se traduit par différents modèles de patriotisme: héroïque, romantique, positiviste, national, chrétien, local, entre autres (Karolak 1993; Brzozowska 2006, 2009). Guidée par la pensée philosophique de son époque et par l’idée du travail à la base, Emilia Wróblewska a choisi une autre stratégie de service à la Patrie que son entourage. Elle soutient l’idée de l’insurrection, mais ses journaux documentent avant tout son patriotisme positiviste, compris comme l’instruction et l’approfondissement de la sphère intellectuelle, le réconfort de l’âme par une religiosité fervente et une éthique chrétienne, ainsi que le souci de préserver les valeurs fondamentales au sein de la famille. Ils expriment également un patriotisme local (du pays), comme en témoigne notamment l’entrée suivante de la diariste, qui constitue une réplique à la remarque de la fille d’un émigré revenu de France au pays:

elle n’aime pas / après le brillant Paris<ź>u, notre pauvre Lituanie, avec / son pain noir, ses hôtels misérables, ses paysans / opprimés [?]. J’ai vu en passant des pays étrangers, / mais de P... je crie que, plutôt que tout le confort, / le bon genre et la civilisation tant vantée / de l’Orient, je préfère mon pauvre pays! J’aime tout / en lui, la terre, les gens et notre ciel nuageux. / Mon Dieu, laisse-moi semer et récolter avec ces gens, / vivre avec eux, mourir avec eux! (DBW2, Wilno, 23 février 1858, k. 42r).

Certaines notes de Wróblewska, figurant dans le carnet déjà mentionné intitulé « Moje myśli », ont également un caractère patriotique. Elle y fait appel au concept porteur du vengeur, associé au patriotisme héroïque, qui se lèvera pour réparer les torts causés à la Pologne et rétablir la justice:

Równie te<ź> nie mamy prawa zrzec się ani / jednej z wiekowych naszych dą<ź>ności, gdy<ź> / nasi bohaterowie, nasi męczennicy, [skreślenie] rzuciliby / straszne przekleństwo na odstępców świętej sprawy. / Żyjemy! Nieprawdą jest, że P. w grobie. <...> świadczą o tem nasi wieszcze, nasi filozofowie / nasi malarze, nasi rzezbiarze, nasi pracownicy na ka<ź>dém polu // Żyjemy, bo groby naszych mę-

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tyrs crient à pleine voix et rappellent / à l’Europe la vaillante nation, bouclier de la Liberté! // Ces tombes, ces ossements des héros de la Pologne, sont / notre richesse, la source de notre avenir // De ces ossements surgira le vengeur! (NRW2, décembre 1883, k. 18r–18v).

L’autrice porte un regard très critique sur l’Empire russe, qu’elle perçoit comme une « immense prison » (NRW2, k. 19v). « Cette nation, qui se dit russe, qui / croit être non seulement civilisée, / mais même apôtre de la civilisation!, combat / d’ordinaire “au nom de Dieu”, “au nom du Christ” » (NRW2, k. 19v). La diariste condamne également le panslavisme russe, qui « serait risible, / s’il n’était suspendu au-dessus de la tête / des peuples de toute la terre comme une épée de Damoclès » (NRW2, k. 20r). Aux actions impérialistes de la Russie en Europe (comme cela reste d’actualité!) elle opposait l’attitude des Polonais, prêts à lutter pour l’indépendance des autres nations:

Ainsi, nous pouvons être fiers. Nous avons / toujours été l’avant-garde des nations / opprimées, et nous le sommes encore. // En témoignent les centaines de milliers de tombes / où sont enterrés nos pères, nos frères, / qui ont péri dans une lutte sans fin / contre ces barbares sauvages vêtus d’habits eu- / ropéens » (NRW2, k. 20r).

Comme indiqué précédemment, Wróblewska s’engageait dans l’éducation patriotique et civique de ses propres enfants, et les deux journaux écrits pour eux constituent un genre littéraire particulier – une sorte de guide dans le monde des valeurs. Sur le plan linguistique, ils offrent par ailleurs un témoignage intéressant de l’emploi d’un style maternel empreint de tendresse et d’émotion (Masojć, Sawanie wska-Mochowa 2024: 38). La diariste s’adressait souvent directement à ses enfants par leur prénom, en tant que futurs lecteurs des journaux:

Maryjko, mon très cher enfant, aujourd’hui, le jour du Nouvel An, / je t’offre ce livre pour l’Épiphanie; garde-le / en souvenir de ta mère, qui t’aime plus que tout au monde! (DMW, Wilno, janvier 1865, k. 2r);

Souviens-toi, / Tadziuniu, dans ta vie future, que la souffrance et la douleur / commencent au berceau, que chacun doit souffrir; apprends / donc, mon fils, et habitue-toi dès l’enfance au courage / et à la patience. C’est pourquoi je ne te gâte pas et ne / m’apitoie pas trop sur toi [?], bien que chacune de tes douleurs, / même la plus légère, retentisse profondément dans mon cœur. Mais / je ne sais pas ce qui t’attend dans la vie; peut-être devras-tu endurer bien des choses. Même si je voulais te protéger de ma propre poitrine contre tous les / projectiles, je ne pourrais jamais supporter que mon fils, faute de courage et de fermeté, s’écarte / du chemin du devoir, que, par peur [corrigé en « crainte »] de la souffrance, je fasse de lui / un fils ingrat envers sa patrie, un mauvais chrétien-

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ILL. 1. Mes pensées, cote F9–883 (NRW2, f. 20r). Photocopie provenant du corpus de sources mis à disposition par la BW LAN dans le cadre du projet.

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nem et / citoyen. Mieux vaut souffrir, mon enfant, souffrir pour les autres / et à la place des autres, plutôt que de sommeiller dans une paix / indigne et de gâcher ta vie! (DTW, Vilnius, 11 juin 1859, f. 17v);

À mon petit Augustyn // Mon cher petit, aujourd’hui tu entres dans ta 21e année. / Dans un an, tu seras majeur, et moi, peut-être / déjà reposée dans la tombe, aux côtés de ma chère / Maryjka, dont le souvenir s’est tant ravivé maintenant dans / ton cœur et a éveillé, si douloureuse, comme tu le dis, / la nostalgie de cet esprit fraternel / qui, de son vivant, entraînait cet enfant insouciant / à se sacrifier pour ceux qui souffrent (DMW, Vilnius, 7 juillet 1886, f. 46r).

En abordant dans ses journaux des thèmes existentiels et moralo-religieux, la diariste procède presque régulièrement à un examen de conscience. Elle livre des confidences sur ses besoins spirituels et sa quête constante d’une relation plus profonde avec le sacré et d’une expérience authentique de la foi. Sur le plan stylistique, on peut discerner dans la structure de nombreuses entrées du journal des traits constitutifs du langage de la prière privée: actions de grâce, supplications, méditations et professions de foi, demandes de pardon pour ses propres imperfections et sa nature pécheresse, exhortations et, sur le plan lexical, un vocabulaire soutenu aux fonctions expressives. Parmi les mots-clés du discours religieux de Wróblewska figurent: âme, péché, Sa volonté (celle de Dieu), foi, vertu, Ange, miséricorde, mais aussi orgueil et repentir. Sur le plan syntaxique, on remarque la présence de longues phrases et de répétitions.

Les entrées de style religieux se caractérisent également par une certaine dialogicité; l’emploi de la deuxième personne indique que la diariste mène un dialogue intérieur avec elle-même et s’adresse des exhortations:

Aujourd’hui plus que jamais, attache-toi / à Dieu, vis d’une foi forte et simple, / ne cherche pas le bonheur ici-bas, / mais dans l’union la plus étroite / avec Lui, car aujourd’hui tu vois / plus clairement et plus concrètement / que jamais combien l’homme / sans Dieu, fût-il le plus grand des / génies, n’est rien, et comment, uni à / Lui, il ne devient véritablement / grand (entrée après la mort de son père, NPW, Londres, 1867, f. 3r);

Et toi aussi, tu mourras; ne te préoccupe / donc pas excessivement des choses / temporelles, fais ce que tu dois, / fais ce qui est en ton pouvoir, et / laisse le reste au Seigneur. Chaque jour, / pense à la mort et règle ainsi ta vie, / organise tes affaires de telle sorte qu’elle ne puisse jamais te / surprendre soudainement. Que ta conscience, / tes affaires et tes devoirs soient toujours en ordre, / que personne, après ta mort, ne se plaigne que tu n’as pas fait ce / que tu aurais dû faire. Ne remets / rien à plus tard que tu puisses faire / aujourd’hui, car la mort peut t’emporter à tout instant. En tant que chrétienne, / fais tout ce que tu peux, tant que tu vis, pour / ton âme. Profite de chaque / instant qui t’est donné pour expier / tes péchés — crains le péché, ne laisse échapper aucune occasion de / cultiver la vertu ou de te perfectionner (comme ci-dessus, NPW, f. 3v–4r].

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CONCLUSIONS

L’héritage manuscrit d’Emilia Wróblewska présenté ici, nécessairement de manière sélective, mérite, premièrement, de faire l’objet d’études graphémiques approfondies et de l’élaboration d’une méthode aussi claire que possible pour rendre compte des spécificités du grapholecte de la diariste. Deuxièmement, il ouvre aux chercheurs intéressés par l’écriture intime féminine diverses perspectives de recherche, que l’on peut explorer au moyen d’outils analytiques variés: l’histoire des femmes, l’écriture autobiographique, la (socio)linguistique axiologique ou la génologie. Troisièmement, une pleine appréciation des qualités linguistiques, littéraires et documentaires des journaux de Wróblewska exige de les situer dans le contexte des pratiques diaristiques du XIXe siècle et, à des fins comparatives, de prendre en compte les phénomènes linguistiques présents dans les écrits des auteurs et autrices de la Lituanie du XIXe siècle, ainsi que les principales évolutions du polonais général au XIXe siècle. Les écrits de la diariste reflètent diverses tendances du polonais général de l’époque, ainsi que de l’usage régional. On observe, d’une part, la faiblesse de la norme en matière d’emploi des signes diacritiques et, d’autre part, de nombreux processus de dépalatalisation et de palatalisation secondaire des consonnes, qu’il conviendrait, au regard des orientations de la codification de la langue générale, d’interpréter au moins comme des régionalismes de fréquence.

SOURCES

DBW1 – Journal d’Emilia Beniowska (Wróblewska) 1850–1855 (Journal de jeune fille), BW LAN, cote F9–183, 92 feuillets.

DBW2 – Journal d’Emilia née Beniowska Wróblewska 1856–1859, BW LAN, cote F9–272, 117 feuillets.

DBW3 – Journal d’Emilia née Beniowska Wróblewska 1860–1870, BW LAN, cote F9–236, 170 feuillets.

DMW – Journal de Marja Wróblewska par sa mère Emilia née Beniowska Wróblewska 1865–1878; ajoutée à la date du 7 juillet 1886, une entrée intitulée À mon petit Augustyn, rédigée à l’occasion du vingt et unième anniversaire de son fils, BW LAN, cote F9–152b, 47 feuillets.

DTW – Journal de Tadeusz Wróblewski par sa mère Emilia née Beniowska Wróblewska 1859–1886, BW LAN, cote F9–149, 100 feuillets.

NPW – Emilia Wróblewska [illisible] Sur l’organisation du travail. Notes pédagogiques 1867 (notes rédigées à Londres), BW LAN, cote F9–311, 56 feuillets, en polonais et en français.

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NRW1 – Notes diverses d’Emilia Wróblewska 1871, BW LAN, cote F9–902, 35 feuillets.

NRW2 – Notes diverses d’Emilia Wróblewska « Mes pensées » 1883–1884, BW LAN, cote F9–884, 56 feuillets en mauvais état.

WEW – Wrażenia Emilii Wróblewskiej, 1854, BW LAN, sygn. F9 – 998, 17 kart: Wrażenia i wynikające z nich uczucia i postanowienia z odbytych Rekolekcyi 1854 Gr 16 (opis przeżyć z sześciu dni rekolekcji).

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Gauta 2024-03-11

Priimta 2024-04-15

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T H E D I A R I E S O F E M I L I A W R Ó B L E W S K A, NÉE B E N I O W S K A, F R O M Y E A R S 1850–1886 A S A S O U R C E F O R L I N G U I S T I C A N D C U L T U R A L R E S E A R C H

S u m m a r y

The article initiates interdisciplinary research on the rich manuscript heritage of Emilia Wróblewska née Beniowska from the years 1850–1886, related to the preparation of a digital edition of her seven manuscripts. Reda Griškaitė was the first to introduce the intimate writings of this little-known author from 19th century Lithuania into the historical discourse. She drew attention to the literary and documentary values of Wróblewska’s diaries, which were important from the point of view of researching Lithuanian society of that day. However, the diary’s Polish as her primary language system has never been a subject of linguistic analysis. Wróblewska’s entire work (diaries kept for herself, for her son Tadeusz and daughter Maria, various notes, reading notes, translations of the texts from French and English) was created in Polish, so it constitutes a unique linguistic document of the era.

The article draws attention to the fact that the diarist’s Polish language requires researching from various perspectives, taking into account such aspects as: 1) the author’s grapholect and the diacritic variability; 2) frequency of regional phenomena and individual characteristics; 3) the presence of processes characteristic of

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the general language of the 19th century (especially recessive and expansive features), 4) stylistic and genre diversity of women’s diaries (the richness of expressivisms and emotionalisms, the use of elements of ‘maternal style’ in children’s diaries – a specific genre of intimate diaries, the use of constitutive features of the language of a private prayer).

The diary’s Polish language should also be looked at from an axiolinguistic perspective, since in addition to the historical and moral context, her personal testimonies reveal evaluative concepts that can be reconstructed on the basis of language. Discovering the capacity of the concept of PATRIOTISM in Wróblewska’s writing requires including this value in a broader conceptual complex and presenting it in relations with other values important for her and, more broadly, for the intelligentsia of that time, such as HOMELAND, GOD, FAMILY, WORK, EDUCATION. The semantic dominant element of the concept of PATRIOTISM is love for the homeland, but it translates into the functioning of various models of patriotism: heroic, romantic, positivist, national, Christian, local and others. Wróblewska’s diaries document her positivistic patriotism, understood as educating herself and deepening her intellectual sphere, refreshing her spirit through zealous religiosity and Christian ethics, and maintaining fundamental values in the family, as well as embracing local patriotism.

KEYWORDS: diaries, herstory, 19th century, Lithuania, digital edition of sources, Polish language from the former North-Eastern Borderlands.

ZOFIA SAWANIEWSKA-MOCHOWA Instytut Slawistyki Polskiej Akademii Nauk ul. Jaracza 1 00-378 Warszawa [email protected]

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1850–1886 METŲ EMILIJOS BENIOVSKYTĖS-VRUBLEVSKIENĖS DIENORAŠČIAI – KALBOS IR KULTŪROS TYRIMŲ ŠALTINIS

S a n t r a u k a

Straipsniu inicijuojami tarpdisciplininiai Emilijos Beniovskytės-Vrublewskienės (1850–1886) turtingo rankraštinio paveldo, kurio pagrindu rengiamas skaitmeninis septy­nių jos dienoraščių leidimas, tyrimai. Šios mažai žinomos XIX amžiaus Lietuvos bajorės rankraščius į istorinio diskurso akiratį pirmą įtraukė Reda Griškaitė. Ji atkreipė dėmesį į moterų dienoraščių literatūrinę bei dokumentinę vertę

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ir jų svarbą tyrinėjant šio laikotarpio Lietuvos visuomenę. Tačiau diaristės vartojama lenkų kalba, kuri jai buvo gimtoji, iki šiol nebuvo lingvistinės analizės objektas. Visa Vrublevskienės rankraštinė kūryba (dienoraščiai, rašyti sau, sūnui Tadui bei dukrai Marijai, įvairūs užrašai, skaitytų knygų santraukos, tekstų vertimai iš prancūzų ir anglų kalbų) lenkų kalba, todėl yra svarbus šios epochos kalbinis dokumentas.

Straipsnyje atkreipiamas dėmesys į tai, kad į dienoraščio kalbą reikia žiūrėti iš įvairių perspektyvų, atsižvelgiant į tokius aspektus: 1) autorės rašybos grafines savybes ir diakritinių ženklų variantiškumą; 2) regioninių savybių ir individualių bruožų dažnumą; 3) XIX amžiaus bendrinei kalbai būdingų procesų (ypač nykstančių ir ekspansyvių bruožų) raišką; 4) moterų dienoraščių stilistinę ir žanrinę įvairovę (ekspresinės ir emocinės leksikos gausa, motinos stiliaus elementai dienoraščiuose, skirtuose vaikams, specifinis intymių dienoraščių žanras, privačiai maldos kalbai būdingos ypatybės).

Į dienoraščio kalbą reikėtų pažvelgti ir aksiolingvistiniu požiūriu, nes Vrublevskienės asmeniniai liudijimai, be istorinio ir moralinio konteksto, atskleidžia aksiologinius konceptus, kuriuos galima rekonstruoti remiantis kalba. Norint suprasti PATRIOTIZMO sampratos turinį Vrublevskienės kūryboje, reikia įtraukti šią vertybę į platesnį sąvokų kompleksą, nurodant ryšius su kitomis jai, o plačiau – to meto inteligentijai svarbiomis vertybėmis, tokiomis kaip TĖVYNĖ, DIEVAS, ŠEIMA, DARBAS, UGDYMAS. Semantinė PATRIOTIZMO sampratos dominantė yra meilė tėvynei, tačiau ji pasireiškia įvairiais patriotizmo modeliais: herojiniu, romantiniu, pozityvistiniu, tautiniu, krikščioniškuoju, lokaliniu ir kt. Vrublevskienės dienoraščiuose dokumentuotas jos pozityvistinis patriotizmas, kuris suprantamas kaip savęs ugdymas ir intelektinių aspiracijų gilinimas, dvasios palaikymas per uolų religingumą bei krikščionišką etiką ir pagrindinių vertybių šeimoje išsaugojimas. Vrublevskienės dienoraščiuose taip pat atspindimas lokalinis patriotiškumas.

ESMINIAI ŽODŽIAI: dienoraščiai, moterų istorija, XIX amžius, Lietuva, šaltinių skaitmeninimas, šiaurės rytų paribio lenkų kalba.

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ZOFIA SAWANIEWSKA-MOCHOWA. Dzienniki Emilii z Benjowskich Wróblewskiej z lat 1850–1886 jako źródło do badań językowo-kulturowych

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