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Vytautas Stulpinas – statinio srauto poetas

Giedrius Alkauskas

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GIEDRIUS ALKAUSKAS SOLENNITÉS Il y a une bonne trentaine d’années, alors que nous attendions dans la salle du lycée les solennités de la fête qui ne finirait jamais, un écrivain orfèvre demanda, comme si de rien n’était: – À ton avis, qui est le plus grand ici? – Mačernis, répondons-nous tous les deux. – Mačernis, répète-t-il, puis nous nous taisons. VYTAUTAS STULPINAS – LE POÈTE DU FLUX STATIQUE En hiver, à Telšiai, lorsque je tournais de la rue Luokės vers la rue Vilniaus, une petite lampe brûlait toujours au quatrième étage d’un immeuble. Je le savais: Vytautas Telšietis était alors dans une période féconde. C’est bien dans de tels espaces que naissent les textes les plus libres. Dans la cage de Justiníškės, dans la maisonnette de Sapiegíškis, dans le bloc d’un immeuble. Un poète qui arrache sans cesse une nouvelle prolongation dans son combat contre une maladie épuisante. Mais dans ses vers, on ne voit pas cette fatigue. Celui pour qui la paix n’est qu’un archipel clairsemé dans la lutte contre les puissants, dans une lutte gigantesque. Mais ses vers ne contiennent pas d’océans. Un guerrier qui, au combat, ne distingue que les épaulettes de deux couleurs. Et pourtant, quelle bigarrure dans ses vers! Parmi les poètes, je n’ai pas vu d’érudit plus grand. Seulement, ses textes contiennent peu d’abstractions. Forestier, menuisier, bibliothécaire. En dehors de l’herboristerie, on ne s’attendrait pas à d’autres propos de sa part. Et pourtant, il racontera tant d’histoires sur la littérature du passé que cette énumération de noms accablera pour un temps jusqu’au poète le plus sensible. Il aime aussi les lumières intenses, afin d’éclairer tous les recoins. Pas seulement au sens allégorique. Dès 1971, lors d’un concours de jeunes philologues, il fut remarqué et Marcelijus Martinaitis lui-même lui écrivit une lettre, conservée par son destinataire comme une relique: Vytautai, moi qui suis Samogitien, dans vos images, je « respire » la terre de Samogitie, dont l’âme a été davantage dévoilée en poésie par V. Mačernis. Le grand poète conserva les vers du lettré Vytautas et, trente ans plus tard, les restitua à leur auteur stupéfait. Je crois que c’est dans cette citation que réside le 326 Acta Linguistica Lithuanica LXXXV Vytautas Stulpinas – le poète du flux statique germe. La poésie doit rester poésie, même si nous la traduisons du parler régional dans la langue commune. Ainsi Vytautas, comme autrefois Mačernis, écrit en lituanien, mais pense en samogitien. Car ce qui distingue chacun ne sépare pas. Et le Mačernis mentionné dans la lettre… Que dire de plus? Cette année, année anniversaire, nous avons beaucoup entendu Vytautas parler de cette merveille unique de la terre samogitienne. En arrachant encore et encore à la vie un présent – le temps –, il ne publia son premier livre, « La grande chambre », qu’en 1998. Suivirent « La menace du nocturne » (2002) et « Les utopies silencieuses » (2003). Ces deux ouvrages furent édités par le Haut-Lituanien Jonas Strielkūnas. Puis vint la trilogie « Les Ombres » (2007), « Les Lointains » (2013), « Les Soirs » (2016). Lauréat des prix de Dionizas Poška et de Salomėja Nėris. Dans sa poésie, il n’y a ni mers, ni espaces indéfinis, ni univers, ni boules de feu. Si elles apparaissent, ce n’est que comme la vaguelette de Tausalas, un paysage aperçu depuis la tonnelle du jardin, le phare de Kolka en Courlande. Les états sont consignés dans les poèmes à partir de jours concrets, marqués sur le calendrier; il n’est donc pas facile de comprendre et de décoder entièrement ces poèmes. Des événements, des personnes, des scintillements concrets y sont codés. Il est évident que derrière nombre de textes se cachent des histoires dont les clés de déchiffrement ne se trouvent que dans la mémoire de l’auteur. Lorsqu’il est écrit que le Cédron court vers la Varduva, nous comprenons que nous sommes à Žemaičių Kalvarija. Mais si un petit bois d’épicéas est mentionné, nous ne connaîtrons pas le lieu plus précis. Mais est-ce nécessaire? Comme le dit Vytautas, tout son ésotérisme se résume aux collines bleuissant au coucher du soleil, de l’autre côté de Tausalas. Voilà tout. Lorsque toutes les extériorités et les intériorités s’apaisent, on atteint une limite où les lois de la dynamique ne s’appliquent plus. La statique s’installe. Mais quel flux, ici! Il est vrai que Vytautas n’aime pas le suffixe –yb. Il n’aime pas non plus le mot « cœur ». Donc: aucune grandeur ni éternité. Seulement l’infini, seulement l’espace. Qu’il en soit ainsi: lorsque tout s’apaise, s’active ce qui est essentiel: l’essence de la vie. Le poète du flux apaisé et désormais véritablement statique. Giedrius Alkauskas Éclairages / Insights 327