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LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI, XXX (1993)

PERIFERINĖS LIETUVIŲ KALBOS TARMĖS

I. J. JACHKINE

NOMS DES CHAMPIGNONS DANS LA ZONE FRONTALIÈRE BIÉLORUSSO-LITUANIENNE

(Bolet, bolet gris, vesses-de-loup)

Les matériaux relatifs aux noms des champignons ont été recueillis sur le territoire de la Biélorussie dans le cadre d’enquêtes de terrain, ainsi que sélectionnés dans des sources dialectologiques, historiques et archivistiques (plus de 2 200). Les noms des champignons de Lituanie ne nous sont connus que par l’atlas de la langue lituanienne (Lietuvių kalbos atlasas. Т. 1. Leksika. Vilnius, 1977. Cartes nos 97, 98), par un dictionnaire russe-lituanien traduit (Русско–литовский словарь. Vilnius, 1982–1985. Т. 1–4) et par des matériaux d’archives (Русское Географическое товарищества - РГТ, фонд 34, 1873. Département des manuscrits de la Bibliothèque scientifique de l’Université de Vilnius).

La zone d’interaction entre les parlers biélorusses et lituaniens et d’extension des aires biélorusses et lituaniennes se distingue à la frontière occidentale du massif biélorussophone et du massif lituanophone à l’est de la Lituanie. Les matériaux de la РГТ attestent que la limite occidentale de l’extension des noms de champignons du massif biélorusse correspondait aux parlers dans lesquels, sur le territoire de la Lituanie actuelle, on parlait « simplement » — en biélorusse. Les matériaux de cette même РГТ et d’autres sources indiquent la limite orientale de cette zone, à savoir les districts d’Astravets, de Voranava et de Braslaw, où sont attestés des noms lituaniens de champignons. Selon les matériaux d’archives, la zone biélorusso-lituanienne se composait des parties orientales des anciens gouvernements de Vilnius et de Kowno au sein de l’Empire russe. Les noms de champignons consignés par les instituteurs et les prêtres dans leurs réponses à la question (no 22) du questionnaire de la РГТ ne semblent pas être des calques du russe, mais des formes locales.

Les matériaux d’archives (Ф. 34) donnent une image complète de l’abondance des champignons dans cette région et témoignent de la richesse des champignonnières au XIXe siècle. Comparer: « Une forêt de pins sur une étendue de 20 verstes aux environs du domaine de Zabor’e… riche («изобилует») en champignons… », « Des baies et des champignons… il y en a certaines années en très grande abondance » (volost de Khatentchitsy, district de Vileïka).

Il y avait tant de champignons qu’on payait les redevances avec eux. Ainsi, dans le gouvernement de Vilnius: « Pour le droit de ramasser des champignons dans les forêts de la comtesse Oudoutskaïa… il doit livrer à l’administration du domaine de Zhaloudok de la comtesse 3 livres de champignons séchés » (volost d’Orlia, district de Lida). Les années de récolte abondante (ce fut le cas en 1872), « les paysans abandonnent même les travaux des champs, moins rentables, et consacrent tout leur temps à la cueillette des champignons » (district de Troki, gouvernement de Vilnius). Dans le district de Vilnius, lors d’une année productive, une livre de cèpes séchés coûtait « quelques kopecks », une dizaine

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de cèpes séchés à Sviantsiany coûtait 10–15 kopecks, tandis qu’une dizaine de cèpes frais — de 10 à 15 kopecks dans le district d’Ochmiany. Au cours de l’été, une femme gagnait 25–30 roubles dans le district de Dünabourg. Les femmes paysannes vendaient des pouds de champignons dans la volost de Nikolaïev, district de Disna. On ne peut manquer de mentionner la richesse en cèpes lorsqu’on lit le témoignage suivant d’un contemporain: « Il est même impossible d’évaluer approximativement combien de pouds de ceux-ci (champignons) sont vendus: l’année dernière (1872), cinq personnes du village de Martsynkavtsy (=Marcjankonis) de la volost de Varniai en ont acheté plus de 300 pouds pour les revendre, mais cette quantité, semble-t-il, ne constitue pas plus de la moitié des champignons réellement écoulés » (district de Troki, gouvernement de Vilnius). Vilnius était approvisionné en champignons par les districts de Troki et de Sviantsiany (Ф. 34, с. 461, л. 96).

Les matériaux d’archives indiquent les localités qui étaient réputées pour leurs riches champignonnières. Dans le gouvernement de Kowno, il y en avait deux: 1. le district de Panevėžys; 2. la localité de Kėdainiai (=Kedainiai). Dans le gouvernement de Vilnius, on comptait 14 forêts vierges de ce type: volost de Khatentchitsy, district de Vileïka (=Khadentchitsy, district de Vileïka, région de Minsk); volost de Germanichki, district de Vileïka (=Germanichki, conseil de village de Gudagaï, district d’Astravets, région de Grodno); volost de Krasnoselsk, district de Vileïka (=Krasnoïe Selo, conseil de village de Zalolye, district de Karelichy, région de Grodno); volost de Vileïka, district de Vileïka (=district de Vilnius, région de Minsk); volost de Chtchoutchyn, district de Lida (=district de Chtchoutchyn, région de Grodno); localité d’Orly, volost d’Orlia (sur les deux rives du Niémen), district de Lida (=Vorlia, district de Chtchoutchyn, région de Grodno); volost de Koniava, district de Lida (=Koniavitchy, conseil de village d’Oziory, district de Grodno, région de Grodno); volost de Beniakoni, district de Lida (=Beniakoni, district de Voranava, région de Grodno); volost de Parplitsy, district de Vileïka (=Porplishcha, district de Dokchytsy, région de Vitebsk); volost de Mère, district de Troki (=Mèrekine, district de Varėna, Lituanie); volost d’Orany, district de Troki (=district de Varėna, Lituanie); volost de Nikolaïev, district de Disna (=Nikolaïevo, conseil de village de Koziany, district de Braslaw, région de Vitebsk); volost de Kholkhol, district de Vileïka (=?); volost de Kamai, district de Sviantsiany (= Kamaï, district de Pastavy, région de Vitebsk).

Les habitants locaux signalaient également les régions où les champignons poussent, mais ne font pas l’objet d’une exploitation, ainsi que celles où ils poussent mal en raison de conditions naturelles défavorables.

Pour l’analyse, on ne retient que la zone biélorussophone, qui fait aujourd’hui principalement partie de la Biélorussie et, en partie, de la Lituanie et de la Lettonie.

Boletus edulis est appelé dans cette zone, selon les matériaux contemporains et archivistiques (1873), baravik; cf.: borovik — volost d’Orany, district de Troki, gouvernement de Vilnius — paroisses: Martynkansk et Zhuratish (=Marcjankonis et Žiūrai — Ф. 34, с. 480, л. 11); boroviki — district et gouvernement de Vilnius (Ф. 34, с. 386, 519, л. 45, 76), village de Tcharemychtcha, volost de Zanarotsk, district de Sviantsiany, gouvernement de Vilnius (Ф. 34, с. 462, л. 26), volost de Graoujichy, district d’Ochmiany, gouvernement de Vilnius (Ф. 34, с. 377, л. 3), volosts de Vileïka, de Lauginov et de Serbichi, district de Vileïka, gouvernement de Vilnius (Ф. 34, с. 506, 499, 503, лл. 3, 4б); buroviki — volost de Chtchoutchyn, district de Lida, gouvernement de Vilnius (Ф. 34, с. 435, л. 7б).

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Désormais, le nom бараві́к dans la langue littéraire lituanienne est un terme littéraire scientifique tikrinis baravykas « vrai cèpe, Boletus edulis » (Dictionnaire russo-lituanien. T. 1. p. 419). Nous ne connaissons pas la géographie du nom бараві́к sur le territoire de la Lituanie: il semble y être répandu et avoir un caractère substitutif. Sur le territoire de la Biélorussie, la dénomination бараві́к occupe presque tout le territoire, excepté le sud de la république. En Polésie, on connaît le nom бараві́к comme substitutif, tandis que le nom traditionnel est грыб « cèpe ».

Dans le district de Voranava de la région de Hrodna, limitrophe de la Lituanie, le cèpe est désigné par le nom балтатаргы́б, qui est un lituanisme. Dans la langue littéraire lituanienne, le nom бараві́к entre également dans les dénominations de l’« asavik » (bolet orangé) – baravykas raudonviršis, de la « babka » (bolet rude) – baravykas lepšė, du bolet tardif (bolet granuleux) – baravykas kazlėkas, du bolet d’été (bolet granuleux) – šilinis baravykas, du bolet bai – žalsvasis baravykas, du bolet polonais – rudakepūris baravykas, du bolet des chênes – baravykas praqžuolis, du bolet réticulé – tamprusis (raudonkūtis) baravykas, etc.

D’autre part, sont considérés comme des lituanismes dans les parlers biélorusses ра́ўданік « bolet orangé », kubizdel « vessie-de-loup », etc.

Sur la carte n° 98 de l’Atlas de la langue lituanienne figurent les appellations чырвонагаловікаў raudonviršis, raudonaviršis, raudoniūkas, raudõnis, raudõnius, raudõnė, raudõngalvis, raudõngalvė, raudõnagrybis, raudõnlepšė, raudonlepšis, raudõnbaravykis, raudonukė, raudonūkas « bolet rouge, bolet orangé ». De tous ces synonymes, seul le dernier nom раўданік est employé sur le territoire du district voisin de Voranava. Sur cette même carte, les collègues lituaniens ont relevé en Lituanie, dans les localités 650 (Tudaliai, district de Šalčininkai), 665 (Kapiūkai – village du conseil rural de Gerviškės, district de Šalčininkai), 666 (Šabičyninkai), raudonikas (raudoniūkas). Dans le district voisin de Voranava, région de Hrodna, aux localités VI (Voranava), VII (Nača), VIII (Radun), ils ont également noté, à côté de ces formes, raudonikis. Dans le village de Posalč du conseil rural de Benjakoni, district de Voranava, ce champignon est appelé раўданік (information communiquée par I. V. Vojnič, collaborateur scientifique de l’Académie des sciences de Biélorussie). Tous ces noms чырвонагаловікаў forment une zone locale unique sur le territoire de la Lituanie et de la Biélorussie.

Nous avons également constaté, au cours d’une expédition dialectologique (1989) dans le district de Švenčionys (village de Rakovskaya), voisin du district de Pastavy, dans la région de Vitebsk, que les Biélorusses locaux appellent le champignon Leccinum aurantiacum чырвонагаловікі, tandis que les Lituaniens locaux l’appellent раўдонагалвяй (forme nominative du pluriel). Chacun parle sa langue maternelle et ils se comprennent sans interprète.

Pour le champignon Люсopегdon, le sud-ouest de la Biélorussie possède une appellation neutre бздзіюха. Le même nom est répandu en Ukraine – бздю́ха, dans le nord-est de la Pologne (la région de Suwałki, une partie de la Mazurie et la Podlachie) – bździuch (bździucha), et dans les parlers lituaniens – kukiūržedis, kubiždelis. Dans les parlers du district voisin de Voranava, on emploie le lituanisme кубіздзель « vessie-de-loup ».

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On observe dans une partie des appellations biélorusses et lituaniennes de champignons une même motivation du type зялёны махавікžalsvasis baravykas « bolet verdâtre »; баравы баравік, сіни́кšilbaravykis, рыжокrūdmesė « champignon roux », іччырьі грыбtikrinis baravykas.

Les appellations des champignons en Biélorussie forment un ensemble continu et possèdent également leurs propres systèmes zonaux. Dans la zone frontalière, on observe des superpositions de langues différentes. La communauté d’une partie des dénominations de champignons témoigne de la préservation d’un état plus ancien (du type de l’unité balto-slave), ainsi que d’influences réciproques dans le cadre du grand-duché de Lituanie (XIII — XVIII siècles).

Dans la zone frontalière, des appellations de champignons correspondant aux langues en contact se reflétaient également sous leurs formes biélorusse et lituanienne dans les noms géographiques de localités (villages, zaścianki, domaines) des anciens districts de Vilnius et de Święciany du gouvernorat de Vilnius (1905): Боровикина (zaścianek) de la paroisse de Bystrica, Боровикинин — lituanien Baravykynė (domaine) de la paroisse de Širvintos, Рыжишки — lituanien Rūžiškė (village de la paroisse de Tverečius, district de Święciany).

Le lexème грыб est également attesté dans les noms géographiques suivants de la région de Vilnius: Грыбіны — lituanien Grybėnai (hameau) de Moliatai et des districts de Vilnius, Грыбішкі — lituanien Grybiškiai (village) du district de Moliatai, etc.

NOMS DES CHAMPIGNONS DANS LA ZONE FRONTALIÈRE BIÉLORUSSO-LITUANIENNE (baravykas ~ баравік, raudonviršis ~ аса́вік, pumpotaukšlis ~ порхаўка)

Résumé

Les données sur les noms des champignons dans la zone frontalière biélorusse-lituanienne ont été recueillies à partir de diverses sources écrites. Le nom commun (d’origine slave) baravykas ~ баравік est assez largement répandu. Ce n’est qu’en Polésie que baravykas est appelé simplement grybas ~ грыб. Le fait que des phénomènes similaires se rencontrent également dans les parlers lituaniens de la zone frontalière est attesté par le lituanisme балтаgr yб relevé dans le district de Varenavo. La variante du raudonviršis raudonikis, raudonikas ~ аса́вік, падасінавік a également été empruntée par le parler biélorusse de Varenavo, sous la forme рауданік. Le fait que pumpotaukšlis ~ порхаўка soit appelé, dans la zone lituanienne et biélorusse, par les dialectismes kubizdelis, kubezdalis, etc., est attesté par le lituanisme кубіздель répandu dans le district de Varenavo.

La zone frontalière abonde également en noms géographiques de localités habitées dérivés de noms de champignons, par exemple Grybėnai ~ Грыбяны, village du district de Molėtai, Grỹbiškiai ~ Грыбішкі, village du district de Molėtai, Baravykynė ~ Боровикина, métairie du district de Širvintos, et Rūžiškė ~ Рыжишки, village du district de Švenčionys.

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