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J̇INA ŠVABARYTĖ-VALUŽIENĖ

Institut de langue lituanienne

Domaines de recherche: lexicographie et lexicologie des sources écrites et des dialectes, sociolinguistique.

L’INFLUENCE DU DIALECTE SUR LA LANGUE DES ŒUVRES DE MARIUS KATILIŠKIS

Influence du dialecte sur la langue des œuvres de Marius Katiliškis

RÉSUMÉ

Cet article présente au public scientifique les conceptions linguistiques de l’écrivain Marius Katiliškis. En examinant le lexique des écrits de Katiliškis et les modèles de discours dialectal, l’hypothèse est avancée que ses textes sont restitués dans le dialecte local des Aukštaičiai occidentaux de Šiauliai, au moyen d’un système dialectal. L’usage conjoint du dialecte et du lexique normalisé dans les écrits de Katiliškis reflète la période d’établissement de la langue commune (standard).

MOTS-CLÉS: sous-dialecte des Aukštaičiai occidentaux de Šiauliai, lexique dialectal, néologisme, langue commune, expression du discours dialectal.

ANNOTATION

L’article revient sur les conceptions linguistiques de l’écrivain Marius Katiliškis afin de les soumettre à l’attention de la communauté scientifique. L’analyse du lexique des œuvres de Katiliškis et des traits de la parole dialectale conduit à formuler l’hypothèse que ses textes sont écrits dans le système linguistique local, c’est-à-dire le dialecte, du sous-dialecte de Šiauliai du haut-lituanien occidental. L’emploi, dans les œuvres de Katiliškis, du lexique dialectal aux côtés du lexique normalisé reflète la période d’établissement de la langue normalisée.

MOTS-CLÉS: sous-dialecte de Šiauliai du haut-lituanien occidental, lexique dialectal, néologisme, langue normalisée, expression de la parole dialectale.

INTRODUCTION

Marius Katiliškis (de son vrai nom Albinas Vaitkus, né le 13 septembre 1914 à Gruzdžiai, district de Šiauliai, mort le 17 décembre 1980, inhumé à Lemont, dans la banlieue de Chicago

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) a grandi et s’est formé comme écrivain dans le nord de la Lituanie, dans les environs de Žagarė. Ses parents emmenèrent Albinas, âgé de neuf ans, au village de Katiliškiai, « dans les champs », comme le dit l’écrivain lui-même (ER 38). Il grandit entouré de deux systèmes linguistiques: celui de sa mère, Ona Filipavičiūtė, originaire de Rokiškis (haut-lituanien oriental d’Utena), et celui de son père, Juozas Vaitkus, ainsi que des habitants du village, qui parlaient le parler de Žagarė, relevant du sous-dialecte de Šiauliai du haut-lituanien occidental¹. Sans doute parce qu’il prêtait attention aux récits des habitants des environs, ainsi qu’à l’acte même de composer et de dire un texte dialectal, Katiliškis se disait non pas écrivain, mais « conteur ». Les spécialistes de littérature le considéraient comme un « artiste professionnel de haut niveau » (Kubilius 1995: 458).

Les écrits de Katiliškis reflètent la langue (le discours) dialectale à l’époque où la langue commune s’imposait et s’enracinait dans la société². Cette situation linguistique a également déterminé l’objectif de l’article: examiner les particularités dialectales du lexique des écrits de Katiliškis (phonétiques, morphologiques et de formation des mots), et comparer les exemples aux données dialectales de la fin du XIXe au début du XXIe siècle. Les usages linguistiques de la fin du XXe et du début du XXIe siècle sont reflétés dans le manuscrit Dictionnaire des parlers de Joniškis (abrégé JŠ), tandis que ceux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle le sont dans le lexique des recueils de folklore narratif de Matas Slančiauskas et de ses collaborateurs. Dictionnaire (abrégé SŽ). Pour atteindre cet objectif, plusieurs tâches sont prévues: a) rappeler les propres positions linguistiques de l’écrivain, b) analyser le lexique dialectal de ses écrits, c) rechercher les modèles d’expression de la parole dialectale.

L’article s’appuie sur les matériaux manuscrits du Dictionnaire des écrits de Marius Katiliškis (abrégé KŽ), établi par l’auteure de l’article. Le lexique du KŽ a été recueilli dans les romans L’automne arrive par les forêts (1969), Abri (1990), Ceux qui sont partis ne reviendront pas (1990), ainsi que dans le recueil de nouvelles Le Retour du vieux soldat (2003)³.

Pour mettre en évidence les matériaux étudiés, l’article recourt aux méthodes descriptive, analytique et comparative; des hypothèses linguistiques sont avancées.

1 Apie Katiliškio mamos tarmes įtaką plačiau žr. Tumėnas 2003: 5–10, o apie Žagarės šnektą ir artimą Skaistgirio šnektą išsamiau žr.: Jšpt 16–17, Kairyte 2015: 150–173.

2 L’auteure de l’article estime que l’enseignement de la langue commune s’est intensifié avec la multiplication des écoles sur l’ensemble du territoire lituanien, vers 1932–1936, et que la langue dialectale a cédé la place à la langue commune dans les années 1940–1950. Cette opinion de l’auteure repose sur les expéditions estivales auxquelles elle participe depuis 1977; l’un des thèmes abordés consiste à poser des questions sur les écoles, les enseignants et le processus d’apprentissage.

3 Le roman L’automne arrive par les forêts a été réédité en 1991. L’auteure n’examine pas l’influence des éditeurs des écrits de Katiliškis sur la langue ni leurs principes de révision, estimant que ce sujet mérite un article à part.

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LES CONCEPTIONS LINGUISTIQUES DE MARIUS KATILIŠKIS

Dans son autobiographie, Katiliškis a exprimé son point de vue sur la langue. Il écrivait: « Comment s’est constituée la richesse du mot? Je ne sais pas. C’est probablement ma nature qui en est responsable. Étant mauditement incapable d’apprendre les langues étrangères, je ne dois pas oublier la mienne » (ER 391). On trouve également, au même endroit, cette autre phrase: « Je ne connais que de rares mots, que le dr Petras Jonikas et quelques autres connaissent aussi » (ER 380). Katiliškis, qui, à la suite des bouleversements historiques, s’était retrouvé dans un autre environnement culturel et linguistique, et qui voyait les rapatriés s’adapter au cadre de vie des nouveaux arrivants, s’est plaint à plusieurs reprises que les lecteurs ne comprennent pas les mots employés dans ses romans. C’est pourquoi « tant de mots rares et merveilleux, je dois les mettre de côté pour que le cher lecteur comprenne. Les rédacteurs et les éditeurs en ont supprimé autant, par crainte de perdre des lecteurs » (ER 390). Katiliškis aurait-il prêté attention à un tel désir de protéger le public lecteur de sa propre expression linguistique singulière, sans l’émigration? La question ne peut rester que rhétorique.

Jūratė Sprindytė a relevé une particularité de Katiliškis: « il avait toujours un carnet sur lui pour prendre des notes, et un crayon dépassait toujours de la poche de sa chemise. »4 On dit la même chose des linguistes. Ainsi, Katiliškis notait divers termes et expressions, ce qui se comprend: le milieu dans lequel vivait l’écrivain ainsi que l’appel constant de Juozas Balčikonis à la nation pour qu’elle rassemble des matériaux en vue du grand Lietuvių kalbos žodynui, je pense, incitaient aussi Katiliškis à rechercher la vitalité de l’expression linguistique.

LE LEXIQUE DIALECTAL

DANS LE DICTIONNAIRE DES ÉCRITS DE MARIUS KATILIŠKIS

Dans les œuvres littéraires, les termes dialectaux servent généralement à caractériser les personnages et à faire ressortir la couleur locale. Mais ces unités lexicales sont peu nombreuses. Ceux qui ont lu l’œuvre de Katiliškis ont sans doute remarqué la multitude de mots qui diffèrent de la langue standard. L’emploi du lexique dialectal dans les écrits de Katiliškis est tout à fait différent de ce qui est habituel dans la littérature actuelle.

On peut relever quelques traces de dialecte dans les écrits de Katiliškis à travers la réalisation phonétique de certains mots, mais les particularités dialectales se manifestent le plus souvent dans les formes morphologiques des mots; enfin, le mot lui-même peut n’être employé que dans un milieu local. Parmi les particularités phonétiques des écrits de Katiliškis, on observe l’insertion de la voyelle a dans le radical du mot, attestée également dans le JŠŽ, par exemple: kazalekas « kazlekas », cf.:

4 Pour plus de détails, voir www.šaltiniai.info/index//details/1264.

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kazalėkas5. Katiliškis emploie systématiquement la forme dialectale du mot šilima « chaleur », avec la voyelle brève i, au lieu de la voyelle u de la langue standard. Son emploi est attesté par des exemples tirés de ŠŽ et de JŠŽ, cf.: Šilima tokį kaip grinčio, – vidutinė. ŠLSP 271 (ŠŽ 561); šilimas nėr gž. (žr. 1 priedą).

L’orthographe dialectale se reflète le plus clairement dans les formes morphologiques et dérivationnelles des mots. Dans l’aire du sous-dialecte de Šiauliai, on trouve des formes nominales présentant des thèmes différents6. De tels exemples abondent dans KtŽ, cf.: kelūta et kelūtė « chemin étroit, peu fréquenté », kišenė et kišenius « ouverture d’un vêtement ou d’un ouvrage tricoté où l’on glisse les mains », paladė et paladys « flocon blanc », šelma et šelmis–ė « garnement, mauvais sujet, polisson », šerkšna et šerkšnas « cristaux de brouillard ou de vapeur sur les arbres, givre ». Des noms présentant des thèmes différents étaient également employés dans les textes de folklore narratif recueillis il y a plus de cent soixante ans par Mato Slančiauskas et ses collaborateurs, cf. ŠŽ: bitė et bitis « insecte qui apporte le miel », dysė et dysa « respiration, souffle », gyventojis et gyventojas « habitant ». Ce phénomène linguistique s’observe également dans les mots vedettes secondaires de JŠŽ, cf.: akėtojas « celui qui herse », artojs « laboureur », bitis « abeille », alyva et alyvas « huile », ámžis et ámžus « année », árklas et árklė « outil pour labourer la terre » (voir l’annexe 2).

Dans les écrits de Katiliškis, on trouve des dérivés en suffixe –utis servant à désigner les petits d’animaux, p. ex.: šunūtis « petit de chien », žvirblutis « petit du moineau, jeune moineau ». Ces dérivés suffixaux abondent non seulement dans ŠŽ, mais aussi dans JŠŽ, cf.: laputis « petit lièvre, levraut », varnutis « petit de corbeau », pėmputis « petit du vanneau, vanneau juvénile ». Les dérivés en suffixe –ininkas apparaissent plus rarement dans les écrits de Katiliškis, p. ex.: butininkas « responsable du logement de l’armée »7. On trouve de tels dérivés suffixaux dans ŠŽ et JŠŽ, cf.: medininkas « garde forestier, garde des bois », puodininkas « potier », minčininkas–ė « originaire de Minčiai ». Dans les écrits de Katiliškis figure le dérivé en suffixe –inė ratinė « remise où l’on range les charrettes, les traîneaux et d’autres objets ». Mais, à en juger par l’exemple, vazūnė « espace destiné à ranger les charrettes, les traîneaux, les outils agricoles, les harnais, etc. », ratinė est employé par Katiliškis plus souvent que ratinė.

KtŽ reflète différentes formes dialectales des mots, montrant que l’écrivain maîtrisait si bien le système de son parler qu’il pouvait lui-même varier les formes dans ses œuvres, de manière à rendre l’image créée riche, expressive et vivante, sans monotonie.

5 En raison de la longueur limitée de l’article, les annexes 1–4 présentent des exemples illustratifs tirés des trois sources: de l’ouvrage Mato Slančiausko ir jo pagalbininkų pasakojamosios tautosakos rinkinių leksika. Žodynas, du dictionnaire manuscrit des écrits de Katiliškis et du Joniškio šnektų žodyno manuscrit. Les exemples trouvés ont été classés dans des tableaux selon les particularités dialectales de phonétique, de morphologie et de formation des mots abordées dans l’article.

6 Pour plus de détails, voir Lktch 64; Jšpt 35–37.

7 Cf. les textes transcrits dans Jšpt 72–86, 97–105.

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La recherche des mots serait accompagnée par l’emploi des formes kvapnis et kvaptis « odeur », pakabus, -i et pakabūs, -i « confortable », cf. l’emploi de pakabenis, -ė. La possibilité d’insérer des consonnes dans la racine ou le suffixe d’un mot (généralement n, s, t) est attestée aussi bien dans ŠŽ que dans JŠŽ, cf.: lepniai « parés, faisant étalage », pranas et prastas « médiocre, mauvais », skraitas et skraistas « tablier », apynasris et apynastris « courroies en cuir pour brider un cheval », atsvaitas « ce qui réfléchit les rayons » (voir l’annexe 3).

Dans les écrits de Katiliškis, les composés sans voyelle de liaison prédominent, cf.: vortinklis « toile d’araignée », žemlužis, -ė « personne de petite taille ». Cette tradition de formation des composés est également confirmée par les mots vedettes secondaires de ŠŽ, cf.: juodgalvis « massette », mergomėre « jeune fille ayant un enfant », vortinklis « toile d’araignée ». Dans le manuscrit de JŠŽ, les composés sans voyelle de liaison prédominent également, cf.: žvyrėlis « chemin gravillonné », greitgrūžnė « poire précoce », taukarškė « fromage blanc mélangé à du saindoux ». Les composés de Katiliškis comportent aussi des voyelles de liaison -a-, -i-, notamment lorsque les consonnes qui se suivent sont difficiles à prononcer, p. ex.: rugiagėlė « mauvaise herbe des céréales d’hiver, à fleurs bleues, plante de la tribu des Centaurées », rugiagėlė « bleuet », voratinklis « 1. toile d’araignée; 2. fig. situation délicate, embarrassante », žalitorė « haie ». ŠŽ contient aussi de tels composés, mais ils sont le plus souvent formés avec la voyelle -a- ou -(i)a-, cf.: laukagalė « extrémité du champ », kiauranosės « mauvais grains séparés de la balle lors du vannage ». Les exemples montrent que de tels composés difficiles à prononcer, avec les voyelles de liaison -a-, -i-, -y-, apparaissent également dans JŠŽ, cf.: arklėmėlis « fumier de cheval », antrakartis « qui se fait tourner une deuxième fois », avižanis « berger de moutons », darbymetis « période des récoltes ». Dans les écrits de Katiliškis, on trouve parfois deux variantes d’un même composé: l’une avec la voyelle de liaison brève -i-, propre à la langue standard, et l’autre avec la voyelle longue dialectale -y-, p. ex.: šalimais et šalÿmais « à côté, tout près », aukštinelkas et aukštinelkas, -a « qui se tient très droit », cf. aukštinėkas employé dans JŠŽ. Des composés similaires, où prédominent des voyelles de liaison -i- et -y- de longueurs différentes, se trouvent aussi dans ŠŽ, cf.: šalikė et šalykė « préparation contre les souris » (voir l’annexe 4).

Dans les romans et le recueil de nouvelles, on voit que l’écrivaine emploie parfois des formes lexicales dialectales et, dans d’autres cas, des formes normatives, p. ex.: viensėdis « ferme isolée », sodas « jardin, petit jardin ». Dans les écrits de Katiliškis, ces formes sont employées bien plus souvent que vienkiemis « exploitation agricole d’une seule famille » ou sodas « terrain où poussent des arbres fruitiers et des arbustes fruitiers ». À la place du mot kaimas « village », les parlers de Joniškis emploient souvent sodžius « 1. village; 2. ferme », et son habitant est appelé sodietis, -ė. Ces mots apparaissent également de façon constante dans les écrits de Katiliškis.

Katiliškis emploie également des néologismes et des dérivés créatifs (mots composés). Jolanta Vaskelienė a étudié la formation et les tendances d’emploi de ces créations inhabituelles. La linguiste a analysé le recueil de nouvelles Seno kareivio sugrįžimas et y a relevé 26 formations inhabituelles. Selon Vaskelienė, « les formations respectent les règles de formation des mots, mais sont d’un usage rare et il est peu probable qu’elles aient jamais

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taps aktyviosios leksikos dalimi“ (Vaskelienė 2007: 511). Tokios lek­sos, turin­čios vaizdinę garsi­nę semą, gausu ir kituose Katiliškio romanuose, pvz.: parpi­nas ‘šonkulis’; žabūs ‘kieno ūsa tiesus, panašus į žabus’, žalonis ‘žaliavimas, žalu­ma’; žemkelis ‘tik žiemą įvažinėjamą kelias’.

On trouve des mots qui coïncident entièrement avec les mots-vedettes du lexique des recueils de traditions orales narrées par Slančiauskas et ses collaborateurs, cf.: banka « banque » (Ausų nesimato – prasmegęs bankas. Už 58. Plg. ŠŽ 81); kanduolas « noyau » (Grūdas kaip riešuto kanduolas [très gros]. Už 124. Plg. ŠŽ 270); kiaudienas « année, petite année » (Ką toksai kiaudienas gali rasti, bet nėsa kur įmanoma, kur kisle įkanda. Už 220. Plg. ŠŽ 294); kriaučius « tailleur » (Kai niekas nelaukia, aš kaip kriaučius pas gagdinę – šmėk ir pristatau. Už 212. Plg. ŠŽ 312); kvit « c’est fini » (Nesprantu. Ir kvit. IšN 530. Plg. ŠŽ 327); šeimynė « domestique, chambre des domestiques, maison » (Ką jis sapnavo pirmą naktį Doveko šeimynėj? MAR 111. Plg. ŠŽ 557); šventininkas, -ė « de fête, du dimanche (vêtements) » (Čionai drabužius gali susikabinti šventininkus. MAR 104. Plg. ŠŽ 578); žaliukas, -ė « personne en bonne santé, forte et robuste » (Dar visa lioba prieš akis, – atsiliepė žaliukė mergina. MAR 102. Plg. ŠŽ 675). Le fait que le lexique ait peu changé en plus de cent soixante ans ne pourrait s’expliquer que par l’absence de mobilité des membres de la communauté, qui ont constamment vécu dans les fermes de leurs parents et ancêtres et avaient développé des critères exigeants en matière de langue naturelle, leur dialecte⁸. Katiliškis avait donc certainement bien prêté l’oreille au parler local et l’avait transposé dans ses récits.

ÉVALUATION DU LEXIQUE DES ÉCRITS DE KATILIŠKIS

Dans les ouvrages encyclopédiques, Katiliškis est présenté comme un écrivain de l’émigration. Du point de vue de la conscience linguistique, cette affirmation est critiquable. En effet, près de vingt ans plus tard, avec l’arrivée d’une nouvelle génération de lecteurs de l’émigration, Katiliškis devenait difficile à lire. Le mémoire de fin d’études (qui correspondrait aujourd’hui à un mémoire de licence) d’Asta Veličkaitė, diplômée de l’Institut pédagogique de lituanistique de Chicago, en témoigne également: Mariaus Katiliškio raštų žodynas9. Veličkaitė y a consigné les mots des écrits de Katiliškis (environ trois cents),

8 Plačiau žr.: Dobrowolski 2001: 374–385.

9 Je remercie le doc. dr. Stasys Tumėnas d’avoir rapporté ce travail en Lituanie et de l’avoir offert à l’autrice de l’article.

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qui ne figurent pas dans l’édition de 1954 du Dabartinės lietuvių kalbos žodyne10. Le mémoire comprend un grand nombre de termes absents du dictionnaire en question, qui était, pour les Lituaniens d’outre-mer, le seul dictionnaire accessible. Ces termes sont considérés comme des emprunts; par ailleurs, l’écrivain lui-même a indiqué l’une des raisons pour lesquelles Katiliškis était difficile à lire: le grand désir des Lituaniens de conformer leur langue à l’anglais (ER 380).

Les souvenirs de Vytautas Almenas illustrent de façon très vivante l’impression produite par le lexique des écrits de Katiliškis et les réactions qu’il suscitait en Lituanie. À la fin de 1969, de retour d’exil, Almenis achète dans une librairie de Joniškis le roman de Katiliškis Miškais ateina ruduo. Toute la famille le lit sans pouvoir s’en détacher, près du sapin décoré. Comme le dit Vytautas Almenas: « Chaque mot, chaque phrase du roman de M. Katiliškis, “Miškais ateina ruduo”, est comme une clé ouvrant un vieux coffre, dans lequel on sait trouver quelque chose d’extraordinaire, d’inédit et de mystérieux » (Almenas 2015: 106). Ses souvenirs expriment une opinion très importante: la honte éprouvée à l’égard de la langue dialectale, cf.: « Et pourtant, moi aussi, je connais les mots de ma région; j’ai même commencé à rédiger un petit glossaire du lituanien de Palatvys (“skertlivių”), avec des expressions comme “sunelis bei lygiai (kartu)”, “kviečių mitas ir kukurūzai atie (su kukurūzais)”, “krautuvė kietai (uždaryta)”, “ar (bet)”. Mais je ne les emploie qu’une fois, comme si j’en avais honte, tel un pauvre garçon mal dégrossi qui, debout au milieu d’un groupe d’amis, voit arriver un ǎpesų, aux pans de manteau déchirés, son père… » (Almenas 2015: 106). Qui a inculqué cette honte? D’où vient-elle? Autant de questions pour les recherches à venir.

On se souvient de l’attention qu’a suscitée le roman de Pedro Lenz, traduit en dialecte de Šiauliai en 2013: Čia aš varatarius (traduction de Markus Roduner et Rimantas Kmita). Selon Rimantas Kmita, « en Lituanie, la pression de la langue standard se fait sentir », tandis qu’en Suisse s’est développée une mode de la littérature dialectale. On revient ainsi à la langue naturelle, celle dans laquelle écrivait Katiliškis.

Les exemples lexicaux présentés et les deux évaluations divergentes du lexique des écrits de Katiliškis étayent sans aucun doute l’idée que Katiliškis écrivait dans la variante dialectale du parler local. La langue n’était pas utilisée pour individualiser les personnages, comme c’est généralement le cas dans les textes de fiction. Les écrits de Katiliškis reflètent une première période, encore peu étudiée, de la langue standard, où le lexique normatif et les mots normés n’avaient pas encore remplacé le lexique dialectal. On ne peut que se demander: si Katiliškis n’avait pas dû émigrer, aurions-nous nous aussi vu se constituer un courant de littérature dialectale et un groupe d’auteurs qui l’auraient pratiquée?12.

10 Veličkaitė a relevé le lexique dans les ouvrages suivants: Užuǒveja. Chicago: Terra, 1952; Miškais ateina ruduo. Chicago: Terra, 1957; Išėjusiems negrįžti. Chicago: Terra, 1958; Šventadienis už miesto. Chicago: Terra, 1963.

11 http://www.kulturpolis.lt/dedikuota-klaipeda/rimantas-kmita-kalbos-varatarius/

12 Lors de la rédaction de l’article, le roman de Rimantas Kmita Pietinia kronikas, écrit en dialecte de Šiauliai, a paru en 2016.

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MODÈLES DE DISCOURS DIALECTAL DANS LES ÉCRITS DE MARIUS KATILIŠKIS

Après avoir examiné le lexique dialectal, il est nécessaire d’étudier également l’environnement syntaxique des mots. En effet, la phrase de Katiliškis, en tant que moyen de réalisation de la pensée, constitue une adaptation de tous les niveaux de langue afin que le discours (récit) dialectal soit intelligible aux lecteurs (Aliūkaitė 2008). L’expression syntaxique du récit dans les écrits de Katiliškis n’a pas été étudiée. On tente ici pour la première fois de discuter et de distinguer les modèles de discours dialectal et de les représenter structurellement. Seules ont été retenues les structures de phrase qui sont inhabituelles et indiquent qu’il s’agit du mode d’écriture de Katiliškis, c’est-à-dire ce qui le distingue des autres écrivains et permet de le reconnaître comme écrivain. Pour déterminer si ces modèles se retrouvent également dans les textes dialectaux des parlers de Joniškis, une comparaison a été faite avec des exemples de discours tirés de l’ouvrage Joniškio šnektų pratimai ir tekstai et avec des phrases illustratives isolées du ŠŽ. L’un de ces modèles consiste à fragmenter le propos de la phrase et à expliquer progressivement un phénomène. Cette manière d’exprimer les idées, décrite dans les travaux de syntaxe lituanienne, est la plus fréquente dans le discours. En général, on présente d’abord une partie de phrase qui nécessite un complément ou une explication (ou qui peut être complétée ou expliquée).

Katiliškis utilise aussi le modèle inverse, où l’on énumère d’abord, puis l’on récapitule, par exemple: Palazdės, pakalnės, kėpiančios mirtelės – visa ten taip tiko tar glėnų, ką tik išspogusių beržo šakelių, nukaišytų pubele ir sustatytų pasieniais. Už 45; Augalatas, status, gerų kraičių nusiūtu mundieriu, kampuoto smakro ir nuknebnios nosies generolas pasiveikino su mūsų lektorium ir vertėju. IŠN 324; Ežiomis, laukų ir pievų takais, keliuotomis ir gatvėmis traukė kaimynai. Už 78. Ce récit minutieux est très caractéristique du discours: dans l’ouvrage Joniškio

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l’exercice et le texte des parlers, dans le récit enregistré « Ganymas », elle décrit en détail ce qu’elle a dû faire paître et comment (Įpt 72–7413.

Katiliškis aime beaucoup découper la phrase en segments sémantiques, tantôt en posant des questions et en y répondant, tantôt en racontant au moyen de phrases simples dont l’ensemble décrit un certain état ou comportement humain.

Qu’a-t-elle?

Elle s’est arrangée avec un tel pakaraila.

Comme métayer, celui qui s’est installé chez l’intendant MAR 299.

Souvent, un texte décomposé en segments plus courts (d’une ou de plusieurs parties de phrase) ne devient intelligible comme une pensée complète qu’une fois ces segments réunis, cf.: Nekaios savo akėtorbaliu. Neuždirbai. Už 153; Sodžiaus žmo-gus turi savo makalę. Prastą, neapkirptą, tas teisybė. Prastai ir savo mintis dėsto. Už 228; Sodnų griaužti. Žmonėn iškados daryti. Aš jiems. Už 226; O kąs jos!.. Rainuotos, tamsiai rudos. SKS 24; Vaikas kaip iš akies trauktas. Taip į motiną. Ir į tėvą. Už 114. Les romans de Katiliškis et son recueil de nouvelles abondent en jugements verbaux. Selon Aloyzas Gudavičius, le locuteur ne se contente pas de décrire et de nommer les réalités: il importe aussi qu’il les évalue émotionnellement (Gudavičius 2000: 136; Hanke 195: 93). La segmentation des phrases comporte également un caractère d’ajout, cf.: Nesuprantu. Ir kit. IšN 530. Bliau su ašarom, bet seju, ir tiek. MAR 18. L’ajout, généralement exprimé par i(r) « tout », a été relevé dans le texte déjà mentionné « Ganymas », dans « Naginės », et apparaît particulièrement souvent dans les phrases illustratives des mots secondaires du dictionnaire de Slenčiauskas (Įpt 75, 102; SŽ 2014: 44, 51, 67 et suiv.).

Chez Katiliškis, diffuseur des idées d’une conception moniste du monde, le griežimas et la comparaison avec certains phénomènes naturels sont particulièrement caractéristiques14. La comparaison s’exprime traditionnellement au moyen de mots comparatifs tels que « comme », « pareil à », « tel que », par exemple: « Tu souffles, tu souffles pieds nus »

¹³ En raison de la longueur de l’article, les exemples tirés des textes dialectaux ne sont pas reproduits; seules sont indiquées les pages de l’ouvrage contenant les textes dialectaux, où prédominent les phrases correspondant au modèle dialectal décrit.

¹⁴ Pour plus de détails sur les contours de la conception moniste du monde dans la prose de Marius Katiliškis, voir Tūltė 2015: 66–79.

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les pieds dans l’herbe mouillée, comme une boule de neige, comme un flocon d’hiver qui s’égare dans cette épaisse verdure estivale. SKS 168; Les épis d’orge, gonflés et duveteux, tels un givre persistant, tamisaient des teintes jaunes. SKS 136; La margelle du puits, semblable au cou d’une grue, se détachait nettement dans le ciel verdâtre, avec ses étoiles, comme sur un drapeau américain. SKS 232. Dans les récits des exercices et des textes dialectaux des parlers de Joniškis, « Ganymas », « Paparčio žiedas ir žiniuoniai », on trouve également des comparaisons introduites par kai, kaip (voir Įst 72, 83, 84).

Il arrive que la comparaison soit séparée de la phrase. Le sens global n’est alors compris qu’à travers l’expression de deux phrases.

Cette mise en relief de la comparaison est particulièrement caractéristique de Katiliškis, par exemple: Déjà au moment de la récolte, sa lèvre se mit à trembler. Comme si quelqu’un lui avait planté une alêne entre les côtes — une douleur sèche et brûlante lui transperça les flancs. Už 59; J’avais dormi, alors j’avais vraiment dormi. Comme le blaireau dans son terrier. MAR 198.

Le récit de Katiliškis repose sur des phrases simples, non développées ou développées, qui dominent le discours. Les phrases complexes sont beaucoup plus rares; parmi elles, les subordonnées sont les plus fréquentes, cf.: Quand, après avoir soufflé, il s’asseyait, une noix serrée entre ses dents écartées, il en retirait des éclats bruns et fermes; puis, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, il regardait les travailleurs: il ressemblait alors terriblement au meunier de Suginčiai. SKS 14; Quand sa mère n’était pas dans la maison, Elija passait une bonne heure près de sa machine, tantôt en piquant le tissu, tantôt en dévidant la bobine, tel un vrai garnement. Už 175; Tandis que le cheval tirait la herse et hersait le bois avec la herse de bois, il ne remarqua pas que le soleil était déjà passé au-delà du méridien. MAR 147; Tu ne peux pas prétendre que tu ne sais pas semer avec lui et que, de manière générale, tu évites le voisinage de cette maudite invention, qui crache du feu par les deux bouts. ĮšN 343.

Les subordonnées sont également plus fréquentes dans les textes dialectaux présentés dans le recueil Joniškio šnektų pratimai ir tekstai. Ainsi, dans le conte « Kraupi istorija », les idées sont le plus souvent exprimées par des subordonnées complétives et, plus rarement, par des subordonnées sujet, de cause ou de lieu (voir Įst 79–82).

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Acta Linguistica Lithuanica LXXVI

Tamės įtaka Mariaus Katiliškio raštų kalbai

Saulius Keturakis, qui a étudié le roman Miškais eina ruduo comme un système médiatique, remarque que « La parole, devenue silence pour les héros du roman, devient une sorte d’absence de communication; à l’inverse, l’écrit promet un dialogue avec l’autre, une réalité désirée. [...] Les personnages du roman semblent avoir la possibilité de rester “dans les bons vieux temps” » (Keturakis 2010: 187). Les modèles de parole dialectale de l’écrivain reprennent l’expression (auto)caractéristique, figée et immuable, du langage primitif des héros des œuvres de Katiliškis.

Synthèse

Comme on peut le déduire de l’autobiographie de l’écrivain lui-même, Katiliškis maîtrisait parfaitement le parler de Žagarė, relevant du sous-dialecte šiauliškiai des Hauts-Lituaniens occidentaux. Il avait noté nombre de mots de ce parler (mots isolés et leurs formes), ainsi que diverses expressions et combinaisons de mots, en écoutant les récits des habitants. Cette inclination de Katiliškis, qui recueillait des faits de langue, s’est développée à partir d’une attitude valorisante à l’égard de la parole: tout ce qui est raconté naturellement est beau. C’est pourquoi, pensait-on, il fallait des mots pour restituer un récit dialectal naturel. En outre, Katiliškis s’efforçait de faire revivre des mots oubliés qui, ayant franchi le seuil du XIXe siècle, étaient encore employés au début du XXe siècle. Ce n’est pas sans raison que Katiliškis se qualifiait de conteur: on pourrait dire qu’il était le transmetteur du récit dialectal, attentif aussi bien au mot isolé qu’à sa place dans la phrase, et conscient des particularités structurelles du récit naturel (inné).

Le riche lexique dialectal des œuvres de Katiliškis est loin d’être un procédé artistique destiné à distinguer ou à caractériser autrement les personnages des romans. La diversité du lexique dialectal montre aussi que chaque locuteur d’un dialecte peut créer les mots dont il a besoin, incorporés à des expressions qui leur sont propres et chargés de toutes les nuances de sens. Katiliškis agit tout aussi librement: le mot employé ou créé est efficace, il retient l’attention du lecteur comme quelque chose d’inouï, d’émotionnel et, enfin, d’intéressant par sa sonorité et sa signification.

Dans les œuvres de Katiliškis, le récit se déploie soit en phrases simples développées, soit les pensées sont fragmentées en courtes séquences de phrases. Il semble que l’écrivain cherche à arrêter le lecteur et à mettre en relief chaque mot, groupe de mots ou expression. Souvent, une expression émotionnelle se dissimule également sous une phrase ainsi fragmentée.

On peut donc dire que les œuvres de Katiliškis sont des textes écrits dans le parler local (le dialecte), à une époque où la langue standard s’implantait dans la société. Cette variété linguistique étant dépréciée, les œuvres de Katiliškis constitueront un fondement auquel devront se référer les dialectologues et les historiens de la langue, et tout particulièrement ceux qui étudieront les tendances à l’établissement de la variété écrite de la langue standard.

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JANINA ŠVAMBARĖ-VALUŽIENĖ

ANNEXE 1. Exemples de changements phonétiques du lexique dialectal.

KtŽ

SŽ

JšŽ

Déjà, tu ne peux pas enfoncer de grenouilles ou de kazalėkas dans le moyeu. Už 88. Ou bien, disons, [tu roules] à travers la forêt en automne. Alors tu choisis des traîneaux ou des kazalėkas. Už 85.

il y a des bouleaux. petit bois.* Šmk.

Il fait une chaleur douce et dorée dans la chaumière. SKS 107.

Une chaleur comme celle de la maison, intérieure. ŠLP 271 [SŽ 56]

ši.limas ṅė.r. Gž.

ANNEXE 2. Exemples de caractéristiques morphologiques du lexique dialectal.

KtŽ

SŽ

JšŽ

Par les chemins et les rues, parmi les haies, les champs et les prés, les voisins allaient en foule. Už 78; À peine un petit groupe traversait-il les prés en courant. Už 95.

L’abeille s’est entendue avec le hérisson. ŠLP 49; Le dixième jour, les abeilles arrivèrent en volant. ŠLP 181 [SŽ 103]

je suis occupé / je suis enseignant Gž.

Le parrain, bien en chair, les poches et les pans de sa veste gonflés, tandis que la marraine avait les genoux couverts de plis. SKS 40; Quand il s’arrêtait, mordillant une pipe courbe entre ses dents clairsemées, ornée de sculptures et de motifs, et qu’il fourrait les mains dans les poches de son pantalon en contemplant les travailleurs, il ressemblait alors terriblement au meunier de Suginčiai. SKS 14.

Il se gonflait, se gonflait: cet homme, impossible de le rabaisser, impossible de le rabaisser. ŠLSA 121; il allait, il reprenait son souffle. ŠLP 378 [SŽ 173].

porte-lanceur da. biti.s kōrū. aigu. Voir

Les massettes, les ombellifères, les immortelles odorantes — tout cela convenait si bien parmi les poignées de brindilles de bouleau tout juste éclatées, décorées et disposées le long des murs. Už 45; Les sentiers se parent déjà d’une herbe douce et tendre, et, entre les larges feuilles, les violettes et les massettes fleurissent à profusion. SKS 130.

l’habitant a fait faire des études à ses enfants. ŠLSA 297; Un habitant de Pusiancija, au fils [...] ai-je dit. ŠLSA 336 [SŽ 219]).

je l’ai attaché avec une cordelette. Dmk.; nous n’utilisions pas cette cordelette. Gtč.

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Acta Linguistica Lithuanica LXXVI

Tarmės įtaka Mariaus Katiliškio raštų kalbai

KtŽ

SŽ

JšŽ

Tu as entendu, coquin, il séduit aussi sa jeune et belle femme. MAR 409; Quand sa mère n’était pas à la maison, Elija passait une bonne heure près de sa machine, tantôt en fouillant dans les chiffons, tantôt en retirant la bobine comme un vrai chenapan. Už 175.

l’âge de l’homme est déjà venu. Įnš.; cet âge est déjà révolu. Brn.

Au cours de cette heure de souffrance, une gelée de cheveux gris s’est répandue dans sa tignasse rousse, et sa lèvre inférieure s’est peu à peu allongée jusqu’au menton lorsqu’il apprit qu’aucun Allemand ne devait tenter de s’enfuir vers l’Ouest avec les Lituaniens. IšN 530; Les chatons des trembles, en petites touffes, comme une gelée restée accrochée, tamisaient une poussière jaune. SKS 136.

Il fallait fabriquer soi-même ces outils en bois. Lnk.; la pluie tombait à verse. Lnǩ.

ANNEXE 3. Exemples de dérivés lexicaux dialectaux.

KtŽ

SŽ

JšŽ

Elle a mis bas, et elle a allaité ce petit chien, au moins jusqu’à ce qu’il soit sevré. Už 111.

Ce renardeau lui a apporté ce petit paquet. ŠLP 74 [SŽ 33]

je courais, ou quelque chose de semblable, comme un petit poulain. Vdg.

Et pour nous, est-ce qu’il n’en donnera pas? – tends la main par-dessus la table comme un chat attrapant un petit moineau hors du nid, il y en a un tout seul. Už 153.

Mais, lorsqu’il ne resta plus un seul petit corbeau, la mère revint encore en retard avec les provisions – le petit monsieur avait saisi la mère elle-même par la nuque. ŠLP 39 [SŽ 64].

l’ourson et la branche. Įnš.

Nous préférons déjà nous retirer dans les granges repérées par les gens du village, où nous pourrons toujours récupérer de la paille chez les fermiers. IšN 315.

À présent, ce menuisier, après avoir écouté, comprendra ce que ses deux petits chiens se sont dit. ŠLP 303 [SŽ 364].

nous trois, les propriétaires terriens, sommes ensemble. Įnš.

Ce pic s’est balancé sur ce potier. ŠLP 268 [SŽ 64].

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J A N I N A Š V A M B A R Y T Ė - V A L U Ž I E N Ė

KtŽ

SŽ

JšŽ

Les éclats soulevés et l’odeur sèche de l’argile lui piquaient les narines et le faisaient éternuer. SKS 183; Après avoir frotté [l’éperon] dans la paume et l’avoir senti, il sentit le mur se couvrir de craquelures qui lui déchiraient les narines et lui collaient aux doigts sous la masse de sève évaporée et écoulée. MAR 365.

Mais ils sont nombreux, ceux qui vivent dans l’aisance ou se sont installés et louent des journaliers dans les meilleurs endroits. ŠLSA 296 [SŽ 34].

des éclats brillants de bicyclettes, il n’y en a pas | tu sais | de reflets. Voir

Ta mère [Agnes] regarde par la fenêtre et se met déjà à chercher quelque chose de plus facile à suspendre. MAR 253; Elle regarda autour d’elle – quelque chose de plus facile à suspendre à portée de main. Už 90.

Il avait une femme, des enfants et une jument galeuse, maigre comme un clou. ŠLSP 55; la tante s’attacha tellement au vieil homme qu’elle échangea la chèvre contre une mauvaise. ŠLSP 123 [SŽ 45].

il serre le cheval par la bride. Dr; elle tient le cheval par la bride. Sp.

Celle-ci, étant tombée dessus, l’enveloppe dans son manteau et l’emporte à la maison. ŠLSA 174; Il avait posé la tête dans son manteau, tandis que l’autre cherchait. ŠLSP 294 [SŽ 51].

4 ANNEXE. Exemples de composés du lexique dialectal.

KtŽ

SŽ

JšŽ

Les bouts de corde, tombés des poutres transversales, à peu près recouverts de toiles d’araignée, restèrent en hauteur, hors de portée de la main. Už 34.

Il y a beaucoup d’endroits où ne poussent que des fourrés touffus — de roseaux, de joncs à tête noire, de laîches, d’iris des marais, etc. ŠLSA 273 [SŽ 253].

kėlė b ū.a gė.rs / kad_i žvīrkelės. Šmk.

« Moi non plus, je ne fume pas », dit l’homme à la lèvre fendue, au visage terriblement lacéré et à l’oreille tailladée. IšN 492–493.

Ainsi, le purmonas se faisait roi, disant qu’il y avait un médecin dans la ville de Mergoteriai et qu’il savait tout. ŠLSP 251 [SŽ 370].

į̃dėd vaŕškęs / a_kōkōs tauvarškės. Jkš.

Les vagabonds arriveront avec des grelots et des toiles d’araignée — à peine le maître aura-t-il crié que le médecin sera déjà quelque part ailleurs. ŠLP 407 [SŽ 669].

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A c t a L i n g u i s t i c a L i t h u a n i c a L X X V I

Tamės įtaka Mariaus Katiliškio raštų kalbai

KtŽ

SŽ

JšŽ

Les étoiles des bleuets brillaient dans le hérissement des tiges qui pâlissaient. MAR 303.

Il rentre à la maison par les champs — tiens, il en a lui aussi une si grande. ŠLSA 173 [SŽ 335].

les moulins à grains, joliment gardés, Al.

Elle se tient toute bleue, comme un bleuet. SKS 26.

Et pour les trous laissés après le battage des veuves, les maîtres de maison remplissent le sac de ces grains tirés de la grange. ŠLSA 291 [SŽ 295].

nous embauchons une famille. pour les travaux d’automne. Jnn.

La rosée oscillait dans les toiles d’araignée. MAR 87; Étonnamment vite, elle [l’humeur] fut effacée, comme une toile d’araignée importune qui s’accroche et s’étire devant les yeux, les irritant. MAR 87.

première bière de première cuvée [bière du premier brassin] / beaucoup de bière de deuxième cuvée [bière du second brassin]. Stnl.

Les prairies ont séché par endroits et ne produisent plus de regain. SKS 101.

J’étais alors encore très jeune. Sk.

Les pâturages, sous leurs larges cimes, et partout le bétail broute dans les buissons. IŠN 299–300. Un jeune verger sous les cimes. SKS 232.

Et tandis qu’ils cheminent, le soir tombe, et devant eux s’étend une grande forêt; ici, il n’y a nulle part âme qui vive, ni le moindre abri dans les environs. ŠLSA 107. Puis, semble-t-il, trois dames passent et repassent sur le côté du chemin, contournant la colline. ŠLSP 155 [SŽ 552].

Il était couché sur le dos et ne bougeait pas, au point que ses articulations s’engourdirent. Už 71; Il n’eut pas le temps de bien se retourner sur le foin qu’il était déjà allongé sur le dos; Zuzana, assise sur lui à califourchon, lui tenait les pattes avant. MAR 145.

quelque chose tombe d’en haut pendant la nuit. Žr.

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JANA ŠVAMBAR YTĖ-VALUŽIENĖ

ABRÉVIATIONS DES NOMS DE LOCALITÉS

Al. – Alsiai.

Brn. – Barūnai.

Dmk. – Dameliai.

Dnr. – Daunorava.

Gšč. – Gaščūnai.

Gtč. – Gataučiai.

Gžč. – Gažaičiai.

Jkš. – Jakiškiai.

Jn. – Jauniūnai.

Jnš. – Joniškis.

Kpl. – Kepaliai.

Lnkč. – Linkaičiai.

Sk. – Skaistgiris.

Stnl. – Staneliai.

Stp. – Stupurai.

Šmk. – Šimčiai.

Vdg. – Vidginai.

Voir – Žiūriai.

LITERATŪRA

Aliūkaitė Daiva 2008: Tarminio kalbėjimo suprantamumas: apriorinės eilinių bendruomenės narių nuostatos. – Lietuvių kalba 2. Prieiga internete: http://www.lietuviukalba.lt/index.php/lietuviu-kalba/article/view/4 (žiūrėta 2017 04 10).

Almanis Vytautas 2015: Tolstančios salos. – Metai 10, 99–117.

ER – Egzodo rašytojai, par. A. T. Antanaitis, A. Mickienė. Vilnius: Lietuvos rašytojų sąjungos leidykla, 1994.

Dobrovolski Kazimierz 2001: Chłopska kultura tradycyjna. – Antropologia kultury. Warszawa: Wydawnictwa uniwersytetu Warszawskiego, 374–384.

Gudavičius Aloyzas 2009: Etnolingvistika. Šiauliai: Šiaulių universiteto leidykla.

Jšpt – Joniškio šnektų pratimai ir tekstai, ats. red. Janina Švambarytė. Šiauliai: K. J. Vasiliausko įmonė, 2001 (arba CD Joniškio šnektų pratimai ir tekstai. Šiauliai: Dicsens, 2005).

JšŽ – Joniškio šnektų žodynas (rankraštis).

Handke Kwiryna 1995: Polski język familijny. Warszawa: Slawistyczny ośrodek wydawniczy (SOW) przy Instytucie slawistyki PAN.

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Acta Linguistica Lithuanica LXXVI

Tamės įtaka Marius Katiliškio raštų kalbai

Kaikarytė Aušra 2015: Skaigirio šnekos ypatybės. – Kalbos istorijos ir dialektologijos problemos 3. Vilnius: Lietuvių kalbos institutas, 150–173.

Keturakis Saulius 2010: Literatūra kaip medijų sistema arba kas yra medija Mariui Katiliškiui? – Logos 64. Vilnius: Mykolo Romerio universitetas, 179–189.

Kmita Rimantas 2014: Rimantas Kmita: kalbos vatarus. Prieiga internete: http://www.kulturpolis.lt/didikuota-klaipeda/rimantas-kmita-kalbos-vatarus/ (žiūrėta 2016 10 02).

KtŽ – Mariaus Katiliškio raštų žodynas (rankraštis).

Kubilius Vytautas 1995: XX amžiaus literatūra. Vilnius: Alma littera.

Ltch – Lietuvių kalbos tarmių chrestomatija, mokslinė red. Laima Grumadienė, sud. Rima Bacevičiūtė, Audra Ivanauskienė, Asta Leskauskaitė, Edmundas Trumpa, Vilnius: Lietuvių kalbos instituto leidykla, 2004.

Macienė Jurgita 2005: Deminutyvų stilistika. Šiauliai: VšĮ Šiaulių universiteto leidykla.

Sprindytė Jūratė: Marius Katiliškis. Prieiga internete: http://www.šaltiniai.info/index//details/1264 (žiūrėta 2016 07 10).

ŠŽ – Švambarytė-Valužienė Janina 2015: Mato Slančiausko ir jo pagalbininkų pasakojamosios tautosakos rinkinių leksika. Žodynas. Vilnius: Lietuvių kalbos institutas.

Tumėnas Stasys 2003: Dar vienas M. Katiliškio sugrįžimas. – Seno kareivio sugrįžimas. Šiauliai: Šiaurės Lietuva, 5–10.

Tūtlytė Rita 2015: Mariaus Katiliškio proza: meniniai monistinės pasaulėvokos kontūrai. – Colloquia 34. Vilnius: Lietuvių literatūros ir tautosakos institutas, 60–79.

Vaskelienė Jolanta 2007: Žodynų nefixuoti dariniai ir funkcijos Mariaus Katiliškio novelių rinkinyje „Seno kareivio sugrįžimas“. – VALODA 2007. Valoda dažādu kultūru kontekstā, Zinātnisko rakstu krājums XVII. Daugavpils universitātes akadēmiskais apgāds “Saule”, 505–512.

Veličaitė Asta 1968: Mariaus Katiliškio raštų žodynas. Diplominis darbas (rankraštis). Čikaga.

Straipsniai / Articles

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JANINA ŠVAM BARYTĖ-VALUŽIENĖ

Influence of Dialect on the Language of Marius Katiliškis’ Works

SUMMARY

The article describes linguistic views of writer Marius Katiliškis (real name is Albinas Vaitkus, born on 15 September 1914 in Gruzdžiai, Šiauliai district; died on 17 December 1980 in Lemont, a suburb of Chicago), who comes from Northern Lithuania, Žagarė district, discusses the lexis of Šiauliai sub-dialect of the Western Aukštaitian used in Katiliškis’ works and dialect speech patterns that the writer is known for.

The article is compiled with reference to the material of the manuscript of the Glossary of Marius Katiliškis’ Works (abbreviated as KtŽ), compiled by the author of the article. KtŽ lexis is compiled from the novels Miškais ateina ruduo (1969), Užuovėja (1990), Išėjusiems negrįžti (1990) and a collection of short stories Seno kareivio sugrįžimas (2003). Katiliškis had a good command of Žagarė speech: he had heard quite a few stories told in it, collected and noted individual words, their forms and language expressions.

Dialect lexis abundant in Katiliškis’ writings indicates that the writer acted as a dialect user, i.e., created words, formed collocations not included into any dictionaries, used various nuances of word meaning. Words used or created by Katiliškis are affective, noticed by the reader as new, emotional, finally interesting in the way of phonic and semantic meaning.

In Katiliškis’ writings the story is relayed by using simple and extended sentences or thoughts that are divided into short sentence components. It seems that the writer wishes to halt the reader for a moment and to emphasise every colocation or phrase. Usually, this kind of fragmented sentence also conceals an emotion expression.

Katiliškis’ writings, as indicated in the article, are written in local dialect, i.e., dialect language used in 20th century. Up till this day, the development of standard language requires a more in-depth study by linguists focused on various areas of research, and Katiliškis’ writings are texts on which such an investigation should be grounded.

Įteikta 2017 m. kovo 2 d.

JANINA ŠVAM BARYTĖ-VALUŽIENĖ

Lietuvių kalbos institutas

Petro Vileišio g. 5. LT-10308 Vilnius, Lietuva

[email protected]

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Acta Linguistica Lithuanica LXXVI