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IL A ÉTUDIÉ LUI-MÊME LES DIALECTES LITUANIENS ET A INCITÉ LES AUTRES À EN FAIRE AUTANT

(À l’occasion du 130e anniversaire de J. Rozwadowski)

À la fin de l’année 1997 (le 7 décembre), cela fera 130 ans qu’est né Jan Rozwadowski, l’un des plus éminents linguistes polonais spécialistes du lituanien. Le champ de ses activités scientifiques était assez vaste: grand connaisseur des langues classiques, éminent indo-européaniste, slaviste et lituaniste, il rédigeait ses travaux en polonais, en latin, en français et en allemand. Il a œuvré dans le domaine des études lituaniennes pendant presque toute sa carrière scientifique. L’un de ses plus grands travaux consacrés au lituanien, « Le dialecte lituanien des environs de Zietela, dans la région de Naugardukas (Naugardija) », vient de paraître1.

J. Rozwadowski est né en 1867 à Czarna (entre Tarnów et Dębica), dans une famille d’ingénieur. De 1885 à 1889, il étudia la philologie classique à l’université de Cracovie. De 1891 à 1894, il poursuivit ses études à Leipzig, où il assista aux cours d’A. Leskien, d’E. Sievers et d’E. Windisch et participa aux séminaires de K. Brugmann. De retour en 1895, il enseigna dans le même lycée de Cracovie dont il était lui-même diplômé. Après avoir soutenu son habilitation en 1897, il fut nommé maître de conférences à l’université de Cracovie, puis professeur à partir de 1900.

J. Rozwadowski travailla à Cracovie jusqu’à la fin de sa vie. Il fut élu deux fois (en 1912–1913 et 1915–1916) recteur de l’université de Cracovie. À partir de 1903, il fut membre de l’Académie polonaise des sciences, dont il devint vice-président en 1920, puis président de 1925 à 1929. Il fut également membre honoraire de nombreuses académies nationales européennes et de diverses sociétés, notamment de la Société scientifique lituanienne. Il mourut le 13 mars 1935.

J. Rozwadowski s’intéressa à la langue lituanienne pendant ses études. Il l’apprit aussi remarquablement bien. Les archives de l’Académie polonaise des sciences, à Cracovie, conservent de nombreuses notes et synthèses, rédigées d’une écriture fine et nette (semblable à celle de K. Būga), portant sur divers textes, principalement d’anciens monuments écrits en lituanien. Cela suffit déjà à montrer que J. Rozwadowski étudia sérieusement la langue lituanienne. En 1895, après avoir découvert dans une bibliothèque l’édition de 1737 de la grammaire anonyme « Universitas linguarum Litvaniae » (« Ensemble des langues lituaniennes ») et compris son importance pour l’accentologie lituanienne, il la réédita à Cracovie en 1896. La même année, il publia en allemand et en polonais une vaste étude sur le système d’accentuation employé dans cette grammaire, qu’il compara en détail au système d’accentuation de F. Kuršaitis.

Conscient de l’immense importance des dialectes lituaniens pour la linguistique, J. Rozwadowski fut l’un des principaux initiateurs de l’étude de la zone périphérique sud-orientale du lituanien, qui disparaissait rapidement. Il voulut d’abord déterminer où le lituanien était encore parlé. À cette fin, en s’appuyant sur les données recueillies en 1890 par A. Plater au sujet de

1 Jan Rozwadowski. Litewska gwara okolic Zdziecioła na Nowogródzczyźnie. Dzieło pośmiertne. / Opracowanie Adam Gregorski. Konsultacja Jan Safarewicz, Kraków: 1995, 181. Polska Akademia Nauk – Oddział w Krakowie. Prace komisji językoznawstwa, Nr. 59.

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Pour documenter la vitalité du lituanien dans le gouvernement de Vilnius, il dressa également et publia en 1904 la carte « Carte de la langue lituanienne dans le gouvernement de Vilnius » («Mapa języka litewskiego w gubernii Wileńskiej»). Il est probable que J. Rozwadowski, dès 1898, sous le pseudonyme d’Anonimo et après avoir traité les données réunies par A. Plater, publia le travail « Aire de la langue lituanienne dans le gouvernement de Vilnius » («Obszar języka litewskiego w gubernii Wileńskiej»), qu’il n’osa pas signer de son nom de famille en raison de la détérioration des relations entre Lituaniens et Polonais à l’époque (plus exactement, entre Lituaniens non polonisés et polonisés), car il ne voulait pas être mêlé à la politique. Peu après (en 1914), il dressa une carte de l’ensemble de l’aire de diffusion du lituanien en Grande et en Petite Lituanie, intitulée « Carte de la langue lituanienne » («Mapa języka litewskiego»).

Alors qu’il était déjà professeur à l’université de Cracovie, J. Rozwadowski se rendit dans les environs de Zietela, où, en 1901 et en 1903, il nota un assez grand nombre de textes dialectaux. Il a étudié également d’autres dialectes du lituanien. Dans les archives de Cracovie, parmi ses manuscrits, a été conservé un ensemble de textes (contes et récits) recueillis dans les environs de Sudargas, dans le district de Šakiai (sans date). Ces textes, recopiés par une autre main que celle de Rozwadowski, furent reproduits et utilisés comme matériel pédagogique. J. Rozwadowski enseigna le lituanien pendant longtemps à l’université de Cracovie.

Le champ des intérêts scientifiques de J. Rozwadowski était très vaste. Il a étudié séparément les problèmes des langues grecque, latine, slaves, celtiques et tsiganes. Dans nombre de ses travaux, il s’appuyait sur des faits du lituanien. Parmi ses travaux notables figurent « Formation des mots et signification des mots » (Heidelberg, 1904), un article consacré à K. Jaunius et au mot skutulė, publié dans la revue lituanienne « Draugija » (no 16, 1908), « Phonétique historique de la langue polonaise » (Kraków, 1915 et 1923), ainsi qu’un article intéressant sur les liens lexicaux entre les langues slaves et iraniennes (1915). La même année (1915), il publia dans le tome 3 de l’Encyclopédie polonaise une étude de synthèse intitulée « Les langues baltes ». Après la mort de J. Rozwadowski, grâce aux efforts de T. Lehr-Słaviński et de J. Safarewicz, parut l’ouvrage important « Étude sur les noms des eaux slaves » (1948). À l’initiative de J. Rozwadowski, la revue des slavistes polonais « Annuaire slavistique » («Rocznik slawistyczny») fut fondée à Cracovie en 1908. Avec K. Nitsch, il fonda en 1913 l’une des revues de polonistique les plus populaires, « La langue polonaise » («Język polski»).

Même après avoir atteint des postes élevés et tout en étant accaparé par divers travaux, J. Rozwadowski ne cessa de s’intéresser au lituanien et de se préoccuper tout particulièrement des dialectes lituaniens de la frange sud-orientale occupée par la Pologne et de leur devenir. Il tenta d’organiser une étude approfondie de ces dialectes. À cette fin, il fit recueillir les informations les plus récentes sur l’usage du lituanien dans ce qu’on appelait alors la région de Vilnius. De 1928 à 1933, O. Chomiński dressa la « Carte de l’aire de diffusion de la langue lituanienne dans la République de Pologne » («Mapa obszaru językowego litewskiego w Rzeczypospolitej Polskiej»), dont seuls quelques exemplaires ont été conservés. Les principales sources de cette carte ainsi que des fragments de commentaires inachevés se trouvent dans les archives de J. Rozwadowski (il faudrait les publier).

À l’initiative de J. Rozwadowski, les plus éminents linguistes polonais furent réunis en 1926-

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tes (J. Baudouin de Courtenay, V. Porzeziński, K. Nitsch, J. Otrębski), et il fut décidé de décrire les divers dialectes lituaniens de la Pologne de l’époque. Rozwadowski lui-même avait probablement l’intention de préparer pour publication une description du dialecte de Zietela accompagnée de textes. V. Porzeziński commença à étudier celui de Lazūnai, tandis que J. Otrębski entreprit l’étude du parler de Tverečius. Toutefois, parmi eux, seul J. Otrębski eut le temps, de son vivant, de publier la description « Le dialecte twerecki du lituanien oriental » («Wschodniolitewskie narzecze twereckie», 1934).

Le travail de J. Rozwadowski, « Le dialecte lituanien des environs de Zietela dans la région de Naugardukas », fut publié plus de 60 ans après la mort de son auteur. Le sort des manuscrits de V. Porzeziński demeure inconnu à ce jour.

J. Rozwadowski fut le deuxième linguiste à s’intéresser au parler de Zietela. Avant 1901, seul E. Volter s’y était rendu (en 1886 et en 1888). Le troisième, K. Būga, étudia le parler de Zietela durant l’été 1906.

C’est probablement le célèbre ethnographe et folkloriste polonais Michal Fedorowski (1853–1923) qui incita J. Rozwadowski à étudier le parler de Zietela. Tout en travaillant comme agronome et en administrant des domaines autour d’Ašmena, de Gardinas, de Lyda, de Naugardukas, de Slanimas, de Sluckas, de Valkaviskas, entre autres, il recueillait en dialecte le folklore, les coutumes et les sortilèges des Biélorusses, étudiait la flore et la faune, collectionnait de vieux livres, divers documents, des manuscrits et des œuvres d’art, fouillait des tumulus, etc. Il entretenait des relations avec de nombreux scientifiques et artistes polonais. Son héritage comprend l’imposant ouvrage en huit volumes «Lud białoruski» («Le peuple biélorusse»). Fedorowski fut surtout influencé par des personnalités de la culture polonaise telles que O. Kolberg, Z. Gloger et J. Karłowicz. Son domaine de Podolė, situé près de Zietela et où ces trésors avaient été réunis, accueillit de nombreuses figures éminentes de la culture polonaise. C’est précisément à cette époque que la remarquable conteuse de Zasečiai, Regina Dargevičiūtė (1876–1958), travaillait à Podolė. Fedorowski lui-même tenta d’apprendre le lituanien auprès d’elle. Est-ce donc cette Lituanienne qui incita M. Fedorowski à inviter à Podolė pour un séjour le célèbre connaisseur du lituanien J. Rozwadowski, qui écrivit plus tard (en 1904): « J’ai consacré mon séjour à Podolė (en 1901) à l’étude du parler lituanien moribond des environs de Zietela (Diatlovo). »

L’auteur de cet article eut l’occasion de rencontrer par hasard Regina Dargevičiūtė, qui gardait un jeune enfant à Zietela, un soir d’automne de 1957. Regina était de petite corpulence; malgré son âge avancé, elle se tenait assez droite, était plutôt grande et d’une vivacité juvénile. Elle parlait avec tempérament, un peu exaltée, à toute vitesse, manquant souvent de mots (elle n’avait pas parlé lituanien depuis longtemps). En peu de temps, semblait-il, elle voulut raconter toute sa vie. Ses huit années de service « chez monsieur Federauskas » furent sans doute les plus lumineuses: pendant deux ans, celui-ci l’avait laissée apprendre les subtilités de la cuisine, de la tenue d’une maison et des bonnes manières. Non sans raison, Regina se vantait, en racontant son histoire, d’avoir enseigné le lituanien à son maître Federauskas et au « professeur de Cracovie » (elle ne se rappelait plus le nom de J. Rozwadowski). Par la suite, j’eus encore l’occasion de m’entretenir avec Regina deux fois. Il est regrettable qu’à l’époque j’aie si peu connu les personnes qu’elle évoquait. Et lorsque j’en appris davantage, Regina n’était déjà plus de ce monde.

Entre-temps, la publication des textes du parler de Zietela de J. Rozwadowski prit plus de

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… n’a pas duré tout un siècle. Auparavant, la publication de ce travail a vraisemblablement été empêchée par la transcription des textes, assez complexe et non conventionnelle. Cet obstacle n’a apparemment été surmonté ni par l’auteur lui-même ni par les autres éditeurs, jusqu’à l’apparition de l’informatique. Il n’a pas osé simplifier la transcription, tandis que les autres en étaient empêchés par l’autorité considérable de J. Rozwadowski. Après sa mort, les archives de J. Rozwadowski furent reprises par le linguiste polonais K. Nitsch. En 1945, il remit ces textes à Jan Safarewicz (1904–1992), linguiste et balte de l’ancienne université Étienne-Báthory de Vilnius, qui s’était installé en Pologne; celui-ci fit appel à Adam Gregorski (1906–1993), spécialiste des langues classiques et ancien élève de J. Rozwadowski. Grâce au dévouement de ce dernier linguiste, les textes de Zietela furent préparés pour l’impression dès 1956. Cependant, en raison de la transcription, et notamment de la notation non conventionnelle des accents, personne ne se chargea de publier le travail préparé. Finalement, sa composition fut entreprise à l’ordinateur. Après la mort d’A. Gregorski, le travail destiné à l’impression fut révisé et mis en forme par le linguiste de Cracovie, le professeur Leszek Bednarczuk. Un autre balte polonais, excellent spécialiste du lituanien, le professeur Wojciech Smoczyński, a également apporté son concours à ce travail.

Le livre de J. Rozwadowski, « Litewska gwara okolic Zdziecioła na Nowogródczyźnie », comprend: une préface de J. Safarewicz, une introduction d’A. Gregorski, les fac-similés (79 p.) des textes du parler de Zietela recueillis par J. Rozwadowski et leur transcription en orthographe courante (manuscrit transcrit par A. Gregorski), le « Matériel pour la description du parler de Zasečiai » de J. Rozwadowski, les « Remarques sur la langue du parler » d’A. Gregorski, le petit dictionnaire lituanien-polonais qu’il a établi, ainsi que le mot de la fin de L. Bednarczuk — Post scriptum. À la fin sont ajoutés une brève bibliographie des études sur le parler de Zietela, une liste d’abréviations et un résumé en français.

Les textes portent sur des sujets variés: chansons, traductions de poèmes ou de romances, contes, légendes, anecdotes, lamentations, récits de certaines coutumes ou aventures. À la fin figure un joli petit recueil de proverbes et de dictons. La plupart des textes ont probablement été recueillis (cf. p. 12–34) auprès de Regina Dargevičiūtė, originaire de Zasečiai. J. Rozwadowski les a désignés par la lettre R. D’autres textes ont été recueillis auprès de Mikalojus Tilvikis, originaire de Pagiriai, de Jonas et Vincentas Dicevičius, ainsi que de Kiprijona Bagdelytė, qui vivait à Teteikiai. Toutefois, les renseignements métrologiques plus précis font défaut.

Les textes du parler de Zietela consignés par J. Rozwadowski sont restés authentiques, c’est-à-dire tels que le linguiste les entendait à l’époque et était capable de les noter (il ne les a ensuite ni révisés, ni corrigés, ni harmonisés). En notant des récits ou des chansons, il ne pouvait se fier qu’à ses propres connaissances. L’orthographe du lituanien n’était pas encore fixée à cette époque, pas plus qu’il n’existait de tradition uniforme de transcription et de notation de l’accent. Du point de vue actuel, nous pourrions lui reprocher diverses irrégularités dans la transcription, la notation de l’accent, ainsi que celle de la qualité et de la quantité des voyelles, entre autres. Par exemple, il notait la voyelle ė de quatre façons différentes, à savoir e (b’élg ’cours’, s’ėdo, zm’ėji), ė (jém’ė, nùm’irė, us’s’inorėi), è (m’ėgo, s’ėd’ei, šėnavoti ‘respecter, protéger’) ou (pon’, sùkn’, pràmulk’ ‘avala’). Il ne notait pas séparément la longueur des voyelles longues accentuées. Leur longueur est indiquée par le signe de l’intonation. Le trait au-dessus de la lettre servait à marquer uniquement la longueur des voyelles non accentuées. À l’exemple du polonais, il notait systématiquement la consonne l dure ou durcie par ł (bróhuks, gulėj, fái-

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dō), tandis que le l palatalisé était noté de diverses façons. La palatalisation des consonnes était le plus souvent indiquée par un signe de minutes au-dessus de la lettre (apšišākė, bōčīs, mañē), plus rarement à droite de la lettre, en haut (b'en'el'ū, m'erg'ātė, vād'ē). Pour une raison inconnue, dans les groupes consonantiques kv, sv, tv et parfois dans la diphtongue à accent circonflexe au, le second élément est noté f, par exemple: k'etvirtōs ~ ketvirtōs, nakfōt ~ nakvōt, sfet'imām ~ svetimām, dangōfs ~ dangaũs. À l’exemple des langues slaves, la négation ne est le plus souvent écrite séparément des verbes: n'e būs, n'e pasak'ei, n'e turi ~ nēturi, plus rarement n'ēvedei, n'ērink.

J. Rozwadowski distinguait assez bien les intonations. Toutefois, ses efforts pour noter les diverses nuances de prononciation des habitants de Zietela parlant plusieurs langues ont entraîné de nombreuses irrégularités. Parfois, les intonations semblent confondues, par exemple: b'eg'in'ēdam'i, būs'i, iškūfė, l'iep'e m'ielitkas, n'ieko, nutēk'ā, pōnas, slūžīt‘servir’, tavōrišas ‘ami’, vīras, à côté de būča, išb'eg'in'ėjau, l'iep'e, m'ielitkas, n'ēks, pōna, slūžina, tavōrišo. Il est possible que ces variations soient dues à l’accentuation de certains mots dans la phrase, au débit de parole, à la dictée du texte, etc.

Le transcripteur distinguait trois degrés de longueur vocalique: longues, brèves et mi-longues. Les voyelles brèves non allongées sont le plus souvent marquées par un double accent grave, par exemple: ajš’i, ajšū, anà ‘elle’, būs, dūrės, dūris, g'erēst ‘mieux’, mōmā, mo-mūt'ė, pašouk'ė, sūrū, v'īsa. L’accent grave simple est généralement utilisé pour les a, e accentués, insuffisamment allongés (déphonologisés), par exemple: ānas ‘il’, àn'is ‘ils’, gràž'ā ~ gràžiā, pō krūm'ālu, lāk'e ~ lēkia, p'irk'āfēn, stālō, užrāk'ē ‘il a verrouillé’, à côté de hānas, kōjātēm'i, pasāk'ēt, us'irāk'ē. Cet accent marque parfois des i, u, (b'īt ‘était’, bōč'ūlō, gùli), qui sont normalement toujours brefs, mais se sont allongés sporadiquement, et même des voyelles longues (athēlē ~ atlēkė, iā ~ iā, jēm'ē ~ ēme, ji ~ ī, namōp, sūrī ~ sūri). On trouve šlūbō à côté de jā, namōp, sūris, etc. En raison de la déphonologisation des intonations, la première partie d’une diphtongue ou d’un groupe vocalique mixte, normalement à accent circonflexe, peut également recevoir l’accent, par exemple: āj ‘il va, aller’, inlīndo ~ inlīdo, īmtū ~ īmtu, p'irkō ~ pirkō, ainsi que ktāus ~ klāus, m'élzas'i ~ meldžiasi, paklāus'ē ~ paklausė, pam'iršō ~ pamiršo, šūnt'ē ~ šu in tė, v'ērk'ē ~ verkė, etc.

J. Rozwadowski ne marquait jamais au circonflexe les consonnes sonantes occupant la seconde partie. Au lieu de marquer la seconde partie, il accentuait généralement la première, brève, d’un double accent grave, par exemple: dabārg'i, dānt'i, d'iržas, m'ērgā, pav'ērktū, rask'īrs, šēn, š'īlt'ī, tēn. Il notait parfois de diverses façons même les diphtongues pures à accent circonflexe: aīs, aīj'im, sakōū, mais aussi labāi, vāikō, etc. Les diphtongues d’origine récente ēj, ōj, à accent circonflexe, paraissent quelque peu inhabituelles; elles résultent du raccourcissement (par la chute de la désinence o) des formes de troisième personne du passé des verbes suffixés en -ējo, -ojo, par exemple: gut'ēi, m'iegōi, n'ēžinōi ‘il ne savait pas’, norēi, stōi, à côté de gutēi, nuorēi, stōi. Peut-être J. Rozwadowski cherchait-il ainsi à noter la prononciation ou la prépondérance de la semi-voyelle į.

Malgré les combinaisons de signes mentionnées ici, ainsi que diverses autres, employées pour refléter les particularités du parler de Zietela, aujourd’hui en voie de disparition, la transcription peu familière de J. Rozwadowski repose sur des bases réelles. Elle permet de voir clairement le déclin du système phonétique du parler de Zietela.

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Probablement à cause des informateurs (qui avaient oublié le lituanien), les textes présentent parfois des éléments de langue qui ne concordent pas, par exemple: pas'ūvo sūn'ālū advōbn'in'es (=advobninius ‘soyeux’) maršk'inukùs (p. 5), v'is'i (toutes) p'irk'ātes použrak'in'ėtōs (p. 38), bōba ch'itrast'e (=chy tresnė ‘plus rusée’) kad (=kap) čertas (p. 74); dakt (=couvrir) kālin'us, alė žodīs šitas, geras(t) kap kalin'ėj (p. 74); kap b'ėdos nėrā, tai asmōkus (=asmokų ‘argent’) n'ėrā (p. 76).

De nombreux locuteurs du parler de Zietela étaient bilingues ou plurilingues. Beaucoup d’entre eux avaient grandi dans une famille mixte, tandis que d’autres, une fois adultes, ne parlaient plus lituanien dans leur propre famille. Selon K. Būga, même les personnes élevées dans des familles exclusivement lituaniennes parlaient mieux le biélorusse que le lituanien, en raison de la pauvreté de leur lituanien. Regina Dargevičiūtė, l’une des principales informatrices de J. Rozwadowski, était devenue orpheline très jeune et avait passé toute sa vie au service de familles étrangères de langue slave. Ainsi, la langue des informateurs était loin d’être irréprochable. La transcription variable de J. Rozwadowski est donc le fruit de ses recherches et de ses efforts pour concilier la prononciation des locuteurs avec sa notation.

Le grand mérite des textes est que leur transcripteur n’a pas choisi la voie la plus facile, celle de l’uniformisation. Il est vrai que le linguiste n’a pas toujours réussi à noter l’accent mélodique et la quantité des voyelles, la palatalisation des consonnes et d’autres phénomènes, mais ces omissions ne sont pas très fréquentes. Les notes originales de J. Rozwadowski sur les textes de Zietela, qui ont été conservées, peuvent étonner plus d’un linguiste par la régularité de la transcription et par sa complexité: on s’émerveille qu’il ait pu noter sur-le-champ un texte suivi dans une langue étrangère. Quelques erreurs ou incohérences ponctuelles ne devraient pas ternir la réputation de J. Rozwadowski, célèbre spécialiste du lituanien.

Le manuscrit des textes du parler de Zietela notés par J. Rozwadowski a été déchiffré avec une minutie relative. Comme dans tout travail complexe, on y trouve aussi des erreurs de transcription et de petites fautes. L’accent est souvent omis, par exemple: k'āik'e = k'āik'e (p. 1), m'ergā = m'ėrgā (p. 24), žantō = žantō (p. 50); parfois l’accent est déplacé: g'ītā = g'ītā (p. 6), namōp = namōp (p. 9), nor'ēs = nor'ēs (p. 58); la palatalisation des consonnes n’est pas indiquée: kūmėt = kūm'ėt (p. 4), mo'mūtā = mo'mūt'ā (p. 6), važ'āugi = važ'āug'i (p. 8); la longueur des voyelles (quantité) n’est pas indiquée: m'ėrga = m'ėrga (p. 4), sūn'alīs = sūn'alis (p. 7), tok'ė = tōk'ė (p. 8). Il arrive que des lettres soient omises, par exemple: jūk'es'i = jū'k'es'i (p. 2), jū = jū° (p. 10), do = dor (<do et, p. 14); des mots sont inversés: Potām kab an'es jėm'ė kūlt'is = Potām kab jėm'ė an'ės kūlt'is (p. 52), etc.

La section bibliographique ne mentionne pas les travaux de K. Būga sur le parler de Zietela; un seul et même travail d’E. Volteris est cité deux fois, son titre ayant été scindé. Quant à Brochas, dans son article « Zum Litauischen südlich von Wilna », il n’a décrit que la langue des paroisses d’Asava et de Žirmūnai, dans le district de Lyda, et ne s’est pas rendu dans les environs de Zietela.

Ces inexactitudes et d’autres encore ne diminuent pas la valeur de la publication. Les textes du parler de Zietela, autrefois notés par J. Rozwadowski et publiés aujourd’hui, ont une immense importance. À l’époque où ces textes furent consignés, des personnes de différentes générations parlaient encore lituanien dans les environs de Zietela: grands-parents, parents et enfants. Le nombre de ceux qui savaient parler et comprenaient le lituanien atteignait alors pres-

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que mille personnes, dont la plupart vivaient dans le village de Zasečiai, et un nombre moindre à Pagiriai, Narčiai, Strela, Teteikiai, etc. On ignore encore combien de documents susceptibles d’être publiés les linguistes polonais trouveront dans les archives des papiers de J. Rozwadowski; toutefois, l’ouvrage « Le dialecte lituanien des environs de Zietela dans la région de Naugardukas » restera l’un des travaux les plus précieux de J. Rozwadowski sur le lituanien, ayant enrichi la dialectologie lituanienne. Nous adressons nos plus vifs remerciements à tous les linguistes polonais qui ont contribué à préparer cet ouvrage pour l’impression.

Aloyz as Vidugiris

DES ŒUVRES MARQUANTES À L’OCCASION DU CENTENAIRE D’UN ÉMINENT LINGUISTE

La linguistique européenne du XXe siècle est indissociablement liée au nom du linguiste polonais Jerzy Kuryłowicz. S’appuyant sur les méthodes de l’analyse structurale, ce chercheur à l’horizon exceptionnellement large a ouvert de nouvelles perspectives en linguistique comparée et générale, et a mis en œuvre ses idées novatrices dans de nombreuses monographies et autres travaux qui, par leurs thèmes, portent non seulement sur les langues indo-européennes, mais aussi sur celles d’autres familles (en particulier sémitiques). La vitalité actuelle de ses idées et de ses traditions est illustrée de manière éloquente par deux grands recueils d’articles réunis par Wojciech Smoczyński et publiés à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Kuryłowicz. L’un de ces recueils, consacré aux études baltes et slaves, a paru en tant que quatrième volume de la revue internationale « Linguistica Baltica », bien connue de nos linguistes (Kuryłowicz Memorial Volume Part Two, Kraków, 1995, 333 p.). L’autre, encore plus volumineux, est consacré aux questions générales et méthodologiques de la linguistique ainsi qu’à l’évolution de diverses langues (principalement indo-européennes) (Kuryłowicz Memorial Volume Part One. Analecta Indoeuropaea Cracoviensia Vol. II, Kraków,1995, 593 p.). C’est ce recueil que nous voudrions brièvement examiner ici. Les travaux qui y sont publiés montrent comment les idées de Kuryłowicz se poursuivent et se reflètent dans les recherches actuelles sur l’évolution de diverses langues.

Les travaux de Kuryłowicz revêtent une importance particulière pour la linguistique historique lituanienne en raison de leurs principes méthodologiques et théoriques. Parmi les nombreux articles publiés dans le recueil, je voudrais attirer ici l’attention sur ceux dont les sujets pourraient inciter nos linguistes à réfléchir à l’évolution des phénomènes correspondants du lituanien et des autres langues baltes, et à l’étudier de plus près.

La biographie de l’éminent linguiste, ses travaux scientifiques et leurs postulats méthodologiques sont présentés dans l’article introductif du compilateur et rédacteur du recueil, Smoczyński (« Jerzy Kuryłowicz 1895–1978. On the hundredth anniversary of his birth », XI–XXIV). Appliquant à la grammaire comparée des langues indo-européennes une approche fonctionnelle de la langue, Kuryłowicz étudia principalement non pas les éléments linguistiques isolés, mais leurs relations mutuelles et la généalogie de leurs systèmes; il définissait les rapports entre ces unités linguistiques en tenant compte de leurs oppositions, des cas de neutralisation et de leur hiérarchie.

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