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ANDREA GROMINOVA
Université Saints-Cyrille-et-Méthode de Trnava, Slovaquie
Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0002-2384-6880
Domaines de recherche: traductologie, réception en traduction de la littérature russe dans le contexte culturel slovaque, littérature russe contemporaine, poésie russe et slovaque contemporaine.
OLEH TYSHCHENKO
Université Saints-Cyrille-et-Méthode de Trnava
Identifiant ORCID: orcid.org/0009-0009-0811-2123
Domaines de recherche: ethnolinguistique slave, phraséologie comparative, linguoculturologie, linguistique cognitive, linguistique générale et comparée-typologique, traductologie.
IGOR KOROLYOV
Université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv
Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0003-0436-5923
Domaines de recherche: linguistique générale, communication linguistique, psycholinguistique.
MYROSLAVA FABIAN
Université nationale d’Oujhorod
Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0002-3351-1275
Domaines de recherche: sémantique lexicale, sémantique comparative, pragmatique, communication interlinguistique et interculturelle, sociolinguistique.
DOI: doi.org/10.35321/All90-12
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ANDREA GROMINOVA, OLEH TYSHCHENKO, IGOR KOROLYOV, MYROSLAVA FABIAN
L’ENVIE COMME PHÉNOMÈNE PSYCHOLOGIQUE ET COGNITIF DANS LA CONSCIENCE LINGUISTIQUE UKRAINIENNE ET SLOVAQUE (À PARTIR DE L’EXPÉRIENCE ASSOCIATIVE)1
L’ENVIE comme phénomène psychologique et cognitif dans la conscience linguistique ukrainienne et slovaque (à partir de l’expérience associative)
ANNOTATION
L’article explore le phénomène complexe, psychologique, socioculturel et sémiotique de l’ENVIE. Celui-ci est considéré comme un facteur mental corrélé aux signes culturels et aux stéréotypes symboliques, aux normes et aux valeurs. En outre, il constitue un élément de l’expérience cognitive et évaluative, des coutumes et croyances éthiques et religieuses, telles que le modèle naïf du monde dans les textes magiques, les métaphores corporelles et évaluatives du haut et du bas, les concepts de succès, de richesse, de pauvreté, du domestique et de l’étrange, etc.
Une analyse linguistico-cognitive de la sphère conceptuelle de l’ENVIE a été menée. Elle repose sur l’expérience associative portant sur les réactions à ses stimuli, leur fréquence ainsi que leur spécificité nationale et culturelle, recueillies auprès de répondants ukrainiens et slovaques.
Le modèle-cadre de l’ENVIE a été élaboré selon le genre, l’imagerie associative ainsi que les caractéristiques évaluatives et métaphoriques. Les résultats obtenus ont été interprétés en termes cognitifs, quantitatifs et qualitatifs, à l’appui des proverbes et dictons actualisant la notion d’ENVIE. Le matériau empirique a été modélisé sous forme de sous-cadres correspondants. Les zones de leurs interconnexions sémantiques avec les concepts de HAINE, de JALOUSIE et de CUPIDITÉ ont été identifiées.
1 L’étude est publiée avec le soutien du projet international de subvention Erasmus+ KA220-HED n° 2021-1-SK01-KA220-HED-000022917 intitulé « L’innovation du concept et du programme des formations doctorales et l’amélioration de leur efficacité » (A. Grominova, O. Tyshchenko).
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L’article examine le phénomène complexe, psychologique, socioculturel et sémiotique de l’ENVIE. Celui-ci est considéré comme un facteur mental corrélé aux signes culturels et aux stéréotypes symboliques, aux normes et aux valeurs. En outre, il constitue un élément de l’expérience cognitive et évaluative, des normes et croyances éthiques et religieuses, par exemple le modèle naïf du monde dans les textes magiques, les métaphores corporelles et évaluatives indiquant une direction vers le haut ou vers le bas, les concepts de succès, de richesse, de pauvreté, de vie domestique et d’altérité, etc.
Une analyse linguistico-cognitive de la sphère conceptuelle de l’ENVIE a été menée. Elle repose sur les données relatives aux réactions des répondants ukrainiens et slovaques aux stimuli de l’expérience associative, à leur fréquence ainsi qu’à leur spécificité nationale et culturelle.
Le modèle des cadres du concept d’ENVIE a été élaboré selon les caractéristiques liées au genre, aux images associatives, ainsi qu’aux traits évaluatifs et métaphoriques. Les résultats obtenus ont été interprétés selon une approche cognitive, quantitative et qualitative, sur la base de proverbes et de dictons actualisant le concept d’ENVIE. Le matériau empirique a été modélisé sous forme de sous-cadres correspondants. Les zones de leurs liens sémantiques avec les concepts de HAINE, de JALOUSIE et de CUPIDITÉ ont été identifiées.
La conscience linguistique constitue l’objet central de la recherche psycholinguistique dans les études contemporaines. Elle a déterminé son étude multidirectionnelle selon diverses perspectives: méthodologique, cognitive, sémiotique, ethnolinguistique, axiologique, lexicographique, etc.
L’ENVIE, en tant que l’une des catégories anthropologiques fondamentales, est un phénomène complexe, multifonctionnel, culturel, mental et linguistique qui nécessite un examen distinct. La reconstruction axiométrique et sémantique du champ associatif de l’ENVIE exige une reconstruction ethnoculturelle et ethnopsychologique des émotions, en mettant l’accent sur 1) les traits à la fois communs et distinctifs des images de la conscience linguistique propres aux représentants de différentes nations; 2) l’étude et la compréhension de l’identité et de la mémoire historique de l’ethnie; 3) les valeurs et les stéréotypes culturels de l’ethnie au moyen de techniques psycholinguistiques et cognitives.
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Les techniques cognitives mentionnées prouvent l’affirmation de Kutter (1998: 72–73) selon laquelle « l’ENVIE est une avidité qui dévore une personne de l’intérieur [...] elle se transforme en un ressentiment que Friedrich Nietzsche a appelé “ENVIE existentielle” (all. Lebensneid). » La sémantique destructive de l’ENVIE et de la HAINE est soulignée par Maria Szymkowska (1989: 27), qui considère les états émotionnels à travers le prisme de « l’hygiène psychologique »: ils ont « un sens de destruction et de maladie, tant du point de vue de la santé somatique de ceux qui les éprouvent que de ceux vers qui ils sont dirigés. Ils constituent une menace pour la santé physique. »
En tant que catégorie multidimensionnelle, l’ENVIE a toujours attiré l’attention des chercheurs qui tentent de trouver des réponses aux questions concernant sa composition et ses manifestations. Du point de vue des sciences infirmières, l’analyse de l’ENVIE repose sur le désir de comprendre les êtres humains dans la perspective de la santé et de la maladie subjectives (Maijala, Munnukka, Nikkonen 2000).
Des études similaires portent sur l’étude de l’ENVIE et de la JALOUSIE, ainsi que sur la manière dont leurs aspects positifs et négatifs chez les universitaires en sciences infirmières affectent le milieu de travail (Cleary, Walter, Halcomb, Lopez 2016), et cherchent à démontrer que non seulement les patients peuvent ENVIEr la créativité de leurs analystes, mais que les thérapeutes et les analystes peuvent ENVIEr la créativité de leurs patients (Safán-Gerard 2019; Hupka, Zaleski, Jurgen, Reidl, Tarabrina 1997). Oleh Tyshchenko (2020: 248) a relevé les particularités de la compatibilité des lexèmes avec l’ENVIE et la JALOUSIE dans les langues slaves. De nombreux travaux présentent une réflexion comparative et typologique sur le concept étudié: Irina Nesvetajlova (2010), Irina Koltuckaja (2014), Natalija Šapran (2015), Tatjana Grigorjanová, Marina Matytcina (2018).
S’appuyant sur les catégories de l’anthropologie culturelle et de la psychologie humaine, Schoeck démontre que la PEUR et l’ENVIE sont des composantes intégrales des relations humaines existant dans les cultures modernes et primitives, où des représentations et des concepts pertinents catégorisent et régulent diverses manifestations de l’ENVIE (Gawarkiewicz 2008: 11).
L’ENVIE est l’un des Sept péchés capitaux, et le plus honteux; elle dérive du latin invidia, « non-vue ». Elle est profondément enracinée dans la psyché humaine et commune à toutes les époques et à tous les peuples. Elle est généralement dirigée contre les personnes auxquelles on se compare ou avec lesquelles on a le sentiment d’être en compétition.
Les personnes envieuses ont tendance à être hostiles, colériques, rancunières et irritables. Afin de mieux délimiter ces nuances dans les émotions étudiées, les chercheurs utilisent le principe des primitifs sémantiques, proposé par Wierzbicka: 1) X ressent de l’ENVIE: « Quelque chose de bon est arrivé à quelqu’un d’autre. Cela ne m’est pas arrivé. Je ne veux pas qu’il en soit ainsi. Je veux que de telles bonnes choses m’arrivent, à moi et non à quelqu’un d’autre. Donc, je souffre et je hais les autres »; 2) X est jaloux: « J’ai peur que la personne qui m’est chère éprouve de bons sentiments pour quelqu’un d’autre. J’ai peur que la
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personne qui m’est chère cesse d’éprouver de bons sentiments pour moi. Je ne veux pas qu’il en soit ainsi. Je souhaite que la personne qui m’est chère n’éprouve de bons sentiments que pour moi. Donc, je souffre et je hais l’autre » (Wierzbicka 2006: 123).
La présente recherche vise à créer l’image linguistique et culturelle de l’ENVIE à partir d’une expérience associative, ainsi qu’à présenter son « portrait psychologique » dans le cadre de pratiques discursives établies, et notamment dans son fonctionnement au sein de la conscience quotidienne de l’individu et d’actes de parole subjectifs et individuels, en révélant sa fréquence et en créant sa typologie chez des étudiants ukrainiens et slovaques.
Pour atteindre l’objectif de la recherche, les tâches suivantes ont été définies: effectuer un bref aperçu de l’ENVIE en tant que phénomène psycho-cognitif et social; présenter la sphère conceptuelle de l’ENVIE des répondants ukrainiens et slovaques sous la forme d’une structure de cadres et trouver le contenu verbal de chacun d’eux en fonction de la fréquence et de la composition qualitative des réactions; après avoir établi l’indice de connexion conceptuelle associative mutuelle, déterminer les domaines d’intersection sémantique dans les paires associatives ENVIE – AVIDITÉ, ENVIE – JALOUSIE au sein du réseau associatif-verbal; décrire la typologie des réactions dans chacun des sous-cadres proposés (scénaristique, axiologique, paramétrique, causatif, etc.) en fonction de leur universalité, de leur singularité et de leur caractère national et culturel marqué; représenter graphiquement les réactions obtenues aux mots-stimuli sous une forme appropriée et les commenter.
2. BASE MÉTHODOLOGIQUE DE LA RECHERCHE
Dans le présent article, la modélisation en cadres de l’ENVIE dans la conscience linguistique des Ukrainiens et des Slovaques repose sur la notion de cadre en tant que structure taxonomique complexe. Le sociologue américain Goffman interprète le cadre comme la capacité de la conscience pratique « à assembler le monde en un tout organisé sans la participation d’un contrôle discursif », comme « une certaine perspective de perception qui crée une définition formelle de la situation »; autrement dit, les cadres sont des éléments fondamentaux qu’un chercheur peut identifier dans le cadre de situations. Les situations sont soumises à des principes organisateurs qui « génèrent » différents événements, par exemple des événements sociaux. Ces mêmes principes régulent également notre participation subjective aux événements (Goffman 1974: 10–11; Sinieleva 2014: 78).
Comme on le reconnaît généralement, l’expérience associative est une technique d’étude des réactions langagières à des mots ou à des combinaisons de mots (stimuli), qui révèle les connexions réflexives et temporaires des sensations, des sentiments, des images, des concepts et des désignations dans le lexique mental des locuteurs natifs.
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Une expérience associative consiste à interroger des informateurs au moyen d’une liste de stimuli, puis à établir les réactions les plus fréquentes (Galton, Tumb, Marbe). Elle vise à modéliser le système linguistique sous la forme d’un réseau associativo-verbal (Yu. N. Karaulov) ou de champs associatifs du lexique, ainsi qu’à former un « profil associatif » des images de la conscience (Ufimceva 2008: 20).
En outre, l’expérience associative « permet de confirmer la pertinence psychologique des hypothèses théoriques du chercheur, c’est-à-dire de représenter le réseau associatif des significations [...] comme le reflet de structures conceptuelles hiérarchiques dans l’esprit d’un locuteur » (Potapenko 2013: 20), et les réactions à un stimulus spécifique peuvent être considérées comme le reflet des structures conceptuelles correspondantes, qui, dans une certaine mesure, s’accompagnent d’émotions et d’évaluations conformes à la représentation conceptuelle du monde de l’informateur.
Comme le précisent Zinaida Popova et Josif Sternin (2007: 203), « une interprétation cognitive des résultats des expériences associatives peut être réalisée par l’intermédiaire de l’étape de description des significations psycholinguistiques ou au moyen d’une interprétation cognitive directe des associés ». Selon Roman Gawarkiewicz (2008: 7), « l’expérience associative vise à analyser les modes de description, d’interprétation et de perception du monde, sa catégorisation évaluative par les locuteurs natifs contemporains, et à représenter le “système de significations créé par la culture” ».
La langue est le reflet de notre système conceptuel (Tyshchenko, Korolyov, Palchevska 2021) et, en menant des expériences associatives cognitives et psycholinguistiques, ainsi qu’en recourant à diverses autres méthodologies, nous pouvons parvenir à une solution complexe de la structuration conceptuelle de la pensée par la langue, avec ses sous-cadres. La composante émotionnelle joue un rôle prépondérant dans la formation tant de la représentation mythologique que de la représentation moderne du monde.
Des tests associatifs fondamentalement contrastifs sont réalisés sur divers groupes thématiques du lexique, dans des langues étroitement apparentées ainsi que dans des langues éloignées sur les plans structurel et géographique. Par exemple, Petrova (2018: 14) a présenté le champ associatif des noms-stimuli de FOOD en ukrainien, en anglais et en grec moderne, en identifiant les types de réactions suivants: syntagmatiques, paradigmatiques, thématiques, phonétiques, de formation des mots, réminiscentes (citations), hyponymiques, liées à des personnalités, à des marques géographiques, nationales et culturelles, évaluatives, individuelles (associations subjectives). Pour une étude analytique complète de cette question dans la psycholinguistique ukrainienne et comparative, voir (Levchenko, Tyshchenko, Dilai 2020).
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3. PROCÉDURE ET RÉSULTATS DE LA RECHERCHE
La base empirique de la recherche comprend les résultats de l’expérience associative menée en 2019. Le scénario général de l’expérience associative libre comportait la procédure de recherche suivante: les étudiants et les cadets de l’Université d’État de Lviv pour la sécurité civile (spécialités: sécurité incendie, sécurité civile), les étudiants de l’Université polytechnique nationale de Lviv et de l’Université Saint-Cyrille-et-Méthode de Trnava ont participé à l’expérience associative. Au total, 194 répondants ukrainiens et 127 répondants slovaques se sont vu proposer 67 incitations, telles que envy(n), to envy(v); envious(adj) like/as, qui, dans l’ensemble des réactions recueillies, constituent le réseau verbal associatif de la sphère conceptuelle d’ENVY. Ainsi, un total de 145 réactions de répondants ukrainiens, dont 104 uniques, et de 536 réactions de répondants slovaques recueillies au cours de l’expérience associative sont présentées respectivement dans les figures 1 et 2.
Le déroulement de l’expérience montre que les participants (répondants ukrainiens) ont réagi sans omettre les stimuli, principalement vers le milieu de la liste proposée; vers la fin de la liste, le nombre de réactions diminue considérablement (ou se limite à une seule réponse au mot-stimulus). Plusieurs répondants ont indiqué « aucune association » dès le début de la liste ou ont tracé un trait signalant l’absence de toute réaction.
En revanche, les étudiants slovaques (malgré leur nombre plus réduit) ont participé plus activement et ont essayé de répondre de manière égale à tous les stimuli lexicaux pendant le sondage. Ainsi, plusieurs réactions-réponses ont été données pour la plupart des stimuli lexicaux. Ce facteur subjectif peut expliquer plusieurs disproportions entre les réponses recueillies auprès des répondants ukrainiens et slovaques.
Dans la recherche présentée, l’expérience et l’analyse des réponses verbales n’avaient pas pour objectif de déterminer la corrélation et la spécificité des réponses des participants en fonction de leur sexe. Nous estimons que l’étude de cet aspect mérite une recherche distincte.
Cependant, au cours de l’expérience d’association dirigée, une tâche distincte consistait à retracer la typologie des réactions en fonction du standard de comparaison (les objets auxquels ENVY est comparée dans les combinaisons de mots « envious as » à la forme masculine et « envious as » à la forme féminine). Afin de garantir l’universalité des résultats et de mettre en évidence la composante sociale, notamment le facteur de genre, dans le segment pertinent de l’expérience, nous jugeons essentiel de commenter la fréquence des associations verbales dans chacune des langues comparées, tout en précisant respectivement le nombre de réponses masculines et féminines.
Un aspect de la méthodologie proposée consiste à déterminer la distance « associative » entre les concepts au moyen de l’analyse des données relatives à leurs associés communs
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(l’indice de connexion associative mutuelle), ainsi que les résultats de la visualisation de l’expérience associative, ce qui permet d’identifier de telles zones communes (p. ex. entre l’ENVIE et la cupidité, l’ENVIE et la jalousie). Les fig. 3–4 présentent la section étudiée du réseau associatif-verbal.
L’indice de connexion mutuelle des concepts associatifs a été calculé en établissant la corrélation entre le nombre de réactions identiques et le nombre total de réactions obtenues. Auparavant, une technique similaire avait été proposée (Ulanovič 2010: 214).
Il importe de préciser que toutes les réactions obtenues n’ont pas été prises en compte dans la description des résultats, mais seulement celles qui correspondent à la méthode de répartition des réactions (par sous-cadres au sein des cadres) proposée par les auteurs, puisque ces associations verbales présentent la plus grande pertinence pragmatique et cognitive-évaluative pour les résultats obtenus. Ainsi, la description n’inclut pas les résultats des réactions associées aux sous-cadres déclaratif, participial et possessif (appartenance de l’ENVIE à un certain objet). Par conséquent, le nombre de réactions décrites dans la partie principale de l’étude est bien inférieur à la liste générale des réactions reçues.
FIG. 1. Réactions au stimulus zazdristʹ « ENVIE »
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FIG. 2. Réactions au stimulus závisť « ENVIE »
Pour commencer, les sous-cadres axiologique et chromatique sont analysés en profondeur. La catégorisation de l’ENVIE dans l’opposition du BIEN et du MAL se situe principalement au pôle négatif de l’échelle axiologique. Elle manifeste avant tout l’incitation à l’ENVIE dans les catégories de violation des normes en vigueur, d’évaluation éthique et de rejet, parfois avec une forte manifestation de négativité (dans les pensées ou les actions d’une personne): ukrainien не варто/not worth (f 1,3), дуже погано/very bad (m 0,65), думати погано/think poorly (f 0,65), зле/bad (f 0,65) зло/evil (f 1,3/m 1,3), недобре, негатив/not good, negative (f 1,3), slovaque negatívne/negatively (f 2,00).
Des réactions similaires sont observées au stimulus заздрість ‘ENVY’: найгірше/the worst (m 0,69), недобре/not good (m 0,69), нічого доброго/nothing good (m 0,69), обмеженість/narrow-mindedness (f 0,69), погана/bad (f 0,69), погано/badly (f 0,69/m 2,07). Nous observons des réactions similaires au stimulus заздрити ‘to ENVY’ (f 3,9/m 2,6): погано/badness (m 1,38), низько/mean (m 0,69), ницість/meanness (f 1,38), недоречність/inappropriateness (f 0,69), нікчемність/worthlessness (f 0,69), користолюбність/selfishness (f 0,69). Ce concept est interprété dans les limites des normes éthiques et religieuses comme une violation de certaines interdictions et prescriptions: гріх/sin (réaction féminine généralement assez productive à
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réaction féminine au stimulus заздрість « ENVIE » f 4,83 et f 1,95 au stimulus заздрити « envier ». Une évaluation négative est également verbalisée au moyen de негарно, погано/ugly, bad (m 0,65), собі шкодити/harm oneself (f 0,65), шкідливо/harmful (m 0,65); parfois, les réactions contiennent des descripteurs modaux – варто-не варто, дозволене-недозволене/worth–not worth, allowed–not allowed –, dont le second prédomine: on trouve également certains marqueurs négatifs, des mots de la catégorie d’état: не варто/not worth (f 1,3), не можна/not allowed (f 0,65/m 0,65), непотрібно/unnecessary (f 0,65/m 0,65), неможна/impossible (m 0,65). Exemples de réactions évaluatives et pragmatiquement orientées dans la conscience linguistique slovaque: hanba/a shame (f 4,00), nedopriat’/to not indulge (f 2,00), nedopriat’ druhým/to not indulge others (m 11,76/f 2,00), neuniesť pravdu/can’t stand the truth, pokrytectvo/hypocrisy, zneušťovať národnú hrdosť/to dishonour national pride (f 2,00).
Quant au degré d’expression de l’ENVIE reflété dans les associations verbales révélées des répondants ukrainiens et slovaques, il apparaît le plus clairement dans la paramétrisation de cette émotion au moyen d’associations liées à la couleur. Il importe de souligner que la catégorisation de l’ENVIE par le symbolisme chromatique coïncide largement avec les données présentées au niveau du modèle naïf du monde dans les dictionnaires phraséologiques et explicatifs, ainsi que dans les proverbes et dictons des langues comparées.
En outre, comme le montrent les collocations des lexèmes clés et leurs liens phraséologiques, dans les langues slaves orientales l’ENVIE est noire, tandis qu’en tchèque, comme en anglais et en allemand, elle est verte. Comparer: tchèque bledá (zelená) závisť, ozelenieť/zeleňet’ od závisti (ČRFS 2002: 629), anglais The green-eyed monster (SAFS 878). On observe la même chose en polonais: Zzieleniał z zazdrości (zawiści) (NKPP III 836). Voir plus de détails: Tyshchenko 2020: 262.
4. ASPECTS DE LA PARAMÉTRISATION DE L’ENVIE: SOUS-CADRE CHROMATIQUE
Il convient de préciser que, dans ce groupe de réactions, le code somatique est souvent associé à des métaphores de la COULEUR NOIRE, par exemple, les réactions au stimulus заздрити ‘to ENVY’ – no чорному/very jealous, чорний/black, чорно/terribly, чорно, погано/very, bad, заздрість ‘ENVY’ – буває тільки чорна/There is only black ENVY, біла заздрість/white ENVY, заздри́ти ‘to ENVY’ – по-білому/jealous, yellow colour, Аж у нім жовч кипить/He is on (f 1,3), (f 0,65), (f 1,3), (f 0,65), (f 0,69), (f 2,76), (f 1,3), (f 0,69). Les Ukrainiens associent la bile à la malveillance et à l’ENVIE,
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bord). Les parallèles associatifs et symboliques distincts (nous appellerons leurs réactions du type ép idigmatique) peuvent être réduits à ce qui suit: тінь/ombre (m 0,69), чорний, чорномаз/noir, noirceur (f 0,69).
Dans le contexte de la paramétrisation de l’ENVY, certaines associations sont identifiées comme signifiant métaphoriquement l’intensité et la profondeur des émotions (sous-cadre paramétrique). L’intensité des expressions de l’ENVY dans les réactions des répondants est principalement représentée par les adverbes: ярісно, несамовито/vivement, frénétiquement (f 0,65), дуже/très (m 0,65), сильно/fortement (m 0,65), дико/sauvagement (f 0,65), le verbe міряти/mesurer (f 0,65), les adjectifs велика/grande (m 0,69), глибока/profonde (f 0,69); l’évaluation тупо/stupidement (m 0.65), et, sporadiquement, les réactions de type physiologique exprimant négativement et péjorativement l’intensité de l’action запльовуватися/se cracher dessus (f 0.65).
5. ENVY COMME MALADIE ET SOUFFRANCE FACE AU SUCCÈS D’AUTRUI, MÉTAPHORE. ENVY – DESTRUCTION
Le sous-cadre éprouver des émotions liées aux états émotionnels comprend les réponses suivantes au stimulus заздрість ‘ENVY’: пригноблення, туга (m 0.69). En général, ce groupe d’associations verbales se caractérise par la domination de métaphores somatiques exprimant la douleur mentale, la souffrance et la maladie, ce qui est naturel pour l’ontologie de ces états émotionnels et d’états similaires: біль, щем/douleur, douleur aiguë (f 0,69), страждати, мучитись/souffrir, endurer (f 0,65), мука/tourment (f 0,69), самотність/solitude (f 0,69), slov. trápenie/souffrance (f 2,00), torture, túžiť/désirer (m 5,88).
Certaines révèlent la sémantique de la cause résultant de l’observation des accomplissements d’autrui страждати від досягнень інших/souffrir des accomplissements d’autrui (f 0,65). Les manifestations associatives de l’ENVY s’accompagnent d’émotions neutres (переживати (f 0,65), сумління/s’inquiéter (f 0.65), conscience (f 0,69)) ou négatives — FEAR, DESPAIR, HATRED, etc.: заздрити ‘to ENVY’ – боятися/être envieux — avoir peur (m 0,65), відчай/désespoir (m 0,65); on relève également de fréquents opérateurs modaux tels que la « perte de croyance en quelque chose » ou des présuppositions pragmatiques expressives dirigées vers le sujet: зневіра, невпевненість/désespoir, insécurité (f 0,65), не вірити у себе/ne pas croire en soi (f 0,65), ainsi que злість/colère, qui prédomine dans les réactions féminines (f 2.07/m 0.69), зло/mal (avec environ le même nombre de réactions: 2.07), злоба/malice — au stimulus заздрість ‘ENVY’; chez les Slovaques: nenávisť/haine, hnev/colère, je zlá/elle est mauvaise, krutá/
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Ces réactions peuvent être combinées à un code somatique, notamment à l’« influence sur les sens »; comparer: образными, дражними/taquiner, se moquer (m 0.65), ainsi qu’à des expressions de l’intensité émotionnelle: бути одержимим/être obsédé (f 0,65), не любити/ne pas aimer (m 0,65), ненавидіти/haïr (f 0,65). On trouve parfois des réactions de type phraséologique corrélées à des énoncés figuratifs tels que скрегтєт зубовний/grincement de dents (f 0,69). Des réactions courantes de type intellectuel au заздрість ‘ENVY’ sont observées dans les réponses féminines: дурість, дурниці/stupidité, absurdités (f 2,76/m 0,69), ainsi que de type caractérologique хитрість/ruse, хиба/erreur, пиха/orgueil (f 0,69). Les répondants slovaques, principalement des femmes, réagissent à závisť ‘ENVY’ par un marquage axiologique négatif lié à l’idée d’erreur, de violation de certaines normes, d’antinorme, de déviation, de fausseté et de péché: chyba/erreur, faloš/fausseté, nenormalita/anormalité (f 2,00), hriech/péché (m 11,76/f 2,00), rarement associées aux capacités mentales de la personne: hlupák/un idiot (f 2,00).
Dans certaines réactions associatives, un degré ambivalent et modéré de HATRED se manifeste: no-доброму ненавидіти/haïr d’une bonne manière (f 0.65). Cela s’observe également dans d’autres traits réactionnels positifs associés: радіти/se réjouir (m 0,65), ou dans des réactions exprimées par des exclamations фу/beurk (m 0,65). Les psychologues avancent des considérations similaires; comparer егоїзм/égoïsme comme l’une des réactions dans les réponses féminines (f 1,38); la réaction slovaque de ce groupe prédomine dans les réponses masculines: egoista/égoïste, a nenávisť/haine (m 5,88).
6. MÉTAPHORES CORPORELLES DE ENVIE
En se référant à la catégorisation métaphorique de l’ENVIE, il convient de souligner que celle-ci apparaît comme UNE CRÉATURE AGRESSIVE pouvant provoquer certains effets physiques négatifs et nuisibles sur l’objet: ukr. Заздрість їсть людину, як посуха билину/Être vert d’ENVIE. Certaines des réactions recueillies sont liées à l’idée de démolition, de perte et d’autres actions destructrices: погубить/détruira, губити/écrase руйнувати/démolir, самознищення/autodestruction, точить душу/détruit l’âme (f 0,69). Les réactions slovaques aux métaphores corporelles de ce type sont représentées, dans les réponses masculines, par des associations verbales épidigmatiques telles que zožiera dušu človeka/il dévore l’âme de l’homme, zožierať/dévorer, y compris des formations lexicales pažravosť/gloutonnerie (f 2,00).
Certaines réactions verbales représentent le modèle métaphorique L’ENVIE EST UN ANIMAL (réaction жаба/grenouille (f 0,65/m0,65); душить/étouffe (f 0,69), qui
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se corrèle aux contextes: ukr. жаба давить (придавила) кого, жаба зайца (їсть) кого; жаба зелена/la grenouille écrase (a écrasé) quelqu’un, la grenouille mange (mangea) quelqu’un; grenouille verte (Être bon marché).
Les modèles métaphoriques L’ÉMOTION EST UNE ENTITÉ DISCRÈTE et LE CORPS EST UN CONTENANT caractérisent les réactions féminines (f 0,65) liées au schéma d’image CONTENANT (LE CORPS EST UN CONTENANT D’ÉMOTIONS), par exemple: в душі/dans l’âme (stimulus заздрити « ENVIE ») et душевна пустота/vide émotionnel (f 0,69) marquent associativement l’état spirituel et intérieur d’un être humain. Une réaction typologiquement similaire au stimulus závisť « ENVIE » a été relevée dans les réponses slovaques prázdna duša/âme vide (f 6,00).
Le sous-cadre causatif est principalement actualisé dans sa réaction verbale à l’idée d’état social, de succès et de carrière. Les réactions du premier type sont caractéristiques des hommes бідність, біда/pauvreté, malheur (m 1,30), corrélées aux motifs de bien-être et de prospérité, comme l’attestent Nomys (1993: 55; 279): Нехай завидують гірше, щоб прибуло більше, Завидуй гірше, так уродить більше/Laissez-les envier le pire, afin que davantage arrive; enviez le pire, ainsi il en naîtra davantage (ibid., 279), Нема щастя без заздрості/Il n’y a pas de bonheur sans ENVIE (ibid., 55). Des expressions similaires sont attestées en slovaque: Kto má šťastie, tomu závidía, a kto má škodu, má i posmech/Les chanceux sont enviés tandis que les malchanceux sont raillés, Šťastie bez závisti nebýva/Il n’y a pas de bonheur sans ENVIE, Šťastie budí závisť/Le bonheur suscite l’ENVIE (Záturecký 2018: 153).
Dans le réseau associatif verbal, certaines relations existent entre l’ENVIE et l’AVARICE; toutefois, elles ne sont pas exprimées de manière très nette par les réactions obtenues à tous les stimuli de l’ENVIE: ревнуватий/être jaloux (f 0,65) est parfois représenté par l’argot masculin жмот/radis (m 0,65), parallèlement au terme littéraire скупість; подаїмость/parcimonie; étouffer d’ENVIE (m 0,65); personne avare est relevée dans les réactions comparatives féminines au sein du sous-cadre avare comme/comme et dans les réactions au stimulus ENVIE-avidité (m 0,69). Pour leur part, les répondants slovaques ont fourni les réactions suivantes: chamtivosť/avidité, chamtivec « personne avide, principalement une femme » (f 6,00), chamtivec (f 3,00) au stimulus závisťlivý ako et neprajník/ennemi, nedoprajný/rancunier, neprajný ako/malveillant, žiarliť/être jaloux (m 5,88/f 2,00), principalement dans les réponses masculines, où les liens de l’ENVIE avec la JALOUSIE et l’AVIDITÉ peuvent
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être observées (connexions interconceptuelles, zones verbales associatives de leur intersection).
Les mêmes réactions représentent le stimulus заздрість « ENVY » et avarice: багатство/wealth (m 0,69), epouи/money (m 0,69), золото/gold (réaction masculine moins fréquente 0,69) au stimulus заздрість « ENVY », au stimulus жадібність « greed » – бідність/poverty (по 0,65), бідолаха/poor man (m 0,65). Les associations verbales slovaques suivantes, de type symbolique, ont été relevées pour le stimulus závidieť « to ENVY »: blahobyt/well-being, majetok/property, nemať ‘to, čo ostatní/not to have what others have (f 2,00), peniaze/money, bohatstvo/each (f 2,00). Ces réactions se distinguent sur la base de la représentation naïve slovaque du monde, qui reflète l’attitude envers les pauvres et les riches: il vaut mieux que les gens ENVY la richesse, le bien-être et la bonne santé plutôt qu’ils ne compatissent à la pauvreté: Bohatstvo plodí závisť, chudoba nenávisť/, Majetok ide so závisťou/Property goes with ENVY, Bodaj by mi ľudia závideli, ako by ma mali ľutovať/I wish people would ENVY me rather than pity me, Odvráť, bože, ľutovníkov a prispor nám závistníkov!/Turn away, O God, the pitiful and bring forth the envious! (Záturecký 2018: 164; 153). De nombreuses expressions similaires sont représentées dans les représentations linguistiques polonaise et tchèque du monde.
Une association spécifiquement unique en slovaque aux stimuli závisť « ENVY », závidieť « to ENVY », contient les réactions féminines suivantes: kravina/bullshit (f 2,00), Harabin/Harabin (nom de famille d’un homme politique en Slovaquie), Horcrux/Horcrux (objet magique de Harry Potter), vládne svetom/he rules the world, spoločnosť, Slovensko/Slovakia (f 2,00), aj nos medzi očami/even the nose between one’s eyes (f 4,00), nebezpečenstvo/danger (m 5,88). Les réactions exclusivement masculines comprennent vlasy/hair, pasivita/passivity, je na plač/one could cry about it (m 5,88), dont certaines sont caractérisées par des particularités nationales et culturelles, par exemple aj pekné počasie na pohrebe/even good weather during a funeral (f 2,00). Cette dernière renvoie aux vestiges phraséologiques et peut être expliquée à l’aide d’un dictionnaire phraséologique: závidieť niekomu nos medzi očami. Il existe une citation de Samuel Smiles: Jestvujú ľudia, čo človeku závidia aj pekné počasie na jeho pohrebe, ce qui signifie qu’il existe des gens qui ENVY même le beau temps lors d’un enterrement. ENVY est ici employé ironiquement: tout le monde envie cette personne, elle a tout, même le beau temps à ses funérailles.
Examinons la typologie des réactions obtenues aux stimuli lexicaux заздрість « ENVY » et заздрити « to ENVY », regroupées autour du succès, de la carrière, de l’augmentation et du travail: par exemple, le stimulus заздрити « to ENVY » – les réactions достягнення, успіх, успіхам/achievement, success, successes (f 0,65). Parfois, ces réactions reflètent une intention modale-pragmatique particulière d’une personne: прагнути кращого; сам добийся/to strive for the best; do it yourself (m 0,65), au stimulus жадібність « greed » – бажання/desire (f 0,69). Il existe rarement des causatifs vagues de
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le stimulus заздрість « ENVY » – за щось/for something (m 0,65), заздрити « to ENVY » – робота/job (f 0,65), кар’єра/career (m 0,65). Les associations slovaques sont similaires et sont caractéristiques principalement des hommes: « ENVY » – pre niečo/for something, « to ENVY » – práca/work, kariéra/career.
Des coïncidences typologiques peuvent être observées dans les réactions verbales liées aux concepts contigus заздрість « ENVY » et жадібність « greed »/závisť « ENVY » et chamtivosť/greed (f 1,95/m 0,65) (voir figures 3 et 4).
FIG. 3. Coïncidence des réactions aux stimuli заздрість « ENVY » et жадібність « greed »
FIG. 4. Coïncidence des réactions aux stimuli závisť « envy » et chamtivosť « greed »
Quant aux croyances prototypiques concernant les personnes envieuses (sous-cadre comparatif envious as/like), habituellement, une personne pauvre et démunie envie la richesse et la prospérité d’autrui (бідний, бідняк/poor, poor man, ou des réactions formées de mots comportant des suffixes d’évaluation subjective бідося/ill-fated (f 0,65/m 0,65), ou одинокий,
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віділюдькуватий/lonely, withdrawn (f 0,65). Les réactions au stimulus envious as/like (forme féminine) associées à la pauvreté sont moins fréquentes (m 0,65). En général, les réactions anthropocentriques obtenues contenant un terme générique human being (principalement féminin), parfois accompagné d’adjectifs péjoratifs націрша людина, одинока нещасна жінка/the worst person, a lonely unhappy woman, sont également liées au evil eye/вірклива (f 0,65).
8. LE SOUS-CADRE COMPARATIF: RÉACTIONS AU STIMULUS ENVIOUS AS/LIKE (SOUS LA FORME MASCULINE) ET ENVIOUS AS/LIKE (SOUS LA FORME FÉMININE)
Les réactions rares et atypiques sont liées aux noms de plantes. Selon les données obtenues, une seule réaction féminine de ce type морква/carrot (f 0,65) a été relevée; il est difficile d’en expliquer rationnellement le sens. Nous pouvons parler de réactions situationnelles ou hautement subjectives. Seules les répondantes comparent une femme envieuse à a witch/відьма (f 1,56), à l’anthroponyme Параска/Paraska (vraisemblablement sous l’influence de la fiction), à une commère пліткарка/scandalmonger ou à un sujet indéfini не знаю хто/do not know who (f 0,78); tandis que les hommes l’associent aux enfants et à certaines valeurs humaines universelles essentielles, telles que la vie et la bonté (m 0,78). En outre, les réactions masculines sont liées aux concepts de JUSTICE et de VÉRITÉ: виправдання і хотіти чи бажати чогось/justification and wanting or desiring something (m 0,78). Les femmes tendent à associer ENVY à l’HONNÊTETÉ (f 0,78) et la considèrent comme stable et immuable завжди/always (f 0,78). Nous pouvons également observer sporadiquement un lien avec des corrélats métaphoriques somatiques tels que жало/sting (m 0,65). Certaines réactions intertextuelles allusives liées aux dessins animés (поштар Печкін/postman Pechkin – uniquement dans les réactions féminines 0,65), à l’antonomase Лескавхевська/Leskahveska (uniquement dans les réactions féminines 0,65), à certains concepts religieux Буда/Buda (m 0,78) sont particulièrement expressives. Les réactions d’origine phraséologique жаба/frog ou les comparaisons аж очі повилазили/the eyes popped out from shock relèvent des réponses féminines.
De nombreuses réactions représentent des relations familiales ou interpersonnelles (тітка/aunt f 0,78), des images quotidiennes de l’entourage proche (сусіди, сусід/neighbours, neighbour – m 0,78, des groupes de mots attributifs et pronominaux сусіди, моя сусідка зла сусідка, сусідка/neighbours, my neighbour is an evil neighbour, neighbour f 6,25/m 3,13 dans la fonction de comparaison étalon), des caractéristiques sociales et d’âge (розлучена/divorced f 0,78), une profession продавець/seller (m 0,78), un statut social дякова жінка/deacon’s wife (f 0,65). Elles sont également typiques des
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dans la conscience linguistique ukrainienne et slovaque
(Fondé sur l’expérience associative)
Slovaques: chcem to, čo sused / I want what my neighbour wants (f 2,00), suseda / male neighbour (m 23,53/f 8,00), susedka / female neighbour (f 2,00).
Les réactions associatives de statut en langue slovaque sont liées aux relations familiales et de parenté – belle-mère ou parent en général: súrodenec / a sibling, svokra / mother-in-law (f 2,00), qui servent d’étalon de comparaison dans des constructions telles que závisťlivý ako.
Cependant, les animaux et les insectes suscitent les associations les plus fortes: заздрити « envier »: бджілка / bee (m 0,78), вовчиця / she-wolf (m 0,78), sans connotations émotionnelles вовк, ворона / wolf, crow (f 1,56), гусениця, пантера / caterpillar, panther (f 0,78). Selon les résultats de l’expérience associative, un snake est considéré comme un standard de l’ENVY féminine змія (f 3,13/m 0,78), moins typique лисиця / fox (f 1,56/m 0,78), миша / mouse (f 0,78/m 1,56), муха / fly (f 0,78), et les moins courants – зозуля, кицька, кобра, крыса / cuckoo, cat, cobra, rat (f 0,78). Les réactions masculines, au contraire, actualisent les images de кобила, курка, мавпа, павлін, сорока / mare, chicken, monkey, peacock, magpie (m 0,78), et de собака / dog (m 1,56). Cette dernière réaction masculine peut être considérée comme une évaluation négative typique d’une personne malveillante.
Le sous-cadre comparatif construit au cours d’une enquête associative directe sur les réponses selon le genre mérite également l’attention. Ici, ENVY a été comparée à d’autres objets, et les répondants slovaques ont révélé les associations suivantes: avec des animaux portant des dénominations génériques et spécifiques Britská mačka / British cat (f 2,00), hovädo / brute (f 2,00), hus / a goose, vrana / a crow (m 5,88), laň / a doe, zmija / a snake (viper) (f 2,00), líška / a fox (f 6,00), mačka / cat, kamoš ka / friend, (f 2,00), straka / magpie (f 4,00), avec le stimulus závisťlivý ako; býk / a bull (f 2,00), pes / dog (f 4,00), straka / magpie (f 2,00), avec le stimulus závisťlivý ako. La réponse Britská mačka s’interprète en termes de la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE; des associations sociales et de rôle, ainsi que des associations liées au genre et à l’âge človek (m 5,88/f 4,00), malé decko / a small child, moja stará / my old lady, starý človek / old person (m 5,88), baba / an old woman, stará babka / old grandma, šľachtic / a nobleman, priateľka / a friend, jednoduchá osoba / a single person (f 2,00), nepriateľka / enemy, nadriadená / superior (m 5,88). Au stimulus závisťlivý ako sont associés non seulement des éléments réels, comme les antonymes Slovák (f 2,00), chamtivec / a greedy person, maniak / maniac, hráč / player (f 2,00), y compris certains personnages mythologiques strigoň / a male old witch, vlkodlak / werewolf (f 2,00). Les réactions exclusivement féminines en langue slovaque comprennent les réactions émotionnelles contenant des noms de personnes, par exemple babižná / a hag, hlupák / a fool, pažravica / clove, zatrpknutá žena / bitter woman, zlá kráľovná / Evil Queen. Concernant le stimulus závisťlivý ako, les associations verbales les plus marquantes comprennent non seulement des noms de personnes ou des réactions évaluatives (moins fréquentes, mais expressives chudák / poor guy
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(m 11,76/f 2,00), mais aussi les dénominations des objets de l’ENVIE verbalisées par des mots ou pronoms indéfinis quantitatifs (caractéristique principalement des réactions féminines: ja nie/I do not /not me, mnohí/many (f 2,00), tandis que každý naokolo/everyone around (m 5,88) constitue typiquement une réponse masculine.
FIG. 5. ENVY comparée à d’autres objets: réactions aux stimuli závisť’, závidieť’ and závisťlivý ako/závisťlivá ako
Il existe également quelques réactions uniques contenant des noms propres et des dénominations ethniques Fero/Fero (name), Slovák/Slovak (person) (f 2,00). Ainsi, Fero est un diminutif de František, mais peut aussi être un nom de famille. Cette réaction pourrait être rapportée à une personne ou à un individu.
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9. REMARQUES CONCLUSIVES
L’article présente une analyse linguocognitive de la sphère conceptuelle de l’ENVY en tant qu’émotion clé, fondée sur les données d’une expérience associative menée auprès d’étudiants ukrainiens et slovaques. La typologie des réactions verbales est établie dans le cadre des structures correspondantes de frames et de sous-frames; leur caractère typique et leur unicité sont mis en évidence, et leurs caractéristiques sont présentées en termes de fréquence et de paramètres quantitatifs.
En établissant un indice de connexion conceptuelle associative mutuelle, un mécanisme de modélisation du réseau associatif-verbal est présenté (selon la méthode d’Ulanovič, Karaulov, etc.). Cette approche nous a permis d’établir les cas de coïncidence des réactions aux stimuli ENVY et GREED et de les représenter visuellement dans les colonnes no 3 et 4.
L’attention est attirée sur les différences entre les réactions selon leurs caractéristiques associatives, imagées et axiologiques. La spécificité nationale et culturelle des associés obtenus est retracée en tenant compte des caractéristiques des réalités propres à une culture linguistique particulière (réactions phraséologiques et métaphoriques, allusions, comparaisons).
Selon l’analyse, les réactions les plus fréquentes sont celles qui comportent une catégorisation axiologique, l’évaluation de l’ENVY selon les pôles du bien et du mal, du bon et du mauvais (sous-frame axiologique), ainsi que sa paramétrisation (intensité de l’expression, notamment au moyen d’associations chromatiques). Il convient également de considérer les réactions typiques communes aux deux langues. Elles se caractérisent par une nette coloration pragmatique et par un lien avec les concepts de succès, de carrière et de chance, qui suscitent généralement l’ENVY chez autrui (sous-frame causal), ou avec les oppositions riche-pauvre, représentées par plusieurs réactions antonymiques à connotation émotionnelle et expressive distincte (slovaque blahobyt/well-being, majetok/mansion, peniaze/money, ukrainien гроші/money, золото/gold, бідаха/poor man, біdося/poor thing).
Ces dernières réactions ukrainiennes et slovaques présentent des similitudes typologiques, manifestement dues à un système commun de valeurs et d’idées sociales, éthiques et chrétiennes. Les données obtenues sont étayées par des contextes parémiologiques et phraséologiques tirés des dictionnaires des deux langues. Les réactions proprement slovaques représentent la négation de la fausseté et du mensonge (la conceptualisation de la VÉRITÉ et de la FIERTÉ) ou le manque de respect envers la fierté nationale.
De nombreuses réactions reflètent des émotions de souffrance ainsi qu’un état physique et mental douloureux. Elles manifestent des traits de caractère, l’ENVY étant perçue comme une entité destructrice. Les réactions les plus typiques des répondants ukrainiens sont пригноблення/oppression, туга/sadness, біль/pain, щеміти/hurt, страждати/be tormented, мучитися/suffer; en slovaque — мортура/torture, тужити/yearn, гнів/anger, ненависть/hatred, гріх/sin, фальш/falsehood, егоїзм/selfishness; moins
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souvent – réactions associées aux capacités mentales – дурість/stupidité, дурний/sottise et hlupák/imbécile.
Plusieurs réactions appartiennent au cadre scénaristique (elles sont parfois classées comme des réactions de type syntagmatique). De telles réactions correspondent à l’activation, dans la mémoire des répondants, des unités phraséologiques et des composés métaphoriques similaires dans les deux langues: ukrainien руйнувати/détruire, точить душу/aiguise l’âme (préoccupe), душевна пустота/vide de l’âme, жаба душить/la grenouille étrangle (sentiment d’ENVIE), slovaque zožiera dušu človeka/dévore l’âme d’une personne, prázdna duša/âme vide. Dans ce cas, on observe la personnification de l’ENVIE (modèle métaphorique L’ENVIE EST UN ÊTRE) au sein de la structure cognitive du CORPS en tant que lieu spécifique.
Les étudiants ukrainiens et slovaques ont répondu de manière similaire aux questions de l’enquête liées aux stimuli de comparaison. Leurs réactions étaient principalement associées à différents animaux. Néanmoins, des associations particulières peuvent être relevées, parallèlement à la similitude des réactions associées à l’ENVIE envers les voisins (plus rarement – à l’ENVIE envers les voisins). Par exemple, chez les étudiants slovaques, on observe plus fréquemment des réactions associées aux termes de parenté et aux liens familiaux (súrodenec/frère ou sœur, svokra/beau-père, baba/vieille femme, stará babka/vieille dame, ukrainien mimka/tante), ainsi qu’aux réalités sociales, historiques et mythologiques (nadriadená/supérieure, šľachtic/noble, maniak/maniaque, strigôň/vampire, vlkolak/loup-garou).
Les réponses des répondants ukrainiens étaient également particulières. Ces réponses peuvent être mises en corrélation avec des textes précédents (en lien avec des films d’animation pour enfants – noumap Печкін/poshtar Pechkin ou avec des surnoms associés aux jeux de mots et à la stylisation en langage populaire (Леськахвеська/Leskakhveska, etc.). Les réactions des étudiants slovaques, en lien avec les ethnonymes et les noms propres emblématiques, sont également relevées ici.
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Envy as a Psychological and Cognitive Phenomenon in Ukrainian and Slovak Linguistic Consciousness (Based on the Associative Experiment)
материале английского, немецкого и украинского языков) [Semantiko-kognitivnaja struktura koncepta ZAVIST’ v lingvokul’turologičnom osveščenii (na materiale anglijskogo, nemeckogo i ukrainskogo jazykov)]: автореферат диссертации кандидата филологических наук [avtoreferat dissertacii kandidata filologičeskich nauk], Одеса: Південноукраїнський національний педагогічний університет імені К. Д. Ушинського [Odesa: Pivdennoukrajins’kyj nacional’nyj pedagogičnyj universitet imeni K. D. Ušyns’kogo].
Tyščenko Oleh 2020: Konceptualizacija emocij ta cinnisnych konceptiv v slov’jans’kych paremijach ta frazemach: vid sovisti do zazdrosti [Konceptualizacija emociji ta cinnisnych konceptiv v slov’jans’kych paremijach ta frazemach: vid sovisti do zazdrosti]. – Scientific Bulletin of South Ukrainian National Pedagogical University named after K. D. Ushynsky 29, 248–272.
Tyščenko Oleh, Korolyov Igor, Palchevska Oleksandra 2021: Cultural and Cognitive Structure of the Omen: Epistemology, Axiology and Pragmatics. – Wisdom 2(18), 137–151.
Ulanovič Oksana I. 2010: Уланович, Оксана И. Психолингвистика [Psicholingvistika], Минск: Изд-во «Гревцова» [Minsk: Izd-vo “Grevtsova”].
Ufimceva Natal’ia V. 2008: Уфимцева, Наталья В. Ассоциативные словари славянских языков [Associativnye slovari slavjanskich jazykov]. – Polski słownik asocjacyjny z suplementem, autor R. Gawarkiewicz, odpowiedzialność R. Gawarkiewicz, I. Pietrzyk, B. Rodziewicz, Szczecin: Print Group Sp. z o.o., 15–31.
Wierzbicka Anna 2006: Semantyka: jednostki elementarne i uniwersalne, Lublin: Wydawnictwo Uniwersytetu M. Curie–Skłodowskiej.
Pavydas kaip psichologinis ir kognityvinis reiškinys ukrainiečių ir slovakų kalbinėje sąmonėje (remiantis asociaciniu eksperimentu)
SANTRAUKA
Straipsnio tikslas – remiantis ukrainiečių ir slovakų respondentų asociacinio eksperimento duomenimis, išnagrinėti konceptą PAVYDAS kaip sudėtingą psichokognityvinį ir semiotinį reiškinį. Taip pat siekiama paaiškinti žodinių asociacijų tipologiją ir jų semantines sankirtas su kitomis konceptualiosiomis sritimis (PAVYDAS, GODUMAS ir kt.).
Straipsniai / Articles
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ANDREA GROMINOVA, OLEH TYSHCHENKO, IGOR KOROLYOV, MYROSLAVA FABIAN
Remiantis kognityvinės antropologijos, filosofijos, sociologijos ir kognityvinės semantikos tyrimais, pristatomas koncepto PAVYDAS freimo modelis lyginamosiose kalbinėse kultūrose, kuris atspindi ukrainiečių ir slovakų kalbinės asmenybės kognityvinių stereotipų, normų ir vertybių sistemą. Sutelk u s dėmesį į asociacinį kompleksą pavyko atskleisti pagrindinius skirtumus tarp vyrų ir moterų reakcijų (lyginamajame po f re mi yje panaudojus stimulus pavydus kaip (vyriškosios giminės forma) ir pavydi kaip (moteriškosios giminės forma)).
Taikant freimų modeliavimo metodą, aprašytos pagrindinės metaforinės koncepto PAVYDAS aktualizacijos sritys, tokios kaip konceptualioji ir asociacinė-figūratyvioji koncepto komponentinė dalis, nustatytas jų ryšys su spalvų asociacijomis (aspektinis pofreimis), atlikta jų kiekybinė analizė, kuri apibendrinta penkiose diagramose ir grafikuose.
Atlikta bendrų, tipinių ir unikalių, tautinių ir kultūrinių asociacijų atranka atskleidė ukrainiečių ir slovakų mentalinio žodyno ypatumus panaudojus pagrindinių neigiamų emocijų aksonometriją.
Įteikta 2023 m. lapkričio 3 d.
ANDREA GROMINOVA University of Ss. Cyril and Methodius in Trnava, Slovakia 577/2, Nám.Jozefa Herdu Str. 91701, Slovakia, Trnava [email protected]
OLEH TYSHCHENKO University of Ss. Cyril and Methodius in Trnava 577/2, Nám.Jozefa Herdu Str. 91701, Slovakia, Trnava [email protected]
IGOR KOROLYOV Taras Shevchenko National University of Kyiv 14, Taras Shevchenko Boulevard Str. 01601, Ukraine, Kyiv [email protected]
MYROSLAVA FABIAN Uzhhorod National University 14, Universyets’ka Str. 88000, Ukraine, Uzhhorod [email protected]