Pastabos
Nous déformons l’histoire des mots
Vient de paraître un petit recueil joliment mis en page, destiné à présenter des exemples du lexique de divers dialectes: Les dialectes lituaniens – deuxième partie (Éditions de l’Institut de la langue lituanienne, 2005), 64 p. (recueil préparé par R. Bacevičiūtė, A. Leskauskaitė et D. Vaišnienė, sous la direction de A. Laučka et M. Lučinskienė). L’ouvrage est destiné aux écoles, où l’on pourra tout lire aussi en anglais, au cas où l’on ne pourrait pas le lire en lituanien, et découvrir comment les habitants de nos campagnes appelaient et appellent les objets de la vie quotidienne.
Les auteurs se sont appuyés sur les matériaux des expéditions du LKA et sur les principales sources linguistiques: le LKŽ, les dictionnaires dialectaux, etc. Dans bien des cas, de bons résultats ont été obtenus, mais il faut aussi exprimer quelques réserves.
Les lignes consacrées au diūnkubilį mentionnent ses synonymes minkytūvis, minkytūvas dans les parlers des Samogitiens du Nord. Hélas, minkytūvis (ainsi que minkytuvė dans Ms) a été relevé et publié dans le LKA, 25 žem., et dans le LKŽVIII 222–223. Or, toutes les personnes interrogées, y compris des docteurs en philologie et des Samogitiens connaissant bien leur dialecte, emploient le plus souvent la forme m′i.n′k′i.tùv′s / m′i.n′k′i.tov′s, qui n’est même pas mentionnée dans le livret (les Samogitiens interrogés rejetaient tout particulièrement la variante minkytūvo — ne serait-ce pas une invention d’étudiants?). L’emprunt au letton abrė, relevé dans les environs de Škn et Žg, se prononce « à la lettone », selon le Dr A. Jonaitytė, àb′r′e; de même, dans le parler des Dounininkai, àb′r′i (DunŽ 21): cela prouve sans qu’il soit besoin de rien démontrer l’origine lettone de ce mot (mais les chercheurs l’ignorent).
De même, tout n’a pas été dit au sujet du récipient utilisé pour puiser l’eau du puits. L’histoire de ce mot est claire. Les dialectes de la Lituanie prussienne employaient le mot kìbiras (comme l’attestent les écrits de Schleicher, Jurkšaitis et F. Kuršaitis, le LKŽV 725, J, J.Jabl; le rédacteur en chef K. Ulvydas et l’ancienne lexicographe B. Vosyl y tė n’ont même pas inclus en 1958 dans le LKŽV la forme urbaine kìbiras, à accent modifié, car ils la jugeaient non héritée; j’ai moi-même entendu la conversation au département des dictionnaires). Sur la plaque (c’est-à-dire la disquette), l’ancienne forme kìbiras est aussi mentionnée, mais elle n’est pas mise en valeur et se trouve reléguée parmi les synonymes. Il semble qu’aucune recherche nouvelle n’ait été menée (autrefois, avant 1975, j’ai relevé kìbirą à SG, RSN — même auprès du locuteur M. Deivelaitis —, à Šv, dans les villages de Būdviečiai, Pempiškiai et Tvaskučiai; on le trouvait aussi à Vvr, puis à Birbinčiai, près de Klaipėda, et même en 1965 dans le village luthérien de Buikiškė, près de Vainutas. La forme urbaine kìbiras, qui, selon K. Būga, a pris un nouvel accent par adaptation, est précisément la seule qui ait été proposée aux enfants pour qu’ils l’apprennent). L’histoire montre que l’aire d’emploi de kìbiro était assez vaste (la Lituanie prussienne est le berceau de notre langue standard), alors même que nous évitons jusqu’à mentionner ces parlers.
Il est regrettable que la forme à deuxième accentuation du plat kastinis ne soit pas mentionnée (cf. LKŽV 395). Dans les environs de Klp, on n’a pas non plus entendu bá.ltaˈs′s s′v′ėˈsc; ne s’agirait-il pas d’un autre mets, de moindre qualité
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