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Université de Varsovie, Institut de langue polonaise
Axes de recherche: dialectologie, histoire de la langue polonaise, lexicographie.
LA CONTRIBUTION DE JAN KARŁOWICZ AUX RECHERCHES EN DIALECTOLOGIE. DICTIONNAIRE DES PARLERS POLONAIS – UN DICTIONNAIRE DE RUPTURE1
La contribution de Jan Karłowicz à la dialectologie. Słownik gwar polskich [Dictionnaire des parlers polonais], un projet novateur
RÉSUMÉ
Šiame straipsnyje aptariamas Jano Karlovičiaus (1836–1903) indėlis į lenkų dialektologijos raidą. Didžiausią šio indėlio dalį sudaro autoriaus parengtas Lenkų tarmių žodynas. Veikalas buvo didžiulis lūžis lenkų tarmių leksikografijoje, be to, jis yra pirmasis visų tarmių žodynas ne tik lenkų, bet ir apskritai slavų kalbų plote. Karlovičius vertinamas ir kaip puikus mokslinės veiklos organizatorius. Mokslininko organizacinės pastangos geriausiai atsispindi Vilniaus valstybės istorijos archyve saugomoje medžiagoje, ypač laiškuose, kiek mažesniu mastu – Lenkijos archyvų medžiagoje. Ši medžiaga rodo, kad rinkdamas „liaudies dalykus“ Karlovičius bendradarbiavo tiek su mokslo žmonėmis, tiek su tarmių, folkloro ir plačiai suprantamos liaudies kultūros mėgėjais. Straipsnyje, atsižvelgiant į Kazimiero Nitz’o 1911 m. publikuotą kritišką Lenkų tarmių žodyno recenziją, taip pat aptariamas šio veikalo turinys ir tikslai.
1 La préparation de l’article a été financée par le Conseil de la recherche de Lituanie (an. Research Council of Lithuania). Numéro du contrat: n° VAT-36/2012. Projet de recherche Jan Karlovičius – promoteur de la vie scientifique et culturelle au tournant des XIXe et XXe siècles.
M O T S - C L É S: dialectologie, parlers polonais, parlers lituaniens, lexicographie, Jan Karłowicz, Dictionnaire des parlers polonais.
M O T S - C L É S: dialectologie, parlers polonais, parlers lituaniens, lexicographie, Jan Karłowicz, Dictionnaire des parlers polonais.
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ANNOTATION
The paper discusses Jan Karłowicz’s (1836–1903) contribution to the development of Polish dialectology, consisting mainly in the compilation of the “Dictionary of Polish Dialects” – a major breakthrough in the Polish dialectal lexicography and the first full dialectal dictionary in the Slavonic language area – as well as in his work as an organizer of scientific life. His organizational efforts are presented chiefly on the basis of archival materials, mainly correspondence preserved e.g. in the Lithuanian State Historical Archives and – to a lesser extent – in the Polish archives. The materials exemplify Karłowicz’s co-operation with both professional scientists and laymen (enthusiasts of folklore, dialects and of broadly understood folk culture) as far as collecting ‘folk objects’ is concerned. The paper also presents the content of the “Dictionary of Polish Dialects” with respect to the 1911 critical review by Kazimierz Nitsch.
1. IMPORTANCE DES RECHERCHES SCIENTIFIQUES SUR L’ACTIVITÉ DE JAN KARŁOWICZ, PROMOTEUR DE LA DIALECTOLOGIE
Janas Karlovičius (1836–1903) daug nusipelnė puoselėdamas lenkų dialektologiją, nors šiandien jis prisimenamas tik kaip šešių Lenkų tarmių žodyno – pirmojo lenkų kalbos, ir netgi apskritai slavų kalbų, visų tarmių žodyno – tomų autorius. Karlovičius daug metų buvo nepagrįstai ir aštriai kritikuojamas kaip kalbininkas (leksikografas ir dialektologas), tačiau dabar jis atrandamas ir vertinamas iš naujo (plg. Koniusz 2001; Okoniowa 2003, 2012; Karaś 2011, 2012; Rutkowska 2012). Jau anksčiau eilinės su jo asmenybe ir veikalu susijusios metinės buvo postūmis apmąstyti jo mokslinę kūrybą ir analizuoti dialektologinius pasiekimus (Perzowa 1979). Nors Stanislovas Urbančikas (Stanisław Urbańczyk) Karlovičių nelabai vertino kaip lingvistą ir jo mokslinę veiklą aprašė labai paviršutiniškai, lenkų kalbotyros istorijai skirtoje monografijoje pabrėžė jo organizacinius gebėjimus, įvardydamas jį kaip žymų mokslinės minties skleidėją (Urbańczyk 1993: 98–99). Panašiai rašė ir Henrika Pežowa (Henryka Perzowa 1979: 426).
En 2011, le 175e anniversaire de la naissance de Karłowicz et le centenaire de la publication de son ouvrage le plus important de dialectologie – Lenkų tarmių žodyno (ci-après LTŽ) – ont mis en évidence la nécessité d’analyser en profondeur sa contribution au développement de la dialectologie polonaise et de réévaluer les opinions dominantes sur son activité scientifique. Ces anniversaires, commémorés en Pologne et en Lituanie, ont montré qu’il était nécessaire d’étudier la vie scientifique au tournant des XIXe et XXe siècles et de définir le rôle de Karłowicz en tant qu’organisateur et diffuseur du « mouvement des esprits » de l’époque (Karaś 2012). Il est une figure d’une importance exceptionnelle pour la science et la culture polonaises au tournant des XIXe et XXe siècles, dont les réalisations vastes et diverses n’ont pas encore été suffisamment étudiées.
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Il est très important de rappeler la personnalité de Karłowicz et de décrire plus largement sa contribution aux recherches en dialectologie, et pas seulement à la lexicographie des dialectes polonais, contribution qui a déjà été abordée au moins en partie (cf. Perzowa 1979; Koniusz 2001; Okoniowa 2003; Karaś 2011).
2. JAN KARŁOWICZ – INITIATEUR ET ORGANISATEUR DES RECHERCHES ETHNOGRAPHIQUES ARÉALES
Les travaux consacrés à Karłowicz en tant que linguiste et dialectologue mettent encore l’accent sur la rédaction du Lenkų tarmių žodyno, en mentionnant quelques publications dialectologiques mineures qui n’ont pas eu une importance particulière pour la dialectologie polonaise en plein essor. Il s’agit de Gwara kaszubska (1898), O ile należałoby uwzględniać narzecza ludowe w gramatykach (1894) (cf. Perzowa 1979: 429). Toutefois, Karłowicz n’est pas évalué comme dialectologue en raison de ces travaux. Il convient de rappeler que sa contribution aux recherches en dialectologie est bien plus importante que ce qui a été écrit jusqu’à présent. Son activité liée à l’initiative et à l’organisation des recherches dialectologiques aréales est trop peu mise en valeur et appréciée. Son initiative dans l’organisation des recherches ethnographiques aréales est toujours soulignée, mais celles-ci ne peuvent être évaluées séparément, sans lien avec les études dialectales. Pour Karłowicz, les recherches ethnographiques, auxquelles il participait avec enthousiasme et qu’il planifiait et organisait, comprenaient à la fois des recherches typiquement ethnographiques et des recherches dialectologiques. Son propos dans l’ouvrage Poradnik dla zbierających rzeczy ludowe (1871), brochure dans laquelle il encourageait la collecte des « choses populaires », en témoigne clairement:
Je rappellerai d’abord quelles sciences tirent parti des collections de choses populaires: la linguistique (la philologie comparée), la linguistique, la mythologie (l’étude des croyances) et l’ethnographie puisent directement à la source des choses populaires et en vivent presque exclusivement [...]. La linguistique, branche nouvelle de la science, fruit de la pensée du XIXe siècle, enseigne seulement [...] qu’aucune langue ne peut être étudiée à fond sans une connaissance précise de celle-ci dans le temps et dans l’espace [...]. Il nous faut absolument le dictionnaire le plus complet possible des provincialismes (particularismes de district) [...].2.
Dans cet ouvrage, l’auteur demande de recueillir des matériaux aussi bien exclusivement ethnographiques que liés à la langue et à la culture populaires.
Traduction: Je rappellerai d’abord quelles sciences tirent parti des collections de choses populaires: la linguistique (la philologie comparée), la linguistique, la mythologie (l’étude des religions) et l’ethnographie s’appuient directement sur les choses populaires et existent presque exclusivement grâce à elles [...]. La linguistique, nouvelle branche de la science, fruit de la pensée du XIXe siècle [...] enseigne qu’aucune langue ne peut être étudiée de manière approfondie sans en avoir une connaissance précise dans le temps et dans l’espace [...]. Il nous faut un dictionnaire aussi complet que possible des provincialismes (mots des districts) [...].
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Le fait que son appel n’est pas resté sans réponse est attesté par une abondante correspondance, qui témoigne de sa collaboration, pour recueillir des « faits folkloriques », aussi bien avec des hommes de science qu’avec des amateurs de dialectes, de folklore et de culture populaire au sens large. La plupart étaient des collaborateurs du périodique ethnographique Wisła, dirigé par Karlovičius, et les auteurs de textes consacrés à la culture populaire, souvent aussi de glossaires dialectaux de villages ou de petites régions. Par exemple, la collection de Karlovičius conservée aux Archives historiques de l’État de Lituanie (F1135–10–) comprend de nombreuses lettres qui lui étaient adressées par des ethnographes-dialectologues aujourd’hui connus seulement d’un cercle restreint de chercheurs3: Juzefas S. Ziemba (Józef S. Ziemba), auteur de Słownik prowincjonalizmów powiatu będzińskiego (gubernia piotrkowska) (1891); Augustas Vžesniovskis (August Wrzéśniowski), auteur de Spis wyrazów podhalańskich (1884); Janas Sembžvckis (Jan Sembryczki), auteur d’une courte publication sur le dialecte mazure dans le troisième volume du périodique Wisła (1889); Juzefas Lepkovskis (Józef Lepkowski), auteur de Wiadomości o Szląsku (1849); Ignacija Piontkovska (Ignacja Piątkowska), indiquée dans la bibliographie des sources du Dictionnaire des dialectes polonais de Karlovičius comme l’autrice d’un glossaire manuscrit du dialecte de Sieradz; Melanija Parčevska (Melania Parczewska), autrice de Przyczynki do słownika gwary śląskiej, publié en 1907; Joana Anele Milevska (Joanna Aniela Milewska), mentionnée à tort dans la bibliographie des sources du Dictionnaire des dialectes polonais de Karlovičius comme l’autrice d’un glossaire manuscrit du dialecte de Grande-Pologne, qui se rapporte en réalité aux dialectes des environs de Ciechanowiec en Mazovie (Ciechanowiec na Mazowszu) (voir Karaś 2011: 95); Blažėjus Pavlovičius (Błażej Pawłowicz), auteur de l’article Wyrazy gwarowe z okolic Tarnowa (1893); Stanislovas Poliačekas (Stanisław Polaczek), auteur de Powiat chrzanowski w W. Ks. Krakowskim. Monografia historyczno-geograficzna (1914), ouvrage comprenant un glossaire de mots dialectaux; Karolis Matijasas (Karol Mátyás), auteur de Słowniczek gwary ludu zamieszkującego wschodnio-południową najbliższą okolicę Nowego Sącza (1891); et Ščennas Jasčebovskis (Szczęsny Jastrzębowski), indiqué dans la bibliographie des sources du Dictionnaire des dialectes polonais comme l’auteur d’un glossaire manuscrit du dialecte de Radomsko.
L’activité de Karlovičius est bien illustrée par une lettre d’Ignacija Piontkovska datée du 19 février 1982, qui donne la liste des personnes ayant accepté de collaborer avec Wisła pour recueillir et envoyer du matériel ethnographique et dialectologique4: 1. le père Prulinskis (Pruliński), de Klobucko (Kłobucko); 2. le père Godorovskis (Godorowski), de Vieliūnė (Wieluń); 3. Vyšnevska (Wiśniewska), de Slavencinekas (Sławencinek); 4. Leonas Vineris (Leon Winer), de Koninas (Konin); 5. Krušinskis (Kruszyński), de Turekas (Turek); 6. Zofija B. (Zofja B.), de la voïvodie de Sieradz (Sieradzkie); 7. Ana L. (Anna L.), de Piotrkovas
3 Visų išvardytų žodynėlių sąrašas yra straipsnio autorės darbe – Karaś 2011, jie aprašyti internetinėje publikacijoje Dialekty i gwary polskie. Kompendium językowe, red. H. Karaś, regionų puslapiuose – žr. http://www.uw.edu.pl.
4 Indiqué d’après l’original: parfois le nom de famille seul, sans prénom ni initiale du prénom, et parfois le prénom accompagné de l’initiale du nom de famille.
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(Piotrkowskie), 8. Marija K. (Marja K.), de la voïvodie de Sieradz; 9. le père Drozdovskis (Drozdowski), de la voïvodie de Sieradz; 10. Vanda B. (Wanda B.), de la voïvodie de Vieliunė (Wieluńskie); 11. Stanislava K. (Stanisława K.), de la voïvodie de Vieliunė (F1135-10-115-783). Cette liste montre l’étendue du réseau de collaborateurs et le grand nombre de personnes, parmi lesquelles des ecclésiastiques (des prêtres catholiques), qui ont participé aux enquêtes territoriales dirigées par Karlovičius.
3. IMPORTANCE DES ARCHIVES DE VILNIUS POUR LES RECHERCHES SUR L’ACTIVITÉ DE JANO KARLOVIČIUS
Les Archives historiques de l’État de Lituanie sont importantes pour les recherches sur l’activité de Karlovičius. Outre les lettres mentionnées, on y trouve également d’autres documents intéressants. Les archives conservent diverses notes dialectologiques de l’auteur du dictionnaire, par exemple des notes grammaticales — le nominatif pluriel des noms masculins désignant des personnes: francia, kacia, organiścia, kamracia, wszyscy święcia, umarcia, rekrucia, studencia, swacia, wójcia (F1135-10-141-60-62) — ou encore le poème « Depuis Drohiczyn », qui se moque du zézaiement (F1135-10-141-42a):
Jestem šobʼe panėnecka, né ďʼewcyna Z šadowego m‘asȝta Dro jczyna Mam što złotȳh na proceńće własnej šumy I gram šobʼe na gitarė różne dumy5.
Le contenu des Archives historiques de l’État à Vilnius reflète parfaitement le travail d’organisateur et de collectionneur de Karlovičius, qui concernait non seulement les dialectes polonais, mais aussi les dialectes lituaniens. Sa contribution aux études lituaniennes et à la dialectologie lituanienne est restée peu connue jusqu’à présent, mais cet aspect de son activité est de plus en plus souvent mis en évidence ces derniers temps. Par exemple,
5 Selon les règles orthographiques, le texte se présenterait ainsi:
Jestem sobie panienecka, nie dziewczyna Z szadowego miaszta Dro jczyna Mam szto złotych na procence własnej szumy I gram sobie na gitarze różne dumy.
Le texte présente deux caractéristiques dialectales, à savoir le mazurement (pol. mazurzenie, angl. mazuration): cz > c, ż > z (panienecka, dziewcyna, różne =mots du polonais standardpanieneczka, dziewczyna, różne), et ce qu’on appelle ici la substitution réciproque des sons indiqués: s > sz, z > ż (pol. szadzenie) — des hypercorrectismes apparus pour éviter le mazurement (miaszta, szto złotych, własnej szumy =mots du polonais standardmiasta, sto złotych, własnej sumy).
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Les archives contiennent une riche collection de lettres adressées à Karlovičius par des acteurs et des chercheurs lituaniens: celles de Jono Jūškos (Jan Juszkiewicz), Jono Šliūpas (Jan Szlupa), Jono Jablonskio (Jan Jabloński) et Mečislovo Davainio-Silvestraičio (Mieczysław Dowojna-Sylwestrowicz). Karlovičius correspondait particulièrement activement avec Davainis-Silvestraitis et collaborait étroitement avec lui. Les Archives historiques de l’État de Vilnius conservent une centaine de lettres adressées à Karlovičius par cette figure politique controversée, « fervent admirateur de la langue lituanienne » (cf. Sawaniewska-Mochowa 2003), dont les réalisations dans le domaine des études lituaniennes sont examinées dans un article distinct (Rutkowska 2012); nous nous contenterons donc ici d’attirer l’attention sur cette problématique.
Il convient de rappeler la conception de ce chercheur concernant le traitement lexicographique scientifique du lexique dialectal, exposée dans son ouvrage de 1876 Przyczynki do projektu wielkiego słownika polskiego6, où il écrivait:
La description d’un mot provincial devrait différer très peu de celle des mots de la langue polonaise commune, proposée ci-dessus. [...] Aux catégories qui y sont énumérées, il faudrait seulement en ajouter les suivantes: 1) en indiquant la prononciation du mot, la faire ressortir avec beaucoup de soin; 2) préciser exactement la localité où le mot provincial en question est employé; 3) mentionner si le mot correspondant de la langue polonaise commune est également connu dans cette province ou non; dans le premier cas, indiquer quelle différence caractérise l’usage du mot provincial (p. 44)7.
Cette citation révèle une conception de la phonétique dialectale et de la géographie linguistique chez Karlovičius assez proche de celle de la science contemporaine, et rend compte de sa compréhension des liens entre les dialectes populaires et la langue littéraire.
Karlovičius a beaucoup contribué à l’étude du polonais parlé en Lituanie. De nombreux mots de Lituanie figurent aussi bien dans le Lenkų tarmių žodyne que dans son ouvrage resté inédit de son vivant, Podręcznik czystej polszczyzny dla litwinów i petersbur szczan.... Son manuscrit, découvert dans les archives de Vilnius par Ana Kaupuž (Anna Kaupuż) et préparé pour publication par Elżbieta Smulkova (Elżbieta Smułkowa) (1984), fut d’abord présenté par ces deux autrices (1984), puis étudié de nouveau en profondeur par Zofia Sawaniewska-Mochowa, qui lui consacra la monographie Poradnik Jana Karłowicza jako źródło poznania potocznej polszczyzny północnokresowej. Słownictwo (1990).
Le texte de 6 Przyczynki est aujourd’hui accessible à tous sur le site de la bibliothèque numérique polonaise, www.pbi.edu.pl; 90 photographies illustrent l’ouvrage qui, comme l’indique son titre, est un tiré à part des rapports de l’Académie des sciences de 1876 (Osobne odbicie ze sprawozdań Akademii Umiejętności 1876).
7 Traduction: La description d’un mot dialectal doit différer très peu de celle des mots de la langue polonaise commune, proposée précédemment. [...] Aux catégories qui y sont énumérées, il conviendrait encore d’ajouter les suivantes: 1) en indiquant la prononciation du mot, la faire ressortir avec beaucoup de soin; 2) nommer précisément la localité où ce mot dialectal est employé; 3) noter si le mot correspondant de la langue polonaise commune est connu dans la province ou non; dans le premier cas, expliquer quelle différence apparaît dans l’emploi du mot dialectal.
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4. LE LENKŲ TARMIŲ ŽODYNAS DE JANO KARLOVIČIUS – UN DICTIONNAIRE DE RUPTURE
Il faut sans aucun doute reconnaître dans le Lenkų tarmių žodyną (1900–1911)8 l’ouvrage dialectologique le plus important de Karlovičius: il ouvre une nouvelle étape dans l’histoire de la lexicographie des dialectes polonais. Malgré ses nombreux liens avec les travaux lexicographiques des périodes antérieures, on peut le définir comme un dictionnaire de rupture, qui clôt la deuxième étape et inaugure la période suivante de l’histoire de la lexicographie des dialectes polonais. Comparé aux dictionnaires antérieurs, il se distingue avant tout par la richesse de son contenu et de ses matériaux. En outre, c’est le premier et, jusqu’à aujourd’hui, le seul dictionnaire achevé qui englobe tous les dialectes polonais (à l’exclusion de ceux de l’émigration), et le premier de ce type dans l’ensemble des pays slaves. Le dictionnaire de Karlovičius reste à ce jour une source exhaustive pour le lexique dialectal, bien que de nombreuses lacunes et erreurs aient été relevées depuis sa publication.
Le Lenkų tarmių žodynas de Karlovičius n’a toujours pas fait l’objet d’une monographie complète; seuls certains de ses aspects ont été étudiés. Il convient de signaler la monographie d’Elżbieta Koniusz, Polszczyzna z historycznej Litwy w „Słowniku gwar polskich“ Jana Karłowicza (2001), ainsi que plusieurs de ses articles consacrés au DGP de Karlovičius, notamment à la lexique expressive de la Lituanie historique (Koniusz 2008) et à l’héritage du Grand-Duché de Lituanie dans les travaux lexicographiques de Karlovičius (Koniusz 2005a). Le Lenkų tarmių žodynas a été pris en compte dans la description de l’histoire de la lexicographie des dialectes polonais, dans une monographie qui lui est consacrée (Karas 2011), ainsi que dans un article sur la typologie des dictionnaires de dialectes polonais (Karas 2010). Le lexique du Lenkų tarmių žodyne de Karlovičius a servi de source à une expérience intéressante: la reconstitution de l’ouvrage manquant d’Aleksander Osipowicz, Słownik gwary augustowskiej (Nowowiejski, éd., 2009). Ce dictionnaire figure dans la liste des sources du DGP de Karlovičius en tant que dictionnaire manuscrit et est également cité assez fréquemment dans les articles consacrés aux entrées du DGP, sous l’abréviation Osip. Cela permettait de penser que le dictionnaire reconstitué serait assez complet. Dans l’article d’Henrika Pežova, Jan Karłowicz jako dialektolog, publié dans la brochure commémorative de 1979 de Poradnik Językowy, le Lenkų tarmių žodynas et son évaluation ont fait l’objet d’une réflexion et d’une description.
Le Lenkų tarmių žodyne de Karlovičius rassemble le lexique de tous les dialectes polonais qu’il était possible de recueillir à l’époque, compte tenu de l’état de la recherche sur le lexique des dialectes polonais. Karlovičius acheva en 1896 les relevés d’extraits de sources; de nombreux travaux publiés et manuscrits postérieurs n’ont donc pas été intégrés au dictionnaire. La date de ces relevés explique que le dictionnaire de Karlovičius n’ait pas bénéficié des avancées de la dialectologie, devenue une discipline scientifique au début du XXe siècle grâce à Kazimierz Nitsch. Karlovičius acheva les relevés d’extraits de sources cette année-là dans le but de
8 Après la mort de l’auteur, le tome III fut achevé et édité par Heronimas Lopacinskis (Hieronim Łopaciński) et Vaclovas Tačanovskis (Wacław Taczanowski), tandis que les tomes IV à VI furent édités par Janas Losius (Jan Łoś). Le DGP de Karlovičius fut publié aux frais de l’Académie des sciences de Cracovie.
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s’échapper?
parvenir à traiter une grande quantité de matériaux recueillis pendant trente ans, ou du moins accomplir suffisamment de travaux lexicographiques pour que quelqu’un d’autre puisse poursuivre la rédaction sans trop de difficultés. Il en parle dans la préface du dictionnaire (p. 1):
Prévoyant que je ne pourrais pas tout exploiter, j’ai préféré me limiter aux ressources incomplètes et les publier, plutôt que de multiplier les notes et de les livrer au sort généralement peu favorable des manuscrits posthumes9.
Avec le recul, il apparaît que cette décision était judicieuse, bien que Nitsch ait qualifié l’ouvrage de Karlowicz de prématuré peu après sa parution et l’ait jugé très sévèrement. Toutefois, si ce dictionnaire n’avait pas paru, la Pologne ne disposerait toujours pas d’un dictionnaire de l’ensemble des dialectes, car les travaux entrepris par Nitsch au début du siècle en vue de réaliser un dictionnaire scientifique des dialectes polonais ont progressé et continuent de progresser très lentement (seule une partie des mots commençant par les lettres A–F a été publiée), tandis que le manuscrit posthume de Karlowicz aurait certainement connu un sort « défavorable ».
Le savant s’adressa donc à l’Académie des talents de Cracovie, lui proposant de prendre sous sa protection le dictionnaire en cours de préparation et de le publier. Il convient de souligner qu’il avait affecté dans son testament une somme importante à l’achèvement du dictionnaire, au cas où l’Académie manquerait de fonds (cf. Koniusz 2001: 26). Il avait également chargé son fils Mieczysław de veiller à l’achèvement des travaux. Les circonstances de la création du dictionnaire et l’histoire des travaux qui lui ont été consacrés ont fait l’objet d’une littérature assez abondante (cf., par exemple, Appel 1904; Brückner 1904; Łoś 1904; Kryński 1904; Perzowa 1979; Koniusz 2001: 14–37); le présent article examine donc essentiellement le contenu même du dictionnaire, ses sources, sa conception et ses choix méthodologiques, ainsi que les opinions auxquelles il a donné lieu.
Le dictionnaire de Karlowicz comporte une préface de douze pages, qui fournit de brèves informations sur les matériaux ayant servi de base au dictionnaire, les problèmes orthographiques, ainsi que des remerciements aux personnes ayant fourni des sources (notamment des lexiques manuscrits) et à l’Académie des talents de Cracovie. À cet égard, son ouvrage a été critiqué pour son insuffisance quant aux sources — matériaux essentiels — et à la conception du dictionnaire. On sait que le savant avait l’intention de présenter le dictionnaire plus amplement, comme en témoigne cette phrase de la préface: « une fois l’ouvrage achevé, j’en parlerai plus en détail »; mais la mort l’a empêché de réaliser ce projet.
5. Sources du DIALECTES POLONAIS de Jan Karłowicz
L’examen de la liste des abréviations figurant dans le dernier volume du dictionnaire, où Jan Łoś a déchiffré de nombreuses abréviations obscures, montre que le Dictionnaire des dialectes polonais s’appuie sur diverses sources. On peut énumérer les suivantes:
9 Traduction: Prévoyant que je ne pourrais pas tout exploiter, j’ai préféré me limiter à des ressources incomplètes et les publier, plutôt que de multiplier les notes et de les condamner au sort défavorable des manuscrits posthumes.
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a) diverses publications du XIXe siècle et des périodes antérieures, portant sur des sujets et relevant de types variés (y compris des publications ethnographiques, dialectologiques et folkloriques) (divers travaux publiés dans les revues Wisła, Prace Filologiczne, Biblioteka Warszawska, Rozprawy i Sprawozdania z Posiedzeń Wydziału Filologicznego Akademii Umiejętności w Krakowie, Zbiór Wiadomości do Antropologii Krajowej), les ouvrages d’Oskar Kolberg, des chansons, des contes, des poèmes humoristiques, des légendes et des récits traditionnels de nombreuses régions;
b) 24 glossaires dialectaux manuscrits de portée locale et régionale, provenant notamment des régions suivantes:
de la Małopolska montagneuse (Małopolska górska) – 3,
du Podkarpacie – 2,
de la voïvodie de Łowicz (Łowickie) – 1,
de la voïvodie de Sieradz (Sieradzkie) – 1,
de la voïvodie de Kielce (Kielecczyzna) – 4,
de la voïvodie de Lublin (Lubelszczyzna) – 3,
de la voïvodie de Cracovie (Krakowskie) – 1,
de la voïvodie de Radom (Radomskie) – 2,
de la Mazovie (Mazowsze) – 2,
de la Podlachie (Podlasie) et de la région de Suwałki (Suwalszczyzna) (le glossaire dialectal de Drohiczyn (Drohiczyn), de Ludwik Czarkowski et d’Aleksander Osipowicz Słownik gwary augustowskiej) – 2,
de la Grande-Pologne (Wielkopolska) – 1; (un autre, de J. Milewska, décrit à tort comme provenant de la Grande-Pologne, est en réalité lié aux environs de Ciechanów, en Mazovie (Ciechanów na Mazowszu),
de Lituanie – 1, celui d’un parler de pêcheurs de différentes localités;
c) des matériaux oraux, en particulier de Lituanie (ce que le Dictionnaire indique par « Ust. z Litwy » – « oralement, de Lituanie »);
d) des dictionnaires bilingues et généraux de langue polonaise, ainsi que des dictionnaires spécialisés: le dictionnaire allemand-polonais et polonais-allemand de Mrongowiusz, le Słownik języka polskiego de Samuel B. Linde, le Słownik wileński, les premiers volumes du Słownik warszawski, le Słownik górniczy de H. Łabęcki, le Słownik nazwisk botanicznych zoologicznych polskich d’Erazm Majewski, le Słownik leśny, bartny, bursztyniarski i orylski de Kornel Kozłowski, le Źródłosłownik wyrazów [...] z języków wschodnich de Muchliński, ainsi que des encyclopédies (par exemple, la grande encyclopédie Orgelbrand et l’encyclopédie agricole).
Outre les petits dictionnaires manuscrits, leur nombre a augmenté avec l’apparition des éditions imprimées. À la fin du tome VI, préparé par Jan Losius, la liste des abréviations en recense 22, sans compter les petits dictionnaires joints aux descriptions dialectales ou à des travaux d’autre nature. Biblioteka Warszawska, Wisła, Prace Filologiczne Les petits dictionnaires publiés sont des recueils lexicaux provenant des régions suivantes:
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• Silésie de Cieszyn (Śląsk Cieszyński) – 2,
• Petite-Pologne montagneuse (Małopolska górska) – 4,
• Précarpates (Podkarpacie) – 2,
• Petite-Pologne occidentale (Małopolska zachodnia), bassin de Dąbrowa (Zagłębie Dąbrowskie) – 1,
• Petite-Pologne centrale (Małopolska środkowa), voïvodie de Kielce (Kieleckie) – 2,
• Voïvodie de Cracovie (Krakowskie) – 1,
• Voïvodie de Lublin (Lubelskie) – 1,
• Confins méridionaux (Kresy południowe) – 2,
• Mazovie (Mazowsze) – 3,
• Podlachie (Podlasie) – 2,
• Mazovie et Podlachie réunies (Mazowsze i Podlasie łącznie) – 1,
• Couïavie (Kujawy) – 1,
• Terre de Chełm et Kociewie (ziemia chełmińska i Kociewie) – 1.
Si l’on prend en compte les deux types de dictionnaires, manuscrits et imprimés, on constate que les régions les plus représentées en nombre de dictionnaires sont la Petite-Pologne montagneuse – 7, la voïvodie de Kielce – 6, la Mazovie – 5, les Précarpates – 4, la voïvodie de Lublin – 4, la Podlachie – 4 et les confins orientaux (Kresy wschodnie) – 3.
6. LIMITES TERRITORIALES ET CHRONOLOGIQUES DU DICTIONNAIRE DES DIALECTES POLONAIS
Les limites géographiques du Dictionnaire des dialectes polonais de Karłowicz sont étendues. Il s’agit d’un dictionnaire de tous les dialectes, qui couvre l’ensemble du territoire des dialectes polonais, y compris l’Est, quoique de manière inégale. Cette hétérogénéité du matériau du point de vue territorial, évoquée à plusieurs reprises dans les descriptions de cet ouvrage, s’explique par l’état de la recherche à l’époque et ne dépendait pas de l’auteur. Comme on le sait, les dialectes de l’Est dominent, tandis que ceux de l’Ouest, en particulier de Grande-Pologne et de Silésie, ainsi que les dialectes du nord de la Pologne, par exemple ceux de Warmie, sont faiblement représentés (Nitsch 1911 [1958]: 197, 200). En partie — comme l’a reconnu Nitsch lui-même dans sa cinglante recension du dictionnaire de Karłowicz — cette situation s’expliquait par des raisons objectives, à savoir l’absence de recherches systématiques adéquates dans l’ouest de la Pologne ethnique, ainsi que par le fait que l’auteur du dictionnaire ne pouvait accéder au territoire occupé par les Russes, en raison de son lieu de naissance et de résidence.
Les limites chronologiques du DDP sont peu étendues. Il rassemble des matériaux recueillis avant 1896; le dictionnaire couvre donc chronologiquement, pour l’essentiel, le XIXe siècle (surtout sa seconde moitié), même si des mots des premiers siècles, voire du Moyen Âge, y sont parfois inclus. À cet égard, Nitsch a évalué ainsi le dictionnaire de Karłowicz:
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[...] bien que l’on trouve çà et là dans le Dictionnaire quelque mot dialectal plus ancien, l’auteur ne les a toutefois intégrés à son ouvrage que de façon tout à fait occasionnelle et sans aucun système; nous avons donc affaire uniquement à un dictionnaire des dialectes polonais contemporains (Nitsch 1911 [1958]: 196–197)10.
Il va de soi que la part quantitative et proportionnelle du lexique de certains dialectes et régions dialectales est très inégale dans le dictionnaire. Les lacunes les plus importantes concernent la documentation du lexique de l’ouest de la Pologne, c’est-à-dire de Grande-Pologne et de Silésie. Le lexique de Mazovie, de Petite-Pologne et des territoires non ethniquement polonais (les territoires actuels de la Lituanie, de la Biélorussie et de l’Ukraine) y domine. Nitsch a particulièrement reproché au dictionnaire les mots de « polonité douteuse » (Nitsch 1911 [1958]: 197), notamment les emprunts aux langues slaves occidentales, souvent intégrés par les écrivains de l’époque originaires des anciens territoires orientaux de la République des Deux Nations afin de donner une couleur locale à leurs œuvres. Cette hétérogénéité lexicale au regard de l’ensemble des dialectes polonais a suscité des avis négatifs sur le dictionnaire; il faut toutefois se rappeler qu’elle résultait de l’état de la recherche à l’époque et du manque de matériaux adéquats provenant de l’ouest de la Pologne. La situation s’est améliorée et les matériaux sont apparus plus tard, alors que la rédaction des fragments de texte pour le DDP de Karłowicz était déjà achevée.
Un autre défaut souvent relevé dans l’évaluation de l’œuvre de Karłowicz est l’absence d’uniformité de la localisation (les abréviations des sources étant utilisées au lieu des données de géographie linguistique, ce qui complique l’utilisation du dictionnaire), ainsi que ses lacunes. Après la publication, dans le tome VI, des abréviations de sources obscures déchiffrées par Łoś, ce défaut est moins manifeste. Karłowicz avait conscience de l’importance de la géographie pour le lexique dialectal. Dans son ouvrage de 1876, cité plus haut, Przyczynki do projektu wielkiego słownika polskiego, il soulignait la nécessité de définir précisément la géographie de chaque mot et de localiser exactement chaque citation, en indiquant les villages concernés. L’approche du lexicographe concernant la géographie des mots a été examinée par Elżbieta Koniusz qui, après avoir analysé la géographie historique du lexique lituanien dans le dictionnaire de Karłowicz, a conclu que le DDP de Karłowicz ne s’écartait pas de la conception de la géographie des mots propre à son époque ni de la place qui lui était attribuée dans les recherches dialectologiques; « à cet égard, c’est donc un produit de son temps » (Koniusz 2001: 78). La littérature scientifique souligne cet écart entre la théorie et la pratique de Karłowicz (cf. Karaś 1961: 361; Koniusz 2001: 65; Perzowa 1979: 435). Il convient toutefois de se rappeler que le lexicographe s’est d’abord appuyé sur des recueils du XIXe siècle et des siècles précédents, généralement localisés de manière sommaire, voire dépourvus de localisation (seuls les glossaires de la fin du XIXe siècle indiquaient une localisation assez précise). Ensuite, une tentative de localisation plus précise aurait pris beaucoup de temps et considérablement retardé l’élaboration du dictionnaire. Henryka Perzowa (1979: 435) a correctement évalué la situation: « Karłowicz, maximaliste dans sa conception de 1876, s’est révélé réaliste dans la pratique. Il a élaboré le dictionnaire qu’il était en mesure de réaliser. »
10 Traduction: [...] bien que l’on trouve çà et là dans le dictionnaire quelque mot dialectal plus ancien que l’auteur a intégré à son ouvrage tout à fait par hasard et sans aucun système, il s’agit néanmoins d’un dictionnaire des dialectes polonais d’aujourd’hui.
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7. CONTENU ET OBJECTIFS DU DICTIONNAIRE DES DIALECTES POLONAIS
Karłowicz lui-même indiquait que le Dictionnaire des dialectes polonais comptait plus de 50 000 mots (Koniusz 2001: 27). L’auteure de l’article a calculé que le premier tome compte 7 688 articles, dont 5 209 articles complets (67,8%) et 2 479 articles de renvoi (32,2%). En moyenne, on compte environ 7 700 articles par tome (certains tomes étant plus volumineux). Selon les principes de décompte exposés plus haut, on peut estimer le contenu du DDP de Karłowicz à environ 46 000–50 000 articles lexicographiques, renvois compris. Il s’agit pour l’essentiel d’un dictionnaire différentiel, puisqu’il contient principalement du lexique distinct du lexique général polonais, même s’il s’agit — comme le lui reprochait Nitsch — de matériaux lexicaux relevant du « dialecte quotidien de l’intelligentsia ». Il est difficile de le qualifier de dictionnaire exhaustif.
Outre le lexique des noms communs — conformément à la tradition lexicographique de l’époque, qui consistait à inclure des noms propres choisis dans les glossaires de mots populaires — Karłowicz a également inclus dans son Dictionnaire des dialectes polonais une sélection de diverses catégories de noms propres: des anthroponymes, principalement des prénoms (par ex.: Danilo, Olek, Todora « Théodora », Rozwaligóra « nom de personnage de conte »), des sobriquets (par ex.: Ruchała « sobriquet humoristique »), des noms de famille (par ex.: Szumilas), des ethnonymes (par ex.: Rusak / Rusek « Russe », Rusin, Rusnak « Ukrainien », Szwab « Allemand », Szwed « Suédois »), des noms géographiques, principalement des toponymes, non seulement de grandes villes polonaises (par ex.: Dłutów, Garwolin, Gdańsk, Gdów, Rado, Rudawa, Rzeszów, Rzym, Sambor, Stradom) et des noms de villages (par ex.: Daniec, Balice), des adjectifs dérivés (par ex.: rzeszowski, dłutowski) et des gentilés (par ex.: Gdańszczanin, Rudawianka), des noms de régions (par ex.: Ruś), des noms de fleuves et de sommets (par ex.: Dniestr, Babia Góra). Cette sélection s’explique par les matériaux du XIXe siècle sur lesquels Karłowicz a fondé son dictionnaire. Les limites chronologiques du lexique recueilli dans le DDP de Karłowicz sont peu étendues, puisqu’il couvre essentiellement le lexique des dialectes polonais du XIXe siècle, même si l’on y trouve des formes plus anciennes, datant parfois du Moyen Âge. Le dictionnaire de Karłowicz peut être considéré comme un dictionnaire dialectal synchronique.
Selon les intentions de l’auteur, le dictionnaire devait s’adresser à un public plus large, et pas seulement aux linguistes. C’est pourquoi les citations ont été transcrites selon les règles orthographiques de l’époque, et non selon les principes de la transcription phonétique. La vocation du DDP et les intentions de son auteur sont bien illustrées par l’une des premières recensions de l’ouvrage de Karłowicz, celle de Stanisław Dobrzycki, qui écrivait en 1904 dans les pages de Poradnik Językowy:
Cet ouvrage, du point de vue scientifique, compte parmi les meilleures productions récentes de la science polonaise; il sera utile au chercheur de la langue polonaise, qu’il s’intéresse à la dialectologie ou à l’histoire de la langue; il sera utile au psychologue de cette langue; il sera utile
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également ethnographe, sociologue, etc. — et, avec le temps, on verra comment ce dictionnaire deviendra tout simplement indispensable (Dobrycki 1904: 52)11.
À cette fin, le dictionnaire consacre une place importante à l’information ethnographique, souvent à la description détaillée de divers éléments de la culture populaire; il relève donc non seulement des dictionnaires linguistiques, mais aussi des dictionnaires linguistiques et ethnographiques.
8. MICROSTRUCTURE DU DICTIONNAIRE DES DIALECTES POLONAIS
La structure d’un article de dictionnaire est la suivante:
a) l’entrée est mise en évidence par une typographie espacée; il s’agit le plus souvent d’un seul mot, suivi de variantes phonétiques (par exemple, dans l’article Adwent: Agwynt, Agwent, Jadwent, Jadwynt, Jadwint, Jadwient, etc.); les formes phonétiques parallèles des mots polonais courants (souvent lexicalisées) sont rarement illustrées par des citations, cf. par exemple l’article:
Cmentarz: »Centyrz« Goszcz. 132. »Polana, zwana Centyrz« Siem. 113. Rozpr. XVII, 21. »Cmentach« Aten. VI, 118. »Za cmentarzę« Hilf. 130. »Do cmąt arza« ib. »Smentarz« Kuj. I, 164. Zb. XI, 121. »Cwentarz« Zb. I, 61. »Smyntárz« Rozpr. IX, 198. «Smentárz« ib. 199. »Smińtárz« Derd. 18. »Smintárz« Kętrz 58. »Swintárz« Pr.fil. IV, 257. »Cméntárz« Wisła VIII, 147. »Smętárz« Kaspr. 111. »Cyntyrz« Cer.
b) la définition du sens — le plus souvent des définitions synonymiques et descriptives, après le signe =;
c) une citation plus longue ou simplement un bref contexte illustrant l’emploi du mot; en l’absence de tout contexte, la localisation de l’entrée ou de sa variante phonétique;
d) les citations et/ou la localisation du mot, généralement sous la forme d’une abréviation de la source, parfois complétée par des indications sur la répartition géographique du mot, sa fréquence ou, parfois, des informations étymologiques, par exemple dans les entrées:
Niewodniczy = pêcheur expérimenté, pêcheur, officier de cour chargé de surveiller les prises. Ust. de Lituanie (mot traditionnel, aujourd’hui apparemment inusité K.); Nogować = courir, filer. Kuj. II, 273. Wisła IV, 843.;
Siurek = vaurien (all. Schurke): »A ja ciebie siurku (łotrze) nie chcę« Kętrz. 54. [...]
11 Traduction: Du point de vue scientifique, cet ouvrage est ce que la science polonaise a publié de meilleur ces derniers temps; le chercheur en langue polonaise le consultera lorsqu’il s’occupera de dialectologie ou d’histoire de la langue, tout comme le psychologue de cette même langue, ainsi que l’ethnographe, le sociologue, etc. — avec le temps, on verra combien ce dictionnaire devient tout simplement indispensable.
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e) après le signe ‖ sont présentées des formes morphologiques atypiques ou d’autres significations d’unités polysémiques (B1erwa = »owca (mot augmentatif; (lituanien: augmentatif«); ‖ »B1erwa = twarz szeroka i niekrztałtna – ‘visage large et peu gracieux’«), ou des locutions phraséologiques (par exemple, dans l’article Ciepły: ‖ »’Ciepłe twoje słowo’ = jeżeli ktoś coś obiecuje, o kim wątpią, żeby dotrzymał – lituanien: si quelqu’un promet quelque chose et que l’on doute qu’il tienne parole« Zb. I, 65), des comparaisons (par exemple, ‖ Błogi oset = »Carduus Mariae« dans l’article Błogi), ou d’autres remarques;
f) il peut y avoir un renvoi à un autre article.
Exemple d’article consacré à un mot monosémique:
Bladusia = blada dziewczyna: »Wyganiaj woły, bladusiu!« Kuj. II, 143. »(Gęsi) pomąciły w stawie wodę mojej bladusi« Pozn. III, 64. Wisła VIII, 491. »Ponoś mię, bladusiu, pięknie osukała« Zb. IV, 154, n 229. Por. Bladunia.
Exemple d’un article plus développé, consacré à un mot polysémique:
Żywnie: »Żywnie = żyw np. jako zywnie tego nie widziałem« Rozpr. VIII, 179. »Żywnie nie wiem, co staremu warzą?« Kuj. i, 270 i 271. »Tom sablom, uo zywnie zamyślis, syćko wybijes« Zb. VII, 18. ‖ »Żywnie = jedynie, tylko do upodobania, podług życzenia« Święt. »Zapuscąły sie te wyrodki... na wsýckie jak jęno zywnie strony« Zb. VII, 45. ‖ »zywnie = bardzo, wiele np. na ślub jechała, zywnie przez drogę płakała« (rzewnie) Fed. 414. »Żywnie płakała« Rog. n 131. Por. Rzewnie.
Karlowicz réunissait souvent sous des entrées des familles entières de mots, ou une partie de celles-ci, en particulier certains dérivés: diminutifs ou augmentatifs, et parfois des formes morphologiquement différentes, déterminées par la région, par exemple des substantifs qui diffèrent par le genre grammatical. Voir, par exemple, l’article Podwórze, dans lequel le lexicographe a recueilli les formes régionales, classées selon leur genre, ainsi que les diminutifs qui en sont dérivés, par exemple:
‖ Podwórz [...] ‖ Podwórek [...] ‖ Podwóreczek [...] ‖ Podwyrek [...] ‖ Podwyreczko [...] ‖ Podwórcę [...] ‖ Podworyszek.
Du point de vue éditorial, les règles n’étaient pas appliquées uniformément: les mots dérivés peuvent, par exemple, apparaître après le signe ‖ (cf. wyżej Podwóreczek, Podwyreczko, Podworyszek) ou au début de l’article, en deuxième position après l’entrée, cf.: Cierepa, Cierepka = liche naczynko (gliniane) – lituanien: « petit récipient (en terre cuite) ». Parfois, le début de l’article présente deux formes phonétiques ou morphologiques, reliées comme variantes par la conjonction albo « ou », mais d’autres formes parallèles du mot vedette apparaissent ensuite dans la suite de l’article, après le signe ‖, cf.:
Bulbowiny, s. f. Bulbownik = »feuille de pomme de terre« O. ‖ »Bulwicze, s. Bulwiny, s. f. = feuille de pommes de terre« Pr.fil. III, 367.
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Ces formes qui diffèrent sur les plans morphologique et sémantique, parfois des mots dérivés, sont présentées sans le signe ‖, cf.:
Bzducha ou Bzdziucha = espèce de champignon, de plante O. (...) »Pãkacina ou Bździuch = groseilles noires « Zb. VIII, 257. »Bzdziuszka = dinde, dinde, en Lituanie souci = tagetes patula« Lub. I, 68. »Bzdziuch = petit champignon arrondi, rempli de poussière « pr.fil. IV, 804. Même chose chez Osip.
Malgré ces défauts, les articles consacrés aux entrées sont suffisamment compréhensibles et contiennent beaucoup d’informations importantes sur le lexique recueilli. Il est difficile d’en déterminer la répartition géographique, car il faut comparer les abréviations bibliographiques avec la liste des abréviations fournie par Losius dans le dernier tome du dictionnaire. Toutefois, l’information bibliographique — comme cela a été souligné lors de l’examen du dictionnaire (cf. Karaś 1961: 361) — est, pour l’essentiel, complète.
Dans les citations des sources, Karlovičius modifiait légèrement l’orthographe et en uniformisait la transcription, car il voulait éviter « la bigarrure qui ferait obstacle aux lecteurs » (introduction de Karlovičius au LŽT). Il choisit une orthographe conforme à celle de la langue littéraire et standard, pour le large public auquel le dictionnaire était destiné. Il n’utilisa que quelques signes spécifiques pour les sons qui ne se trouvent pas dans toute la Pologne, en particulier les voyelles accentuées: á, é.
9. RÉACTIONS AU DICTIONNAIRE DE JANO KARLOVIČIUS
DES DIALECTES POLONAIS
L’ouvrage de Karlovičius — comme l’a souligné Elżbieta Koniusz — est devenu « l’objet d’appréciations diverses, allant de l’enthousiasme à la grande critique » (2001: 7). Au début, comme on le sait, parurent des comptes rendus très positifs: ceux d’Aleksander Brückner (1901, 1902, 1904), de Stanisław Dobrzycki (1901, 1904), de Władysław Nehring (1901, 1903), d’Adam Antoni Kryński (1901, 1907) et de Jan Łoś (1904). Ils soulignaient:
a) le caractère novateur de l’ouvrage de Karlovičius, l’ampleur de son travail pionnier et les difficultés qui y étaient associées (Brückner, Łoś);
b) la diversité des matériaux et l’abondance de sources souvent difficiles d’accès (Brückner, Łoś, Dobrzycki), tout en reconnaissant leur caractère incomplet, puisque, selon la formule de Łoś, ces matériaux formaient « une véritable mer à boire » (cité d’après: Perzowa 1979: 432);
c) la facilité à retrouver le mot recherché grâce à l’orthographe polonaise standard des entrées (Nehring);
d) la simplicité et la précision des définitions (Nehring);
e) la présentation des différents sens d’un même mot (Dobrzycki);
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f) l’indication de formes grammaticales rares (Neringas);
g) un aperçu des différentes formes du mot, de ses variantes et de ses limites territoriales (Dobžyckis);
h) de nombreuses citations — des « citations exactes et soigneusement choisies » — et la possibilité de les vérifier grâce à la localisation indiquée (Dobžyckis);
i) de brèves remarques et références de l’auteur (Neringas);
j) l’enrichissement de l’article consacré au mot vedette par la description de coutumes, de rites et de vêtements, ainsi que par des éléments ethnographiques et folkloriques (Briukneris);
k) l’adéquation du dictionnaire à différentes recherches lexicales, plus précisément à celles portant sur l’onomastique (Neringas) et l’étymologie (Dobžyckis);
l) le développement et la diffusion des connaissances en dialectologie (Dobžyckis).
Pour conclure sa recension de l’ouvrage de Karlovičius, Losius a souligné son importance non seulement pour la linguistique, mais aussi pour la société dans son ensemble:
Comme toute bonne chose, le « Dictionnaire des parlers polonais » est un ouvrage très utile, non seulement pour ceux qui étudient particulièrement la langue, mais aussi pour de larges cercles; par sa réalisation, par l’abondance des matériaux qu’il contient et par l’immense travail qui y a été consacré, il constitue la plus belle feuille de laurier dans la couronne des mérites de Jan Karlowicz, ainsi que l’une des pierres angulaires de la linguistique polonaise (Loś 1904: 180)12.
Dans les premières recensions, des avis critiques apparaissaient parfois. Neringas a, par exemple, relevé l’absence de sources, des abréviations parfois peu claires et le manque d’informations sur certains mots « énigmatiques », notamment ceux d’origine étrangère (cf. Perzowa 1979: 432).
La première recension très critique fut écrite et publiée par Nitsch en 1911, à la parution du dictionnaire de Karlovičius. Jusqu’à présent, cette recension a influencé l’opinion d’autres chercheurs sur le dictionnaire. Le fondateur de la dialectologie polonaise reprochait à l’ouvrage de graves erreurs touchant à la « fiabilité des matériaux » et au « traitement scientifique ». Parmi les principales causes des imperfections du dictionnaire de Karlovičius, Nitsch mentionnait le fait que l’ouvrage avait été préparé trop tôt, sans tenir compte des limites ni spatiales ni temporelles, et sans que sa forme prenne en considération le tournant méthodologique survenu dans la dialectologie polonaise au début du XXe siècle. Pourtant, lorsqu’il acheva en 1896 la transcription des extraits de textes, le lexicographe s’appuyait essentiellement sur la dialectologie préscientifique. Parmi les erreurs et lacunes qui déterminent l’évaluation négative du dictionnaire de Karlovičius, Nitsch énumère les suivantes:
a) l’absence de critères clairs pour la sélection des mots (par exemple, la prise en compte de mots artificiels, de néologismes individuels, de mots au « polonais douteux », notamment de divers
12 Traduction: Comme toute bonne chose, le Dictionnaire des parlers polonais est un ouvrage très utile, non seulement pour ceux qui étudient la langue en profondeur, mais aussi pour un large public; compte tenu du traitement et de l’abondance des matériaux qu’il contient, ainsi que de l’immense travail qui y a été consacré, il constitue la plus belle feuille de laurier dans la couronne des mérites de Jan Karlowicz, et l’une des pierres angulaires de la linguistique polonaise.
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les emprunts au ruthène, fréquemment utilisés par les écrivains du Grand-Duché de Lituanie et d’Ukraine afin de conférer à leurs textes une couleur locale, le lexique relevant du « dialecte quotidien de l’intelligentsia », les noms de personnes, etc.);
b) l’inégale répartition géographique des matériaux (les dialectes orientaux dominent, les dialectes périphériques sont trop nombreux et proviennent de territoires ethniques extérieurs à la Pologne; les dialectes occidentaux sont peu représentés, en particulier ceux de Grande-Pologne et de Silésie);
c) l’absence d’une liste exhaustive des sources et d’une caractérisation de leur valeur linguistique (références à des travaux ou à des textes dialectaux professionnels, précieux tant par leur contenu que par leur phonétique, à des recueils non professionnels mais fiables, à des ouvrages du type de ceux d’Oskar Kolberg, ainsi qu’à des œuvres littéraires et scientifiques et à des travaux ethnographiques de vulgarisation), ce qui rend la valeur des matériaux lexicaux retenus difficile à déterminer (parfois obscure ou douteuse);
d) la qualité insuffisante de ces sources (par exemple, la qualité douteuse des matériaux tirés de chansons, de poèmes humoristiques et de contes, surtout lorsqu’ils proviennent des anciens territoires orientaux de la République des Deux Nations);
e) des lacunes et des incohérences dans la localisation des matériaux, des modes de citation différents pour une même œuvre, ainsi que des citations inexactes;
f) une présentation erronée et lacunaire de la morphologie dialectale en de nombreux endroits, qui ne permet pas de se faire une idée de la répartition territoriale de ces formes, ainsi qu’un traitement libre et incomplet des matériaux syntaxiques;
g) l’absence d’explications et de renvois concernant la structure (le système) du dictionnaire;
h) le chaos orthographique, le manque de cohérence dans l’emploi d’une orthographe simplifiée pour les citations, l’imprécision des transcriptions, l’absence de discernement « quant à la valeur scientifique des transcriptions et l’ignorance des meilleures d’entre elles, la préférence accordée aux moins bonnes », ainsi que l’absence d’explications sur cette orthographe (« les règles, appliquées de manière différente selon les endroits du dictionnaire, sont tout à fait libres et négligentes », p. 210);
i) un trop grand nombre de mots vedettes (de renvoi), des formes erronées de mots vedettes résultant d’une « attitude inconsidérée et dépourvue d’esprit critique à l’égard des sources », du « non-respect des règles phonétiques », p. 215);
j) un système obscur, tant dans les articles consacrés aux mots vedettes que dans l’ensemble de l’ouvrage;
k) l’absence de discussion du système de présentation des sens et l’absence d’organisation des sens des mots polysémiques.
Dans ses conclusions, Nitsch écrivait:
Il en va autrement du fait qu’il a entrepris un travail dépassant les forces d’un seul homme, qu’il n’a pas réussi à atteindre l’exhaustivité dès la collecte des matériaux, et encore moins à les soumettre à la critique indispensable, et que, de manière générale, l’exécution tout entière est défaillante à tous égards. Je devais souligner clairement cet aspect, d’autant plus vivement que les enthousiasmes dépourvus d’esprit critique à l’égard du Dictionnaire sont nombreux, afin que nous prenions clairement conscience qu’on ne peut continuer à travailler ainsi et que, même quinze ans auparavant, il était insuffisant
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, et serait aujourd’hui franchement anachronique (...). Car c’est précisément l’absence totale de méthode, voire le mépris de tout système précis et homogène, qui provoquait cette immense quantité d’imprécisions dans le dictionnaire, qui ne permettait jamais de lui faire confiance sans consulter les sources. (...) l’entreprise tout entière était décidément prématurée. À bien des égards, c’est effectivement le cas: sans travaux systématiques détaillés (...), on ne peut envisager la « construction d’un code des parlers », non seulement « magnifique », mais même modeste. C’est pourquoi l’ouvrage en question ne constitue pas encore une « pierre angulaire » de cette « construction ». Pourtant, il est heureux qu’il existe, heureux que nous disposions au moins d’un tel index, qui révèle en même temps les diverses lacunes dans ce domaine ainsi que la nécessité d’un autre type de travail au XXe siècle, si nous voulons un jour posséder un « Thesaurus » des parlers polonais13.
Le critique reconnaissait que l’ouvrage était prématuré; toutefois, malgré le fait que l’achèvement d’un deuxième dictionnaire scientifique couvrant tous les parlers soit prévu (au rythme actuel des travaux) dans 40 ans seulement (Popowska-Taborska 2006: 42), il faut se réjouir que le dictionnaire, bien qu’inachevé, ait paru dans son intégralité. Dans ce contexte, cette opinion perd manifestement toute sa valeur.
Avec le temps, les opinions sur le Dictionnaire des parlers polonais se sont adoucies: ses qualités ont été mises en lumière et appréciées au regard de leur adéquation avec la lexicographie des XIXe et XXe siècles.
Les appréciations ultérieures, formulées avec le recul, ont montré que le dictionnaire de Karłowicz est un ouvrage scientifique élaboré selon les pratiques lexicographiques du XIXe siècle et fondé sur les connaissances dialectologiques de l’époque. Aujourd’hui, plusieurs années après la vive critique du dictionnaire exprimée par Nitsch, les opinions formulées mettent en évidence l’importance de l’ouvrage étudié.
La déclaration de Mieczysław Karaś fut particulièrement importante: tout en constatant que le dictionnaire de Karłowicz n’apportait pas de solutions méthodologiques nouvelles, il soulignait qu’il reflétait fidèlement les fondements de la recherche au tournant des XIXe et XXe siècles et mettait fortement en relief son importance:
Sans aucun doute, l’importance du Dictionnaire des parlers polonais est immense et, malgré ses nombreuses lacunes, souvent relevées, il constitue, dans le développement de la lexicographie dialectale polonaise,
13 Traduction: Autre chose: [Karłowicz] s’est attaqué à une tâche dépassant les forces d’un seul homme; même en réunissant les matériaux, il n’a pas réussi à atteindre l’exhaustivité, et encore moins à présenter l’ouvrage à ses critiques; sa préparation était donc inadéquate à tous égards. J’aurais dû souligner clairement cet aspect: l’abondance d’opinions peu critiques sur le dictionnaire doit nous aider à comprendre clairement qu’il est impossible de poursuivre le travail de cette manière; il est évident que même il y a quinze ans, le dictionnaire était incomplet, et qu’aujourd’hui il serait tout simplement anachronique [...]. Le manque de méthode, voire le mépris d’un système plus précis ou cohérent, a engendré un dictionnaire imprécis, auquel on ne peut jamais faire confiance sans consulter les sources. [...] L’entreprise tout entière était prématurée. À bien des égards, cela compte: sans travaux systématiques plus approfondis [...], on ne peut envisager une quelconque « structure d’un code des parlers », même très modeste. L’ouvrage étudié ne constitue donc pas les « fondations » de cette « structure ». Pourtant, il est heureux qu’[il] existe; heureux que nous disposions au moins d’un tel index, qui signale aussi les diverses lacunes de ce domaine et l’objectif du XXe siècle: un Thesaurus des parlers polonais.
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une importance considérable. [...] Dès la publication de l’ouvrage de Karłowicz, on avait déjà conscience que son dictionnaire n’était qu’une étape importante dans le développement des recherches dialectales, qui ne faisait que clore les acquis lexicographiques du XIXe siècle. (Karaś 1961: 363)14.
Henrika Perzowa a formulé une appréciation similaire en 1979, attirant l’attention sur le rôle de pionnier de Karłowicz dans la linguistique scientifique, sur sa conception scientifique de l’élaboration du lexique dialectal, ainsi que sur les possibilités dont on disposait alors pour préparer un tel dictionnaire (Perzowa 1979: 434–435).
10. RECHERCHES CONTEMPORAINES SUR LE DICTIONNAIRE DES DIALECTES POLONAIS DE JAN KARŁOWICZ
Les recherches contemporaines sur le Dictionnaire des dialectes polonais de Karłowicz révèlent ses mérites jusqu’ici passés sous silence, sans nier ses défauts évidents et en examinant leurs causes. Elżbieta Koniusz, qui a étudié le lexique de la Lituanie historique dans le Dictionnaire des dialectes polonais de Karłowicz, a souligné que l’évaluation objective de cet ouvrage devait se faire du point de vue de l’époque où il a paru. Si Karłowicz avait entrepris de modifier la conception de l’ouvrage, mûrement réfléchie et déjà mise en œuvre, de sélectionner et de compléter les sources, le dictionnaire n’aurait jamais été écrit. La « collection » de Karłowicz — malgré certaines lacunes, du point de vue géographique — est considérée par les utilisateurs contemporains comme utile, et non comme un « index anachronique de mots » (Koniusz 2001: 78–79).
De même, Joanna Okoniowa, rédactrice en chef du nouveau Dictionnaire des dialectes polonais de l’Académie polonaise des sciences, porte un jugement favorable sur les travaux de Karłowicz, rappelant que « des générations de chercheurs y ont puisé, et y puisent encore, non seulement une riche matière, mais aussi une source d’inspiration et des idées d’interprétation ». Évoquant le compte rendu critique de Nitsch, elle a souligné que l’autorité du fondateur de la dialectologie scientifique polonaise était si grande que « cette appréciation offensante et négative en de nombreux endroits est restée longtemps attachée au dictionnaire de Karłowicz ». Ce n’est que récemment que l’on a recommencé à s’intéresser au Dictionnaire des dialectes polonais en tant que source sous-estimée pour les recherches linguistiques (Okoniowa 2003: 249).
Les évaluations du Dictionnaire des dialectes polonais de Karłowicz présentées plus haut montrent comment la prise en compte de l’époque où il a paru, une perspective temporelle plus longue et l’expérience acquise dans le cadre des travaux sur un nouveau dictionnaire des dialectes polonais, suivant la conception de Nitsch, ensuite modifiée par Mieczysław Karaś, rédacteur en chef du dictionnaire des dialectes polonais de l’Académie polonaise des sciences, ainsi que ses
14 Traduction: Sans aucun doute, la valeur du Dictionnaire des dialectes polonais est immense et, malgré ses nombreuses lacunes, souvent soulignées, il revêt une grande importance pour la lexicographie croissante des dialectes polonais. [...] Lors de l’impression de l’ouvrage de Karłowicz, on a compris que son dictionnaire constituait une étape importante dans le développement des études dialectales, achevant les réalisations de la lexicographie du XIXe siècle.
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successeurs ont influencé l’opinion sur cet ouvrage. Cela montre combien le compte rendu de Nitsch était fondamentalement injuste et offensant, malgré la pertinence de ses observations essentielles et de ses conclusions scientifiques, formulées du point de vue d’une nouvelle époque de la science et d’une nouvelle conception du dictionnaire dialectal. En évaluant le dictionnaire, l’auteur du compte rendu n’a pas suffisamment pris en considération des facteurs essentiels, tels que les pratiques lexicographiques de l’époque, l’état des recherches sur les dialectes populaires polonais et de la dialectologie, la démarche pragmatique consistant à achever le dictionnaire le plus rapidement possible, l’ampleur excessive du matériau pour qu’une seule personne puisse le traiter, etc. Aujourd’hui, le dictionnaire et son auteur sont justement appréciés, et l’on souligne que le dictionnaire de Karłowicz demeure un auxiliaire important et inestimable pour l’étude du lexique dialectal, et qu’il est, après vérification, une source du nouveau Dictionnaire des dialectes polonais de l’Académie polonaise des sciences. Karłowicz y voyait à juste titre « les fondations d’une magnifique structure de notre code dialectal ».
* * *
Pour conclure, il convient de rappeler l’opinion de Stefan Żeromski sur le mérite de Karłowicz pour le développement de la dialectologie polonaise, formulée avec une remarquable précision et justesse dans son œuvre Snobizm i postęp:
Jan Karłowicz a rendu d’extraordinaires services à l’étude des dialectes. Il ne s’est pas contenté de faire publier le « Dictionnaire des dialectes polonais »; il a aussi su trouver et encourager toute une série de collaborateurs qui, grâce à son initiative et à sa direction, se sont mis à recueillir des matériaux et à rédiger des dictionnaires locaux. À l’époque de Jan Karłowicz, il existait un véritable mouvement intellectuel; on percevait un « courant » orienté vers l’étude de la culture populaire et la collecte des parlers populaires (d’après: Karaś 2011: 92–93)15.
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15 Vertimas: Ypatingus nuopelnus dialektologijai pelnė Janas Karlovičius. Jis ne tik išleido Lenkų tarmių žodyną, bet ir sugebėjo surasti ir paskatinti daugelį darbuotojų, kurie jo iniciatyva ir jam vadovaujant pradėjo kaupti medžiagą ir sudarinėti vietinius žodynus. Jano Karlovičiaus laikais vyko akivaizdus protų judėjimas, buvo matoma etnografijos ir liaudies tarmių kaupimo „srovė“ (pagal: Karaś 2011: 92–93).
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Jan Karłowicz’s contribution to dialectology. Słownik gwar polskich [Dictionary of Polish Dialects] as a breakthrough project
SUMMARY
The paper discusses the contribution of Jan Karłowicz (1836–1903) to the development of Polish dialectology, and presents the “Dictionary of Polish Dialects” as a major breakthrough in the Polish dialectal lexicography. Jan Karłowicz, who has been long fiercely, though unjustly, criticized as a linguist (lexicographer and dialectologist), is currently re-discovered and esteemed as an organizer of scientific life. Karłowicz’s contribution to the research on dialects is much more serious than what it has hitherto been considered, and it involves an aspect of his work that has been scarcely emphasized and appreciated; namely, ethnographical and dialectological field studies that he initiated and organized.
His organizational work is attested in the prolific correspondence preserved e.g. in the Lithuanian State Historical Archives. It exemplifies Karłowicz’s co-operation with both professional scientists and laymen (enthusiasts of folklore, dialects and of broadly understood folk culture) as far as collecting ‘folk objects’ is concerned. The majority of his co-operators worked for the ethnographical journal “Wisła” that was edited by Karłowicz, and wrote articles devoted to folk culture, as well as compiled dialectal dictionaries of particular villages or small regions. Thus, the Vilnius archives mirror vividly Karłowicz’s work as an organizer and collector of information on both Polish and – what is important – Lithuanian dialects. His contribution to the Lithuanian studies and Lithuanian dialectology has hitherto been little acknowledged, nonetheless currently this aspect of his work is much more often pointed to.
Undoubtedly, Karłowicz’s major dialectological work is Słownik gwar polskich (1900–1911) [Dictionary of Polish Dialects] which has begun a new era in the history of the Polish dialectal lexicography. Though it still draws on previously published dictionaries, it can be described as a breakthrough project that marks the ending of the second period of the Polish dialectal lexicography and opens a new one. This conclusion is based on two features of Karłowicz’s dictionary. Firstly, as compared to previously complied dictionaries, its content and source data are immense. Secondly, it’s the first complete Slavonic dictionary (and actually the only one) covering all the dialects (except for the emigrant ones), although with a variable degree of precision. While many shortcomings of the dictionary have been pointed to from the day of its publication, it remains a valuable source of information on dialectal vocabulary. The paper discusses mainly the content of the dictionary, its sources, concept, methodology applied, as well as various opinions on the dictionary.
Įteikta 2012 m. rugsėjo 26 d.
HALINA KARAŚ
Varšuvos universitetas, Lenkų kalbos institutas
Krakowskie Przedmieście g. 26/28, 00-927 Warszawa, Polska
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