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Dvasininkų pavadinimai ir jų istorija

Algis Rubinas

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ACTA LINGUISTICA LITHUANICA XLIV (2001), 189–200 Dénominations du clergé et leur histoire Algis Rubinas Institut de la langue lituanienne, Vilnius L’article traite des dénominations lituaniennes du clergé et de leur histoire. On peut distinguer parmi elles trois strates: (1) des mots d’emprunt anciens, d’origine ultime grecque ou latine, mais empruntés par l’intermédiaire d’autres langues européennes (polonais, allemand, etc.) et portant les traces de cette médiation; (2) des emprunts artificiels, créés récemment par l’ajout de terminaisons lituaniennes à des radicaux latins; (3) des calques créés pour remplacer des mots d’origine étrangère. 0. INTRODUCTION Le christianisme est arrivé tardivement en Lituanie, alors que les peuples voisins étaient déjà chrétiens. L’ancienne foi des Lituaniens venait du fond des âges. Elle était aussi ancienne que le peuple lituanien et que les Baltes. À l’époque de la langue proto-balte, tous les Baltes parlaient la même langue ancestrale et partageaient la même foi. L’ancienne religion lituanienne était une religion de la nature. Les anciens Lituaniens vénéraient les dieux en témoignant leur respect au feu, aux couleuvres, aux arbres, au soleil et à la lune. Avec l’arrivée du christianisme en Lituanie, il fallut renoncer aux anciens dieux et aux anciens rites; tout le lexique religieux dut donc changer, car les anciennes notions païennes ne convenaient pas pour désigner les notions de la nouvelle religion chrétienne. L’ancienne religion païenne fut considérée comme une religion des démons; on renonça donc à ses rites et, avec eux, à toutes ses notions religieuses. L’ancien lexique païen lituanien fut relégué au second plan, et un lexique chrétien entièrement nouveau ainsi que de nouveaux noms devaient le remplacer, car ni les anciens noms païens ni les anciennes notions païennes ne convenaient à la nouvelle religion. Le Lituanien baptisé recevait un nouveau nom chrétien non lituanien et devait participer à des rites chrétiens nouveaux, jusque-là inconnus de lui, dont il ne connaissait même pas le nom. Il fallait nommer les rites les plus importants ainsi que ceux qui les dirigeaient; des dénominations pour le clergé chrétien et les principales notions chrétiennes devaient donc apparaître. Cet article traitera de la manière dont les dénominations du clergé sont apparues dans le lexique religieux de la langue lituanienne. En effet, la personne nouvellement baptisée rencontrait d’abord les dénominations du clergé. Il faut donc commencer par éclaircir ce que sont les dénominations du clergé dans le lexique religieux. Comment et quand les dénominations lituaniennes du clergé sont-elles apparues? Par quelles voies ont-elles pu arriver en Lituanie? En quoi ressemblent-elles aux dénominations du clergé des peuples chrétiens voisins et en quoi en diffèrent-elles? Nous entendrons par dénominations du clergé les mots qui désignent des personnes ayant un lien avec Dieu et qui, en vertu de ce lien, s’efforcent de faire en sorte que le plus grand nombre possible de personnes le partagent. La majeure partie de ce lexique 190 | A L G I S R U B I N A S sont constitués de personnes ayant reçu certains ordres ou ayant été légalement admises dans l’état monastique. Le lexique religieux est arrivé en Lituanie par deux voies. Une partie du lexique religieux est venue par l’intermédiaire des voisins, car les Lituaniens ont dû, d’une manière ou d’une autre, entretenir des relations avec eux, entrer en contact avec leurs langues et leur emprunter plus ou moins divers mots. Les Allemands baptisèrent les premiers, puis les Polonais; on peut donc supposer qu’une partie du lexique religieux est arrivée par ces langues. Une autre partie est venue par l’intermédiaire d’ouvrages théologiques rédigés en latin ecclésiastique. L’objectif de cet article est d’étudier comment le lexique religieux est arrivé en Lituanie. En comparant le lexique religieux des peuples chrétiens voisins, on tentera de déterminer d’où et quand, dans quelles conditions et de quelle manière le lexique religieux chrétien est entré dans la langue lituanienne. La principale source utilisée pour préparer cet article est le Dictionnaire de la langue lituanienne et les anciens écrits (catéchismes, bibles, postilles et anciens dictionnaires). 1. EMPRUNTS ANCIENS 1.1. Certains titres désignant les membres du clergé sont entrés depuis longtemps dans la langue lituanienne, tandis que d’autres sont des emprunts et des dérivés récents. Les termes païens lituaniens désignant les membres du clergé ne convenaient pas pour nommer les ministres chrétiens; le lexique religieux chrétien a donc été emprunté aux peuples qui avaient baptisé la Lituanie. Les Allemands baptisèrent les Lituaniens une première fois, mais cette œuvre de christianisation de la Lituanie s’interrompit rapidement après la mort de Mindaugas. Après le second baptême, venu par l’intermédiaire des Polonais, la christianisation de la Lituanie fut achevée. Avec le baptême, le premier lexique religieux emprunté entra en Lituanie par l’intermédiaire des Polonais. Nous appelons ce lexique religieux ancien les anciens emprunts. Parmi eux figureraient en premier lieu les membres du clergé ayant reçu un degré d’ordination: le diacre, le prêtre et l’évêque. Il fallait d’abord désigner le ministre religieux de rang supérieur au diacre et inférieur à l’évêque, qui devait rester en contact avec les gens et vivre près de l’église. Il présidait les offices, prononçait des sermons, baptisait, célébrait les mariages et les funérailles; il était donc nécessaire que les gens connaissent le nom de ce ministre religieux. Pour le désigner, on choisit l’emprunt allemand kunigas, auquel fut attribué un second sens. Aujourd’hui, kunigas ne désigne qu’un ministre du culte, mais son sens premier était ‘seigneur, maître; souverain, prince’. Le mot est employé au sens de ‘souverain’ dans les plus anciens monuments écrits de notre langue, cf.: Sultoiole karalus ƀemes ir Kunigai fueiole rodon wienon priſch wielchpati / ir priſch io Chriſtu Mž 506. L’emprunt est employé dans ce sens dans: C₁ 908, KLG 24, R, Mž, K. Dans les anciens écrits, kunigas s’emploie également au sens de ministre catholique ou luthérien, de rang supérieur au diacre et inférieur à l’évêque, cf.: Kunigas idant makitu ƀmanes Mž 11. TAS jra ludimas Iona / kada ſunte Szidai ich Įerusalem Kunigus ir Leuitas / idant ghi klauſtu / kas tu eſſi? VLn EE 7 Jn 1,19. Le terme est employé dans ce sens dans: BB Jn 18,19, BP₁ 149, DK 13, 97, 99, 68, 98, 101, 89, 100, PK 160, DP 17, 27, 50, 158, 67, 205, 65, 158, 67, 205, 322, 24, 49, 69, 95, 410, ¹SD 51, 67, 139, 172, SD 84, SP 41,73, MT 101, ChB Jn 18,19, Mk 1, 44, C, 908, BK 22, 25, H, R, Mž, GN Lk 10,31, Jn 18,19, N, K, R tž, M. Dans son dictionnaire, Sirvydas traduit kunigą en latin uniquement par ‘sacerdos’, en polonais par ‘kapłan, ksiądz’, tandis que kunigė désigne non seulement la supérieure d’un monastère, mais aussi une princesse (lat. principis uxor, pol. księżna). Autrefois, on employait également la forme plus courte kungas. Cette forme se trouve dans le Catéchisme anonyme, AK 30, 32. Les anciens dictionnaires attestent la forme kūningas, qui signifie ‘seigneur, DVASININKŲ PAVADINIMAI IR JŲ ISTORIJA 191 souverain, maître¹ N, ‘prince’ R 208, K et ‘prêtre’ N. Valančius emploie dans Žemaičių vyskupystė la forme kunegas M. VALANČ Ž, 19, 24, ainsi que le dérivé qu’il en a formé, kunegystė. Les Lettons ont le mot kungs ‘seigneur’, mais baznīckungs signifie ‘prêtre catholique’. Le glossaire d’Elbing en vieux prussien atteste également konags ‘roi’. Les trois désignations lituaniennes du prêtre, ainsi que leurs équivalents letton et prussien, sont des emprunts à l’allemand. Le mot kūnigas est emprunté à la forme du moyen haut allemand kunig ‘roi’, qui correspond aujourd’hui à l’allemand König ‘roi’. Le kunig du moyen haut allemand est issu du germanique *kuningaz ‘roi’; le vieux haut allemand et le vieux saxon kuning, le vieil anglais cyning (aujourd’hui king). Aux IIe ou IIIe siècles, les Finlandais et les Estoniens ont emprunté au germanique *kuningaz leur kuningas ‘roi’. La forme slave *kunegъ, *kunezь est issue de la même source, peut-être un peu plus tard: russe князь ‘prince’, tchèque kněz ‘prince; prêtre’, polonais ksiądz ‘prêtre’ (le sens a changé sous l’influence du latin dominus). Jusqu’au XVIe siècle, les Polonais employaient ksiądz pour désigner non seulement un prêtre, mais aussi un souverain laïc. Les Lituaniens n’ayant pas été en contact avec les anciens Germains, kuningo ne peut être considéré comme un emprunt au germanique commun. Pour tous les peuples baltes, les emprunteurs étaient ici les Allemands, qui s’installèrent dans la région de la Daugava vers la fin du XIIe siècle, puis un peu plus tard dans celle de la Vistule. Les frères de l’ordre des Porte-Glaives et de l’ordre Teutonique venaient de diverses régions d’Allemagne et, bien entendu, leur langue présentait d’importantes différences dialectales. Ces différences apparaissent également dans les chroniques et documents de l’époque. Les sources des XIIIe et XIVe siècles permettent même de distinguer quatre variantes: kunings, kuniges, kunges et konigs. Ces variantes écrites permettent de conclure que la prononciation du vieux haut allemand kuning n’était pas inconnue au XIIIe siècle, même si la Chronique rimée de la fin de ce siècle n’emploie que le moyen haut allemand kunig. L’orthographe atteste aussi les prononciations ultérieures kung, konig. Ainsi, en pratique, le nom du prêtre a pu être emprunté à l’allemand sous toutes ces formes. Il est donc douteux que kungas et le letton kungs soient issus de kunigo par la chute ultérieure d’une voyelle. Comme les Lituaniens sont entrés en contact avec les Allemands avant tout dans la région de la Daugava, on peut supposer que kūnigas y a été emprunté vers 1200. La forme phonétiquement un peu plus archaïque kuningas a probablement été reçue des chevaliers teutoniques. À côté de la désignation kūnigas, les anciens écrits attestent également kaplanas pour désigner ce ministre du culte; il faut donc supposer que le mot kūnigas n’était pas encore établi ni d’usage général. Cette hésitation entre kaplano et kunigo apparaît très nettement dans les Évangiles et les Épîtres de Vilentas. Tantôt il emploie kaplanas, cf.: Nūlidave tada / iog eia tū kieliu kaplanas / ir ilchwides ghj aplenke EE 107 (Lk 10,31); Bet eik / ir paffirodik kaplanui / VLN EE 27–28 (Mt 8,4); kaplanas vardu Zacharialchus BB Lk 1,5, BB Lk 10,31, ChB Lk 10,31, BP 375 (Lk 10,31), DP 56, SP 81, KN 263; ailleurs, il emploie kūnigas: Chriftus elti ateghies / ieng ghis butu wiraulefki kunigas VLN EE 51 (Hbr 9,11). Les anciens dictionnaires emploient aussi d’autres formes de cet emprunt: kaplonas N, MŽ 119, kāplionas K. La forme kaplonas est venue du polonais, cf. pol. kapłan. À partir de kunigo, les Lituaniens ont formé kunigaikštį, attesté dès les écrits de Mažvydas, cf.: Idant Karalems ir Kunigaikfchtems pakajiu ir f̄andara dūtumbi Prafchom tawe ifch klaufik mus MŽ 557 et dans les Évangiles et les Épîtres de Vilentas: Nefa ifch tawes ateis man Kunigaigchtis / kurfai būs Wiefchpatis ant mana f̄moniu Ifrahel EE 22 Mt 2,6; Ifch Suda priegtam iog Kunigaikfchtis fchio Swieta jau apfuditas jra EE 69 Jn 16,11. Le mot lituanien kunigáikštis est dérivé de kūnigas au moyen du suffixe -aikštis. Le terme kunigas a donné naissance à de nombreux dérivés. Certains dérivés de ce terme appartiennent exclusivement aux catholiques ou sont employés par les catholiques et les protestants, tandis que d’autres sont propres aux protestants. Catholi- 192 | ALGIS RUBINAS Aux catholiques et aux protestants appartiennent les dérivés: kunigauti LKŽVI 893 « être prêtre », kunigavimas LKŽVI 893 « fait d’être prêtre », kunigobavis LKŽVI 893 « ancien prêtre », kunigėdra LKŽVI 893 « ennemi des prêtres », kunigėjimas LKŽVI 893 « acquisition des caractéristiques d’un prêtre », kunigėti LKŽVI 894 « acquérir les caractéristiques d’un prêtre », kunigesnis LKŽVI 894 « qui possède davantage les caractéristiques d’un prêtre », kunigybė LKŽVI 894 « fonction sacerdotale », kunigybė LKŽVI 894 « sacerdoce », kunigija LKŽVI 894 « les prêtres, leur ensemble ». Parmi les dérivés propres aux seuls protestants figurent ceux que l’on trouve dans les dictionnaires de Lituanie mineure: kuniginas LKŽVI 894 « pasteur », kunigynė « ancienne ferme du prêtre », kunigininkas LKŽVI 894 « élève du prêtre préparé à la confirmation », kuniginis LKŽVI 894 « celui qui partage les opinions des prêtres, partisan des prêtres », kunigpalaikis LKŽVI 895 « prêtre médiocre », kunigužis LKŽVI 895 « prêtre protestant ou luthérien ». Nous ne savons pas exactement comment les Lituaniens eux-mêmes appelaient leurs prêtres dans les temps les plus reculés, alors qu’ils étaient encore païens. Dans la langue des chants populaires lituaniens apparaît le terme šventikas (Reiks maldyti šventikus, kad laikytų maldeles JD 1228), qui semble être une formation assez ancienne: d’une part, ce mot est encore employé en lituanien comme nom de famille, Šventikas, qui correspond tout à fait à l’anthroponyme prussien Sventicke. Le sens originel de ce mot a pu être « homme saint, saint, homme sanctifié ». Il semble que les anciens Lituaniens, comme certains autres peuples indo-européens anciens, aient notamment désigné les représentants de leur culte religieux par un terme dérivé de la sainteté; cf. le grec ancien ἱερεύς « prêtre, sacrificateur, devin, officiant sacré » (de ἱερός « fort, puissant, divin, saint, consacré »), le latin sacerdos « prêtre » (de *sacri-dot- « celui qui donne le sacré »: sacer « saint » et -dot-, de la racine du verbe dare « donner »), et le russe священник « prêtre ». Les autres peuples chrétiens désignent de diverses manières le membre du clergé de rang supérieur au diacre et inférieur à l’évêque. Dans les langues slaves orthodoxes, une personne entrée dans l’ordre ecclésiastique est appelée popu (mot également employé en lituanien), tandis que les Russes désignent le prêtre catholique polonais par le terme ксендз, emprunté au polonais ksiądz. Les Allemands ont Priester, issu du latin ecclésiastique presbyter « presbytre, prêtre ancien ». Celui-ci est passé en latin ecclésiastique depuis le grec πρεσβύτερος < πρεσβύτης « vieux, vénérable, important ». Les dictionnaires de sciences religieuses et de mots internationaux recensent le terme presbiteris, qui signifie « chef d’une communauté chrétienne primitive ». On ignore qui était le membre du clergé appelé presbiteriu. Même aujourd’hui, les théologiens ne peuvent le dire, faute de données sur la personne désignée par le mot latin presbyter. Les traducteurs actuels de l’Écriture sainte rendent ce mot en lituanien par vyresnysis, mais les traducteurs antérieurs ont traduit le latin presbyter de diverses manières en lituanien. Dans la Bible de Bretkūnas, on trouve Plebonai (en marge Wirejnieji) kurie 1 Tim 5,17. Giedraitis traduit ce passage par Kunigai, kurie gerai priweizda 1 Tim 5,17. Dans la Bible de Chylinski, on trouve Teprypažįsta jog Wirauley kurie redi gierey. Skvireckas traduit Gerai viršininkaujantys kunigai 1 Tim 5,17. Les Lettons ont mācītājs. Pour se distinguer des catholiques, les communautés protestantes appellent leur ministre pastoriumi. Bien que le prêtre présidât aux offices et administrât les sacrements, il ne pouvait ni ordonner des prêtres ni conférer le sacrement de confirmation. Seul le membre du clergé chrétien ayant reçu les ordres les plus élevés, celui qui avait atteint la plénitude du sacerdoce par la consécration épiscopale, pouvait le faire: l’vyskupas. L’évêque gouvernait le diocèse, nommait les prêtres dans les paroisses et réglait diverses affaires. Le mot apparaît avec ce sens dans les tout premiers monuments de la langue lituanienne: ³SD, 400, SP I 60, 160, SP I 285–286, SP II 198, Q 182, H 163, R, R75, Mž, GN 1 Tim 3,2, Fil 1,1, KlG 160, Sut, D. Pošk, N, K, Mit VI 42, M. Valanč, PrL XVII 8, JV 1005, NS 1251 (Škn), J, K. Būg. DVASININKŲ PAVADINIMAI IR JŲ ISTORIJA 193 La source du terme vyskupas est le mot du latin ecclésiastique episcopus, issu du grec ἐπίσκοπος « surveillant », car, aux premiers siècles du christianisme, la fonction de l’évêque était entendue au sens littéral du mot: veiller sur la vie de la communauté. Ce terme est entré en lituanien par l’intermédiaire d’autres langues. Les Allemands l’ont d’abord adopté, cf. le vieux haut allemand bisc of et le moyen haut allemand bischof. Les Tchèques l’ont emprunté à l’allemand, cf. biskup, puis les Polonais l’ont emprunté aux Tchèques, cf. le polonais biskup, wiskup. Le mot est entré en lituanien par le polonais. Par le sens, le terme lituanien désignant ce membre du clergé chrétien ayant reçu les ordres les plus élevés correspond au polonais biskup, wiskup, au russe епископ (emprunté directement au grec), à l’allemand Bischof (la forme lettone bīskaps est empruntée à l’allemand) et à l’anglais bishop. Dans le catéchisme de M. Mažvydas, on trouve la forme biskupas, aujourd’hui disparue de la langue vivante, qui désignait le membre du clergé ayant reçu les ordres les plus élevés; cf. Reik tadrin Bilkupas butu cžiltas jr nepatepta kuna MŽK 29. D’autres auteurs de Lituanie mineure traduisent ainsi ce passage biblique: BIlkupas tur buti benutarties VLN ENCH 39 (1 TIM 3,2); Bet Bilkupas tur buti benutarties BB 1 TIM 3,2. Dans la postille catholique de Daukša, on trouve également bilkupai DP 120, 28, 59, 61, 205, 68. Dans la postille réformée de Morkūnas, on trouve BIlkupas MP₃ 82. Dans la Bible de Chylinski, le terme désignant l’évêque est užweždetojas CHB 1 TIM 3,2, FIL 1,1. Il faut supposer que ce terme a été influencé par le mot de la source néerlandaise op-sjender, qui traduit le grec ἐπίσκοπος « surveillant ». De ce terme sont issus de nombreux dérivés dont les sens sont étroitement liés à celui du mot: vyskupáuti DŽ, NdŽ, LEₓ 275, vyskupáuti NdŽ « être évêque », išvyskupáuti NdŽ « être évêque pendant un certain temps », vyskupáavimas NdŽ, D޹, A 1884, 96, LEₓ 89, NdŽ, vyskupystė Š, RŽ, DŽ, NdŽ, KŽ, Q 93, H 163, D. Pošk, N, M, L, ŠT 34, vyskūpystė (2) K, RTR, FRNW₁, R 75, MŽ 100, SG 76, GN 1 PvTm 3,1 « titre épiscopal et charge qu’il occupe », vyskupiškas, -a NdŽ, KŽ, SD 14, D. Pošk, N, L, LL 8, vyskupiškas (1) Krš, vyskūpiškas (1) K₁ 242, K, RTR, NdŽ « d’évêque, relevant de l’évêque, caractéristique de celui-ci », 1 vyskupiškis, -ė (2) NdŽ, KŽ, D. Pošk, vyskūpiškis, -ė (2) K, NdŽ « personne vivant auprès de l’évêque et placée sous sa protection ». Le clerc ayant reçu le premier degré des ordres du sacrement de l’ordre ne pouvait célébrer les offices à l’église, et les diacres n’entretenaient pas de relations avec les fidèles; le terme diakonas est donc arrivé par les sources écrites, en particulier par l’Écriture sainte. Le mot est employé dans ce sens dès les plus anciens monuments de la langue lituanienne: CHB 1 TIM 3, 8–12, CHB FIL 1,1, GN 1 TIM 3, 8–12, GN FIL 1,1. Dans les écrits de Mažvydas, à la place du mot diakonas, on emploie les emprunts kaplanas (Kaplanai leſta wenas moteis wirai MŽK 30 1 TIM 3, 12) et kunigas (Kunigai ſechto budu weſliby, ne dwileſuwei MŽK 30 1 TIM 3, 8). Bretkūnas traduit ce passage biblique par Teipug, Diakai turi buti cželtingi BB 1 TIM 3, 12. Dans la Bible de Chylinski, ce passage est rendu par Diakoney teypag (reykeia idand) butu wiezliweys CHB 1 TIM 3, 12. Dans le Nouveau Testament de Giedraitis, il est traduit par Diakonay teipajeg giedingi GN 1 TIM 3, 12. On ignore pourquoi Mažvydas emploie kunigas et kaplanas pour désigner le diacre, car il a repris ce passage de l’Écriture sainte dans le catéchisme latin de J. Willich, où est employé le mot diaconus. La source du terme diakonas est le mot grec διάκονος « serviteur ». Du grec, il est d’abord passé en latin par l’intermédiaire du Nouveau Testament, cf. diaconus. Du latin, il est également passé dans le latin populaire, donnant ainsi diacus. Après son passage en latin ecclésiastique, le terme 194 | A L G I S R U B I N A S Le mot a conservé sa forme grecque primitive diaconus. Le mot grec διάκονος est passé dans les langues européennes par deux voies: le latin ecclésiastique et le latin populaire. Par l’intermédiaire du latin populaire, les Allemands ont emprunté diacus, cf. le moyen haut allemand diaken, et, par le latin ecclésiastique, diaconus, cf. l’allemand Diakon. Les Tchèques ont emprunté aux Allemands les deux formes de cette appellation, diacus et diaconus; de diacus est issu žák, et de diaconus – diakon. Du tchèque, les deux formes de cette appellation sont passées en polonais. C’est par le polonais que l’appellation est entrée en lituanien. Elle s’est répandue dans tous les pays chrétiens avec ce sens: les Lettons disent diakons, et les Russes диакон, mot entré en russe par le slavon d’Église depuis le grec διάκονος (Vasmer 1964: 512). Les Russes ont aussi d’autres formes de cette appellation: дьяк et дьякон. Les Polonais ont dyakon, diakon, les Allemands Diakon. Les évangéliques allemands ont un autre terme pour désigner le diacre: Gemeindehelfer. Cette appellation remonte apparemment aux premiers siècles du christianisme, époque où l’une des fonctions du diacre consistait à venir en aide aux pauvres et aux veuves. Le mot žėkas est issu de la même source et possède deux sens: l’un désigne un élève. M. VALANČ: « Hé, žėke, žėkeli, maître de tous les žėkai, lecteur des Saintes Écritures » RT. « Dis-moi, žėkeli, qu’entend-on dans le ciel? » LTR (Rod). « Je suis maître des žėkai, gardien des Saintes Écritures » LMD (TVR); l’autre signifie « assistant du prêtre pendant la messe » Mž 494: « Quand le Seigneur Dieu est loué par des chants sacrés, alors les žėkai doivent aussi chanter avec lui » BP II 357; « Après cela, le prêtre ou les žėkai doivent chanter » MŽ 500. Il semble que Mažvydas tente de rétablir le sens antérieur de diacre, celui qui accomplit des tâches auxiliaires dans l’église. L’appellation žėkas figure déjà dans les anciens écrits ¹SD 208, Q 465, Sut, N, RtŽ, M. La source du mot est le mot du latin populaire diacus, qui est une forme abrégée du grec διάκονος. L’emprunt žėkas est entré en lituanien par le polonais, cf. żak « étudiant ». Les Polonais ont emprunté ce mot au tchèque, cf. žák « élève ». Les Russes l’ont emprunté au polonais, cf. le russe жак « élève d’une école catholique » et l’ukrainien жак « élève d’un internat, séminariste, étudiant d’un séminaire religieux ». 1.2. Avec l’introduction du christianisme, il a fallu désigner les nouvelles fonctions sacerdotales apparues; parmi les emprunts anciens figurent donc les appellations de membres du clergé fondées sur leurs fonctions. Il a d’abord fallu désigner le responsable de la paroisse, qui devait entretenir des relations avec les fidèles et vivre près de l’église. Pour le désigner, on a choisi l’emprunt plebōnas, arrivé par le polonais et employé jusqu’au XVIIe siècle. Cette appellation se trouve dans BB Sk 31,31, BP 1, DP 388, 366, 299, ¹SD 123, ³SD 114. La forme plebōnas est arrivée par le polonais, cf. pleban. Les Polonais ont probablement reçu ce mot du tchèque, cf. le tchèque pleban « curé de village », tandis que les Tchèques l’ont emprunté au latin ecclésiastique (FrnW)¹. Pour désigner le responsable de la paroisse, Mažvydas emploie deux formes: plebōnas Mž 11, 95, 556 et plebanas Mž 11. Le mot plebonas se trouve également dans l’Enchiridion Catechismas de Vilentas: mafas / del palpalitu Plebonu ir Koznadiju Vln ENCH 1; la forme Klibonas apparaît pour la première fois dans Margarita theologica MT XIX, et parfois plebōnas est aussi employé à côté de Klibonas. À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, la forme klebōnas s’impose généralement dans les écrits. Comme le polonais du XVIe siècle avait, à côté de pleban, le dialectal polonais kleban, en Lituanie, à la place du mot plebonas 1 Salys (1985: 280) mano, kad lietuvių plebōnas, klebōnas, klibōnas kirčio vieta sutinka su gudų plebán, klebán, klibán, tai gudai bus greičiausiai tarpininkavę mums skolinantis žodį klebōnas, nes jei būtų skolinta tiesiai iš lenkų, turėtų būti klebōnas. DVASININKŲ PAVADINIMAI IR JŲ ISTORIJA 195 c’est klebonas qui s’est imposé. Ce mot est employé en ce sens dès les plus anciens monuments de la langue lituanienne: KLG 158, LEX 133, B, R, MŽ, GN Mt 12,5. Parmi les sources plus tardives de cette appellation, on peut citer K, M, J, RtŽ. De nombreuses autres appellations du vocabulaire religieux dérivent de ce terme. Certaines formations sont propres aux catholiques ou communes aux catholiques et aux protestants, tandis que d’autres sont propres aux protestants. Parmi les formations communes aux catholiques et aux protestants figurent: klebonáuti LKŽVI 21 « exercer la fonction de curé », paklebonáuti LKŽVI 21 « exercer quelque temps la fonction de curé », praklebonáuti LKŽVI 21 « avoir exercé la fonction de curé pendant un certain temps », klebonávimas LKŽVI 21 « exercice de la fonction de curé », kleboniêtis LKŽVI 22 « habitant du presbytère », klebonýstė LKŽVI 22 « fait d’être curé, charge de curé ». Parmi les formations propres aux seuls protestants figurent les mots relevés dans les dictionnaires de Lituanie mineure: klebonáitis CII 204, N, Q 396 « fils du curé », klebonáičia [K], N « fille du curé », klebonienė K, N, R « épouse du curé », klebonikė [K], N « fille du curé », kleboniškas « appartenant au curé », klebonytis CII 204 « fils du curé », klebonkà KII 115 « épouse du curé ». En plus de pleban, le polonais possède également proboszcz, emprunté, par l’intermédiaire de l’allemand (moyen haut allemand brobest, allemand Propst), du latin propositus. Dans les anciens dictionnaires, écrits et dialectes lituaniens, on trouve l’appellation du responsable de paroisse prābaščius, empruntée au polonais proboszcz N, [K], S. DAUK, Žem, ŠLN, DS, Č: « Prābaščius rašo gromatą an dzekoną, klausia rodos VoL 373; O senasis prabaštėlis dar gyvas? » SKRD. En latin, le responsable de paroisse est désigné par le mot parochus, qui désignait autrefois chez les Romains le maître d’un relais de poste. En échange d’une taxe fixée par l’État, celui-ci devait fournir logement et subsistance aux magistrats et aux envoyés en déplacement. Plus tard, avec l’apparition des paroisses (au IVe siècle), le mot a pris le sens de responsable de paroisse. Ce mot est entré en latin depuis le grec πάροχος. Le responsable de paroisse, le curé, disposait d’un ou de plusieurs prêtres assistants. L’appellation vikāras est arrivée par le polonais, cf. le polonais wikary « vicaire ». La source du mot vikāras est le latin vicarius « suppléant ». Dans le postille de Daukša, on trouve les formes suivantes de cette appellation: Wikorius DP 99, 247, 612, Wikariumis DP 203. Dans le postille polonais de Jakub Wujek, on trouve à cet endroit Wikary. Cela montre que l’appellation a été directement empruntée au polonais. Avec la multiplication des paroisses, il a fallu un prêtre supérieur chargé de superviser un groupe de paroisses et d’administrer un doyenné. L’appellation dekānas est arrivée par le polonais, cf. le polonais dziekan « doyen ». Le mot a été employé pour la première fois dans ce sens dans le dictionnaire de K. Sirvydas, ¹SD 97. La source de l’appellation dekānas est le mot du latin ecclésiastique decanus « chef de dix », dérivé du mot latin decem « dix ». Dans la Rome antique, le mot decanus désignait le responsable des dix fonctionnaires subalternes du palais impérial. Le mot a pris plus tard le sens de prêtre supérieur en latin ecclésiastique, lorsque les diocèses furent établis et que les évêques nommèrent des doyens pour administrer dix paroisses. Par le latin ecclésiastique, ce mot s’est répandu dans tous les pays chrétiens et désigne aujourd’hui partout le prêtre qui dirige un doyenné: les Lettons ont dekāns, les Polonais dziekan, les Allemands Dekan (forme plus ancienne Dechant), les Français doyen, d’où l’anglais dean. Le chef de l’Église catholique est le popiežius (pape). Cette appellation était déjà largement employée dans les plus anciens monuments écrits de notre langue: VLN 4, DK 39, PK 206, DP 50, MTP 38, SD 241, ¹SD 119, Q 68, R 274, MŽ, K, RtŽ. 196 | A L G I S R U B I N A S La source de l’appellation popiežius est le mot du latin ecclésiastique papa, « père ». Cette appellation est parvenue en lituanien par l’intermédiaire d’autres langues. Les Allemands furent les premiers à l’adopter, cf. le vieux bavarois papas, le vieux haut allemand babes. Les Tchèques l’empruntèrent aux Allemands, cf. papež, puis les Polonais l’empruntèrent aux Tchèques, cf. le polonais papież. Le mot est passé en lituanien par l’intermédiaire du polonais (Būga 1959: 26; FrnW). Cette appellation a aussi donné naissance à de nombreux dérivés: Popiežė, « femme à la tête de l’Église protestante d’Angleterre », DP 85; popiežiauti, « être pape », NdŽ; popiežiavimas, « fait d’être pape », NdŽ; popiežija, « les papes et leur ensemble », LL 138, NdŽ; popiežinis, « qui appartient au pape ou est lié à lui », NdŽ; popiežystė, « papauté », DP 19; popiežystė, « pouvoir du pape », K II 104, Q 68, SD 119, R 274, DP 84; popiežiškas, « qui appartient au pape, qui lui est propre », DP 89, MT 75; popiežiškai, K; popiežiškis, « qui appartient au pape ou est lié à lui », MT XXV. Le prêtre catholique devait non seulement exercer son ministère dans les paroisses, mais aussi célébrer les rites liturgiques dans des chapelles privées ou dans un monastère et enseigner la religion. Le prêtre qui remplissait ces fonctions était appelé kapelionu. C’est un mot ancien, déjà attesté dans le dictionnaire de K. Sirvydas sous la forme kapelonas ¹SD 83, SD 96. La source du lituanien kapelionas est le latin ecclésiastique capellanus. Les textes anciens emploient aussi d’autres formes: kapelionis M, M. VALANČ, kāplionas K, kaplonas N, MŽ 119. La consonne palatalisée de la forme lituanienne kapelionas reflète la forme polonaise kapelan. Cette appellation est répandue dans d’autres langues également, cf. l’allemand Kapellan, le français chapelain, l’anglais chaplain, le letton kapelāns. Cette appellation a donné naissance à des mots dont les sens sont étroitement liés au sien: kapelionauti, « exercer les fonctions d’aumônier », kapelionavimas, « fait d’exercer les fonctions d’aumônier ». 1.3. Les textes anciens emploient des appellations de membres du clergé qui expriment un titre honorifique ecclésiastique. Il en existe deux: l’une d’elles est kanaunininkas. Le mot est employé dans ce sens dès les anciens monuments de la langue lituanienne, chez S. DAUK, [K], M. VALANČ. Les textes anciens attestent également la forme kanonykas WP 199, KL 30, SD 83. L’ancienne appellation kanonykas est arrivée par l’intermédiaire du polonais, cf. le polonais kanonik, issu du latin ecclésiastique canonicus. Le mot est passé en latin depuis le grec, cf. le grec κανών, « norme, règle ». Cette appellation est également répandue dans d’autres langues, cf. le letton kanoniķis, le polonais kanonik, le russe каноник. En polonais, à côté de la forme actuellement employée kanonik, une forme variante kanownik est également attestée; elle pourrait être (sans que cela puisse être prouvé) la source de la forme lituanienne kanaunininkas. Un autre prêtre catholique portant un titre honorifique ecclésiastique est le prelatas. Les textes anciens emploient le mot latin prālōtas, emprunté par l’intermédiaire du polonais (cf. prałat), attesté chez S. DAUK, M. VALANČ, VoL 104. Dans son Katekizme, Dauksa emploie le mot emprunté au polonais prōłatos, cf. Antri tewai pagalėi Dwasią, tai yra kunigai, Pratōtai ir mokitoiei DK 82. La source du mot est le latin ecclésiastique praelatus, qui signifie « celui qui a la préséance, le meilleur ». À partir de l’appellation prōłatos, M. Valančius a formé le dérivé pralotystė, « territoire gouverné par un prélat ». 2. INNOVATIONS 2.1. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le peuple lituanien s’est trouvé au bord du précipice et l’on s’est inquiété de sa survie. Le mouvement de renaissance nationale a commencé. Une lutte acharnée pour les droits de la langue maternelle s’est engagée, tout d’abord dans l’Église. DVASININKŲ PAVADINIMAI IR JŲ ISTORIJA | 197 On s’est préoccupé de la nécessité, pour tous les Lituaniens, de disposer d’une langue commune. On s’est efforcé de la perfectionner et de la débarrasser des dépôts accumulés au fil des siècles: constructions étrangères et barbarismes lexicaux. Cependant, la langue ecclésiastique a longtemps été en retard sur la langue profane. L’état de la langue ecclésiastique lituanienne ne satisfaisait pas l’intelligentsia renaissante. Vers la fin du XIXe siècle, les prêtres et les habitants des presbytères ont commencé à parler lituanien. Les prêtres polonisés qui déformaient la langue lituanienne dans leurs sermons n’étaient pas tolérés. Ayant compris que la plupart des mots étrangers étaient entrés dans la langue lituanienne par l’intermédiaire de l’Église, on s’est efforcé de corriger les erreurs du passé. Il fallait éliminer les barbarismes du lexique religieux et créer un nouveau lexique lituanien. C’est pourquoi l’ancien lexique religieux emprunté a été traduit en lituanien. C’est ainsi que sont apparues les appellations lituaniennes des ecclésiastiques et que de nouvelles formes de dénomination ont été introduites, rapprochées des formes originales latines. On peut citer à titre d’exemple la forme prelátas, créée à partir de la forme plus ancienne prálotas afin de la rapprocher du mot latin praelatus. L’appellation est attestée dans le LKŽX 602. Une appellation entièrement nouvelle est apparue, pãstorius, qui désigne un pasteur protestant évangélique. Ce sens du mot est attesté dans le LKŽIX 535. On trouve également une autre forme de cette appellation, pastóras JD 1084. Le mot vient du latin pastor, « berger, pasteur, prêtre ». Cette appellation est répandue dans d’autres langues également, cf. letton pastors, polonais pastor, russe пастор, allemand Pastor, anglais pastor. 2.2. Avec le début de la renaissance, on a abandonné les anciens emprunts polonais et créé de nouvelles appellations lituaniennes pour les ecclésiastiques, sur le modèle d’autres langues. Il est devenu nécessaire de disposer d’un terme générique désignant toutes les personnes régulièrement admises dans l’état ecclésiastique, ayant prononcé des vœux monastiques ou appartenant d’une manière ou d’une autre à la hiérarchie ecclésiastique. Dvãsininkui a pu apparaître en raison de la nécessité d’un nouveau terme spécialisé, parallèlement à celui de prêtre, pour désigner une notion religieuse particulière: ainsi, l’anglais priest (vieil anglais prēost, issu du latin tardif presbyter, lui-même du grec πρεσβύτερος « plus âgé »), « prêtre », le français prêtre et l’allemand Priester se distinguent de l’anglais clergyman, du français ecclésiastique (du latin ecclēsiasticus, « ecclésiastique, appartenant à l’Église ») et de l’allemand Geistlicher. De même, en lituanien, kunigas, « représentant d’un culte religieux qui, après avoir reçu le sacrement de l’ordre, exerce les fonctions de prêtre », a fini par se distinguer de dvasininkas, « membre de l’état ecclésiastique consacré au service de Dieu ». Dvãsininko a un sens beaucoup plus large que celui de kunigo: dvasininkas est une notion générique, tandis que le prêtre n’est qu’une sous-catégorie du dvasininko. Le mot dvãsininkas a été créé. Ce sens du mot est attesté dans le LKŽII 942. Outre le sens qui vient d’être mentionné, le mot dvãsininkas est également employé dans les dialectes lituaniens dans un autre sens: « celui qui chasse les esprits, qui a affaire aux esprits » (LKŽII 942). Le lituanien dvãsininkas est dérivé du mot dvasia (« esprit ») et du suffixe -ininkas, avec lequel sont formés des noms qui désignent le plus souvent des personnes. L’appellation dvãsininkas est apparue récemment; on la trouve pour la première fois dans les écrits de Jablonskis. Diverses formes de cette appellation étaient employées pour désigner les personnes admises dans l’état ecclésiastique: Sirvydas emploie la forme dvasingystė ¹SD 27, SD 47, [K]; dvasiškija Š, « état ecclésiastique », dvasiškis Š, dvasionis; cf. Pusę viešųjų mokyklų dv asionys veda VAIŽG. Cette appellation a été formée de façon similaire dans d’autres langues: le letton a le mot garīdznieks, le polonais duchowieństwo, « clergé », et le russe духовенство, « clergé ». De cette appellation est dérivé dvãsininkiškas, -a, LKŽII 943, « caractéristique d’un ecclésiastique, propre à un ecclésiastique ». 198 | ALGIS RUBINAS Il existait déjà de nombreux monastères en Lituanie, chacun ayant son propre nom, mais il n’existait pas de terme générique désignant tous les membres des ordres monastiques. Ce terme apparaît pour la première fois dans les écrits de J. Jablonskis vienuolis. Le mot est employé dans ce sens dans RtR, BŽ 609, Š, DŽ, NdŽ. Le terme lituanien vienuolis est dérivé du mot vienas et du suffixe -uolis. On peut supposer que le mot latin monachus « moine » a influencé l’apparition du terme lituanien vienuoliui. Le latin monachus est emprunté au grec μόνοχος « solitaire, vivant à l’écart, ermite ». Du grec, par l’intermédiaire du latin, proviennent l’allemand Mönch « moine », l’anglais monk, le polonais mnich (à côté de zakonnik « moine ») et le letton mūks (dont la forme féminine est mūkene), tandis que le russe монах est emprunté directement au grec. À côté de la forme vienuolis, le dictionnaire de Kuršaitis donne vienuōlys, vienuolius. Le mot lituanien vienuolis est apparu tardivement. Nous ignorons comment on désignait un moine après le baptême de Mindaugas ou celui de Jogaila. Ce terme ne figure pas non plus dans les écrits de Mažvydas. Dans les anciens textes, le membre d’une communauté monastique est appelé minychas (emprunté au polonais mnich). Le terme est attesté pour la première fois dans l’Enchiridion de Vilentas: ik fcholei Minichai ir mi-nichkas y Klochtoriu Vln Ench 46; on le trouve également dans BP II 355, WP 132, Lex 123. Daukša emploie différentes formes: minychas DP 89, 91, 233, 565 et minykas DP 13, 70, 84, 119, etc. On trouve aussi cette forme dans le dictionnaire de Sirvydas SD 153, et elle est employée en Petite Lituanie dans Q 349. Dans les anciens textes, le terme vienuolis est remplacé par zakonykas, car, avec l’établissement au XIIIᵉ siècle des ordres mendiants, dont les membres aspiraient non seulement à la perfection personnelle, mais prêchaient aussi, partaient en mission et allaient à la rencontre des gens, les canons de l’Église catholique se mirent à désigner les moines par Ordens Leute, zakonni, c’est-à-dire des personnes observant les règles d’une institution religieuse. Le mot est passé en lituanien par le polonais zakonnik ou le vieux-slave восточно-slave законникъ. Cet emprunt est employé dans le postille de Daukša zakonykas DP 612, 535, 308, 324 et DK 131. Les anciens textes et les dialectes attestent différentes formes de cet emprunt: žōkanininkas NdŽ, zakōninkas (-ykas), par exemple: Kartą šėrikas, pamokytas vieno zakoninko, išėjo tvartan su grabnyčios žvake ir pamatė velnią jojant ant arklio LTs IV 512; Anys zakōnykai buvo, brolis ir sesuva Dv; žōkanykas (-nykas BzF 201, KŽ), NdŽ, BsMt II 38, S. Dauk, M. Valanč, par exemple: Ir kaip toli mažėjnio Wiebpats Diewas nori nūg tavės/neg užjot kuriū išgi tų žkanniku/idant galėtumbei išbėgti anos kanczios amžinos DP 11, žōkaninkas NdŽ, KŽ, zōkauninkas, par exemple: Zokauninkas paėmė, užudegė grabnyčią ir pastatė ant stalo S I 313, zokonininkas KŽ, žōkoninkas (-ykas; M), I, NdŽ, KŽ, Sut, DP 324, S. Dauk. De cet emprunt est dérivé zokōninkiškas, « propre aux zokonikams, aux moines ». Dans le postille de M. Daukša, le mot pūstelnykas DP 196 est employé pour désigner un moine (cf. polonais pustelnik ou vieux-slave пустельникъ) WP 192. Le terme vienuolis a donné naissance à de nombreux autres mots liés à la vie monastique, cf. vienuolystė « état de moine, vie monastique », vienuoliškas, vienuoliškumas, vienuolinis « propre au moine », vienuolyniškas « semblable à ce qui se trouve dans un monastère, propre au monastère ». Il existe dans l’Église des fonctions que le prêtre n’exerce que pendant un certain temps. Le prêtre qui entend les confessions est un nuodėmklausys. Cette appellation est attestée pour la première fois dans les sources écrites chez M. Valančius. Le dictionnaire d’A. Juška donne la forme nuodėtklausis. En latin, il existe deux termes pour désigner le confesseur: paenitentiarius et confessarius. DVASININKŲ PAVADINIMAI IR JŲ ISTORIJA 199 Les autres langues apparentées ont des appellations différentes pour désigner le prêtre qui entend les confessions, cf. russe духовник « confesseur », polonais spowiednik, allemand Beichtiger et Beichtvater (Beichte « confession »); du second dérive le letton biktstēvs. Le prêtre qui prononce un sermon est un pamókslininkas. Cette appellation est attestée pour la première fois dans cette acception dans le « Dictionnaire lituanien-anglais » d’A. Lalis. Le mot est employé dans ce sens dans RtR, LKŽIX 304. Dans les dialectes lituaniens, le mot pamókslininkas s’emploie également dans d’autres sens: « personne qui aime parler de manière didactique, enseigner aux autres » Krš; « personne qui étudie et se prépare à la confirmation » TP 1881, 19. Le mot lituanien pamókslininkas est formé à partir du mot pamókslas et du suffixe -inin-kas, avec lequel sont formés le plus souvent des noms désignant des personnes. Le dictionnaire de la langue lituanienne atteste la forme pamokslasakýs, relevée dans le glossaire de Silvestras Gimžauskas, LKŽIX 304. Les auteurs des anciens textes employaient, pour désigner le prédicateur, un emprunt au polonais, cf. polonais kaznodzieja (kazać + *dzieja), en lituanisant la seconde partie du mot (lituanien -deja, sous l’influence de dėti « mettre, poser »). Cet emprunt présente différentes formes: koznadeja [K], VLN ENCH 1, KLG 41, koznadeja BzB 295, M. VALANČ, koznadejas R, MŽ, N, koznadejeus BzB 102, koznodiejus BB Iz 40,3, koznadėjienė N, [K] « prédicatrice ». L’apparition du mot a sans doute été influencée par les termes désignant le prédicateur dans d’autres langues, cf. latin ecclésiastique k. praedicator < praedicare, russe проповедник, letton sprediķotājs. 3. CONCLUSIONS 1. Tous les anciens noms des membres du clergé sont empruntés aux peuples chrétiens voisins. La plupart des emprunts ont été faits à la langue polonaise. Les noms empruntés n’étaient généralement pas des mots polonais, mais des noms latins désignant les membres du clergé, transmis par l’intermédiaire du polonais. La majeure partie des noms latins ne pouvait être traduite dans aucune langue, car il s’agissait de mots latins qui n’avaient acquis un sens religieux que dans le latin ecclésiastique. C’est pourquoi personne ne traduisait ces mots: on les conservait en latin. Une fois passés dans une langue, ces noms gardaient le plus souvent leur forme latine ou étaient modifiés selon les règles de cette langue. Les noms lituaniens des membres du clergé se sont surtout répandus par la littérature ecclésiastique. À cette époque, la littérature ecclésiastique était le plus souvent traduite à partir de textes ecclésiastiques en polonais. Les concepts chrétiens arrivaient avec les traductions. C’est ainsi que sont apparus les noms pape, évêque et d’autres. 2. À la fin du XIXe siècle, durant la période du renouveau, on s’est préoccupé de la langue ecclésiastique et de son lexique. Les anciens noms d’origine latine, entrés par l’intermédiaire du polonais, ont de nouveau été relatinisés. Par exemple, la forme prālotas a été rapprochée de la forme latine, donnant ainsi prėlatas. On s’est également préoccupé des noms empruntés au polonais, et l’on a commencé à les remplacer par des mots lituaniens. Au lieu du polonais kaznodzieja, on a créé pamokslininkas; au lieu de zakònininkas, vienuolis. Toute la langue ecclésiastique et le lexique religieux ont été lituanisés. ABRÉVIATIONS Les abréviations des sources sont les mêmes que dans le Dictionnaire de la langue lituanienne. 200 | Algis Rubinas LITERATŪRA Būga, K. 1958, 1959, 1961: Rinktiniai raštai 1, 2, 3, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla. Drotvinas, V. 1987: Lexicon Lithuanicum, Vilnius: Mokslas. 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