„Kaštai“ – vengtina svetimybė ar ekonomikos teorijos neišvengiamybė?
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RAMUNĖ VASKELAITĖ
Banque de Lituanie
COÛTS – EMPRUNT À ÉVITER OU NÉCESSITÉ INÉVITABLE DE LA THÉORIE ÉCONOMIQUE?
MOTS-CLÉS: emprunt, emprunt à éviter, sens du mot, norme, usage, terme, concept.
INTRODUCTION
Les circonstances dans lesquelles la langue lituanienne doit fonctionner depuis une vingtaine d’années expliquent que l’attention des prescripteurs linguistiques se porte principalement sur une couche de lexique emprunté, à savoir les mots étrangers récents. Ces circonstances sont bien connues et compréhensibles: l’élargissement des relations politiques, économiques, culturelles et de presque tous les autres domaines du pays où la langue est utilisée, leur maintien principalement en anglais, l’adhésion à un groupe de pays où l’anglais prédomine également, ainsi que les processus d’intégration, de convergence, de mondialisation, etc., qui renforcent encore le statut de cette langue.
En concentrant l’essentiel de l’attention sur les mots étrangers récents et les principes de leur normalisation, on laisse quelque peu de côté les mots entrés — ou ayant tenté d’entrer — plus anciennement dans la langue lituanienne. Leur problématique du point de vue de la norme est, bien sûr, moindre. Ces mots sont éprouvés pendant assez longtemps dans l’usage, et ceux qui s’avèrent nécessaires y sont généralement consacrés comme norme. À l’inverse, les mots d’origine étrangère qui ne sont pas utiles dans l’usage et peuvent être aisément remplacés par des équivalents autochtones sont le plus souvent laissés en dehors de la norme codifiée. Le critère diachronique de pertinence dans l’usage, déterminé par l’intervalle entre l’entrée du mot étranger dans la langue et le présent, simplifie considérablement la distinction entre les anciens mots étrangers conformes à la norme et ceux qui ne le sont pas. On s’y fie avec assurance non seulement dans les ouvrages normatifs, mais aussi dans les travaux de lexicologie. Dans ces derniers, les mots entrés en lituanien à des périodes antérieures sont répartis entre les emprunts établis dans la langue commune et les mots qui ne sont pas pertinents dans l’usage (Jakaitienė 2010: 233). Dans les publications normatives ou liées à la normalisation, les premiers tendent à être appelés emprunts ou emprunts véritables, les seconds, en soulignant qu’ils ne sont pas recommandés
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pour la langue commune, des mots étrangers (non recommandés, à éviter), en précisant aussi la différence avec les mots non recommandés qui entrent dans la langue à l’époque actuelle: on les appelle anciens mots étrangers (KPP1 1976; KPP2 1985; Girčienė 2004; KP4 2005, 2013; Vaicekauskienė 2007). Les emprunts qui ne sont généralement pas pertinents dans l’usage sont ceux qui ont des équivalents lituaniens appropriés, restituant entièrement le sens du mot étranger.
Le critère diachronique de pertinence dans l’usage devrait, semble-t-il, présupposer une harmonie absolue entre l’usage et la norme, mais peut-on toujours la constater? Les rapports entre l’usage et la norme d’au moins un substantif classé parmi les mots étrangers — kaštas — ne témoignent pas d’une telle harmonie. Dans l’édition de 1976 des Conseils pratiques de langue (ci-après KPP1), ce mot est désigné comme un mot étranger non recommandé (KPP1 1976: 122). Le petit ouvrage Conseils linguistiques (ci-après KP4), qui expose la norme actuelle relative aux emprunts, le juge lui aussi assez sévèrement, comme un mot étranger dont l’emploi est à éviter (KP41 2005: 64); le même degré d’évaluation a été conservé dans la nouvelle édition du petit ouvrage, parue tout récemment (KP42 2013: 37). Pourtant, dans un domaine aussi important de l’usage de la langue commune que la théorie économique, le terme kaštai est largement utilisé. Presque aucun manuel d’économie, y compris les manuels scolaires, ne peut se passer de ce mot et des termes formés avec lui; ceux-ci figurent également dans les dictionnaires terminologiques. Cela permet immédiatement de supposer que l’emploi de ce mot ne constitue pas une violation accidentelle de la norme codifiée, mais une divergence dans l’usage fondée sur certains arguments.
Zofija Babickienė (2012) a attiré l’attention sur le désaccord entre économistes et linguistes au sujet des kaštai, mais elle n’a pas étudié plus avant l’écart entre la norme et l’usage. La question des kaštai en tant que terme économique a été soulevée lors de la troisième conférence organisée le 7 juin 2013 par le Forum de terminologie des institutions et organismes de l’Union européenne et de la Lituanie1, mais une seule discussion de l’après-midi est trop brève pour permettre une analyse approfondie du phénomène. C’est précisément cette discussion qui a incité l’auteure de l’article à examiner plus en détail ce cas exceptionnel de discordance entre norme et usage. Le phénomène est véritablement remarquable: un mot dont l’emploi fait l’objet de corrections depuis près de quarante ans ne disparaît pas de l’usage; il doit donc exister des facteurs importants qui expliquent cette persistance. L’analyse de l’usage dans le domaine économique vise à les déterminer, ou du moins à en discerner quelques-uns, dans la mesure où la compétence d’une linguiste le permet. Il s’agit en effet d’étudier un domaine complexe: la théorie et la science économiques. Les linguistes qui n’ont pas achevé leurs études dans ce domaine ne peuvent en saisir les subtilités.
1 À propos de la conférence et des débats sur la question des kaštai, voir le site Internet du forum, accessible sur Internet <http://ec.europa.eu/translation/lithuanian/ltf/index_lt.htm>.
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Les spécialistes de ce domaine n’ont pas autant de possibilités que les théoriciens de l’économie; certains facteurs peuvent donc leur échapper. D’autre part, les représentants des sciences économiques, qui n’ont généralement pas étudié les sciences du langage, ne sont pas en mesure de saisir toutes les subtilités du système linguistique, de son fonctionnement et de la norme. Cette insuffisance réciproque des compétences est sans doute la raison pour laquelle les aspects linguistiques du problème des kaštų n’ont jusqu’à présent pas été étudiés, et l’absence d’une analyse plus approfondie a pu, à son tour, entraîner un écart entre la norme codifiée et l’usage, ou du moins l’instauration d’une relation problématique entre eux.
Il est particulièrement utile d’examiner dans quelle mesure la contradiction avec la norme codifiée est fondée à partir de textes de ce type, tels que les manuels et les dictionnaires. En effet, les termes y sont non seulement employés, mais aussi expliqués; les notions qu’ils désignent y sont définies, ce qui permet donc de mettre au jour tous les aspects sémantiques du mot considéré. Comme l’ensemble des termes y est présenté, leurs relations apparaissent également. Mais surtout, les manuels et les dictionnaires ne se situent pas à la périphérie ou aux marges de la langue commune. Ils relèvent d’un domaine d’usage de la langue commune d’une importance exceptionnelle, qui exerce une influence considérable sur l’usage dans ce domaine et au-delà2.
DIFFUSION ET INCERTITUDES DE LA NORME ÉCRITE ACTUELLE
Pour évaluer le substantif kaštas, il convient d’abord de consulter les ouvrages qui définissent la norme lexicale du lituanien. Ils sont au nombre de trois, ou de quatre si l’on tient compte de certaines réserves. Il s’agit du Dabartinės lietuvių kalbos žodynas (ci-après DŽ), de KP41 et de KP42; le Lietuvių kalbos žodynas (ci-après LKŽ) ne peut être rangé dans ce groupe qu’avec certaines réserves, car la normalisation linguistique n’est pas son objectif principal. Dans les versions électroniques du DŽe et du LKŽe disponibles en ligne, l’évaluation du mot kaštas est identique à celle des versions imprimées3.
Dans tous les ouvrages, l’évaluation du substantif en question diffère. Dans le LKŽ, le mot kaštui ne fait l’objet d’aucune appréciation négative; seul est indiqué le mot
2 Alors que cet article avait déjà été remis à l’impression, une solution pratique au problème a été entreprise: le terme a été examiné par la VLKK et, sur la base des arguments de spécialistes de l’économie et de la comptabilité, il a été décidé d’en recommander l’emploi dans certains sens comme terme des domaines de l’économie et de la comptabilité de gestion. L’écart entre la norme et l’usage a ainsi été réduit; toutefois, comme le montrent les définitions officiellement reconnues (voir http://www.vlkk.lt/lit/104940),), des questions restent sans réponse. Le présent article pourrait contribuer à réduire davantage cet écart.
3 Nous nous appuyons ci-après sur les versions en ligne du LKŽe et du DŽe; les pages ne sont donc pas indiquées. Si des différences existent entre les versions en ligne et imprimées, c’est la version imprimée qui est mentionnée.
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l’étymon est le substantif polonais koszt, et les localités où l’emprunt a été attesté sont énumérées. À elles seules, elles révèlent une vaste répartition géographique couvrant toutes les régions de Lituanie: Léipalingis, Seirijai, Sìmnas, Liškiavà, Rozalìmas, Dùsetos, Joniškėlis, Pasvalỹs, Skìršnemunė, Viekšniai, Mažeikiai, Plùngė. Des exemples d’usage sont donnés pour Taurágnai, Daukšiai, Bagótsilis, Alytus, Geistarai (Didvyžiai), Veiviržėnai, Alsėdžiai, Rietavas et Kùktiškės. Le fait que kaštas ait également été employé dans la langue écrite est attesté par le Lietuvių–vokiečių ir vokiečių–lietuvių kalbų žodynas de Pilypas Ruigys, daté de 1747 et mentionné dans le LKŽe (l’auteur avait également recueilli des matériaux dans des livres lituaniens), ainsi que par son Lietuvių kalbos tyrinėjimas; par les écrits, parus un peu plus tard, de Jurgis Pabrėža (1771–1849); par le Lietuviškai–latviškai–lenkiškai–rusiškas žodynas (1894) et la Lietuviška gramatika (1886) de Mykolas Miežinis; ainsi que par des exemples tirés du Lietuvių kalbos žodynas d’Antanas Juškevičius (Juška) (1897–1922). Des exemples d’usage écrit sont également tirés des écrits de Simonas Daukantas (1793–1864) et de sources écrites moins connues de l’ancienne Prusse-Orientale et de la région de Klaipėda.
Bien que le LKŽe révèle une aire de diffusion étendue et un usage ancien du mot, cela ne constituerait pas encore un argument en faveur de son emploi dans la langue commune actuelle. La structure du LKŽe montre que l’énumération des lieux où le mot a été attesté relève plutôt d’une marque de registre dialectal, tandis que les écrits anciens n’échappaient pas à l’emploi d’un lexique étranger. D’autre part, la normalisation n’est pas l’objectif principal du LKŽe. Ce dictionnaire est avant tout explicatif et scientifique. Il comporte néanmoins des indications normatives: les mots étrangers sont marqués du signe ×, tandis que les emprunts sont accompagnés, immédiatement après le mot vedette et entre parenthèses, d’un équivalent dans la langue dont ils proviennent. Pour kaštas, un équivalent polonais est indiqué, mais le signe × est absent; le LKŽe ne le considère donc que comme un emprunt. L’indication stylistique psn. (« vieilli »), utilisée dans ce dictionnaire pour signaler les mots rarement employés, est également absente. Certes, le signe × apparaît devant certains mots de la racine kašt- (kaštaunas, kaštaunus, kaštaunai, kaštaunumas et autres), mais il est évident qu’ils sont marqués en raison de caractéristiques dérivationnelles inacceptables en lituanien. Le verbe kaštuoti, comme le mot dont il dérive, est laissé sans marque indiquant son statut de mot étranger dans le LKŽ; seule son origine polonaise est précisée (de kosztować). Cette marque est également absente des dérivés kaštavimas, kaštytis (et įsikaštyti, išsikaštyti), ainsi que kaštuodintis (įsikaštuodinti, išsikaštuodinti). En revanche, la présence de cette marque et l’indication de la forme correcte kaštuoti à l’entrée du verbe kaštavoti montreraient que ce mot est inacceptable en raison de son suffixe non lituanien.
Le terme « kaštas » doit nécessairement être évalué au regard de son usage actuel à partir du DŽ, puisque son introduction précise qu’il s’agit également d’un dictionnaire normatif. À partir du deuxième
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de l’édition parue en 1972 à la dernière, aussi bien 4 autant kaštas que kaštuoti sont signalés par la mention voir (=regarde). Le sens de cette mention n’est pas tout à fait clair. L’édition de 1972 indique qu’elle « oriente le lecteur d’un mot qui n’est pas considéré comme une faute de langue vers un mot plus fréquent, plus courant » (DŽ 1972: III), tandis que les éditions plus récentes précisent qu’elle « renvoie des mots d’usage plus restreint, dialectaux, vieillis, empruntés ou d’autres mots et variantes de formation similaires vers des mots plus largement employés dans la langue standard » (DŽ 2000: XII). Cette mention peut donc signaler non seulement un usage moins fréquent, mais aussi le statut d’emprunt du mot. Si elle ne renvoie qu’à ce dernier aspect, il s’ensuit que kaštas n’est pas corrigé dans le DŽ, d’autant que l’introduction précise que le dictionnaire inclut les anciens emprunts qui se sont implantés dans la langue standard ou qui n’ont pas d’équivalents lituaniens établis (DŽ 2000: VII). Certes, le DŽ inclut également des emprunts non admis dans la langue standard, mais leur statut de mots étrangers est indiqué par l’abréviation ntk. et le signe égal (non admis=). Quelle que soit la raison pour laquelle kaštas est signalé par la mention voir — usage restreint, caractère dialectal, statut d’emprunt ou plusieurs de ces raisons —, il n’est probablement pas considéré comme un mot largement répandu dans la langue standard actuelle.
La décision de renvoyer kaštą vers des mots plus couramment employés pourrait être comprise comme laissant aux usagers la possibilité de décider eux-mêmes dans quelle mesure ce mot leur est nécessaire. Cette liberté de choix est toutefois considérablement limitée par un autre ouvrage normatif sur les emprunts, la brochure KP4 déjà mentionnée. Ici, kaštai (la forme du pluriel est donnée, et non celle du singulier) est qualifié d’emprunt à éviter: emprunt à éviter (KP41 2005: 64). Sont considérés comme à éviter les phénomènes évalués qui ne sont pas reconnus comme relevant de la norme de la langue standard: ils sont déjà non normatifs et sans avenir, ou pas encore normatifs, insuffisamment étudiés, etc. (KP41 2005: 11). Il est clair que kaštai est considéré comme un mot déjà non normatif et sans avenir, mais le fondement d’une telle décision n’est pas clair.
La préface de l’ouvrage indique que l’inclusion des emprunts dans la liste tient compte de deux types de sources: les rectifications écrites antérieures ou actuelles (les éditions de 1976 et 1985 du KPP, la « Liste des principales erreurs de langue » approuvée par le VLKK, les corrections publiées par Pranas Skardžius et Juozas Vaišnys, les bases de consultations linguistiques en ligne, etc.) et l’usage public de la langue parlée (KP41 2005: 5–6). La mention fin., qui indique que l’équivalent sąnaudos est proposé pour les textes financiers, inciterait à douter que cette dernière ait été prise en compte. « Principales erreurs de langue
4 Éditions du DŽ: I – 1954, II – 1972, III – 1993, IV – 2000, V – 2003, VI – 2006, VII – 2012. L’édition de 2006 est disponible en ligne.
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klaidų sąraše“ (LKK 1998: 127–177) nei daiktavardžio kaštai, nei veiksmažodžio kaštuoti nėra. Šie žodžiai taisyti tik 1976 m. KPP1 leidime, tikriausiai ir pasiremta juo, nes į antrąjį leidimą – KPP2, išėjusį 1985 m., žodis kaštai neįtrauktas. DŽe pratarmėje neminimas, bet jei būtų remtasi juo, nebūtų pateikiamas palyginti griežtas žodžio vertinimas. Be to, KP41 teikiamas ir kitoks nei DŽ pakaitas – sąnaudos. Tai, kad vengtina svetimybe laikomas daugiskaita pavartotas daiktavardis ir jis taisomas kaip finansų srities terminas, leistų daryti prielaidą, kad žodis vertinamas kaip leksikalizavęsis, t. y. terminijoje įgijęs kitą reikšmę.
Cependant, la plausibilité d’une telle hypothèse est amoindrie par le KP42. Dans la liste des emprunts lexicaux qui y figure, kaštai est également évalué comme un emprunt étranger à éviter dans le domaine financier (KP42 2013: 37), mais trois substituts sont proposés, dont deux — išlaidos, lėšos — coïncident avec ceux indiqués dans le DŽe et le LKŽe, ouvrages élaborés principalement à partir de l’usage général. Cela soulève la question de savoir si les différences entre les domaines d’usage sont suffisamment prises en compte lors de l’évaluation du terme. Proposer trois substituts est également plus caractéristique de l’usage général que de la terminologie. Les points de vue sur la synonymie terminologique sont variés, mais celle-ci est généralement considérée comme un signe de la formation initiale d’une terminologie (Zemlevičiūtė 2001; Umbrasas 2004; Stunžinas 2005; Rimkutė 2007). Si trois mots sont proposés comme substituts distincts, cela indiquerait également le caractère problématique de l’évaluation (ou du phénomène évalué) — la signification du mot corrigé n’est probablement pas rendue correctement.
L’examen de la norme codifiée montrerait que celle-ci est très inégale et peu claire: dans le LKŽe, le mot est considéré comme un emprunt, probablement aussi comme un dialectalisme, mais n’est pas corrigé; dans le KP41 et le KP4, il est considéré comme un mot étranger et corrigé. Il est difficile de déterminer, à partir de la mention voir, comment le DŽe considère kaštas, mais il est évident que le statut d’emprunt non admis ne lui est pas attribué. Une autre contradiction de la norme tient au fait que, dans le KP41 et le KP42, le terme est considéré comme un emprunt à éviter, alors qu’aucun des dictionnaires ne comporte de marque indiquant le statut terminologique du nom kaštas. Puisque ces ouvrages ne remettent pas fondamentalement en question l’acceptabilité du mot dans l’usage général de la langue standard, il est peu probable qu’un mot utilisable puisse être considéré comme un terme à éviter dans un domaine spécialisé. Cela dit, l’absence dans les dictionnaires d’une marque signalant le statut terminologique ne signifie pas encore que kaštas n’y soit pas considéré comme un terme. La question sera examinée plus loin; toutefois, s’il s’avère qu’aucune distinction n’est faite entre le nom et le terme, la contradiction normative demeure: dans le KP41 et le KP42, ce terme est évalué de manière beaucoup plus sévère.
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ÉQUIVALENTS ET SENS DANS LES DICTIONNAIRES GÉNÉRAUX
Le LKŽ et le DŽ ne sont pas des répertoires terminologiques, mais ils n’excluent pas les mots des domaines spécialisés. Ainsi, le LKŽ désigne les dialectes comme le fonds lexical principal, mais considère aussi les sources écrites — depuis le premier livre lituanien jusqu’à nos jours — comme une autre source importante. Le LKŽe indique que le lexique du dictionnaire a été recueilli non seulement dans les textes les plus importants de la littérature, du journalisme et d’autres domaines, mais aussi dans la littérature scientifique; en outre, tous les dictionnaires imprimés ou manuscrits les plus importants ont été utilisés. Parmi les sources lexicales du DŽ figurent les termes scientifiques rencontrés dans la vulgarisation scientifique, la presse et les manuels de l’enseignement général (DŽ 2000: VII). Il convient de tenir particulièrement compte de la terminologie scientifique dans le DŽe, car « tant pour sélectionner les mots inclus dans le dictionnaire que pour les définir, on a utilisé tous les dictionnaires explicatifs lituaniens publiés aux XXe et début XXIe siècles, ainsi que les encyclopédies lituaniennes. Les sources importantes pour la recherche et la sélection des mots étaient les dictionnaires terminologiques lituaniens, ainsi que certains dictionnaires généraux traduits. La préparation du dictionnaire s’est appuyée sur les travaux scientifiques consacrés à la langue lituanienne et sur les publications de pratique linguistique <...>. Dans les cas nécessaires, des dictionnaires explicatifs et des encyclopédies d’autres langues ont été consultés pour définir certains termes et autres mots. »
Cette description de la sélection des mots ne permet évidemment pas de déterminer si l’inclusion du nom kaštas dans les dictionnaires s’est fondée sur l’usage général ou sur la terminologie, mais on peut le découvrir en examinant les exemples donnés, l’explication des sens et, enfin, la structure des dictionnaires.
Le fait que le LKŽe mentionne des petites villes et des villages de Lituanie à propos du mot kaštas indiquerait que la principale source est l’ancienne langue populaire, où le mot ne pouvait pas être employé comme terme d’un domaine spécialisé. Le fait qu’il ne l’ait jamais été ressortirait aussi des exemples: Sans dépense, tu ne feras rien (Tauragnai); Il ira à ses frais (Daukšiai); Il avait beaucoup de dépenses (Bagotoji); Ce travail vaut une grosse dépense (Alytus); Je n’ai pas de quoi payer — comment le feras-tu? (Geistarai); Ses dépenses ont été perdues, il n’a reçu que la somme (Geistarai); J’ai dépensé le plus possible pour m’acheter une vache (Veiviržėnai); Rien que des dépenses, toujours des dépenses (Alsėdžiai); Sans dépense, pas d’écrit (Rietavas); Combien j’ai dépensé pour toi (Kuktiškės). La langue écrite révèle également un usage semblable à celui de la langue parlée: un exemple tiré des écrits de S. Daukantas (La dépense était grande), ainsi que des écrits moins connus de l’ancienne Prusse-Orientale et de la région de Klaipėda (Ils ont publié trois petits livres à leurs frais).
Comme on l’a déjà évoqué, dans le LKŽe, kaštas n’est pas évalué négativement au regard de la norme; seuls sont indiqués des équivalents qui peuvent également être considérés comme une explication du sens.
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Le terme « kaštas » est expliqué comme des dépenses, des fonds, et la distinction entre les dépenses et les fonds est formulée en définissant les fonds comme des ressources monétaires, de l’argent, des crédits, et les dépenses comme de l’argent dépensé, des fonds. La même relation entre ces mots est établie dans le DŽ. Les mots išlaidos et lėšos sont également définis de la même manière dans le DŽ et, comme indiqué, depuis 1972, kaštas renvoie à ces mots. Puisque, dans cet ouvrage, la mention voir signale un mot plus rare, moins courant, il s’ensuit qu’en 1972 on décide que le nom kaštas est en train de sortir de l’usage et peut être remplacé par išlaidos et lėšos.
Sans recherches étymologiques, ces dictionnaires seuls pourraient laisser supposer que les deux équivalents sont apparus, ou du moins se sont répandus, après kaštas. Dans le LKŽe, les exemples illustrant le nom lėšos ne sont fournis qu’à partir des écrits de Jonas Jablonskis (Ses moyens ne suffisent pas; Il vit dans l’aisance — il a beaucoup de tout). Le DŽe est également cité (Moyens de subsistance; fonds de roulement), tandis que l’abréviation (sov.) sp. donnée après la phrase Le pouvoir populaire alloue des fonds considérables à la protection de la santé des travailleurs, à leur instruction et au développement de la culture, indiquant qu’il s’agit d’un mot de presse reflétant les réalités soviétiques, permettrait de penser qu’il était populaire à l’époque soviétique. Le recueil Liaudies kalba ne donne qu’un exemple provenant de Léna, dans le district d’Ukmergė (Avec leurs moyens, ils ont instruit leur fils), mais celui-ci peut lui aussi relever d’un usage plus récent. La phrase illustrant išlaidos, La croissance des bénéfices industriels du pays permettra d’augmenter les dépenses de construction en capital (presse), tout comme les exemples du DŽe et l’indication que le sens du mot est l’opposé de revenus (J’ai eu beaucoup de dépenses en ville; concilier dépenses et revenus), inciteraient à penser que išlaidos s’est également répandu plus tard que kaštas5. De tels exemples relèvent bien davantage du style officiel et administratif que ceux illustrant kaštas, et les expressions moyens de subsistance, fonds de roulement sont des termes. Puisque le DŽ renvoie, pour kaštas, à des mots illustrés par de telles phrases, tandis que le LKŽ explique kaštas par ces mots, on peut supposer que les dictionnaires n’établissent pas de distinction entre kaštas comme mot d’usage général et kaštai comme terme.
Bien que kaštas soit associé dans les dictionnaires uniquement à išlaidos, lėšos, les exemples du LKŽe ne témoignent pas d’une telle équivalence de sens. De façon générale, il est difficile d’en déterminer le sens, d’autant que les phrases ne contiennent presque aucun mot qui aide à le préciser. Dans les exemples Cela ferait un seul kaštas, Il avait beaucoup de kaštas, Rien que des kaštai et encore des kaštai, Le kaštas était grand, le nom employé peut être associé aussi bien à des dépenses qu’à une certaine perte, pas nécessairement pécuniaire. Peut-être l’associa-
5 Certes, des conclusions plus fiables sur l’apparition et l’établissement des mots išlaidos et lėšos ne pourraient être tirées qu’après l’étude de leurs usages anciens, mais celle-ci ne relève pas du présent article.
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tion plus nette avec des fonds dépensés n’apparaît que dans les phrases Titis eut une grande dépense pour le mariage de sa fille, Ils publièrent trois petits livres à leurs frais. Le verbe kaštuoti, dérivé de kaštas, montrerait effectivement que l’association avec l’argent peut être absente. Dans les exemples du LKŽe, Chaque brindille coûte de l’argent (Žemaitė), Ce chapeau coûte deux roubles (J. Jablonskis), Le mariage coûte beaucoup d’argent (Leipalingis), Une telle tenue coûte bien mille pièces d’or (Jurkšaitis), l’association est évidente, mais elle n’est pas marquée par le verbe, plutôt par les mots dépendants à valeur d’objet ou de circonstance: coûte de l’argent, coûte beaucoup d’argent, coûte deux roubles, coûte mille pièces d’or. En revanche, dans les exemples Ces rênes et cette selle lui avaient coûté un bon cheval (A. Vienuolis), Cela m’a coûté beaucoup d’argent, beaucoup de travail (Kursaitis), les constituants dépendants (avaient coûté un cheval, a coûté beaucoup de travail) montrent l’absence d’association avec une expression monétaire. Lorsqu’elle n’est pas indiquée par les constituants dépendants, le verbe seul ne la marque pas, par exemple: Ô jeune fille, lys gracieux, que coûte la lavande? (Rudamina); Et que coûtait la couronne verdoyante? (Prūsijos lietuvių dainos, recueillies par V. Kalvaitis). Il semblerait donc que le verbe ne caractérise pas la propriété sur une base monétaire. Les équivalents indiqués, kainuoti et atsieiti, le confirmeraient également. L’équivalent kainuoti est à associer à l’argent; le LKŽe indique aussi que son sens principal est « avoir une valeur en argent ». L’autre équivalent, atsieiti, peut toutefois ne pas être associé à l’argent. Dans les phrases Il revient moins cher d’acheter des vêtements coûteux quand on est pauvre (Kairiai), L’entretien d’un âne ne revient pas du tout cher (J. Balvočius–Gerutis), on peut discerner une telle association, mais celle-ci est, là encore, indiquée par les constituants dépendants. Dans la phrase Il y a laissé une bonne part de sa santé (K. Boruta), un tel constituant montre l’absence de cette association.
Ainsi, les sens des verbes kainuoti et atsieiti peuvent être distingués sur une base monétaire, mais les dictionnaires n’envisagent pas cette possibilité pour le mot kaštas: son sens n’est associé qu’aux dépenses, aux fonds, autrement dit, à l’argent. Cependant, l’analyse ultérieure des relations dérivationnelles incite à se demander de façon générale si la relation de dérivation entre les mots kaštas et kaštuoti est adéquatement rendue par l’explication de leurs sens. Après tout, l’un des équivalents indiqués pour kaštuoti, kainuoti, le relie à kaina; il devrait donc aussi exister des relations sémantiques entre ces mots. En effet, dans les deux dictionnaires, kainuoti est défini comme « avoir une valeur en argent », et kaina comme « valeur en argent ». Si l’équivalent de kaštuoti est kainuoti, alors kaštas devrait aussi être lié à kaina et, puisque le prix est une valeur en argent, probablement aussi à la valeur. L’un des sens de vertė indiqué dans le LKŽe — « quantité de quelque chose par laquelle un objet est échangé contre un autre » — signifierait que les noms kaina et vertė,
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comme les verbes kainuoti et atsieiti, différencient l’objet sur une base monétaire: la valeur se distingue du prix en ce qu’elle n’est pas exprimée en argent. Cependant, après cette explication du sens, on ajoute également « prix, pouvoir d’achat (de l’argent) », ce qui indique déjà que les sens peuvent être assimilés. Cela serait aussi confirmé par l’explication, dans le DŽe, de l’un des sens de vertės: « expression monétaire d’un objet, prix ». Compte tenu du lien dérivationnel entre kaštuoti et kašto, on peut supposer que kaštas peut avoir les sens des mots kaina, vertė.
Des liens avec verte avaient effectivement été relevés, mais seulement après la publication du volume du LKŽ (1959), dans lequel kaštas a été inclus. En 1962, Pranas Skardžius, examinant dans Gimtojoje kalboje le substantif mitas employé à côté de koszt dans le dictionnaire polonais-latin-lituanien de Konstantinas Sirvydas, Dictionarium trium linguarum, affirmait que kaštas est avant tout emprunté au polonais koszt, lequel est issu de l’allemand Kosten par l’intermédiaire du tchèque košt (Skardžius 1998: 292). Il est également écrit que les Allemands ont reçu leur Kosten, « dépenses, coûts », par l’intermédiaire des langues romanes, du latin costus (costa), « dépenses, coût », et sont mentionnés aussi bien le mot du vieux haut allemand kosta que celui du moyen haut allemand koste, kost, « dépenses, prix, valeur ». Est également mentionné le dictionnaire de Viktoras Gailius, où l’allemand Anschaffungskosten est traduit par įsigijimo išlaidomis, Auslage par kaštu, et Kosten par išlaidomis, iškaščiais, kaštais, ce qui montrerait également que kaštas n’a pas été assimilé uniquement aux dépenses.
Après avoir également relevé dans le LKŽe des liens entre kašto et kaina, verte, on peut se demander pourquoi, dans les deux dictionnaires, puis dans le KP4, ce mot est associé aux dépenses, fonds. Après tout, le lien dérivationnel rattache išlaidas à išleisti. L’analyse des dérivés aide également à répondre à cette question. Certains mots de la racine kašt- sont directement associés aux dépenses dans le LKŽ. Ainsi, le verbe kaštuotis est défini comme « occasionner des dépenses », et les exemples cités — Kvailas daiktas te[p] kaštuotis dėl mirusio (Skirsnemunė), Todėl tėvai daug dėl to kaštuovos (K. Donelaitis) — sembleraient indiquer que ce sens s’exprime plutôt au moyen du dérivé du mot išlaidos, išlaidauti. Le sens du verbe préfixé įsikaštuoti (Nepirk, tik be reikalo įsikaštuosi (Vilkaviškis); Jis gerokai įsikaštavo (Skirsnemunė)) est donné comme « s’occasionner des dépenses »; išsikaštuoti, comme « avoir des dépenses » (Su tais svečiais kiek anas išsikaštāvo (Kuktiškės); Kiek išsikaštāvo! (Rumšiškės); Tiek an jo tėvai išsikaštavo (Seinai)), le verbe kaštuodintis, comme « occasionner des dépenses, kaštuotis » (Jis, šitą česnį keldams, daug kaštuodinos (Kuršaitis); Vienok gal nenorėsi kaštuodinties?! (« Aušra »); Kiti taip daug nenorėjo kaštuodytis (K. Donelaitis)); kaštytis, comme « faire des dépenses, engager des frais, kaštuotis » (Be reikalo, Petrai, kaštijys (Žygaičiai); Nekaštykis daug ant iškilmės sodvos, t. y. neišleisk
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daug pinigų ir zoposto valgių (dictionnaire d’A. Juška))6. Comme on le voit, seuls les verbes pronominaux ont un sens associé aux dépenses. Il s’ensuit que le LKŽe n’indique des relations sémantiques qu’entre le mot kaštas et les verbes pronominaux, tandis que le sens de kašto, mot de base de kaštuoti, n’a pas été rendu. Il se peut que dans l’usage ancien, c’est-à-dire dans les dialectes et les textes anciens, kaštas ait été employé uniquement dans le sens indiqué par le LKŽe. Il est difficile de le déterminer à partir des exemples du dictionnaire. Cependant, le verbe non pronominal kaštuoti est manifestement lié par dérivation à kaštu; par conséquent, kaštas devrait aussi entretenir des relations sémantiques avec lui.
Le coût étant associé à des équivalents non mentionnés dans les dictionnaires, tels que le prix, la valeur, on peut ensuite supposer que ce mot pourrait être polysémique, puisque tant le prix que la valeur ont plusieurs sens. Outre le sens propre, défini comme la valeur en argent, le DŽe indique aussi pour le prix un sens figuré: « perte, privation subie pour atteindre quelque chose » (Il fallait retenir l’ennemi à tout prix). Le LKŽe le définit comme « valeur de la perte; dépenses engagées pour poursuivre obstinément un objectif » et l’illustre par des exemples tirés de traductions et d’autres écrits: Il faut retenir l’ennemi à n’importe quel prix! Les victoires militaires n’ont été remportées qu’au prix de lourdes pertes. Le LKŽe indique encore pour le prix le sens de « bénéfice, profit ». Les dictionnaires indiquent également plusieurs sens pour le nom valeur, dont l’un est caractéristique du domaine économique. Le DŽe la définit comme « écon. qualité, valeur élevée d’un objet », le LKŽe comme « écon. propriété d’un objet qui le rend utile, utilité, caractère pratique, qualité »7.
Dans l’usage général de la langue standard et dans ses registres libres, la polysémie est acceptable, tout comme la synonymie. Lorsque kaštą peut être rendu par les mots kaina ou vertė, voire fonds, dépenses, le verbe kaštuoti par kainuoti, atsieiti, les verbes pronominaux kaštytis, kaštuotis par s’occasionner des dépenses ou dépenser, faire des dépenses, on peut s’en passer dans cet usage sans les mots de la racine kašt-. Si le Corpus de la langue lituanienne contemporaine fourni par le Centre de linguistique informatique de l’Université Vytautas-Magnus reflète suffisamment l’usage général, on peut affirmer que le substantif kaštas au singulier est presque inusité. Le pluriel n’est pas attesté dans la langue parlée, apparaît rarement dans la littérature de fiction, mais se rencontre dans les textes non fictionnels et journalistiques; par exemple, le nominatif a été employé 738 fois dans 397 377 mots de sources non fictionnelles et 402 fois dans 763 798 mots de textes journalistiques,
6 Par ailleurs, le verbe kaštytis est marqué dans le LKŽe de l’indication sl., qui signale un emprunt à une langue slave, sans préciser laquelle.
7 Le LKŽe indique aussi les sens de « quantité, capacité, volume » et ceux dans lesquels vertė est employé comme terme de physique (phys. « expression numérique ») ou de linguistique (ling. « importance »).
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Le génitif — respectivement 582 (360 525 mots) et 549 (775 994 mots); la fréquence d’emploi des autres cas est similaire (VDU 2013). Une fréquence plus élevée dans la littérature non fictionnelle et les textes journalistiques, ainsi que l’emploi du pluriel, indiqueraient que la plupart des occurrences peuvent être des termes. Le verbe kaštuoja n’apparaît qu’une fois dans les textes administratifs, sur 19 496 mots (kaštavo n’est pas attesté); dans la littérature non fictionnelle, sur 92 134 mots, il apparaît trois fois (kaštavo n’est pas attesté); aucune occurrence n’est relevée dans la langue parlée (kaštavo n’apparaît qu’une fois sur 962 mots). Le fait que la fréquence d’emploi du dérivé et celle du mot-base ne coïncident pas confirmerait également que ce dernier n’est d’actualité qu’en tant que terme. Il faudrait néanmoins étudier séparément l’usage général, car les textes journalistiques représentent 63,8% du corpus, tandis que la langue parlée n’en représente que 0,3%.
La synonymie et la polysémie posent des difficultés bien plus considérables dans les domaines spécialisés de l’usage de la langue commune, à savoir les styles scientifique et administratif. Dans ces domaines, beaucoup de mots remplissent une fonction terminologique et doivent donc être employés avec un sens clairement défini. Ainsi, le recours aux synonymes ne devrait pas être une solution pour la terminologie, pas plus que l’attribution de plusieurs sens aux mots išlaidos, lėšos, qui, comme on le voit, ne rendent pas adéquatement le sens de kašto. KP4 a introduit le terme sąnaudos. Dans le LKŽe, ce mot est défini comme les ressources, la main-d’œuvre, les matériaux, etc., consommés à une fin donnée, et illustré par des exemples tirés de la presse (Les coûts de main-d’œuvre ont diminué plusieurs fois, et combien de temps a été économisé! Coûts en temps de travail) ainsi que de dictionnaires spécialisés publiés en 1971 (Coûts matériels, coûts d’alimentation animale). Dans l’article de P. Skardžius paru en 1962 dans Gimtoji kalba, sa réponse à la question de savoir si les néologismes prievaisa et sąnauda employés en Lituanie sont appropriés laisserait entendre que ce mot est apparu en lituanien sous l’influence de la terminologie russe. Selon lui, le mot sąnauda, formé à partir de sunaudoti, lui-même dérivé de naudo (le sens de sąnaudos devrait donc être « consommation, ce qui a été consommé, c’est-à-dire transformé en utilité »), traduit le mot russe zatrata, employé avec zatratit’. Le sens du verbe est « dépenser (de l’argent) en vue d’obtenir certains résultats »; au sens figuré, « consacrer du travail, des efforts en vue d’obtenir certains résultats, izraschodovat’, upotrebít’ trud, usilija. » Selon P. Skardžius, le fait de traduire ce dernier sens par sunaudoti a pu donner naissance à sąnauda (Skardžius 1998: 450).
Pourtant, le KP4 montre que sąnaudų ne suffit pas à rendre le sens de l’emprunt kaštai: les équivalents lėšos, išlaidos sont également indiqués. Une analyse des dictionnaires terminologiques permettrait de mieux dégager le sens de kaštų en tant que terme et son rapport avec les équivalents proposés.
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ÉVOLUTION DU TERME ET SENS DANS LES DICTIONNAIRES DE TERMES ÉCONOMIQUES
Le terme kaštai figure depuis longtemps dans les dictionnaires de termes économiques. Dans le Dictionnaire russo-lituanien des termes économiques publié en 1966 (ci-après RLŽ), l’équivalent indiqué pour le mot russe издержки est kaštai, accompagné de 24 termes composés: coûts militaires, dégressifs, supplémentaires, dépendants, indépendants, directs, indirects, productifs, improductifs, de circulation, généraux, de stockage des marchandises, de traitement supplémentaire, de transport, d’emballage, de production, de production sociale, de production capitaliste, de commerce, de transport, nets, etc. (RLŽ 1966: 64). Dans ce dictionnaire, le mot russe расходы est systématiquement traduit par Išlaidomis, et on y trouve 100 termes composés comprenant ce mot (RLŽ 1966: 187–189). On voit que les termes formés avec išlaidomis désignent des notions spécifiques plus concrètes (dépenses de préparation et de mise au point de nouveaux types de produits, de création et d’introduction de nouvelles techniques, de commercialisation des produits finis, de maintien et d’exploitation des équipements, de service et de gestion de la production, d’entreposage, de douane, d’approvisionnement, de poste et de télégraphe, de caisse, de services municipaux, de travail, de voyage, de publicité, de marchandises, d’organisation, etc.), bien qu’il en existe aussi de portée plus générale (dépenses futures, réelles, exceptionnelles, temporaires, permanentes, variables, proportionnelles, non proportionnelles et circulantes, etc.). Un certain chevauchement apparaît également: on trouve non seulement coûts improductifs, coûts productifs, mais aussi dépenses improductives, dépenses productives; les cas de chevauchement concernent les dépenses militaires, dégressives, indirectes, directes, générales, commerciales, de transport et de production. Avec ces déterminants, plusieurs termes ont aussi pour élément principal sąnaudos (rus. затраты): dépenses indirectes, directes, productives, improductives, de travail, réelles, de production et temporaires (RLŽ 1966: 60–61).
Le RLŽ n’étant pas un dictionnaire explicatif, il est impossible d’en déterminer les sens. On peut seulement supposer que le terme kaštai est employé depuis longtemps, que išlaidos était répandu dans la terminologie économique de la période soviétique, que sąnaudos venait d’apparaître ou était moins usité, et que le mot russe издержки n’a aucune ressemblance phonétique avec kaštas. La terminologie russe, qui a sans aucun doute influencé celle du lituanien à cette époque, employait издержки, расходы ir затраты, mais n’avait pas repris le mot emprunté au polonais (koszt).
À l’époque de la publication du RLŽ, il n’existait pas de travaux normatifs où l’emploi de kaštai aurait été strictement corrigé. En 1935, dans Gimtoji kalba, comme mot étran-
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mybė įvardytas tik veiksmažodis kaštuoti (Skardžius 1998: 42–43). 1962 m. P. Skardžius teigė, kad mitas to meto žmonių kalboje visiškai nežinomas ir jau nuo pradžios neturėjo didesnio pasisekimo kaip terminas, vietoj jo vartotas kaštas. Kartu atkreiptas dėmesys, kad vietoj kaštuoti vartojami savi pakaitai apsieiti, atsieiti, mokėti, bet kaštui neturima vieno pakaito, tinkančio visais atvejais, tik tam tikrais atvejais tinka lėšos, išlaidos. Taigi, primygtinai nebuvo siūlyta kaštą keisti (Skardžius 1998: 293).
En outre, le RLŽ avait été examiné par la commission de terminologie de l’Institut de langue et de littérature lituaniennes de l’Académie des sciences de la RSS de Lituanie de l’époque; les terminologues ont donc approuvé kaštams. Ce dictionnaire est longtemps resté le seul ouvrage de référence des économistes et des rédacteurs, et a donc durablement influencé l’usage. Dix années entières se sont écoulées entre la parution du RKŽ et celle du KPP1, où kaštas était qualifié d’emprunt étranger à ne pas employer dans la langue commune (KPP1 1976: 122). Ce dictionnaire a continué à être utilisé après la publication du KPP1, d’autant plus que kaštas ne figurait pas dans le KPP2. Ce n’est que près de 30 ans après la parution du RLŽ — en 1995, dans le sixième numéro de Gimtoji kalba — qu’il a été recommandé d’éviter cet emprunt. On y affirmait que, dans la langue de l’époque, kaštuoti était presque inusité; il n’était donc pas nécessaire de conserver le nom kaštas, d’autant qu’on disposait de substituts (Pupkis 1995). Išlaidos était proposé comme équivalent au sens le plus général, avec également lėšos ir sąnaudos; il était en outre précisé que, dans la presse, kaštas s’employait parfois dans des sens plus rares, « valeur » ou « prix ». L’ancienneté de son usage fut l’une des raisons pour lesquelles la proposition de remplacer ce mot suscita des objections. Dans le dixième numéro de la revue de la même année fut publiée une lettre de lecteur affirmant que kaštai était un terme économique doté d’une longue tradition d’emploi, simplement tombé dans l’oubli pendant la période soviétique, et que le mot était en outre qualifié d’international. S’appuyant sur des travaux économiques de l’époque — le manuel de VDU Mikroekonomika et deux dictionnaires publiés en 1994 —, l’auteur avançait que la notion de kaštai se subdivise en domaines spécialisés, tandis que les synonymes proposés sont trop généraux (Banaitis 1995: 26).
kaštai figurait effectivement dans les dictionnaires de termes économiques publiés pendant cette période, ce qui indiquerait que le terme gagnait en pertinence. Ces dictionnaires paraissaient alors que le système économique changeait et que la science économique jusque-là développée en Lituanie s’orientait vers l’Occident, entraînant l’apparition de nombreuses notions nouvelles. Les anciennes devaient être écartées de l’usage ou réorganisées. Le fait que les termes formés avec kaštais aient été de plus en plus nombreux indiquerait que la nouvelle théorie économique et sa structure terminologique leur étaient également favorables.
Le Dictionnaire encyclopédique des termes économiques contemporains en lituanien, anglais, allemand et russe (ci-après ŠET), paru en 1991, est sans doute le premier à avoir…
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l’interface de la terminologie du domaine de l’économie lituanienne avec l’évolution mondiale de la science économique. Comme l’indique la « Préface », la plupart des termes ont été « empruntés à la littérature économique anglophone, qui fournit depuis longtemps la majeure partie des néologismes » (ŠET 1991: 9). Le dictionnaire lui-même est quadrilingue; les termes ont donc nécessairement dû être comparés également à leurs équivalents allemands et russes. Il a ainsi pu apparaître que le mot kaštai, très proche phonétiquement, l’est non seulement du polonais koszt, mais aussi de l’anglais cost et de l’allemand Kosten. Une telle ressemblance, surtout aux yeux de non-linguistes, a pu être considérée comme un indice d’internationalité, et le fait qu’un terme soit employé dans de nombreuses langues est un facteur qui renforce considérablement cette interprétation. Le ŠET présente tout un groupe de notions économiques de niveau théorique absentes du RLŽ; tous les équivalents anglais des termes composés avec kaštai comportent l’élément cost, et leurs équivalents allemands, Kosten: kaštų–rezultatų analizė (angl. cost–benefit analysis, all. Kosten-Nutzen-Analyse), kaštų defliacija (angl. cost-pull deflation, all. Kosten deflation), kaštų infliacija (angl. cost-push inflation, all. Kosten inflation), kaštų funkcija (angl. cost function, all. Kosten funktion), kaštų kontrolė (angl. cost control, all. Kosten kontrolle), kaštų neefektyvumas (angl. cost inefficiency, all. Ineffektivität der Kosten), etc. La traduction des dictionnaires devait également révéler que, dans ces termes composés où variaient kaštai, išlaidos et sąnaudos, seul cost est employé en anglais. Ce système explique sans doute aussi que le champ d’application du terme lituanien kaštai se soit étendu, tandis que celui de išlaidos se réduisait. La définition donnée dans le ŠET (1991: 90) montre que les dépenses ne sont que les sommes d’argent engagées pour acheter des biens ou des services, payer des impôts, etc.
Kaštų La popularisation du terme serait également attestée par un autre ouvrage lexicographique de la période de transition économique: le Biznio, bankų, biržos terminų žodynas, publié en 1994 (ci-après BBB). Il a lui aussi été évalué par des terminologues: les termes ont été examinés par Kazimieras Gaivenis. Le terme eksploatacinės išlaidos, que l’on trouvait dans le RLŽ, y apparaît désormais sous la forme eksploatacijos/naudojimo kaštai (operating/running costs), normatyvinės i. devient normatyviniai k. (standard c.), pastovios i. devient pastovieji k. (fixed c.), kintamosios i. devient kintamieji k. (variable c.). Parmi les termes en double dans le RLŽ — gamybos kaštai, gamybos išlaidos ir sąnaudos gamybai — seul gamybos kaštai a été retenu; parmi bendrieji kaštai et bendrosios išlaidos, seul bendrieji kaštai (total c.); faktinės išlaidos et faktinės sąnaudos sont remplacés par faktiniai kaštai (real c.); cirkuliacijos kaštai et cirkuliacijos išlaidos sont remplacés par cirkuliacijos kaštai, etc. (BBB 1994: 105–107). Par rapport au RLŽ, le nombre de termes dont le noyau est išlaidos a diminué de moitié, pour atteindre 48, y compris les locutions verbales comportant ce mot. Le BBB
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met en évidence le regroupement suivant de la terminologie: les termes comprenant l’élément cost reçoivent le plus souvent pour équivalent le terme kaštai, tandis que l’équivalent lituanien de l’anglais išlaidų est le plus souvent expenses (administracinės i. – office e., iš anksto apmokėtos i. – prepaid e., kanceliarinės i. – office e., komandiruotės i. – travelling e. ir kt.), dar pasitaiko charges (grįžtamosios i. – back c., pervedimo i. – remittance c. ir kt.), spending (visuminės i. – agregate s., deficitinės i. – deficit s.), expenditures (nebalansinės biudžeto i. – e. below line). On ne relève que quatre termes comprenant sąnaudos: iš anksto apmokėtosios s. (prepaid expenses), kapitalo s. (capital expenditures), laiko s. (time costs) ir s. padengimas (cost recovery); le mot lui-même, sąnaudos, est mis en correspondance avec input et expenditure(s).
Dans la première traduction du Ekonomikos terminų žodynas, publié la même année (ci-après ETŽ1), le terme sąnaudų est entièrement absent; il s’agit toutefois du premier dictionnaire où le terme kaštų est lui aussi totalement absent. Presque tous les termes anglais comportant cost y sont traduits par des termes lituaniens correspondant à išlaidos. Ainsi, bendrieji k. (total c.) devient bendrosiomis i., ribiniai k. (marginal c.) devient ribinėmis i., gamybos k. (production c., factor c.) devient gamybos i., et kaštai (costs) devient išlaidomis. On trouve également i. funkcija (c. function), išlaidų ir pelno analizė (c.-benefit analysis), i. mažinimas (c. minimization), sandorių i. (transaction c.), visuomeninės i. (social c.), sandorių i. (transaction c.), ekonominės i. (economic c.), entre autres. Occasionnellement, cost est traduit par kaina (c. of capital – kapitalo k.), gamyba (c. price – g. kaina, average c. price – vidutinė g. kaina), etc. Puisque les dictionnaires publiés en 1991 et 1994 ne montrent aucune tendance à un recul de l’actualité du terme kaštai, mais indiquent au contraire qu’il se répandait, la décision de l’ETŽ1 d’abandonner le terme kaštų ne saurait s’expliquer par son manque d’actualité. Elle pourrait s’expliquer tout au plus par une volonté de remplacer un emprunt par un terme lituanien ou d’uniformiser les notions fluctuantes de kaštai et išlaidos. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure la seconde hypothèse est fondée, mais la volonté d’éviter les termes internationaux et les anglicismes est bien mentionnée (ETŽ1 1994: 5). Cependant, le mot kaštai ne pouvait pas être considéré comme un anglicisme et, à l’époque, il pouvait difficilement passer pour un mot international.
Les propositions lituaniennes issues de traductions imprécises n’ont pas pu s’imposer. Par exemple, opportunity cost (economic cost) n’a pas pu se répandre dans l’usage sous la forme tinkamiausios išlaidos. La proposition de l’ETŽ1 de traduire systématiquement cost par išlaidas a elle aussi été abandonnée assez rapidement: lors de la réédition du dictionnaire, trois ans plus tard (en 1997). Dans la nouvelle édition de l’ETŽ2, išlaidos a partout été remplacé par sąnaudos: bendrosios s., ribinės s., gamybos s., alternatyviosios s., visuomeninės s., s. funkcija, s. efektyvumas, s. maksimizavimas, sandorių s., implicitinės (netiesioginės) s., eksplicitinės (tiesioginės) s., pridėtinės s., entre autres. Si l’on se fonde uniquement sur l’évolution des dictionnaires,
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l’équivalent kaštus pourrait être considéré comme une solution de la terminologie économique, trouvée lorsqu’on a décidé de l’en évincer. L’ETŽ2 ne revient pas au terme kaštai. La correction du mot dans Gimtojoje kalboje en 1995 a probablement eu un effet et, à la suite de la controverse mentionnée, la rédaction a publié sous la lettre d’un lecteur une proposition de ne pas s’accrocher au terme kaštų, puisqu’on avait déjà renoncé au verbe kaštuoti. Toutefois, l’évolution ultérieure des dictionnaires montrerait que sąnaudos ne constituait pas un substitut suffisant à kaštų.
Les termes du Bankininkystės ir komercijos terminų žodyno d’Antanas Buračas, paru en 1997 (ci-après BKT), ont également été révisés par K. Gaivenis. Le compilateur cite parmi les fondements du dictionnaire des dictionnaires multilingues étrangers, des systèmes de classification et des bases de données informatiques internationales (BKT 1997: V–VII); la terminologie étrangère a donc dû exercer une influence considérable sur les termes du BKT. Cela explique peut-être que kaštai y soit réintroduit, mais accompagné du renvoi žr., qui le rattache à išlaidomis. Le compilateur du BKT ne pouvait toutefois ignorer l’ETŽ1, qui proposait išlaidos, ni l’ETŽ2, où išlaidos avait été corrigé en sąnaudos. Il fallait également tenir compte de l’usage de l’époque. Probablement pour ces raisons, les termes formés avec le terme kaštai étaient accompagnés d’un synonyme: išlaidos (apyvartos k./-inės i., atsitiktiniai k./-ės i., cirkuliacijos k./ i., faktiniai k./i., išoriniai k./-ės i., kintamieji k./-osios i., sandorių k./i. et autres), sąnaudos (atiddėtieji k./-osios s., bendrieji k./-osios s., fiksuotieji k./-osios s., grynieji k./-osios s., įsigijimo k./s., išoriniai k./s., normatyviniai k/-ės s., ribiniai k./s., vidiniai k./s. et autres), voire de deux synonymes (netiesioginiai k./-ės s./i., papildomieji k./-osios s./ i., pastovieji k./-osios s./i., pradiniai k./-ės s./i. et autres). Dans presque tous les équivalents anglais, le noyau est costs. Au total, 53 termes synonymes comportant le mot kaštai sont proposés.
Une telle synonymie et une telle diversité ne permettent pas de décider quel terme employer, mais ce dictionnaire n’est ni un ouvrage de normalisation ni un ouvrage prescriptif. Il ne fait que refléter l’usage et montre que celui-ci ne se contentait pas des seuls išlaidų, mais pas davantage des seuls sąnaudų. Le terme kaštai était également en usage. L’une des causes possibles de l’insuffisance des sąnaudų est révélée par les significations attribuées à kaštai dans le BKT: 1) dépenses; 2) évaluation monétaire des coûts (BKT 1997: 165–166). Les kaštai ne sont pas de simples coûts: ils en constituent l’évaluation monétaire. La deuxième signification de kaštų indiquée dans le BKT pourrait également être attribuée au mot sąnaudos, si, depuis déjà longtemps, à commencer par le ŠET paru en 1991, les sąnaudos n’étaient pas définis comme les ressources utilisées dans le processus de production: « Sąnaudos (input) – ressources économiques utilisées dans le processus de production (main-d’œuvre, matériaux et matières premières, équipements, capital, etc.). » (ŠET 1991: 190). Au demeurant, cette définition concorde avec celle des dictionnaires de langue lituanienne; les dictionnaires généraux et spécialisés s’accordent donc sur ce point.
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En tant que ressources utilisées par les entreprises pour fabriquer des biens ou fournir des services, les sąnaudos sont également définis dans le dictionnaire Ekonomikos terminai ir sąvokos, paru en 1999 (ETS 1999: 148); le terme kaštai désigne, quant à lui, le montant monétaire des ressources consommées pour produire les biens de l’entreprise (ETS 1999: 77). Dans l’Aiškinamajame įmonės vadybos terminų žodyne paru en 2000 (ci-après AĮV), les Sąnaudos ne sont définis que comme des ressources utilisées. Ce dictionnaire ne contient ni de terme exprimant l’autre sens de sąnaudų, ni le terme kaštai qui pourrait l’exprimer (AĮV 2000: 157). Pourtant, ce dictionnaire porte sur la gestion d’entreprise, et non sur l’économie. La notion de Kaštų n’étant pas nécessaire ici en tant que concept de théorie économique, la question terminologique ne se pose probablement pas.
Elle apparaît dans l’un des travaux lexicographiques les plus récents du domaine de l’économie, le Dictionnaire des termes économiques de Rūta Vainienė, publié en 2005. L’ouvrage tente de résoudre le problème en proposant plusieurs équivalents. Pour kaštai (cost), avec l’indication ntk. (=à éviter), les équivalents proposés sont dépenses, coûts, prix, tandis que savikaina a pour équivalent anglais cost lui aussi. Ce dictionnaire donne des termes de la théorie économique tels que analyse coûts-avantages (cost-benefit analysis), inflation par les coûts (cost-push inflation), coûts d’opportunité (opportunity costs), coûts variables (variable costs), et définit la notion de « coûts » comme « l’expression en valeur des ressources économiques consommées lors de la production de biens et de la prestation de services » (Vainienė 2005: 242). Ainsi, le mot reçoit un sens lié à la valeur des ressources. Dans la définition, les ressources elles-mêmes sont désignées de façon descriptive, tandis que le terme ressources de production est présenté séparément. Il est toutefois renvoyé par la mention « voir » à facteurs de production, ces derniers étant définis comme des « ressources économiques (rares) utilisées dans le processus de production » (Vainienė 2005: 95). On suppose donc probablement que la fonction du terme coûts, qui consiste à désigner les ressources utilisées pour la production, peut être remplie par le syntagme de deux mots facteurs de production. La mesure dans laquelle cette possibilité est réaliste devrait ressortir des textes qui mobilisent ces concepts; le dictionnaire n’a pas besoin de s’en préoccuper.
Or, les dictionnaires de termes économiques montrent que le terme kaštai n’a pas disparu spontanément de l’usage. À en juger uniquement par ces dictionnaires, il était moins employé que išlaidos pendant la période soviétique; dans la terminologie de la transition économique, influencée par les échanges avec la théorie économique occidentale, il s’est répandu et est devenu plus courant. Le remplacement systématique du terme par išlaidomis ne pouvait convenir à la terminologie d’un des dictionnaires, les sens ne correspondant pas suffisamment; on s’est donc mis à chercher d’autres équivalents dans les dictionnaires (ou dans l’usage). Les sąnaudos ont probablement émergé à la suite de ces recherches comme substitut aux kaštų, mais l’évolution ultérieure des dictionnaires montre que ce seul mot ne suffisait pas à exprimer le sens de kaštų.
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La traduction lituanienne de l’Aiškinamojo ekonomikos anglų–lietuvių kalbų žodyno de David W. Pearce, parue en 2006 (ci-après AETŽ), se distingue des autres dictionnaires du domaine par le fait qu’elle a été préparée par un groupe d’économistes avec l’aide de spécialistes de la langue du Centre de terminologie de l’Institut de langue lituanienne. Le travail collectif, ou peut-être la ténacité de l’usage, a apparemment conduit au retour, après un long détour, du terme kaštai: c’est lui qui a été choisi comme équivalent de l’anglais cost. Le dictionnaire indique néanmoins d’autres équivalents: cost est traduit par kaštai/sąnaudos/kaina/išlaidos (AETŽ 2006: 131–132). Dans l’AETŽ lui-même, cost est uniquement rendu par kaštai: c.-benefit analysis – k. ir naudos analizė, c.-effectiveness analysis – k. ir veiksmingumo analizė, c.-push inflation (c. inflation) – k. skatinama infliacija, c. minimization – k. minimizavimas, c. of capital – kapitalo k., marginal c. – ribiniai k., variable c. – kintamieji k., fixed c. – pastovieji k., implicit c. – neišreikštiniai k., opportunity c. – pakaitiniai/alternatyvieji/priskirtiniai k., transactions c. – sandorių tvarkymo k., entre autres. Dans ce groupe de termes, sąnaudos ne sont pas employés, tandis que išlaidos sont associées uniquement à expenditure (aggregate e. – bendrosios i., e.-switching policies – i. pertvarkos politika, e. tax – i. mokestis, e.-variation controls – i. pokyčių kontrolė) ou à expence (e. preference – i. pirmumas).
La brève description du terme cost dans l’AETŽ révèle en substance à la fois la raison d’un tel choix et, sans doute, celle de la multiplicité des équivalents. Il s’agit du sens que les économistes attribuent au concept de kaštai. Comme il est indiqué, ils identifient généralement les kaštus aux pakaitiniais kaštais (opportunity costs)8, définis comme la valeur de tout ce à quoi il faudrait renoncer, qui serait perdu ou qu’il faudrait céder pour obtenir autre chose (AETŽ 2006: 131). Cette définition confirmerait l’hypothèse avancée lors de l’examen des dictionnaires lituaniens: le mot kaštai, du moins comme terme de théorie économique, est lié non pas aux dépenses, mais plutôt à la valeur ou au prix; par conséquent, išlaidos ne peut le remplacer. L’AETŽ indique aussi directement la différence entre kaštai et išlaidos: au sens économique, les kaštai peuvent coïncider avec les décaissements, mais pas nécessairement avec les sommes que le comptable comptabiliserait comme dépenses (AETŽ 2006: 132). La description du concept fait apparaître une autre nuance de sens: ce qu’il faudrait perdre pour obtenir autre chose. Le mot išlaidos ne pourrait pas non plus rendre cette nuance. Le concept de pakaitiniai kaštai est spécifique; par conséquent, même si les économistes confondent les concepts, il devrait également en exister un terme générique. Le terme kaštai n’est pas défini en tant que tel dans ce dictionnaire, mais certaines des concep-
8 Les équivalents lituaniens de opportunity costs proposés dans ce dictionnaire, pakaitiniai kaštai, priskirtiniai kaštai, ne sont pas employés dans les travaux de théorie économique; le terme alternatyvieji kaštai est désormais établi (les manuels d’une période antérieure employaient aussi alternatyviniai kaštai).
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Les nuances de sens du terme sont mises en évidence par l’analyse coûts-avantages (cost-benefit analysis). Définie comme un système d’évaluation des projets d’investissement dans le secteur public, cette analyse se distingue de l’évaluation financière directe en ce qu’elle « prend en compte tous les revenus (avantages) et toutes les pertes (coûts), indépendamment de la personne à laquelle ils reviennent », et l’avantage est expliqué comme une augmentation de l’utilité, tandis que les coûts en constituent une diminution, définie par les coûts d’opportunité du projet étudié; il est également ajouté que, dans bien des cas, les avantages ne sont pas évalués en argent, alors que les coûts sont établis à partir des dépenses monétaires réelles du projet (AETŽ 2006: 132). Ainsi, les coûts sont ici assimilés à une perte évaluée en argent. Tant cette explication que la définition des coûts d’opportunité montrent que la notion de coûts n’est pas liée à l’utilisation ou à la consommation; le mot dépenses ne conviendrait donc pas, du moins dans ce sens. Et, en effet, les manuels d’économie montrent qu’en théorie économique, le terme coûts ne se substitue pas à celui de dépenses, même si ce dernier est également employé.
SYSTÈME CONCEPTUEL DANS LES MANUELS
Parmi les manuels d’économie destinés à l’enseignement supérieur, il en existe très peu qui puissent se passer des coûts. Il est vrai que ces manuels ne sont pas tous identiques. Depuis longtemps, on distingue deux branches de la science économique: la microéconomie et la macroéconomie. Dans l’enseignement de la théorie macroéconomique, qui considère l’économie dans son ensemble, les coûts ne font pas l’objet d’un examen distinct; l’accent est surtout mis sur des thèmes fondamentaux tels que le chômage, l’inflation et la croissance économique. Toutefois, l’absence d’examen d’une notion ne signifie pas qu’elle n’est pas employée. Lors de l’analyse de diverses lois et de divers processus économiques, elle est utilisée comme allant de soi et figure dans des termes composés tels que coûts d’emprunt, coûts de détention de monnaie, coûts d’opportunité de la consommation, coûts du travail, coûts du chômage, coûts d’opportunité de la perte d’emploi, coûts de menu, coûts sociaux, coûts de l’inflation, coûts de l’inflation anticipée, inflation par les coûts, coûts de la croissance économique, coûts externes, etc. (Wonnacott, Wonnacott 1994; Drilingas ir kt. 1997; Paliulytė 2005; Snieška ir kt. 2005; Skominas 2006; Čiegis 2012). La notion de coûts est directement liée à la production, et celle-ci est inconcevable sans les entreprises, l’un des principaux objets de la microéconomie; c’est pourquoi elle est examinée en détail dans tous les manuels de microéconomie (Wonnacott, Wonnacott 1997; Varian 1999; Snieška ir kt. 2000; Skominas 2000; Rastenienė 2005; Klimašauskienė 2006; Panovas 2011).
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Les manuels qui couvrent à la fois des thèmes de microéconomie et de macroéconomie remettent cette notion au premier plan. Il s’agit de manuels de théorie économique ou d’introduction à l’économie, ou encore de supports pédagogiques destinés à l’enseignement supérieur. Le genre entraîne une importante répétition des textes et les manuels connaissent souvent plusieurs éditions; l’analyse de la conception des coûts qui y est exposée et du groupe de termes qu’elle implique ne visera donc pas à les couvrir tous, mais portera sur une sélection de manuels représentatifs. Dans la suite, ils seront désignés collectivement comme des manuels d’économie, leur type étant précisé au besoin.
Coûts d’opportunité et coûts
Le chapitre consacré aux coûts constitue une partie indispensable des manuels d’économie générale. Il est généralement présenté après l’examen du mécanisme de marché et de la théorie de l’élasticité, mais une notion est expliquée dès le début des manuels.
L’essence de la notion de coûts d’opportunité est exposée lors de l’examen du problème économique fondamental, défini partout de la même manière: comme une opposition entre des besoins illimités et des ressources limitées (Kerem, Randveer 1998: 16–17; Skominas 2000: 36–38; Martinkus, Žilinskas 2001: 95–99; Jakutis ir kt. 2003: 14–15; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 42; Buračas ir kt. 2005: 24; Rastenienė 2005: 13–16; Snieška ir kt. 2005: 26; Jakutis 2006: 15–16; Davulis 2009: 19–22). Les besoins humains sont illimités, tandis que les ressources nécessaires pour les satisfaire sont limitées; chaque société est donc confrontée au problème de la rareté des ressources. Ce problème incite à choisir la manière de les utiliser efficacement. Les différents systèmes économiques résolvent ces problèmes de façon différente: par exemple, dans une économie planifiée (dirigée) centralisée, les organismes de planification répondent à ces questions, tandis que dans une économie de marché, c’est le marché lui-même qui le fait; l’économie mixte est également souvent mentionnée (Kerem, Randveer 1998: 20; Martinkus, Žilinskas 2001: 16; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 42–47; Rastenienė 2005: 20; Snieška ir kt. 2005: 25; Davulis 2009: 35–39). L’économie elle-même est souvent définie comme la science qui étudie comment choisir parmi les différentes possibilités d’utilisation des ressources limitées afin de produire des biens (Jakutis ir kt. 2003: 14; Jakutis 2006: 16; Paunksnienė, Liučvaitienė 2009: 7).
La question du choix est ensuite rattachée à la production sociale, puisque la majeure partie de l’activité économique est consacrée à la production de biens et de services. Les ressources étant limitées, chacune d’elles, lorsqu’elle est utilisée d’une manière donnée, ne peut plus servir à produire d’autres biens. Si la société décide d’accroître la production d’un bien, elle dispose de moins de ressources pour en produire un autre (Martinkus
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tinkus, Žilinskas 2001: 96–99; Jakutis ir kt. 2003: 15–16; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 42–47; Rastenienė 2005: 13–17). Taigi, pasirinkimas alternatyvus: pasirinkus vieną, prarandama kita. Vadovėliuose nurodomi prancūziški aptariamą reiškinį įvardijantys atitikmenys: alternatif (Lukoševičius, Stankevičius 2003: 42), alternative (Martinkus, Žilinskas 2001: 19). Su pasirinkimo alternatyva susiję kaštai ir pavadinami alternatyviaisiais kaštais, tik šis terminas, kaip matyti ir iš aptartų ekonomikos terminų žodynų, jau siejamas su anglišku atitikmeniu, t. y. opportunity costs (Martinkus, Žilinskas 2001: 20, 213). Pastarasis junginį leistų versti kaip galimybės ar alternatyvos kaštai, bet kaip terminas beveik be išimties vartojamas junginys su būdvardinio dėmens įvardžiuotine forma, retkarčiais pavartojama neįvardžiuotinė (Jakutis ir kt. 2003; Jakutis 2006).
Liés à la production d’un bien, les coûts d’opportunité sont compris comme les biens auxquels on renonce et qui auraient pu être produits à partir des ressources utilisées pour le bien produit: « Les coûts réels de production de tout bien peuvent être définis comme les biens alternatifs qui auraient pu être produits à partir des ressources consommées pour produire ce bien. » (Martinkus, Žilinskas 2001: 206). Plus concrètement, ils sont définis comme la quantité de biens ou de services à laquelle il faut renoncer pour obtenir une certaine quantité d’autres biens ou services (Martinkus, Žilinskas 2001: 97) et, dans un sens abstrait, comme l’alternative d’utilisation des ressources à laquelle on renonce en produisant un produit donné (Mikučionis 2000: 46; Rastenienė 2005: 14).
Dans les manuels, le problème du choix est toutefois associé non seulement à la société et au système économique, mais aussi à chaque individu et à chaque entreprise:
Tous sont confrontés à la nécessité de choisir et aux problèmes des coûts d’opportunité: médecins et juristes, entrepreneurs et enseignants, fonctionnaires et consommateurs. Les jeunes médecins doivent décider s’ils exerceront la médecine générale ou s’ils dépenseront encore de l’argent et poursuivront leurs études pour devenir spécialistes d’un domaine précis. Les entrepreneurs doivent choisir une des catégories de produits possibles et répartir leur argent entre les équipements, les matériaux et les salariés de manière à ce que les dépenses génèrent les revenus les plus élevés. Les consommateurs doivent décider comment dépenser leur argent afin d’obtenir les meilleurs résultats (avantages): acheter du poisson ou de la viande, du pain ou des pommes de terre, un vêtement neuf ou de nouveaux rideaux, un livre neuf ou un billet de concert, et en quelle quantité acheter les biens qu’ils doivent acquérir périodiquement. (Martinkus, Žilinskas 2001: 20).
Ainsi compris dans un sens large, les coûts d’opportunité sont souvent appelés simplement occasion perdue (Wonnacott, Wonnacott 1994: 32; Martinkus, Žilinskas 2001: 20; Davulis 2009: 20) ou meilleure option à laquelle on renonce en faisant un choix-
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rinkimą (Martinkus, Žilinskas 2001: 20). Iš sąvokos aiškinimo akivaizdžiai matyti, kad žodis išlaidos šios reikšmės neperteiktų. Juk dauguma atvejų nieko neišleidžiama – tiesiog renkantis viena prarandama kita.
L’explication de la notion de coûts d’opportunité donnée dans les manuels permettrait d’abord de discerner des liens sémantiques avec le sens figuré de prix indiqué dans les dictionnaires généraux, à savoir « valeur de la perte » et « perte, privation de quelque chose dans la poursuite d’un objectif », d’autant plus que ces coûts sont aussi appelés prix. Un manuel exprime directement ce sens: « Les alternatives d’utilisation des ressources nous font comprendre une vérité simple: rien ne s’obtient gratuitement. C’est pourquoi apparaît la notion de coût du choix ou de coût des occasions perdues. En langage scientifique, on parle de valeur d’opportunité ou de coûts d’opportunité. Le nom ne change rien à la nature du phénomène, car il s’agit du fait que chaque choix a son prix. C’est une vérité universelle, mais elle est particulièrement manifeste en économie. » (Mikučionis 2000: 43). Le fait que les coûts d’opportunité soient désignés comme un avantage perdu témoignerait également de leur lien avec le sens figuré de prix: « L’avantage perdu, lorsque l’on compare l’alternative d’utilisation des ressources retenue à celle qui a été écartée, constitue les coûts d’opportunité ou coûts possibles » (Martinkus, Žilinskas 2001: 213); « En général, les coûts d’opportunité correspondent à l’avantage de la meilleure alternative d’utilisation des ressources à laquelle on a renoncé. » (Skominas 2000: 41). Ailleurs, il est écrit que les coûts d’opportunité sont « l’avantage perdu de la meilleure alternative à l’activité choisie », mais il est précisé aussitôt qu’« dans l’analyse pratique, les coûts d’opportunité sont généralement exprimés en argent » (Kerem, Randveer 1998: 35), ce qui permettrait aussi de rattacher ce terme au sens propre de prix. Et, en effet, la perte est parfois associée à l’argent: par exemple, les coûts d’opportunité d’une chaîne stéréo sont assimilés au prix d’un ordinateur neuf (Martinkus, Žilinskas 2001: 20).
Dans les définitions du terme coûts d’opportunité, cette perte est généralement désignée comme une valeur: « <...> les coûts d’opportunité sont la valeur de la meilleure option abandonnée ou écartée. » (Kerem, Randveer 1998: 16); « Les coûts d’opportunité sont la valeur des autres biens qui auraient pu être produits si les ressources avaient été utilisées ailleurs » (Rastenienė 2005: 14). La notion de coût est elle aussi définie comme une valeur: « Les coûts sont la valeur des ressources consommées par l’entreprise pour produire ses biens » (Rastenienė 2005: 72). Elle peut également être associée à une expression monétaire: « Les coûts sont la valeur de tous les facteurs de production consommés dans la production, c’est-à-dire la valeur des dépenses aux prix réels. » (Skominas 2000: 142). Lorsque les coûts sont définis comme la valeur des ressources consommées, et les coûts d’opportunité comme la valeur d’une option, il semblerait que la perte, l’avantage non obtenu
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soit ce que le déterminant apporte au terme de deux mots, tandis que le terme principal renverrait à la valeur ou au prix. Toutefois, la relation entre les notions de coût et de coûts d’opportunité n’est pas aussi univoque et claire.
D’une part, ces notions, comme cela a déjà été mentionné à propos de l’AETŽ, peuvent être assimilées l’une à l’autre. Les manuels d’économie l’indiquent également: « Les économistes considèrent tous les coûts comme des occasions perdues; les mots coûts et coûts d’opportunité signifient donc la même chose. Toutefois, pour rappeler que le choix implique le sacrifice de possibilités réellement existantes, les économistes ajoutent le mot d’opportunité. » (Martinkus, Žilinskas 2001: 20). Si l’on suit cette assimilation, on pourrait penser qu’il suffit de définir les coûts comme une occasion perdue (un avantage), la valeur ou le prix de la perte, et que le qualificatif d’opportunité serait superflu. Pourtant, le déterminant indique une catégorie particulière; il devrait donc exister aussi des coûts non liés à l’opportunité, ou une autre conception du coût. Celle-ci apparaît au niveau de la microéconomie, plus précisément dans les entreprises qui conduisent des processus de production. Cette conception sera examinée plus loin; l’explication des coûts d’opportunité donnée dans les manuels d’économie permet de conclure que la notion s’emploie à la fois dans un sens plus abstrait, c’est-à-dire comme une certaine perte, et dans un sens plus concret, comme une perte évaluée en quantité de biens ou de services, ou en argent.
Pour désigner la perte, le lituanien possède les mots: perte, privation, disparition, manque, cessation, dommage. Toutefois, la notion de coûts d’opportunité montre que le phénomène en question n’est pas une simple perte ou un dommage matériel. Il s’agit d’une perte, d’un avantage non obtenu lorsqu’on choisit ou obtient autre chose, et il manque en lituanien un mot qui rende cette nuance. Dans l’usage général, cette lacune sémantique pourrait être comblée par le mot prix employé au sens figuré (par ex. le prix de la vie, le prix de l’amour), mais en théorie économique, ce mot est employé au sens propre et comme terme.
Coûts et dépenses
Bien que, comme on le voit, les coûts soient associés, dans les manuels d’économie, à tout type de choix, ils sont néanmoins liés avant tout à la production. C’est d’ailleurs généralement dans un chapitre distinct que sont examinés les coûts de production (Kerem, Randveer 1991: 35–40; Martinkus, Žilinskas 2001: 191–222; Žutautienė 2007: 43–46; Davulis 2009: 49–71). Comme les coûts d’opportunité, ceux-ci sont également désignés simplement par le terme coûts et définis comme une valeur ou un prix, mais, du moins dans les définitions, ils ne sont pas associés à une perte.
Dans les Fondements de l’économie de Petras Šalčius, publiés en 1933, la notion de bien est utilisée pour définir les coûts: les kaštai sont définis comme ce qu’il faut pour acquérir un bien
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išleistų kitų gaminamų ir vartojamų gėrybių kiekis (Šalčius 1991: 60), tačiau pastarųjų dviejų dešimtmečių ekonomikos vadovėliuose gamybos kaštus linkstama apibrėžti vartojant gamybai naudojamų išteklių sąvoką. Tie ištekliai paprastai aptariami vadovėlių pradžioje ir nusakomi kaip visa tai, kas naudojama prekėms ir paslaugoms, t. y. gėrybėms, gaminti (Skominas 2000: 37; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 37). Ištekliais laikoma žemė, darbas ir kapitalas, atskirai paminimas verslumas, informacija (Martinkus, Žilinskas 2001: 14; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 37–38; Rastenienė 2005: 11–12). Nors neretai terminai ištekliai (ekonominiai ištekliai) ir gamybos veiksniai pavartojami sinonimiškai (pvz.: „Ištekliai – visa tai, kas naudojama prekių ir paslaugų gamyboje, dėl to ištekliai dažnai vadinami gamybos veiksniais“ (Lukoševičius, Stankevičius 2003: 37), kai kur pabrėžiamas terminų skirtumas: „Ekonominiai ištekliai yra tai, kas turi potencinę galimybę dalyvauti prekių ir paslaugų gamybos procese, kas yra riboti, ir kurių apimties didinimas teigiamai veikia visuomenės ūkinės veiklos rezultatus. Dėl šių savybių jie įgyja ekonominį vertingumą, t. y. turi kainą. Gamybos veiksniai yra tik ta ekonominių išteklių dalis, kuri naudojama gamybos procese.“ (Skominas 2000: 235).
Les coûts de production sont définis comme la valeur des ressources utilisées pour la production. À première vue, cette définition ne présente pas la nuance de sens mise en évidence lors de l’examen de la notion de coût d’opportunité. Pourtant, seules les définitions pourraient ne pas faire apparaître cette similitude de sens. Dans ces mêmes manuels, la production est en effet expliquée comme une activité ciblée visant à satisfaire les besoins humains, à produire un bien qui y répond, par exemple: « La production, c’est la création de biens et de services destinés à satisfaire les besoins humains grâce à l’utilisation de ressources économiques. » (Rastenienė 2005: 13). On pourrait ainsi discerner une similitude sémantique: le mot coûts désignerait ici aussi, pour ainsi dire, ce qui doit être perdu pour obtenir autre chose, c’est-à-dire pour produire un bien — ou, si l’on considère le point de vue d’une entreprise dont la recherche du profit est tenue en théorie économique pour un trait caractéristique, pour réaliser un profit. Toutefois, cette nuance de sens de la notion de coûts de production n’est pas explicitement soulignée dans les manuels.
Puisque les ressources sont utilisées pour la production et qu’elles servent en outre à créer de l’utilité9, le mot dépenses conviendrait pour les désigner. En 1962, P. Skardžius
9 Cf.: « Autrement dit, la production est un processus dans lequel les ressources économiques de la société sont utilisées pour créer de l’utilité, quelles que soient les formes que celle-ci puisse prendre. Ainsi, en satisfaisant nos besoins, la production crée aussi de l’utilité. » (Martinkus, Žilinskas 2001: 162).
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Bien qu’il ait été présenté comme un néologisme, le terme est désormais bien établi dans la terminologie économique. Les rapprochements relevés par P. Skardžius indiqueraient que, sous un certain rapport, le sens de ce mot reprendrait même celui du mot coûts: les dépenses sont ce qui est consommé pour atteindre un résultat, tandis que les coûts sont ce qui est perdu pour obtenir un certain résultat. Pourtant, dans les manuels d’économie, les mots dépenses et coûts ne sont pas interchangeables.
Dans les manuels, le mot dépenses est employé dans un sens aussi bien abstrait que concret. Dans son sens abstrait, il est assimilé aux ressources utilisées pour la production, ou aux facteurs de production: « Les dépenses sont les ressources économiques utilisées dans le processus de production (main-d’œuvre, matériaux et matières premières, équipements, capital, etc.). » (Martinkus, Žilinskas 2001: 14); « La fonction de production définit le volume maximal de production (la quantité produite) qui peut être obtenu pour une combinaison donnée de ressources (dépenses). » (Bhaskar 2000: 97). Le sens concret du mot dépenses — « quantité de ressources consommées » — apparaît dans les fonctions qui expriment des relations économiques, tout d’abord dans la fonction de production. Cette fonction, qui indique le lien entre toute combinaison de facteurs de production et le résultat maximal possible, s’écrit Q = f(L, K); Q désigne ici le volume maximal de production pouvant être atteint à un niveau technologique donné, tandis que L et K désignent les dépenses mesurées en unités physiques, respectivement de travail et de capital (Davulis 2009: 189).
Toutefois, la fonction de production, exprimée en unités physiques, n’est qu’une hypothèse préalable à l’analyse économique, qui opère avec d’autres grandeurs — des valeurs ou des montants monétaires. Pour cette dernière, c’est l’expression monétaire des dépenses, leur prix, qui importe; celle-ci est désignée par le mot coûts. Cette grandeur se calcule en multipliant la quantité par le prix, par exemple: « Les coûts variables totaux, dans leur forme la plus simple, sont les coûts liés aux dépenses en facteur variable dans le processus de production. Les coûts variables se calculent en multipliant la quantité de dépenses en facteur variable par leur prix. » (Jakutis 2006: 6); « Si l’on pose que les dépenses liées à un facteur de production (le travail) sont variables, tandis que celles liées à l’autre (le capital) sont fixes, les coûts variables totaux sont égaux au produit du prix unitaire des dépenses en facteur variable par le nombre de ces unités: BKK = WL; ici, L est le nombre d’unités de dépenses de travail, et W le prix unitaire des dépenses de travail. » (Jakutis 2006: 63). Parmi les différents types de coûts d’entreprise distingués, certains sont également définis comme le prix des dépenses: « Les coûts totaux BK sont le prix des dépenses liées aux ressources de production utilisées pour fabriquer et vendre l’ensemble de la production. » (Davulis 2003: 17). Ainsi, les mots dépenses et coûts désignent des grandeurs différentes: les dépenses désignent la quantité de ressources utilisées pour la production, et les coûts, leur expression monétaire, autrement dit leur prix.
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Il n’est pas davantage possible d’appeler le montant reçu des dépenses: cela prêterait à confusion. Dans un manuel d’économie où l’on a tenté d’éviter l’emprunt kaštai, conformément à la norme linguistique10, de tels problèmes de polysémie du mot se posent, par exemple: « Les coûts totaux comprennent tous les coûts liés aux coûts de production du produit. » (Jakutis ir kt. 2007: 66). Il est vrai que, lorsque le mot sąnaudos est employé au sens de valeur monétaire des coûts, ce manuel évite de désigner par le même mot la quantité de ressources consommées; il utilise les termes ressources (quantité de ressources), facteurs de production (quantité de facteurs de production). Mais cela reviendrait à réorganiser le système de concepts qui s’est constitué depuis longtemps dans la théorie économique lituanienne.
Dans une fonction ou une équation donnée, le montant pourrait être appelé prix des ressources consommées, prix des coûts de production, coûts exprimés en valeur monétaire, mais les coûts de production ne désignent pas seulement ce montant: ils constituent aussi un concept théorique classé selon divers critères, et ces expressions seraient donc pour le moins peu commodes. D’autre part, tant les coûts de production que les notions qui désignent leurs catégories sont généralement définis non comme un prix, mais comme une valeur (des ressources consommées), ce qui indiquerait que le terme kaštai n’acquiert son sens spécifique que lorsqu’il désigne un montant donné. Comme pour le mot sąnaudos, son sens peut être plus concret ou plus abstrait. À propos de l’activité productive de la société, un manuel de microéconomie indique que les biens et les services sont produits par le travail à partir des matières et de l’énergie fournies par la nature, en utilisant les moyens naturels et l’information, puis résume: « Ainsi, leur obtention nécessite des coûts (dans une économie de marché: des coûts de production, c’est-à-dire des coûts évalués en argent). » (Skominas 2000: 38). L’association des coûts de production à l’économie de marché explique en partie également le regain d’actualité déjà évoqué du terme kaštai dans les dictionnaires d’économie, qui coïncide avec une période de transformation de l’économie nationale et de la science économique qui s’y est développée.
Dans les textes non spécialisés, surtout dans les articles d’opinion et sur Internet, où il n’est pas nécessaire de distinguer et de représenter par des symboles distincts les quantités de ressources consommées et leur prix, il est plus simple de donner au mot sąnaudos le sens de prix des coûts, ou de valeur monétaire. Il est vrai que, lorsqu’on emploie le concept d’analyse coûts-avantages (analyse coût-bénéfice), ces textes précisent généralement que l’analyse porte sur les coûts exprimés en valeur monétaire; le mot sąnaudos est néanmoins employé11. Dans ce—
10 Le respect de la norme linguistique est attesté par le fait que les éditions précédentes de ce manuel employaient kaštai. L’édition actuelle a probablement été influencée par KP₄, où ce terme est considéré comme un emprunt à éviter.
11 Voir la recherche Google.
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e dans l’expression est probablement favorisé par une assonance. Ces textes emploient même le terme coûts d’opportunité12, bien que, comme le montre l’explication du concept de coûts d’opportunité dans les manuels d’économie, celui-ci ne soit pas lié à l’utilisation. Les textes d’opinion et ceux publiés sur Internet n’ont pas besoin d’exposer la théorie économique, de définir les concepts, et encore moins de les présenter dans leur ensemble; il est donc plus difficile d’y faire ressortir les relations systématiques entre les concepts ou les contradictions entre un concept et le terme qui le désigne. Néanmoins, les concordances du corpus de textes du lituanien contemporain montrent que la plupart des emplois du mot sąnaudos dans les articles d’opinion (par exemple, le nominatif apparaît 1 663 fois sur 6 980 355 mots) sont eux aussi liés à une expression quantitative des ressources utilisées ou désignent de manière générale les ressources utilisées (VDU 2013).
Coûts de production et dépenses. Opposition entre coûts comptables et coûts économiques
Les coûts d’une entreprise qui exerce une activité de production coïncident en partie avec ses dépenses. L’entreprise achète des ressources, ou facteurs de production, pour fabriquer des biens ou fournir des services, ce qui constitue ses dépenses. Après avoir vendu sa production, elle perçoit des recettes.
Le concept de dépenses (argent dépensé pour l’activité productive), opposé aux encaissements (argent reçu des ventes ou d’autres activités de l’entreprise) ou aux recettes, est largement utilisé dans la pratique des entreprises. La comptabilité des entreprises enregistre, classe, analyse et synthétise les opérations et faits économiques exprimés en argent, dont les dépenses constituent une grande partie. C’est pourquoi, comme l’indiquent les manuels d’économie, le comptable calculerait en premier lieu les coûts de l’entreprise comme des dépenses. Un tel calcul pose toutefois problème à l’économiste de l’entreprise, car pour lui, les kaštai représentent avant tout une possibilité à laquelle on renonce: « pour les économistes, les coûts sont avant tout des coûts d’opportunité. Autrement dit, les économistes prennent en compte non seulement les coûts explicites, comptables, mais aussi les coûts imputés, tels que le profit normal tiré du capital investi dans une activité alternative. » (Martinkus, Žilinskas 2001: 214). Dans les manuels d’économie, les concepts de coûts comptables et de coûts économiques sont utilisés pour mettre en évidence ces différences de conception des coûts liés à l’activité de l’entreprise; toutefois, les explications données, généralement confuses et contradictoires, montrent qu’ils désignent moins des différences de conception des coûts que des méthodes différentes de calcul des coûts de l’entreprise.
12 Cela est montré par le moteur de recherche Google.
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Les coûts comptables sont généralement définis comme les dépenses inscrites dans les documents comptables: « Les coûts comptables sont les dépenses inscrites dans les livres comptables » (Rastenienė 2005: 72). Les coûts économiques sont les coûts comptables auxquels on ajoute les coûts non inscrits dans les livres comptables; ils comprennent les revenus non perçus (par exemple, les intérêts) que l’entrepreneur, propriétaire des ressources, aurait obtenus en investissant ses propres ressources dans une activité commerciale alternative, en louant des bâtiments et un terrain à un autre entrepreneur, etc. (Bhaskar 2000: 120–122; Martinkus, Žilinskas 2001: 214; Jakutis et al. 2003: 43; Rastenienė 2005: 72). Pour désigner ces coûts, on propose également un terme composé dont le déterminant est d’origine étrangère, à savoir les coûts implicites. On mentionne généralement aussi des équivalents lituaniens: les coûts présumés (Martinkus, Žilinskas 2001: 214; Rastenienė 2005: 72), les coûts supposés (Kerem, Randveer 1998: 46; Skominas 2000: 142), les coûts indirects (internes) (Bhaskar 2000: 120; Davulis 2009: 55). Les coûts implicites sont définis comme « l’avantage perdu, déterminé en comparant l’option d’utilisation des ressources retenue à celle qui a été écartée » (Rastenienė 2005: 72), définition qui correspond à la conception des coûts d’opportunité examinée précédemment. Ces coûts sont d’ailleurs assimilés les uns aux autres: « Outre les coûts directs, les économistes utilisent également, dans leur analyse d’un problème, les coûts indirects (ou coûts d’opportunité). » (Bhaskar 2000: 120). Ainsi, les coûts d’opportunité, compris comme une perte résultant d’un choix alternatif, représentent pour le propriétaire d’une entreprise un avantage (revenu) non perçu, qu’il aurait obtenu en investissant autrement. Les coûts implicites s’opposent aux coûts explicites, également appelés coûts directs (Bhaskar 2000: 119; Skominas 2000: 142), clairs (Kerem, Randveer 1998: 35–36; Rastenienė 2005: 72) ou externes; dans les manuels d’économie, ils sont assimilés aux coûts comptables. Les coûts économiques sont donc définis non seulement comme la somme des coûts implicites et explicites (Skominas 2000: 142), mais aussi comme les coûts comptables auxquels on ajoute les coûts présumés (Martinkus, Žilinskas 2001: 214). Ainsi, les notions de coûts implicites et explicites, de coûts économiques et comptables apparaissent lorsqu’il est question des coûts d’une entreprise et de l’utilisation de ses propres ressources.
Les manuels d’économie pourraient laisser penser que l’opposition entre les coûts comptables et les coûts économiques est favorisée par l’assimilation des coûts d’entreprise aux dépenses inscrites dans les livres comptables. Cela confirme une fois encore que le mot coûts, compris au sens économique, ne peut être remplacé par le mot dépenses, même si celui-ci semble bien rendre la conception comptable. Dans la comptabilité lituanienne actuelle, le terme dépenses est en effet largement employé. Il est vrai que cette comptabilité et celle de la Li
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thuanie distinguent depuis quelque temps deux types de comptabilité: financière et de gestion13. Les différences entre elles sont diverses, mais on se fonde le plus souvent sur le critère des utilisateurs de l’information fournie: les données de la comptabilité financière sont destinées aux utilisateurs externes (organismes publics, actionnaires, déposants, fournisseurs, acheteurs, etc.), tandis que celles de la comptabilité de gestion s’adressent aux dirigeants et aux gestionnaires de l’entreprise et de ses unités (Kalčinskas, Černius 1997; Mackevičius 2003; Kalčinskas 2007; Lakis et al. 2010). La comptabilité des coûts, indique-t-on, constitue le domaine qui relie comptabilité de gestion et comptabilité financière (Lakis et al. 2010: 16).
Il semblerait que si les conceptions comptable et économique des coûts sont différenciées par les éléments principaux du syntagme (dépenses et coûts), il ne serait plus nécessaire de les distinguer par des éléments déterminants. En réalité, le besoin de distinguer les coûts comptables des coûts économiques pourrait provenir de la terminologie anglaise, où le même mot cost est employé dans les deux cas: respectivement accounting cost et economic cost. Comme la théorie économique est élaborée principalement en anglais, et que les manuels lituaniens s’appuient sur des manuels anglais ou sont traduits de l’anglais, cette distinction entre les notions pourrait être une conséquence de l’application de la théorie économique élaborée en anglais. Toutefois, si le même mot cost est probablement employé en anglais pour exprimer les conceptions comptable et économique des coûts, ce n’est sans doute pas un hasard. Cela ressort notamment de l’examen de la notion fondamentale de la comptabilité de gestion, que le lituanien a choisi de désigner par le terme dépenses, examen présenté dans l’un des ouvrages lituaniens consacrés à la comptabilité de gestion:
Pour décrire les dépenses, on recourt à une grande variété de termes, d’arguments, de preuves et d’exemples. On affirme très souvent que les dépenses englobent tout ce qui réduit le bénéfice ou accroît la perte. Dans cette définition, on ne sait pas clairement ce que recouvre l’expression tout cela. Nous estimons que tout cela désigne avant tout une certaine consommation ou perte de ressources. Dans la littérature, la perte de certaines ressources est souvent expliquée comme un sacrifice, à l’aide du mot anglais sacrifice. Cependant, décrire les dépenses comme un sacrifice, une perte de quelque chose ne peut être considéré uniquement de manière négative. En effet, l’entreprise utilise des ressources pour atteindre un objectif donné. Ainsi, cette perte de ressources lui procure un avantage, puisqu’elle a atteint son objectif (par exemple, fabriquer des produits) (Mackevičius 2003: 132).
Ce compte rendu, mais aussi la définition de Robert N. Anthony et James S. Reese mentionnée plus loin et souvent citée, montreraient les liens avec le sens des coûts examiné précédemment, fréquemment citée-
13 Cette branche de la comptabilité est actuellement désignée de diverses manières: comptabilité de gestion, de management, de gestion d’entreprise, managériale, des dépenses, etc. Puisque son appellation anglaise est management accounting, la traduction la plus exacte serait comptabilité de gestion. Il est bien entendu possible de tenir compte de la tradition lituanienne établie. Ce terme mériterait un débat distinct; nous proposons ici l’une des appellations concurrentes.
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e dans les travaux d’auteurs occidentaux, la dépense est définie comme l’expression monétaire des ressources consommées pour atteindre un objectif. Cette définition met en avant trois éléments importants: 1) les dépenses résultent de la consommation de ressources pour produire des biens ou fournir des services; 2) la quantité de ressources consommées est exprimée en termes monétaires; 3) les dépenses sont engagées pour atteindre des objectifs précis — or ces caractéristiques sont également propres à la conception des coûts présentée dans les manuels d’économie. Le lien entre les sens serait encore confirmé par la définition d’Alicja Jaruga, selon laquelle, du point de vue comptable, les dépenses peuvent être définies comme un ensemble de ressources consommées au cours du processus de production et transformées en produits et services utiles, et tout particulièrement par celle de David Myddleton, selon laquelle les dépenses correspondent à ce que l’on doit céder pour obtenir ce que l’on souhaite (Mackevičius 2003: 133).
L’évolution de la terminologie comptable lituanienne a conduit à rendre le terme anglais costs par trois mots: dépenses et charges, et coût de revient. Dans la 11e norme comptable applicable aux entreprises, les dépenses sont associées à la consommation et à la dépréciation des actifs: elles sont définies comme la consommation d’actifs ou de services et la diminution de la valeur des actifs pendant la période comptable; les dépenses qui généreront des revenus à l’avenir sont comptabilisées comme des actifs, tandis que celles engagées pour générer les revenus de la période comptable sont considérées comme des charges de la période correspondante (VAS 2013). Les ouvrages de comptabilité de gestion montrent que les dépenses peuvent être classées selon 27 critères: en dépenses fixes, variables et mixtes, directes et indirectes, de production et hors production, à long terme et à court terme, etc. (Mackevičius 2003: 135–137). Néanmoins, la terminologie comptable lituanienne fait elle aussi apparaître le besoin d’une notion « générique » permettant de désigner en un seul mot les dépenses, les charges et le coût de revient (toutes désignées en anglais par cost); cette notion existe et est employée: il s’agit des coûts14 (Kalčinskas, Černius 1997; Kalčinskas 2007). Le fait que le besoin de cette notion apparaisse d’abord en comptabilité de gestion témoignerait également d’une certaine communauté de sens avec les coûts en tant que notion de la théorie économique. Les données de la comptabilité de gestion sont fournies aux gestionnaires de l’entreprise pour effectuer des analyses et prendre des décisions stratégiques; ce qui leur importe, ce ne sont pas les dépenses envisagées rétrospectivement, mais leur prévision et les solutions de remplacement.
D’autre part, le terme dépenses n’est pas utilisé uniquement en comptabilité. Les manuels d’économie n’hésitent pas non plus à l’employer. Certaines catégories de coûts-
14 Cf.: « La notion générique de coûts exprime les trois principaux indicateurs de la comptabilité de management: les dépenses, les charges et le coût de revient. Tous ces termes ont la même importance. Les coûts sont utilisés pour exprimer des notions générales, mais ne doivent pas remplacer les termes précis lorsqu’il est question d’indicateurs précis. » (Kalčinskas 2007: 781) (Ici, il n’y a déjà plus de point après la parenthèse)
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… sont même définies comme des dépenses; par exemple, les coûts fixes sont décrits comme des « dépenses qui ne varient pas lorsque la quantité de production fabriquée (ou de services fournis) change (augmente ou diminue) », tandis que les coûts variables sont définis comme des « dépenses qui varient en fonction de la quantité de production fabriquée (ou de services fournis) » (Martinkus, Žilinskas 2001: 190). Dans un manuel scolaire d’économie, les définitions sont combinées; ainsi, les coûts de production sont définis à la fois comme la valeur de tous les facteurs de production utilisés dans la production et comme les dépenses nécessaires pour rémunérer tous les facteurs de production (Makutėnas, Makutėnienė 2004: 94), et les coûts totaux comme la somme des coûts fixes et variables sur une période donnée, mais aussi comme l’ensemble des dépenses monétaires consacrées à la fabrication de produits ou à la fourniture de services (Makutėnas, Makutėnienė 2004: 95). Dans l’ouvrage de Gediminas Davulis, Ekonomikos teorijoje, lorsque le terme coûts de production est employé, le mot dépenses est généralement indiqué entre parenthèses (Davulis 2009: 56). Pourtant, dans les manuels d’économie, contrairement à la plupart des travaux de comptabilité de gestion, c’est le terme coûts qui est retenu comme terme et comme notion classificatoire. On distingue les coûts de l’entreprise à court terme et à long terme, les coûts fixes et variables, les coûts totaux, les coûts moyens et les coûts marginaux (Kerem, Randveer 1998: 38–40; Varian 1999: 347–366; Bhaskar 2000: 122–135; Skominas 2000: 149–156; Martinkus, Žilinskas 2001: 193–208; Jakutis et al. 2003: 44–52; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 76–78; VDU 2005: 80; Davulis 2009: 49–55; Panovas 2013: 123–129). Pourtant, même les définitions des différentes catégories de coûts de l’entreprise sont formulées en prenant comme point de départ la notion de coûts. Les coûts fixes sont décrits comme les coûts qui ne changent pas lorsque l’entreprise modifie son volume de production; les coûts variables comme ceux qui changent lorsque l’entreprise modifie son volume de production; la somme des coûts fixes et variables est appelée coûts totaux, et les coûts moyens sont les coûts totaux divisés par la quantité de produits fabriqués (Kerem, Randveer 1998: 38; Lukoševičius, Stankevičius 2003: 76–77; Skominas 2000: 149–150; Davulis 2009: 51).
La tendance, en théorie économique, à privilégier les coûts plutôt que les dépenses s’explique sans doute avant tout par les définitions proposées des coûts de production. Les coûts de production, bien qu’ils soient expliqués comme des dépenses de l’entreprise, sont associés, dans la théorie économique — souvent définie comme la science de l’utilisation de ressources limitées —, à l’utilisation des ressources; ils sont définis comme la valeur des ressources consommées pour produire, ou comme le prix des intrants, les intrants exprimés en valeur monétaire. Ainsi, le mot coûts est compris dans un sens différent de celui de « sommes dépensées ». Il renvoie non pas aux dépenses, mais plutôt au prix, lequel est le prix des intrants, c’est-à-dire de ce qui est consommé dans la poursuite d’un avantage ou d’un objectif. Les coûts de production d’une entreprise coïncident essentiellement avec les sommes qu’elle dé-
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pense. Ainsi, les différences terminologiques tiennent sans doute à l’évaluation du phénomène selon des perspectives différentes. Les coûts intéressent l’économie non pas comme des écritures chronologiques des sommes dépensées, mais comme une notion théorique. Le groupe entier de notions dérivées telles que fonction de coût, fonction de coût à court terme, fonction de coût à long terme, minimisation des coûts, courbe des coûts, inflation des coûts, etc., en témoignerait également. Ces fonctions, qui expriment des relations économiques, confirment elles aussi que le terme dépenses ne convient pas pour exprimer adéquatement ces relations: une fois la quantité d’intrants multipliée par leur prix, il est malaisé de désigner le montant obtenu par le terme « dépenses ». Toutefois, la tendance à désigner les coûts de production — qui, dans la pratique des entreprises, correspondent aux dépenses — par le terme coûts tient probablement surtout à la volonté, qui se manifeste dans les manuels d’économie, de les intégrer à un schéma général de classification des coûts.
Classification générale des coûts et rapports entre les notions
Les définitions présentées dans les manuels d’économie feraient apparaître un sens du mot coûts qui n’est pas tout à fait uniforme: dans le syntagme coûts d’opportunité, il désigne la perte subie en choisissant autre chose, le bénéfice auquel on renonce ou le prix d’une possibilité, tandis que dans le syntagme coûts de production, il désigne la valeur, généralement monétaire, des ressources employées pour la production, plus précisément le prix des intrants.
Si ce mot exprime des significations différentes, ou du moins des nuances différentes, il s’ensuivrait qu’il est même impossible de définir la notion générale de coûts. De fait, on évite de la définir aussi bien dans les manuels d’économie que dans les dictionnaires terminologiques; lorsqu’elle est définie, elle l’est comme une forme abrégée de coûts de production. Toutefois, un manuel destiné à l’enseignement secondaire propose une telle définition, qui permet de relier les notions de coûts d’opportunité et de coûts de production: elle renvoie à la perte subie en acquérant quelque chose: « Les coûts, c’est ce que nous perdons en décidant de faire ou d’acquérir quelque chose. » (Makutėnas, Makutėnienė 2004: 192). Cette définition établirait en quelque sorte le lien entre les syntagmes coûts d’opportunité et coûts de production, tout en expliquant le sens du mot coûts et en justifiant pourquoi l’emprunt est solidement établi dans la théorie économique: il manque en lituanien un mot permettant d’exprimer ce sens. L’emploi de la notion dans les manuels de macroéconomie confirmerait qu’on attribue au mot un sens similaire. Ainsi, les coûts personnels de la croissance économique — une vie plus intense, « enrichie » d’émotions, de stress, de conflits et d’une incertitude accrue quant à l’avenir — sont décrits comme des coûts « que l’individu et la famille doivent assumer pour acquérir le niveau de bien-être matériel supérieur que procure la croissance économique » (Buračas et al. 2005: 255), ce qui montre,
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que les coûts désignent une certaine perte subie en obtenant autre chose, plus précisément le prix du bien-être matériel. Ailleurs, les coûts du chômage sont explicitement assimilés à un prix, le terme étant employé au sens figuré: « Le chômage entraîne des coûts économiques importants (economic costs). Le principal coût économique du chômage est la production perdue (non réalisée). » (Čiegis 2012: 125). Certaines formulations indiqueraient toutefois que le sens du mot coûts se rapproche tout à fait de celui des mots perte, effet, conséquence. Par exemple, la section intitulée « Coûts du chômage » énumère la baisse du volume de production ou du produit intérieur brut, la perte de revenus personnels et de qualifications, etc. (Kerem, Randveer 1998: 104), phénomènes que l’on pourrait aussi appeler conséquences négatives du chômage. La redistribution de la richesse et la baisse de la compétitivité du pays sur les marchés d’exportation, considérées comme des coûts de l’inflation (Kerem, Randveer 1998: 105–106), pourraient être appelées effets de l’inflation. Les coûts sociaux de la croissance économique — tels que l’urbanisation qui accompagne le développement industriel, l’exploitation accélérée de la nature et la transformation radicale du mode de vie des individus (Buračas et al. 2005: 255) — pourraient être appelés pertes résultant de la croissance économique, ou effets de la croissance économique. Ces phénomènes peuvent néanmoins aussi être compris comme le prix à payer du fait du chômage, de l’inflation ou de la croissance économique. La frontière sémantique n’étant pas nette, d’autres textes emploient, pour évoquer ces phénomènes, les termes effet, conséquence, perte (Snieška et al. 2005: 403–406; 448–454), ou utilisent ces mots comme synonymes de coûts (Kerem, Randveer 1998: 104, 106–107; Čiegis 2012: 128).
Quelle que soit la signification attribuée au mot coûts, les définitions montrent que, dans le syntagme coûts d’opportunité, il renvoie davantage à la perte subie en choisissant autre chose, c’est-à-dire au sens figuré du mot prix, tandis que, dans le syntagme coûts de production, il renvoie aux intrants exprimés en argent, au prix des intrants, c’est-à-dire au sens propre du mot prix. Cela laisserait penser qu’il devrait être difficile de trouver un fondement de classification commun aux coûts en tant que notion générique. En effet, dans presque tous les manuels d’enseignement supérieur, on passe à la classification des coûts et à la définition de leurs catégories sans définir la notion générique. La plupart des catégories distinguées sont les types de coûts de production de l’entreprise déjà mentionnés, mais le schéma général comprend aussi les coûts d’opportunité, les coûts comptables et économiques, ainsi que les coûts implicites et explicites, distingués selon des critères quelque peu différents. Certains mentionnent également les coûts individuels et sociaux (Jakutis 2006: 58; Davulis 2009: 56).
On tente de relier les notions de coûts d’opportunité et de coûts de production en définissant l’une et l’autre comme une valeur; toutefois, la valeur n’est pas le fondement qui permettrait de différencier ces notions au moyen de déterminants distincts. Va-
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L’examen des coûts présenté dans les manuels montre que les coûts d’opportunité ne constituent pas une catégorie de coûts de production, contrairement aux autres catégories distinguées (coûts variables, fixes et moyens, etc.). Il est donc impossible de différencier toutes les notions selon un seul et même critère. D’un autre côté, les coûts d’opportunité et les coûts de production ne sont pas des notions sans rapport entre elles. Comme on l’a déjà vu, les coûts d’opportunité peuvent être considérés, dans les manuels, comme une certaine mesure d’évaluation des coûts de production. Autrement dit, les coûts de production peuvent être évalués par le bénéfice auquel on renonce en raison d’un choix: s’agissant de la production de la société, il s’agit du bénéfice perdu lorsque les ressources sont utilisées d’une manière plutôt que d’une autre, ou des biens et services qui ne sont pas produits du fait de cette utilisation des ressources, etc.; s’agissant de l’utilisation des ressources propres d’une entreprise, il s’agit des revenus non perçus. Seul un tel lien entre les notions justifierait l’emploi du complément adjectival. Quant à la notion présentée au début des manuels d’économie et applicable à tout choix, il serait plus approprié de la désigner par coût de l’alternative, c’est-à-dire le coût lié à une alternative, ou, comme le disent les manuels, le prix de l’alternative, la valeur de l’alternative, le coût d’opportunité, l’occasion manquée, etc.
On a tenté de différencier, au moyen du mot fondamental, les coûts d’opportunité au sens large des coûts comme notion de microéconomie dans, semble-t-il, un seul manuel d’économie: on y emploie les termes coûts d’opportunité et frais de production (Maldeikienė 2003). Toutefois, lorsqu’aucune autre catégorie de coûts n’est mentionnée, on peut se demander à l’alternative de qui renvoient les coûts d’opportunité. D’un autre côté, comme l’a montré l’analyse effectuée, le substitut frais de production ne rend pas correctement la notion de coûts de production. Le manuel en question est destiné aux classes de 9e et de 10e; il n’y présente ni la production ni la fonction de coût et il n’est pas nécessaire de distinguer les grandeurs quantitatives et monétaires liées à la production. La difficulté terminologique ne se pose donc pas. L’explication proposée pour la notion de frais peut, elle aussi, suffire aux seuls élèves: « Ainsi, pour atteindre son objectif, le producteur est contraint d’engager des dépenses. Il est courant d’appeler de telles dépenses des frais. Les frais sont donc avant tout les dépenses monétaires de l’entreprise. » (Maldeikienė 2003: 58).
On ne rencontre pas d’autres tentatives de différenciation des notions au moyen de termes fondamentaux différents. La recherche de substituts distincts est probablement également freinée par le fait que, dans la théorie économique élaborée en anglais, le mot cost désigne aussi bien la perte de bénéfice associée à une alternative choisie que les coûts de production d’une entreprise exprimés en valeur monétaire. Si l’on décide d’éviter l’emprunt, on choisit également un seul équivalent dans tous les cas: frais (Jakutis ir kt. 2007) ou dépenses (Paunksnienė, Liučvaitienė 2009).
Si l’on entreprend d’éviter l’emprunt, il serait peut-être possible de chercher des substituts différents pour rendre les notions, mais la question se pose de savoir s’il est encore nécessaire d’en chercher. Après tout, le mot
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kaštai a déjà une longue tradition d’emploi dans la terminologie économique — suffisamment longue pour justifier sa reconnaissance comme terme, tandis que l’ancien emprunt reste pertinent dans l’usage actuel. Ce mot était peut-être moins pertinent pour la terminologie de l’ordre économique qui prévalait à l’époque soviétique, mais, dans une économie de marché, le prix et l’expression monétaire revêtent une importance particulière. Or, comme on l’a vu, les coûts de production sont également associés au prix des frais. D’un autre côté, il n’existe pas de mot lituanien convenant comme terme du domaine économique pour exprimer le sens de « ce à quoi l’on renonce en acquérant autre chose ». Ce sont probablement ces facteurs sémantiques qui expliquent principalement l’emploi de l’emprunt kaštai.
CAUSES DE L’ÉCART ENTRE LA NORME ET L’USAGE
L’analyse de la norme applicable au substantif kaštai et de son emploi dans les manuels d’économie révèle que l’écart qui s’est creusé a plusieurs causes, assez complexes. Cependant, comme l’a montré l’analyse effectuée, les plus importantes sont probablement l’évaluation insuffisante de la sémantique du mot et des spécificités de son domaine d’emploi.
Dans les dictionnaires lituaniens, le substantif kaštas n’est défini que comme « dépenses, fonds », ce qui ne révèle qu’une seule nuance du sens du mot. Or, en tant que terme de la théorie économique, ce mot est précisément associé à des sens de kaštas que les dictionnaires ne mentionnent pas, à savoir « prix » et « valeur ». En outre, dans la théorie économique, l’emprunt est employé dans un sens auquel aucun mot lituanien ne correspond. Il s’agit de ce à quoi l’on renonce en choisissant, en obtenant ou en acquérant quelque chose. Ce n’est pas simplement une perte; les mots perte, dommage, privation, manque, renoncement n’en rendent donc pas correctement le sens. Dans l’usage général, le mot prix, employé au sens figuré, le rendrait plus ou moins, mais, dans le domaine économique, il engendrerait des problèmes de polysémie.
Cependant, la norme codifiée ne propose même pas les prix, valeur comme substituts. Les ouvrages normatifs de lexicologie et les dictionnaires lituaniens qui définissent les sens indiquent comme substituts de l’emprunt kaštai les termes dépenses, fonds et frais. L’analyse de l’usage réel, fondée sur des textes de théorie économique, révèle que ces substituts sont rarement employés et que les définitions des notions figurant dans les textes montrent qu’ils ne pourraient même pas l’être. Le substitut frais, comme le propose un autre dictionnaire, est utilisé dans le même domaine avec un autre sens: comme terme désignant les ressources consommées pour la production ou leur quantité. Le terme dépenses ne s’implante pas non plus dans la théorie économique, probablement pour des raisons sémantiques.
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raisons: dans ce domaine, le phénomène est compris comme la valeur, le prix des ressources consommées, et non comme les fonds dépensés par l’entreprise pour acquérir ces ressources. Le terme de remplacement fonds n’a même pas été tenté dans les manuels d’économie, car son sens ne convient absolument pas pour désigner le phénomène étudié.
Les termes de remplacement coûts et dépenses ne rendraient pas pleinement compte de l’essence de la notion de coûts d’opportunité, car celle-ci est liée à une certaine perte résultant du choix d’une option; or, dans les manuels d’économie, qui transmettent pour l’essentiel la théorie économique élaborée en anglais, on tend à associer les notions de coûts d’opportunité et de coûts de production en choisissant le même élément principal. On ne peut exclure complètement l’influence de l’anglais: tant en Lituanie que dans les autres pays de l’Union européenne, la théorie économique élaborée en anglais prédomine, et lorsqu’elle est enseignée en lituanien, le système conceptuel est respecté. Cette influence se manifeste aussi dans les dictionnaires de termes économiques: à mesure que l’économie s’est tournée vers l’Occident, les termes contenant le mot kaštai s’y sont multipliés. De nombreuses notions théoriques comportant le mot cost ont fait leur apparition, et des termes composés dans lesquels le mot principal était dépenses dans les dictionnaires précédents ont également commencé à être présentés avec ce mot.
D’autre part, la normalisation du mot kaštai manque de cohérence. La norme codifiée n’est pas homogène, ni sur le plan synchronique ni sur le plan diachronique. Même aujourd’hui, le mot est considéré à la fois comme un terme d’usage plus restreint en langue standard, ou simplement comme un emprunt (DŽ), comme un emprunt à coloration dialectale (LKŽ) et comme un usage étranger à éviter (KP4). Le terme kaštai n’a été évalué comme un usage étranger à éviter que plus de 30 ans après sa première évaluation négative (ntk.), dans KPP₁ (1976). Jusque-là, l’usage du terme avait déjà eu le temps de s’implanter. Le fait que kaštai ne figure pas dans KPP₂, publié en 1985, témoignerait également des fluctuations de la norme. L’évaluation du mot dans la presse périodique en témoigne aussi. En 1962, après que P. Skardžius eut proposé les équivalents dépenses et fonds, on fit remarquer qu’ils ne convenaient que dans certains cas. En 1995, on nota également que, dans les textes journalistiques, le mot kaštai était employé aussi au sens de prix ou de valeur, mais que les équivalents proposés étaient fonds, coûts, dépenses (Pupkis 1995: 14). En outre, un autre aspect du sens du mot kaštai n’a pas été pris en compte: son lien avec la perte subie en obtenant autre chose, avec la valeur de la perte. Le nom à corriger était associé au verbe kaštuoti, et l’on s’appuyait sur le recul de ce dernier dans l’usage. L’analyse des textes économiques montre qu’aujourd’hui le verbe kaštuoti n’est plus du tout employé, mais que le nom reste pertinent en économie théorique en tant que terme.
L’anglais, langue dominante dans l’élaboration de la théorie économique, incite non seulement à respecter la correspondance entre les notions, mais révèle aussi une ressemblance phonétique entre l’anglais cost et le lituanien kaštai fo-
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nétique. Comme on l’a déjà indiqué, la structure phonétique de l’allemand Kosten est similaire. Les contacts actuels avec d’autres langues du monde révèlent que le mot de même racine est également employé dans de nombreuses autres langues: en espagnol, costo (coste); en italien, costo; en portugais, custo; en néerlandais, kosten; en français, coût; en norvégien, kostnad; en biélorusse, koum; en danois, omkostning; en finnois, kustannus, etc. L’article de Z. Babickienė confirme les observations étymologiques de P. Skardžius: le terme kaštai est indo-européen. Selon l’auteure de l’article, il est passé en moyen anglais depuis l’ancien français: cocter, to cost – lot. cōnstāre, « être fixé », const (Babickienė 2012: 57). Une telle origine modifie son statut d’usage étranger et constitue un autre facteur favorisant son emploi. Mais, quelle que soit son origine, ce mot est entièrement adapté sur les plans phonétique et morphologique, et ne se distingue pas de mots qui ne sont pas considérés comme des usages étrangers, tels que paštas, raštas, etc.
Comme on le voit, les facteurs qui soutiennent l’emploi du mot kaštai dans la terminologie économique sont puissants, et le problème est multiforme et concerne de nombreux domaines. D’autres facteurs expliquant le décalage entre l’usage et la norme apparaîtraient si l’on examinait plus largement d’autres domaines d’emploi, en premier lieu celui de la comptabilité. L’analyse présentée serait également considérablement enrichie par une étude de la diffusion du mot dans l’usage général, en particulier dans les articles scientifiques d’économie ou de comptabilité, ainsi que par un examen plus approfondi de l’évolution du terme. Il reste donc de nombreuses pistes de recherche, et le présent article constitue plutôt une première initiative visant à étudier le rapport entre l’usage et la norme codifiée ainsi que les facteurs de leur désaccord.
CONCLUSIONS
1. Dans les travaux les plus récents sur la norme codifiée (KP41 et KP42), le mot kaštai fait l’objet d’une évaluation négative au regard de la norme, c’est-à-dire qu’il est considéré comme un usage étranger à éviter; pourtant, il est largement employé dans les textes de théorie économique, notamment dans les manuels d’économie destinés à l’enseignement supérieur. Ce rapport peut être considéré comme un écart entre la norme et l’usage.
2. L’une des causes de cet écart réside dans l’inconstance de la norme elle-même, tant actuelle qu’antérieure. Dans le LKŽe, le mot kaštas est considéré uniquement comme un emprunt répandu dans les dialectes (du polonais); le DŽe propose, par la mention « voir », de remplacer le mot par des mots d’origine lituanienne, d’usage plus fréquent, išlaidos, lėšos, tandis que le KP4 considère ce mot comme un usage étranger à éviter dans le domaine financier. Le terme kaštai a été évalué de manière stricte par le KKP1 — comme un usage étranger non recommandé —, mais il n’a pas été inclus dans le KKP2…
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Ainsi, une longue période s’est écoulée entre 1976 et 2005 sans travail de normalisation linguistique.
3. Dans les publications consacrées à la pratique linguistique, la correction du substantif est généralement justifiée par le retrait spontané du dérivé kaštuoti de l’usage. Ce dérivé n’est pas employé dans les textes de théorie économique, tandis que le substantif kaštai s’est imposé comme terme. L’analyse de l’usage révèle que, dans la théorie économique, cet emprunt exprime un sens particulier, « la perte encourue en acquérant quelque chose », pour lequel le lituanien ne dispose pas de mot. Les mots nuostolis, netektis, praradimas, žala ne rendent pas suffisamment ce sens. Dans l’usage général, le sens figuré de kaina pourrait plus ou moins l’exprimer, mais ce mot ne convient pas à la théorie économique en raison de sa polysémie. En tant que terme désignant les coûts de production et leurs catégories, le mot kaštai est généralement associé à une expression monétaire de la valeur — le prix — et donc davantage au sens propre de kainos.
4. Les substituts proposés dans les publications de normalisation linguistique — lėšos, išlaidos, sąnaudos — ne rendent pas suffisamment le sens du concept; de plus, ils sont employés dans le même domaine avec d’autres sens. Le terme išlaidos distingue également le domaine de la théorie économique de celui de la comptabilité.
5. L’un des facteurs qui maintiennent le mot kaštai dans la théorie économique est le souhait de proposer un schéma général de classification des coûts; ce souhait est influencé par la théorie économique élaborée en anglais et par la présentation des concepts en anglais. Les dictionnaires de termes économiques traduits de l’anglais ou élaborés en tenant compte de la terminologie anglaise du domaine économique le confirment.
6. L’usage du terme kaštai dans le domaine économique est assez ancien. Il figurait déjà dans un dictionnaire de termes économiques de la période soviétique (1966), et les dictionnaires préparés lors du passage à l’économie de marché et à la science économique qui en formule les principes montrent que le terme a gagné encore davantage d’actualité.
7. La terminologie économique conserve également ce terme en raison de sa ressemblance phonétique avec des termes analogues employés dans d’autres langues. Ce mot n’est pas d’origine polonaise, mais indo-européenne; il s’est en outre adapté phonétiquement et morphologiquement au lituanien.
8. Les facteurs qui soutiennent Kaštus en tant que terme économique sont assez solides, tandis que les substituts proposés jusqu’à présent ne rendent pas adéquatement son sens. Ainsi, l’usage ultérieur dans ce domaine spécialisé devra déterminer s’il faut chercher de nouveaux substituts ou, en respectant le principe de stabilité, continuer à employer le terme kaštai. Toutefois, étant donné que les nuances de sens du mot kaštai diffèrent dans la théorie économique — il désigne à la fois la valeur de la perte résultant de la nécessité de choisir (le prix) et la valeur des dépenses (le prix) —, il convient de se demander si l’emploi d’un seul mot dans les deux cas ne risque pas d’être source de confusion dans la terminologie économique.
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Gauta 2013 12 09 Priimta 2013 12 20
KAŠTAI – A BARBARISM TO BE AVOIDED OR AN INEVITABILITY OF ECONOMIC THEORY?
Summary
The article addresses a case of word use which is in disagreement to the codified norm – the use of the noun kaštas (English cost) in the economic language. Based on the analysis of the use of this word and the whole group of terms formed with it in the economic theory textbooks for higher education institutions as well as the
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treatment of the term in the dictionaries of economic terms, the article aims to find out the factors determining the contradiction between the norm and actual use.
A rather varied evaluation of the noun kaštas in terms of norm in various dictionaries and standardising publications is considered one of such factors. Such norm variations is one of the factors of the spread of this word in the actual use, however, this loanword is special by its spread in a special area exclusively – economic theory. It means that the theory employs this word as a term for rendering a special meaning.
The analysis of the texts on economic theory, revealing the meaning of the word kaštai as a term of economic theory, also unravels the reasons of the word’s insusceptibility to corrections: the proposed replacements išlaidos (expenses), lėšos (funds), sąnaudos (expenditure) do not render the meaning of the word; what is more, they are used in the same area in different meanings. The term išlaidos also separates the spheres of economic theory and accounting.
Whereas a Lithuanian word rendering the specific meaning is lacking, the loanword is used. One of the factors in favour of the use of the loanword is also its spread in various languages, not only Polish, which was considered the source of arrival of this word in Lithuanian dialects. Contemporary interaction with other world languages shows that the word of this root is also used in other European languages. The loanword is also supported by the fact that economic theory is predominantly created in English and the arrangement of concepts in it has influence on the arrangement of Lithuanian concepts.
On the other hand, the use of the term kaštai in the economic sphere is rather old. As the norm of this word tends to vary and it is being corrected from time to time, it has already established itself in the economic language and, in contrast to the new Anglicisms, it has been adapted in Lithuanian phonetically and morphologically. Its replacement would mean the reformation of the long-established system of concepts in the science of economics; however, the major problem pertains to the fact that the replacements proposed to date do not render the meanings of this word in the economic theory. It should be up to the representatives of the economic theory, i.e. authors of new textbooks and compilers of the dictionaries of terms, to decide whether it is meaningful to search for new replacements or to support the long-established system of concepts.
KEYWORDS: loanword, barbarism to be avoided, meaning of the word, norm, use, term, concept.
RAMUNĖ VASKELAITĖ
Lietuvos bankas
Gedimino pr. 6, LT-01103 Vilnius
[email protected]
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