Page 1De la défatification à la dé-signification: proposition et usage
ALVYDAS UMBRASAS
Institut de la langue lituanienne
MOTS-CLÉS: dérivation des mots, sens de suppression, normalisation linguistique, usage, erreur
L’article examine les dérivés formés à l’aide du préfixe nu- et du suffixe -inti (-inimas), qui expriment la suppression d’un élément donné (désigné par la racine). Ces dérivés font déjà l’objet d’une longue tradition de correction, mais certains d’entre eux restent bien implantés dans l’usage; il a donc été décidé d’examiner l’histoire et la situation actuelle de leur correction et de leur recommandation. L’objectif est de présenter les opinions des linguistes sur ces dérivés, l’évolution des normes dans les dictionnaires et l’usage actuel, ainsi que sa conformité (ou son absence de conformité) à la codification, et d’attirer l’attention sur d’éventuelles évolutions de celle-ci.
La source la plus commode pour recueillir des données sur l’usage actuel est le Corpus de la langue lituanienne contemporaine (DLKT), constitué par le Centre de linguistique computationnelle de l’Université Vytautas-Magnus. Il comprend plus de 140 millions de mots employés dans des textes de divers domaines de la fin du XXe et du début du XXIe siècle (environ de 1991 à 2008): textes scientifiques et spécialisés, mais aussi articles destinés au grand public, littérature, etc. Comme il s’agit de textes publiés, on peut supposer qu’ils ont été révisés ou, du moins, légèrement corrigés. L’étude a donc décidé de s’appuyer sur le DLKT, car ce corpus peut donner une indication du niveau moyen de la langue écrite contemporaine au tournant du siècle (il ne contient pas encore de données de la deuxième décennie de ce siècle). Les données recueillies — environ 80 verbes correspondant au modèle étudié ou leurs abstraits ont été trouvés dans le DLKT, pour un total d’environ 3 500 occurrences — ont ensuite été comparées à l’usage sur l’un des sites d’information les plus populaires, lrytas.lt (plus de 2 600 publications contenant les mots sélectionnés dans le DLKT y ont été trouvées; il est techniquement impossible de connaître le nombre total d’occurrences, mais il est évident qu’une publication peut en contenir plusieurs). Le site existe depuis 2006 et reflète donc en partie la langue des médias en ligne des dix dernières années
120 Alvydas Umbrasas | Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 2(certains articles publiés sur le site sont repris d’autres médias; au besoin, quelques exemples de l’article proviennent également d’autres sources). Les possibilités de recherche du DLKT ont été mises à profit pour recueillir des données aussi variées que possible et rechercher des régularités sémantiques et/ou structurelles, ainsi que quantitatives.
ÉVOLUTION DE LA NORMALISATION
Il y a un demi-siècle, Kazimieras Gaivenis fut sans doute le premier à évoquer les cas où « l’on tente d’attribuer au préfixe nu- des verbes et des noms verbaux un sens généralisé de suppression de la matière désignée par la racine du mot » (Gaivenis 1964: 29). Écrivant sur la terminologisation des affixes dérivationnels, il déplorait que le sens de suppression, passé de la littérature scientifique à quelques dictionnaires de l’époque, y ait été illustré par nuriebinti, nuriebinimas. Il avançait l’argument suivant: « le nom d’action nuriebinimas est dérivé du verbe nuriebinti, lequel est dérivé de l’adjectif riebus. Pour ce type de verbe adjectival, le préfixe nu- confère généralement le sens d’un dépassement de l’action exprimée par la forme sans préfixe (cf. nustorinti, nutirštinti, nurūgštinti, c’est-à-dire rendre trop (= trop) épais, dense, acide) » (ibid.). Ainsi, nuriebinti devrait signifier « rendre excessivement gras », et non « éliminer la graisse ». K. Gaivenis soulignait également que « traduire les termes обезжиривание, Entfettung ou degreasing par nuriebalinimu (à l’instar de néologismes « à la mode » tels que nuanglinimas, nusilicinimas, nusierinimas, nupeleninimas, etc.) est également discutable » (Gaivenis 1964: 29–30). Il suggérait que, pour exprimer le sens de suppression, il vaut mieux employer des constructions avec le mot pašalinti (par exemple, pašalinti sierą, pašalinti pelenus), ou, s’il en existe, des verbes spécifiques (par exemple, non pas nuplaukinti, mais nuplikinti).
Quelques années plus tard, Antanas Balašaitis proposa lui aussi de traduire обезболивание non par nuplaukinimas, o plaukų pašalinimas (« épilation », littéralement « élimination des poils »); à la place de savaiminio dirvos nukenk-sminimo, il recommanda dirvos apsivalymas (« assainissement du sol »). Il expliquait aussi que « le russe обезболивание ne doit pas être traduit par nuskausminimu, car le verbe apmarinti, “rendre insensible, engourdir”, nous donne des expressions courantes telles que ligonio apmarinimas prieš operaciją, vietinis ar visuotinis apmarinimas, apmarinamieji vaistai » (Balašaitis 1969: 9–10). Il avançait que « les néologismes se forment dans chaque langue selon les règles de dérivation propres à cette langue » et qu’il faut « respecter les tendances de la dérivation des mots en lituanien » (ibid.).
1 L’original ne comporte ni italique ni espacement.
Terminologija | 2016 | 23
1 2 1
Page 3Peu après, Albertas Rosinas poursuivit lui aussi l’examen des formations en nu- exprimant l’élimination d’une matière ou d’une propriété: « L’opinion selon laquelle ces formations (cf.: nušarminti, nuvandeninti, nuskausminti, etc.) ne contreviennent pas aux règles de dérivation des mots en lituanien et sont compréhensibles par tous n’est apparemment pas indiscutable. Du point de vue dérivationnel (syntaxique), elles sont irréprochables. Cependant, pour former un mot nouveau, les seules règles de dérivation ne suffisent pas; il faut tenir compte des fonctions lexicales de ses éléments » (Rosinas 1971: 15). S’appuyant également sur K. Gaivenis, il affirmait que nuriebinti au sens d’« éliminer la graisse » est un calque malheureux, que dans la langue vivante le préfixe nu- confère aux verbes adjectivaux une valeur de dépassement (nukietinti « rendre trop dur ») ou, dans certains cas (nuaštrinti, nugražinti), semble conférer une valeur de privation d’une propriété, mais « exprime l’opposé de la force, de l’intensité et du résultat de l’action (en voulant rendre [quelque chose] pointu, beau, on l’a aiguisé à tel point qu’il est devenu tout à fait non pointu, tout à fait laid) » (ibid.). Il qualifie également de « à la mode » les verbes nuplaukinti « éliminer les poils », nudruskinti « éliminer le sel », nužievinti « enlever l’écorce », nukalkinti « extraire le calcaire ». Il dit que, dans la langue vivante, les verbes dénominaux en nu- ont d’autres sens (nuauksinti « colorer en or », nuspalvinti « peindre », nuskiedrinti « semer des copeaux »), et que, « si le verbe allemand entha(S)
Page 4au début de la décennie, dans la deuxième édition du dictionnaire parue après les articles mentionnés (DLKŽ2 1972), on ne s’empresse pas de supprimer ces mots; au contraire, les définitions des formes déjà présentes sont légèrement corrigées2 et de nombreux mots nouveaux sont ajoutés: nudruskinti « éliminer le sel », nudujinti « éliminer les gaz », nukalkinti « éliminer le calcaire », nukenksminti « rendre inoffensif », nuriebalinti « éliminer la graisse », nusakinti « soutirer la résine », nuvandeninti « éliminer l’eau, l’humidité ». La plupart d’entre eux (à l’exception de nuasmeninti, nubuožinti, nusakinti) portent la mention spec. Peu après la parution du dictionnaire, Jonas Paulauskas, membre du comité de rédaction, déclara à propos de ses problèmes qu’il contenait des mots « marqués par les abréviations spec. ou knyg., indiquant que, bien qu’un mot soit mal formé (ou qu’on lui attribue un sens inhabituel), il est employé dans certains domaines, faute d’équivalents de formation plus correcte ou parce que ceux-ci sont peu répandus » (Paulauskas 1974: 42). Parmi d’autres exemples, il mentionne aussi nudruskinti, nudujinti, nuvandeninti et affirme que, « dans la poursuite de la normalisation du lexique, il faudrait trouver des équivalents plus acceptables pour de tels mots » (ibid.). En parlant d’« équivalents plus acceptables », on s’attendait peut-être à des expressions d’un seul mot, car les formes proposées par les correcteurs correspondaient aux définitions du dictionnaire. Vitas Labutis doutait lui aussi de la recommandation de nukenksminti, nuriebalinti et d’autres formes similaires dans le dictionnaire; il disait qu’en approuvant un phénomène linguistique insuffisamment étudié, on risquait sans doute de nuire davantage à la langue qu’en freinant sa propagation par souci de tradition (Labutis 1973: 75). Le travail sur le dictionnaire avait néanmoins été accompli, et ses normes ne pouvaient manquer d’influencer l’usage.
Bien que la deuxième édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodyno ait recensé de nombreux mots relevant du modèle étudié, les linguistes ont continué à les corriger dans leurs travaux. Dans la première édition des Kalbos praktikos patarimų, à propos des dérivés en nu-, il est indiqué que geriau est « un mot d’une autre racine exprimant la privation de quelque chose » (KPP1 1976: 159). Le principe de remplacer la racine était formulé, mais, dans les exemples concrets, celle-ci était souvent conservée; on proposait surtout d’employer des groupes de mots comportant des mots de même racine: nudruskinti (– pašalinti druską (–as)), nukenksminti (– padaryti nekenksmingą, pasterizuoti), nuplaukinti (– pašalinti plaukus), nupeleninti (– pašalinti pelenus), nuriebinti, nuriebalinti (– pašalinti riebalus, suliesinti), nuvandeninti (– pašalinti vandenį, padaryti sausą), nužmoginti (– dehumanizuoti, (su)barbarinti). Certains de ces mots corrigés portaient également la mention dirbt., signi-
2 Nuasmeninti « 1. priver de responsabilité personnelle. 2. priver de qualités personnelles, uniformiser »; nubuožinti « à l’époque de la collectivisation: retirer aux koulaks leurs moyens de production et leurs terres » (DLKŽ2 1972).
Terminologija | 2016 | 23
123
Page 5fiant qu’il s’agit d’un mot artificiel. Seule l’expression nužievinimo staklės n’est pas déconseillée, mais corrigée de manière catégorique (n. dirbt. – mot artificiel à éviter); les formes recommandées sont žievės lupamosios, žievi-lupės staklės, žievialupė3 (KPP1 1976: 159–163). En substance, les mêmes éléments sont repris dans la deuxième édition des conseils, parue une dizaine d’années plus tard; seul le mot nupele-ninti a été supprimé (peut-être considéré comme dépassé), mais on a ajouté4 numėsinti (– pašalinti mėsą, kaišti) (KPP2 1985: 171–176). Les mots n’étaient pas condamnés catégoriquement, mais accompagnés de la mention geriau, peut-être parce que le Dabartinės lietuvių kalbos žodynas de l’époque en autorisait l’emploi. Certains correcteurs, tout en examinant les mots du modèle en question et en les classant comme non normatifs, disaient aussi que « l’usage actuel comporte des mots de ce type qui ne figurent pas dans le DLKŽ, mais qui pourraient tout à fait y figurer au même titre. Par exemple, nužievinti n’y figure pas, mais il est du même type que nudruskinti »; ils expliquaient et rappelaient que « les linguistes se sont entendus pour ne pas corriger catégoriquement ce qui est donné comme norme dans les grammaires et les dictionnaires de la langue actuelle » (Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 31). Certains estimaient que les Kalbos praktikos patarimai, en corrigeant les mots figurant dans le DLKŽ, déconcertent les usagers, qui ne savent alors plus à quoi se fier; ils proposaient que les recommandations reposent sur « la présomption de r é g u l a r i t é: tout élément linguistique homologué dans les publications normatives antérieures doit être considéré comme correct tant que son caractère défectueux n’a pas été démontré p u b l i q u e m e n t et de façon incontestable » (Girdenis, Rosinas 1977: 70). Il fut répondu à cette critique que les changements des normes du DLKŽ « n’avaient eux non plus jamais été démontrés p u b l i q u e m e n t » (Pupkis, Zinkevičius 1978: 51).
Les arguments avancés pour corriger les dérivés du modèle étudié variaient. Les critiques portaient surtout sur la sémantique et l’influence d’autres langues. Cela ressort déjà des citations de K. Gaivenis et d’A. Rosinas données plus haut; d’autres spécialistes de la culture de la langue en parlaient également en corrigeant des dérivés formés avec un préfixe inadéquat: « le préfixe confère un sens qui ne peut exprimer la notion que l’on veut désigner par ce mot. Ce sont tous des mots traduits, auxquels le préfixe a été ajouté selon les règles de formation des mots d’autres langues »; ces mots « ne sont pas employés dans les dialectes et n’ont pas non plus de tradition bien établie dans les écrits de meilleure qualité » (Pupkis 1980: 124). On a relevé le modèle…
3 Teikiniai pasiūlyti Jono Klimavičiaus (žr. Klimavičius 1974: 19). Vietoj nužievinimo mašina vėliau dar buvo siūloma žieviasukė (Gerulaitis, Lūkenas 1983: 35).
4 Dans Kalbos kultūra, un article distinct a été publié, examinant comment nommer une opération effectuée lors du traitement des peaux et des fourrures, qui consiste à éliminer les restes de chair et de graisse ainsi que toute la couche sous-cutanée. À la place des mots jusque-là employés numėsinti, mėzdruoti, il a été proposé de recommander kaišti, ainsi que kaišiklis, kaišenos, kaišumas, kaišykla, entre autres (Kinderys 1982: 47–49).
124
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 6La systématicité du système: « Ce ne sont rien d’autre que des calques apparus par analogie avec le russe. Sous l’effet d’une telle analogie dérivationnelle, les calques sont souvent formés en séries, c’est-à-dire qu’on calque non pas un mot isolé, mais un certain type de dérivation » (Kaulakienė 1992: 9). L’ambiguïté de certains verbes, par exemple nukalkinti, a été signalée (Kinderys 1982: 48). L’attention a également été portée sur la structure formelle du mot: « la plupart de ces mots ne s’emploient pas sans préfixe (par ex., le mot kenksminti n’existe pas), ils ne conviennent donc pas non plus avec le préfixe nu- <...>: il faut employer à leur place des syntagmes » (Piročkinas 1990: 70). La dérivation mixte était considérée comme indésirable: « Il est inhabituel de former des verbes à partir de noms en ajoutant un formant dérivationnel composé (préfixe et suffixe à la fois). <...> Si les verbes *druskinti, *žievinti, *vandeninti5 existaient, on comprendrait que le préfixe nu- est employé correctement (cf. vilkti – nuvilkti, lupti – nulupti). Or, ils n’existent pas. Par conséquent, nužievinti est associé à žieve, nudruskinti à druska, nuvandeninti à vanduo. Or, on ne forme pas de verbes préfixés à partir de noms. Il est donc évident que nužievinti reçoit d’emblée le préfixe nu- et le suffixe -inti, qui transforme un nom en verbe » (Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 30–31). Parfois, on leur reproche simplement leur caractère artificiel: « Puisque les mots nuvandeninimas, nuvandeninti sont artificiels, pour la viande déshydratée <...> le terme nusausinta mėsa convient mieux » (Montvilienė 1978: 38). La longueur des moyens d’expression a été évaluée: « Un mot est plus commode que deux, mais s’il est mal formé, deux valent mieux qu’un » (Nemickaitė, Paulauskienė 1984: 22). Il a été avancé qu’« un mot étranger vaut mieux qu’un “mot à soi” mal forgé » (Būda 1973: 164). Des arguments imagés et ironiques ont également été invoqués, par exemple que kirpykla n’est pas un poste de lavage des cheveux ou de rasage de la barbe (Kinderys 1982: 49).
En parcourant les publications linguistiques des années 1980 et 1990 du siècle dernier, on perçoit parfois une certaine hésitation à l’égard des dérivés nu- + -inti (-inimas) examinés. Pranas Kniūkšta ne se prononce pas sur ces dérivés et affirme que « nouveau modèle de formation des mots, standard et facilement adaptable à divers domaines, soutenu de plus par le modèle russe en обез-, il s’est révélé pratique et viable, et commence peu à peu à s’enraciner dans le style scientifique et la terminologie » (Kniūkšta 1980: 29). Plus tard, en examinant les publications de Kalbos kultūros, il résume: « Les syntagmes proposés par les linguistes à cette fin (pašalinti riebalus, etc.) n’ont pas satisfait les utilisateurs de ces dérivés,
5 Le LKŽe répertorie druskinti, žievinti, vandeninti; néanmoins, dans nombre de dérivés de ce type avec nu-, on peut raisonnablement reconnaître une dérivation mixte.
Terminologija | 2016 | 23 125
Page 7les arguments linguistiques présentés n’ont pas convaincu. Le besoin nouveau qu’ils ressentent et les anciens moyens d’expression défendus par les linguistes ne parviennent pas à être conciliés harmonieusement. Pour sortir de l’impasse, on recourt aux mots internationaux: nuasmeninti – déshumaniser, nuskausminti – anesthésier; il y a aussi degazacija, degazuoti, mais, au fond, ils ne résolvent pas le problème. En somme, une lutte est en cours: les linguistes, avec leur point de vue, sont contraints de riposter depuis les tranchées défensives (afin que le préfixe nu- ne gagne pas de nouveaux territoires) » (Kniūkšta 1986: 33). Arnoldas Piročkinas corrige les mots du modèle étudié, par exemple nuplaukinti (= enlever les cheveux, raser, couper les cheveux), nužievinti (= enlever, écorcer), nužmoginti (= déshumaniser, transformer en non-humain), mais ajoute en même temps que « les linguistes devraient néanmoins étudier soigneusement le statut de ces verbes en LK [langue commune]: ils sont trop nombreux, souvent nécessaires à la langue, et, enfin, peut-être trouverait-on quelque argument linguistique justifiant leur emploi. Mais, tant que cela n’aura pas été fait, le public devrait éviter de les employer » (Piročkinas 1990: 70). Angelė Kaulakienė classe sans jugement neutre les termes techniques nuanglinimas (rus. обезуглероживание, all. Kohlenstoffentziehung), nuriebalinimas (rus. обезжиривание, all. Entfettung), etc., parmi les calques adéquats du point de vue de la formation et le plus souvent adéquats du point de vue sémantique (Kaulakienė 1979: 147). Plus tard, elle affirme qu’ils ne sont pas conformes à la norme et doivent être remplacés par des équivalents plus acceptables (Kaulakienė 1985: 71), mais reconnaît qu’en étant standard et facilement adaptables, ils ont contribué à l’apparition d’un nouveau type de dérivation, pratique et « qui commence peu à peu à s’enraciner non seulement dans la terminologie de la physique, mais aussi dans celle d’autres domaines scientifiques. Toutefois, la commodité de ce type pourrait n’être justifiée que dans une certaine mesure par une stabilité flexible, car, autrement, un tel type de dérivation est difficilement motivable sur le plan sémantique » (Kaulakienė 1988: 132). Une référence est faite à une source où stabilité flexible est expliquée comme « une modification fonctionnellement motivée et pertinente des normes, la capacité permanente de la norme à s’adapter au mieux aux besoins et aux objectifs de la société » (Pupkis 1980: 24). Ainsi, d’une part, les mots du modèle examiné ont été corrigés; d’autre part, leur nécessité et une éventuelle justification ont parfois été envisagées.
Tenant compte des diverses corrections publiées, les terminologues de l’Institut de langue lituanienne n’ont pas négligé les dérivés en nu- + -inimas lorsqu’ils ont préparé collectivement Terminologijos taisymai, paru au début de la période d’indépendance restaurée. Nupeleninimas, nuplauk inimas, nuriebalinimas, nuriebinimas, nusierinimas ont été signalés comme des calques et strictement remplacés par des syntagmes comportant le mot (pa)šalinimas (TT 1992). À côté, certains dérivés ont été corrigés avec plus d’une solution...
126
Alvydas Umbrasas
Nuo nurie balinimo iki nuprasminimo: teik yba ir vartosena
Page 8...: nuskausminimas (= anesthésie, élimination de la douleur), nuvandeninimas (= 1. élimination de l’eau; 2. séparation de l’eau, déshydratation), nužievinimas (= 1. écorçage; 2. pelage de l’écorce). Ont également été ajoutés des termes pertinents pour la foresterie et l’agriculture: nusparninimas (= séparation des samares), nusparnintuvas (= séparateur de samares).
Une étape importante dans la normalisation des dérivés du modèle étudié a été franchie lors de la préparation de la troisième édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodynas (DLKŽ₃ 1993), à laquelle les terminologues ont largement contribué. Cette édition synthétise près de trois décennies d’expérience dans la correction des dérivés en nu- + -inti employés au sens de suppression, et les dérivés nudruskinti, nudujinti, nukenk smin ti, nuriebalinti, nusakinti, nuvandeninti figurant dans DLKŽ₂ 1972 ont été supprimés. Le verbe nuskausminti, déjà présent dans DLKŽ₁ 1954, a lui aussi été éliminé. Nukalkinti a été conservé, mais son sens a été modifié: au lieu de « enlever le tartre », on a introduit « saupoudrer de chaux »; le mot nurūgštinti, pertinent dans le système examiné, a également été ajouté avec le sens « rendre trop acide » (la deuxième acception dans LKŽe est « éliminer les acides »). Le mot nubuožinti, présent depuis DLKŽ₁ 1954, a également disparu, mais a pris une autre forme: le préfixe a été remplacé et išbuožinti a été ajouté comme historicisme, au sens de « prendre aux fermiers aisés leurs moyens de production et leurs terres ». Le verbe nuasmeninti a néanmoins été conservé. Cette situation a été maintenue dans les éditions papier et électroniques ultérieures du DLKŽ; on peut donc dire que la troisième édition a été décisive.
Les dérivés nu- + -inti (-inimas) examinés sont apparus dans les usages spécialisés. La consultation des anciens dictionnaires terminologiques révèle également des dérivés que, semble-t-il, les correcteurs n’ont pas mentionnés à l’époque soviétique, par exemple: nudumblinimas (rus. отмучивание) « décantation des particules argileuses », MTŽ 1960 (le dérivé figure aussi dans GFGTŽ 1956; ChŽ 1960), nuazotinimas (angl. denitration) ALKPŽ 1958, nuklijinimas6 (rus. обесклеивание) RLKPŽ 1959, nusluoksninimo plyšiai (rus. трещины отслаивания) GFGTŽ 1956, numiškinti (angl. deforest) ALKŽŪTŽ 1977. Les dérivés examinés ne figuraient pas nécessairement seuls dans les dictionnaires; des synonymes (lituaniens ou étrangers) étaient aussi donnés à côté, par exemple: debark – nužievinti, nulupti žievę ALKŽŪTŽ 1977, disbark – nulupti žievę, nužievinti ALKŽŪTŽ 1977, deforest – išnaikinti, iškirsti miškus, numiškinti ALKŽŪTŽ 1977, denitration – nuazotinimas, denitravimas ALKPŽ 1958, dewatering – nuvandeninimas, dehidracija ALKŽŪTŽ 1977, обезвоживание – дегидратация, vandens šalinimas RLKŽŪTŽ 1971, обезвоживание – nuvandeninimas, dehid-
6 Cela n’a pas été inclus dans Terminologijos taisymai, mais dans une publication parue la même année, A. Kaulakienė, l’une des coauteures de ces corrections, mentionne les dérivés nudrumzlinimas, nudumblinimas, nujautrinimas, nuklijinimas, nuorinimas, nuvarnalėšinimas, et ajoute également le verbe nukalinti (Kaulakienė 1992: 9).
Terminologija | 2016 | 23
127
Page 9ravimas RLKMTŽ 1975, обезболивание – nuskausminimas, anestezavimas RLKŽŪTŽ 1971, обезжиривание – nuriebalinimas, riebalų pašalinimas RLKMTŽ 1975. Atkreiptinas dėmesys, kad greta tuose pačiuose žodynuose yra nemažai terminų straipsnių, kuriuose analogiškose situacijose nu- + -inti (-inimas) vedinių neteikta, pvz.: defoliate – pašalinti lapus ALKŽŪTŽ 1977, degrease – pašalinti riebalus ALKŽŪTŽ 1977, dehorn – pašalinti, nupjauti ragus ALKŽŪTŽ 1977, deplume – (nu)pešti plunksnas ALKŽŪTŽ 1977, dewool – pašalinti plaukus ALKPŽ 1958, обезвоживание – dehidratacija, vandens šalinimas RLKŽŪTŽ 1971, обезволашивание – plaukų pašalinimas RLKŽŪTŽ 1971, обезжиривание – riebalų pašalinimas RLKŽŪTŽ 1971, обеззоливание – kalkių pašalinimas RLKŽŪTŽ 1971, обезлесение – miškų iškirtimas, išnaikinimas RLKŽŪTŽ 1971, обезлиствление – lapų pašalinimas, defoliacija RLKŽŪTŽ 1971. Teikimo nevienodumus dabar sunku paaiškinti. Beje, senuose terminų žodynuose, kuriuose galima rasti įvairių nu- + -inti (-inimas) vedinių, kartais matyti įrašas, kad žodyno terminus peržiūrėjo LTSR Mokslų akademijos Lietuvių kalbos ir literatūros instituto Terminologijos komisija, minimos Jono Kruopo ir (arba) K. Gaivenio pavardės. Neaišku, ar visada kalbininkai dėl šių vedinių priekaištavo. Net jeigu ir priekaištavo, tikėtina, kad vedinius gynė dalyko specialistai. Vis dėlto žvelgiant į skirtingu metu leistus tos pačios srities terminų žodynus matyti, kad nu- + -inti (-inimas) vedinių žodynuose palaipsniui mažėjo. Štai, pavyzdžiui, 1959 m. išleistame politechnikos terminų žodyne (RLKPŽ 1959) teikiama: обезвоживание – nuvandeninimas, обезволашивание – nuplaukinimas, обезгаживание – degazavimas, nudujinimas, обезжиривание – nuriebinimas, обеззоливание – nukalkinimas, обезуглероживание – nuanglinimas, обесклеивание – nuklijinimas, атвиринimas, обескремнивание – nusilicinimas, обеспыливание – nudulkinimas, обессеривание – nusierinimas, desulfurizavimas. Po ketvirčio amžiaus leistame politechnikos terminų žodyne (RLKPŽ 1984) to paties tipo rusiškų terminų dar daugiau, bet lietuviški atitikmenys pakeisti pagal kalbos normintojų pastabas: обезвоживание – vandens šalinimas, dehidratacija, обезвоздушивание – oro šalinimas, обезволашивание – plaukų šalinimas, plikinimas, обезвреживание – darymas nekenksmingo, обезгаживание – dujų šalinimas, degazacija, обезжелезивание – geležies šalinimas, обезжиривание – riebalų šalinimas, обеззоливание – pelenų šalinimas, обезуглероживание – anglies šalinimas, обезфторивание – fluoro šalinimas, обесклеивание – klijų šalinimas, обескремнивание – silicio šalinimas, обеспыливание,
128
Alvydas Umbrasas
Nuo nurieballinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 10élimination des poussières – élimination des poussières, désulfuration – élimination du soufre, dessalage – élimination du sel, déphosphoration – élimination du phosphore.
Des évolutions similaires se sont également produites dans les dictionnaires de chimie. Le dictionnaire publié en 1960 (ChŽ 1960) présente les termes suivants:
dessalage « élimination des sels solubles » – выщелачивание,
dégazage « élimination des gaz » – обезгаживание,
dépoussiérage « élimination des poussières » – обеспыливание,
débourbage « séparation des matières fines en fractions; purification selon les différentes vitesses de sédimentation dans l’eau » – отмучивание,
déchaulage « élimination de la chaux de la peau en pelain » – обеззолка, обеззоливание,
élimination des cendres « élimination des cendres du papier filtre » – обеззоливание,
épilage « élimination des poils de la peau » – обезволашивание,
dégraissage « élimination des graisses » – обезжиривание,
gemmage « extraction de la résine des conifères » – подсочка,
désiliciation « élimination des composés du silicium » – обескремнивание,
déshydratation « élimination de l’eau, de l’humidité » – обезвоживание.
Dans le dictionnaire des termes de chimie publié à l’époque de l’indépendance (ChAŽ 1997), certaines notions ont disparu, des mots internationaux ont fait leur apparition (a) et une partie des termes a été remplacée par des syntagmes (b):
a) déminéralisation « élimination des sels dissous dans l’eau » – обессоливание, выщелачивание, demineralization,
décarburation « 1. élimination du carbone de l’acier; 2. élimination du CO₂ des gaz; 3. séparation du CO₂ des carbonates chauffés » – обезуглероживание (1), декарбонизация (2,3), decarburization (1), decarbonization (2,3),
dégazage « 1. transformation de substances toxiques de combat en substances inoffensives; 2. élimination des gaz; 3. évacuation des gaz et des vapeurs du moule de pressage des plastiques » – дегазация, дегазификация (2), обезгаживание (2), подпрессовка (3), degassing, outgassing (2), degasification (2), breathing (3),
détoxication « rendre une substance toxique inoffensive ou l’éliminer » – детоксикация, обезвреживание яда, detoxi(fi)cation (mais cf. élimination mécanique de la nocivité « élimination mécanique des contaminants ou recouvrement avec des matières inertes » – механическое обеззараживание, mechanical decon-tamination);
b) élimination de la chaux « élimination de la chaux de la peau en pelisse » – обеззоливание, обеззолка, deashing, ash removal,
épilation, dépilation – « élimination des poils et de l’épiderme de la peau en cours de tannage » – обезволашивание, depilation,
dégraissage « séparation des graisses de la surface d’un matériau (1) ou de son volume (2) » – обезжиривание, degreasing (1), defatting (2),
élimination de l’eau « réduction de la quantité d’eau dans une matière au moyen de dessiccants, d’actions mécaniques ou de la chaleur » – обезвоживание, dewatering, dehydration.
Terminologija | 2016 | 23
129
Page 11Détartrage, dégraissage Dans ChAŽ 1997, ces termes portent des marques de non-recommandation. Seule se distingue la recommandation par renvoi de ce terme: nusakinimas voir sakinimas; sakinimas « extraction de la résine de conifères entaillés à cet effet » – nodочка. Le nusakinimas n’a aucun lien avec le sakinimas (nodочка), qui figurait déjà dans ChŽ 1960. Dans le dictionnaire polytechnique révisé mentionné (RLKPŽ 1984), sakinimas était proposé à la fois comme équivalent de nodочка et de обессмоливание.
Ni la Grammaire de la langue lituanienne académique, ni la Grammaire du lituanien contemporain ne traitent des verbes du modèle concerné avec préfixe. Seule est mentionnée la valeur apportée par le préfixe: « quelque chose est séparé de quelque chose par l’action désignée par le mot de base », par exemple nudrėksti (LKG II 1971: 279). La correction du sens d’élimination a commencé par le verbe d’origine adjectivale nuriebinti (riebinti: riebus), dont la formation ne soulève pas de questions: il s’agit plutôt d’une question de sémantique. On est ensuite passé aux verbes d’origine nominale, tels que nuriebalinti (: riebalai). Le LKŽe contient le verbe riebalinti « enduire de graisse » (dans ce sens, j’ai inscrit riebaluoti), mais il est probable que nuriebalinti soit apparu comme dérivé mixte, formé directement à partir de riebalai sur le modèle d’autres langues (comme, par exemple, įvaikinti, išūnyti, directement à partir de vaikas, sūnus). Il semble qu’ici une double interprétation soit possible, c’est-à-dire qu’on puisse y voir aussi bien une formation préfixale qu’une formation mixte. La formation mixte de certains dérivés du modèle étudié est plus évidente, par exemple nuplaukinti (: plaukai), nuvandeninti (: vanduo).
Dans le Dictionnaire du lituanien contemporain, parmi d’autres sens, il est précisé que les dérivés verbaux avec le préfixe nu- expriment « la séparation ou l’élimination de quelque chose »; les exemples suivants sont donnés: numauti, nupjauti, nuplėšti, nupratinti (DLKŽ₆ 2006). Les verbes d’origine nominale ne sont pas mentionnés ici, bien qu’il y en ait dans le dictionnaire, par exemple: nubalnoti « enlever la selle », nuginkluoti « désarmer », nukainoti « réduire le prix, dévaluer », nukamanoti « enlever la bride », nukelneti « enlever le pantalon » (DLKŽ₆ 2006). Le DLKŽ₂ 1972 contenait même nukaukiuoti « enlever le masque, démasquer », mais le terme a été supprimé des éditions ultérieures (probablement parce qu’il n’existe pas de kauk(i)uoti). À ces dérivés s’ajoute également nuvertinti, dérivé comportant le suffixe -inti, « 1. diminuer la valeur, rendre de faible valeur; 2. rendre totalement sans valeur » (DLKŽ₆ 2006). À vrai dire, on pourrait le traiter comme un causatif par rapport au verbe nuvertėti, absent de plusieurs éditions du DLKŽ, tout comme nutautinti est le causatif de nutautėti, nutautsi « perdre ses caractéristiques nationales, s’assimiler ». Dans le verbe causatif comme dans le verbe inchoatif, nu- indique une perte (une élimination). Il en va autrement de nudulkinti « enlever la poussière »: on ne peut y voir que l’aspect perfectif, car dulkinti signifie déjà « épousseter…
130
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 12« dépoussiérer » (certes, du moins en théorie, nudulkinti pourrait également désigner une action opposée à l’élimination de la poussière — saupoudrer de poussière, par exemple —, car le premier sens de dulkinti est « soulever de la poussière, faire en sorte qu’il y ait de la poussière » DLKŽ₆ 2006).
Šiame kontekste įdomu atkreipti dėmesį į veiksmažodį nusavinti. DLKŽ₁ 1954, DLKŽ₂ 1972 jis buvo aiškinamas „atimti ir perduoti ką valstybės ar visuomenės nuosavybėn“. Kaip matyti, nu- čia reiškia ypatybės šalinimą, t. y. padarymą, kad daiktas būtų ne kažkieno savo, o visų. Tvarkant DLKŽ₃ 1993 galbūt desovietizacijos kontekste, bet neatmestina, kad ir dėl nagrinėjamų nu- + -inti vedinių taisymo reikšmė pakeista iš esmės – „kitam paimti ką nuosavybėn“, t. y. turimas omenyje padarymas, kad būtų savo (prilygsta pasisavinti), iš vieno savininko daiktą paima kitas (abi reikšmės fiksuojamos LKŽe). Vėliau (nuo DLKŽ₅ 2003) reikšmė pakeista dar kartą, praplėsta – „buvusį ką nesavą paimti nuosavybėn“, t. y. padaroma, kad daiktas taptų savo, bet nesvarbu, ar priklausė kam nors anksčiau. Vis dėlto aiškinant kitus žodžius nusavinti vartojama lyg ir pirmuosiuose DLKŽ buvusia reikšme: konfiskacija – „priverstinis n u s a v i n i m a s, atėmimas valstybės naudai“, konfiskuoti – „daryti konfiskaciją, n u s a v i n t i“, rekvizicija – „priverstinis atlygintinis n u s a v i n i m a s ar laikinas paėmimas valstybės reikalams“ (DLKŽ₆ 2006). Vartosenoje nusavinti dažnas konfiskavimo, nacionalizavimo kontekstuose, pavyzdžiui, LRTB aprobuota: nekilnojamojo turto savininkas – „asmuo, kurio nekilnojamasis turtas pagal TSRS (LTSR) įstatymus buvo n a c i o n a l i z u o t a s ar kitaip neteisėtai n u s a v i n t a s ir kuriam pagal Lietuvos Respublikos piliečių nuosavybės teisių į išlikusį nekilnojamąjį turtą atkūrimo įstatymą atkuriamos nuosavybės teisės į išlikusį nekilnojamąjį turtą“. Įdomu tai, kad šiais laikais galbūt gretinant su nusavinti sugalvojama pasidaryti ir nusvetiminti, pvz.: „<...> savaip sužmogina („n u s v e t i m i n a“) tai, kas iš tikrųjų anaiptol nėra nei žmogiška, nei žmogui nesvetima“ (Petras Setkauskis, 1994⁷).
USAGE ACTUEL
La plupart des dérivés en nu- + -inti (-inimas mentionnés plus haut dans les travaux de correcteurs linguistiques au cours du dernier demi-siècle et proposés dans certains dictionnaires sont d’origine nominale et désignent l’élimination d’un élément concret particulier, généralement d’une matière. Dans l’usage actuel, du moins en partie surveillé par les rédacteurs,
7 Exemple tiré du DLKT. Ici et dans la suite, pour les exemples issus du corpus, outre l’année de publication, on indique soit l’auteur du livre, soit le titre de la publication périodique.
Terminologija | 2016 | 23
131
Page 13on ne trouve plus du tout certains dérivés relevés auparavant (par ex. nuanglinti, nuazotinti, nudumblinti, nuplaukinti, numiškinti8, nusilicinti), tandis que d’autres apparaissent encore (tous les dérivés d’origine nominale relevés et désignant l’élimination d’une matière sont présentés au tableau 1; dans la colonne DLKT figure le nombre d’occurrences, y compris les formes verbales et les abstraits en -imas; dans la colonne lrytas.lt figure le nombre de publications dont le texte contient le mot).
Tableau 1. Dérivés d’origine nominale désignant l’élimination d’une matière
Nu– + –inti | DLKT | lrytas.lt | Nu– + –inti | DLKT | lrytas.lt nugeležinti | 63 | 18 | nudruskinti | 4 | 4 nužievinti | 44 | 11 | nupeleninti | 2 | 0 nuriebalinti | 16 | 9 | nukalkinti | 1 | 9 nusierinti | 14 | 5 | nugyslinti | 1 | 0 nusakinti | 11 | 0 | numėšinti | 1 | 0 nuvandeninti | 7 | 1 | nusparninti | 1 | 0 nuorinti | 5 | 12 | nudujinti | 0 | 1 nukraujinti | 5 | 3
On ne sait pas dans quelle mesure de tels dérivés apparaissent dans les textes originaux, non révisés, fournis par les auteurs; toutefois, comme on le voit, les dérivés ne sont ni très nombreux ni très variés dans les publications finales, et c’est le plus souvent nugeležinti (nugeležinimas) qui est employé, par exemple: « L’entreprise a aménagé un forage artésien, une installation de d é f e r r i s a t i o n de l’eau et un réseau d’adduction d’eau de 2,5 km de long <...> » (Žemėtvarka ir hidrotechnika, 2004). Le mot moins fréquent nužievinti (par ex. « Il s’impose clairement que le d é c o r c a g e de la partie aérienne des souches est inefficace et ne doit pas être appliqué » (Mūsų girios, 1997)) est employé dans des contextes similaires, tout comme nusakinti. Comme indiqué précédemment, le verbe nusakinti a été supprimé du DLKŽ₃ 1993, mais sakinti, « faire couler la résine, laisser la résine s’écouler », est attesté depuis le DLKŽ₁ 1954; ce n’est qu’à partir du DLKŽ₃ 1993 que ce mot a reçu la marque knyg. (car le verbe a probablement été formé par analogie avec nusakinti); ainsi, si nécessaire, nusakinti peut exprimer l’aspect perfectif. À l’instar de sakinti, on emploie aussi žievinti, non codifié par le DLKŽ (mais attesté dans le LKŽe: « enlever, écorcer »), parfois dans le même contexte,
8 On n’a relevé que quelques occurrences de apmiškinti, qui désigne l’action opposée; ce mot est lui aussi corrigé (TT 1992).
132 Alvydas Umbrasas | Nuo nurie balinimo iki nupr asminimo: teik yba ir vartosena
Page 14p. ex.: « Il a attiré l’attention sur une jeune pinède non entaillée, de l’autre côté de la route, où les arbres pourris étaient 5% plus nombreux que dans la pinède entaillée. Comme l’a fait remarquer le professeur Vytautas Valenta, les pins entaillés, sentant qu’ils vont mourir, s’activent et laissent davantage de descendants. En examinant la coupe, le professeur a approuvé le fait que les souches n’avaient pas été écorcées » (Mūsų girios, 1997). Sakinti et žievinti sont probablement apparus à la même époque9 et sont des mots de qualité essentiellement comparable; tous deux pourraient être corrigés ou recommandés indifféremment (voir aussi « <...> un contrat a été conclu avec l’entreprise suédoise « Vallby Staket & Stolpar » pour fabriquer des piquets écorcés » (Mūsų girios, 1995)).
Les dérivés présentés dans le tableau 1 sont généralement employés au sens d’élimination, à l’exception de nukalkinti, qui s’emploie dans deux sens, cf. « Si l’eau est décalcifiée (filtrée), le savon mousse abondamment » (Laima, 1996) et « Bien sûr, l’herbe sous les arbres blanchit comme si elle avait été décalcifiée » (Lietuvos rytas, 2002). Il arrive qu’on forme aussi d’autres dérivés à partir des mots du modèle considéré, par exemple automatinis nuorintuvas (Statyba ir architektūra, 2004), dūmų nusierintuvas. Les dérivés du modèle considéré ne sont généralement pas formés au sens de l’élimination d’un élément matériel autre qu’une substance. On ne relève qu’une ou deux tentatives d’« embellir » le texte, p. ex.: « <...> les choses se sont passées à l’inverse: nous n’avions pas de poux, mais nous en avons attrapé après le sauna. Nous sommes allés nous « dépouiller », et nous sommes revenus « couverts de poux » (Birutė Pūkelevičiūtė, 2003). »
Parmi les dérivés du type nu- + -inti (-inimas), corrigés depuis longtemps et examinés ici, nuriebinti se distingue nettement comme un dérivé non pas d’origine nominale, mais adjectivale (on avance qu’il devrait exprimer un excès de la propriété, et non son élimination, c’est-à-dire « rendre trop gras » plutôt que « rendre non gras, éliminer le gras »). La vérification du DLKT et des publications de lrytas.lt n’a révélé aucun emploi dans le sens d’excès, mais il existe quelques occurrences dans le sens d’élimination de la propriété: 14 occurrences dans le DLKT et 11 publications contenant ce mot sur lrytas.lt, p. ex.: « Le lait écrémé conserve tout le calcium qu’il contient » (Artuma, 2003), « Après la pluie, les cheveux s’assèchent, car les acides ont un effet dégraissant » (lrytas.lt 2014-03-19). Le dérivé nurūgštinti est lui aussi d’origine adjectivale, même si, dans le contexte considéré, il pourrait au moins théoriquement rejoindre les dérivés nominaux mentionnés plus haut qui expriment l’élimination d’une substance (en le rattachant non pas à rūgštus, mais à rūgštis). Dans le sens d’un excès de la propriété, nurūgštinti
9 On relève également des emplois antérieurs à la période soviétique: « La technologie d’entaillage appliquée en Lituanie a été décrite en détail: avant la Seconde Guerre mondiale, par S. Kripas dans l’article « PUŠIES NUSAKINIMAS LIETUVOJE » (« Mūsų girios », 1935, n° 6/7), et de l’après-guerre à nos jours, par A. Alekna dans son livre « PUŠYNŲ SAKINIMAS », Kaunas, 1989 » (Mūsų girios, 1997); « Si le sciage du bois est prévu en juin ou plus tard, il faut alors écorcer les grumes trouvées et les empiler sur des palettes afin qu’elles ne touchent pas le sol <...> » (Ūkininko patarėjas, 1936-02-06).
Terminologija | 2016 | 23
133
Page 15On ne les trouve pas non plus dans le DLKT et sur lrytas.lt, mais le sens d’élimination est attesté (12; 510), p. ex.: « Si le sol est légèrement acide, il convient de le désacidifier à la chaux <...> » (lrytas.lt 2015–04–14). On peut également mentionner le verbe nusodrinti, employé occasionnellement (5; 5) dans le sens d’élimination. Dans le DLKT, il est attesté dans la loi lituanienne sur l’énergie nucléaire de 1996: « Matières nucléaires: plutonium, uranium (naturel, enrichi en isotopes d’uranium 235 ou d’uranium 233, et appauvri) et thorium, présents sous forme d’alliage métallique, de composé chimique ou de concentré, ou dans un mélange avec d’autres matières »; cependant, dans la loi lituanienne actuelle de 2011 sur la sûreté nucléaire, la LRTB a approuvé la formulation « Matières nucléaires: plutonium, uranium (naturel, enrichi en isotopes d’uranium 235 ou d’uranium 233, ou appauvri) et thorium, présents dans des alliages métalliques, des composés chimiques ou des concentrés, ou dans des mélanges avec d’autres matières » (nuskurdinimas figure dans les dictionnaires terminologiques dans ce sens, p. ex. FTŽ 2007). Dans l’usage, nusodrinti s’emploie aussi dans le sens d’attribution d’une propriété, p. ex.: « Un podium automne-hiver rehaussé de chocolat, d’ocre et de vin bordeaux » (lrytas.lt 2011–03–09). Le DLKT contient même un dérivé tout à fait occasionnel formé à partir d’un adjectif composé, nuvienprasminti: « <...> s’efforce de compliquer et de dépourvoir de sens univoque la stylistique et le style, et pourtant, dans presque chaque phrase, l’expérience de l’auteur de romans policiers et d’anecdotes s’infiltre obstinément, on ne sait d’où » (bernardinai.lt 2007–01–03).
Il ne semble pas que les publications linguistiques aient auparavant corrigé des dérivés du modèle considéré, formés sur une racine étrangère et exprimant l’élimination d’une propriété. Dans l’usage actuel, on peut en trouver plusieurs (voir le tableau 2). Tous ces dérivés sont rares: on en relève quelques occurrences, parfois une seule, ce qui s’explique en partie par le caractère peu pertinent de ces notions pour un usage plus large, p. ex.: nuabsoliutinti, nuindividualinti, nukonkretinti, nurealinti, nusakaralinti (les deux derniers sont les plus fréquents, avec 11 occurrences chacun dans le DLKT). Les raisons de l’apparition de ces dérivés sont prévisibles: au lieu de dérivés comme absoliutizuoti, konkretizuoti, on recommande généralement absoliutinti, konkretinti (p. ex., pour konkretizuoti, voir konkretinti, DLKŽ₆ 2006); ainsi, à côté de dekonkretizuoti, deindividualizuoti (on ne trouve pas deabsoliutizuoti dans l’usage), apparaissent nukonkretinti, nuindividualinti, d’autant que ces formes sont encouragées par les dérivés désignant l’action opposée, sukonkretinti, suindividualinti. Parfois, le système des dérivés se développe considérablement: à côté de materializuoti, dematerializuoti et de la forme pronominale intransitive dematerializuotis, on forme sumaterialinti, numaterialinti, sumaterialėti, numaterialėti, ainsi que įmaterialinti (voir les exemples d’usage dans le tableau 2).
10 Le premier chiffre indique le nombre d’occurrences dans le DLKT, le second, le nombre de publications sur lrytas.lt.
134 Alvydas Umbrasas | Nuo nuriebalinimo iki nuprasm inimo: teikyba ir vartosena
Page 16Tableau 2. Dérivés d’origine adjectivale formés sur une racine étrangère et exprimant l’élimination d’une propriété
Nu– + –inti
Cf.
Exemples
nuabsoliutinti
suabsoliutinti
« Ayant entrepris de déabsolutiser les valeurs absolutisées au XIXe siècle, Leskaitis proclame des crises dans différents domaines de la vie <...>. » (Darbai ir dienos, 2003)
nuindividualinti
individualiser, désindividualiser
« La technicisation de l’être humain est avant tout sa réification, sa dépersonnalisation et sa désindividualisation. » (Arvydas Šliogeris, 1996) «<...> Le corps individualise et concrétise l’âme, en l’attachant au présent vivant et à la proximité sensorielle <...>. » (Arvydas Šliogeris, 1999) « En métaphysique, l’être humain n’est pas aussi désindividualisé, socialisé et anonyme que dans les sciences. » (Problemos, 1996)
déconcrétiser
concrétiser dé-déconcrétiser
« Tenter de dénationaliser le mal (ou le bien), c’est tenter de le déconcrétiser, c’est-à-dire de le mystifier. » (Romualdas Ozolas, 2003) « On pourrait concrétiser une telle conclusion vague, par exemple, au moyen d’une citation tirée d’un journal économique paru récemment <...>. » (Knygnešys, 1995) « Le contenu de la rédaction des Slaves orientaux a lui-même subi l’effet d’une dé-concrétisation partielle des détails historiques. » (Darius Baronas, 2000)
dématérialiser
matérialiser se matérialiser se dématérialiser incarner dématérialiser (se)
« Des objets banals, des jeans, aplatis, comme dématérialisés, et l’effet décoratif s’en trouve ainsi renforcé. » (Kauno diena, 2002) « Quel que soit le rapport individuel du créateur à la religion, la création est aussi influencée par la foi d’autrui, par un imaginaire religieux matérialisé. » (Viktorija Daujotytė, 2003) « Ainsi, à la fin d’un cycle de matérialisation-dématérialisation du principe divin, un nouveau cycle devra commencer. » (Mindaugas Tomonis, 1995) «<...> Après avoir ajouté une perception fondée sur l’empirisme sensoriel ou social et l’avoir détruite, nous obtenons un résultat qui ne peut être verbalisé, et encore moins incarné. » (7 meno dienos, 2007-07-06) «<...> Dans le monde, tout devient de plus en plus virtuel et se dématérialise, ce qui donne naissance à des communautés virtuelles entièrement nouvelles et non hiérarchisées <...>. » (Atgimimas, 2007-01-19) « L’utilisation de telles technologies dématérialise en quelque sorte la maison. » (Kauno diena, 1995)
Terminologija | 2016 | 23
135
Page 17Nu– + –initi
Plg.
Exemples
déréaliser
surréaliser déréaliser
«<...> Dans tous ces cas, la situation érotique est déréralisée, et il importe dès lors moins que l’ami soit Elle ou Lui, puisque c’est le lien spirituel qui est mis en avant. » (Saulius Žukas, 1995) « Un instant d’incertitude qui surréalise le monde. » (Vytautas Rubavičius, 1997) « La réalité des rêves est transformée, déréalisée; on peut la qualifier de poétique. » (Laima, 1997)
désacraliser
sacraliser désacraliser
« Aujourd’hui, en Lituanie, se dessine une tendance à la désacralisation du sacerdoce. » (Dienovidis, 1996) « La poésie rend le monde noble, le sacralise. » (Švyturys, 1996) « La télévision désacralise le processus politique et ses acteurs <...>. » (Žygintas Pečiulis, 2007)
À côté des dérivés à racine non lituanienne apparaissent aussi des dérivés analogues à racine lituanienne, par exemple, au couple nusakralinti – susakralinti (cf. desakralizuoti, sakralizuoti) s’ajoute le couple nušventinti – sušventinti (a). De même, à côté de moralizuoti – demoralizuoti apparaît sudorinti – nudorinti (b), tandis qu’à côté de sensibilizuoti – desensibilizuoti on commence à employer sujautrinti, įjautrinti – nujautrinti (c), par ex.:
a) « Nous voyons comment, dans la philosophie de Thomas d’Aquin, s’opère une désacralisation du monde encore dissimulée, mais clairement pressentie, sa déconsécration et sa dédivinisation, devenues à l’époque moderne la norme fondamentale des rapports de l’homme au monde » (Arvydas Šliogeris, 1996); «<...> je considère la sacralisation du nom de la Lituanie comme un facteur d’une importance exceptionnelle pour préserver et renforcer l’identité lituanienne dans les conditions de l’occupation soviétique <...> » (lrytas.lt 2016-04-13);
b) «<...> une telle école, dont Dieu a été chassé, n’est pas neutre: elle diffuse l’athéisme et démoralise les jeunes » (Soter, 2000); « Le cosmopolitisme est une tentative de moraliser l’égoïsme, une tentative de rendre moral ce qui est immoral en l’idéologisant » (Kultūros barai, 1997); « La négation des principes moraux tue la créativité et exerce une influence démoralisante sur toute la nation » (Juozas Keliuotis, 1997);
c) «<...> il faut consulter un spécialiste des maladies du pied ou un dermatologue qui, après avoir anesthésié la zone, retirera le coin d’ongle incarné » (Cosmopolitan, 2004); «<...> il ne faut pas oublier les allergènes antérieurs: il faut les éviter toute sa vie, car la probabilité d’une désensibilisation spontanée est très faible » (Caritas, 1996); « Lorsqu’ils pénètrent pour la première fois dans l’organisme, les allergènes ne provoquent pas encore la maladie, mais sensibilisent l’organisme, c’est-à-dire déclenchent la production d’anticorps » (Sveikata, 1995);
136
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: tekyba ir vartosena
Page 18«<...> la formation de l’image corporelle est une conséquence de la sensibilisation des champs sensoriels; ceux-ci sont sensibilisés par les ondes acoustiques émises pendant la phonation » (Psichologija, 2002).
Selon le même modèle, on forme également des dérivés à base nominale, par exemple numitinti – sumitinti (cf. demitologizuoti, mitologizuoti):
« L’historiographie apparaît comme un outil de démystification du mythe et de dévoilement de l’invention poétique, en la séparant de la réalité » (Arūnas Sverdiolas, 1996);
«<...> L’histoire de la Lituanie est mythifiée et excessivement romantisée; dans le subconscient de nombreux Lituaniens demeure un complexe de puissance impériale » (Filosofija ir sociologija, 1997);
« Le processus de démythification des événements historiques entraîne une approche plus rationnelle de l’histoire <...> » (Valentinas Brandišauskas, 1995).
Il est intéressant de noter que, dans le même but, on crée aussi les formes sumitologinti, numitologinti, išmitologinti:
« Émilija Pliaterytė, qui n’est pas issue de cette branche des Pliateriai mais d’une autre, peut-être quelque peu mythifiée, est connue comme participante à l’insurrection de 1831, donc comme actrice politique » (Meilė Lukšienė, 2000);
<...> il croyait sincèrement que le Nouveau Testament était rempli d’images mythologiques et devait donc être démythologisé » (Česlovas Kavaliauskas, 1998);
« C’est pourquoi le pathos négateur de la littérature contemporaine est en partie déterminé par les efforts visant à démystifier la vie sociale <...> » (Vytautas Rubavičius, 1997).
Il n’est parfois pas tout à fait clair si les dérivés nu- + -inti (-inimas) à racine non lituanienne sont d’origine nominale ou adjectivale, car le radical est désintégré dans le dérivé11. Par exemple, le néologisme forgé nuerotinti peut, au fil des étapes de dérivation, être rattaché aussi bien à erotika qu’à erotinis, erotiškas (« supprimer les caractéristiques de l’érotisme », « faire en sorte que ce ne soit pas érotique »); nukomunistinti peut avoir des liens dérivationnels avec komunistas, komunizmas, komunistinis, komunistiškas (pour d’autres exemples et micro-systèmes, voir le tableau 3). Même lorsqu’il existe des liens dérivationnels avec des noms, on observe ici néanmoins le sens de suppression d’une propriété, cette propriété étant simplement issue du nom et associée à celui-ci. On observe également que deerotizuoti, dekomunizuoti fonctionnent parallèlement. L’apparition de toutes les analogies mentionnées en de- et en nu- montre que, du fait de la formation de paires oppositionnelles de mots non lituaniens (avec de- et sans ce préfixe), le système des préfixes du lituanien subit également une pression pour former des paires analogues, ce qui se réalise parfois dans l’opposition nu- / su-.
11 Dėl dezintegracijos žr. Urbutis 1978: 125–128, 198–208.
Terminologija | 2016 | 23
137
Page 19Tableau 3. Dérivés nominaux ou adjectivaux à radical non lituanien exprimant la suppression d’une propriété
Nu− + −inti
Cf.
Exemples
déroter
éroter, érotiser
« Le droit imaginé et revendiqué par l’intellectuel de déroter la nation signifie sa tentative de souligner à nouveau l’importance de son rôle de gardien de la chasteté de la nation. » (Kultūros barai, 1997) « <...> mon héroïne dans “Dawson’s Creek” était sexuelle, érotisée... » (lrytas.lt 2012-01-20) « <...> une tendance manifeste à désexualiser la relation entre Aschenbach et Tadzio, en recourant à des retours dans le passé <...>. » (7 meno dienos, 2005-03-04)
décommuniser
communiser, décommuniser
« D’autant plus que, probablement, ce n’est ici qu’un épisode du vaste problème de la décommunisation de la société lituanienne, et qu’il faudrait traiter ces questions de manière globale. » (LRS, 1991) « Il s’ensuit que l’opération secrète de liquidation était préparée uniquement par les plus hauts fonctionnaires du département de la sécurité communisé. » (Lietuvos aidas, 1997) « Nous pouvons devenir le premier pays en voie de décommunisation <...>. » (Vytautas Landsbergis, 2000)
dépolitiser
politiser, politiser, dépolitiser, dépolitiser
« <...> La longue durée du régime de type vožd a eu le temps de dépolitiser une partie de la société, de la détourner de l’intérêt pour les affaires de l’État <...> » (Filosofija ir sociologija, 1995) « L’interprétation sociologique de la littérature par Korsakas, alors particulièrement politisée et idéologisée, était tout à fait étrangère à Mykolaitis. » (Meilė Lukšienė, 2000) « Même les mouvements régionaux et subethniques, comme, par exemple, les tentatives de politiser le mouvement samogitien, peuvent être interprétés comme porteurs d’intérêts provinciaux. » (bernardinai.lt 2008-04-17) « <...> la construction d’une identité européenne s’accompagne inévitablement de la dépolitisation et de la déconstruction subtiles des peuples d’Europe. » (lrytas.lt 2016-01-19) « Sous couvert de dépolitiser l’école, on entrave l’éducation patriotique des jeunes. » (Zigmas Zinkevičius, 1999)
138
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 20Nu- + -ifier
Comparer.
Exemples
déreligioniser
religioniser, perdre sa religiosité, déréligioniser
« La technique occupe la place de Dieu dans la conscience de nombreux hommes modernes. Mais la religion elle-même n’a pas échappé à une interprétation désacralisante, qui la déreligionise. » (Philosophie et sociologie, 1996) « Ce n’est pas sans raison que les systèmes philosophiques de l’Inde, issus d’une longue tradition mythologique, sont si rapidement imprégnés de religion, se fondent dans les anciens courants de croyance ou donnent naissance à de nouveaux courants. » (Romualdas Ozolas, 1997) « Le sécularisme n’est pas, à son tour, un processus linéaire de perte de religiosité, mais un processus contradictoire qui, comme on le voit de plus en plus clairement, traverse une crise et épuise ses possibilités. » (Philosophie et sociologie, 1996) « Nous vivons une époque où la société paie cher la déréligionisation antérieure, la perte du sacré et le rejet de la foi. » (Sigitas Geda, 1999)
déromantiser
romantiser, déromantiser
« L’époque postmoderniste se caractérise par la déromantisation de la personnalité pathologique, mais aussi par la libération et la réalisation, dans l’art, de toutes les capacités humaines — destructrices et créatrices, bonnes et mauvaises. » (École, 1996) « <...> V. Mykolaitis-Putinas est nettement plus critique à l’égard de la romantisation généralisée de la littérature lituanienne. » (Lituanistica, 2003) « On a pris la voie de la déromantisation, voire de la désacralisation de l’amour et de son détrônement. » (Dienovidis, 1995)
L’examen des sources DLKT et lrytas.lt montre que l’usage actuel présente une diversité relativement importante de dérivés d’origine nominale nu- + -inti (-inimas) exprimant l’élimination d’une qualité ou d’un autre élément immatériel et abstrait. Certains sont employés assez largement (les données de fréquence seront présentées plus loin), d’autres très rarement. Ils sont généralement formés les uns sur le modèle des autres, parfois en développant de véritables microsystèmes. Ainsi, nous avons le microsystème de mots désormais courant et codifié dans le DLKŽ: valeur, évaluer, apprécier, dévaluer, perdre de la valeur, dévaluer (comme indiqué précédemment, nuvertėti ne figure pas dans le DLKŽ, mais ce mot est indispensable dans ce système (il figure dans le LKŽe)). Il est probable que, par analogie avec ce système, ait été créé un microsystème similaire d’usage très restreint: signification, signifier, donner une signification, accorder une importance excessive, retirer sa signification, priver de signification, perdre sa signification, dé-sémantiser, par exemple:
Terminologija | 2016 | 23
139
Page 21« Chaque figure de composition, en témoignant de la maîtrise du locuteur, renforce et signifie davantage l’information <...> » (Regina Koženiauskienė, 2001);
« Lorsque la tristesse et le désespoir sont culturellement dotés de sens, ils ne deviennent plus une maladie, une dépression » (Vytautas Kavolis, 1996);
« Car, en accordant une importance excessive au seul cosmos sensible, les sophistes ont conjointement minimisé le cosmos intelligible mis en lumière par la philosophie antérieure, mais pas encore distingué du cosmos sensible et, par conséquent, problématisé <...> » (Problemos, 2003);
« <...> si nous en croyons les réflexions exposées plus haut sur le rapport entre expression et signification, en exprimant, nous minimisons plutôt que nous ne mettons en valeur ou ne dotons de sens » (Darbai ir dienos, 1999);
« <...> cette expression est le plus souvent méprisante. Or, dans le poème, la création d’une telle mythologie conduit à un simple énoncé de vérité et à la “mise en signification” des sens et des significations poétiques » (bernardinai.lt 2007-05-16);
« <...> en raison de cette circonstance, le versant émotionnel de la religion peut parfois être excessivement minimisé » (Gintaras Beresnevičius, 1997);
« Ainsi, la colline est elle aussi désémantisée, privée de sa signification d’objet mythique et sacré » (Giedrius Viliūnas, 2001).
Bien qu’ils diffèrent quelque peu du point de vue de la dérivation (entre vertė et vertinti, on pourrait discerner une motivation dérivationnelle réciproque, tandis que reikšmė est clairement le mot de base du verbe reikšminti, puisque le suffixe -m- est repris), vertė et reikšmė sont des mots du même champ sémantique. À cette série s’ajoutent également prasmė, prasminti, įprasminti, nuprasminti, išprasminti (a), ainsi que esmė, es्मinti¹², įesminti, suesminti, nuesminti, išesminti, nuesmėti (b), par exemple:
a)
« <...> elle incarnait assidûment sa vision; sans aucun doute, il avait trouvé un petit morceau de rêve: une particule de sommeil qui “donna sens” à son existence » (Viktoras Katilius, 1996);
« Dans ce cas, l’opposition entre “autrefois” et “aujourd’hui” apparaît clairement: autrefois, l’esthétique donnait un sens à la réalité; aujourd’hui, elle le lui retire » (Literatūra, 2003);
« Voilà pourquoi il faudrait considérer la foi comme le contraire du fait de donner un sens; voilà pourquoi la foi est une déflagration qui fait perdre le sens » (Arvydas Šliogeris, 1999);
b)
« Plus importantes encore pour eux sont la création de pensées et de concepts, ainsi que l’expression de leurs aspirations dans la vie: se créer [soi-même] par leur intermédiaire, se donner une essence, autrement dit, créer une volonté » (Vydūnas 2013: 23–24);
« <...> l’éloigne “de l’aristotélisme-thomisme, ces philosophies de l’« essence » par excellence, mais aussi du platonisme, qui, en postulant un royaume des idées au-delà, a vidé le monde de son essence en transférant les essences des choses hors d’elles” » (Respectus Philologicus, 2001);
« Et la tâche la plus importante qui nous incombe, à nous les êtres humains, est de donner une essence à l’être » (Peteris Wustas, 2000);
« <...> chaque vision et non-vision, chaque action et non-action, chaque attribution et retrait d’essence, chaque création et destruc-
12 Le verbe esminti ne figure pas dans le DLKT, mais un exemple de Vydūnas a été trouvé.
140
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teik(yba ir vartosena
Page 22… a lieu ici, sur la crête de la colline, entre le sensible et le suprasensible » (Arvydas Šliogeris, 1999);
« Ainsi envisagé, le culte est un facteur de vie d’une importance exceptionnelle, permettant à l’homme d’éviter la perte de sens et l’aplatissement <...> » (Vincas Vyčinas, 2001).
Les mots présentés se rencontrent principalement dans des textes de philosophie, de critique littéraire, etc. Les dérivés reikšminti, pras m i n t i, esminti sont plus souvent employés avec des préfixes. Dans l’ensemble, on a l’impression que les formes sans préfixe de ces néologismes sont parfois créées plus tard que les formes préfixées. On observe une opposition entre action active et action spontanée (nuvertinti – nuvertėti, nureikšminti – nureikšmėti, nuesminti – nuesmėti; seul nuprasmėti n’a pas été trouvé à côté de nuprasminti). On observe également une opposition entre l’attribution d’une qualité ou d’un contenu et leur suppression. Cette dernière opposition s’obtient en opposant les dérivés portant les préfixes su-, į- à ceux qui portent les préfixes nu-, iš- (sureikšminti, įreikšminti – nureikšminti, išreikšminti; įprasminti – nuprasminti, išprasminti; suesminti, įesminti – nuesminti, išesminti). Bien que l’on puisse s’attendre à des oppositions su- – nu- et į- – iš-, les exemples montrent que les paires sont mêlées; ainsi, l’opposition bien connue įvertinti – nuvertinti (« <...> nous avons tendance à douter de nous-mêmes, à nous sous-estimer davantage qu’à nous évaluer » (bernardinai.lt 2008-01-13); « Dans une œuvre de fiction, il y a réévaluation, sous-évaluation et évaluation » (Literatūra, 2003)). Dans le LKŽe, le verbe išvertinti est donné comme synonyme de įvertinti, au sens de « reconnaître la valeur de quelqu’un, apprécier, respecter », mais išvertinti n’a pas été trouvé dans les sources examinées. Dans l’usage actuel, on trouve des oppositions courantes avec des préfixes différents, par exemple (mots tirés du DLKŽ₆ 2006): sumontuoti – išmontuoti, sutuokti – ištuokti, įregistruoti – išregistruoti, įjungti – išjungti; on peut également mentionner sutautinti – nutautinti. Les préfixes servent aussi à marquer l’opposition entre des verbes ayant des racines différentes, par exemple: sutankinti – išretinti, sutaupyti – išėikvoti, įmirkyti – išdžiovinti, sujaudinti – nuraminti. Des oppositions entre néologismes verbaux dérivés de noms ont été codifiées: įelektrinti « donner une charge électrique » – išelektrinti « supprimer la charge électrique d’un corps », įmagnetinti « conférer des propriétés magnétiques » – išmagnetinti « supprimer les propriétés magnétiques d’un corps » (DLKŽ₆ 2006). Comme les oppositions su-, į- – iš- sont nombreuses dans la langue, on a apparemment considéré que la forme iš- + -inti était plus lituanienne que nu- + -inti; c’est pourquoi le verbe précédemment recommandé nubuožinti dans le DLKŽ₃ 1993 a été remplacé par išbuožinti13, bien que, pour exprimer la valeur de suppression…
13 Ce changement a peut-être aussi été favorisé par le fait que l’équivalent russe n’est pas formé avec le préfixe de valeur privative обез- (обес-), mais avec le préfixe раз- (рас-), qui exprime l’annulation du résultat d’une action antérieure, c’est-à-dire раскулачить. Comparer aussi išmagnetinimas – размагничивание, išsandarinimas – разгерметизация (RTŽ 2000).
Terminologija | 2016 | 23
141
Page 23Les dérivés en nu- + -inti étaient parfois corrigés, de même que les néologismes en iš- + -inti; ainsi, au lieu de išsovietinti, on proposait de préférer desovietizuoti (Rudaitienė 1993: 13), au lieu de išpolitinti – depolitizuoti (KK 2003: 84). Cette dernière proposition était justifiée par l’absence de supolitinti, bien qu’en réalité ce mot soit déjà apparu dans l’usage; au besoin, on crée aussi įpolitinti (voir le tableau 3). Au demeurant, le préfixe iš- + -inti n’est généralement pas employé au sens de « retirer une matière », mais l’ATTŽ 2001 relevait išvarnalėšinimas, « élimination des impuretés végétales de la laine » (обезпенивание), et išvarnalėšinimo mašina, « machine destinée à éliminer mécaniquement les impuretés végétales de la laine » (обезпенивающая машина). Il est évident que nuvarnalėšinimas a ainsi été corrigé. J. Klimavičius disait que nuvarnalėšinimo mašina avait une sonorité anecdotique, mais ne proposait pas de terme de remplacement (Klimavičius 1974: 19). Le changement de préfixe dans le dictionnaire paraît quelque peu étrange. Il aurait sans doute fallu chercher d’autres solutions (les définitions ne l’indiquent pas clairement, mais il aurait peut-être été possible d’employer simplement varnalėšų šalinimas, varnalėšų šalinimo mašina). Cf. обезпенивание – varnalėšų šalinimas (RLKPŽ 1984). Le terme išmiškinimas, employé occasionnellement, paraît lui aussi quelque peu étrange, par exemple: « Il ne s’agit pas d’un a b a t t a g e d e l a f o r ê t, ni d’une destruction de la forêt, mais d’un éclaircissage localisé, limité et responsable <...> » (lrytas.lt 2016-04-24).
Comme on l’a déjà mentionné, lors de la préparation du DLKŽ3 1993, de nombreux dérivés en nu- + -inti exprimant l’élimination ont été écartés, mais nuasmeninti a été conservé. Il est probable que l’argument en faveur du maintien de ce mot dans le dictionnaire était qu’il était accompagné de suasmeninti, įasmeninti; a pu s’y ajouter l’argument selon lequel « nous n’avons pas de quoi remplacer une telle formation » (Paulauskienė 2001: 95), ainsi que la tradition d’usage14. Certes, certains enseignants de langue de spécialité corrigent aussi nuasmeninti selon le modèle de correction de dérivés analogues et proposent d’employer l’expression rendre impersonnel (Kazlauskienė ir kt. 2010: 62; Bielinskienė ir kt. 2014: 187), mais il est peu probable que cela puisse influer sur l’usage de ce mot, recommandé depuis longtemps, d’autant qu’il est assez largement employé (voir le tableau 5) et figure dans des dictionnaires terminologiques (par exemple, nuasmeninimas SŽ 1993, nuasmenintasis programavimas ITŽ 1997). Une autre tendance est plus manifeste: si l’on autorise l’emploi de nuasmeninti, les usagers n’hésitent pas non plus à employer nužmoginti, d’autant que ces mots apparaissent souvent dans des contextes semblables ou juste à côté l’un de l’autre (par exemple,
14Le mot était déjà employé à l’époque de la première indépendance, par exemple: « Le capitalisme, en cherchant le profit par tous les moyens, a dépersonnalisé le travail, dépersonnalisé l’homme et, par là même, dépersonnalisé la vie » (Naujoji Romuva, 1937, Nr. 29–30), « <...> la création du peuple repose sur le rassemblement conscient de fortes personnalités, et non sur une foule contrainte de personnes dépersonnalisées » (XX amžius, 1939-03-31).
1 4 2
Alvydas Umbrasas | Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 24« Je pense avec horreur aux établissements collectifs fermés. Ils déshumanisent, dépersonnalisent » (Tėviškės žinios, 1996)). Les microsystèmes de mots appartenant au même champ sémantique (qui ont aussi des équivalents internationaux depersonalizuoti, dehumanizuoti) se développent de façon très semblable: nuasmeninti, suasmeninti, įasmeninti, suasmenėti, nuasmenėti et cf. nužmoginti, sužmoginti, įžmoginti, išžmoginti, nužmogėti (voir le tableau 4 pour des exemples d’usage relevés). Certains de ces mots sont également consignés dans LKŽe. L’article mentionnait que nužmoginti avait été corrigé par des linguistes, mais certains ouvrages de conseils linguistiques indiquent que nužmogėti15 n’est pas à proscrire (KK 2003: 137), et le rapprochent de nutausti, nutautėti. S’il est possible de nužmogėti, alors il est également possible de nužmoginti. La Banque de consultations linguistiques de la Commission d’État de la langue lituanienne indique dès à présent que les deux mots sont possibles, en s’appuyant sur le Bendrinės lietuvių kalbos žodynas (BLKŽ), mais la lettre N n’a pas encore été publiée dans ce dictionnaire; ces mots figurent seulement dans la nomenclature, qui sera encore révisée. La nomenclature du BLKŽ comprend également les mots associés aux personnes nukatalikinti, nukrikščioninti (tous deux figurent dans LKŽe). Bien que l’usage ne soit pas abondant, il montre que des séries de mots se forment au besoin: nukrikščioninti, sukrikščioninti, įkrikščioninti, sukrikščionėti, nukrikščionėti. LKŽe consigne nukatalikėti, sukatalikėti, mais les sources étudiées ne livrent que nukatalikinti, sukatalikinti (voir le tableau 4). De manière analogue, l’usage produit parfois d’autres néologismes exprimant l’opposition entre action causative et changement spontané, par exemple: nubažnytinti – nubažnytėti, nudvasinti – nudvasėti, nupilietinti – nupilietėti, nuvalstybinti – nuvalstybėti. DLKŽ6 2006 consigne sukultūrinti – sukultūrėti; l’usage atteste aussi nukultūrinti – nukultūrėti, ainsi que įkultūrinti, iškultūrinti. L’opposition entre action causative et changement spontané se manifeste parfois aussi bien dans les dérivés avec les préfixes su– que dans ceux avec les préfixes nu–; toutefois, lorsque le préfixe choisi pour exprimer la suppression est iš–, il n’existe généralement pas de forme parallèle exprimant le changement spontané. Ainsi, išvalstybinti est assez fréquent, mais on ne relève pas išvalstybėti. On a toutefois trouvé quelques occurrences de iškultūrinti – iškultūrėti. LKŽe consigne ištautinti – ištautėti, ištausti, mais dans l’usage, ištautinti n’a été relevé qu’une ou deux fois; la forme courante est nutautinti. D’ailleurs, l’opposition nutautinti – nutautėti favorise aussi l’apparition de nulietuvinti – nulietuvėti (on trouvera également au tableau 4 des exemples de ces mots et d’autres mots similaires).
15 Puisque, au lieu de nužmoginti, le mot international dehumanizuoti était proposé, il y eut des suggestions d’employer degraduoti au lieu de nužmogėti (Balčienė 1979: 15).
Terminologija | 2016 | 23
143
Page 25Tableau 4. Dérivés exprimant la suppression d’une propriété ou d’un autre élément immatériel
Nu– + –inti
Cf.
Exemples
nuasmeninti
suasmeninti įasmeninti suasmenėti nuasmenėti depersonalizuoti
« Dans un poème de Mieželaitis résonne le regret d’avoir rencontré de tels auteurs dépersonnalisés, anonymes, non identifiables, portant seulement, en quelque sorte, un nom de code, etc. <...>. » (Literatūra, 2001) « <...> Internet a permis de créer des produits personnalisés et d’envoyer à chaque utilisateur des messages personnalisés. » (Arvydas Bakanauskas, Vytautas Liesionis, 2008) « <...> Des choses abstraites, intangibles — en l’occurrence, l’esprit de la nation — sont personnifiées, incarnées dans l’histoire de la vie d’une personne concrète, celle d’un porteur de livres, autrement dit. » (Nemunas, 2004) « Et ici, l’essentiel, selon le philosophe, n’est pas de se dépersonnaliser (ce qui est particulièrement facile lorsqu’on est pris dans la foule), mais de s’affirmer comme personne. » (Dienovidis, 1996) « <...> Dans le premier cas, nous avons une sorte de personnalisation de la source morale, tandis que dans le second, diverses normes et divers stéréotypes de comportement sont dépersonnalisés, objectivés. » (Problemos, 1995)
nubažnytinti
subažnytinti įbažnytinti nubažnytėti
« De l’époque de la Réforme jusqu’à la première moitié du XIXe siècle, cette « déconfessionnalisation » de l’Église visible était répandue dans toute l’Europe. » (Darbai ir dienos, 2003) « Un trait caractéristique de cette période apparaît: l’intégration de l’institution du mariage à l’Église. L’Église a commencé à réglementer les mariages <...>. » (Soter, 2003) « Dès le baptême du roi Mindaugas, de manière limitée, puis avec le baptême collectif des Lituaniens, de manière générale, la langue lituanienne a été intégrée à l’Église. » (Terminologija, 2003) « La désaffection de l’Église et l’éloignement de la foi sont dus en grande partie non à la sécularisation, mais plutôt à l’Église elle-même, incapable de s’adapter à la nouvelle société. » (Naujasis židinys, 1996)
nubuožinti
subuožinti išbuožinti
« Nous ne savions vraiment pas grand-chose des actes de Staline. L’information qui nous parvenait: la dékoulakisation des koulaks. C’est tout. » (Galina Dauguvietytė, 2002) « Notre famille a été intégrée à la classe des koulaks; le pouvoir lui a imposé des obligations insupportables. » (Stasė Kiselienė, 2002) « Il semblait que les sombres souvenirs de la dékoulakisation, des déportations, de la collectivisation et du travail désespérant dans les kolkhozes nous accompagneraient toute notre vie. » (Dienovidis, 1996)
144
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 26Nu- + -inti
Cf.
Exemples
débourgeoiser
se prolétariser
« Entre le caractère bourgeois et la religiosité se trouve une contradiction profonde et fondamentale. On ne peut pas rendre la bourgeoisie religieuse: on peut la débourgeoiser. » (Alfonsas Eidintas, 2001) « Les élections, c’est une chose, mais la classe ouvrière qui s’est embourgeoisée n’est-elle pas simplement la relève de la nouvelle bourgeoisie, toute graisseuse? » (Gintaras Beresnevičius, 2003)
désacraliser
diviniser, déifier
« La pensée séculière de la Renaissance s’efforçait de désacraliser l’espace historique <...>. » (Baltos lankos, 1995) « Dieu devient homme pour nous diviniser; il s’anéantit lui-même afin de nous enrichir <...>. » (Algimantas Kajackas, 1997) « <...> s’accomplit la signification du processus du Devenir par le Sens du Très-Haut, la déification (théolisation). » (Mindaugas Tomonis, 1995)
désubstantialiser
spiritualiser, déspiritualiser, perdre sa spiritualité
« En préservant un être humain standardisé, déspiritualisé, “déshumanisé”, nous ne gagnerons pas grand-chose. » (Albertas Zalatorius, 1997) « Une déspiritualisation et une matérialisation intensives de la vie sont en cours. » (Arvydas Šliogeris, 1996) « Dans notre processus de création, la nature comme la nature humaine sont spiritualisées grâce à l’idée humaine. » (Kęstutis Pukelis, 1995) « Ainsi, les relations entre le monde matériel et l’être humain sont spiritualisées. Hélas, de nos jours, elles évoluent vers la déspiritualisation <...>. » (bernardinai.lt 2006-01-01) « <...> l’écrivain dévoile avec force la perte de spiritualité de l’être humain, sa dépersonnalisation et son conformisme. » (Literatūra, 2003)
décatholiciser
catholiciser
« Seule la forte unité de tous les catholiques dans ce domaine peut repousser les tentatives des ennemis des catholiques, alors particulièrement agressifs, de décatholiciser la Lituanie. » (Alfonsas Eidintas, 1995) « La catholicisation de la Lituanie au sein de l’État a modifié le rapport entre les confessions: désormais, la confession lituanienne influençait les Russes, et non l’inverse, comme auparavant. » (Edvardas Gudavičius, 1999)
déchristianiser
christianiser, intégrer au christianisme, se christianiser, se déchristianiser, déchristianiser
« Les responsables catholiques ont affirmé à plusieurs reprises que leurs ecclésiastiques, en Russie, s’efforcent avant tout de servir les catholiques ou de travailler parmi les personnes d’origine catholique, déchristianisées par la longue dictature communiste. » (XXI amžius, 2002) « Le baptême de la Samogitie fut célébré non pas comme l’achèvement du baptême de la Lituanie, mais comme celui des derniers restes non christianisés-
Terminologija | 2016 | 23
145
Page 27Dé– + –iser
Plg.
Exemples
čionintos srities sukrikščioninimo aktas.“ (Edvardas Gudavičius, 1999)
« Du point de vue théologique et liturgique, il existe trois sacrements d’initiation chrétienne: le baptême, la confirmation et l’Eucharistie. » (Soter, 2003)
« <...> l’histoire de notre héros a commencé il y a une quinzaine d’années, lorsque le dernier bastion des païens européns christianisés, une communauté nationale, n’avait pas encore été pris. » (Arvydas Juozaitis, 2003)
« Bien que nous vivions dans un monde postchrétien, la déchristianisation de la société contemporaine nous oblige à nous tourner vers l’ère préchrétienne et à approfondir la manière dont les apôtres l’ont évangélisée. » (bernardinai.lt 2008-06-29)
« Aujourd’hui, il faut non seulement semer la foi dans les cultures, mais aussi redonner vie à un monde déchristianisé, dont les relations avec le christianisme ne sont souvent plus que de nature culturelle. » (Conseil pontifical de la culture, 2000)
déculturer
culturaliser, intégrer à la culture, déculturaliser, perdre sa culture, se culturaliser, perdre sa culture, déculturaliser
« Comment remplacer la « déculturalisation » constante des campagnes, alors que, faute de fonds suffisants, on ferme des bibliothèques ou de petites écoles? » (Rimantas Laužackas et al., 2004)
« Cela signifie-t-il que ce n’est pas la nature qui est culturalisée, mais la culture qui est naturalisée? » (bernardinai.lt 2008-12-13)
« L’inculturation de la religion et l’évangélisation de la culture ne sont pas deux réalités de même niveau. » (Soter, 2001)
« Très souvent, nous ne nous soucions pas de la culture, nous déculturalisons beaucoup de choses, et nous déculturalisons même la politique. » (lrytas.lt 2011-06-07)
« En effet, de nombreux jeunes qui fréquentent des établissements éducatifs de divers pays, malgré la bonne volonté et la compétence de leurs enseignants, peuvent souvent être parfaitement instruits, mais partiellement déculturés. » (Conseil pontifical de la culture, 2000)
« Nous n’avons pas d’autre choix que de nous engager dans la course, la concurrence et la recherche de nouvelles voies, afin d’accroître encore davantage le degré de culture de la société. » (Naujosios tėviškės žinios, 2003)
« L’auteure répond par l’affirmative, quoique sans grande assurance, à la question de savoir si nous croyons au pouvoir de la culture, seule capable d’aider à remonter la pente du déclin culturel de la nation. » (lrytas.lt 2011-06-02)
146
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 28Dé- + -iser
Cf.
Exemples
«<...> Une telle subjectivité cultivée est soudain arrachée au milieu existentiel qui lui est familier et qui lui convient, puis jetée dans un monde antihumain, déculturé, fondé sur l’instinct primitif <...>. » (Šiaurės Atėnai, 1996)
dé-lituaniser
lituaniser, se lituaniser, perdre son caractère lituanien
«<...> Les luthériens ont porté en Lituanie un flambeau d’argent à travers les ténèbres de la dé-lituanisation. » (Švyturys, 1995) « La réforme agraire dans les villages a fortement réduit l’influence des étrangers sur la région, tandis qu’aucune loi n’a été adoptée pour la lituaniser à la manière de Kaunas. » (Juozas Keliuotis, 2004) «<...> Les Kursenieki se sont tôt mêlés aux paysans lituaniens et se sont lituanisés, puis beaucoup d’entre eux se sont germanisés. » (Darbai ir dienos, 1999) « L’origine des Tuteišiai et leur rôle dans la dé-lituanisation de la région de Vilnius demeurent mystérieux; les linguistes en débattent encore. » (lrytas.lt 2011-07-09)
dé-citoyenniser
faire accéder à la citoyenneté, perdre sa citoyenneté
« Enfin, il faut comprendre que la dépolitisation de la société conduit à la dé-citoyennisation, au dépérissement de la démocratie et de l’État lui-même. » (Dienovidis, 1995) «<...> Le Noir naturalisé Kraigas Robinsonas (204 cm) s’est révélé être un combattant vraiment courageux pour le ballon au rebond (15 rebonds). » (Lietuvos aidas, 1997) « Le premier “enregistrement” symbolique est le baptême, l’attribution d’un nom, par lequel le jeune individu est personnifié et intégré à la citoyenneté, inscrit dans l’espace culturel et confessionnel de la nation. » (lrytas.lt 2011-05-06) «<...> Dans les États postsocialistes, le syndrome de la dénationalisation, de la désocialisation et, finalement, de la perte de citoyenneté se manifeste de plus en plus. » (Istorijos studijos, 2003)
rendre fou
conditionner, devenir fou, perdre la raison
«<...> Une telle information visuelle hypnotise aussi bien le spectateur et, semble-t-il, l’auteur, et rend insidieusement l’observateur fou. » (Dienovidis, 1997) « Non, elle n’est pas folle — je sais reconnaître les fous —, elle a seulement perdu la raison. » (Lietuvos rytas, 2001) « L’essoufflement de la morale, la fausse couche de la culture, la perte de raison de l’homme... » (Petras Dirgėla, 2004) « L’espace culturel et la manière dont on en dispose civilisent le barbarisme et l’habituent à la culture — il devient exigeant envers lui-même et sélectif dans le choix des objets <...>. » (Respectus Philologicus, 2000).
Terminologija | 2016 | 23
147
Page 29Nu- + -inti
Plg.
Exemples
dépersonnaliser
personnaliser
« Le créateur d’épitaphe a l’impression qu’il doit se dépersonnaliser un peu, dire davantage sur cet autre — les choses essentielles, voire connues, les associations faciles à évoquer. » (bernardinai.lt 2005) « Je peux croire non pas en Dieu en général, mais seulement en un Dieu incarné et personnalisé. » (Arvydas Šliogeris, 1996) « La conscience de la finitude est la même chose que l’individualisation et la personnalisation. » (Arvydas Šliogeris, 1996)
désanimer
animer, s’animer
« L’empirisme devient le point de départ initial à partir duquel le positivisme entreprend la déspiritualisation, la mécanisation et la divinisation de la vie humaine. » (Švyturys, 1994) « Si chaque mode du monde corporel correspond à un certain mode du côté psychique, alors il devrait en découler une spiritualisation de toute la nature. » (Johanas Štrauchas, 1995) « Il vaut mieux dire que, pour Thomas, l’homme est un corps animé, tandis que pour Descartes, il est une âme incarnée. » (Naujasis židinys, 1997)
dénationaliser
nationaliser, intégrer à la nation, dénationaliser, perdre son identité nationale
« La dénationalisation et l’intégration nationale se produisent simultanément, et cela suffit à prouver que, de nos jours, l’identité nationale n’est véritablement plus un besoin, mais qu’elle est devenue une nécessité. » (Šiaurės Atėnai, 1996) « La plupart des Lituaniens partis en Amérique du Sud à cause de la politique menée par le pouvoir ont rapidement perdu leur identité nationale. S. Magonis note: “Grâce à un tel système d’assimilation, la deuxième génération d’immigrés ne diffère presque plus des habitants nés dans ce pays.” » (Istorija, 2003) « Celui qui a faim a besoin de pain — pas d’art, l’aveugle a besoin de lumière — pas d’art, la jeunesse qui perd son identité nationale a besoin de sa nation — pas d’art. <...> Lorsque nous sommes sur la voie de la perte de notre identité nationale, ce n’est pas les grandes idées, mais le souci de survivre qui prime. » (Kauno diena, 1995) « La société lituanienne, soviétisée à tous égards pendant cinq décennies et durement éprouvée, est aujourd’hui européanisée — sécularisée, dénationalisée et dépossédée de son État <...>. » (lrytas.lt 2016-01-23)
dé-réaliser
réaliser, concrétiser, déréaliser
« <...> le monde devient un amas d’entités sensibles informes et déréalisées, et son trait distinctif devient l’absence radicale de fondement et de sens. » (lrytas.lt 2012-08-30)
148
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nupasminimo: teikyba ir vartosena
Page 30Dé- + -ifier
Cf.
Exemples
« Il révèle son origine et sa nature nomenklaturistes en tentant d’imposer politiquement et idéologiquement ces valeurs, c’est-à-dire qu’il cherche à réifier et à actualiser des modèles culturels issus du passé mais, hélas, morts <...>. » (Kultūros barai, 1997) « <...> le quotidien est la situation dans laquelle nous avons affaire à la réalité en soi et d’où seulement peuvent être actualisées toutes les autres situations? » (Soter, 2003) « L’état du présent est décrit comme déréalisation, simulacre, privé de référence au réel; on ne peut donc parler de vérité que comme d’une certaine construction, d’un rôle <...>. » (Filosofija ir sociologija, 2000)
dé-étatiser
étatiser, mettre sous contrôle de l’État, soustraire à l’État, se défaire de l’État
« <...> ni le marxisme ni son fondateur n’ont apporté de réponse positive à la question de l’industrie et des travailleurs, proposant seulement un programme exclusivement négatif d’expropriation et de dénationalisation, qui prévoyait uniquement la destruction de la société bourgeoise et de son système libéral et démocratique. » (Naujasis židinys, 1996) « En Lituanie, il n’est pas nécessaire pour l’instant de tout étatiser (on ne sait pas ce qui arrivera demain); au contraire, il faut soustraire l’éducation et la santé à l’État et réformer le système des retraites. » (Verslo žinios, 2008-11-24) « La langue lituanienne a été étatisée, véritablement introduite à l’école et à l’université, deux décennies difficiles plus tard. » (Terminologija, 2003) « La première étape de la privatisation des biens de l’État et des kolkhozes (dénationalisation), au moyen de chèques d’investissement, entre 1991 et 1993, a permis de créer une importante offre d’anciens biens collectifs <...> sur le marché secondaire <...>. » (Žemės ūkis, 1997) « Étant donné que l’État lui-même n’est qu’un “organe de domination de classe”, la désétatisation devrait d’abord être comprise comme le recul de toute autorité coercitive et oppressive et la socialisation de l’activité humaine <...>. » (lrytas.lt 2014-12-08)
déshuma-niser
humaniser, déshumaniser, devenir déshumanisé, déshumaniser
« <...> le Dieu des philosophes ressemble de moins en moins aux dieux mythologiques, jusqu’à se détacher enfin totalement de la religion et à devenir un être suprême impersonnel et déshumanisé <...>. » (Arvydas Šliogeris, 1996) « L’action pratique et la pensée n’ont de sens que parce que l’être humain entre en contact avec une réalité qui n’est pas absolument transparente et résiste à toute tentative de l’humaniser ou de la déshumaniser. » (Arvydas Šliogeris, 1996)
Terminologija | 2016 | 23
149
Page 31Nu− + −inti
Cf.
Exemples
« <...> la première étape de la déshumanisation en cours — la déconstruction mentionnée — n’est fondamentalement rien d’autre qu’un effort incessant pour détruire ou, du moins, déstabiliser l’image de l’être humain, qui constitue le noyau moral et intellectuel de son identité et son fondement. » (lrytas.lt 2012-09-10)
« Le fait que la société soit menacée par une dépersonnalisation toujours plus grande, par sa transformation en masse, autrement dit par sa déshumanisation, et qu’elle-même agisse de manière déshumanisante <...>. » (Jean-Paul II, 1994)
« <...> Le monde est devenu fou, le monde s’est approché d’une sorte de limite dangereuse, l’humanité se déshumanise ou quelqu’un achève de la « déshumaniser », car nous voyons une image comme à travers une sorte de lentille <...>. » (Lietuvos aidas, 1996)
« Dans l’art moderniste déshumanisé, il ne reste qu’un corps faux (artificiel, artefact) ou mort, exposé sur la surface d’un tableau brisé <...>. » (Menotyra, 2000)
Le désir d’exprimer des oppositions par la langue est sans doute l’une des principales raisons pour lesquelles apparaissent, avec le sens d’« éliminer », de nouveaux dérivés en nu- + -inti (–inimas). Ces mots sont nécessaires dans la presse, en particulier dans les textes réflexifs et philosophiques, qui accordent beaucoup d’attention à de nouveaux moyens d’exprimer la pensée et à la forme même des mots. Après tout, dans les textes ordinaires, nous ne parlons guère ni du fait de rendre essentiel, ni de celui de priver d’essence (par ex.: « Vytautas Rubavičius a-t-il raison d’appeler à rendre essentiel notre monde privé d’essence <...>? » (Vytautas Martinkus, 2003)); en général, nous parlons peu de l’être philosophique. Le rapprochement de néologismes dans une même phrase met encore davantage en évidence leur contenu et leurs fonctions stylistiques, et aide à produire un effet de surprise, par ex.: « La disparition d’une forme de l’être est liée à l’apparition d’une autre forme de l’être; la déformation est en même temps formation, la désensibilisation est en même temps sensibilisation, la disparition est en même temps devenir, la dissolution d’une chose est aussi sa cristallisation » (Arvydas Šliogeris, 1996). À côté du couple sensibiliser – désensibiliser, on trouve aussi sursensibiliser – désensibiliser: « La première interprétation se déploie sous les formes de la chair, de la peau et de la charogne. La seconde, sous celles de la sculpture et de la machine. Ainsi, le corps est soit hypersensibilisé, soit excessivement désensibilisé <...> » (Šiaurės Atėnai, 1996).
On crée aussi des formations entièrement occasionnelles, à usage unique, qui peuvent même être incompréhensibles hors contexte, par ex.:
150
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 32dé-languager – « La nation est peu à peu dé-languagée. On pouvait résister au russe imposé par la force. Il n’y a pas moyen de résister à l’anglais, prestigieux dans la vie et indispensable dans les institutions: on le choisit soi-même. » (Romualdas Ozolas, 2003)
dé-caféiner – « Et moi, j’ai connu des gens qui, effrayés par les recommandations de médecins antérieurs, étaient passés au café décaféiné, bien qu’ils aimassent beaucoup le café avec caféine, et qui avaient ainsi bu pendant douze longues années ce succédané coûteux et écœurant, en le payant encore plus cher, car dé-caféiner le café coûte plus cher que de servir du café naturel. » (bernardinai.lt 2006-06-21)
dé-littérariser – « <...> nous pouvons facilement les désigner comme des caractéristiques propres à l’œuvre postmoderniste, tout comme l’absence d’unité des poèmes, la structure excentrée ou, de façon générale, la dé-littérarisation. » (Nemunas, 1996)
dés-intellectualiser – « <...> les États-Unis, qui empoisonnent et tuent tout le monde, ont créé une idéologie de la “dés-intellectualisation”, de l’anesthésie des sentiments, si bien que personne ne réfléchit même à ce qu’il voit et éprouve. » (bernardinai.lt 2007-05-16)
dé-paradoxiser – « Luhmann décrit la religion comme un système de formes que la société crée afin de “dé-paradoxiser le monde”. » (Robert Wuthnow, 1996)
dé-idéologiser – « C’est pourquoi on peut proposer aux membres du Front lituanien de prendre leurs distances avec la “non-idéologie” totale et de parler de “véritable démocratie”, dans laquelle l’activité politique serait dé-idéologisée (l’influence de la vision du monde sur l’activité serait réduite). Cette “dé-idéologisation” devrait concerner non seulement la culture, mais aussi l’économie. » (Dienovidis, 1995)
désenchanter – « Il existe pourtant tout un domaine de la religion non ecclésiale, non institutionnelle. Ou s’agit-il d’un désenchantement rationaliste (Antzauberung)? » (Filosofija ir sociologija, 1996)
dé-oisifier – « <...> ne désigne déjà plus un oiseau concret en lequel le défunt se réincarne, mais l’âme qui conserve l’essence et la conscience de soi du défunt, la vérité apparaissant sous la forme d’un oisillon. Cette forme a peut-être pu, à des époques ultérieures, faire quelque peu obstacle; il semble qu’ait eu lieu une sorte de “dé-oisification” physique de l’ancêtre <...>.» (Gintaras Beresnevičius, 2004)
dé-rakauskiser – « Autre “dé-rakauskisation” délibérée de R. Rakauskas: pas de jeunes filles, de culte du corps nu, de jeux et d’éclats de style, ni de portraits de femmes, connues ou non, avec la ligne clairement graphique de l’ovale du visage. » (Kauno diena, 2001)
dé-poétiser – « Autodérision ouverte et atténuée. <...>. Même un assez risqué détrônement, une dé-poétisation. Dé-héroïsation. » (Dienovidis, 1995)
abrutir – « Et nous n’avions plus ni la force ni la foi nécessaires pour entrer en confrontation ouverte avec le système: tous les mécanismes d’abrutissement avaient bien fait leur travail. » (Valentinas Sventickas, 2008)
dé-ziovuliser – « Du point de vue du style, la description maironienne du bruissement de la forêt est parodiée – “dé-ziovulisation” <...>. » (Darbai ir dienos, 2003)
Il va de soi que ces formations peuvent délibérément transgresser les règles afin de produire un effet d’originalité ou de force (parfois comme pour s’en excuser au moyen de guillemets), mais tant les formations appartenant à des microsystèmes développés que les formations occasionnelles ne font que confirmer que les dérivés en nu- + -inti ont, dans l’usage, de facto un sens d’élimination: les rédacteurs de textes sont convaincus que les lecteurs les comprendront. Les dérivés peuvent être remplacés par des groupes de mots
Terminologija | 2016 | 23
151
Page 33des syntagmes, des constructions prépositionnelles avec be, mais l’accent mis sur l’action ne serait pas toujours préservé et il faudrait parfois reformuler considérablement les phrases.
Parmi les dérivés non codifiés en nu- + -inti (-inimas) qui expriment la suppression d’une propriété ou d’un autre élément immatériel et abstrait, ceux qui se distinguent le plus par leur fréquence d’emploi sont nukenksminti et nuskausminti (les dérivés les plus fréquents sont présentés dans le tableau 516; la fréquence de tous les autres dérivés mentionnés dans l’article, exprimant la suppression d’un élément immatériel, est moindre dans les sources étudiées). Dans la colonne DLKT, le nombre indiqué est celui des mots employés, y compris les formes verbales (il inclut aussi les participes substantivés, car il n’existe pas de moyen de les distinguer automatiquement), les abstraits en -imas; dans la colonne lrytas.lt, il s’agit du nombre de publications dont le texte contient le mot. Du point de vue de la dérivation, on peut les rattacher aux noms kenksmas, skausmas, sans exclure toutefois un lien avec les adjectifs kenksmingas, skausmingas (le radical a été désintégré). Les dérivés sans préfixe ne sont généralement pas employés (ils figurent dans le LKŽe), bien qu’ils apparaissent parfois, par exemple: «<…> il me suivait et me disait sans cesse: “Frère, appuie davantage ici, relâche le pinceau là, pour que la ligne ‘vibre’, soit ‘vivante’, pour qu’elle ‘fasse mal’” » (Kauno diena, 1995); « Le maire promet que les habitants de Vilnius économiseront ainsi des centaines d’heures dans les embouteillages, tandis que les agents comptent faire payer des amendes aux étourdis » (lrytas.lt 2015-08-21).
Tableau 5. Les dérivés les plus fréquents exprimant la suppression d’une propriété ou d’un autre élément immatériel
Nu- + -inti | DLKT | lrytas.lt | Nu- + -inti | DLKT | lrytas.lt nuvertinti | 1349 | 1281 | nureikšminti | 29 | 13 nukenksminti | 557 | 331 | nupilietinti | 21 | 2 nuskausminti | 453 | 683 | numitinti | 19 | 1 nuasmeninti | 235 | 80 | nudievinti | 18 | 1 nutautinti | 225 | 70 | nupra sminti | 16 | 2 nužmoginti | 187 | 58 | nubūtinti | 13 | 1 nudvasinti | 37 | 6 | nubuozinti | 10 | 1
Dans l’usage courant, on ne trouve pas d’autres dérivés semblables que l’on pourrait rattacher à des noms de sens abstrait comportant les suffixes -smas, -mas17. On n’a relevé que de très rares occurrences de nuveiksminti, nujausminti, par exemple: « Il a été noté
16 Les dérivés clairement adjectivaux ne sont pas inclus dans le tableau; ils sont tous rares, et leur fréquence a déjà été évoquée.
17 Il arrive que des dérivés soient formés à partir de noms comportant le suffixe -me, par exemple nugrėsminti – « L’être humain, branche du singe, est le résultat de conditions de vie fortement dégradées et de la nécessité de les surmonter par la réflexion (surmonter la menace, la “désamorcer” par soi-même, par la chaleur de son moi intérieur) » (Romualdas Ozolas, 1997).
152
Alvydas Umbrasas | Nuo nurie balinimo iki nuprasminimo: teikyba ir vartosena
Page 34« un processus intéressant et polémique de désénergisation de la nature, de sa mise hors d’action, au cours du développement de la civilisation européenne » (Baltos lankos, 1996): «<...> des projections laser, une scénographie cinétique et des images numériques un peu trop mises en avant. Mais cela n’a fait que renforcer l’impression d’une absence absolue de sensations et de dépersonnalisation » (bernardinai.lt 2007–10–17). On peut également mentionner nutriukšminti, probablement formé par hasard, par exemple: «<...> j’ai une très ancienne collection d’enregistrements soviétiques, avec des œuvres comme le premier concerto pour piano de Tchaïkovski. Sans aucune réduction du bruit? » (7 meno dienos, 2005-12-02). Nuk enksminti ne semble pas avoir d’antonymes, tandis que d’autres dérivés donnent, par exemple, iškausminti, įjausminti, įveiksminti (ce dernier est le plus fréquent), par exemple:
« Si nous comprenions tous le mot immédiatement, si nous n’y trouvions pas de paradoxes qui blessent notre esprit ni de sens cachés, il n’exprimerait que la volonté humaine, et non celle de Dieu » (Donaldas Kajokas, 2007);
« C’est pourquoi il [l’acte de perception] englobe toujours ce qui est donné et ce qui ne l’est pas (en ce sens, le transcendantal). Il est d’emblée aussi affectif, émotionnel » (Problemos, 1996);
« Il est effectivement évident que l’effort humain, qui donne effet à la pensée et définit l’activité, peut, sans grand danger, dissiper la tristesse d’un service complaisant et vaincre la peur d’un langage prétendument muet » (Algimantas Valantiejus, 1997).
Il a été proposé d’employer les mots internationaux pasterizuoti, anestezuoti au lieu de nukenksminti, nuskausminti, au motif que « les mots internationaux bien établis dans la langue n’ont pas besoin d’être remplacés par des mots de création locale. Parfois, même si l’on veut renoncer à un mot international, c’est impossible, car le néologisme lituanien est moins bon que son équivalent international » (Rudaitienė 1993: 13). Bien souvent, on proposait bien sûr des expressions lituaniennes: rendre inoffensif et supprimer, apaiser la douleur. Il est intéressant de noter qu’une étude a été menée en 1987–1989 auprès de près de 100 personnes travaillant dans le domaine scientifique (la plupart avaient des grades et des titres universitaires). Interrogés sur les termes qu’ils employaient, 60 informateurs ont choisi nukenksminti, 11 ont choisi pasterizuoti et 7 padaryti nekenksmingą. De même, 53 personnes ont choisi nuskausminimą, 19 anesteziją, 12 anestezavimą, tandis que personne n’a choisi anestezacijos (l’expression lituanienne n’était pas proposée dans le questionnaire) (Rudaitienė 1991: 35–36). Il n’existe pas d’enquêtes de ce type aujourd’hui, mais il ne serait sans doute pas étonnant que nukenksminti, nuskausminti continuent de prédominer dans les réponses. Les deux mots s’entendent dans la langue parlée et, comme le montrent les données recueillies pour cette étude, ils sont aussi très présents dans les sources écrites actuelles.
Nuskausminimas, à côté de anestezijos, anestezavimo, était auparavant recommandé dans certains dictionnaires terminologiques (par ex., RLKŽŪTŽ 1971; MTŽ 1980, où figurait aussi nujautrinimas18 à côté de desensibilizavimo). L’une des approches-
18 Vietoj nujautrinti siūlyta šalinti jautrumą, daryti nejautrų (Kaulakienė 1992: 9).
Terminologija | 2016 | 23
153
Page 35L’une des raisons qui maintient dans l’usage l’anesthésie est qu’il est pratique d’exprimer par un participe l’épithète qui décrit les médicaments et qui est souvent employée comme nom (par exemple: « Ce n’est qu’au Centre de la douleur qu’une procédure invasive d’anesthésie peut être réalisée pour le patient. Au cours de celle-ci, les médicaments anesthésiants sont injectés directement dans le foyer qui provoque la douleur » (Lietuvos rytas, 2001), « Je ne comprends pas comment le traitement pourrait être meilleur si presque tout le monde reçoit les mêmes médicaments, “Betalok-Zok” et “Cardace”, avec des tranquillisants et des analgésiques » (Filomena Taunytė, 2004)). L’anesthésie est un terme relevant du domaine de la santé, tandis que la décontamination s’emploie dans divers contextes et donne parfois lieu à la création de mots dérivés (par exemple: « Si votre voiture est équipée d’un dispositif de dépollution des gaz d’échappement, il ne faut pas y mettre de l’essence contenant du plomb, car après quelques milliers de kilomètres le dispositif sera bouché » (Mokslas ir technika, 1995)). Le DLKT montre que, dans l’usage, sont décontaminés l’environnement, les sols, les polluants, les micro-organismes, les vêtements, les cargaisons, les armes, les personnes, etc. Le mot est assez fréquent dans les contextes militaires et de sécurité publique; on parle de la neutralisation des mines, des bombes et d’autres explosifs. Dans les dictionnaires militaires, on pouvait trouver autrefois, par exemple, décontamination (специальная обработка), décontamination des munitions (обезвреживание боеприпасов), machine de décontamination (дегазационная машина) (KTŽ 1993); plus tard apparaît la mise en sécurité des munitions, « opération consistant à placer une munition dans un état où elle ne peut exploser accidentellement. La mise en sécurité s’effectue de diverses manières: les munitions sont explosées, les charges ou les détonateurs sont retirés, les détonateurs sont réglés en position de sécurité, etc. » (обезвреживание боеприпаса, rendering safe, deactivation, neutralization of ammunition) (KŽ 1995). Dans les dictionnaires que les linguistes n’ont pas examinés, on trouve encore neutraliser – defuse, disarm, deactivate; neutraliser une bombe – defuse/deactivate a bomb (ALKTŽ 2004); parfois, les linguistes laissent eux aussi passer des cas, par exemple décontaminer – decontaminate, bien que le même dictionnaire propose rendre inoffensif (une mine, etc.) – deactivate; rendre inoffensif – neutralize (LAKKTŽ 2015). Dans les dictionnaires actuels révisés, l’élimination du caractère nocif s’exprime le plus souvent par des groupes de mots, par exemple: désarmer – 1. désarmer, 2. rendre inoffensif; mettre (une mine, une arme) en position de sécurité; désamorcer (une mine); décontaminer – 1. nettoyer; dégazer; décontaminer; désactiver – 1. désactiver, 2. rendre inoffensif (une mine, etc.); désactivation – 1. désactivation, 2. neutralisation (d’une mine, etc.); désamorcer – rendre inoffensif; retirer le détonateur; désamorcer une bombe – rendre une bombe inoffensive (ALKK TŽ 2013). Il faut toutefois reconnaître que la construction exigeant le double accusatif, rendre inoffensif, est peu commode dans les termes; on propose aujourd’hui
154
Alvydas Umbrasas
Nuo nurie balinimo iki nup rasminimo: teik yba ir vartosena
Page 36de tels termes, par exemple: šaudmenų darymas nekenksmingo (ammunition disposal), sprogmenų ir šaudmenų darymo nekenksmingų tvarka (explosive ordnance disposal procedure) (EKŽ 2008), sprogstamųjų šaudmenų darymas nekenksmingų (explosive ordnance disposal), sprogstamųjų šaudmenų darymo nekenksmingų atvejis (explosive ordnance disposal incident), sprogstamųjų šaudmenų darymo nekenksmingų tvarka (explosive ordnance disposal procedure) (NATO 2006). À la lecture de ces termes, il n’est pas étonnant que l’usage ne veuille pas renoncer à nukenksminimo.
Les travaux des linguistes ont, à plusieurs reprises, laissé entendre qu’il faudrait légitimer nukenksminti, nuskausminti. Par exemple, Aldona Paulauskienė classe les verbes nuasmeninti et nukenksminti parmi ceux que nous ne pouvons remplacer par rien d’autre (Paulauskienė 2001: 95). À propos du fait que le modèle de dérivation des formes en nu– + –inti exprimant l’élimination s’accorde mal avec les normes de la préfixation en lituanien, elle espère que quelques mots supplémentaires s’implanteront, notamment nuskausminti (Paulauskienė 2004: 262). En disant « s’implanteront », elle veut sans doute dire « les linguistes autoriseront », car il n’y a aucune raison de faire adopter ce mot à la langue: il y est implanté depuis longtemps. Jonas Šukys affirme lui aussi avec prudence qu’« on pourrait peut-être faire exception uniquement pour les mots très pratiques et constamment employés » nukenksminti, nuasmeninti (Šukys 2006: 75).
L’usage montre que, bien que critiquées par les linguistes, les formes de dérivation en nu– + –inti exprimant l’élimination continuent d’être employées, et que de nouvelles sont également formées. Même si ce modèle n’est pas reconnu, il existe de facto. Puisque le BLKŽ est en cours de préparation, il serait opportun que ses rédacteurs réévaluent ces mots. Il faudrait d’abord distinguer les mots qui expriment l’élimination d’une substance ou d’un autre élément matériel (nuriebalinti, nugeležinti, etc.). Lorsque ce modèle de dérivation était critiqué, c’était surtout sur ce type de mots que l’on se fondait. Ces mots n’ont pas de microsystèmes développés et ne forment généralement pas d’oppositions lexicales. La tradition de correction peut être maintenue. Il faudrait examiner séparément les mots exprimant l’élimination d’une propriété ou d’un autre élément immatériel et abstrait. L’usage montre que ces mots ont souvent des microsystèmes développés. Même si l’on reconnaît que ces mots fondés sur ce modèle sont apparus sous l’influence d’autres langues, on peut envisager d’inclure certains d’entre eux dans le BLKŽ, en tenant compte des tendances de l’usage, d’autant plus que quelques-uns sont déjà codifiés aujourd’hui ou l’ont été auparavant, avant que leur codification ne soit modifiée. L’argument souvent avancé par les correcteurs, selon lequel nu- devrait exprimer un excès de la propriété et non son élimination, ne fonctionne guère avec les mots du modèle examiné: les lecteurs pourraient, semble-t-il, être induits en erreur, mais les auteurs du texte estiment qu’ils seront correctement compris. Bien entendu, le contexte joue un rôle important. En outre, la langue compte déjà
Terminologija | 2016 | 23
155
Page 37des verbes codifiés auxquels le même préfixe confère des sens opposés, par exemple nudabinti « 1. orner très joliment » et « 2. enlever les ornements », nuvainikuoti « 1. enlever la couronne » et « 2. couvrir de couronnes, décorer » (DLKŽ6 2006).
CONCLUSIONS
Les formes dérivées en nu– + –inti (–inimas) exprimant l’élimination ont commencé à être corrigées par les linguistes il y a un demi-siècle. Le terminologue K. Gaivenis fut probablement le premier à attirer l’attention sur leur emploi dans la presse de l’époque et leur présence dans les dictionnaires, et à proposer de les corriger. Après le dérivé adjectival nuriebinti, qui signifie par ailleurs dans la langue « rendre trop gras », les correcteurs se sont attaqués aux néologismes verbaux (tels que nuriebalinti), en soutenant qu’ils pouvaient eux aussi exprimer un excès. Dans certains travaux, ce type de formation a été critiqué de manière générale, car il était apparu sur le modèle d’autres langues (principalement du russe); les verbes dérivés d’un nom et non préfixés n’étant généralement pas employés, la formation était considérée comme mixte (le préfixe nu– et le suffixe –inti étant ajoutés simultanément).
Dans la première édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodyno, seuls quelques mots relevant du modèle examiné étaient proposés; pourtant, un grand nombre furent inclus dans la deuxième édition, bien que la correction de ces dérivés eût déjà commencé. Peut-être a-t-on tenu compte du fait que ces dérivés étaient non seulement répandus dans la presse, mais aussi proposés dans les dictionnaires terminologiques de l’époque. La norme du dictionnaire a néanmoins continué à être contestée: les linguistes n’ont pas cessé de corriger ces mots et presque tous les dérivés ont été supprimés de la troisième édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodyno (les éditions ultérieures n’ont rien changé à la question qui nous occupe). Grâce aux efforts des linguistes, les dérivés ont été progressivement abandonnés dans les dictionnaires terminologiques, où l’on a surtout proposé des syntagmes avec le mot šalinimas. Tant que l’on se référait à la deuxième édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodyno, les formes dérivées en nu– + –inti exprimant l’élimination pouvaient se diffuser, car on observait la consigne de ne pas corriger rigoureusement ce qui avait été publié dans le dictionnaire.
Dans les publications de linguistes parues avant la publication de la troisième édition du Dabartinės lietuvių kalbos žodyno, on perçoit parfois une certaine hésitation quant à l’évaluation des dérivés du modèle examiné. Il est dit que ces dérivés ont déjà pris racine dans la terminologie scientifique, qu’ils sont nécessaires à la langue et qu’il est impossible de concilier les besoins des linguistes avec ceux des utilisateurs de ces dérivés. Même dans les travaux linguistiques actuels, on dit parfois avec prudence qu’il faudrait faire exception pour certains dérivés en nu– + –inti, faute de pouvoir les remplacer commodément.
La plupart des dérivés examinés dans cet article et mentionnés dans les travaux des correcteurs de langue sont d’origine nominale et désignent l’élimination d’un élément concret donné, généralement une substance. Après examen de l’usage actuel,
156
Alvydas Umbrasas
Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: teik yba ir vartosena
Page 38en se fondant sur Dabartinės lietuvių kalbos tekstynu et sur le site d’information populaire lrytas.lt, on constate que certains dérivés auparavant corrigés ne sont peut-être plus d’actualité, tandis que d’autres continuent d’être employés. On constate également que l’usage actuel comprend divers dérivés du modèle examiné qui ne sont pas mentionnés dans les travaux des correcteurs linguistiques. Ils expriment la suppression d’une propriété ou d’un autre élément immatériel et abstrait. Du point de vue de la formation, certains sont liés à des adjectifs, d’autres à des noms; souvent, les deux interprétations sont possibles. Leur apparition pourrait désormais être stimulée non par le russe, mais par des mots internationaux contenant le segment de-, ainsi que par le principe d’analogie, car certains dérivés nu- + -inti possèdent des microsystèmes bien développés, sur le modèle desquels se forment d’autres microsystèmes lexicaux. Le désir d’exprimer, au moyen de dérivés de même radical, l’opposition entre l’attribution d’un certain contenu et son élimination peut être l’une des principales raisons de la création de néologismes en nu- + -inti. Le modèle d’opposition est particulièrement prisé dans les textes de philosophie, de critique littéraire et dans les écrits apparentés, où une grande attention est accordée à la nouveauté et au caractère inhabituel des moyens d’expression linguistiques. En outre, dans ces textes comme dans d’autres, les oppositions entre action active (nu- + -inti) et action spontanée (nu- + -ėti) sont pertinentes; dans le second cas, nu- indique non pas une élimination, mais une perte spontanée.
Lors de la préparation du Bendrinės lietuvių kalbos žodyną, il faut évaluer les résultats de la correction, menée pendant un demi-siècle, des dérivés en nu- + -inti, ainsi que les tendances de leur emploi. Afin de garantir la stabilité des normes, on peut maintenir la non-codification des dérivés exprimant l’élimination d’une matière, mais les dérivés exprimant l’élimination d’une propriété ou d’autres éléments immatériels devraient être évalués séparément. La codification de certains d’entre eux rapprocherait la norme de la réalité. L’écart entre norme et usage apparaît particulièrement bien dans la diffusion des mots nukenksminti, nuskausminti ir nužmoginti.
ŠALTINIAI
ALKKTŽ 2013: Kisinas E. Anglų–lietuvių kalbų karo technikos žodynas, Vilnius: Generolo Jono Žemaičio Lietuvos karo akademija.
ALKPŽ 1958: Novodvorskis A. Anglų–lietuvių kalbų politechninis žodynas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
ALKTŽ 2004: Laugalienė G., Mironaitė M. Lietuvių–anglų kalbų karybos žodynas: eksperimentinis leidinys, Vilnius: Generolo J. Žemaičio Lietuvos karo akademija.
ALKŽŪTŽ 1977: Anglų–lietuvių kalbų žemės ūkio terminų žodynas. Sudarė D. Čėponienė, R. Gelūnienė, J. Kažėnas, R. Kelbauskienė (atsak. redaktorė), Vilnius: Mokslas.
ATTŽ 2001: Čiukas R., Katunskis J., Kaulakienė A. ir kt. Aiškinamasis tekstilės terminų žodynas: su vokiečių, anglų, prancūzų ir rusų kalbų atitikmenimis, Kaunas: Technologija.
BLKŽ – Bendrinės lietuvių kalbos žodynas. Vyr. red. D. Liutkevičienė. Prieiga per internetą: http://bkz.lki.lt.
ChAŽ 1997: Daukšas K., Barkauskas J., Daukšas V. ir kt. Chemijos terminų aiškinamasis žodynas, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas.
ChŽ 1960: Daukšas K. Chemijos žodynas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
Terminologija | 2016 | 23
157
Page 39DLKT – Dabartinės lietuvių kalbos tekstynas, sud. Vytauto Didžiojo universiteto Kompiuterinės lingvistikos centras. Prieiga per internetą: http://donelaitis.vdu.lt.
DLKŽ₁ 1954: Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. Ats. red. J. Kruopas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
DLKŽ₂ 1972: Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. 2-asis papild. leid. Ats. red. J. Kruopas, Vilnius: Mintis.
DLKŽ₃ 1993: Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. 3-iasis patais. ir papild. leid. Vyr. red. St. Keinys, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidykla.
DLKŽ₅ 2003: Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. 5-asis (2-asis elektroninis) patais. ir papild. leid. Vyr. red. St. Keinys, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas.
DLKŽ₆ 2006: Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. 6-asis (3-iasis elektroninis) leid. Vyr. red. St. Keinys, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas.
EKŽ 2008: Čiočys P. A., Janukevičius J., Jasiulionis E. ir kt. Enciklopedinis karybos žodynas, Vilnius: Generolo Jono Žemaičio Lietuvos karo akademija.
FTŽ 2007: Palenskis V., Valiukėnas V., Žalkauskas V., Žilinskas P. J. Fizikos terminų žodynas: lietuvių, anglų, prancūzų, vokiečių ir rusų kalbomis. 2-asis patais. ir papild. leid., Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas.
GFGTŽ 1956: Gudelis V. Geologijos ir fizinės geografijos terminų žodynas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
ITŽ 1997: Informatika: lietuvių–anglų–rusų–vokiečių kalbų terminų žodynas. Parengė Z. Kudirka ir kt., Vilnius: Matematikos ir informatikos institutas.
KTŽ 1993: Rusų–lietuvių ir lietuvių–rusų kalbų karybos terminų žodynėlis. Parengė A. Smetona, Vilnius: Valstybinis leidybos centras.
KŽ 1995: Smetona A. Karybos žodynas, Vilnius: Lietuvos karo akademija.
LAKKTŽ 2015: Kisinas E. Lietuvių–anglų kalbų karo technikos žodynas, Vilnius: Generolo Jono Žemaičio Lietuvos karo akademija.
LKŽė – Lietuvių kalbos žodynas (I–XX, 1941–2002): elektroninis variantas. Vyr. red. G. Naktinienė, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas, 2008. Prieiga per internetą: http://www.lkz.lt.
LRTB – Lietuvos Respublikos terminų bankas. Prieiga per internetą: http://terminai.vlkk.lt.
MTŽ 1960: Čeičys J. Melioracijos terminų žodynas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
MTŽ 1980: Astrauskas V., Bizulevičius S., Pavilonis S. ir kt. Medicinos terminų žodynas, Vilnius: Mokslas.
NATO 2006: NATO terminų aiškinamasis žodynas. 3-iasis patais. leid. Ats. redaktorius J. Norgėla, Vilnius: Lietuvos Respublikos krašto apsaugos ministerijos Generalinė inspekcija.
RLKMTŽ 1975: Mikalajūnas M. Rusų–lietuvių kalbų meteorologijos terminų žodynas, Vilnius: Mintis.
RLKPŽ 1959: Rusų–lietuvių kalbų politechninis žodynas. Red. kolegijos pirmininkas A. Novodvorskis, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
RLKPŽ 1984: Rusų–lietuvių kalbų politechnikos žodynas. Sudarė G. Daugėla, Vilnius: Vyriausioji enciklopedijų redakcija.
RLKŽŪTŽ 1971: Anskaitis V., Kilas M. Rusų–lietuvių kalbų žemės ūkio terminų žodynas, Vilnius: Mintis.
RTŽ 2000: Gaivenis K., Juška G., Kalesinskas V. Radioelektronikos terminų žodynas, Vilnius: Litimo.
SŽ 1993: Leonavičius J. Sociologijos žodynas, Vilnius: Academia.
Vydūnas 2013: Asmenybė ir sveikata. Parengė R. Palijanskaitė, Kaunas: Vydūno draugija.
LITERATŪRA
Balašaitis A. 1969: Kaip verčiame terminus. – Lietuvių kalbos sekcijos sąsiuvinis 10. Terminų kūrimo principai, 9–10.
Balčienė B. 1979: Po kelerių metų. – Mūsų kalba 3, 14–20.
Bielinskienė A., Kazlauskienė A., Rimkutė E., Tamutšaitė A. 2014: Lietuvių bendrinė kalba: normos ir vartosena. Vadovėlis aukštųjų mokyklų studentams, Kaunas: Vytauto Didžiojo universitetas.
Būda V. 1973: Ilgai lauktas žodyno leidimas. – Pergalė 7, 161–166.
Gaivenis K. 1964: Keletas pastabų dėl mokslo veikalų kalbos. – Kalbos kultūra 7, 26–30.
Gerulaitis V., Lukėnas S. 1983: Terminų darybos standartizacija ir specializacija. – Kalbos kultūra 44, 26–37.
Girdenis A., Rosinas A. 1977: Pastabos „Kalbos praktikos patarimų“ paraštėse. – Kultūros barai 11, 69–70.
158 Alvydas Umbrasas │ Nuo nuriebalinimo iki suprasminimo: teik yba ir vartosena
Page 40Kaulakienė A. 1979: Priešdėliniai ir priesaginiai darybiniai vertiniai lietuviškoje politechnikos terminijoje. – Lietuvių kalbotyros klausimai 19. Socialinės lingvistikos problemos, 143–153.
Kaulakienė A. 1988: Terminų daryba pagal analogijos principą. – Lietuvos TSR Mokslų akademijos darbai. A serija 1, 128–133.
Kaulakienė A. 1985: Словообразовательное калькирование как способ образования современных литовских физико-технических терминов. – Lietuvių kalbotyros klausimai 24. Mokslo kalbos ir kultūros problemos, 67–78.
Kaulakienė A. 1992: Nudruskintas vanduo? – Gimtoji kalba 4–5, 9.
Kazlauskienė A., Rimkutė E., Bielinskienė A. 2010: Bendroji ir specialybės kalbos kultūra, Kaunas: Vytauto Didžiojo universitetas.
Kinderys A. 1982: Kaišti ar numesinti? – Kalbos kultūra 43, 47–49.
KK 2003: Kalbos konsultacijos. Sudarė A. Kupčinskaitė-Ryklienė, Vilnius: Lietuvių kalbos instituto leidykla.
Klimavičius J. 1974: Ar vartotinos nužievinimo staklės? – Mūsų kalba 3, 19.
Kniūkšta P. 1980: Dėsningumai, taisyklės ir paskiri kalbos faktai. – Kalbos kultūra 38, 23–37.
Kniūkšta P. 1986: Apie „Kalbos kultūros“ principus, metodiką ir siūlymų poveikį. – Kalbos kultūra 51, 12–37.
KPP1 1976: Kalbos praktikos patarimai. Sudarė A. Pupkis, Vilnius: Mokslas.
KPP2 1985: Kalbos praktikos patarimai. II pataisytas ir papildytas leidimas. Sudarė A. Pupkis, Vilnius: Mokslas.
Labutis V. 1973: Kalbos praktikos atramos ir slenksčiai. – Kultūros barai 9, 74–75.
LKG II 1971: Lietuvių kalbos gramatika 2. Morfologija (veiksmažodis ir kt.). Redagavo K. Ulvydas, Vilnius: Mintis.
Montvilienė A. 1978: „Maisto prekių“ vertimo terminai. – Kalbos kultūra 34, 37–41.
Nemickaitė G., Paulauskienė A. 1984: Pastabos dėl „Mokslo ir technikos“ kalbos. – Mūsų kalba 2, 21–23.
Paulauskas J. 1974: Aktualios leksikos norminimo problemos ir žodynas. – Kalbos kultūra 27, 40–49.
Paulauskienė A. 2001: Lietuvių kalbos kultūra, Kaunas: Technologija.
Paulauskienė A. 2004: Teisininkų kalba ir bendrosios normos, Vilnius: Justitia.
Paulauskienė A., Tarvydaitė D. 1986: Gramatikos normos ir dabartinė vartosena, Kaunas: Šviesa.
Piročkinas A. 1990: Administracinės kalbos kultūra, Vilnius: Mintis.
Pupkis A. 1980: Kalbos kultūros pagrindai, Vilnius: Mokslas.
Pupkis A., Zinkevičius Z. 1978: Praėjo pusantro metų, kai pasirodė „Kalbos praktikos patarimai“. – Mūsų kalba 4, 50–51.
Rosinas A. 1971: Ką reiškia nužmoginti žmogų. – Mūsų kalba 4, 14–17.
Rudaitienė V. 1991: Apie priešdėlinių žodžių vartojimą. – Kalbos kultūra 61, 35–39.
Rudaitienė V. 1993: Svetimų žodžių vartojimas spaudoje. – Kalbos kultūra 64, 12–20.
Šukys J. 2006: Kalbos kultūra visiems. Papildytas leidimas, Kaunas: Šviesa.
TT 1992: Terminologijos taisymai. Parengė K. Gaivenis, A. Kaulakienė, St. Keinys, J. Klimavičius, Vilnius: Mokslas.
Urbutis V. 1978: Žodžių darybos teorija, Vilnius: Mokslas.
FROM NURIEBALINIMAS TO NUPRASMINIMAS: CODIFICATION AND USAGE
The paper deals with derivatives with the prefix nu- and the suffix -inti (-inimas) which express the elimination of something (which is indicated by the root of the word). There is quite an old tradition of correcting such derivatives, but in spite of this some of these derivatives are still widely used, therefore the history of correction and codification as well as the current situation are researched. The paper shows the opinions of the Lithuanian linguists in regard to these derivatives, the development of norms in dictionaries and overviews the current usage, its (non-)compliance with codification and points out possible changes in codification.
About fifty years ago Lithuanian linguists started correcting derivatives having the structure of nu- + -inti (-inimas) and meaning the elimination of something. The
Terminologija | 2016 | 23
159
Page 41word-formation of such derivatives was criticized because it emerged by the analogy with other languages (mainly Russian). In the first edition of Dabartinės lietuvių kalbos žodynas (Dictionary of Modern Lithuanian) (1954) there were very few words of that kind, but in the second edition (1972) their number increased quite a lot in spite of attempts to correct them. Lithuanian linguists insisted on correcting them, therefore nearly all of such derivatives were removed from the third edition of Dabartinės lietuvių kalbos žodynas (1993) and in terminological dictionaries they were gradually substituted with complex terms containing word šalinimas (elimination).
In the papers of Lithuanian linguists published a few decades ago one could sometimes see uncertainty about the evaluation of this derivational model. There are some observations that such derivatives are starting to become established in the scientific terminology and that they might be necessary for the language. In the current works of linguists there are sometimes cautious suggestions to make an exception about some nu- + -inti (–inimas) derivatives and to allow their usage, because there are no convenient substitutes.
The majority of corrected derivatives are made from nouns and mean the elimination of a certain thing, usually a material. The research of the current usage based on data from Dabartinės lietuvių kalbos tekstynas (Corpus of the Contemporary Lithuanian Language) and the popular news website lrytas.lt shows that some of the previously corrected derivatives have lost their topicality and some of them are still being used. At the same time it can be seen that there are various derivatives of this particular derivational model which have not been mentioned in the works of language standardizers. They express the elimination of a characteristic or of some immaterial, abstract thing and are derived from adjectives or nouns. The appearance of such derivatives is probably caused not by equivalents in Russian, but by international words with the prefix de- as well as the principle of analogy, because some of these derivatives have developed microsystems, which participate in the creation of other microsystems. The wish to express the oppositions between acquisition and elimination of a particular content using words with the same root could be one of the main reasons for using new nu- + -inti (–inimas) formations.
It is necessary to evaluate the results of the correction which lasted about fifty years and tendencies of the usage of researched derivatives, because currently Bendrinės lietuvių kalbos žodynas (Dictionary of Standard Lithuanian) is being compiled. In order to maintain the stability of the norm the restriction on usage of these derivatives can be retained, but derivatives with the meaning of eliminating a characteristic or an immaterial thing ought to be evaluated separately. The codification of some of these derivatives would bring the norm closer to the actual usage.
Gauta 2016-11-21
Alvydas Umbrasas Lietuvių kalbos institutas P. Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius E. paštas [email protected]
160 Alvydas Umbrasas | Nuo nuriebalinimo iki nuprasminimo: tekyba ir vartosena