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Baltic Loanwords in Saami

Lucie Hofírková; Václav Blažek

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LUCIE HOFÍRKOVÁ Université Masaryk, Brno Domaines de recherche: études fenno-ougriennes, en particulier le finnois, l’estonien et le same. VÁCLAV BLAŽEK Université Masaryk, Brno Domaines de recherche: études indo-européennes, en particulier les langues slaves, baltes, celtiques, anatoliennes, tokhariennes et indo-iraniennes; études fenno-ougriennes; afro-asiatiques; étymologie; classification génétique; modèles mathématiques en linguistique historique. EMPRUNTS BALTES EN SAME Emprunts baltes dans la langue same ANNOTATION La présente étude vise à résumer et à interpréter les lexèmes d’origine baltique en same, dans le contexte des relations fenno-samiques et fenno-volgaïques. Nous concluons qu’environ 20% des parallèles lexicaux entre le baltique et le same, sur quelque 40 comparaisons balto-fenno-samiques, sont dépourvus de correspondants balto-fenniques. Cela signifie qu’il est probable que les ancêtres des Baltes et des Samis aient été en contact direct. Dans cette étude, nous évaluons le rôle des mots d’origine baltique dans le vocabulaire same dans une perspective plus large, fenno-samique et fenno-volgaïque. Les travaux récents d’auteurs finlandais ont constitué nos principales sources, notamment Aikio (2006, 2009), Häkkinen (2010), Kallio (2009), Koivulehto (2006), Sammallahti (1998, 1999), mais nous avons également tenu compte des études antérieures de Thomsen (1890), Itkonen (1961) et Korhonen (1981). Selon Mikko Korhonen (1981), les premiers contacts entre les ancêtres des Samis et les peuples finniques ont commencé à une époque où les langues fenno-samiques s’étaient déjà nettement séparées des langues fenno-volgaïques et où débutait simultanément la différenciation entre les langues balto-fenniques et sames. Ainsi, les langues balto-fenniques et sames ne présentaient qu’une légère différence dialectale. Vilhelm Thomsen (1890) a daté ces contacts beaucoup plus tard, car il supposait qu’ils n’avaient commencé qu’au tournant de notre ère, ou peu avant. Erkki Itkonen (1961) a indiqué comme période la plus tardive possible l’ MOTS-CLÉS: contact, emprunt, emprunt linguistique, voisinage, influence. Straipsniai / Articles 51 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK année 500 av. J.-C. Il penchait plutôt pour l’idée que les contacts avec les locuteurs des langues baltes avaient commencé bien plus tôt. Selon Korhonen, les archéologues tendent à penser que l’arrivée des Baltes dans la région de la mer Baltique correspond à celle de la céramique cordée dans cette région, à la fin du troisième millénaire av. J.-C. Cependant, cette datation ne concorde pas avec l’affirmation susmentionnée selon laquelle les premiers contacts avec les peuples baltes auraient commencé après la séparation du proto-fenno-volgaïque (XIXe–XVIIIe siècle av. J.-C.) (Blažek 2010; voir l’Appendice). Selon Korhonen, nous pouvons adhérer à cette hypothèse si nous tenons compte de plusieurs facteurs qui influent d’une manière ou d’une autre sur cette datation. L’un de ces facteurs est le temps écoulé entre l’arrivée des peuples baltes dans la région de la mer Baltique et le début des emprunts. Il a certainement fallu un certain temps avant que ces deux peuples, très différents sur les plans culturel et linguistique, commencent à exercer une influence l’un sur l’autre. Selon Korhonen, les premiers emprunts baltes sont passés en fenno-volgaïque entre 1800 et 1500 av. J.-C. (Korhonen 1981: 32–34). Il n’est toutefois pas nécessaire de supposer que le continuum fenno-volgaïque était divisé au moment des contacts. Vanagas (1980: 119) a défini comme suit les limites supérieures de l’aire hydronymique baltique: au nord, la frontière septentrionale de la Lettonie, les villes de Pskov, Toropec, Zubcov et Kalinin; à l’est, les villes de Moscou, Kalouga, Orel et Koursk; au sud, les rivières Seim, Pripiat et Bug occidental; à l’ouest, la Vistule. Ainsi, les peuples baltes étaient au voisinage immédiat des ancêtres des Mordves et des Maris au nord-est, et les emprunts ont pu se produire plus tard, après la séparation du fenno-volgaïque, indépendamment des contacts balto-fenno-samiques. Le schéma de classification 2 (voir l’Appendice), qui reflète la relation plus étroite du mari avec les langues permiennes qu’avec la langue mordve, étaye également cette hypothèse. La présence d’emprunts baltes en mari peut donc s’expliquer par des emprunts indépendants des relations génétiques, mais résultant de relations territoriales (cinq des six emprunts baltes examinés en mordve se trouvent également en mari). EMPRUNTS PROTO-BALTES 1. SaaN biebmat « nourrir » < PS *pēm̆mō (YSS: 936) < FS *pāmmi < PB *penima- (Sammallahti 1998: 127; 231; Aikio 2006: 40). La racine *pen- apparaît en lithuanien dans pēnas « nourriture », penjti « nourrir, engraisser »; le dérivé en -m- est attesté dans pēnimas « engraissé », pēnimis « engraisseur, porc engraissé » (LEW 569; Smoczyński 2007: 449–50). 2. SaaN buorgg’s « interdit, prohibé » < PS *puorgē < PreS *pō/arkos < PB *bārgas (cf. Latv. bārgs « strict, méchant, sans charité ») (Sammallahti 1999: 77). 52 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV Baltic Loanwords in Saami Cependant, cette comparaison est sémantiquement ambiguë; le mot pourrait également être d’origine scandinave, cf. suédois dialectal bark « un homme méchant et buté », barkun « grossier, bourru » (Pokorny 1959: 163). 3. SaaN čiehkat « cacher » (~ finnois säetä id.) < PS *čēķe (YSS 146) < FS *śāke- < PB *seg(i)e/a- (cf. letton segt « couvrir; enfiler, border ») (Sammallahti 1998: 127; 234). Selon Fraenkel (LEW II 770), cependant, le sens originel du letton segt était le même que celui du lituanien sègti « fixer, attacher », et le verbe a pris le sens de « cacher » par préfixation: apsegt = lituanien apsègti « fixer ». Un probable cognat vieux-prussien seggīt « faire, fabriquer » est sémantiquement plus éloigné. L’ensemble de la comparaison est donc incertain. 4. SaaS daktere « fille » (~ finnois tytär id.) < PS *teḱtēr (YSS 1211) < FS *tüh-tär < PB *duḱtē: gén. *dukteres (cf. lituanien duktė, vieux-prussien dukti id. (LEW I 110)) (Sammallahti 1998: 121; Korhonen 1981: 30; Thomsen 1890: 167). 5. SaaN duovli « amadou » (~ finnois taula id.) < PS *tōvlē (YSS 1311) < PreS *tak-la < PB *dagla- (cf. letton dagla « id., amadou d’écorce de bouleau »; lituanien dãglas, dėglas « taches noires » (LEW I 86)) (Aikio 2006: 31; Korhonen 1981: 30; Sammallahti 1998: 127; Thomsen 1890: 165). 6. SaaN gahpir « bonnet » (~ finnois kypärä « bonnet; casque ») < PS *kepērē (YSS 317) < FS *küpärä < PB *kepurijā (cf. lituanien kepùrė « bonnet, coiffe », letton cepure id. (LEW I 241)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2009: 250; Thomsen 1890: 185). 7. SaaN geardi « fois » (~ finnois kerta id.) < PS *kērtē (YSS 391) < FS *kerta < PB *kerdā (cf. vieux-prussien kērdan « temps » (LEW I 242; Toporov III 315–23), tandis que le lituanien kartas « fois » (LEW I 224))1 est à part (Sammallahti 1998: 243; Korhonen 1981: 30; Thomsen 1890: 185–86). Cf. mordve moksha kyrda, erzya kirda « fois » (Thomsen 1890: 186); mari KB kerðə dans l’expression püli-yerðə « il y a très longtemps » (UEW 659). 8. SaaN giehpa « suie » < PS *kēpw (YSS 425) < PB (cf. letton kuêpi « suie, fumée, vapeur », kuvêpêt « fumer », lituanien kvepēti « sentir » (LEW I 325)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2006: 40). 9. SaaN giekka « coucou » (~ finnois käki) < PS *kēke (YSS 418) < FS *käke < PB *gegiä (cf. lituanien gėgė id., dont on explique qu’il s’agit d’une forme abrégée par régression d’une forme plus longue gegužė, letton džeǧuze, vieux-prussien geguse (LEW 142–43)) (?Korhonen 1981: 88; Thomsen 1890: 172). 10. SaaN guksi « louche » (> finnois kuksa « petit bol en bois, louche en bois », à côté du continuant originel kauha « louche » – voir SKES 172) < PS *kukśē < FS *kav-ša < PB *kauša (cf. letton kaûss « grand plat, coupe à boire; crâne; écorce », lituanien 1 Sémantiquement plus éloigné est le germanique *xerdō « troupeau » < pré-germanique *kerdʰā. Straipsniai / Articles 53 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK káu̯sas « louche; crâne; coquille; coquille d’escargot » (LEW I 231–232)) (Sammallahti 1998: 123; Thomsen 1890: 184). 11. SaaN guoibmi « compagnon » (~ Finn. kaima « homonyme ») < PS *kōjmē (YSS 504) < FS *kajma < PB *kajmā (cf. Lith. kaimýnas « voisin », káima(s) « village (de paysans) », kiēmas « ferme »; Latv. ciems « village », kaimiņš « villageois (habitant du même village), voisin »; vieux prussien caymis « village » (LEW I 251–52)) (Sammallahti 1998: 127; Korhonen 1981: 30; Thomsen 1890: 177). 12. SaaN guovllas « étiquette sur un collier de chien » (~ Finn. kaula « cou ») < PS *kōvles < FS *kakla < PB *kaklas et *kaklā (cf. Lith. kāklas « cou », Latv. kakls idem (LEW I 205)) (Sammallahti 1998: 127; 1999: 83). 13. SaaN já vri « lac » (~ Finn. järvi idem) < PS *jāvrē (YSS 258) < FS *jāvrā < PB *jaurjā- (cf. Lith. jáura « marais », jūra « mer », Latv. jūra, jūra, vieux prussien jūrin idem (LEW I 198)) (Sammallahti 1998: 249; Aikio 2009: 246). Cf. mordve erzya erźe, moksha (j)äR’k’ä et mari KB jär, U B jer « lac » (UEW 633). 14. SaaN leaibi « aulne » (~ Finn. leppä idem) < PS *leajpē < FS *lejpā < PB *leipā (cf. Lith. liepa, -ė, liepas « tilleul », Latv. liepa, -e, lieps, vieux prussien lipe idem (LEW I 366)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2006: 40). Cf. mordve erzya łepe, moksha łepä « aulne » (UEW 689). 15. SaaN loapmi « trou » (~ Finn. loma idem) < PS *lāmē (YSS 609) < PB *lōmā (cf. Lith. lomà « trou, dépression », Latv. lāma « endroit bas dans un champ ou une prairie » < *lāmā, à côté du letton luôms « trou dans une clôture » < *lōma- (LEW I 385; Smoczyński 2007: 344–45)) (Sammallahti 1998: 127). Cf. mordve moksha luṷ dans l’expression käd-luṷ « espace entre deux doigts »; mari KB lo dans l’expression parnálo « espace entre les doigts » (UEW 692). 16. SaaN luossa « saumon » (~ Finn. lohi idem) < PS *lōsę (YSS 627) < FS *loše < PB *laššia- (cf. Lith. lašìša, lãšis, Latv. lasis idem, vieux prussien lalasso, c’est-à-dire *lasaso (LEW I 341)) (Sammallahti 1998: 127; Korhonen 1981: 30; Thomsen 1890: 194). 17. SaaN luovdi « récipient en bois » (~ Finn. lauta « planche ») < PS *lōvtē (YSS 634) < FS *lavta < PB *plautā (cf. Lith. plãutas « planche posée dans le bain de vapeur; planche latérale dans le bateau », Latv. plauts « étagère » < *plautas (LEW I 608)) (Sammallahti 1998: 127). La comparaison des isoglosses du FS avec les données samoyèdes (UEW 239) est moins convaincante. 18. SaaN luovvi « structure destinée au stockage des provisions » (~ Finn. lava « support, pilier; banc de sauna; revêtement en bois d’un four ») < PS *lōvē (YSS 632) < FS *lava < PB *lāvā (cf. Lith. lóva « lit », Latv. lāva « banc de sudation » (LEW I 387)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2009: 262). 19. SaaI lyepi « omoplate » (~ Finn. lapa idem) < PS *lōpē (YSS 625) < FS *lapa < PB *lapā (cf. Lith. lāpas « feuille, page », Latv. lapa idem, lāpa « coussinet » (LEW I 339–40)) 54 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV Baltic Loanwords in Saami (Sammallahti 1998: 127). D’autres parallèles en mansi, dans les langues samoyèdes et en youkaguir (UEW 236) remettent en question l’origine baltique du terme saami et finnois « os de la lame », ainsi que la différence sémantique entre FS et B. 20. SaaL niehpē « neveu ou nièce du conjoint » (~ finnois dial. nepaa, arch. nepas « enfant du cousin ou de la cousine ») < PS *n̮epē < FS *nepa- < PB *nepo(ts), acc. *nepatin (cf. lith. nepuotis « petit-fils, neveu » < *nepōt̄ia- (LEW I 494; Smoczyński 2007: 420)) (SKES 373; Sammallahti 1998: 127; 1999: 84). 21. SaaN ráigi « trou » (~ finnois reikä id.) < PS *rājkē (YSS: 1019) < FS *rVjkA < PB *raikā (cf. lith. ri̇ėkti « couper », riekē « tranche de pain », lette riekt « couper », rika « tranche de pain », rāika « piste, sillon » (LEW II 729; Smoczyński 2007: 514–15)) (Sammallahti 1998: 127). 22. SaaN ruoida « jambe (d’un animal) » (~ finnois reisi « cuisse ») < PS *rōjte « cuisse » (YSS 1063) < FS *rajte < PB *rėiti̇i̇a (cf. lith. riėtas « cuisse », lette de Courlande riėta « jambe » < *rėit-a-/ -ā- (LEW II 731)) (Sammallahti 1998: 127; Korhonen 1981: 133; Thomsen 1890: 212). La forme proto *rėiti̇i̇a est étayée par le lithuanien parieti « partie inférieure du périnée » (Smoczyński 2007: 516). 23. SaaS saertie « cœur (comme aliment) » < PS *sārde (Sammallahti 1999: 82) (*sārtē (YSS 1112)) < PB *śird- (cf. lith. širdis « cœur »; lette siṙds; vieux prussien seyr id., ainsi que le lithuanien oriental šerdis, le lette seṙde « moelle, substance » (LEW II 986–987)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2006: 40). 24. SaaN sápmi « Saami » (~ finnois Häme « région historique du centre-sud de la Finlande ») < PS *sāmē (YSS 1106) < FS *šämä «? terre, pays » < PB *žemē (cf. lith. žemė, dial. méridional žămė, lette zeme; vieux prussien semmē, same « terre, pays » (LEW II 1299)) (?Sammallahti 1998: 127, 262; Korhonen 1981: 130). 25. SaaN sarvva « élan » (~ finnois hirvi id.) < PS *s̨erve (YSS: 1091) < FS *sirve < PB *śir̨ua- (cf. vieux prussien sirwis « chevreuil », lith. šir̃vis « cheval blanc; lièvre »: širvas « gris, grisâtre » (LEW II 989)) (Sammallahti 1998: 127; Korhonen 1981: 30, 130; Aikio 2009: 276; Thomsen 1890: 225). 26. SaaN sarvvis « renne mâle » (~ finnois hirvas id.) < FS *širvas < PB *śir̨uas – étymologiquement identique à sarvva (Sammallahti 1998: 127; Korhonen 1981: 30, 130; Aikio 2009: 276). 27. SaaN searvi « compagnie » (~ finnois seura id.) < PS *sēprē- (YSS 1127) < FS *sepra < Balt. *sebra- (cf. lith. sibras « ami, parent », lette sēbrs, sebris « voisin, compagnon » (LEW II 768)) (Sammallahti 1998: 127, 262; Thomsen 1890: 215). 28. SaaS sesnie « cuir de renne tanné » (~ finnois hihna « ceinture ») < PS *sęs̨nē < FS *šišna < Balt. *šikšn̄a- (cf. lith. šikšnà « cuir tanné souplement », lette siksna « ceinture » (LEW II 981)) (Korhonen 1981: 30; Aikio 2009: 150–151). Cf. mordve erzya (k)šna, moksha šna « ceinture »; mari U B šüštö id. (UEW 786). Straipsniai / Articles 55 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK 29. SaaN siepmɑn « graine » (~ finnois siemen) < PS *sēmeṇ < FS *sēmen < PB *sēmən (cf. lith. sėmenys, vieux prussien semen « graine » (LEW II 774)) (Sammallahti 1999: 85; Thomsen 1890: 216). 30. SaaN suoidni « herbe, foin » (~ finnois heinä) < PS *sojne (YSS: 1171) < FS *šajna < PB *šeina- (cf. lith. šiẽnas, letton siens « foin » (LEW II 980)) (Sammallahti 1998: 124, 127; Korhonen 1981: 30; Thomsen 1890: 223). 31. SaaN suoldni « rosée » (~ finnois halla « gelée blanche (au sol pendant la nuit) » < PS *sōlnē (YSS 1176) < FS *šalna < PB *šalnā (cf. lith. šalnà « givre, légère gelée blanche », letton salna « gelée blanche (au sol pendant la nuit) » (LEW II 960)) (Sammallahti 1998: 124, 127; Korhonen 1981: 30). 32. SaaN suolu « île » (~ finnois salo « terrain vague, forêt profonde ») < PS *sōlāj (YSS 1177) < FS *saloj < PB *salā (cf. lith. salà, letton sala « île » (LEW II 758)) (Sammallahti 1998: 124, 127; Korhonen 1981: 30; Saarikivi 2004: 204; Thomsen 1890: 214). 33. SaaN vietka « herminette » < PS *vētkę (YSS: 1415) < PB *uedegā (cf. lith. vedegà « sorte d’herminette », dialecte oriental vėdegà, letton vędga « pied-de-biche; ciseau », vieux prussien wedigo « herminette » (LEW II 1211)) (Aikio 2006: 40; 2009: 288). La reconstruction proto-baltique *uōdegā renvoie, selon Endzelina, à l’étymon « queue »: lith. uodegà (voir LEW 1164). La cohérence des sens « queue » et « hache » est douteuse. 34. SaaN vuoras « vieux (en parlant de personnes) » < PS *vōres (YSS 1458) < PB. *ūāras (cf. lith. vōras, vieux prussien urs « vieux » (LEW II 1274; Smoczyński 2007: 767)) (Sammallahti 1998: 127; Aikio 2006: 40). 35. SaaU vyöy’jee « coin » (~ finnois vaaja id.) < PS *vōvjē (YSS: 1477) < FS *vakja < PB *uagia- (cf. lith. vágis, letton vadzis « id. » (LEW II 1179)) (Korhonen 1981: 30–31). CONTROVERSES 36. SaaN ga’lłe « combien » < PS *kellē < FS *küłłä < PBS?*kʷel- (cf. lith. kelì « combien, quelques », kelìntas « lequel dans l’ordre, certain, quelques-uns » (LEW I 236)). Cependant, l’emprunt pourrait s’être fait dans le sens inverse; cf. finnois kyllä « oui »; kylläinen « rassasié »; kyllin « assez » (Sammallahti 1998: 242). 37. SaaN galmmas « froid » (~ finnois kylmä id.) < PS *kelme- < PFP *külmä (UEW 663) < PBS *gʷel(u)mā- (cf. lith. gelumà, gelmuõ « forte gelée » (LEW I 145: gélti « piquer »)) (Sammallahti 1998: 127, 242). Cf. mordve erzya keľme, mokcha keľmä « froid; gel »; mari KB kalma « gelé » (UEW 663: *külmä). Si l’isoglosse fenno-volgaïque est d’origine balte, la voyelle ü de la première syllabe peut s’expliquer 56 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV Baltic Loanwords in Saami par labialisation compensatoire provoquée par l’élimination de la voyelle -u- dans la source baltique supposée. 38. SaaN luokta « golfe » (~ finnois lahti id.) < PS *lōḱte (YSS 619) < FS *lakte < balt. (cf. lith. lañkstas « courbé », lañktis « poignée », letton jūras līcis « baie maritime » (LEW 356–57)) (Sammallahti 1998: 127; SSA II 36). Cependant, l’isoglosse fenno-samique est mise en parallèle avec les correspondances ougriennes de l’Ob de même sens dans UEW 234. 39. SaaN muohta « neige » < PS *mōttē « neiger » (YSS 696) (~ estonien matma « enterrer ») < FS *matta- < PBS *mat- (Sammallahti 1998: 255; Koivulehto 2006: 185). La source baltique attendue devrait être un dérivé du verbe attesté en lith. mès-ti « jeter »: āt-mata « déchet », iš-mata, -mota « rebut; déchet », pā-matas « base », prie-mota « plâtre »; letton mest « jeter », at-mats « support », pa-mats, -mata « base »; vieux prussien pomests « soumis, assujetti », metis « jeter » (LEW 442–43); toutefois, les exemples montrent clairement que le sens « neige » n’existe pas dans les langues baltes. Les mots slaves tels que le russe metel’ « tempête de neige », le polonais zamieć « congère » < vieux slave *metati sont plus proches. Le roumain omát, omete « neige » est lui aussi d’origine slave (cf. russe dial. omét « motte ». Toutefois, la correspondance la plus proche se trouve en ossète iron mīt, digor met « neige » (Abaev II 124). La correspondance iron ī: digor e reflète la diphtongue *ai, qui peut être d’origine (mīzyn: mezun « couler » ~ avestique maēz- < iranien *maiz-) ou secondaire (iron mid-: digor med- « intérieur » ~ avestique maidiia- « milieu » < iranien *maḍia-). Si la diphtongue est secondaire, l’ossète iron mīt, digor met « neige » peut être dérivé de la protoforme *maṭia-, compatible avec le PS *mōttē. 40. SaaN šearrat « clair » < PS *šeàreḍē < *sērā- < PBS *źer- (cf. lith. žėrėti « briller, flamber » (LEW II 1301)) (Sammallahti 1999: 79). Toutefois, le mot sami avec š- peut être relativement récent, comme dans le cas de SaaN šūvon « chien bien dressé ». 41. SaaN šūon « chien bien dressé » < PS *šúouŋje < FS *śōoŋji ~ *śáoŋji < PBS śūōn(i)- (cf. lith. šuõ « chien », gén. šuñs, vieux lith. gén. šunès, et surtout lith. dial. (Šiauliai, Grodno) nom. šovà, (Samogitie) šovà; puis letton suns, gén. suņa, vieux letton gén. suns; vieux prussien sunis id. (LEW II 1033)). Sammallahti (1999: 79) note que le š- sami représente un autre réflexe que l’adaptation du *š- baltique, qui devient s- en Saa et h- en finnois (SaaN sarvvis « renne mâle » ~ finnois hirvas id. < FS *širvas). Sammallahti suppose que cela s’explique par une couche chronologique plus ancienne de l’emprunt. Toutefois, Jaakko Häkkinen (Häkkinen 2010) et Petri Kallio (Kallio 2009: 35) penchent pour l’hypothèse selon laquelle les deux mots mentionnés ci-dessus (SaaN šearrat et SaaN šūvon) sont des emprunts plus récents provenant d’une langue baltique dans laquelle le phonème alterne avec š- (par ex. le lituanien). Straipsniai / Articles 57 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK Ils fondent cette affirmation à la fois sur la faible répartition des mots (SaaN šearrat n’apparaît qu’en same de Lule, du Nord et d’Inari; SaaN šūvon apparaît en same du Sud, d’Ume, de Lule et du Nord) et sur la structure phonologique des mots. Selon eux, ces mots ont été empruntés en same après l’apparition du *š secondaire en proto-same. Ce *š secondaire est conservé en same actuel, tandis que le *š originel (qui apparaît dans les emprunts baltiques les plus récents) est devenu *s en proto-same (ainsi que dans les langues sames actuelles). Cette solution semble plus simple et donc plus probable que l’hypothèse de Sammallahti. En revanche, Kallio se trompe lorsqu’il manipule la projection de lith. šuo < balt. *šō(n). Si l’on tient compte de nominatif semblables tels que véd. śvā́, śúvā́ et gr. χύων, la forme lituanienne représente elle aussi le continuateur de l’IE *ḱu̯uō(n) > balt. *śu̯ō. Le lith. dial. šòva « chien » pourrait également provenir par évolution interne de cette protoforme. Häkkinen ajoute que le PS *śuovunje a été emprunté en same avant la rotation vocalique, mais que le PS *śeareḍē (Häkkinen: *śeareṯē) pourrait avoir été emprunté même après. Selon lui, cette affirmation est étayée par la combinaison vocalique non étymologique *ea-e (régulièrement: PS ancien *e-a > PS récent *ea-ē et PS ancien *e-i > PS récent *ie-e, mais jamais *ea-e) (Häkkinen 2010; Kallio 2009). 42. SaaN vuos’si « poignée » (~ finnois ansa « piège ») < PS *vōssē (YSS: 1470) < FS *ansa < PB *ansā; cependant, une seule forme est attestée, *anšas (cf. lith. vą̃šas « poignée », samogitien ą̃šas id. (LEW II 1207)) (Sammallahti 1998: 127). Autre possibilité: le finnois ansa « piège » (> SaaN hansā- « planche ») dériverait de la source baltique représentée par le lith. ąsà « poignée, prise, anse », le letton ùosa, ùoss id., le vieux prussien ansis « crochet de chaudron » (LEW I 18), voir Thomsen 1890: 159; SKES 19. Dans SSA I 77, tant le SaaN vuos’si « poignée » que le finnois ansa « piège » sont dérivés du lith. ąsà, etc. CONCLUSION On trouve des mots d’origine baltique dans toutes les langues fenno-volgaïques: environ sept en mari (cinq dans notre mini-corpus) et treize en mordve (six dans notre mini-corpus); trois d’entre eux n’ont pas d’équivalent dans les langues balto-fenniques (Sammallahti 1984: 140). Il est très difficile de distinguer certains mots selon qu’ils sont entrés directement en saami ou par l’intermédiaire du balto-fennique, car on ne peut s’attendre qu’à de légères différences entre le proto-balto-fennique et le pré-saami 58 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV Baltic Loanwords in Saami à l’époque où les emprunts ont commencé. Ainsi, il n’y avait pas encore eu de changements phonétiques majeurs. Certains des mots baltes empruntés répertoriés (huit sur quarante si l’on exclut ##39, 40, peut-être 19) n’ont pas d’équivalent dans les langues balto-fenniques. Bien que cela ne représente que 20%, on peut en déduire que les Baltes n’étaient pas en contact immédiat uniquement avec les Balto-Fenniques, mais aussi avec les ancêtres des Samis, qui ont dû être leurs voisins pendant un certain temps (mais pas longtemps). On peut supposer que les ancêtres des Samis vivaient près du golfe de Finlande et du fleuve Neva à l’époque des contacts avec les Baltes. Cela concorde également avec la description des Fenns par Tacite2, qui s’applique probablement davantage aux Samis qu’aux ancêtres des peuples fenniques. Les maigres données géographiques nous apprennent qu’au Ier siècle apr. J.-C., les Fenns de Tacite vivaient quelque part dans la Baltique orientale, au nord des Aestii, considérés comme d’origine baltique. Les mots ayant des équivalents en balto-fennique ont probablement été empruntés en saami à l’époque proto-balto-fennique, voire plus tôt, à l’époque fenno-saamique. Ces mots sont quatre fois plus nombreux que les parallèles saami-baltes; on peut donc raisonnablement supposer que les populations baltes entretenaient des relations plus étroites et plus durables avec leurs voisins du nord qu’avec les ancêtres des Samis, à l’époque balto-fennique ou fenno-saamique. Plusieurs dizaines de mots d’origine baltique ne sont connus que dans les langues balto-fenniques septentrionales (finnois, carélien, ingrien et vote) et en saami; en revanche, une dizaine d’emprunts baltes ne se rencontrent que dans les langues balto-fenniques méridionales (estonien, vote et livonien). Il est probable que les ancêtres des peuples balto-fenniques vivaient des deux côtés du golfe de Finlande à l’époque des contacts avec les Baltes, et que les mots d’origine baltique ont été empruntés indépendamment (Sammallahti 1984: 140). 2 Les Fenns sont d’une sauvagerie étrange et d’une pauvreté sordide: ils n’ont ni armes, ni chevaux, ni demeures; ils se nourrissent d’herbes, se vêtent de peaux et couchent à même le sol. Leur seul espoir réside dans leurs flèches, qu’ils arment de pointes en os faute de fer. La chasse nourrit aussi bien les hommes que les femmes, car celles-ci les accompagnent partout et réclament une part du butin. Les petits enfants n’ont d’abri contre les bêtes sauvages et les intempéries que des branchages entrelacés; les jeunes reviennent là, les vieillards y trouvent refuge. Pourtant, ils estiment cette vie plus heureuse que de gémir sur les travaux des champs, de s’épuiser à bâtir et de jouer leurs fortunes et celles d’autrui au gré de l’espoir et de la crainte. Sans souci des hommes ni des dieux, ils ont atteint le plus difficile des biens: ne même pas avoir besoin de formuler un vœu. « Les Fenni sont d’une sauvagerie étrange et d’une pauvreté sordide; ils n’ont ni armes ni demeures; leur nourriture consiste en herbes, leurs vêtements en peaux, et leur lit est la terre. Ils se fient entièrement à leurs flèches, dont les pointes sont en os faute de fer. La chasse pourvoit pareillement aux besoins des hommes et des femmes; car ces dernières sont toujours présentes et réclament une part du butin. Les petits enfants n’ont d’autre abri contre les bêtes sauvages et les tempêtes qu’un couvert de branches entrelacées. Telles sont les demeures des jeunes, tel est le refuge des vieux. Pourtant, ils estiment cela plus heureux que de gémir sur les travaux des champs, de peiner à bâtir et de faire dépendre les fortunes des leurs et d’autrui de l’espoir et de la crainte. Insouciants des hommes comme des dieux, ils ont atteint le plus difficile des résultats: n’avoir même pas besoin d’un vœu. » (Germania §46; traduit par A.J. Church et alii). Straipsniai / Articles 59 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK ANNEXE (1) Modèle de la divergence des langues balto-slaves fondé sur la glottochronologie « recalibrée » (voir Novotná & Blažek 2007): Remarque: *Y compris le « dialecte de Narew ». (2) Modèle traditionnel de la divergence des langues ouraliennes, avec le mordve et le mari comme représentants de la branche volgaïque (cf. Collinder 1960, 11; Hajdú 1985, 173; voir aussi OFUJ 1974, 39): 60 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV Baltic Loanwords in Saami (3) Résultat du test glottochronologique appliqué aux langues finno-ougriennes, selon la glottochronologie « recalibrée » (voir Blažek 2010) REFERENCES Abaev II – Абаев Василий И. Историко-этимологический словарь русского языка 2. Ленинград: Наука, 1973. Aikio Ante 2006: On Germanic-Saami contacts and Saami prehistory. – Journal de la Société Finno-Ougrienne 91, 9–55. Aikio Ante 2009: The Saami loanwords in Finnish and Karelian: Academic dissertation. Available: http://cc.oulu.fi/~anaikio/slw.pdf. Álgu – Saamelaiskielten etymologinen tietokanta. Available: http://kaino.kotus.fi/algu/ Straipsniai / Articles 61 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK Blažek Václav 2010: Was there a Volgaic unity within Fenno-Ugric? (Contribution presented at the Conference of Finno-Ugric Studies Association of Canada, Montreal, May 2010). 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Estonian; Finn. Finnish; FS Fenno-Saamic; Gmc. Germanic; Gr. Greek; IE Indo-European; Iran. Iranian; Iron. Ironian; KB Kos-modemjansk (hill) dialect of Mari; Lith. Lithuanian; Latv. Latvian; Oset. Ossetian; PB Proto-Baltic; PBS Proto-Balto-Slavic; PFP Proto-Fenno-Permic; Pol. Polish; Pruss. Prussian; PreS Pre-Saami; PS Proto-Saami; PSl. Proto-Slavic; Russ. Russian; Saa Saami: I Inari, N North, S South, U Ume; Sw. Swedish; U B Uržum-Birsk dialect of Mari; Ved Vedic. Straipsniai / Articles 63 LUCIE HOFÍRKOVÁ, VÁCLAV BLAŽEK Baltų skoliniai samių kalboje SANTRAUKA Šiame straipsnyje pateikiamos kelios identifikuotos ir menamos samių baltiškos kilmės leksemos, siekiant nustatyti platesnius samių ir Volgos upės baseino finų interferencinius ryšius. Reziumuojant daroma išvada, kad 8 lyginami samių ir baltų žodžiai iš tirtų 40 baltų, samių ir Volgos upės baseino finų leksinių atitikmenų nesuponuoja baltų ir finų izoleksų. Vadinasi, galima iškelti hipotezę, kad baltų ir samių protėviai, bent jau trumpą laiką, tiesiogiai kontaktavo. Interferencinė teritorija gali būti apibrėžta Nevos upės baseinu. ACKNOWLEDGEMENT The present study was prepared in cooperation with the Centre for Interdisciplinary Research of Ancient Languages and Older Stages of Modern Languages (MSM 0021622435) and thanks to the grant GAAV, Nr. IAA901640805. Įteikta 2011 m. kovo 14 d. LUCIE HOFÍRKOVÁ Masaryk University, Brno A. Nováka 1, 60200 Brno, Czech Republic [email protected] VÁCLAV BLAŽEK Masaryk University, Brno A. Nováka 1, 60200 Brno, Czech Republic [email protected] 64 Acta Linguistica Lithuanica LXIV–LXV