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JURGITA JOSLAVIENE
Institut de la langue lituanienne
Domaines de recherche: phonétique expérimentale, phonologie, dialectologie, géolinguistique.
DIFFÉRENTS ÉQUIVALENTS DE L’API POUR CERTAINES VOYELLES LITUANIENNES ET LETTONES
Pourquoi les équivalents de certaines voyelles lituaniennes et lettones dans l’alphabet phonétique international diffèrent-ils?
RÉSUMÉ
Malgré leur origine balte commune, les inventaires des phonèmes vocaliques et consonantiques du lituanien standard contemporain et du letton standard présentent des différences, d’abord en raison d’une pertinence fonctionnelle qui n’est pas universelle: ce qui est pertinent sur le plan phonologique en lituanien ne l’est pas nécessairement en letton ou dans une autre langue, car l’importance des voyelles et des consonnes dans la distinction entre les mots varie d’une langue à l’autre; toutes les langues utilisent un nombre limité de voyelles et de consonnes capables de distinguer les significations des mots. En outre, l’analyse des phénomènes et processus acoustiques et articulatoires implique l’étude et la comparaison des sons de différentes langues (par exemple, de leurs traits distinctifs) sur la base de principes et de méthodes similaires, tout en recourant à une transcription universelle (internationale).
Aujourd’hui, les voyelles (ainsi que les consonnes) lituaniennes et lettones peuvent être transcrites au moyen non seulement de symboles phonétiques nationaux (traditionnels), mais aussi d’alphabets phonétiques internationaux (systèmes de notation des sons des langues reconnus universellement).
Le présent article examine principalement le choix d’équivalents non identiques de l’Alphabet phonétique international (API) pour les monophtongues longues et brèves des langues baltes contemporaines, en mettant en évidence la terminologie et d’autres nuances de la classification des sons selon différents critères, étant donné qu’il existe diverses classifications (traditionnelles acoustiques, articulatoires, fonctionnelles, articulatoires internationales, entre autres) des systèmes vocaliques lituanien et letton. Pour une étude comparative des voyelles lituaniennes et lettones, il était nécessaire d’établir un système vocalique synchrone commun
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Les classifications (traditionnelle ou internationale). Les classifications traditionnelles des voyelles des deux langues baltes (acoustiques ou articulatoires) suivent un modèle similaire.
L’analyse de la recherche expérimentale comparative sur les monophtongues du lituanien et du letton a montré que des équivalents différents de symboles de l’API ont été choisis pour certaines voyelles des langues baltes contemporaines, en raison de qualités acoustiques étroitement apparentées mais néanmoins très différentes, ainsi que de caractéristiques de production et de perception auditive non identiques.
Bien que le lituanien et le letton soient apparentés, leurs inventaires de phonèmes vocaliques et consonantiques présentent des différences, principalement en raison de la pertinence fonctionnelle, qui n’est pas universelle: ce qui est significatif en lituanien peut ne pas l’être en letton ou dans une autre langue. Il en a donc été tenu compte dans l’étude et la comparaison des systèmes sonores de différentes langues (et de leurs traits distinctifs). Il a également été tenu compte de l’analyse comparative des caractéristiques acoustiques et articulatoires des sons de différentes langues, qu’il importe de mener selon des principes similaires et avec une méthodologie identique ou comparable. Il est plus commode de décrire les sons comparés des langues à l’aide d’une transcription phonétique commune (internationale).
La transcription du système vocalique (comme du système consonantique) du lituanien et du letton peut se faire au moyen des caractères nationaux (traditionnels), ou en utilisant l’un ou l’autre des équivalents de l’alphabet phonétique international (un système normalisé et universel, ou des systèmes, de notation des sons au moyen de caractères phonétiques).
Cet article examine les équivalents divergents (non concordants) de l’alphabet phonétique international (API) employés pour les voyelles brèves comparées et certaines voyelles longues des langues standard contemporaines lituanienne et lettone. Il attire également l’attention sur la diversité terminologique, qui dépend des fondements et des critères utilisés pour classer les voyelles des langues comparées (les classifications traditionnelles acoustiques, articulatoires et fonctionnelles, ainsi que les classifications articulatoires internationales, entre autres, sont possibles), ainsi que d’autres facteurs. Les études comparatives des sons des langues baltes contribuent à mettre en évidence pourquoi il importe d’appliquer une classification synchronique commune dans les comparaisons, et quels nuances peuvent exister entre les classifications phonétiques et phonologiques traditionnelles et la classification internationale. Selon la classification traditionnelle (acoustique ou articulatoire), les voyelles des langues baltes sont réparties selon un modèle similaire.
L’analyse comparative d’une étude instrumentale des monophtongues du lituanien et du letton a montré que certains symboles différents de transcription phonétique internationale pour les mêmes phonèmes de ces langues apparentées ont été choisis en raison de différences dans certains traits acoustiques, articulatoires et psychophysiques.
L’utilisation de l’Alphabet phonétique international (ou API) est régie par certains principes, dont l’un stipule que « lorsque deux sons sont très similaires et qu’on ne sait pas qu’ils sont employés dans une langue pour distinguer le sens des énoncés, ils doivent, en règle générale, être représentés par le même symbole. Des symboles distincts ou des signes diacritiques peuvent toutefois être utilisés pour distinguer ces sons lorsque cela est nécessaire » (HPA 2007: 159–160). Comme le lituanien et le letton appartiennent à la branche balte de la famille des langues indo-européennes, au groupe des langues baltes orientales, ces deux langues sont souvent rapprochées en tant que langues particulièrement apparentées; les systèmes phonologiques des phonèmes vocaliques sont assez semblables dans les deux langues. Cependant, certaines études expérimentales antérieures montrent que, malgré leur origine balte commune, des symboles API différents doivent être utilisés pour certaines voyelles lituaniennes et lettones correspondantes (très similaires). Ces phonèmes vocaliques très similaires de langues différentes, qui pourraient avoir une origine balte commune, peuvent-ils présenter des différences aussi importantes dans leurs qualités acoustiques et leur articulation? On peut répondre à cette question en examinant les caractéristiques spectrales et divers traits distinctifs à partir des résultats des recherches instrumentales1 sur les sons des langues baltes contemporaines, afin de choisir les symboles (équivalents) de l’API les plus précis possible pour tous les phonèmes vocaliques lituaniens et lettons, sachant que la qualité et la quantité des sons baltes ont été étudiées à l’aide des mêmes méthodes, logiciels de traitement et d’analyse du son et matériel, de manière à permettre une comparaison fiable des inventaires phonétiques des deux langues (pour certains résultats intermédiaires, voir quelques études antérieures: Grigorjevs, Jaroslavienė 2015a; 2015b; Jaroslavienė 2014; 2015)2. Une comparaison fiable a mis en évidence les différences entre les inventaires phonémiques
1 Le projet de recherche Caractéristiques acoustiques des sons des langues baltes contemporaines (étude expérimentale) a été financé par le Conseil de la recherche de Lituanie de 2013 à 2015 (MIP-081/2013). Comme les locuteurs natifs sont les mieux placés pour identifier, par l’audition et la perception, les éléments linguistiques fonctionnellement pertinents dans n’importe quelle langue, y compris les langues baltes, un groupe de chercheurs lituaniens et lettons compétents, locuteurs natifs et spécialisés en phonétique expérimentale, a entrepris d’étudier et de comparer les systèmes sonores des langues baltes contemporaines: Jurgita Jaroslavienė et Jolita Urbanavičienė (lituaniennes), Juris Grigorjevs et Inese Indričāne (lettons).
2 Un ensemble complet de symboles API adapté à la langue lettone a été présenté dans la grammaire académique Grammaire de la langue lettone publiée en 2013 (voir LVG 2013: 23–26). Auparavant, ces symboles étaient utilisés dans des publications isolées et des travaux portant sur la comparaison de l’anglais avec d’autres langues. Par exemple, pour choisir les équivalents des symboles API pour les monophtongues lettones, les données acoustiques de monophtongues lettones prononcées isolément ont été comparées aux données des voyelles cardinales, car le système des voyelles cardinales constitue une base pour le système vocalique de l’API.
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des différentes langues, des nuances liées aux classifications phonétiques et phonologiques possibles, des traits distinctifs universels des sons, voire des particularités du matériau empirique et des méthodes employées, des objectifs possibles de l’analyse instrumentale, ainsi que d’autres questions.
OBJECTIF ET OBJET DE CET ARTICLE
Comme le système de l’API est très pratique pour la linguistique comparative, l’objectif principal de cet article est d’expliquer le choix des équivalents de l’API (voir le tableau 1) pour les monophtongues des langues baltes standard contemporaines, en mettant en évidence les nuances terminologiques liées à la classification des voyelles selon différents critères, étant donné que l’utilisation de symboles et de classifications acoustiques, articulatoires ou autres pour représenter les sons d’une langue donnée est généralement guidée par des cadres méthodologiques et des principes particuliers.
Comme on le sait, l’API est un alphabet phonétique international normalisé — un ensemble de symboles phonétiques et de signes diacritiques reconnu à l’échelle internationale et très connu, conçu pour représenter, décrire et analyser les sons de toutes les langues parlées du monde au moyen des caractéristiques articulatoires (selon la hauteur de la langue, son antériorité ou postériorité et l’arrondissement des lèvres) des sons qu’ils représentent (HPA 2007: 159–160, 194–196, annexe 1; IPA 2015a; 2015b; 2017; voir aussi Jones D. 1949; Olson 2015; Jones T. 2016). L’Association recommande d’encadrer la transcription phonétique par les crochets suivants: « [] ». Une transcription indiquant les contrastes phonologiques doit être encadrée par des barres obliques « / / ». Les sons représentés par les symboles de l’API sont accessibles dans le tableau interactif de l’API (http://www.ipachart.com/),; il convient toutefois de se rappeler que la prononciation de ces sons peut varier considérablement selon la langue (ou le contexte), et les langues baltes contemporaines ne font pas exception.
system (Grigorevs 2012: 178; also cf. Jasem 1973: 190; Ladefoged 1975: 194–199; Roca, Johnson 1999: 114–140).
En linguistique lituanienne, l’une des premières tentatives d’utiliser l’API comme ensemble complet pour représenter les sons lituaniens figure dans la grammaire académique de la langue lituanienne Grammaire lituanienne (dir. par Vytautas Ambrazas, 1997). Certains des équivalents de l’API qui y sont présentés diffèrent de ceux proposés dans la présente étude. Auparavant, d’autres tentatives d’utiliser l’API avaient été faites dans quelques publications et ouvrages isolés (cf. Eblom 1922; Svecevičius 1960; Mikalauskaitė 1975; voir aussi Stundžia 1990).
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Tableau 1. Symboles des voyelles pures (simples) du lituanien standard et du letton standard selon les alphabets phonétiques traditionnel (national)3 et international (API)
Graphèmes lituaniens | Phonèmes lituaniens, transcription nationale (de Copenhague) | Équivalents API des phonèmes lituaniens | Graphèmes lettons | Phonèmes lettons, transcription nationale | Équivalents API des phonèmes lettons i | i̇ | ɪ | i | i̇ | i e | ė | e | e | e | e e, (i)eᵃ | e | ɛ | e | ę | æ a | a | ɐ | a | a | a o | ɔ | ɔ | o | o | ɔ u | u | ʊ | u | u | u y, į | iː | iː | ī | ī | iː ė | eː | eː | ē | ē | eː e, ę, (i)a, (i)ą | eː | æː | ē | ē | æː a, ą | aː | ɑː | ā | ā | ɑː o | oː | oː | o | ō | ɔː ū, ų | uː | uː | ū | ū | uː
3 Dans le système phonologique lituanien, /ie/ et /uo/ fonctionnent également comme des voyelles longues à articulation non uniforme (DLKG 2005; Girdenis 2014). Les équivalents API possibles sont /iɛ/, /ɪɛ/ et /ʊɔ/, /ʊɔ/, pour les raisons suivantes: dans Contemporary Grammar of the Lithuanian Language (DLKG 2005: 23–26) et dans Theoretical Foundations of Lithuanian Phonology (Girdenis 2014: 223, tableau 23), les sons lituaniens à articulation non uniforme /ie/, /uo/ sont classés parmi les voyelles non hautes; sur la base des recherches expérimentales les plus récentes (voir Girdenis 2009: 213–242 et les références citées) ainsi que des résultats de l’étude mentionnée (voir note 1), /ie/ et /uo/ en lituanien doivent être considérés comme des phonèmes longs, hauts et indépendants à articulation non uniforme (Jaroslavienė 2015: 3, tableau 1).
Dans la tradition grammaticale lettone, /ie/ et /uo/ sont encore classés comme des diphtongues, bien qu’il n’existe en réalité aucune approche unique de leur interprétation phonologique (Laua 1997: 12; LVG 2013: 46; Markus, Bonda 2014: 68–72; Grigorjevs 2016: 51).
Il est également apparu que les locuteurs natifs du lituanien standard ne considèrent pas le [e] bref (la variante du phonème « Janus » /e/) comme un son distinct et ne peuvent donc pas le prononcer isolément. Il faut reconnaître que la voyelle non haute (mi-haute) [e] ne trouve pas de position solide dans le système du lituanien standard en raison de son usage particulier, de son statut facultatif et de l’absence de fonction distinctive; en outre, dans la langue écrite, elle est représentée par le même caractère que
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Différents équivalents API pour certaines voyelles lituaniennes et lettones
L’objet de cette étude est constitué des voyelles pures longues et brèves (à articulation uniforme) (voir tableau 1), prononcées en contexte nul ou isolément4 par 24 informateurs (âgés de 20 à 50 ans) ayant une articulation irréprochable du lituanien standard ou du letton standard: 6 hommes et 6 femmes pour chaque langue5. Le tableau 1 présente les équivalents des graphèmes des deux langues baltes contemporaines dans les deux systèmes de transcription phonétique, traditionnel (national)6 et dans l’Alphabet phonétique international (API).
Les sons représentés par les symboles nationaux et internationaux dans le tableau 1 sont principalement ceux qui servent à distinguer un mot d’un autre dans une langue. Comme on peut le constater, il existe des différences entre les alphabets phonétiques traditionnel (national) et international, puisque les transcriptions nationales varient d’une langue à l’autre, tout comme les langues écrites se ressemblent partout dans le monde. Malgré leur origine balte commune, les équivalents API du lituanien et du letton diffèrent également. Nous expliquerons plus loin que le choix de ces équivalents n’était pas aléatoire (comparer les phonèmes vocaliques similaires ou correspondants dans les fig. 12–13 et 14–15); il deviendra aussi évident que connaître le système API et l’utiliser pour différentes langues — c’est-à-dire, dans le cas présent, utiliser des symboles API particuliers pour transcrire les monophtongues lituaniennes et lettones en fonction de leurs caractéristiques acoustiques et articulatoires — revient à voir la matrice (le modèle) lorsqu’on apprend, étudie ou compare les sons de deux langues ou plus.
the low short [ɛ] (cf. Pakerys 2003: 29, Diagram 2; 32–34 and the references; Girdens, Pukis 1978: 61–62; Girdens 2014: 201–202; Jaroslavienė 2015: 2–3). In contrast to Lithuanian, the Latvian short [ɛ] is used and can be pronounced as a separate sound.
4 Cette hyperarticulation naturelle diffère de la production des voyelles cardinales (pour plus de détails, voir Girdenis, Jaroslavienė 2015a: 58–59 et les références citées).
5 Il est important de noter que presque tous les informateurs parlent non seulement la langue standard, mais aussi un ou plusieurs dialectes et langues étrangères. La langue standard était considérée comme une variété normalisée de la langue, utilisée pour les besoins de la vie publique et de la culture (LKE 2008: 87–91).
6 Les transcriptions traditionnelles lituanienne et lettone diffèrent (tant pour les langues standard que pour les dialectes). Les caractéristiques de la transcription traditionnelle des dialectes lituaniens et lettons et l’adéquation de l’Alphabet phonétique international pour représenter les sons de ces dialectes ne sont pas abordées dans le présent article. Par exemple, depuis le XXth siècle, la linguistique lituanienne a pour tradition d’utiliser une transcription de Copenhague, adoptée par Georg Gerullis (1930); de nos jours, les symboles de la police Pelomonas sont disponibles pour la transcription traditionnelle (nationale) des sons lituaniens (voir Skirmantas, Girdenis 2001; Aleknavičienė, Grumadienė, Gurskas, Skirmantas, Strockis, Tumasonis 2005 et d’autres). Pour les possibilités d’application de l’Alphabet phonétique international aux sons des dialectes lituaniens, voir Bakšienė, Čepaitienė 2017a; 2017b.
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L’ALPHABET PHONÉTIQUE INTERNATIONAL (API)
Comme indiqué précédemment, depuis plus d’un siècle, l’API est largement utilisée par les linguistes (ainsi que par d’autres personnes s’intéressant aux langues) comme système normalisé, ce qui la rend particulièrement adaptée à toutes les disciplines où la représentation des sons de la parole est nécessaire (HIPA 2007). La qualité des voyelles peut être décrite de manière adéquate selon les paramètres suivants: la position de la langue — sa hauteur et son degré d’antériorité ou de postériorité, ainsi que l’ouverture de la bouche, car il existe une corrélation entre l’ouverture de la bouche et l’élévation de la langue lors de la production des voyelles — et la forme des lèvres (arrondissement des lèvres) (HIPA 2007: 10–13).
Hauteur de la langue. Dans la figure 1 (voir aussi la fig. 2), l’axe vertical du diagramme est déterminé par la hauteur des voyelles. La hauteur correspond à celle du corps de la langue dans la bouche; les différents degrés d’ouverture de la bouche (de la mâchoire) correspondent à différents degrés de hauteur de la langue. Les voyelles prononcées avec la langue abaissée se trouvent en bas, tandis que celles prononcées avec la langue relevée se trouvent en haut: les voyelles fermées (produites avec la bouche relativement fermée) sont articulées avec la langue en position relativement haute; les voyelles ouvertes sont produites avec la langue en position relativement basse; les voyelles mi-fermées et mi-ouvertes sont produites avec la langue à une hauteur intermédiaire.
Comme nous le verrons dans les sections suivantes, différents degrés d’ouverture de la bouche correspondent également à différents degrés de hauteur de la langue en lituanien et en letton (cf. fig. 2, 14 et 15): les voyelles hautes sont produites avec l’avant de la bouche moins ouvert, car le corps de la langue est relevé, ou haut; les voyelles moyennes sont produites avec une hauteur intermédiaire de la langue; les voyelles basses sont prononcées avec l’avant de la bouche ouvert et la langue abaissée.
Antériorité ou postériorité de la langue. Dans la figure 1 (voir aussi la fig. 2), l’axe horizontal du diagramme est déterminé par le degré d’antériorité ou de postériorité des voyelles. Ce paramètre indique à quel point le point le plus haut de la langue se trouve vers l’avant ou vers l’arrière: les voyelles prononcées avec la langue avancée vers l’avant de la bouche se situent à gauche du diagramme, tandis que celles pour lesquelles elle est reculée vers l’arrière se trouvent à droite.
Arrondissement des lèvres. Dans les cas où les voyelles sont présentées par paires (voir fig. 1), celle de droite est une voyelle arrondie (prononcée avec les lèvres arrondies), tandis que celle de gauche est son équivalent non arrondi. Le caractère arrondi tient à l’arrondissement des lèvres dans certaines voyelles. Dans la plupart des langues, l’arrondissement est une caractéristique qui renforce les voyelles postérieures moyennes à hautes, plutôt qu’un trait distinctif, comme c’est le cas dans les langues baltes contemporaines. En général, plus une voyelle postérieure est haute, plus son arrondissement est marqué.
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FIGURE 1. Voyelles. L’Alphabet phonétique international (révisé en 2015)7
FIGURE 2. Corrélation entre la langue et l’ouverture de la bouche8: l’élévation de la langue décrit sa position sur l’axe vertical (haute, moyenne, basse); l’« emplacement de l’élévation de la langue » désigne le lieu où cette élévation se produit sur l’axe horizontal (antérieur, central, postérieur).
7 Illustration disponible dans IPA 2015a.
8 Le diagramme représente la forme de la bouche en fonction de l’axe vertical de la hauteur de l’élévation de la langue et de l’axe horizontal de la position de cette élévation. Pour une illustration, voir le livre électronique English Speech Sounds 101 (Williamson 2015).
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De plus, certains paramètres articulatoires supplémentaires peuvent être pris en compte lors de la classification des voyelles de n’importe quelle langue du monde: comparer les sept degrés d’aperture vocalique et les cinq degrés d’antériorité et de postériorité des voyelles à la figure 3.
FIGURE 3. Sept degrés d’aperture vocalique et cinq degrés de postériorité des voyelles9
Il existe de nombreux systèmes vocaliques de langues conformes aux principes de l’IPA. Comme on le verra plus loin dans cet article, les classifications traditionnelles (nationales) du lituanien et du letton ne coïncident pas avec celle préconisée par l’International Phonetic Association.
L’acoustique des voyelles. Il est bien connu que la qualité des voyelles peut être mise en évidence dans les analyses acoustiques au moyen des valeurs relatives des formants: les résonances acoustiques du conduit vocal apparaissent sous forme de bandes sombres sur les spectrogrammes dynamiques, qui montrent l’énergie acoustique à chaque fréquence et son évolution dans le temps (cf. fig. 4–11; voir aussi fig. 12–15). Les caractéristiques spectrales des voyelles sont étroitement liées à leurs propriétés articulatoires potentielles; le conduit vocal agit comme une cavité résonante, et la position de la langue, de la mâchoire (de la bouche) et des lèvres influe sur les paramètres de cette cavité, produisant différentes valeurs de formants: par exemple, le premier formant (F1) correspond à l’aperture vocalique (à la hauteur de la voyelle), et le deuxième formant, F2, à l’antériorité de la voyelle. Les voyelles ouvertes ont des fréquences F1 élevées, tandis que les voyelles fermées ont des fréquences F1 basses; les voyelles postérieures ont des fréquences F2 basses, tandis que les voyelles antérieures ont des fréquences F2 élevées. Une autre mesure, F1 par rapport à F2−F1, peut également être utilisée pour représenter la qualité vocalique
9 L’illustration est disponible sur <https://en.wikipedia.org/wiki/File:IPA_vowel_chart_2005.png>. Voir aussi IPA 2015b.
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is recommended (cf. Ladefoged, Maddieson 2002: 284–286). Since sounds having a fully identical spectral structure can be perceived differently if their phonetic surroundings differ (Girdenis 2014: 239; also cf. Jassem 1973: 112 ff.), it should be noted that the quality of a vowel mainly depends on the relationship between the formant frequencies (values) for that vowel and the formant frequencies of other vowels produced by the same speaker (Ladefoged 1975: 97).
MÉTHODES DE RECHERCHE APPLIQUÉES À LA DÉFINITION DES ÉQUIVALENTS IPA DES VOYELLES PURES DES LANGUES BALTES STANDARD CONTEMPORAINES
Dans la linguistique lituanienne contemporaine, le système phonologique vocalique du lituanien standard comprend huit phonèmes vocaliques longs /iː ɪɛ eː æː ɑː oː uː ʊɔ/ et six courts /ɪ ɛ e ɐ ɔ ʊ/ (LG 1997: 28; DLG 2005: 23–26; Girdenis 2014: 201–223 ff.).10 Dans la tradition grammaticale lettone, le letton standard compte six phonèmes longs et six courts: /iː eː æː ɑː ɔː uː/ et /i e ɛ ɐ ɔ u/ (Laua 1997: 12–25; LVG 2013: 37–44).11 Cet article ne décrira que les monophtongues lituaniennes et lettones, c’est-à-dire les voyelles pures.
Les résultats de la recherche expérimentale comparative12 ainsi que certaines études antérieures (cf. Grigorjevs, Jaroslaviene 2015a; 2015b; voir aussi Jaroslaviene 2014; 2015), fondées sur une analyse acoustique approfondie des caractéristiques spectrales et des traits distinctifs des sons des langues baltes contemporaines, ont constitué les principaux critères pour déterminer l’équivalent IPA correct de chaque son (phonème vocalique).
L’analyse des sons des deux langues baltes a été réalisée à l’aide de logiciels libres de traitement et d’analyse du son: Praat (développé par Paul Boersma et David Weenink), WaveSurfer (développé par Kåre Sjölander et Jonas Beskow). Pour étudier les caractéristiques qualitatives des voyelles, l’intervalle complet de la phase stable a été mesuré dans les voyelles lituaniennes et lettones (voir les exemples de spectrogrammes dynamiques aux fig. 1–8), afin de déterminer les valeurs fréquentielles (en hertz, Hz) des
10 Le /ɔ/ bref et le /e/ facultatif sont considérés comme périphériques: [ə] est surtout utilisé dans les mots d’origine étrangère et certains noms propres lituaniens; la voyelle fermée, mi-fermée [e], facultative, est généralement remplacée par le simple [ɛ] bref (Girdenis 2014: 201–202; Pakerys 2003: 32–35, etc.).
11 Latvian /ɔː/ and /ɔ/ are used in new loanwords only (Laua 1997: 20).
12 Voir la première note de bas de page. La recherche expérimentale (et l’analyse acoustique) des voyelles lettones prononcées isolément a été menée par Juris Grigorjevs.
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les quatre premiers formants, la fréquence fondamentale (en hertz) et la durée (en millisecondes, ms). L’article ci-dessous présente quelques exemples de spectrogrammes dynamiques de monophtongues lituaniennes et lettones produites en contexte zéro par des locuteurs natifs masculins. Les spectrogrammes permettent de rendre visibles les configurations énergétiques du signal acoustique: les bandes sombres reflètent les résonances changeantes du conduit vocal pendant la prononciation du son (de gauche à droite).
La valeur moyenne a été calculée comme la moyenne de toutes les réalisations du son. Afin d’assurer la fiabilité statistique, les données ont été obtenues en additionnant toutes les réalisations du son (de tous les informateurs); autrement dit, les caractéristiques quantitatives ou qualitatives de chaque son dans chaque langue ont été mesurées au moins 30 fois. Les données obtenues ont ensuite été traitées à l’aide de MS Excel: des moyennes statistiques (en unités de bark13, z et en hertz), l’écart-type, le coefficient de variation et d’autres valeurs ont été calculés. En outre, les valeurs du deuxième formant effectif (F2, en unités de bark, z)14 et de la fréquence fondamentale f0) ont été déterminées à l’aide de la formule appropriée (voir Bladen, Fant 1978: 3). Afin de comparer les données de prononciation féminine et masculine, les résultats ont été normalisés. L’analyse des deux langues reposait sur des méthodes objectives.
FIGURE 4. Lituanien [eː]
FIGURE 5. Letton [eː]
FIGURE 6. Lituanien [oː]
FIGURE 7. Letton [ɔː]
13 La transformation des résultats en unités de bark a été effectuée à l’aide de la formule de Traunmüller (voir Traunmüller 1988: 97; voir également Grigorjes, Jaroslavienė 2015a: 61).
14 For more information about the effective second formant, see Fant 1983: 7; Bladen, Fant 1978: 3; Grigorjes, Jaroslavienė 2015a: 60.
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FIGURE 8. Lituanien [æː]
FIGURE 9. Letton [æː]
FIGURE 10. Lituanien [uː]
FIGURE 11. Letton [uː]
Les plans psychophysiques (en unités de bark) sont utilisés dans cet article pour les représentations graphiques (Fig. 12–15), car on suppose qu’une telle représentation du système vocalique tient encore mieux compte des particularités de l’audition humaine (Iivonen 1987; Grigorevs 2013: 303). La taille des symboles des monophtongues dans l’espace psychophysique est choisie de manière à ce qu’ils soient représentés par des cercles d’un diamètre de 1 bark, indiquant ainsi les zones de qualité perceptive égale (cf. Iivonen 1987).
ÉQUIVALENTS DES DIFFÉRENTS SYMBOLES DE L’API POUR CERTAINES VOYELLES LITUANIENNES ET LETTONES PRODUITES ISOLÉMENT
Il convient d’abord de présenter un bref aperçu des différentes classifications des voyelles (fondées sur des méthodologies différentes), ainsi que des caractéristiques qualitatives et quantitatives des voyelles lituaniennes et lettones, afin d’expliquer le choix des symboles de l’API pour les monophtongues lituaniennes et lettones, tout en mettant en évidence la diversité de la terminologie employée pour décrire les voyelles pures lituaniennes et lettones selon différents principes.
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Selon les principes de la phonologie classique, un système efficace de classification des phonèmes et de traits distinctifs, ainsi qu’une hiérarchie de ces traits, doivent permettre de décrire de la manière la plus cohérente et la plus simple possible les relations entre toutes les unités phonologiques et le fonctionnement de l’ensemble du système phonologique (Girdenis 2014: 213–214). C’est pourquoi, pour classer les voyelles pures (monophtongues) des deux langues baltes contemporaines, il convient d’utiliser les ensembles corrélatifs suivants de traits acoustiques (et articulatoires) distinctifs binaires15 (la terminologie appropriée pour nommer ces traits est traditionnellement employée): « tendu » vs « relâché » (« long » vs « bref »); « aigu » vs « grave » (« antérieur » vs « non antérieur »); « compact » vs « non compact » (« ouvert ou bas » vs « non ouvert ou non bas »); « diffus » vs « non diffus » (« fermé ou haut » vs « non fermé ou non haut ») (Grigorevs, Jaroslavienė 2015b: 78–91; cf. Girdenis 2014: 201–214; 223, Tableau 23; 240–245).
FIGURE 12. Valeurs moyennes des monophtongues lituaniennes produites isolément par 12 locuteurs natifs dans le plan psychophysique (en unités de bark, z): les cercles noirs représentent les voyelles longues produites par des locuteurs masculins; les cercles blancs représentent les voyelles longues produites par des locutrices; les cercles gris foncé représentent les voyelles brèves produites par des locuteurs masculins; les cercles gris clair représentent les voyelles brèves produites par des locutrices. Les valeurs des locutrices sont normalisées par k=17%.
15 Il a été constaté que les paramètres acoustiques à la base du système de traits proposé par Fant ne permettaient pas « de distinguer les voyelles antérieures des voyelles centrales, ni les voyelles antérieures arrondies, centrales et postérieures non arrondies non basses » (Grigorevs 2012: 173–179; Grigorevs 2013: 305; Grigorevs, Jaroslavienė 2015b: 88).
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FIGURE 13. Valeurs moyennes des monophtongues lettones produites isolément par 12 locuteurs natifs et représentées dans le plan psychophysique (en unités de bark, z): les cercles noirs représentent les voyelles longues produites par des locuteurs masculins; les cercles blancs représentent les voyelles longues produites par des locutrices; les cercles gris foncé représentent les voyelles brèves produites par des locuteurs masculins; les cercles gris clair représentent les voyelles brèves produites par des locutrices. Les valeurs des locutrices sont normalisées par k=21%.
Comme cela a été mentionné, les caractéristiques spectrales des voyelles sont étroitement liées à leurs propriétés articulatoires potentielles (cf. Fig. 12–13): ainsi, les voyelles longues (tendues) lituaniennes [iː], [eː], [æː] et les voyelles brèves (relâchées) [ɪ], [ɛ], ainsi que les voyelles longues (tendues) lettones [iː], [eː], [æː] et les voyelles brèves (relâchées) [ɪ], [ɛ], [æ], sont considérées comme des voyelles antérieures (aiguës), tandis que les voyelles longues (tendues) lituaniennes [ɑː], [ɔː], [uː] et les voyelles brèves (relâchées) [ɐ], [ɔ], [ʊ], ainsi que les voyelles longues (tendues) lettones correspondantes [ɑː], [ɔː], [uː] et les voyelles brèves (relâchées) [ɑ], [ɔ], [u], sont considérées comme des voyelles postérieures (graves) (ou non antérieures (non aiguës)). En ce qui concerne la fréquence du premier formant et sa proximité avec les formants supérieurs, les voyelles longues lituaniennes [iː], [uː] et les voyelles brèves [ɪ], [ʊ], ainsi que les voyelles longues lettones [iː], [uː] et les voyelles brèves [i], [u], sont des voyelles fermées ou hautes (diffuses), tandis que les voyelles longues lituaniennes [æː], [ɑː] et les voyelles brèves [ɛ], [ɐ], ainsi que les voyelles longues lettones [æː], [ɑː] et les voyelles brèves [æ], [ɑ], sont des voyelles ouvertes ou basses (compactes). En letton standard, [eː], [ɔː], [ɛ], [ɔ], tout comme les sons lituaniens correspondants [eː], [ɔː], [ɔ], sont des sons moyens, car ils ne sont considérés ni comme fermés (diffus) ni comme ouverts (compacts). Comme on peut le constater, les classifications articulatoires nationales (traditionnelles) des voyelles dans les deux langues baltes suivent un schéma similaire: les voyelles longues et brèves lituaniennes et lettones (en tenant compte du fait que le [eː] lituanien n’a pas de correspondant bref) présentent la même distinction tridimensionnelle selon la voyelle
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la hauteur (voyelles hautes, moyennes et basses) et une distinction bidimensionnelle selon l’antériorité ou la postériorité vocalique (voyelles antérieures et postérieures). Selon la position des lèvres, les sons lituaniens [ɔ], [uː], [ɔː], [ʊ] et lettons [ɔ], [uː], [ɔː], [ʊ] sont arrondis. Toutes les autres voyelles sont non arrondies.
TABLEAU 2.
Durée relative (rapport) des monophtongues lituaniennes et lettones correspondantes prononcées isolément par 12 locuteurs natifs de chaque langue (N=jusqu’à 72)
À en juger par la position des voyelles dans le plan psychophysique F2/F1 (z), bien que les relations entre les voyelles soient assez similaires dans les deux systèmes linguistiques baltes contemporains, les voyelles brèves lettones prononcées isolément tendent à avoir une qualité acoustique très proche¹⁶ de celle de leurs correspondantes longues (voir fig. 12–13; comparer également fig. 14–15). Les symboles des voyelles lettones brèves et longues
16 Les études antérieures ont montré que, bien que la qualité des monophtongues lettones prononcées isolément varie très peu et que l’analyse statistique des caractéristiques spectrales
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les voyelles se chevauchent dans une large mesure, tandis que les distances entre les centres des voyelles lituaniennes longues et des voyelles brèves correspondantes dépassent 1 z, ce qui signale une différence de qualité perceptive17 (comparer également les résultats intermédiaires de Grigorjevs, Jaroslavienė 2015a; 2015b).
Les observations relatives à la durée (voir tableau 2) montrent que la distinction entre les voyelles lettones longues et brèves produites en contexte zéro repose principalement sur la durée relative, tandis que celle entre les voyelles lituaniennes longues et brèves repose à la fois sur les indices combinés de la structure formantique (voir fig. 12) et sur la durée relative (comparer également Grigorjevs, Jaroslavienė 2015b: 79, tableau 1).
Enfin, on peut conclure que les principales différences de qualité acoustique résultent de la production différente des voyelles lituaniennes brèves (et de certaines voyelles longues) et des voyelles lettones correspondantes. Afin de caractériser les systèmes vocaliques des deux langues baltes contemporaines et de choisir (ou d’expliquer le choix) les équivalents symboliques IPA les plus précis possible, les distances formantiques entre la fréquence fondamentale et le premier formant (F1-F0), ainsi qu’entre le premier et le deuxième formant (F2-F1), ont également été calculées (cf. fig. 14 et 15). Il est bien connu que la première de ces distances est étroitement liée à l’ouverture ou à la fermeture du son, et la seconde à son antériorité ou à sa postériorité (Miller 1989: 219; Ladefoged, Maddieson 2002: 284–286; Grigorjevs 2012: 163–165).
Étant donné que la qualité des voyelles lituaniennes brèves diffère considérablement de celle de leurs correspondantes longues (elles présentent un effet de centralisation acoustique par rapport aux voyelles longues correspondantes) et que les voyelles lituaniennes et lettones brèves correspondantes, ainsi que certaines voyelles longues, diffèrent, des symboles IPA différents (non identiques) ont été choisis pour les monophtongues brèves correspondantes du lituanien et du letton (à l’exception de [ɐ]), ainsi que pour les voyelles longues [ɔ] et [ɐ]. De plus, les sons lituanien [ɛ] et letton [ɛ] ont des qualités très différentes; bien que leur équivalent IPA soit identique dans les deux langues, d’abord par souci de cohérence (conformément aux principes d’utilisation de l’IPA), aucun autre symbole IPA ne pouvant être choisi pour ces sons similaires, et ensuite parce que la réalisation de sons similaires peut varier d’une langue à l’autre (voir fig. 14–15 et 16–17; comparer également fig. 4–11). Il convient également de noter que l’IPA ne propose pas d’analyse phonologique pour une langue particulière (HPA 2007: 30); c’est simplement une ressource permettant d’exprimer toute analyse de manière largement intelligible. Par conséquent, après avoir passé en revue les classifications vocaliques fonctionnelles et articulatoires traditionnelles et comparé les voyelles, les résultats étant contradictoires, la structure spectrale des voyelles longues et de leurs correspondantes brèves peut être perçue différemment (voir Grigorjevs, Jaroslavienė 2015a: 85).
17 Cela pourrait s’expliquer par la nécessité d’intégrer au système vocalique lituanien les allophones antérieurs possibles des voyelles postérieures, tout en préservant leur distinction par rapport aux voyelles antérieures (Grigorjevs, Jaroslavienė 2015b: 90).
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FIGURE 14. Données moyennes des voyelles pures lituaniennes représentées dans le plan psychophysique (en unités de bark, z), normalisées à l’aide des distances tonotopiques entre F2 et F1 et entre F1 et la fréquence fondamentale f0: les cercles noirs représentent les voyelles longues produites par des locuteurs masculins; les cercles blancs représentent les voyelles longues produites par des locutrices; les cercles gris foncé représentent les voyelles brèves produites par des locuteurs masculins; les cercles gris clair représentent les voyelles brèves produites par des locutrices. Les données féminines sont normalisées par k=17%.
FIGURE 15. Données moyennes des voyelles pures lettones représentées dans le plan psychophysique (en unités de bark, z), normalisées à l’aide des distances tonotopiques entre F2 et F1 et entre F1 et la fréquence fondamentale f0: les cercles noirs représentent les voyelles longues produites par des locuteurs masculins; les cercles blancs représentent les voyelles longues produites par des locutrices; les cercles gris foncé représentent les voyelles brèves produites par des locuteurs masculins; les cercles gris clair représentent les voyelles brèves produites par des locutrices. Les données féminines sont normalisées par k=21%.
qualités, durée relative et caractéristiques auditives (fig. 12–15, tableau 2) des deux langues baltes contemporaines, il convient de choisir les équivalents symboliques IPA suivants pour les voyelles pures correspondantes du lituanien et du letton (voir fig. 16 et 17).
Comme on peut le constater, selon les principes du système IPA, les qualités acoustiques variables et les caractéristiques auditives des voyelles pures lituaniennes et lettones font que les classifications traditionnelles (nationales) diffèrent du système articulatoire international: une distinction quadridimensionnelle (cf. fig. 1 et 14, 15), au lieu de la distinction articulatoire traditionnelle en trois degrés selon la hauteur vocalique (élévation de la langue et ouverture de la bouche), ainsi qu’une distinction tridimensionnelle (cf. fig. 1, 3 et 14, 15), au lieu de la distinction traditionnelle en deux catégories selon l’antériorité ou la postériorité des voyelles, sont également disponibles pour mettre en évidence les différences et les particularités de production des monophthongues lituaniennes et lettones similaires, en particulier les voyelles brèves (c’est pourquoi les voyelles brèves ont des symboles IPA différents, à l’exception de
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FIGURE 16. Symboles IPA utilisés pour les voyelles pures du lituanien standard
FIGURE 17. Symboles IPA utilisés pour les voyelles pures du letton standard
[ɔ]), de même, le lituanien [eː], [æː], [ɔː] et le letton correspondant [eː], [æː], [ɔː] diffèrent par leur production, ainsi que par leurs caractéristiques acoustiques et auditives, bien que les relations entre les systèmes des voyelles longues lituaniennes et des voyelles longues lettones correspondantes, ainsi qu’entre les systèmes des voyelles brèves lituaniennes et lettones, suivent un schéma similaire.
CONCLUSIONS
L’analyse de l’étude expérimentale comparative des monophtongues lituaniennes et lettones montre que des équivalents différents de symboles de l’API ont été choisis pour certaines voyelles pures similaires des langues baltes contemporaines, en raison de qualités acoustiques étroitement apparentées mais assez différentes, ainsi que de caractéristiques de production et auditives non identiques (tableau 1, fig. 14–15 et 16–17) des voyelles suivantes: comparer le lituanien [ɔː i e æ u] et le letton correspondant [ɔː i æ u] (de même, [eː] et [æː] sont produites de manière assez différente dans les deux langues).
Il existe diverses classifications (acoustiques traditionnelles, articulatoires, fonctionnelles, articulatoires internationales, etc.) des systèmes vocaliques lituanien et letton. Pour une étude comparative des voyelles lituaniennes et lettones, il était nécessaire d’établir une classification vocalique synchrone commune (traditionnelle ou internationale). En conséquence, une terminologie différente (ainsi que des principes différents) est employée pour classer les sons lituaniens et lettons selon des approches méthodologiques différentes. Les classifications vocaliques traditionnelles (acoustiques ou articulatoires) des deux langues baltes suivent un schéma similaire.
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Sur la base des principes du système de l’API (classification internationale), on peut distinguer la position de l’élévation de la langue (ou son degré d’antériorité, qui indique à quel point le point le plus haut de la langue se situe vers l’avant ou l’arrière) et, en se référant à l’analyse succincte des spectrogrammes dynamiques (cf. fig. 4–11), les caractéristiques acoustiques, articulatoires et auditives (cf. fig. 12–15) des monophtongues lituaniennes et lettones prononcées isolément, longues et courtes correspondantes, antérieures (lituanien [iː eː æː ɪ ɛ], letton [iː eː æː i e]), centrales (lituanien bref [ɐ]) et postérieures (lituanien [ɑː ɔː ʊː ʊ], letton [ɑː ɔː ʊː ɐ ʊ]), tandis que, traditionnellement (sur la base de caractéristiques et de principes fonctionnels et articulatoires particuliers), le lituanien [iː eː æː ɪ] et le letton [iː eː æː i e] sont considérés comme antérieurs, et le lituanien [ɑː ɔː ʊː ɐ ʊ] ainsi que le letton correspondant [ɑː ɔː ʊː ɐ ʊ] comme postérieurs. Les voyelles produites avec la langue avancée vers l’avant de la bouche se trouvent à gauche dans les fig. 1, 14–15 et 16–17; celles produites avec la langue reculée vers l’arrière de la bouche sont placées à droite dans les figures citées.
Selon la hauteur de la langue (et les degrés variables d’ouverture de la bouche), les voyelles prononcées avec la langue abaissée se trouvent en bas dans les fig. 1, 14–15 et 16–17, tandis que celles prononcées avec la langue relevée se trouvent en haut dans les mêmes figures: selon la classification articulatoire internationale, le letton [iː ʊː i u] et le lituanien [iː ʊ] doivent être considérés comme des voyelles fermées, et le lituanien [ɪ, ʊ] comme des voyelles presque fermées par rapport à leurs équivalentes lettones. Le lituanien [ɛː ɔ] et le letton [ɛː ɔ] diffèrent (par leurs caractéristiques acoustiques, articulatoires et perceptives), bien que ces voyelles, à l’exception du letton [ɔ], doivent être considérées comme des voyelles mi-fermées, tandis que le letton [ɔː] ainsi que le lituanien [ɔ ɛ] doivent être considérés comme des sons mi-ouverts. Le lituanien bas [æ] et [ɐ] et le letton [æː] peuvent être considérés comme des voyelles presque ouvertes ou ouvertes, à l’instar du lituanien [ɑ] et du letton [ɑː ɑ]. Selon les classifications traditionnelles, en fonction de la fréquence du premier formant et de sa proximité avec les formants supérieurs, le lituanien et le letton possèdent respectivement des voyelles hautes ([iː ʊː ɪ] et [iː uː ɪ u]), moyennes ([eː ɔː] et [ɛː ɔː e ɔ]) et basses ([ɑː æː ɛ ɛ] et [ɑː æː ɑ æ]).
Selon la position des lèvres, le lituanien [ɔː], [ʊː], [ɔ], [ʊ] et le letton [ɔː], [uː], [ɔ], [u] sont des sons arrondis, tandis que toutes les autres voyelles sont non arrondies, comme dans les classifications traditionnelles.
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JURGITA AROSLAVIENĖ
Pourquoi les équivalents de l’Alphabet phonétique international des voyelles de certaines langues lituaniennes et lettones diffèrent-ils?
RÉSUMÉ
Ces dernières années, dans la description du système sonore des langues baltes contemporaines, les voyelles et les consonnes ne sont pas seulement étudiées, classées et comparées selon des principes méthodologiques identiques ou similaires: les symboles de transcription des sons de ces langues sont également harmonisés. Les symboles de l’Alphabet phonétique international (API, en anglais International Phonetic Alphabet, IPA) retenus pour les voyelles des langues baltes standard contemporaines ne le sont pas par hasard. L’objectif principal de cet article est d’examiner brièvement quels équivalents symboliques de l’Alphabet phonétique international pour les voyelles brèves et longues du lituanien et du letton ne concordent pas, et pourquoi. L’article aborde les classifications traditionnelles possibles des voyelles des langues baltes contemporaines selon les paramètres articulatoires, ainsi que les différences entre la classification internationale des sons, normalisée selon les principes de l’API, et les classifications usuelles.
Comme on le sait, la classification internationale des voyelles est particulièrement utile pour étudier et comparer les systèmes sonores de langues différentes selon des principes articulatoires uniformes. Par souci d’objectivité et de précision, les symboles de transcription de l’API pour les voyelles du lituanien et du letton ont donc été choisis en tenant compte avant tout des résultats des études instrumentales (caractéristiques spectrales des voyelles, impression auditive, prononciation, etc.).
Dans cet article, la classification des voyelles du lituanien et du letton selon des méthodologies différentes s’accompagne également d’un usage différent de la terminologie. Celui-ci n’est pas encore stabilisé lorsqu’il s’agit de classer et de comparer les systèmes sonores en lituanien et en letton selon l’Alphabet phonétique international.