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Institut de langue lituanienne
ADVERBES TEMPORELS INDÉFINIS
KAŽKADA ET KADA NORS: RELATION DE SENS ET EMPLOI
MOTS-CLÉS: adverbes temporels indéfinis, adverbes pronominaux ou pronom en tant que proforme, adverbiaux, marqueur d’indéfinitude.
RÉSUMÉ
L’article examine l’élargissement du champ d’emploi de kažkada, qui passe du modèle traditionnel, utilisé pour indiquer le moment indéterminé d’une action passée (factuelle), à un modèle moins courant, dans lequel kažkada est choisi pour indiquer le moment d’une action susceptible de se produire à l’avenir (irréelle), traditionnellement exprimé par l’adverbe kada nors. L’étude typologique des pronoms indéfinis, qui inclut les adverbes d’origine pronominale (PRO-ADVERBS), ainsi que des universaux implicationnels, menée par Martinas Haspelmathas (1997), montre que le choix de kažkada pour caractériser le moment d’une action irréelle enfreint le principe de coopération avec l’interlocuteur (anglais the cooperative principle; cf. Grice 1975). D’autre part, ce choix doit néanmoins être mis en rapport avec la tendance générale à l’évolution des sens et des fonctions des marqueurs d’indéfinitude: les marqueurs d’indéfinitude occupant des positions adjacentes dans la carte des universaux implicationnels peuvent hériter de leur sens selon une certaine direction (cf. Haspelmath 1997: 63).
INTRODUCTION
À première vue, l’emploi des adverbes kažkada et kada nors semble reposer sur une répartition contrastive des situations temporelles (passé–avenir)1. Le choix, de plus en plus fréquent ces derniers temps, de l’adverbe kažkada pour exprimer l’indétermination d’une situation temporelle future, à la place de
1 Cf. la remarque que l’on trouve sur un site internet: « kada nors s’emploie pour désigner le futur, tandis que kažkada désigne le passé. Un jour, je serai riche; autrefois, j’étais riche » (https://vaistininkouzrasai.lt/ skaitytoju-klausimai/pastaba-kada-nors-vartojama; consulté le 2020-12-29). Il est intéressant de noter que, dans les textes de ce site, kažkada et kada nors distinguent correctement le passé et l’avenir; cette leçon linguistique doit donc être considérée comme une forme de publicité pour le site.
BENDRINĖ KALBA 94 (2021)
http://journals.lki.lt/bendrinekalba
ISSN 2351-7204
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L’emploi attendu de kada nors montre que les locuteurs perdent peu à peu conscience du fait que cet adverbe de temps ne sert qu’à décrire des situations passées, cf.:
1) Kažkada J’écrirai un jour un livre sur les personnes avec lesquelles j’ai eu l’occasion de travailler au cours de ma vie.2
2) il est peu probable que de tels systèmes informatiques kažkada fonctionnent un jour mieux que l’être humain ne le peut <...>.3
3) Il faut <...> dire kažkada « Stop ».4
4) si nous réfléchissons à la situation économique ici et maintenant, et non kažkada dans 10 ans, les principaux facteurs qui la déterminent <...> sont les attentes des consommateurs et la demande de biens et de services de consommation qu’elles génèrent.5
5) La carrière n’est pas un processus qui commencera kažkada après l’obtention du diplôme.6
6) Le théâtre est un art éphémère, il ne perdure pas. <...>. C’est pourquoi les artistes de la scène — chanteurs, acteurs, metteurs en scène — s’ils sont reconnus, le sont ici et maintenant, et non kažkada après leur mort.7
7) Cet argent peut aussi être utilisé <...> pour soutenir les enfants par d’autres moyens. Non pas en essayant d’aider ceux qui ne naîtront que kažkada l’année prochaine, mais en examinant concrètement où se trouvent les problèmes sociaux et quels soutiens financiers sont nécessaires.8
Dans les travaux de normalisation de la langue lituanienne, une grande attention continue d’être accordée aux erreurs d’emploi des combinaisons d’adverbes indéfinis (dont à un moment quelconque, un jour) avec cela⁹. Bien que l’emploi de telles combinaisons ne soit plus très fréquent, leurs exemples sont importants sous un autre aspect: ils mettent en évidence les contextes d’emploi habituels de à un moment quelconque. Dans les travaux de linguistique, on trouve des remarques sur à un moment quelconque et un jour
2 https://www.15min.lt/max/naujiena/verslas/versmes-sanatorijos-direktore-apie-135-atsauk imus-per-savaite-keista-nes-pas-mus-tikrai-saugiau-nei-uzeiti-i-parduotuve-1224-1409156 (consulté le 2020-12-29).
3 https://kauno.diena.lt/naujienos/nuomones/nuomones/snekamoji-kalba-mitai-realybe-ir-tyrimu-galimybes-870672 (consulté le 2020- 12- 29).
4 https://m.delfi.lt/lietuvoje/article.php?id=86384825 (consulté le 2021-02-12).
5 https://www.llri.lt/naujienos/ekonomine-politika/o-gal-ekonomikos-prognozuotojai-ne-taip-jau-ir-klydo/irinka (consulté le 2020-12-29).
6 http://www.vpvp mc.lt/karjeros-ugdymo-centras/580-karjeros-plano-nauda-siekiant-karjeros-tiksl1.html (consulté le 2020-12-29).
7 http://www.lkti.lt/apie_mus/knygynas/teatras/gintaro-varno-teatras.html (consulté le 2020-12-29).
8 https://www.delfi.lt/news/daily/lithuania/maciulis-apie-10-tukst-euru-mokejima-gimusiam-vaikui-siulymas-galintis-tureti-neigiamu-pasekmiu.d?id=86100285 (consulté le 2020-12-29).
9 Cf. http://www.vlkk.lt/aktualiausios-temos/didziosios-klaidos/zodyno/neteiktini-vertiniai (consulté le 29/12/2020).
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Il est difficile de trouver des cas de confusion entre les sens; l’objectif de cet article est donc d’examiner les possibilités d’emploi approprié — en lien avec leur sémantique — des adverbes temporels indéfinis kažkada et kada nors. À cette fin, trois objectifs sont poursuivis: 1) passer en revue les illustrations qui étayent les sens de ces adverbes et de leurs synonymes dans les principaux dictionnaires de langue lituanienne: le dictionnaire académique Lietuvių kalbos žodynas (LKŽe), le Dabartinės lietuvių kalbos žodynas (DŽ), le Bendrinės kalbos žodynas (BŽe)10 et le Sinonimų žodynas (SŽe); 2) examiner la manière dont le statut grammatical et le sens de ces marqueurs temporels indéfinis sont décrits dans les travaux de linguistique; 3) étudier la distribution de la fréquence d’emploi de kažkada dans le Dabartinės lietuvių kalbos tekstynas (DLKT) et le Sakytinės lietuvių kalbos tekstynas (SLKT). La structure de l’article suit l’ordre des réponses à ces objectifs: 1. Kažkada et kada nors dans les dictionnaires; 2. statut grammatical et sémantique de Kažkada et kada nors; 3. emploi de Kažkada, kažin kada dans le DLKT et le SLKT. La revue théorique et l’étude des données empiriques font appel aux méthodes analytique et comparative.
1. KAŽKADA ET KADA NORS DANS LES DICTIONNAIRES
La distinction mentionnée entre les emplois de kažkada et de kada nors pour décrire des événements passés ou futurs se perçoit dans les explications et les exemples illustratifs des sens de ces adverbes donnés par le DŽ et le BŽe (voir le tableau 1, qui compare les descriptions de kažkada et kada nors et de leurs synonymes possibles dans les dictionnaires). Le DŽ distingue deux sens de kažkada: « à un moment indéterminé » et « il y a longtemps », illustrés par des exemples d’actions accomplies dans le passé. Le BŽe étaye lui aussi l’emploi des adverbes kažkada, kažin kada par un exemple d’action passée (sans description du sens). Dans le LKŽe, les entrées kažkada et kažin kada renvoient l’une à l’autre: le sens de kažkada est expliqué par un renvoi à kažin kada, et celui de kažin kada par un renvoi à nežinia kada ir kažkada. Les exemples du tableau 1 montrent que les liens entre l’adverbe kažkada et les adverbes désignant un moment indéterminé dans le passé — kažin kada, kadaise, kadai kadà, kadais — sont relevés non seulement dans le SŽe, mais aussi dans le LKŽe et, en partie, dans le DŽ. Pour expliquer le sens de l’adverbe kada nors, les dictionnaires recourent à une description qui évoque le choix d’un moment ou son caractère indéterminé, cf.: à n’importe quel moment
10 Le DŽ et le BŽe sont des dictionnaires normatifs, cf. http://lkiis.lki.lt/lkz-pratarme, http://lkiis.lki.lt/lkz-ivadas et http://bkz.lki.lt/?pg=bendros_zinios.
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(LKŽe), à un moment quelconque et indéterminé (DŽ), à un moment indéterminé (BŽe). Le BŽe illustre plus en détail l’emploi de kada nors: cet adverbe sert à caractériser non seulement le moment d’une action qui aura lieu dans le futur, mais aussi la possibilité qu’une action se soit produite dans le passé.
TABLEAU 1. Entrées, dans les principaux dictionnaires de langue lituanienne, de Kažkada, kada nors et d’adverbes temporels qui leur sont synonymes sous certains aspects de sens
LKŽe
DŽ
BŽe
ŠŽe
kažkadà
voir kažin kada
1. à un moment indéterminé: Kažkada il a vécu ici. 2. il y a longtemps: Nous avons déjà kažkada terminé les travaux.
Kažkada il y avait ici un magasin.
autrefois
kaži(n) kadà
1. à une date inconnue: un jour: Kažin kadà le train arrivera, il faut patienter et attendre. 2. il y a longtemps: Nous avons déjà Kažin kadà fini de déterrer les patates <...>. ‖ il y a très longtemps: Kažin kadà j’étais allé à Kupiškis. ‖ autrefois: Kažin kada moi aussi, je savais broder ainsi <...>.
un jour
Moi, un jour, je me suis retrouvée dans une situation semblable à la tienne.
–
autrefois
un jour, il y a longtemps, jadis: Tilindis <...> sourit, se rappelant que lui aussi avait autrefois été <...> un éternel remuant. Autrefois, il y avait des forêts ici. <...>. Autrefois, moi aussi, je chantais bien. <...> ◊jadis, il y a très longtemps:
jadis, il y a longtemps: Nous vivions autrement autrefois. Il y avait autrefois des forêts ici.
Autrefois, cette région appartenait aux Allemands.
pas maintenant, à une époque révolue depuis longtemps: Il y avait autrefois une chênaie ici.
jadis
Il y avait autrefois des forêts ici. <...>. Autrefois, moi aussi, je chantais bien. <...> ◊jadis, il y a très longtemps:
il y a longtemps: Cela s’est passé il y a longtemps, je ne m’en souviens plus. jadis, autrefois, adv. fam. il y a longtemps: Je suis revenu autrefois. Je t’ai vu jadis.
Cela s’est passé il y a déjà longtemps.
jadis, autrefois (Il a vécu autrefois en ville), autrefois, une autre fois (Il y avait autrefois un certain vieillard), un jour, jadis,
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Il y avait jadis un poète nommé Mačys.
kadaĩ kąs prv. il y a longtemps, autrefois: Quelqu’un des nôtres a coupé le seigle autrefois
il y a longtemps, autrefois (Ici, les forêts se sont endormies), à l’époque de Tvānas liv., quand donc <...>. –
kadaĩ(s)
1. voir kadaise: À cette époque, on se déplaçait en voiture. <...> 2. un jour: Et nous savons bien que nous mourrons tous un jour BPII6.
kadaĩ prv. 1. il y a longtemps: Je t’attends depuis longtemps. Il est déjà chez lui depuis longtemps. <...> 2. autrefois: Il y avait autrefois une forêt ici.
Jadis, j’ai cru de tout mon cœur à l’amour.
kadaĩ prv. → jadis
kitadà
autrefois, une autre fois, jadis: <...> douze heures, qui sont tantôt longues, tantôt courtes BPI 232. La maladie nous frappera une autre fois Mž 290.
adv. une autre fois, autrefois: Il était une fois un homme
Je ne pourrai venir ni alors, ni une autre fois.
–
kitadõs
1. kitada: <...> Il était une fois un roi. <...> 2. parfois: Parfois, lui-même ne sait pas ce qu’il veut
kitada
Autrefois, à cet endroit, il y avait un ancien petit cimetière.
–
à un moment quelconque
à tout moment: Et viens donc un de ces jours. J. Jabl.
à un moment indéterminé: Nous nous rencontrerons peut-être un de ces jours. Viens un de ces jours.
à un moment indéterminé: Avez-vous déjà acheté quelque chose sur Internet? J’aimerais tellement encore un jour aller à Paris. C’est le plus puissant jamais engin explosif improvisé.
–
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Ainsi, les exemples présentés dans le DŽ ne donnent à voir l’emploi de kažkada et kada nors que par contraste (temps indéterminé dans le passé: temps indéterminé dans l’avenir); dans le BŽe, l’éventail des valeurs de ces marqueurs d’indétermination temporelle est présenté plus en détail: kažkada est associé à des situations passées réelles (factuelles), tandis que kada nors est associé non seulement au moment d’une action qui se produira dans l’avenir, mais aussi à celui d’une action qui a pu se produire au cours d’une certaine période.
Avant d’aborder le statut grammatical et la sémantique de ces mots, il importe d’examiner les catégories de modalité et de mode verbal auxquelles se rattachent les descriptions susmentionnées d’une action qui s’est produite dans la réalité (factuelle) et d’une action possible (non factuelle). Les actions factuelles (réelles / accomplies) sont généralement exprimées par des verbes de modalité épistémique (évaluative11). Du point de vue de la catégorie du mode, elles sont associées à l’indicatif: « La modalité épistémique concerne les connaissances que les êtres humains ont du monde <...>. Les prédicats épistémiques modifient des propositions susceptibles d’être évaluées comme vraies ou fausses, et le résultat de cette opération est également une proposition dont la vérité peut être établie » (Holvoet, Judžentis 2004: 82, 85). Les actions non factuelles sont exprimées par des verbes de modalité déontique (irréelle12). Les verbes non factuels de modalité déontique sont choisis pour exprimer des actions liées à l’avenir — intentions, incitations, ordres, nécessités: « La modalité déontique — contrairement à la modalité épistémique — caractérise non pas des propositions, mais des propositions abstraites désignant les actions ou les comportements de certains sujets » (Holvoet, Judžentis 2004: 83). Le futur présente un statut particulier du point de vue de la modalité13. Il désigne des actions futures; par conséquent, les formes verbales de ce temps « expriment des propositions qui ne peuvent être vérifiées au moment de l’énonciation: elles ne peuvent se réaliser, et donc être vérifiées, qu’à un certain moment dans l’avenir » (Holvoet, Pajėdienė 2004: 123). L’avenir est associé aux intentions14, généralement présentées comme des projets, car la séquence d’événements futurs projetés peut être bouleversée et l’événement prévu peut ne pas se produire. C’est pourquoi la désignation des événements futurs ne saurait être liée à la seule expression du temps: les événements futurs comportent également un élément de prévision (de prédiction) et une certaine dimension liée à la modalité.
11 Cf. la définition de la modalité évaluative proposée par Vladimir Plungian: « l’évaluation, par le locuteur, du caractère réel (ou du degré de probabilité) d’une situation » (Plungian 2011: 192).
12 Selon V. Plungian, les valeurs de la modalité irréelle comptent parmi les plus importantes du point de vue cognitif et communicatif; elles servent à décrire des situations irréelles — « lorsque les marqueurs modaux caractérisent un certain “monde alternatif”, existant au moment du discours dans la conscience du locuteur » (Plungian 2011: 193).
13 Pour en savoir davantage sur la problématique de la notion de futur et pour des références bibliographiques, voir Holvoet, Pajėdienė 2004: 122–124.
14 Apie ketinimų interpretaciją žr. Lyons 1993: 814tt.
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reikšmę (plg. Lyons 1993: 677). Lietuvių kalboje būsimojo laiko veiksmažodžių formomis reiškiamus teiginius15 galima laikyti modalumo požiūriu nežymėtais (plg. Holvoet, Pajėdienė 2004: 123).
2. KAŽKADA IR KADA NORS STATUT GRAMMATICAL ET SÉMANTIQUE
2.1. Dans les travaux de linguistique, kažkada ir kada nors (ainsi que leurs variantes et synonymes16) peuvent être décrits comme relevant de trois sous-classes grammaticales différentes: les adverbes (cf. Senn 1966; Ulvydas 1971, 2006; Paulauskienė 1976; Forssman 2003), les adverbiaux (cf. Makauskaitė 2016, 2019) ou les pronoms indéfinis (cf. Haspelmath 1997). Ces divergences de classification sont dues à la nature du périmètre retenu pour regrouper les données étudiées.
Traditionnellement, on distingue kažkada ir kada nors comme des adverbes, considérés comme une partie du discours autonome caractérisée par une « autonomie de la signification lexicale » (cf. Ulvydas 1971: 425; 2000: 1; 2006: 410), distinction fondée sur leur fonction consistant à indiquer « les circonstances de l’action ou de l’état exprimé par le verbe » (cf. Ulvydas 2006: 410). La notion d’adverbial est retenue pour décrire des moyens d’expression du temps de types différents par leur origine (formation)17. Dans son étude des possibilités positionnelles des adverbiaux temporels en lituanien contemporain, Indrė Makauskaitė inclut parmi les adverbiaux « les adverbes de temps et leurs équivalents sémantiques qui ne sont pas formellement considérés comme des adverbes, ainsi que les mots ou groupes de mots presque adverbialisés » (Makauskaitė 2019: 76). Il convient de noter qu’Antanas Smetona et Aurelija Usonienė, les premiers auteurs à avoir évoqué la nécessité de distinguer la classe des adverbiaux pour décrire certains phénomènes du lituanien18, soulignent que la classe sémantico-fonctionnelle des adverbiaux « n’est pas assimilée aux adverbes en tant que partie du discours traditionnelle en grammaire, ni aux circonstants en tant que fonction syntaxique traditionnelle », et que ce choix « ne remet pas en question le statut des phénomènes linguistiques considérés du point de vue des parties du discours ou des fonctions syntaxiques » (Smetona, Usonienė 2012: 124).
15 Cf.: « Le lituanien possède des formes temporelles nettement séparées du système modal; trois valeurs sont donc attribuées à la catégorie du temps déictique: le présent, le passé et le futur » (Holvoet, Pajėdienė 2004: 124).
16 Cf. les formes relevées dans les travaux de linguistique kažin kada, kažin kuomet, kažkuomet, kuomet nors (Ulvydas 1971: 454; 2000: 30) ou kažkadais, kaž(i)n kada, kaž(i)n kuomet ir kuomet nors (Makauskaitė 2019: 77, 91, 107, 108).
17 Pour des études sémantiques des moyens d’expression du temps en lituanien considérés comme des adverbiaux, voir Makauskaitė 2016.
18 Voir Smetona, Usonienė 2012: 124, 128–131, 136.
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Pour examiner les possibilités de choisir adéquatement entre kažkada ir kada nors, il importe également de tenir compte des recherches typologiques. Ces marqueurs de l’indéfini en lituanien font l’objet d’une attention particulière dans l’ouvrage de Martinas Haspelmathas Indefinite Pronouns (1997), qui présente les résultats d’une étude des universaux implicationnels concernant les pronoms indéfinis dans 140 langues. M. Haspelmath emploie la notion de pronom non seulement au sens étymologique (PRO-NOUN), mais aussi dans un sens plus large, celui de forme initiale (PRO-FORMA), comme terme décrivant diverses formations d’origine pronominale, notamment les adverbes pronominaux (en anglais pronominal adverbs; cf. Haspelmath 1997: 10–11). La nécessité d’évaluer kažkada ir kada nors comme des éléments de l’ensemble des mots relevant des pronoms apparaît aussi dans les grammaires du lituanien: ces mots, ainsi que leurs variantes synonymiques ou dérivationnelles, y sont présentés comme des adverbes, leur origine pronominale et leur formation syntagmatique à partir de plusieurs pronoms étant mises en évidence, entre autres caractérisations semblables (cf. Senn 1966: 313; Paulauskienė 1976: 202, 204; Valeckienė 1979: 13019; Kniūkšta 2001: 16120; Forssman 2003: 284). Avant d’aborder les possibilités sémantiques et d’emploi de kažkada ir kada nors (et de leurs variantes synonymes) mises en évidence par l’étude de Haspelmath, il importe de mentionner les descriptions de la signification de ces marqueurs temporels d’indétermination proposées dans les études antérieures (Ulvydas 1971, 1985) et récentes (Forssman 2003; Makauskaitė 2019) portant sur des données lituaniennes.
2.2. Dans la description des groupes sémantiques d’adverbes présentée dans Lietuvių kalbos gramatikoje (LKG), kažkada, kažkuomet21 et kada nors, kuomet norint sont classés parmi les adverbes circonstanciels de temps désignant « le présent ou les notions temporelles générales » (Ulvydas 1971: 454; 2000:
19 Adelė Valeckienė (1979: 131–133) aptaria kada etimologijas, taip pat mini ir kartūna „kada nors“ (ten pat, 130), kuris LKŽe šia reikšme iliustruojamas tarminiais pavyzdžiais (plg.: Kartūnta gal ir aš būsiu laimingas; Kartūnta tu paprašysi manęs).
20 Cf.: « On oublie aujourd’hui la diversité des pronoms indéfinis et des adverbes qui leur correspondent, et l’on commence à se contenter uniquement des formes en kaž-: kažkas, kažkoks, kažkada… A. Vienuolis emploie les formes en kaž- et kazin comme il est d’usage dans la langue vivante, lorsqu’on désigne une chose quelque peu obscure: <...>. Lorsqu’il est question de l’un parmi plusieurs éléments inconnus, l’écrivain choisit avec finesse un autre mot: <...> Kiekvienas prisiminė, kad ir jam kada nors (anksčiau ar vėliau) reiks mirt (R II 84). Dans la littérature actuelle, nous pourrions recueillir des centaines de phrases où, même dans ces cas, on insère déjà kažkoks et kažkada. A. Vienuolis n’a nul besoin du mot kažkada aux sens confondus: il exprime le temps passé indéterminé par les adverbes kadaise ir kitados <...> » (Kniūkšta 2001: 161).
21 Cf. l’indication de LKG selon laquelle les adverbes « <...> kadaise, <...>, kitada, kitados <...> » ont un « sens passé plus général » (Ulvydas 1971: 455; 2000: 31).
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30)22, au sous-groupe, bien que les exemples censés étayer cette affirmation ne le montrent pas: kažkada est illustré par des phrases comportant des formes verbales au passé, tandis que kada nors, kuomet norint par des phrases comportant des formes verbales au futur, cf.:
8) Kažkuomet <...> elle a marché sur une faux abandonnée <...>.
9) Kažin kada et moi aussi, je savais broder ainsi <...>.
10) Kada nors je te raconterai un jour l’histoire de Damulienė.
11) Toujours kuomet norint il devra lâcher <...>.
Dans la Grammaire du lituanien contemporain (DLKG), on observe une précision de cette description: dans le sous-groupe des adverbes circonstanciels indiquant « le présent ou, plus généralement, les notions temporelles », seul kada nors est mentionné, tandis que dans le sous-groupe des adverbes indiquant le passé, parmi ceux qui sont cités, seul kadaise est indiqué 23 (cf. Ulvydas 2006: 426).
Les recherches les plus récentes attirent l’attention sur le caractère déictique de ces mots. Berthold Forssman (2003: 51, 264) classe kažin kada / kažkada / kažkuomet « irgendwann » (le contexte de la description permet de penser que kada nors24 également) parmi les adverbes temporels indéfinis ponctuels, mais non déictiques25, tandis que I. Makauskaitė (2019) les classe parmi les adverbiaux temporels déictiques. Ces divergences d’évaluation sont liées à la définition de la deixis induite par les méthodes d’analyse des données: dans le premier cas — la description morphosémantique du système des adverbes — les éléments étudiés sont considérés comme des renvois anaphoriques (c’est-à-dire des renvois dont la place dans la compréhension globale du discours est établie), tandis que dans le second, leur sémantique est examinée dans le discours réel ou selon la deixis subjective26. Lorsqu’on décrit les adverbiaux temporels selon la tripartition — déictiques, intrinsèques et
22 Cf. également, dans un autre ouvrage, le sens « n’importe quand », attribué à tort à la locution kuomet norint et illustré par la phrase Oi, klius jam nuo manęs kuomet norint (Ulvydas 1974: 23; 2000: 320).
23 Cf. la traduction en russe proposée dans Грамматика литовского языка: un jour «когда-либо», autrefois «некогда, когда-то» (Ulvydas 1985: 341).
24 Un jour, son classement dans ce groupe d’adverbes indéfinis ponctuels non déictiques se déduit du sens indiqué en allemand, cf.: kadanorint (kadanonts, kadanorįs, kadanōrs) «irgendwann» (Forssman 2003: 200). On peut ici rappeler les traductions des adverbes examinés proposées par Alfred Senn (1966: 313), cf.: à un moment quelconque, à une époque quelconque, quelque(n) jour, quelque(n) temps se traduit par ‘irgendwann einmal, vor langer Zeit einmal, wer weiß wann’, tandis que un jour se traduit par ‘je, einmal’.
25 Selon B. Forssman, les adverbes temporels non déictiques indiquent une position absolue fondée sur la connaissance du monde, qui peut être classée comme antérieure, postérieure ou simultanée au temps de référence indiqué, ou bien indiquent une position dans laquelle le moment de l’action est délibérément laissé indéterminé ou considéré comme sans importance (cf. Forssman 2003: 51).
26 Apie deiksę ir anaforą dar plg. Lyons 1993 [1977]: 673tt; Levinson 1983: 54–55.
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… au modèle de référence temporelle extrinsèque – les adverbiaux déictiques se sont vu attribuer des concepts temporels dépendant de la position de l’observateur (cf. Makauskaitė 2019: 12, 37, 39, 40).
I. Makauskaitė (2019: 82) adverbialą kažkada vadina daugiazoṅiu27: juo gali būti nusakoma tolima praeitis, nežinomas laikas praeityje bei ateityje. Tyrėja adverbialą kada nors apibūdina kaip galintį nurodyti nežinomą laiką praeityje ir ateityje, kuriuo realizuojami leksiniai konceptai NEŽINOMAS LAIKAS PRAEITYJE ir NEŽINOMAS LAIKAS ATEITYJE, bet daugiazoṅiu jo nevadina (plg. Makauskaitė 2019: 91, 107–109, 228–229). Remdamasi DLKT užfiksuotos vartosenos pavyzdžiais, autorė teigia, kad ir kada nors, ir kažkada būna pasirenkami leksiniams konceptams NEŽINOMAS LAIKAS PRAEITYJE ir NEŽINOMAS LAIKAS ATEITYJE28 perteikti, o adverbialais kažkada, kažkuomet (kaip ir adverbialais kadaise, kitados, kitąkart, kitąsyk, seniai ir senokai bei jų variantais) dar gali būti realizuojamas ir leksinis konceptas TOLIMA PRAEITIS (plg. Makauskaitė 2019: 230–231). Taigi, naujausiame tyrime pateiktas kada nors semantinių galimybių apibūdinimas atitinka įprastą vartoseną (kuri atspindima ir BŽe pateiktuose pavyzdžiuose), o kažkada, kažkuomet ir jų variantų reikšmės aprašai skiriasi. Tai skatina pažvelgti ne vien į DLKT pasitaikančius paskirus kažkada vartojimo atvejus pasirenkamam leksiniam konceptui NEŽINOMAS LAIKAS ATEITYJE realizuoti, bet ir nustatyti santykinį tokių atvejų dažnumą tiek visame tekstyne, tiek jo dalyse (žr. šio straipsnio 3 sk.).
2.3. L’étude typologique des universaux implicationnels des pronoms indéfinis menée par Martinas Haspelmathas (1997) permet d’observer les systèmes d’expression de l’indétermination au moyen de pronoms employés comme proformes dans différentes langues et de prévoir les possibilités d’évolution de l’expression des pronoms indéfinis29. Selon M. Haspelmathas, le caractère sériel (anglais SERIES) propre aux pronoms indéfinis est déterminé par deux éléments: un radical indiquant la CATÉGORIE ONTOLOGIQUE (dans ce cas, il s’agirait de kada et kuomet, qui désignent la catégorie temporelle, cf.: kada nors,
27 Selon le modèle de classification des adverbiaux temporels en quatre types proposé par Renaatas Declerckas (cf. Declerck 2006: 590), un adverbial susceptible de désigner un intervalle temporel au présent, au futur et au passé est considéré comme polychronique (cf. Declerck 2006: 593; Makauskaitė 2019: 85).
28 I. Makauskaitė indique que ce concept lexical est réalisé « par les mêmes adverbiaux qui peuvent également désigner un temps inconnu dans le passé. En eux-mêmes, ces adverbiaux n’indiquent qu’une indétermination temporelle; c’est précisément le contexte qui détermine s’ils renvoient au passé ou au futur » (Makauskaitė 2019: 107–108).
29 Apie šį tyrimą žr. Croft 2003: 133–138. Apie proformomis perteikiamo apibrėžtumo ar neapibrėžtumo semantinę ir pragmatinę skirtį žr. Bhat 2007: 201–202.
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kuomet nors; kažkada, kažkuomet) et un affixe adjacent (préfixe ou suffixe) remplissant la fonction de marqueur d’indéfinition (anglais INDEFINITENESS MARKER): il s’agirait de kaž(i(n)) ou nors / norįs / norint(s), cf.: kada nor(int)s / kuomet nor(int)s, kaž((i)n)kada, kaž(i)n))kuomet (Haspelmath 1997: 21–22). Les pronoms indéfinis peuvent être associés à la négation, aux expressions à polarité négative, aux marques de spécificité et de non-spécificité, à l’expression du savoir du locuteur et au libre choix (cf. Haspelmath 1997: 31–52). Les marqueurs d’indétermination temporelle du lituanien examinés ici, formés avec kaž- et nors30, entretiennent une relation fondée sur le contraste entre leurs possibilités d’emploi: les formations en kaž- expriment généralement une indétermination spécifique, tandis que celles en nors expriment une indétermination non spécifique (cf. Haspelmath 1997: 38–39). La spécificité ou la non-spécificité dépend de la présence ou de l’absence d’un référent dans la réalité: la référence spécifique est liée à des référents réels — elle relève du domaine du savoir ou du fait; les références qui ne transmettent pas la spécificité sont associées au domaine du désir ou à l’irréel, exprimé au moyen de constructions de possibilité, d’obligation, de futur, d’impératif, de phrases conditionnelles et de questions (cf. Haspelmath 1997: 108, 109)31. À propos des marques d’indétermination temporelle choisies en lituanien, il convient de souligner que la spécificité est exprimée par des pronoms adverbiaux issus du radical du verbe žinoti « savoir »: kažkada / kažkuomet (<-- kažin kada / kuomet <-- kas žino kada / kuomet), tandis que la non-spécificité est exprimée par des pronoms adverbiaux issus du radical du verbe norėti « vouloir »32: kada / kuomet nors (kada / kuomet norįs / norint(is). Selon M. Haspelmathas, l’opposition entre spécificité et non-spécificité exprimée par les pronoms indéfinis peut se manifester dans de nombreux contextes, mais elle est particulièrement nette lorsqu’il s’agit de caractériser une action réelle ou irréelle (Haspelmath 1997: 39). Dans les contextes décrivant des situationsrealis, seuls les pronoms indéfinis spécifiques sont employés: c’est le cas de l’emploi de kažkada pour marquer l’indétermination temporelle dans le passé. Dans certains contextesirrealis33, il est possible d’employer un marqueur d’indétermination spécifique aussi bien que non spécifique.
30 Selon Albertas Rosinas, le lituanien standard et les dialectes emploient deux types de pronoms indéfinis (nominaux et adjectivaux), formés avec kaž(in) (en préposition) et nors (en postposition), entre lesquels existe une relation de distribution complémentaire plutôt que contrastive (cf. Rosinas 1988: 114–115; 1996: 116). Les pronoms de ce type, formés avec kaž- et nors, appartiennent au groupe des pronoms d’existence (« non-généralité »), caractérisés par le trait différentiel « indéfini » (indefinite), puisqu’ils désignent ou indiquent des éléments inconnus et indéterminés pour le destinataire (cf. Rosinas 1988: 113, 253).
31 Pour les possibilités/nécessités et le sous-domaine du désir qui constituent le domaine de la modalité irréelle, voir Plungian 2011: 199–200.
32 Dar plg. Forssman 2003: 200.
33 Sur le sens des termes realis et irrealis et leur emploi pour désigner les types de mode, voir Holvoet, Judžentis 2004: 88tt.
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La possibilité de choisir soit kažkada, soit kada nors apparaît également dans certaines phrases du DLKT décrivant des situations hypothétiques passées, cf.:
12) certaines chansons pour enfants kažkada ont pu autrefois constituer une partie importante du répertoire des prêtres et des vaidilutės.
13) Le fait que la zone délimitée kažkada ait pu être bien plus vaste est attesté par les mentions <...>.
14) Il est difficile de croire aujourd’hui que les gens kada nors aient pu si merveilleusement <...> baragouiner.
Pasak M. Haspelmatho (1997: 41), kai kuriuose irrealis kontekstuose dera tik nespecifinis neapibrėžtumo rodiklis. Specifinių neapibrėžiamųjų įvardžių netinkamumą imperatyvo konstrukcijoms M. Haspelmathas (1997: 42) grindžia bendradarbiavimo principo (angl. the cooperative principle; žr. Grice 1975) pažeidimu, šiam teiginiui iliustruoti pateikdamas ir lietuviško sakinio variantus su kada nors ir kažkada34 kaip tinkamo ir netinkamo vartojimo parinktis, plg.:
15) (a) Venez me rendre visite kada nors.
(b) *Venez me rendre visite kažkada.
Lorsqu’il demande un service à une date indéterminée dans le futur, le locuteur doit choisir kada nors pour l’exprimer. En choisissant kažkada, il ne partagerait pas une information importante avec son interlocuteur, car il coderait la référence temporelle non seulement comme indéterminée, mais aussi comme porteuse de traits de spécificité (ceux-ci seraient compris comme connus du locuteur, mais dissimulés à l’interlocuteur)35. Selon M. Haspelmath, le principe de coopération serait également violé si l’on choisissait des pronoms indéfinis dans des phrases interrogatives ou conditionnelles, car l’insertion de pronoms indéfinis spécifiques dans ces phrases créerait elle aussi les conditions d’une violation du principe de coopération (Haspelmath 1997: 42, 44). De telles situations de demande (exprimées par des phrases interrogatives) et de promesse ou de possibilité (exprimées par des phrases conditionnelles)36 pourraient être illustrées en reformulant les phrases 15 (a et b) sous forme interrogative ou conditionnelle, cf.:
16) (a) Viendrez-vous me rendre visite kada nors?
(b) *Viendrez-vous me rendre visite kažkada?
17) (a) Je vous montrerais ce livre si vous veniez me rendre visite kada nors.
(b) *Je vous montrerais ce livre si vous veniez me rendre visite kažkada.
34 M. Haspelmath cite les variantes de la phrase en s’appuyant sur l’étude d’Alfonso Pilka (Pilka 1984: 56).
35 Platesnį aiškinimą ir nuorodas į literatūrą žr. Haspelmath 1997: 42. Apie bendradarbiavimo principą bei konvencinę ir nekonvencinę implikatūras dar žr. Satkauskaitė 2011: 29–42.
36 Voir Holvoet, Judžentis 2004: 99 sqq. sur l’emploi du conditionnel dans les phrases conditionnelles et son sens de possibilité.
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Selon M. Haspelmath, le savoir du locuteur est le facteur sémantique qui détermine le choix d’identifier ou non le référent désigné par un pronom indéfini (Haspelmath 1997: 45). La factualité est liée au caractère unique de l’action / de l’objet et à la connaissance. En lituanien, à un moment donné (comme les autres marqueurs d’indétermination de la sous-catégorie quelque-) est étymologiquement issu de constructions qui posent une question de savoir: quelque- (< peut-être < qui sait37) quand (cf. Haspelmath 1997: 275). Les situations irréelles décrivent des actions / objets associés à un caractère unique potentiellement passé, présent ou futur, mais qui n’est pas encore confirmé ou réalisé (tant que l’objet n’est pas encore perçu comme existant, il n’est pas unique; ses propriétés sont donc non spécifiques), ainsi qu’à une possibilité de choix, exprimée en lituanien par des marqueurs d’indétermination issus de syntagmes comportant des formes non finies (non personnelles) du verbe vouloir38 (cf. Haspelmath 1997: 71, 159).
Le caractère multifonctionnel des pronoms indéfinis entraîne parfois une polysémie: une même fonction (référence à une action ou à un objet spécifique connu, spécifique inconnu, non spécifique (irréel), etc.) peut être réalisée dans différentes langues — le modèle des possibilités d’usage est propre à chaque langue — au moyen d’un ou de plusieurs sous-types de pronoms indéfinis (cf. Haspelmath 1997: 59, 76).
Les modèles d’usage des marqueurs d’indéfinition de certaines langues étrangères, en particulier celles dont l’apprentissage et la maîtrise sont souhaités au niveau de l’État et / ou deviennent prestigieux, sont parfois perçus comme un modèle à suivre. Cela peut inciter à conserver les modèles existants d’emploi des marqueurs d’indéfinition de la langue maternelle (lorsque les possibilités fonctionnelles d’expression de l’indéfini dans les langues en contact étroit coïncident) ou à les modifier progressivement (si les possibilités d’expression de l’indéfini diffèrent). En évaluant les tendances d’emploi des pronoms indéfinis (au sens large) comportant kaž- dans le lituanien standard, on peut affirmer que le russe
37
Sur les variantes réduites de la locution kas žino dans les dialectes samogitien et aukštaitien, ou sur l’origine du syntagme *kas žina + nežymimasis įvardis (indefinite pronoun), voir Rosinas (1981: 25–26; 1988: 220–223; 253). Sur la double origine des pronoms indéfinis, issus soit des PRONOMS INTERROGATIFS, soit des SUBSTANTIFS DÉSIGNANT UNE CATÉGORIE ONTOLOGIQUE GÉNÉRALE, voir Haspelmath 1997: 26 sqq.
38 Sur les syntagmes « ayant commencé à se former dès l’époque pré-lituanienne à partir de pronoms indéfinis et d’un participe actif *narins généralement postposé », présentant le trait « indéfini » et constituant une variante positionnelle des syntagmes ayant le sens de « quelqu’un », voir Rosinas 1988: 223–224.
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le système des marqueurs d’indéfinition de la langue39 pendant une certaine période40 a contribué à préserver l’usage traditionnel de ces marqueurs d’indéfinition, lié à l’expression d’une référence spécifique à un élément inconnu. Les cartes des universaux implicationnels établies par M. Haspelmath montrent que les domaines d’emploi du marqueur d’indéfinition russe -to et du marqueur d’indéfinition lituanien kaž- se recoupent, car ces marqueurs remplissent les mêmes fonctions dans les deux langues (cf. Haspelmath 1997: 71, 273, 275–276). L’évolution des priorités accordées aux langues étrangères et le fait que la maîtrise de l’anglais devienne un objectif (puis une réalité) peuvent probablement favoriser dans une certaine mesure des changements dans l’emploi de certains marqueurs d’indéfinition, notamment ceux de l’indétermination temporelle. Il est probable que les marqueurs d’indéfinition anglais de la sous-classe some, qui servent à exprimer aussi bien l’indéfini spécifique inconnu que l’indéfini non spécifique inconnu, puissent41 contribuer quelque peu à l’élargissement du domaine d’emploi des marqueurs d’indéfinition lituaniens de la série kaž-, de l’expression de l’indéfini spécifique inconnu à celle de l’indéfini non spécifique inconnu (sur la possibilité d’un transfert de sens, dans une certaine direction, entre des marqueurs d’indéfinition occupant des positions adjacentes sur les cartes des universaux implicationnels, voir Haspelmath 1997: 63). L’emploi de Kažkada à la place de l’usage courant kada nors peut être favorisé non seulement par l’anglais, mais aussi par l’exemple d’autres langues — le polonais, l’allemand et le letton. Mais, bien entendu, ce sujet nécessite une étude à part.
39 M. Haspelmath souligne que le système des pronoms indéfinis du russe est quantitativement et qualitativement plus riche que celui de l’anglais (Haspelmath 1997: 64–65)
40 Sur le bilinguisme en Lituanie soviétique et les causes possibles de la résistance à celui-ci, cf. Toyota 2010: 132–133.
41 Sur l’influence de l’anglais dans la confusion des champs sémantiques des pronoms indéfinis kažkas et kas nors, voir Rosinas 1996: 116.
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3. USAGE DE KAŽKADA, KAŽIN KADA DANS LES CORPUS
3.1. Le DLKT recense non seulement des occurrences de kažkada, kada nors, mais aussi de leurs synonymes kažin kada, kuomet nors42 (les deux derniers marqueurs d’indétermination temporelle ne figurent pas dans les parties du corpus qui rendent compte du langage parlé — Sakytinė kalba et Administracinė literatūra43), voir le tableau 2.
TABLEAU 2. Fréquence d’emploi dans le DLKT des adverbes exprimant l’indétermination temporelle kažkada, kada nors, kažin kada, kuomet nors
kažkada | kažin kada | kada nors | kuomet norsParties du DLKT | Presse | 3 001 (61,1%) | 29 (53,7%) | 3 478 (53,25%) | 7 (63,6%) | Littérature | 1 394 (28,4%) | 21 (38,9%) | 1 957 (29,96%) | 1 (9,1%) | Littérature non fictionnelle | 320 (6,5%) | 4 (7,4%) | 955 (14,62%) | 3 (27,3%) | Littérature administrative | 108 (2,2%) | – | 113 (1,73%) | – | Langue parlée | 91 (1,8%) | – | 29 (0,44%) | – | 4 914 (100%) | 54 (100%) | 6 532 (100%) | 11 (100%)
Comme le montrent les données présentées au tableau 3, kažkada est relativement peu souvent choisi dans le DLKT pour exprimer le concept lexical TEMPS INCONNU DANS LE FUTUR: ces occurrences ne représentent qu’environ 3,05% de tous les emplois.
42 Les adverbes kažkuomet, kaži(n) kuomet ne sont pas recensés dans le DLKT.
43 La principale source des occurrences de kažkada et kada nors dans cette partie du DLKT est constituée par les comptes rendus sténographiques des séances du Seimas de la République de Lituanie.
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TABLEAU 3. Fréquence relative globale d’emploi de kažkada dans le DLKT
kažkada indique le moment indéterminé d’une action qui a eu lieu dans le passé | indique le moment indéterminé d’une action qui a pu avoir lieu dans le passé | indique le moment indéterminé d’une action susceptible de se produire dans le futur | (dans les contextes d’obligation et de condition) | (expression du futur comme souhait ou possibilité) | nombre total d’occurrences dans le DLKT et leur fréquence relative | Parties du DLKT | Presse | 2 904 (~59,1%) | 10 (~0,2%) | 19 (~0,39%) | 68 (~1,38%) | 3 001 (~61,1%) | Littérature | 1 376 (~28%) | 2 (~0,04%) | 5 (~0,1%) | 11 (~0,22%) | 1 394 (~28,37%) | Littérature non fictionnelle | 314 (~6,4%) | 3 (~0,06%) | 1 (~0,02%) | 2 (~0,04%) | 320 (~6,51%) | Littérature administrative | 81 (~1,65%) | – | 15 (~0,3%) | 12 (~0,24%) | 108 (~2,2%) | Langue parlée | 74 (~0,08%) | – | 5 (~0,1%) | 12 (~0,24%) | 91 (~1,85%) | Corpus entier | 4 749 (~96,64%) | 15 (~0,3%) | 45 (~0,92%) | 105 (~2,14%) | 4 914 (100%) | 4 764 (~96,95%) | 150 (~3,05%)
La comparaison des fréquences relatives des deux emplois de kažkada dans les différentes parties du corpus montre que, pour désigner des situations non spécifiques liées à la description d’événements futurs, kažkada est beaucoup moins employé dans la langue écrite que dans les parties du DLKT représentant la langue parlée (voir les tableaux 4 et 5). Dans les textes écrits, sur 4 715 occurrences (soit 95,95% de l’ensemble des occurrences de kažkada dans le DLKT), 106 désignent des situations futures (~2,25%): 87 occurrences (~2,9%) sont relevées dans la presse, 16 (~1,1%) dans les textes littéraires et 3 (~0,9%) dans les parties du DLKT consacrées à la littérature non fictionnelle. Dans les parties du DLKT qui présentent des textes de langue parlée, sur 199 occurrences (soit 4,05% de l’ensemble des occurrences de kažkada dans le DLKT), 44, soit 22,11% environ, servent à désigner des situations futures kažkada: 27 occurrences (25%) sont relevées dans la partie du DLKT intitulée Administracinė literatūra et 17 (~18,7%) dans la partie Sakytinė kalba.
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TABLEAU 4. Répartition des emplois de l’adverbe kažkada dans les parties du DLKT représentant la langue parlée et la langue écrite
kažkada
indique un moment indéterminé dans le passé où a eu lieu l’action
indique un moment indéterminé où l’action pourrait avoir lieu dans le futur
nombre total d’occurrences dans le DLKT et leur proportion
Parties du DLKT
Presse
Littérature de fiction
Littérature non fictionnelle
4 609 (97,75%)
106 (~2,25%)
4 715 (100%)
Littérature administrative
155 (77,89%)
44 (~22,11%)
199 (100%)
Langue parlée
Dans l’ensemble du corpus
4 764 (~96,95%)
150 (~3,05%)
4 914 (100%)
TABLEAU 5. Fréquence relative des modèles d’emploi de l’adverbe kažkada dans les différentes parties du DLKT
kažkada
indique un moment indéterminé d’une action passée
indique le moment indéterminé d’une action susceptible de se produire dans le futur
nombre total d’occurrences dans le DLKT et fréquence relative
Parties du DLKT
Presse et médias
2 914 (~97,1%)
87 (~2,9%)
3 001 (100%)
Littérature de fiction
1 378 (~98,9%)
16 (~1,1%)
1 394 (100%)
Littérature non fictionnelle
317 (~99,1%)
3 (~0,9%)
320 (100%)
Littérature administrative
81 (~75%)
27 (~25%)
108 (100%)
Langue parlée
74 (~81,3%)
17 (~18,7%)
91 (100%)
Dans l’ensemble du corpus
4 764 (~96,95%)
150 (~3,05%)
4 914 (100%)
SLKT44 il n’y a que peu d’occurrences de l’adverbe kažkada (kažin kada, kažkuomet ne sont pas attestés), et son emploi dans des contextes au futur est également peu fréquent: 3 occurrences (7,3%) sur
44 La source de l’étude est le SLKT (sakytinistekstas.vdu.lt), corpus annoté morphologiquement et constitué à l’Université Vytautas-Magnus. La création du corpus a été soutenue par le Fonds national lituanien pour la science et les études (2006–2008), le Fonds lituanien
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41 (voir le tableau 6). Il convient de prêter attention au contexte situationnel de ces occurrences: il s’agit de communications dans les médias — une phrase prononcée par une participante à une émission de télévision (2,4%) — et de discours institutionnels spontanés — deux phrases prononcées par des employés de banque (4,9%).
TABLEAU 6. Fréquence relative des modèles d’emploi de l’adverbe kažkada dans le SLKT
kažkada
indique un moment indéterminé auquel l’action a eu lieu dans le passé
indique un moment indéterminé auquel l’action pourrait avoir lieu dans le futur (expression du futur)
nombre d’occurrences
part du SLKT
Communication académique (nombre total de mots: 50 714)
4 (9,8%)
–
4 (9,8%)
Communication dans les médias (nombre total de mots: 68 493)
2 (4,9%)
1 (2,4%)
3 (7,3%)
Communication théologique (nombre total de mots: 2 100)
–
–
–
Discours privé spontané (nombre total de mots: 121 788)
27 (65,9%)
–
27 (65,9%)
Discours institutionnel spontané (nombre total de mots: 40 478)
5 (12,2%)
2 (4,9%)
7 (17,1%)
Dans l’ensemble du corpus (nombre total de mots: 297 798)
38 (92,7%)
3 (7,3%)
41 (100%)
Ainsi, les parties du DLKT Littérature administrative et Langue parlée montrent que, pour désigner le concept lexical TEMPS FUTUR INCONNU, on choisit kažkada bien plus souvent que
le Conseil scientifique dans le cadre du Programme national de développement des études lituaniennes pour 2009–2015 (LIT-9-11) et du Programme national de recherche et de diffusion des études lituaniennes pour 2016–2024 (LIP-085/2016).
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à l’écrit: dans la prise de parole publique, ces cas représentent 25%, tandis que dans les échanges privés, ils représentent 18,7% (voir le tableau 5). Le SLKT atteste l’emploi de kažkada dans des contextes au futur uniquement en situation publique — 7,3% (voir le tableau 6).
3.2. L’examen des modèles d’emploi, dans le DLKT, des adverbes kažkada, kada nors, kažin kada, kuomet nors permet de formuler une autre hypothèse: le rapprochement des sens de kažkada et kada nors pourrait également être favorisé par l’alignement de kažkada sur l’adverbe composé moins grammaticalisé kažin kada, qui convient à la désignation du moment d’une action passée (factuelle) comme de celui d’une action future (irréelle)45. Dans le DLKT, l’emploi de l’adverbe composé kažin kada est relativement peu fréquent (54 occurrences). Il apparaît uniquement dans les sections du corpus représentant la langue écrite (21 occurrences dans les textes littéraires, 4 dans les textes non littéraires et 29 dans les textes journalistiques)46. Dans 44 cas (81,5%), il exprime l’incertitude quant au moment d’une action accomplie (spécifique), et dans 10 cas (18,5%), l’incertitude quant au moment d’une action future possible (non spécifique) (voir les données du DLKT au tableau 7). Dans les contextes d’action factuelle, le sens « il y a longtemps » de kažin kada peut être renforcé par la particule emphatique jau, tandis que le sens « on ne sait quand » peut être souligné au moyen de locutions comportant différents marqueurs du type kaž- (voir les phrases 20–21). Dans les contextes d’action future (irréelle), kažin kada conserve encore son sens interrogatif étymologique « qui sait quand », qui convient également à l’expression du concept lexical TEMPS FUTUR INCONNU (voir les phrases 22–23), cf.:
18) Povilas n’avait déjà kažin kada vu son fils dans les yeux. DLKT
19) Cela fait déjà kažin kada que tu n’as pas vu Kazys. DLKT
20) Un salon était orné d’une tente turque, kažin kada rapportée par je ne sais qui. DLKT
21) Le père avait kažin kada dit je ne sais quoi <...>. DLKT
22) la fin de sa file est déjà tout près, mais celle du pin, on ne sait quand. DLKT
23) Elle ne veut pas se contenter de promesses — elle veut de l’aide maintenant, et non kažin kada. DLKT
Ainsi, bien que l’emploi de kažin kada soit 91 fois moins fréquent que celui de kažkada dans le DLKT (cf.: 4914: 54), les contextes d’emploi montrent que l’adverbe moins grammaticalisé kažin kada est beaucoup plus souvent (~18,5%)
45 Ce modèle d’emploi est également illustré par les exemples donnés dans la LKG, cf.: Je l’avais rencontré en ville je ne sais quand; Aniolus (=anges) nous verrons je ne sais quand <...> (Ulvy das 1971: 454).
46 Le DLKT recense 55 kažin kada occurrences, mais dans l’un des cas cette locution fait partie d’une question directe, cf.: Madame, quand pourrai-je rapporter ce téléviseur à la maison? La locution interrogative formée par la juxtaposition de kažin kada est plus souvent associée aux contextes au futur (comme le montre l’exemple cité), mais elle peut aussi servir à demander quand une action déjà accomplie a eu lieu, cf. la phrase suivante: Quand donc ce sac à dos est-il apparu ici? Sur les différences et les similitudes entre l’emploi des pronoms interrogatifs et celui des pronoms indéfinis, voir Bhat 2007: 231–232.
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moins souvent kažkada (≈ 3,05%) est choisi pour décrire des contextes associés à des situations futures (actions irréelles).
TABLEAU 7. Modèles d’emploi sémantique de l’adverbe kažin kada dans le DLKT
kažin kada
indique le moment inconnu d’une action qui a eu lieu dans le passé
indique le moment inconnu d’une action susceptible de se produire dans le futur
Total
Partie du corpus
Presse et médias
21 (38,9%)
8 (14,8%)
29 (53,7%)
Littérature de fiction
19 (35,2%)
2 (3,7%)
21 (38,9%)
Littérature non fictionnelle
4 (7,4%)
–
4 (7,4%)
Littérature administrative
–
–
–
Langue parlée
–
–
–
Dans l’ensemble du corpus
44 (81,5%)
10 (18,5%)
54 (100%)
CONCLUSIONS
La comparaison des descriptions des adverbes kažkada et kada nors données dans les principaux dictionnaires de la langue lituanienne montre que c’est le Dictionnaire de la langue commune qui présente le plus complètement l’éventail des significations de ces marqueurs temporels indéfinis: les exemples qu’il fournit montrent que l’emploi de kažkada est associé uniquement à des situations passées réelles (factuelles), tandis que kada nors est associé non seulement au moment d’une action future, mais aussi à celui d’une action qui aurait pu se produire au cours d’une certaine période.
Dans les travaux de linguistique, on trouve trois attributions possibles de ces marqueurs d’indétermination temporelle à des classes grammaticales: celle des adverbes, des adverbiaux ou des pronoms indéfinis (au sens large). Les divergences de classification s’expliquent uniquement par la portée différente du regroupement des matériaux étudiés. La signification de ces mots est également décrite de diverses manières. On trouve aussi des descriptions trompeuses (contredisant la sémantique des phrases données en exemple) du sens de à un moment donné et un jour, quand ils sont classés parmi les adverbes désignant « le présent ou les notions générales de temps » (Ulvy das 1971: 454), ainsi qu’une description fondée uniquement sur l’emploi attesté dans le DLKT (sans examiner un tel
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(de la fréquence relative du modèle d’emploi) à un moment donné permet de décrire le sens de ce mot, ce qui autorise à le classer parmi les adverbiaux polyvalents, c’est-à-dire ceux qui désignent des situations aussi bien passées que futures (cf. Makauskaitė 2019: 82). L’étude typologique des universaux implicationnels des pronoms indéfinis, y compris des adverbes d’origine pronominale, menée par M. Haspelmath (1997), aide à mettre au jour le modèle d’emploi lié à la sémantique des adverbes temporels indéfinis à un moment donné et un jour. Selon cette étude, seul l’emploi de à un moment donné pour exprimer l’indétermination temporelle de situations factuelles (présentant des propriétés de spécificité) peut être considéré comme approprié. En choisissant À un moment donné pour décrire également le moment réel (non spécifique) de l’action, on violerait le principe de coopération avec l’interlocuteur.
L’étude de la fréquence des différents emplois grammaticaux et sémantiques de kažkada dans le Corpus de la langue lituanienne contemporaine montre que kažkada, lorsqu’il indique un temps indéterminé pour une action susceptible de se produire à l’avenir, représente environ 3,05% (échantillon total des occurrences: 4 914). La comparaison de la fréquence de ces occurrences dans les différentes parties du corpus montre que kažkada est beaucoup plus souvent employé pour caractériser le temps d’une action irréelle (non spécifique) dans les textes de langue orale (~22,11%) que dans la langue écrite (~2,25%). L’analyse des données fournies par le Corpus de la langue lituanienne orale (échantillon total des occurrences: seulement 41) montre que kažkada est choisi pour caractériser le temps d’une action irréelle (non spécifique) lorsqu’on s’exprime non pas en privé, mais dans l’espace public: un emploi peu fréquent a été relevé dans les sections de ce corpus Communication dans les médias (2,4%) et Parole institutionnelle spontanée (4,9%).
Les raisons qui incitent à choisir kažkada plutôt que kada nors pour désigner le temps d’une action irréelle (non spécifique) peuvent être diverses: les modèles d’emploi des pronoms indéfinis de certaines langues étrangères, le système des marqueurs d’indétermination en lituanien, ou encore les tendances générales de l’évolution de l’usage de ces marqueurs. Toutefois, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour les déterminer.
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INDEFINITE TEMPORAL ADVERBS KAŽKADA AND KADA NORS: RELATIONSHIP OF MEANING AND USAGE
Summary
The article discusses the shift in the usage of kažkada ‘sometime’ from the traditional model under which the time of the specific (real) action, which took place at an indefinite moment in the past, is described towards a less usual model where kažkada is used to describe the time of the non-specific (irreal) action, which may potentially occur in the future and which is traditionally expressed by the adverb kada nors ‘sometime’. Referring to Martin Haspelmath’s (1997) typological research addressing the implicational universals of indefinite pronouns, which also include pronominal adverbs, the article attempts to explain this shift and anticipates the further shift in the usage of kažkada. The analysis of kažkada usage patterns is based on the data provided by two text corpuses – the Corpus of the Modern Lithuanian Language and the Corpus of Spoken Lithuanian.
KEYWORDS: indefinite temporal adverbs, pronominal adverbs or pronoun as pro-forma, adverbials, indefiniteness marker.
JŪRATĖ PAJĖDIENĖ
Lietuvių kalbos institutas
Petro Vileišio g. 5, 10308 Vilnius
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