L’article examine, du point de vue structurel, les termes psychiatriques formés à partir de noms d’êtres mythiques dans le manuel Introduction à la psychiatrie (1935), premier manuel lituanien publié dans la Lituanie de l’entre-deux-guerres, par le célèbre psychiatre lituanien Juozas Blažys. Presque tous ces termes sont issus des langues classiques (grecque et latine) et ont été empruntés tels quels à ces langues par l’intermédiaire de langues relais, puis adaptés au système de la langue lituanienne. En rédigeant son manuel, J. Blažys s’est appuyé sur les travaux publiés de ses collègues, et ces termes auraient été repris de ces travaux. Les mythonymes d’origine grecque et latine entrant dans la composition des termes psychiatriques sont des universaux archaïques, compris sans équivoque dans toutes les langues. Cela explique que les termes psychiatriques formés à partir de ces mythonymes soient empruntés par les langues les unes aux autres et constituent une part importante de la terminologie psychiatrique éponymique internationale.
Le manuel emploie surtout des termes mythonymiques formés par appellativisation totale (directe, affixale et compositionnelle), et très rarement par appellativisation partielle. Les appellatifs composés (par exemple, kleptomanija) dont le constituant est fondé sur un mythonyme en position postposée sont les plus caractéristiques. Parmi les appellatifs affixaux, les appellatifs suffixés, formés à l’aide du suffixe productif -izmas (par exemple, morfinizmas), prédominent; les appellatifs préfixés (par exemple, amnezija) ne sont pas caractéristiques.
MOTS-CLÉS: terme mythonymique, manuel de psychiatrie, éponyme, terme éponymique.
R É S U M É
L’article analyse du point de vue structurel les termes de psychiatrie formés à partir de noms d’êtres mythologiques qui figurent dans le manuel Įvadas į psichiatriją (Introduction à la psychiatrie), publié en 1935 par Juozas Blažys, célèbre psychiatre lituanien, et premier manuel de psychiatrie paru en Lituanie durant l’entre-deux-guerres Įvadas į psichiatriją.
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Presque tous ces termes sont issus des langues classiques (grecque et latine), ou ont été directement empruntés à celles-ci par l’intermédiaire d’autres langues, puis adaptés au système du lituanien. Lors de la rédaction du manuel, Blažys s’est appuyé sur les travaux publiés de ses collègues et a très probablement repris ces termes dans ces sources. Les mythonymes d’origine grecque et latine qui entrent dans la structure des termes psychiatriques sont des universaux archaïques dont le sens est univoque dans toutes les langues; par conséquent, les termes psychiatriques qui en dérivent passent d’une langue à l’autre et constituent une part importante de la terminologie éponymique internationale de la psychiatrie.
La plupart des termes employés dans le manuel sont des mythonymes formés par appellativisation totale (directe, affixale et composite) et, très rarement, par appellativisation partielle. Les appellatifs composites sont les plus fréquents (comme kleptomanija (kleptomanie)), avec un constituant fondé sur un mythonyme postposé. Parmi les appellatifs affixaux, les appellatifs suffixaux formés à l’aide du suffixe productif -izmas (comme morfinizmas (morphinisme)) prédominent, tandis que les appellatifs préfixaux (comme amnezija (amnésie)) sont peu fréquents.
MOTS-CLÉS: terme mythonymique, manuel de psychiatrie, éponyme, terme éponymique.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
L’un des groupes typologiques des termes éponymiques1 est constitué de termes éponymiques formés à partir des noms d’êtres mythologiques (dieux, déesses, géants, etc.)2 (appelés mythonymes3).
1 On appelle terme éponymique un terme dérivé d’un éponyme. À l’origine, les éponymes désignaient uniquement des noms propres. Ce sens d’éponyme s’est maintenu jusqu’aux XIXe–XXe siècles, mais s’est ensuite estompé, et l’éponyme a pris un sens nouveau. Aujourd’hui, le terme éponymes désigne également des termes — noms communs exprimant des notions concrètes et abstraites — ainsi que des unités nomenclaturales, c’est-à-dire des dénominations de notions individuelles (Leičik 2011: 135–138; Rāduly 2016: 362). Ainsi, le terme éponyme dans son sens nouveau est celui qui est le plus souvent employé dans les études empiriques actuelles en terminologie (Bresch 2002: 155; Lalic-Krstin 2004: 64; Lončar, Ostroški Anić 2013: 37; Ferguson, Thomas 2014: 1; Majewska 2016: 94; Giménez-Roldán 2017: 15; Yermolenko 2018: 10; Guardiola i Pereira, Baños i Diez 2021: 12–13; Zhdan, Dvornyk, Avetikov, Bieliaieva 2021: 24 et autres). On appelle éponyme un terme simple dérivé du nom d’une personne (réelle ou fictive) ou d’un nom de lieu (toponyme), ou encore un terme composé comportant un élément onymique (Dirckx 2001: 15; Cappuzzo 2008: 1–2; Kruchenkova, Agafonova 2020: 99–100; Lysánets, Bieliaieva 2021: 1–2; Slabin 2023: 188). Nous estimons toutefois que le terme terme éponymique, qui indique un lien direct avec la terminologie, est plus précis que celui d’éponyme, lequel est néanmoins compris avant tout comme un nom propre qui donne son nom à un objet, à un processus, etc. La littérature terminologique présente non seulement une diversité dans l’emploi des termes désignant les termes dérivés d’éponymes, mais aussi des conceptions divergentes de la notion elle-même (pour plus de détails, voir Gaivenis, Keinys 1990: 59; Lerner, Kaptsan, Witztum 2001: 441; Duque-Parra, Llano-Idárraga, Duque-Parra 2006: 220; Leičik 2011: 138; Tatarinov 2006: 68, 235; Kvašytė 2005: 66; Kitkauskienė 2011: 48; Novinskaja 2013: 34; Gaivenis 2014[1994]: 217; Kakzanova 2017: 335; Mikelionienė 2017: 127–128; Rimkutė-Ganusauskienė 2023: 122; Vasiljeva, Titenko 2023: 17; Vaskelaitė 2023: 95, 101; Brdar, Brdar-Szabó 2024: 75).
2 On affirme que la plupart des noms de dieux mythologiques, d’êtres divins et fantastiques sont entrés dans la terminologie médicale à l’époque des Lumières, marquée par le culte de l’Antiquité (Karenberg 2012: 7).
3 Mythonyme (gr. mythos « récit » + onyma « nom »): nom d’êtres inexistants dans la réalité (dieux, bons et mauvais esprits, titans, centaures, etc.) (Jakaitienė 2009: 269).
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les termes – les termes mythonymiques4. La mythologie classique a constitué une source abondante et importante de la terminologie scientifique moderne (Levitt 2014: 65; Xiaoli 2023: 118). De nombreux mythes et légendes de la Grèce et de la Rome antiques ont pénétré des domaines tels que la politique, la culture, la médecine, etc., et les noms de leurs personnages sont devenus la base de termes dans plus d’une discipline scientifique ou technique (Xiaoli 2023: 123). Les termes dérivés de mythonymes sont particulièrement nombreux dans la terminologie de diverses branches de la médecine (anatomie, psychiatrie, ophtalmologie, pharmacologie, etc.), par exemple: tendon d’Achille (lat. tendo calcaneus – tendon calcanéen AV 2020; le tendon le plus épais (d’Achille) de tout le corps ŽA 2005 155), corne d’Ammon (hippocampe propre, corne d’Ammon, lat. hippocampus proprius, cornu ammonis AV 2020; voir aussi ŽA 2005: 319), atlas « première vertèbre cervicale. Elle est annulaire et s’articule avec le crâne par une articulation spéciale qui permet d’incliner la tête » (VLEe), lymphe5. Comme l’a dit avec éloquence l’historien allemand de la médecine Axel Karenberg, qui a écrit sur les origines mythologiques des termes anatomiques, pendant des siècles, les dieux grecs et romains ont vécu non seulement dans les musées et les bibliothèques, mais aussi dans le langage de l’anatomie. L’auteur considère même ces termes comme magiques (Karenberg 2005: V; Karenberg 2012–2013: 7). Bien que, selon certains chercheurs, les termes mythonymiques aient été créés par le recours à l’imagination et ne reflètent pas les objets réels qu’ils désignent, ils sont néanmoins reconnus pour plusieurs caractéristiques positives. Ces termes sont concis (par comparaison avec les termes descriptifs de la nomenclature) et satisfont donc à l’exigence de brièveté des termes, tout en répondant au principe d’économie linguistique. C’est précisément cette caractéristique qui rend ces termes adaptés à la terminologie médicale. Courts (en un ou deux mots), ils sont faciles à retenir. C’est là une autre de leurs qualités (Karenberg 2012–2013: 20–22). Les termes mythonymiques sont assurément expressifs et imagés, même si l’expressivité et le caractère imagé ne figurent pas parmi les caractéristiques essentielles de la langue scientifique (Gaivenis 2002: 44). D’un autre côté, ces caractéristiques des termes en question, leur caractère fantastique, s’estompent avec le temps, et les termes mythonymiques sont désormais perçus de façon assez neutre. Ainsi, le contemporain
4 Ces termes ont fait l’objet de nombreux travaux – l’attention s’est portée principalement sur la terminologie de diverses branches de la médecine (Karenberg 2005; Tritenko 2011: 3–21; Karenberg 2012–2013: 7–22; Levitt 2014: 65–80; Kucharz 2017: 29–42; Nažnean 2020: 1–5; Taneva 2022: 205–212; Turan 2023: 15–37; Vasiljeva, Tritenko 2023: 17–28; Xiaoli 2023: 118–123, entre autres). Les chercheurs comprennent et traitent ces termes de manière similaire, bien qu’il n’existe pas de terme établi pour les désigner: différents auteurs emploient divers synonymes, par exemple: terme mythologisme, terme mythonyme, terme mythologique, terme comportant un élément mythologique, terme comportant des éléments mythonymiques (voir Vasiljeva, Tritenko 2023: 18). Dans cet article, le terme terme mythonymique a été choisi, au motif que, comme indiqué précédemment, un tel terme est dérivé d’un mythonyme.
5 Le terme lymphe (liquide circulant dans le corps humain) est dérivé du nom des nymphes (gr. Nymphai), esprits des eaux et déesses des forces vitales de la nature dans la Grèce antique, filles de Zeus (VLEe; pour plus de détails, voir Karenberg 2012–2013: 10).
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l’usager de la terminologie perçoit à peine le contexte mythologique de termes tels que anamnèse6, psychose7, thanatologie8, vénéréologie9. Il est admis que les termes mythonymiques possèdent un grand potentiel didactique et intellectuel: tout en transmettant des informations propres au domaine, ils permettent des incursions dans l’histoire de la littérature et de l’art, rendent le langage scientifique médical moins ennuyeux et plus accessible aux étudiants en médecine, et contribuent en outre à élever le niveau général de culture (Karenberg 2012–2013: 22; Xiaoli 2023: 122).
L’objet de recherche de l’article est constitué des termes employés en psychiatrie et dérivés de mythonymes, qui ont été recueillis manuellement dans le manuel Įvadas į psichiatriją, publié en 1935 dans la Lituanie de l’entre-deux-guerres. Son auteur est le célèbre médecin psychiatre lituanien Juozas Blažys (1890–1939). Ses contemporains rapportent qu’il était « un éminent savant et médecin, l’un des meilleurs de nos psychiatres », « l’une des autorités les plus éminentes dans ce domaine en Lituanie », « un homme éclairé, un grand humaniste », « le tout premier psychiatre de la Lituanie indépendante » (Römeris 1939: 409–410; Bendoravičius 1939: 417), et que son manuel fut salué comme un travail non compilatoire, mais original, écrit « dans une langue lituanienne belle, avec des phrases clairement formulées et précises », se distinguant par son ampleur et sa richesse de contenu des introductions à la psychiatrie publiées dans d’autres langues (Bendoravičius 1939: 420, 426). Le manuel contient peu de termes psychiatriques éponymiques liés à la mythologie, ce qui se comprend puisque, comme l’indique son titre, il ne s’agit que d’une introduction à la psychiatrie, dont le but, selon les propres mots de l’auteur, est de « donner des connaissances générales sur la psychiatrie », tandis que « l’étude des maladies mentales particulières relève de la psychiatrie clinique <...> » (Blažys 1935: III).
L’objectif est d’examiner, du point de vue structurel, les termes psychiatriques mythonymiques du manuel, de déterminer par quels procédés d’appellativisation ils ont été formés et quelles sont leurs particularités structurelles, ainsi que d’établir de quels mythonymes les termes psychiatriques sont dérivés et quel est leur lien avec le concept scientifique qu’ils désignent. La méthode descriptive analytique traditionnelle est la plus appropriée pour l’analyse linguistique des termes et constitue donc la principale méthode employée. En plus de celle-ci, la méthode d’analyse structurelle (dérivationnelle) est utilisée pour déterminer si le terme
6 D’après le nom de Mnémosyne (gr. Mnēmosynē), titanide de la Grèce antique et personnification de la mémoire (VLEe).
7 D’après le nom de Psyché, déesse de la Grèce antique et personnification de l’âme (VLEe).
8 D’après le nom du dieu Thanatos, personnification de la mort dans la Grèce antique (VLEe).
9 D’après le nom de Vénus, déesse romaine antique et personnification des plaisirs charnels. L’adjectif venereus signifiait, dans le langage médical clinique et courant, « lié à l’amour physique » ou « sexuel ». À la Renaissance, cet adjectif était employé pour désigner la syphilis, maladie sexuellement transmissible: morbus venereus, lues venerea (VLEe; Karenberg 2012–2013: 12).
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est un mot dérivé, et à quel procédé de formation il appartient. La méthode comparative est utilisée afin de montrer quels sont les équivalents, dans la terminologie psychiatrique actuelle, des termes psychiatriques formés à partir de mythonymes dans le premier manuel de psychiatrie. Outre les termes mythonymiques relevant exclusivement de la psychiatrie, par ex.: manija, psichozė, le manuel contient également des termes généraux de médecine et de médecine clinique issus de mythonymes, par ex.: Achilo refleksas, leukopenija, venerinė liga. Lors de la collecte des données, on a pris en compte leur présence dans le dictionnaire encyclopédique le plus récent des termes psychiatriques (voir la liste des sources auxiliaires). Si un terme mythonymique relevé dans le manuel figurait dans le dictionnaire mentionné (sans tenir compte ici des aspects formels tels que l’orthographe des termes), il était considéré comme un terme psychiatrique et comme objet de la présente étude.
PROCÉDÉS D’APPELLATIVISATION DES MYTHONYMES ENTRANT DANS LA COMPOSITION DES TERMES PSYCHIATRIQUES
Comme cela a déjà été mentionné, la mythologie grecque et romaine antique a profondément influencé non seulement la culture, la littérature et l’art européens, mais aussi les domaines des sciences et des techniques. Les mythes sont de nouveau sollicités lors de la création de nouveaux termes. La psychiatrie est une branche des sciences médicales qui comporte des termes issus des noms de personnages des mythes antiques. Termes formés par appellativisation totale. Le processus par lequel un nom propre est utilisé pour créer un nouveau terme est appelé appellativisation10. Comme le souligne Valentina Skujiņa, figure classique de la terminologie lettone, au cours de ce processus, le nom propre devient, par transfert de sens, un nom commun, appelé appellatif. S’appuyant sur une conception large de l’appellativisation, la terminologue distingue, dans le processus de création terminologique, l’appellativisation totale, qui peut être directe, affixale ou compositionnelle, et l’appellativisation partielle (voir fig. 1) (Skujiņa 2002: 99–100, cf. Xiaoli 2023: 118).
Fig. 1. Procédés d’appellativisation des mythonymes
10 Dar vartojamas terminas deonimizacija (Superanskaja, Podolskaja, Vasiljeva 2005: 26).
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Termes formés par appellativisation directe. L’appellativisation directe est comprise comme le transfert d’un nom propre dans la catégorie des noms communs sans recours à des moyens spécifiques de formation des mots. Le sens de l’appellatif, c’est-à-dire du terme nouvellement créé, change; il s’écrit avec une minuscule (Skujiņa 2002: 100). Dans ce cas, on peut parler de dérivation sémantique. Le manuel étudié ne contient que très peu de termes relevant de ce procédé d’appellativisation: seulement manija 10611, 135, 175, 210 et psychè 240 (voir fig. 2).
Fig. 2. Procédés d’appellativisation totale des mythonymes
Dans le manuel, le terme manija est employé au sens d’« humeur pathologiquement exaltée »; toutefois, selon les mots de l’auteur, « à l’époque de Pinel’io12 et d’Esquirol’io13, le délire était appelé mánija14 » 175. Le TŽŽ paru l’année suivante (1936) consigne déjà manija dans son acception clinique: « maladie mentale particulière qui se manifeste par le fait qu’une personne semble dominée par une pensée ou une idée, ne désire qu’une seule chose, ne poursuit qu’un seul but, ne cherche, ne voit, ne craint qu’une seule chose, etc. » TŽŽ 1936 594. Dans la psychiatrie lituanienne actuelle15, manija s’entend comme 1) « syndrome maniaque » et 2) « impulsion morbide, irrépressible ou incontrôlable, habitude nuisible, penchant pathologique » EPTŽ 2017 179. Comme on le voit, le sens du terme manija employé dans le manuel diffère de son sens actuel. À la fin du XXe siècle, le terme en question s’employait encore dans un troisième sens, celui d’« idées de délire de grandeur » TPTŽ 1996 52.
Le terme manija est issu du nom de Mania (gr. Mania, Maniē, Maniai), déesse de la mythologie grecque antique personnifiant la folie (TGM; TŽŽ 2007: 680).
11 Ici et dans la suite du texte, le numéro de page du manuel est indiqué à côté des termes et/ou de leurs explications.
12 Philippe Pinel (1745–1826) – médecin français, précurseur de la psychiatrie (Wiki).
13 Jean-Étienne Dominique Esquirol (1772–1840) – psychiatre français, élève de Philippe Pinel (Wiki).
14 Mis en italique par l’auteur du manuel.
15 L’ouvrage paru en 2017, Enciklopedinis aiškinamasis psichiatrijos terminų žodynas, est considéré comme représentatif de la terminologie de la psychiatrie lituanienne actuelle; parmi les ouvrages représentatifs de la terminologie en question figure également Aiškinamasis psichologijos terminų žodynas (2019), qui comprend aussi des termes psychiatriques.
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Psyché, employé dans le manuel dans la phrase « Le certificat du médecin doit contenir au moins une brève anamnèse et décrire l’état actuel de l’esprit (de la psyché) » 240, tire son origine du nom d’un personnage de la mythologie grecque antique, Psyché, déesse de l’âme (gr. Psykhê16) (voir plus largement TGM; VLEe).
Comme le souligne Natalija Novinskaja, un nom propre qui devient un terme se transforme en nom commun et perd son orthographe onymique; il acquiert les caractéristiques d’un nom commun et devient un élément productif dans la formation d’autres noms (Novinskaja 2004: 284–285). Il en va ainsi, par exemple, dans le cas du mytonyme étudié: à partir de l’élément psich- sont formés des termes employés dans le manuel tels que bradipsichija, psichiatrija, psichika, psichoneurozė, psichozė, psichopatija, psichopatologija, psichotechnika, etc.
Termes formés par apellativisation affixale.
L’apellativisation affixale s’entend comme la transformation d’un nom propre en nom commun au moyen de procédés de formation des mots. Puisque tous les termes attribués à ce mode d’apellativisation (voir fig. 2) sont des mots internationaux empruntés aux langues classiques — le grec et le latin — par l’intermédiaire d’autres langues, en l’occurrence probablement repris par J. Blažys dans les sources auxquelles il s’est appuyé, à des degrés divers, pour rédiger son manuel, puis adaptés phonétiquement et morphologiquement au lituanien, on ne peut parler de leur formation que de manière formelle: ces termes ont été formés dans les langues classiques prêteuses et sont passés sous une forme déjà achevée dans d’autres langues, puis de celles-ci en lituanien. Selon le théoricien classique de la formation des mots en lituanien, Vincas Urbutis, les emprunts en question, qui sont des formations venues d’autres langues et dont le domaine principal d’emploi est celui des sciences et des techniques, occupent une position spécifique à part dans la formation synchronique des mots (Urbutis 2009: 292–293).
Si les appellatifs directs sont formés par dérivation sémantique, dans le cas des appellatifs affixaux, on peut parler de dérivation morphologique. Ici, le trait catégoriel de l’unité lexicale désignée, c’est-à-dire du terme, est exprimé par des morphèmes affixaux spécialisés (Novinskaja 2013: 37). Les termes formés de cette manière se distinguent des appellatifs directs en ce que le mytonyme y est réduit: seule la morphème racine intervient dans la formation. Dans ces cas, le nom propre perd son autonomie et passe au niveau de l’élément terminologique (Tatarinov 2006: 235). Les appellatifs affixaux, contrairement aux appellatifs directs, sont des termes dérivés au moyen de préfixes ou de suffixes.
Les appellatifs dérivés par suffixation sont nettement plus fréquents dans le manuel. Les appellatifs formés à l’aide du suffixe indiquant une tendance –izmas se distinguent par leur productivité
16 Pirminė šio žodžio reikšmė – „kvėpavimas“ AŽ 1998: 453.
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(voir Brunevičiūtė, Gudaitytė, Šarkauskienė 2003: 140). L’un d’eux est erotizmas 106 (gr. ērōs (gén. ērōtos) — « amour charnel » OED + lat. -izmas). Dans le manuel, ce terme est employé à propos de divers « facteurs physiogènes [comme causes des maladies psychiques] » 101: « <...> les malades maniaques se caractérisent par l’érotisme » 106. Aujourd’hui, on distingue jusqu’à quatre sens d’erotizmo (APTŽ 2019 80), alors qu’à la fin du XXe siècle, il désignait « le nom générique de diverses pulsions sexuelles » TPTŽ 1996 27. Le morphème racine du terme est associé au nom d’Éros, dieu de l’amour dans la mythologie grecque (voir plus largement VLEe; AŽ 1998 132).
Dans le manuel, eterizmu 88, 97 (gr. aithēr — air supérieur; air lumineux et pur; ciel OED + -izmas) est appelé « usage de l’éther (“anodyn”) », qui « est répandu dans la région de Klaipėda et en Grande-Lituanie, à la frontière avec la région de Klaipėda. L’éther provoque un état semblable à l’ivresse, avec une humeur exaltée et une tendance aux actes impulsifs, dont l’étheromane ne se souvient ensuite pas » 97. Le morphème racine du terme est lié au nom d’Éther, dieu primordial de la lumière dans la mythologie grecque (gr. Aithēr) (voir plus largement TGM; VLEe). On affirme que le nom d’éther fut donné au début du XVIIIe siècle au composé chimique volatil connu depuis le XIVe siècle, en raison de sa légèreté et de son absence de couleur (OED).
Le terme gigantizmas17 (gr. Gigas, pl. nom. Gigantes — né de la terre TGM; OED + -izmas) est employé dans le manuel à propos de la dégénérescence et de ses causes. Le gigantisme est traité comme une marque physique de dégénérescence — une anomalie de la stature 66–68. Dans la terminologie psychiatrique actuelle, il s’agit d’un « syndrome clinique caractérisé par une taille particulièrement élevée <...> ou par l’augmentation de certaines parties du corps ou des organes internes » EPTŽ 2017 101. La racine du terme est associée aux Géants, personnages de la mythologie grecque (voir plus largement VLEe; AŽ 1998 159–160).
Hermafroditizmas18 (gr. hermaphroditos — personne présentant les caractères des deux sexes OED + -izmas) est employé dans le manuel pour examiner diverses marques physiques de dégénérescence. L’hermaphroditisme est classé parmi les anomalies des organes sexuels 66–68. Le terme dérive du nom d’Hermaphrodite (gr. Hermaphroditos), personnage mythique de la Grèce antique présentant des caractères masculins et féminins (voir plus largement VLEe; TGM).
Dans le manuel, le terme lunatizmas 211 (lat. lunaticus — frappé par la lune < luna — lune OED + -izmas) est employé pour décrire les malades mentaux
17 Apie terminą yra rašęs Eugenius Józėfas Kurcharžas 2017: 35.
18 Apie terminą yra rašęs E. J. Kurcharžas 2017: 36.
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le schéma de l’étude, mais la notion ainsi désignée n’est pas expliquée plus en détail. En psychiatrie contemporaine, il est défini comme une « forme d’état crépusculaire de la conscience, se manifestant sous la forme d’un automatisme ambulatoire. Pendant son sommeil, le patient se lève brusquement, marche dans la pièce les yeux ouverts, accomplit des gestes habituels, peut déplacer des objets, sortir de son appartement, monter sur le toit, etc. » EPTŽ 2017 195. Le morphème radical du terme est associé au nom de Luna (lat. Luna), déesse romaine de la nuit (pour plus de détails, voir AŽ 1998 302, 446; VLEe; TGM).
Le terme morfinizmas (fr. morphine ou all. Morphin19 – principal alcaloïde de l’opium, utilisé comme analgésique narcotique < gr. morphē OED + –izmas) désigne une dépendance qui, comme l’indique le manuel, « se développe le plus souvent à la suite de l’usage de morphine pour soulager la douleur » 97. La racine du terme est liée au nom de Morphée (gr. Morpheus), dieu du sommeil et des rêves dans la mythologie grecque (pour plus de détails, voir VLEe; TGM).
Dans le manuel, le terme narcisizmas20 142 (gr. Narkissos OED + –izmas) est employé à propos des pulsions et de leur pathologie, mais la notion qu’il désigne n’est pas expliquée plus en détail. Aujourd’hui, il s’agit d’une « déviation sexuelle se manifestant par l’amour de soi » EPTŽ 2017 196. Le morphème radical du terme vient du nom de Narcisse (gr. Narkissos), personnage de la mythologie grecque tombé amoureux de son propre reflet, qu’il aperçut dans l’eau d’une source (pour plus de détails, voir VLEe; cf. TGM).
Outre les dérivés en suffixe -izmas déjà mentionnés, on a relevé quelques appellatifs suffixaux isolés formés à l’aide des suffixes -ija, -ozė, -ika.
Dans le manuel, la fobija21 est définie comme un « état de peur apparaissant avec des idées ou des pulsions obsédantes » 179. Le terme est dérivé du nom de Phobos (gr. Phobos), dieu de la peur et de la panique dans la mythologie grecque (pour plus de détails, voir TGM; Viki). D’un point de vue structurel, on peut isoler le suffixe -ija (gr. -ia), qui signifie « état morbide ou anormal, pathologique » (Morkevičienė 2018: 10, 79).
Le terme hipnozė, que le manuel explique comme un « état semblable au sommeil, avec un rétrécissement du champ de la conscience, provoqué par divers moyens
19 Le nom a été forgé par le pharmacien allemand Friedrich’as Sertürneris (1783–1840), qui l’a associé au nom de Morphée, dieu des rêves (OED).
20 Kai kuriuose šaltiniuose (pvz.: VLEe, AŽ 1998: 350) teigiama, kad šį terminą pirmą kartą 1910 m. pavartojęs austrų psichologas ir psichoanalitikas Sigmund’as Freud’as. Iš tiesų termino autorystė priklauso vokiečių psichiatrui ir kriminologui Paul’ui Adolfui Näcke’ui (1851–1913), pirmą kartą pavartojusiam narcisizmo terminą 1899 m. (APTŽ 2019 195). Apie terminą yra rašęs E. J. Kurcharžas 2017: 38.
21 Apie terminą yra rašiusi Tatjana Tritenko 2011: 17.
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(fixation du regard sur un objet déterminé, répétition de paroles injonctives, etc.) » 225, le suffixe est assez clair: –ozė (gr. –osis), qui signifie « trouble, maladie, état morbide ou anormal » (Morkevičienė 2018: 10, 81, cf. Brunevičiūtė, Gudait, Šarkauskienė 2003: 144). Le morphème radical du terme est lié au nom d’Hypnos, dieu du sommeil (gr. Hypnos) (pour plus de détails, voir VLee; AŽ 1998 193; TGM).
Dans le manuel, le terme panika22 80 (gr. panikon – lié à Pan + –ika) est employé pour décrire diverses réactions à des traumatismes psychiques. La panique est l’une de ces réactions. En psychiatrie contemporaine, ce terme désigne un état de confusion, une peur intense ou une terreur EPTŽ 2017 238. La racine du terme est issue du mythonyme Pan (gr. Pan), dieu des forêts et des champs dans la mythologie grecque, dont l’apparence inspirait la peur et la terreur aux hommes (pour plus de détails, voir OED; VLee; TGM).
On a relevé quelques termes psychiatriques mythonymiques de structure plus complexe, dérivés au moyen de deux types d’affixes différents. L’un d’eux est amnezija (a- – préfixe grec signifiant « manque, absence » + –mnesia – mémoire, voir Brunevičiūtė, Gudait, Šarkauskienė 2003: 146, 152, cf. Morkevičienė 2018: 80), que le manuel explique de plusieurs façons: « défaut ou faiblesse de la mémoire » 153, « [l’]exclusion de la mémoire de souvenirs concernant une période donnée, <...>. On appelle parfois amnésie cette perte générale de mémoire » 154. On peut donc classer amneziją parmi les appellatifs préfixés et suffixés, car, outre le préfixe a-, le radical de base du terme est élargi par le suffixe –ija (voir LKG I 363). Ce terme dérivé repose sur le mythonyme Mnémosyne (gr. Mnēmosynē), personnification de la mémoire dans la mythologie grecque (TGM; VLee; Viki). Les morphèmes radicaux des termes hipermnezija, hipomnezija, paramnezija reposent eux aussi sur le même mythonyme, mais la position préfixale est ici occupée par les éléments internationaux dits23hiper- « au-dessus de la norme », hipo- « au-dessous de la norme », para- « perturbé », bien que certains chercheurs les considèrent comme des préfixes (voir Filipczak-Nowicka, Grech-Żmijewska 2010: 172–173).
À ce petit groupe s’ajoute le terme autoerotizmas, fondé sur le mythonyme Éros – dérivé de l’élément international auto- et du suffixe –izmas. Termes formés par appellativation composite. L’appellativation composite s’entend comme l’emploi d’un nom propre pour désigner un nouveau…
22 Apie terminą yra rašęs E. J. Kurcharžas 2017: 38.
23 Pour plus de détails sur l’emploi des éléments internationaux dans la formation des mots et des termes en lituanien, voir Keinys 1979: 14–26; Kupčinskaitė 1997: 56–61; Inčiuraitė-Noreikienė 2015: 245–259; Rudaitienė 2001: 94–107; Simonait ytė-Rudaitienė 1998: 180–202; Aleksaitė 2021: 64–78, entre autres.
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des éléments du terme composé. Les termes formés de cette manière sont les plus nombreux dans le manuel (voir fig. 2). Ils sont tous des emprunts — des termes internationaux dont « l’origine étrangère est clairement perceptible » (Urbutis 2009: 293). Bien qu’ils n’aient pas été formés en lituanien, ils peuvent être analysés du point de vue de la dérivation et constituent un sous-système distinct de formation des mots (Keinys 2005 [1983]: 131; voir aussi Urbutis 2009: 293).
Les deux éléments de ces composés sont d’origine grecque (le plus souvent) ou latine. Les éléments des langues classiques sont « commodes en ce que la signification des éléments correspondants d’un même groupe est comprise par les chercheurs de certaines spécialités parlant de nombreuses autres langues » (Rudaitienė 2001: 97).
Dans le manuel, les appellatifs composés prédominent, avec le mythonyme Manija comme second élément (voir p. 4 pour plus de détails). Dans le manuel, ce mythonyme sert à former des termes désignant généralement diverses impulsions morbides (pathologiques, obsessionnelles). Certains de ces termes sont aujourd’hui considérés comme des noms de troubles mentaux, par exemple: kleptomanija, piromanija (APTŽ 2019 155, 227).
Le terme dipsomanija (gr. dips– soif + -mania – impulsion Brunevičiūtė, Gudaitytė, Šarkauskienė 2003: 151, 152) désigne dans le manuel une « envie morbide de boire, qui ne se manifeste que périodiquement » 96.
Dans le manuel, le terme homicidomanija (ancien français homicide < latin homicidium – meurtre < homo – être humain OED + -mania) est défini comme une « impulsion obsessionnelle à tuer » 179.
Kleptomanija (gr. kleptes – voleur, escroc < kleptein – voler, agir en secret + -mania OED) est définie comme une « [i]mpulsion pathologique à voler » 178.
Le terme narkomanija 88 (gr. narko- < narkē – engourdissement, obnubilation de la conscience, sommeil + -mania OED, EPTŽ 2017 197) désigne un concept qui n’est pas expliqué dans le manuel. En psychiatrie contemporaine, il s’agit du terme général désignant les maladies caractérisées par une envie persistante de consommer des substances narcotiques, médicamenteuses et toxiques, en raison de la dépendance psychique et physique qu’elles entraînent EPTŽ 2017 197.
Une autre manie — l’« impulsion obsessionnelle à mettre le feu » 179 — est désignée par le terme piromanija (gr. pyr- – feu + -mania Brunevičiūtė, Gudaitytė, Šarkauskienė 2003: 152–153).
Dans le manuel, l’impulsion obsessionnelle à se suicider est appelée suicidomanija 179 (lat. sui – soi + lat. caedere – tuer + -mania OED; TPTŽ 1996 81).
Il convient d’examiner séparément une paire d’appellatifs composés du manuel dont les deux éléments sont associés à des mythonymes. L’un d’eux est le terme erotomanija (gr. erōs (gén. erōtos) – amour sexuel + -mania OED; EPTŽ 2017 88).
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Ce terme désigne des psychoses dominées par des complexes sexuels. En psychiatrie actuelle, il désigne une « augmentation pathologique du désir sexuel, se manifestant souvent conjointement à des perversions sexuelles » EPTŽ 2017 88. Le premier élément du terme est lié au mythonyme Éros (voir plus en détail p. 5), et le second au mythonyme Manie (voir plus en détail p. 4).
Un autre appellatif composite fondé sur deux mythonymes est eteromanija (gr. aetheromania < aithēr, aitheros – éther + mania – désir, passion EPTŽ 2017 89). Dans le manuel, ce terme désigne la « consommation d’éther (« anodynum ») » 97. Le premier élément du terme en question dérive du mythonyme Éther (voir plus en détail p. 5), et le second du mythonyme Manie (voir plus en détail p. 4).
Le groupe des appellatifs composites comprend également quelques formations isolées de termes mythonymiques composés, dont l’un des éléments est lié à des mythonymes.
Dans le manuel, le terme agorafobija24 (gr. agora – lieu de réunion des hommes libres dans la Grèce antique, place principale de la ville + gr. phobos – peur VLEe) est appelé peur des places 179. Le second élément du terme repose sur le mythonyme Phobos (voir plus en détail p. 6).
Dans le manuel, le terme echolalija (gr. ēkhō – écho + lalia – parler, s’exprimer OED) est expliqué comme un trouble de la conduction des voies nerveuses dans lequel, au lieu de répondre à une question, le patient répète tous les mots de la question ou seulement le dernier 188. Le premier élément du terme est lié au mythonyme Echo. Dans la mythologie grecque, Echo (gr. Ekhō) est une nymphe qu’Héra, pour avoir bavardé sans cesse, punit et transforme en écho (TGM). Le terme echopraksija, « répétition mécanique des mouvements effectués par les personnes qui l’entourent » 188, est également lié au même mythonyme (gr. ēkhō – écho + gr. praxis – action OED).
Hebefrenija25 219 n’apparaît dans le manuel que dans la classification des maladies mentales présentée par le psychiatre allemand Emil’io Wilhelm’o Georg’o Magnus’o Kraepelin’o (1856–1926). Le premier élément du composé dérive du nom d’Hébé, déesse de l’éternelle jeunesse dans la mythologie grecque. Selon les sources, le terme a été créé en 1871 par le psychiatre allemand Ewald Escker à partir du grec hēbē « jeunesse » + phrene « esprit », auxquels s’ajoute la terminaison du nom abstrait –ia (OED; VLEe).
Dans le manuel, le terme hipnolepsija (gr. hypnos – sommeil + gr. lepsis – saisie, crise TPTŽ 1996 36) est expliqué comme une forme particulière de sommeil
24 Apie terminą yra rašiusi T. Tritenko 2011: 17.
25 Apie terminą yra rašiusi T. Tritenko 2011: 16.
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: des accès de sommeil surviennent soudainement et peuvent parfois se répéter plusieurs fois par jour 201. Le premier élément de ce terme est lié au mythonyme Hypnos (voir plus en détail p. 6).
Parmi les termes mythonymiques examinés, le terme letargija 201 (gr. lēthargia < lēthē – oubli + argia – inactivité EPTŽ 2017 163) se distingue des autres. Son premier élément peut être interprété de deux manières, c’est-à-dire qu’il peut être lié aussi bien à un anthroponyme qu’à un toponyme. Dans la mythologie grecque, Léthé était le nom d’un fleuve qui coulait dans le royaume souterrain d’Hadès, ainsi que de la plaine parcourue par ce fleuve. Ce nom était également celui de la déesse de ce fleuve, personnification de l’oubli (TGM; EB).
Termes formés par apellativisation partielle. Cette apellativisation caractérise les termes composés (voir fig. 1). Le mythonyme constitue généralement le constituant secondaire (dit onymique) du terme, et le nom commun son constituant principal (dit appellatif). V. Skujiņa appelle le nom propre (dans notre cas, le mythonyme) un composant dénotatif, car il désigne les caractéristiques essentielles du concept nommé par le terme (Skujiņa 2002: 100). Le premier constituant précise le sens du second. Ces termes conservent leur motivation onymique, contrairement à certains termes simples dont l’origine onymique s’estompe avec le temps (Tatarinov 2006: 235).
Le terme Edipo kompleksas26, formé de cette manière, est expliqué dans le manuel comme un conflit psychique provoqué par un désir incestueux: « [e]ntre un père et ses filles qui grandissent, entre une mère et ses fils, se développent souvent des relations manifestement empreintes de sentiments tendres particuliers qui, bien qu’ils ne coïncident pas avec les sentiments sexuels, ne peuvent cependant en être nettement dissociés. Lorsqu’un fils se marie, il apparaît souvent une attitude négative, aiguë quoique dissimulée, de la mère envers sa belle-fille; lorsqu’une fille se marie, celle du père envers son gendre. De telles relations revêtent le caractère d’une véritable jalousie » 146. Le premier élément du terme est le nom d’Œdipe (gr. Oidipus), personnage des mythes grecs anciens qui tua son père et épousa sa mère (voir plus en détail VLEe; AŽ 1998 361). La paternité du terme est attribuée à S. Freud27.
26 Apie terminą yra rašęs E. J. Kurcharžas 2017: 35.
27 À la mort de son père, S. Freud a subi un traumatisme qui lui a permis d’explorer sa propre psyché. S. Freud a éprouvé non seulement du chagrin, mais aussi du ressentiment et même de l’hostilité envers son père. Il a cherché l’origine de sa colère dans sa propre psyché, et le fondement de ses intuitions dans des textes littéraires et mythiques. S. Freud a interprété la source de sa colère à travers la tragédie de Sophocle Oidipas karalius. Selon S. Freud, l’universalité de son intrigue réside dans le désir de tout enfant de sexe masculin de dormir avec sa mère et d’écarter l’obstacle (c’est-à-dire le père) qui l’empêche de réaliser ce désir. S. Freud a plus tard appelé ce désir le complexe d’Œdipe (EB).
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CONCLUSIONS
Dans le premier manuel publié en Lituanie pendant l’entre-deux-guerres par le célèbre psychiatre lituanien J. Blažys, Įvadas į psichiatriją, les termes psychiatriques dérivés de noms de figures mythologiques sont peu nombreux. Il s’agit tous de termes d’origine classique, empruntés tels quels au grec et au latin par l’intermédiaire d’autres langues, puis adaptés phonétiquement et morphologiquement au système grammatical du lituanien. En rédigeant son manuel, J. Blažys s’est appuyé sur les travaux imprimés de ses collègues dans le domaine de la psychiatrie, dont il aurait repris les termes en question. Les mythonymes d’origine grecque et latine examinés ici, qui entrent dans la composition des termes psychiatriques, doivent être considérés comme des universaux archaïques, compris sans équivoque dans toutes les langues. Cela explique que les termes psychiatriques formés à partir de ces éléments soient empruntés d’une langue à l’autre et constituent une part importante de la terminologie psychiatrique éponymique internationale.
Du point de vue de la structure, le manuel comporte principalement des dérivés morphologiques, les dérivés sémantiques étant rares. On distingue les termes mythonymiques formés par appellativisation totale et partielle.
Trois types d’appellatifs totaux prédominent: les appellatifs directs, affixés et composés. Les termes psychiatriques mythonymiques formés par composition sont les plus caractéristiques. Leur abondance s’explique par la capacité des composés à désigner plus succinctement des notions complexes.
L’une des caractéristiques structurelles des appellatifs composés est que leurs deux constituants reposent sur des mythonymes. Certains d’entre eux, par exemple Manija, sont devenus des éléments récurrents intervenant dans la formation composée de plusieurs termes psychiatriques. Quant à la place du mythonyme comme constituant d’un composé, il peut être en position prépositive (premier constituant) ou postpositive (second constituant). Le mythonyme apparaît plus souvent comme constituant postpositif du composé.
Parmi les appellatifs affixés, les formes suffixées prédominent, avec le suffixe productif -izmas; les formes préfixées sont peu caractéristiques. Il existe également des appellatifs affixés de structure plus complexe, dérivés par préfixation et suffixation, ou par l’ajout d’un suffixe à un élément international.
La plupart des mythonymes servent à former des termes psychiatriques désignant divers troubles psychiques de l’être humain, à l’exception de quelques mythonymes qui constituent la base de termes désignant des défauts physiques.
SOURCE PRINCIPALE
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MYTHONYMIC TERMS IN LITHUANIA’S FIRST PSICHIATRY TEXTBOOK FROM THE INTER-WAR ERA
Summary
The article structurally dissects the psychiatry terms originating from mythonyms (the names of mythological creatures) that appear in the 1935 Įvadas į psichiatriją (Introduction to Psychiatry) by Juozas Blažys, the famous Lithuanian psychiatrist – the first
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Mitoniminiai terminai pirmajame tarpukario Lietuvos psichiatrijos vadovėlyje
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psychiatry textbook to be published in Lithuania in the period between the two world wars, looking into the methods of appellativisation that were used to form said terms, as well as scrutinising the characteristics of their structure, the types of the underlying mythonyms and their connection with the scientific term that they were chosen to designate.
The terms in the textbook are words originating from the classical languages or readily borrowed from the Greek and the Latin languages or through intermediary languages, with appropriate morphological adaptations made for the grammar system of the Lithuanian language. The mythonyms of Greek and Latin origin that form part of psychiatry terms and are covered in the article are to be considered archaic universalities with unequivocal meaning across all languages. As a result, the psychiatry terms made with them travel from one language to the next, constituting an important part of the international eponymic terminology of psychiatry.
Structurally, the textbook is dominated by morphological derivatives, while semantic derivatives are scarce. Some mythonymic terms (such as morfinizmas (morphinism)) were found to have been composed through absolute appellativation, while others (such as Edipo kompleksas (Oedipus Complex) – through partial appellativisation.
The three predominant types of absolute appellatives are direct (such as manija (mania)), affixal (such as fobija (phobia), lunatizmas (sleepwalking)), and composite (such as dipsomanija (dipsomania), agorafobija (agoraphobia)) appellatives. The most typical mythonymic psychiatry terms are those made by way of composite appellativisation, and the most probable reason behind their prevalence might be the ability of composites to designate more complex terms more compactly.
One intrinsic quality of composite appellatives is that they have both components grounded on mythonyms. Some of them, such as manija, have become iterative elements in the composite formation of multiple psychiatry terms. As often as not, the mythonym is the post-positional component of the composite.
Among affixal appellatives, suffixal appellatives with the productive suffix -izmas (such as morfinizmas) prevail, while prefixal appellatives are uncommon. Some affixal appellatives have a more complex structure: these are derivatives made with a prefix and a suffix, an international element and a suffix.
Most of the psychiatry terms coined with mythonyms designate various mental disorders in human beings.
Gauta 2024-04-30
Palmira Zemlevičiūtė Lietuvių kalbos institutas P. Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius E. paštas [email protected]