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LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI XXIII (1983)
РЕГИНА ВЯНСАЙТЕ
QUELQUES CAS D’INTERFÉRENCE DU LITUANIEN DANS LE DISCOURS RUSSE DES LITUANIENS
Comme on le sait, le discours russe dans chaque milieu national, particulièrement dans un contexte linguistique national, présente des caractéristiques spécifiques, ce qui permet de parler de déviations dans le fonctionnement de la langue russe dans différentes régions de l’Union soviétique. On rencontre des écarts par rapport à la norme dans le discours russe des non-Russes, dus soit à une connaissance insuffisante de la grammaire de la langue étudiée, soit à une acquisition incorrecte de certains phénomènes linguistiques du russe. Mais le plus souvent, on observe l’emploi inconscient de faits de la langue maternelle dans le discours russe (interférence du système primaire — la langue maternelle). Ce processus de superposition du système de la langue maternelle à celui de la langue en cours d’acquisition fait apparaître, dans le discours du bilingue, un accent qui constitue une sorte de « miroir » où se reflètent les traits de la langue maternelle.
Dans le discours russe des Lituaniens, c’est avant tout une certaine altération des normes de prononciation du russe littéraire qui attire l’attention. Les locuteurs d’une autre nationalité (en l’occurrence, les Lituaniens) « perçoivent les sonorités d’un discours étranger à travers le prisme du système phonétique de leur langue maternelle. Dotés d’habitudes bien ancrées d’audition et de prononciation des sons de leur langue maternelle, ils ajustent à ces modèles leur perception et leur reproduction des sons inhabituels de la langue étrangère » (Бернштейн С. И., 1937, с. 13). Par exemple, les consonnes dures du russe ж, ш, ц sont inhabituelles pour un Lituanien. Dans son discours, elles sonnent souvent « plus douces » que les [ж], [ш], [ц] normatifs (ж'изнь, выра ж'ение, у'иклон, у'ивилизац'ия, и'грокий, etc.).
La réalisation des voyelles atones est la manifestation la plus répandue et la plus visible de l’accent dans le discours russe des Lituaniens, car le vocalisme russe diffère sensiblement du vocalisme lituanien. Les voyelles russes se caractérisent par une articulation relâchée, peu tendue et glissante, par opposition à l’articulation plus tendue des voyelles en lituanien (Йовайшас В. П., 1979, с. 30). En l’occurrence, cela s’explique par le fait que les voyelles du lituanien littéraire conservent leurs paramètres qualitatifs et quantitatifs en position atone, tandis que les voyelles russes atones sont réduites dans les syllabes prétoniques et post-toniques.
On rencontre une prononciation incorrecte dans les mots автомобиль, автобус, европейский, невроз, Евгений, лавры, ревматизм, etc. Les causes de ces er-
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Page 2reurs s’expliquent par la présence des diphtongues au, eu dans les mots empruntés en lituanien — automobilis, autobusas, europinis, neurozė, Eugenijus, laurai, reumatizmas. On remarque également le transfert de la forme sonore des mots de la langue maternelle dans des mots russes tels que мифология — mitologija, арифметика — aritmetika, Афины — Ačėnai, кафедра — katedra, апофеоз — apoteozė, символ — simbolis, гелий — helis, гармония — harmonija, герб — herbas, гибрид — hibridas, нигилизм — nihilizmas, гекзаметр — hegzametras, герметичный — hermetiškas, галлюцинация — haliucinacija, où t est prononcé à la place de ф, b à la place de в et h à la place de г. Les causes de la prononciation incorrecte de ces mots étrangers et d’autres, ainsi que la présence d’une interférence de ce type, témoignent de la persistance de l’influence des habitudes de prononciation de la langue maternelle. L’accent et les écarts par rapport aux normes de prononciation diminuent considérablement la qualité du discours russe des Lituaniens et en rendent parfois la compréhension difficile.
Les linguistes devraient accorder davantage d’attention aux processus d’interaction entre les langues dans les domaines du lexique et de la phraséologie, car ce sont précisément ces niveaux de langue qui sont les moins stables et les plus ouverts à la pénétration d’éléments étrangers. Ce sont les principaux domaines d’interaction entre les langues. Les nombreux cas de violation des normes de prononciation montrent que l’influence interférentielle du lituanien sur le discours russe des non-Russes se traduit en réalité par un transfert erroné des normes de la langue maternelle vers la langue étudiée. V. Yu. Mikhalchenko, qui étudie le fonctionnement et l’interaction du lituanien et du russe, observe que « les conditions les plus favorables à l’interférence lexico-sémantique se rencontrent lorsque le découpage de la réalité est moins détaillé dans la langue maternelle que dans la seconde langue » (Михальченко В. Ю., 1976, с. 156). Par exemple, au mot lituanien laikyti correspondent en russe держать, сдавать, à aplankyti — посетить, навестить, à debesīs — облако, туча, à draugas — товарищ, друг, à smulkus — подробный, мелкий, à rudas — рыжий, бурый. Ou, inversement, lorsque le mot lituanien a une signification plus précise que ses équivalents lexicaux russes: giedoti, dainuoti — петь, sėdėti, tupėti — сидеть. De tels décalages entre les structures sémantiques des mots russes et lituaniens, ainsi que les différences d’étendue des champs sémantiques dans les deux langues, compliquent l’acquisition de l’autre langue et créent les conditions propices à de nombreuses erreurs. Si une unité de sens lituanienne se caractérise par un champ d’emploi plus large ou, au contraire, plus restreint, et possède un contenu plus riche ou plus pauvre, le Lituanien, se fondant sur son expérience de la langue maternelle, dira: выдержать (au lieu de сдать — lituanien išlaikyti) экзамен; пить жаркий (au lieu de горячий — lituanien karštas) чай; лето я пропустила (au lieu de пробел — lituanien praleisti) à la campagne. Celui qui parle ou écrit met généralement, de manière inconsciente, en correspondance les unités lexicales de la langue maternelle et de la langue en cours d’acquisition, en établissant entre elles des relations d’identité absolue; il en résulte une grave violation des normes d’emploi des mots et l’apparition de combinaisons de mots étrangères au russe.
Nous considérerons comme le degré extrême de l’influence de la langue maternelle le transfert direct d’un mot lituanien dans le discours russe. Cette influence de la langue maternelle se rencontre aux premiers stades du bilinguisme lituanien-russe. Par exemple: В магазине продаются
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Page 3vitrines (au lieu de citrons); cornichon salé dans la saumure (au lieu de dans la saumure); Mon père a rapporté de Crimée des fissures (au lieu de cerises); inspecteur de la recherche criminelle (au lieu de recherche criminelle); bientôt aura lieu le récital de l’organiste Sūrvilaitė; aujourd’hui, j’ai acheté un bon shampo (au lieu de shampoing); les garçons ont mangé des petits pains à la cannelle (au lieu de cannelle), etc. Les mots erronés cités sont formés selon toutes les règles de la langue russe. L’emploi de mots de la langue maternelle dans un discours tenu dans la langue étudiée témoigne clairement de l’influence active de la langue maternelle. Le plus difficile, c’est qu’il est impossible de prévoir des erreurs de ce genre: elles sont accidentelles et profondément individuelles.
La question de l’emploi de mots de la même famille, de forme extérieure similaire mais désignant des notions différentes, est étroitement liée au problème de la maîtrise des normes du russe littéraire. Puisque « la similitude des mots en général, et plus encore leur similitude structurelle, crée un terrain propice à leur confusion dans la pratique langagière et conduit à la violation des règles d’emploi des mots et des normes de combinatoire, ainsi qu’à divers types d’erreurs stylistiques » (Марченко Е., 1980, с. 31), il faut, pour distinguer de tels mots et les employer correctement, tenir compte des différences de sens, de leur combinatoire et de leurs caractéristiques dérivationnelles (présence de suffixes et de préfixes). À l’oral comme à l’écrit, les adjectifs le plus souvent confondus sont искусный – искусственный, употребительский – потребительский, длинный – длительный, знаменитый – знаменательный, зубатый – зубастый, рогатый – рогастый; les noms донос – донесение, достоинность – достоинство, наследие – наследство, известь – известие; les verbes усложнить – осложнить, усвоить – освоить, укрыть – покрыть, упростить – опростить, охватить – обхватить, etc. Chacun des mots cités possède des relations sémantiques et phraséologiques spécifiques, dont il faut tenir compte pour ne pas se tromper dans le choix du mot approprié; chacun a une combinatoire différente et s’emploie dans des contextes différents. La difficulté d’éliminer les erreurs dans le choix du mot approprié (paronyme), liée à la nécessité de neutraliser l’interférence de la langue maternelle, est aggravée par les difficultés spécifiques découlant de l’assimilation des différences de sens entre paronymes, souvent confondus même par les locuteurs natifs du russe (Чепелите Д., 1976, с. 47). La sémantique des mots et des expressions, ainsi que la combinatoire de tel ou tel mot en fonction de son sens, constituent un système si spécifique que son assimilation complète à partir d’une autre mentalité linguistique entraîne des difficultés exceptionnelles.
Les erreurs d’interférence sont très tenaces et difficiles à éliminer. À mesure que l’on passe à des étapes plus avancées de l’apprentissage du russe, ces erreurs deviennent moins fréquentes, mais ne disparaissent pas, même aux dernières étapes de la formation; elles nuisent ainsi à la communicativité du discours et abaissent le niveau général de culture de l’expression orale en russe.
Il faut supposer qu’avec l’amélioration de l’enseignement du russe dans les écoles nationales et les établissements d’enseignement supérieur, le niveau de maîtrise de la langue de communication interethnique s’élèvera considérablement et les normes littéraires du russe seront mieux assimi-
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Page 4lées. Aujourd’hui, une simple connaissance du russe à des fins de communication élémentaire ne suffit pas: il est nécessaire de maîtriser ses normes littéraires et toute la richesse de ses moyens d’expression. L’étude des écarts les plus typiques par rapport à la norme littéraire dans le discours en russe des populations non russophones de l’URSS permettra de décrire plus complètement le russe comme moyen de communication interethnique et d’élaborer des recommandations pratiques visant à améliorer la culture de l’expression orale en russe dans les républiques de l’Union soviétique.
СПИСОК ЛИТЕРАТУРЫ
Бернштейн С. И. Вопросы обучения произношению: Применительно к преподаванию русского языка иностранцам. — М., 1937.
Йовайшас В. П. Об орфографическом минимуме для школ с литовским языком обучения. — В кн.: Вопросы обучения русскому языку в средней школе. Каунас, 1979.
Марченко Е. Смысловой и стилистический отбор слов. — В кн.: Вопросы преподавания русского языка в школе с литовским языком обучения. Каунас, 1980.
Михальченко В. Ю. Типологические особенности литовского и русского языков. — В кн.: Развитие национально-русского двуязычия. М., 1976.
Чепелите Д. Основные типы нарушения лексических норм в русской речи литовцев. — Моск kalba, 1976, Nr. 2.
Яцкявичюс А. Опыт психологического исследования становления устной речи на втором — русском языке. — В кн.: В поисках новых путей развития русской речи / Сост. В. Шярнас. Каунас, 1968.
R. VENSAITĖ
KAI KURIE LIETUVIŲ KALBOS INTERFERENCIJOS ATVEJAI RUSŲ KALBOJE
Reziumė
Dabartinei rusų kalbotyrai labai svarbu aprašyti visus procesus, kurie vyksta rusų kalboje, jai sąveikaujant su kitomis TSRS tautų kalbomis.
Kaip žinoma, rusų kalba kiekvienoje nacionalinėje aplinkoje turi savo specifinių bruožų, kurie pasireiškia nukrypimais nuo jos literatūrinės normos. Rusų literatūrinės kalbos pažeidimai būna įvairios prigimties: vieni jų atsiranda dėl nepakankamo rusų kalbos gramatikos mokėjimo, kiti — klaidingai suvokiant atskirus kalbos faktus. Tačiau dažniausiai nukrypimai esti dėl gimtosios kalbos įtakos (pirminės sistemos, t. y. gimtosios kalbos interferencija).
Lietuvių vartojamoje rusų kalboje pirmiausia krinta į akis tarties iškraipymas. Pavyzdžiui, labai dažnai minkštai tariami visada kieti rusų kalbos priebalsiai [ж], [ш], [ц] (жизнь, широкий, цивилизация). Su ryškiu lietuvių kalbos akcentu yra tariami nekirčiuoti rusų kalbos balsiai, nes rusų kalbos vokalizmas iš esmės skiriasi nuo lietuvių. Lietuvių kalbos balsiai nekirčiuotoje pozicijoje išlaiko savo kokybinius ir kiekybinius parametrus, tuo tarpu rusų kalbos nekirčiuoti balsiai prieš kirčiuotą ir po kirčiuoto skiemens yra redukuojami.
Pagrindinėmis kalbų sąveikos sferomis laikomos leksika ir frazeologija. Palankios sąlygos leksinei-semantinei interferencijai plėtotis susidaro tada, kai vienas lietuvių kalbos žodis turi kelis atitikmenis rusų kalboje, pavyzdžiui, laikyti — держать, считать, smulkus — подробный, мелкий. Arba, atvirkščiai, kada lietuvių kalbos žodžio reikšmė yra siauresnė už rusų kalbos korespond uojančių leksinių vienetų reikšmes: giedoti, dainuoti — петь, tupėti, sėdėti — сидеть.
Daug sunkumų, mokantis rusų kalbos, sudaro ir paronimų vartojimas, pavyzdžiui: искусный — искусственный, длинный — длительный, известь — известие ir t. t.
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Page 5R. VENSAITĖ
MANCHE FÄLLE DER INTERFERENTION DER LITAUISCHEN SPRACHE IM RUSSISCHEN
Zusammenfassung
Bekanntermaßen, hat die russische Sprache in jeder Nationalumgebung seine spezifische Eigenschaften, was uns über manche Abweichungen von der literarischen Norm zu sprechen erlaubt. Die Abweichungen von der literarischen Norm in der russischen Sprache sind verschiedener Natur, die wegen des ungenügenden Wissens der Grammatik oder beim fehlerhaften Studieren mancher Sprachfakten entstehen.
Am häufigsten treffen wir aber die Abweichungen in der russischen Sprache wegen des Einflusses der Muttersprache (des primären Systems, d. h. der Interferention der Muttersprache).
In der russischen Sprache, die Litauer gebrauchen, fallen erstens die Abweichungen von der Aussprache auf, weil die Litauer den Klang der anderen Sprache durch die Fertigkeit seiner Aussprache, nehmen, so z. B., sehr schwer spricht man immer harte Konsonanten der russischen Sprache [ж], [ш], [ц] aus. Die Litauer realisieren sie wie weiche Konsonanten (жизнь, широкий, цивилизация). Am stärksten bemerken wir den Akzent bei der Realisation der unbetonten Vokale, weil die Vokale der russischen Sprache sich wesentlich von der in der litauischen Sprache unterscheiden. Die Vokale in der litauischen Sprache erhalten in der unbetonten Position qualitative und quantitative Parametre, inzwischen die unbetonten Vokale in der russischen Sprache sich vor der betonten und nach der betonten Silbe reduzieren.
Die Hauptsphären der Wechselwirkung der Sprachen sind Lexik und Phraseologie. Alle Bedingungen für die Entwicklung der lexisch-semantischen Interferention sehen wir in den Fällen, wo das litauische Wort einige Entsprechungen in der russischen Sprache hat, z. B., laikyti – держать, сдавать, smulkus – подробный, мелкий, oder umgekehrt, wo die Bedeutung des Wortes in der litauischen Sprache schmaler ist: giedoti, dainuoti – петь; tupėti, sėdėti – сидеть.
Viele Schwierigkeiten gibt es beim Gebrauch der Paronimen, z. B., иску́сный – искусственный, длинный – длительный, известь – известие, усвоить – освоить usw.