Page 1« La langue à l’ère de l’humain et de la machine »: des scientifiques de tous les continents unissent leurs forces pour prévoir comment les nouvelles technologies transformeront nos langues et notre communication1
COOPÉRATION EUROPÉENNE EN SCIENCE ET TECHNOLOGIE
(en anglais, European Cooperation in Science and Technology, COST)
« La langue à l’ère de l’humain et de la machine »: comment les nouvelles formes de technologies linguistiques transformeront-elles notre communication et la langue elle-même?
L’« ère de l’humain et de la machine » approche: une époque où les technologies seront directement liées à nos sens et ne se limiteront pas aux seuls appareils mobiles. Des lunettes et des écouteurs intelligents pourront traduire les paroles d’une autre personne, donnant l’impression qu’elle nous parle dans notre langue. Mais les technologies ne se contenteront pas de servir d’intermédiaires pour ce que nous voyons, entendons et disons en temps réel: elles engageront avec nous des conversations de plus en plus complexes. Le nouveau réseau de recherche « La langue à l’ère de l’humain et de la machine » (en anglais, Language in the Human-Machine Era) (LITHME), qui compte des membres de 52 pays, étudie comment l’évolution constante des technologies pourrait transformer notre usage quotidien de la langue et la langue elle-même. LITHME a publié un rapport en libre accès (en anglais, open access report), qui rassemble les réflexions de dizaines de spécialistes des technologies linguistiques et des domaines de la recherche sur les langues.
« LITHME parle d’avenir. Il s’agit de nouvelles technologies qui sont tout près et qui transformeront notre usage de la langue — notre façon de parler, de trouver des informations et d’interagir avec les ordinateurs », déclare le président du réseau, Dave Sayers (Université de Jyväskylä, Finlande).
À partir des évolutions technologiques actuelles et prévisibles, on peut décrire deux changements inévitables dans la communication humaine: parler par l’intermédiaire des technologies et parler avec les technologies. Le premier signifie que les appareils portables participeront activement à nos conversations. « Bientôt, nous ne regarderons plus les téléphones mobiles que nous tenons dans nos mains: des informations apparaîtront devant nos yeux, grâce à de petites lunettes. Avec de nouveaux écouteurs intelligents, nous verrons et entendrons des informations supplémentaires sur le monde qui nous entoure: des éléments essentiels, comme les indications pour se déplacer, et des informations avancées-
1 Information déjà publiée sur le site www.manokrastas.lt.
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Page 2… un contenu plus riche, par exemple des traductions automatiques depuis d’autres langues. Nos propres paroles seront amplifiées, clarifiées, traduites et sous-titrées pendant que nous parlerons; d’autres personnes pourront les voir et les entendre », explique D. Sayers.
« Nous parlerons aussi à des robots conversationnels (en anglais, chatbots) sur des écrans et à des personnages d’apparence réaliste dans la réalité virtuelle de nouvelle génération. Ces derniers seront bien plus intelligents que les robots conversationnels d’aujourd’hui et prêts à mener des conversations complexes: aider à réfléchir à des problèmes, discuter de projets, réconforter ou se réjouir d’une réussite », affirme D. Sayers, avant d’ajouter: « Tout cela a des répercussions considérables sur la langue. »
Que signifieront ces changements dans la communication pour l’identification des personnes à des langues particulières ou pour leurs échanges dans différentes langues? Comment influeront-ils sur l’apprentissage des langues, la traduction de textes ou la rédaction et l’interprétation des lois? Une grande confiance dans les technologies linguistiques en temps réel pourrait-elle modifier la structure de la langue? À terme, des changements dans les interfaces cerveau-machine pourraient-ils compléter, voire remplacer, la langue? Ce sont là quelques-unes des questions examinées par LITHME.
Une collaboration unique entre linguistes et spécialistes des technologies
Ce projet de mise en réseau d’une durée de quatre ans, financé par la Coopération européenne dans le domaine de la science et de la technologie (en anglais, the European Cooperation in Science and Technology, COST), a débuté en octobre 2020. Il compte actuellement des membres issus des 27 États de l’UE ainsi que des représentants de 25 autres pays de tous les continents. LITHME vise à combler le fossé entre linguistes et experts en technologies: les premiers peuvent ainsi bénéficier d’une meilleure compréhension des évolutions technologiques, tandis que les seconds peuvent mieux saisir les conséquences linguistiques et sociétales possibles des technologies émergentes.
Huit groupes de travail représentent différents domaines de la recherche sur les langues: « Linguistique informatique » (en anglais, Computational linguistics), « Langue et droit » (en anglais, Language and law), « Droits linguistiques » (en anglais, Language rights), « Diversité, vitalité et mise en danger des langues » (en anglais, Language diversity, vitality and endangerment), « Apprentissage et enseignement des langues » (en anglais, Language learning and teaching), « Idéologies, croyances et attitudes » (en anglais, Ideologies, beliefs, attitudes), « Travail linguistique et professionnels des langues » (en anglais, Language work, language professionals) et « Variation linguistique » (en anglais, Language variation). Les membres de chaque groupe de travail ont contribué au rapport de prospective « L’aube de l’ère homme-machine » (en anglais, The Dawn of the Human-Machine Era), publié le 19 mai.
Le rapport décrit l’état actuel de diverses technologies linguistiques ainsi que leurs trajectoires futures probables pour les modalités de la langue écrite, parlée, haptique et signée. « C’est le fruit d’une collaboration unique », affirme
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Page 3Sviatlana Höhn (Université du Luxembourg, Belgique), vice-présidente de LITHME, coauteure et éditrice du rapport. « LITHME rassemble des personnes issues de différents domaines du travail linguistique. Habituellement, ces personnes ne se parlent pas. Nous voyons les premiers résultats de cet échange d’idées dans notre rapport de prospective: nous avons pu consigner diverses opinions et des faits dans un seul document, préparé par des chercheurs qui, autrement, n’auraient jamais travaillé ensemble à une publication. Cela nous aide à apprendre les uns des autres et des autres communautés. »
Les technologies progresseront différemment selon les langues
Cette publication se veut unique et accessible, et s’adresse aux spécialistes des langues et des technologies, ainsi qu’aux décideurs politiques et au grand public. « Nous montrons comment diverses nouvelles technologies vont rapidement transformer notre usage des langues. Nous abordons les logiciels qui rendent possibles ces nouvelles avancées, ainsi que les appareils destinés aux utilisateurs, tels que les oculaires de réalité augmentée et les espaces immersifs de réalité virtuelle. Nous espérons dresser un tableau clair de la manière dont tout cela contribue à une transformation profonde de nos modes de communication », déclare D. Sayers, qui a également été l’un des auteurs et éditeurs du rapport.
D’un autre côté, ces perspectives enthousiasmantes s’accompagneront aussi de défis. Le rapport aborde des questions importantes telles que l’inégalité d’accès aux technologies, la vie privée et la sécurité, ainsi que de nouvelles formes de tromperie et de criminalité.
« Nous serons confrontés à des problèmes habituels, par exemple: qui peut se permettre d’acheter les dernières mises à jour? Ces appareils pourraient aussi fonctionner moins bien dans certaines langues, et ne pas fonctionner du tout dans d’autres, avertit D. Sayers. Nous voulons inviter les gens à réfléchir sérieusement aux technologies de l’avenir. Tout le monde ne bénéficiera pas également de ces avancées, et certains n’en bénéficieront pas du tout. En général, les progrès sont les plus rapides dans les grandes langues du monde, comme l’anglais ou le chinois. Les langues des signes sont beaucoup plus difficiles à comprendre pour les machines, et les progrès y resteront donc beaucoup plus lents. Nous espérons inciter nos lecteurs à rester attentifs aux inégalités lorsqu’ils découvriront ces nouveaux gadgets sophistiqués. »
Le rapport « L’aube de l’ère humain-machine » est disponible ici: https://lithme.eu/publications. Il a été rédigé par 52 chercheurs et édité par le président de LITHME, Dave Sayers (université de Jyväskylä, Finlande), la vice-présidente Sviatlana Höhn (université du Luxembourg, Belgique) et la présidente du groupe de travail de linguistique informatique de LITHME, Rui Sousa Silva (université de Porto, Portugal). Vous pouvez en savoir plus sur les activités de LITHME ici: https://lithme.eu.
Le rapport a été traduit en lituanien par le Dr Pavel Skorupa
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