Rankraštinio „Lietuvių kalbos žodyno“ autorystės klausimas: nauji faktai, paaiškėję atliekant teismo rašysenos ekspertizę
Abstract
The archival document Dictionary of the Lithuanian Language (shelfmark IV A 11) is kept at the Department of Manuscripts and Early Printed Books of the Czech National Museum Library. This handwritten lexicographic relic is dated to the first half of the 19th century and contains 1701 entries. This article focuses on the matter of authorship of this relic following previous research studies, in which F. L. Čelakovský was suggested as the likely author of the Dictionary. The article presents new findings revealed from a Czech professional handwriting analysis. The evidence discussed in the article is based on the assumption that F. L. Čelakovský is the author of the handwritten Dictionary of the Lithuanian Language.
Full text
GEDA MONTVILAITĖ, ANNA TOILAROVÁ
Université Charles
Axes de recherche: écrits anciens lituano-slaves, lexicographie, histoire des études baltes, typologie du réveil national tchèque et lituanien.
DOI: https://doi.org/10.35321/al182-08
QUESTION DE L’AUTEUR DU DICTIONNAIRE DE LA LANGUE LITUANIENNE MANUSCRIT: NOUVEAUX FAITS RÉVÉLÉS PAR UNE EXPERTISE JUDICIAIRE EN ÉCRITURE¹
La question de l’auteur du Dictionnaire de la langue lituanienne manuscrit: nouveaux résultats révélés par une expertise professionnelle en écriture²
RÉSUMÉ
Le document d’archives Dictionnaire de la langue lituanienne (cote IV A 11) est conservé au département des manuscrits et des livres anciens de la Bibliothèque du Musée national tchèque. Ce monument lexicographique manuscrit date de la première moitié du XIXe siècle. Il contient 1 701 entrées. Cet article examine la question de l’auteur du dictionnaire à la lumière de recherches antérieures, dans lesquelles F. L. Čelakovský est proposé comme auteur possible du dictionnaire. L’article présente de nouveaux résultats issus d’une expertise judiciaire en écriture réalisée en Tchéquie. Les éléments de preuve examinés reposent sur l’hypothèse que F. L. Čelakovský est l’auteur du Dictionnaire de la langue lituanienne manuscrit.
¹ La rédaction de l’article a été financée par l’Agence des subventions de l’Université Charles (GA UK). Le projet Rukopisný slovník litevštiny Františka Ladislava Čelakovského (no 520317) est mené à la Faculté des lettres de l’Université Charles.
² L’étude a bénéficié du soutien de l’Université Charles, projet GA UK no 520317.
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MOTS-CLÉS: manuscrit Dictionnaire de la langue lituanienne, František Ladislav Čelakovský, expertise judiciaire en écriture, études lituaniennes, études baltes tchèques.
ANNOTATION
Le document d’archives Dictionnaire de la langue lituanienne (cote IV A 11) est conservé au département des manuscrits et des livres anciens de la Bibliothèque du Musée national tchèque. Ce vestige lexicographique manuscrit date de la première moitié du 19th siècle et contient 1701 entrées. Cet article porte sur la question de l’auteur de ce vestige, à la suite de travaux de recherche antérieurs dans lesquels F. L. Čelakovský était proposé comme auteur probable du Dictionnaire. L’article présente de nouvelles conclusions issues d’une expertise graphologique menée par un spécialiste tchèque. Les éléments examinés dans l’article reposent sur l’hypothèse que F. L. Čelakovský est l’auteur du Dictionnaire de la langue lituanienne manuscrit.
MOTS-CLÉS: manuscrit Dictionnaire de la langue lituanienne, František Ladislav Čelakovský, expertise professionnelle en écriture manuscrite, études lituaniennes, études baltes tchèques.
INTRODUCTION
Le Dictionnaire de la langue lituanienne (Litevský slovník) est un manuscrit de la première moitié du XIXe siècle, conservé au Département des manuscrits et des livres anciens imprimés de la Bibliothèque du Musée national (Oddělení rukopisů a starých tisků Knihovny Národního muzea), sous la cote IV A 11. Cette œuvre lexicographique se compose de 30 feuilles de papier de grand format (21,5 × 35,5 cm). Il s’agit d’une étude philologique achevée, de nature étymologique (classée par ordre alphabétique, de A à Ž), qui comprend au total 1 701 articles.
L’hypothèse selon laquelle František Ladislav Čelakovský aurait pu être l’auteur de cet ouvrage lexicographique a été avancée pour la première fois en 2010, dans l’article d’Ilja Lemeškin Františko Ladislavo Čelakovskio lietuvių kalbos žodynas, dans lequel l’auteur a présenté cet ouvrage à la communauté scientifique (Lemeškin 2010). L’article porte principalement sur les problèmes de datation et d’attribution du dictionnaire (Lemeškin 2010: 99).
I. Lemeškin a relevé l’identification erronée du Dictionnaire par František Michalek Bartoš, employé (assistant) du Musée national, dans le catalogue des manuscrits du Musée national de Prague (Soupisu rukopisných památek Národního muzea v Praze): « Correspond au dictionnaire allemand de Neselmanо de 1850 » (Bartoš 1926: 181). Il a soulevé plusieurs questions concernant la conception et la nature du Dictionnaire, en a établi la date de création et a avancé de nombreux arguments démontrant que F. L. Čelakovský pourrait en être l’auteur. Comme ce personnage du renouveau national tchèque,
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Le résultat créatif de ce chercheur et homme de lettres, le Dictionnaire de la langue lituanienne, est également mentionné dans d’autres travaux³.
Dans le prolongement des travaux entrepris par I. Lemeškin sur cette archive découverte, le projet de l’Agence des subventions de l’Université Charles (GA UK) intitulé Dictionnaire de la langue lituanienne manuscrit de František Ladislav Čelakovský (Rukopisný slovník litevštiny Františka Ladislava Čelakovského) (n° 520317) a été consacré, de 2017 à 2019, à l’analyse détaillée du .
Dans le cadre du projet, le Dictionnaire a été analysé dans le contexte historique de sa rédaction. La principale tâche des chercheurs consistait à étudier cette archive en tant qu’étude philologique; la question de son auteur a également été examinée. Les résultats de cette étude ont été présentés en détail dans l’article Le dictionnaire lituanien manuscrit dans le contexte de la balistique tchèque de la première moitié du XIXe siècle: conception du projet et question de l’auteur (Rukopisný Litevský slovník v kontextu české baltistiky první poloviny 19. století: koncepční záměr slovníku a otázka autorství), publié dans la revue Acta Musei Nationalis Pragae – Historia litterarum 65(1–2), 2020, 5–18. Afin de rendre accessible le Dictionnaire de la langue lituanienne, une base de données électronique a été créée au cours du même projet; elle est accessible à l’adresse http://lsc.ff.cuni.cz. Pour confirmer la datation du Dictionnaire établie par son prédécesseur, l’équipe de recherche a décidé de faire réaliser une expertise de l’écriture manuscrite, dont les conclusions sont présentées dans cet article.
L’objectif de l’article est donc de présenter en détail les résultats de l’expertise, susceptibles de confirmer que l’auteur du Dictionnaire était le spécialiste tchèque des études baltes mentionné précédemment.
Les arguments invoqués pour attribuer cette archive à F. L. Čelakovský reposent principalement sur les travaux littéraires et scientifiques du premier professeur de slavistique de l’Université de Prague ainsi que sur sa correspondance conservée. Le Dictionnaire de la langue lituanienne s’inscrit parfaitement dans le contexte des intérêts et des thèses philologiques de cette éminente figure des lettres et des sciences tchèques.
Les éléments les plus importants sont les suivants: 1) la correspondance de cet acteur du renouveau, qui témoigne de son intérêt pour les matériaux baltes; l’un des meilleurs exemples en est un extrait de la lettre de Josef Vlastimil Kamaryt à F. L. Čelakovský, où il est directement question d’un dictionnaire lituanien;
³ Par exemple, il est mentionné dans les travaux suivants: dans la préface de l’Encyclopédie de la mythologie balte (Bětková, Blažek 2012: 20), où il est question de l’emploi des théonymes dans le Dictionnaire de la langue lituanienne; dans l’article de Vaidas Šeferis, L’œuvre de Kristijonas Donelaitis dans le champ de vision de la philologie tchèque (Šeferis 2009), consacré aux « donelaitismes » présents dans le Dictionnaire de la langue lituanienne; et dans la bibliographie des études baltes tchèques, où l’attribution à F. L. Čelakovský est également avancée (Čeladín, Blažek, Kabeláčová, Seitlová 2016: 305–306).
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2) l’activité lexicographique de F. L. Čelakovský, typologiquement similaire, avec laquelle le Dictionnaire de la langue lituanienne s’accorde parfaitement (par exemple, le Dictionnaire de la langue polabe (Slovník polabštiny), les suppléments au dictionnaire de Josef Jungmann, etc.);
3) l’identité des idées du Dictionnaire de la langue lituanienne et d’autres travaux de F. L. Čelakovský (par exemple, les idées exprimées dans les conférences de F. L. Čelakovský, publiées pour la première fois en 1877 sous le titre Lectures sur les origines de l’histoire de l’éducation et de la littérature des peuples slaves (Čtení o počátcích dějin vzdělanosti a literatury národů slovanských), qui concernent les questions de l’ethnogenèse et de la glottogenèse des Balto-Slaves);
4) l’invalidation des hypothèses concernant d’autres personnes susceptibles d’avoir composé le Dictionnaire de la langue lituanienne (par exemple, Karel Jaromír Erben, dont le nom est inscrit au crayon sur le feuillet de titre du Dictionnaire).
Tous les arguments mentionnés, examinés de manière cohérente dans des études antérieures, sont importants et essentiels. Compte tenu de l’intérêt de F. L. Čelakovský pour la traduction et de ses autres activités lexicographiques, les données tirées de sa correspondance permettent de supposer que l’auteur a commencé à travailler au Dictionnaire de la langue lituanienne vers 1825, puis qu’il en a poursuivi la rédaction (voir Lemeškin 2010 pour plus de détails). Si l’on tient compte des règles orthographiques utilisées pour rédiger le manuscrit étudié ainsi que l’insertion transcrite du dictionnaire de Nesselmann en 1851, il est clair que cette version du Dictionnaire de la langue lituanienne a été composée vers 1850.
MÉTHODOLOGIE
Les conclusions d’une expertise judiciaire de l’écriture manuscrite pourraient lever les doutes et apporter une preuve fiable de l’auteur. Cela ne serait possible que si l’identification de l’auteur du manuscrit étudié était pleinement confirmée. Toutefois, même si les résultats de l’analyse de l’expertise judiciaire de l’écriture manuscrite excluaient F. L. Čelakovský comme copiste de la version du Dictionnaire de la langue lituanienne en notre possession, cela ne signifierait pas que F. L. Čelakovský n’est pas l’auteur de ce monument écrit. Il reste tout à fait plausible que la version initiale du Dictionnaire, composée dans les années 1820, ait été recopiée vers 1851 par une autre personnalité du domaine philologique, par exemple l’un des disciples de F. L. Čelakovský ou simplement un copiste professionnel. Il est probable qu’à cette époque l’idée de faire imprimer le Dictionnaire ait été envisagée.
Afin de faire réaliser une expertise judiciaire de l’écriture manuscrite, l’équipe de recherche s’est adressée à un spécialiste reconnu en la matière, le JUDr.4 Jiří Straka, spécialiste des manuscrits, membre de la Société tchécoslovaque d’expertise judiciaire de l’écriture manuscrite et actuel président de la société de criminalistique. J. Straka exerce dans ce domaine
4 JUDr. – docteur en droit.
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depuis déjà plus de quarante ans. Le spécialiste a travaillé à l’Institut de criminalistique de Prague et à l’Institut de criminalistique et d’expertise judiciaire de l’École supérieure de Karlovy Vary; il intervient également périodiquement au sein de l’équipe de conseillers du ministre de la Justice dans le cadre d’expertises judiciaires en écriture. Il importe de mentionner que J. Straka possède une expérience de l’étude de manuscrits historiques au moyen de méthodes d’identification de l’écriture. À titre d’exemple, on peut citer l’étude de l’attribution du récit de l’écrivain tchèque Jaroslav Hašek (1883–1923), Kiaulienos istorija (Vepřová historie), écrit au début du XXe siècle et retrouvé en 2002 dans les effets de la mère d’Oldřich Tregl.
L’analyse historique de l’écriture n’est pas une branche très répandue des recherches criminalistiques. Les spécialistes de l’examen de l’écriture qui se consacrent à ce domaine sont donc peu nombreux. En tant que méthode de recherche autonome, « la nécessité d’une étude criminalistique du langage s’est posée dès la seconde moitié du XIXe siècle [...], lorsqu’on cherchait de nouvelles méthodes scientifiques objectives pour identifier une personne ayant commis un crime » (Ryngevič 2000: 123). Les chercheurs qui étudient les écrits anciens font donc appel aux criminalistes. Cette pratique a été adoptée par Diego Ardoino dans ses recherches sur l’origine de la trace de Bâle⁵, ou, un peu auparavant, lors des travaux de Rūta Čapaitė (études de l’écriture gothique de la chancellerie de Vytautas, grand-duc de Lituanie, de Simonas Daukantas, etc.)⁶, de Birutė Triškaitė (Rankraštinio Mažosios Lietuvos žodyno Clavis Germanico-Lithvana analizė)⁷ et d’autres chercheurs.
Il convient de relever un autre point important: comparé aux textes étudiés précédemment, le document d’archives examiné est relativement récent, puisqu’il a été rédigé au cours du deuxième quart du XIXe siècle (avant 1851) (Lemeškin 2010: 112). Si cette circonstance facilite l’étude lorsqu’il s’agit d’identifier une écriture, elle exige, d’un autre côté, un corpus plus vaste de documents à examiner.
Cette branche pratique de la recherche scientifique s’est développée indépendamment dans chaque pays, de sorte qu’il n’existe pas de terminologie unifiée, même si les méthodes et les outils utilisés peuvent coïncider ou être similaires.
Étant donné que l’étude que nous présentons a été menée en Tchéquie, l’article emploie la terminologie propre à la tradition criminalistique et linguistique de la République tchèque, ainsi que la démarche de recherche qui y est appliquée.
⁵ Ardoino Diego 2018: Bazelio pėdsakas tarpdisciplininių tyrimų fone: rašysenos ekspertizė. – Baltistica 53(2), 245–261.
⁶ Čapaitė Rūta 1996: Jurgio Ambraziejaus Pabrėžos, Juozo Butavičiaus, Simono Daukanto bruožai ir charakteriai. – Lietuvių Atgimimo istorijos studijos 8: Asmuo: tarp tautos ir valstybės, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidykla, 114–142; Čapaitė Rūta 1996a: Simono Daukanto rašysena Didžiajame lenkų–lietuvių kalbų žodyne, – Simono Daukanto raštai. Didysis lenkų–lietuvių kalbų žodynas 3, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidykla, 7–19; Čapaitė Rūta 1996b: Vytauto laiškai kaip Viduramžių epistolinio žanro pavyzdys. – Senoji Lietuvos literatūra, 4 knyga. Metraščiai ir kunigaikščių laiškai, Vilnius: Pradai, 47–96.
⁷ Triškaitė Birutė 2008: Rankraštinio Mažosios Lietuvos žodyno Clavis Germanico-Lithwana genezė: daktaro disertacija, Kaunas: Vytauto Didžiojo universiteto leidykla.
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et la démarche de recherche qui y est appliquée. Pour les raisons évoquées, l’analyse de l’expertise criminalistique en écriture présentée ici peut différer des méthodes appliquées en Lituanie. Dans certains cas, on peut avancer que l’arsenal utilisé par J. Straka couvre un contexte d’évaluation du texte analysé plus large. Certains termes spécifiques ont dû être traduits et accompagnés d’explications (par exemple, « pointillage »). Tenter de reformuler les conclusions de l’un des meilleurs spécialistes tchèques de l’expertise criminalistique en écriture dans la langue et la terminologie employées par les spécialistes lituaniens susciterait davantage d’incertitudes que la méthode de présentation que nous avons choisie.
Pour ce type d’examen, la République tchèque applique l’échelle de conclusions8:
1. Conclusion positive catégorique (le texte contesté et le texte de comparaison ont été écrits par la même personne). 2. Conclusion positive très probable. 3. Conclusion positive moyennement probable. 4. Conclusion positive peu probable. 5. Impossibilité de conclure. 6. Conclusion négative peu probable. 7. Conclusion négative moyennement probable. 8. Conclusion négative très probable. 9. Conclusion négative catégorique (le texte contesté et le texte de comparaison ont été écrits par des personnes différentes).
Le chercheur J. Straka a utilisé plusieurs méthodes d’expertise: les méthodes analytique-synthétique, comparative et graphométrique. Il s’est également servi d’un microscope stéréoscopique, d’une caméra dotée d’un filtre polarisant supprimant les reflets et permettant d’effectuer des mesures précises, l’AM4113ZT, d’une caméra USB AD4113T-12V-Pro2 (avec rayonnement IR et UV), d’un détecteur multispectral HS3B, ainsi que d’un robot de dessin et d’écriture AxidDraw V3 (Straka 2018: 2).
DÉROULEMENT DE L’ÉTUDE
Les premières consultations relatives à l’expertise judiciaire en écriture ont commencé à l’automne 2017, et les travaux se sont poursuivis l’année suivante. Le document final présentant les conclusions de l’étude a été remis à l’équipe de recherche en septembre 2018.
Dès le début de la collaboration, l’équipe de recherche a été avertie que l’étude de documents de cette nature se heurterait à de nombreuses difficultés, car les recherches visant à établir l’auteur de témoins écrits du XIXe siècle sont uniques en République tchèque. Des obstacles se posent lors du choix de la méthodologie et
8 https://www.pismoznalectvi.org/odborne-cinnosti/standardy-spp/standard-pro-stanovovani-zaveru/ [consulté le 2020–05–18].
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outils. Le spécialiste qui travaille sur des documents contemporains s’appuie sur les caractéristiques de l’écriture actuelle et applique les instruments appropriés de l’expertise judiciaire en écriture. Lorsqu’il doit travailler sur des documents historiques, il lui manque l’expérience nécessaire pour déterminer certains traits propres à l’écriture de l’époque, ainsi que la connaissance des usages lexicaux et de leurs significations. Pour les raisons évoquées, il est possible, en défendant son opinion, d’établir les caractéristiques de l’écriture du manuscrit; toutefois, sans un contexte plus large, il est impossible de prouver qu’elles correspondent à la réalité.
Pour effectuer l’analyse judiciaire de l’écriture, il a fallu élaborer des outils qui permettraient de réduire autant que possible les difficultés liées aux questions problématiques mentionnées. À cette fin, l’expert judiciaire a demandé à la chercheuse principale du projet de retrouver et de lui fournir, en plus des documents d’évaluation et de comparaison (le Dictionnaire et l’autographe de F. L. Čelakovský), des exemples de manuscrits d’autres personnes qui avaient écrit à la même époque et avaient une formation et une profession comparables à celles de F. L. Čelakovský. Ces documents étaient nécessaires pour que l’expert puisse, après avoir d’abord analysé l’écriture de ces personnes, déterminer si les écritures de la période étudiée étaient suffisamment individualisées et présentaient certains traits permettant de les distinguer les unes des autres de manière fiable.
À cette fin, l’équipe de recherche a fourni à l’expert, sous forme de photocopies de bonne qualité, les documents manuscrits suivants:
1) Les lettres de Karel Slavoj Amerling, Osip Maksim Bodianski, Kazimierz Brodziński, Jean de Carro, Piotr Dubrovsky, Josef Vlastimil Kamaryt, Vuk Karadžić, Piotr Keppen, František Malewski, Nikolaï Melgounov, František Palacký et Alexandre Chichkov, conservées aux Archives littéraires du Musée national de la littérature (Literatūrinį archyvą Pamąt n ikų narodinio p is em n ict uo, ci-après — LA PNP), dans le fonds de F. L. Čelakovský;
2) La copie de 1833 des Extraits sur la langue lituanienne (Výpisků o gazyku litevském) de Pavel Josef Šafařík, conservée au Département des manuscrits et des livres anciens de la Bibliothèque du Musée national (cote IX E 4);
3) Les procès-verbaux de la Société royale tchèque des sciences, rédigés par Václav Hanka et conservés aux Archives de l’Académie des sciences de la République tchèque (fonds: Královská česká společnost nauk, dossier 10, no 26);
4) La lettre de Karel Jaromír Erben, datée du 8 août 1846, adressée au Présidium impérial et royal du pays, conservée aux Archives du Musée national (cote M6/44).
Les sources fournies à des fins de comparaison ont permis de tirer les conclusions suivantes: « dès la première moitié du XIXe siècle, les textes manuscrits étaient suffisamment individualisés pour pouvoir être distingués les uns des autres. Ainsi, rien ne s’oppose à ce que l’écriture de František Ladislav Čelakovský, auteur du manuscrit étudié, puisse être distinguée de celle d’autres personnes » (Straka 2018: 12).
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Outre les documents d’archives énumérés, l’expert a également reçu des photocopies de lettres de F. L. Čelakovský, dont les dates de rédaction couvrent une période assez longue (1818–1851) et qui peuvent être mises en regard du manuscrit du Žodyno, ainsi que de l’autographe de F. L. Čelakovský.
Les sources suivantes ont été présentées:
1) Lettres à Josef Vlastimil Kamaryt, 1818–1828 (LA PNP, f. J. V. Kamaryt);
2) Lettres à Martin Aleksandr Pržibil, 1842–1845 (LA PNP, f. F. L. Čelakovský);
3) Lettres à Jan Planek, 1820–1851 (LA PNP, f. F. L. Čelakovský).
Dans la partie consacrée aux conclusions, J. Straka a indiqué que « la comparaison du manuscrit du Lietuvių kalbos žodyno avec d’autres échantillons d’écriture de Pranciškus Ladislavas Čelakovskis a fait apparaître des indices de valeur diverse. Les indices partiellement ou entièrement concordants prédominent; néanmoins, certains indices se sont révélés insuffisamment similaires. Il importe de noter que ces indices figuraient non pas dans la partie générale, mais dans la partie spécialisée de l’étude [...]. Toutefois, lorsqu’il s’agit de déterminer la concordance d’indices spécifiques, la principale difficulté ne réside pas dans l’identification de certains détails, que ce soit au niveau général ou spécialisé de l’étude, comme on le fait pour les manuscrits contemporains, mais dans la comparaison des formes individuelles des lettres avec les normes d’écriture [...] » (Straka 2018: 15).
Concordances des caractéristiques
J. Straka a évoqué les caractéristiques de l’écriture partiellement ou entièrement concordantes dans l’introduction de la section des conclusions du document de synthèse de l’analyse:
1) inclinaison des lettres: dans le manuscrit analysé comme dans les textes de comparaison, l’écriture est partout inclinée vers la droite, le plus souvent à environ 50°,
2) liaison des lettres: le degré de liaison des lettres est moyen, tant dans le manuscrit analysé que dans les autres textes soumis à l’examen. Le plus souvent, les signes diacritiques sont écrits séparément, d’un autre mouvement; dans les autres cas, les interruptions du geste d’écriture sont moins fréquentes,
3) rapports de hauteur: la zone médiane de la ligne est souvent comprimée par rapport aux zones supérieure et inférieure,
4) rapports de largeur: dans le manuscrit analysé et les échantillons soumis à comparaison, parmi les écrits datant le plus souvent d’environ 1850, on remarque la prédominance des élargissements secondaires sur les élargissements primaires: les liaisons entre les lettres sont plus larges que les lettres elles-mêmes.
5) concordances des techniques d’écriture:
a) complexité du mouvement d’écriture des ovales des lettres <a> et <o>: l’ovale de la lettre <a> est tracé d’un seul mouvement dans différentes positions; dans les textes mentionnés, à côté de la lettre <o>, on trouve également des ovales tracés d’un seul mouvement, atyp—
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des ovales « arrondis », tracés en deux mouvements, en particulier en fin de mot (voir fig. nos 1 et 2, flèche),
b) manière d’écrire la lettre <d>: selon la norme orthographique, les parties supérieures sont enroulées en boucle vers la gauche, ou bien le trait d’enroulement de l’écriture est incurvé vers la gauche (voir fig. nos 1 et 2, cercle),
c) dans tous les exemples soumis à l’analyse, manière d’écrire la lettre <g>: les ovales sont plus petits et plus droits, les boucles plus étroites et plus longues, et elles sont également droites;
d) manière d’écrire la lettre <i>: les formes à sommet plus aigu sont fréquentes, et la partie inférieure ne présente pas de boucle ni de trait recourbé; toutefois, la boucle dans la partie inférieure de cette lettre apparaît parfois (voir fig. nos 1 et 2, petite flèche),
e) manière d’écrire les lettres <m>, <n>: les formes en arc ne tendent pas à devenir des formes en guirlande (voir fig. nos 1 et 2, encadré),
f) manière d’écrire la lettre <p>: on trouve des formes proches aussi bien de l’écriture arrondie que de l’écriture cursive (voir fig. no 2, petite flèche),
g) lorsqu’on écrit <s> dans l’alphabet latin, la forme d’écriture coïncide; il y a également une coïncidence partielle dans l’écriture de la lettre <t>,
h) il existe des similitudes dans l’écriture des lettres <e>, <l>, <u>, bien que celles-ci soient peu pertinentes pour l’identification (cf. Straka 2018: 16–17).
Figure no 1: exemples de signes concordants dans le Dictionnaire de la langue lituanienne. Dictionnaire de la langue lituanienne, entrée « bohynė žemė » (no d’ordre dans la numérotation générale: 163; lettres B, no d’ordre: 104) (Straka 2018: 17).
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Figure n° 2: Exemples de signes concordants dans le manuscrit de F. L. Čelakovský. Lettre de F. L. Čelakovský, écrite le 2 février 1851. (Straka 2018: 19).
Caractéristiques discordantes
J. Straka a également attiré l’attention sur des caractéristiques de l’écriture qui ne concordent pas ou ne peuvent être comparées, car elles ont été tracées à des époques différentes. Rappelons que la version analysée du Dictionnaire de la langue lituanienne a pu être écrite vers 1850–1851; elle a donc été évaluée selon les normes orthographiques de l’époque, où les lettres prononcées [j] s’écrivaient <j>, celles prononcées [g], <g>, celles prononcées [v], <v>, et [i], <i>; on rencontre également des occurrences de la diphtongue <ou>. J. Straka a indiqué qu’à côté de ces équivalents graphiques, on peut en trouver d’autres variantes qui, dans les manuscrits fournis aux fins de comparaison, rédigés pour la plupart vers 1850 (il s’agit de lettres écrites vers 1850 et en 1851), n’étaient déjà plus employées par F. L. Čelakovský, mais apparaissent dans le manuscrit analysé.
J. Straka a relevé les cas suivants de caractéristiques de l’écriture difficiles à expliquer: 1) Forme des crochets diacritiques: dans les textes fournis aux fins de comparaison, y compris ceux rédigés vers 1850, les crochets sont généralement incurvés vers la gauche. Aucun crochet de ce type n’a été trouvé dans les textes du manuscrit examiné (cf. fig. n° 3 et 4, cercle mauve (3) et cercle mauve en pointillés (4)).
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2) Fins de mots: les exemples fournis aux fins de comparaison, y compris ceux rédigés vers 1850, se caractérisent par un allongement plus marqué à la fin de certains mots. Cette caractéristique de l’écriture est absente du manuscrit examiné (voir fig. n° 4, flèche en pointillés).
3) <z> mode d’écriture: dans le manuscrit examiné, les formes les plus caractéristiques, conformes aux normes d’écriture anciennes, comportent une boucle en bas; cette forme n’apparaît plus dans les textes fournis aux fins de comparaison et datés d’environ 1850 (cf. fig. n° 3 et 4, cercle (3) et cercle en pointillés (4)).
4) <st> groupe de lettres: dans le texte examiné, ces groupes de lettres présentent souvent des traces de l’écriture kurent. Cette caractéristique de l’écriture ne se retrouve plus dans les manuscrits de F. L. Čelakovský rédigés avant 1850 (cf. fig. n° 3 et 4, cadre (3) et cadre en pointillés (4)).
5) « Nabodeníčka » (« pointillage »)⁹: dans l’ensemble du texte du manuscrit examiné, on voit clairement qu’après la lettre <s>, qui n’est pas écrite en écriture kurent, on trouve soit un petit signe (généralement en forme de point ou de petit crochet), soit un prolongement tracé lors de l’écriture de la lettre suivante, qui vient après le <s>. Cette manière d’écrire n’est pas caractéristique de l’écriture habituelle de František Ladislav Čelakovský (Straka 2018: 21–22).
Figure n° 3: Exemples de signes discordants dans le Dictionnaire de la langue lituanienne. Dictionnaire de la langue lituanienne, mot « sivý » (n° d’ordre dans la numérotation générale: 1339; lettre S – n° d’ordre 192) (Straka 2018: 23).
⁹ « Nabodeníčko » (« pointillage ») est un terme linguistique tchèque dont la paternité était attribuée à Jan Hus au XIXe siècle. Ce terme est généralement employé lorsqu’il est question des représentants de l’orthographe diacritique du XVe siècle. « Nabodeníčko krátké » (« pointillage bref ») désigne habituellement un point au-dessus d’une lettre, tandis que « nabodeníčko dlúhé » (« pointillage long ») désigne un accent au-dessus d’une lettre. Cette terminologie est décrite plus en détail (y compris la question de la paternité du terme mentionné) dans l’étude de Jana Pleskalová (voir plus largement Pleskalová 2007: 147–151). Dans la conclusion de l’expertise, ce terme a été employé pour désigner le petit signe trouvé au-dessus de la lettre <s>, qui ne marque aucune particularité de prononciation.
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Figure n° 4: Exemples de signes discordants dans le manuscrit de F. L. Čelakovský. Lettre de F. L. Čelakovský, écrite le 2 février 1851 (Straka 2018: 23).
Commentaire
Le directeur du projet, I. Lemeškin, sollicité par J. Straka, a commenté ces conclusions. Selon le chercheur, les discordances signalées peuvent s’expliquer ainsi: « Le dictionnaire [...] a dû être élaboré par étapes dans la première moitié du XIXe siècle. La première mention du Letawském Słowniku de F. L. Čelakovský (Dictionnaire lituanien) remonte à 1827, mais, malheureusement, nous ne disposons pas d’une version antérieure, rédigée selon des normes orthographiques plus anciennes.
Le texte principal de ce monument lexicographique, en langues tchèque et lituanienne, a été écrit (plus précisément, copié) dans les années 1830. La limite chronologique la plus tardive peut être établie grâce à un ajout secondaire en lituanien et en allemand, joint au texte principal du dictionnaire (pas avant février 1851). Le dictionnaire a ainsi été complété par des termes de parenté. En 1851, le dictionnaire de Neselman est mentionné, comme source imprimée du Dictionnaire, au fol. 2r. Il faut signaler que le titre Wörterbuch der littauischen Sprache, tout comme la partie explicative en allemand, inscrite à côté du vocabulaire de la parenté au fol. 2v, est écrit en fraktur. Cette circonstance peut être importante pour comprendre certaines particularités de l’écriture manuscrite.
Les philologues de la première moitié du XIXe siècle s’appuyaient sur les travaux lexicographiques produits aux XVIIIe et XIXe siècles au séminaire de langue lituanienne de l’université de Königsberg
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(Albertus-Universität Königsberg). On recourait le plus souvent aux ouvrages lexicographiques de Pilypas Ruigys (Lexicon Germanico-Lithuanicum et Lithuanico-Germanicum, 1747), de Kristijonas Gotlibas Milkus (Littauisch-deutsches und deutsch-littauisches Wörter-Buch, 1800) et de Georg Heinrich Ferdinand Neselman, déjà mentionné (Wörterbuch der littauischen Sprache, 1851). Les dictionnaires publiés à Königsberg, dans lesquels l’auteur a puisé des matériaux importants pour ses recherches, ont été imprimés en caractères gothiques jusqu’en 1851. Au XIXe siècle, l’allemand imprimé dans cette typographie était transcrit en fraktur, tandis que, pour le lituanien et le tchèque, l’auteur du Dictionnaire de la langue lituanienne proposait d’utiliser les caractères romains. Il importe également de ne pas oublier que le lituanien occupait précisément une place centrale dans le processus de rédaction du dictionnaire: l’auteur sélectionnait dans les sources à sa disposition des lexèmes dont la prononciation ressemblait à celle de mots des langues slaves. Le lituanien et sa forme imprimée en Prusse-Orientale (caractères gothiques) avaient la priorité, ce qui pouvait également se refléter dans le rendu graphique des exemples linguistiques. La transcription des textes lituaniens en caractères romains pouvait entraîner certaines « discordances », par exemple une probabilité plus grande de tracer les graphèmes sous forme de ligatures (<st>, <sz>, <sk>, <sl>, etc.).
Dans l’ensemble, le manuscrit donne une impression de lisibilité et de caractère « exemplaire ». Le scripteur s’est efforcé de présenter les mots lituaniens sans ambiguïté (cette précision « excessive » sera ensuite reprise également dans l’écriture du tchèque; dans le même ouvrage, les parties lituanienne et tchèque se fondent naturellement l’une dans l’autre). C’est pourquoi, parmi les variantes possibles, il choisissait la forme du graphème dont la valeur phonétique était incontestable. Cela se comprend si l’on garde à l’esprit que le lecteur auquel était destiné le manuscrit (un autre philologue du XIXe siècle) ou le compositeur de l’imprimerie ne connaissait pas le lituanien et ne pouvait donc pas déduire du contexte le sens phonétique des signes ambigus. Cela se manifeste, semble-t-il, entre autres, dans la graphie du signe <s> avec un signe diacritique dans la marge de droite (cf. l’emploi de cette variante du signe sur la page de titre de l’ouvrage Ohlasů píšní ruských (L’Écho des chants russes), publié en 1829) » (Lemeškin 2018).
Conclusions de l’expert en écriture judiciaire
J. Straka a tenu compte de ces observations importantes et les a utilisées dans ses conclusions:
« Ad 1. (formes des crochets diacritiques)
En ce qui concerne les crochets diacritiques, les nombreux spécimens de manuscrits de F. L. Čelakovský soumis à comparaison, rédigés à différentes périodes, présentent des variantes qui ne sont pas recourbées vers la gauche. Cependant, les crochets recourbés vers la gauche sont nettement reconnaissables et, surtout, caractéristiques des manuscrits datés d’environ 1850; cela ne permet évidemment pas de mettre en doute la fiabilité des éléments examinés. Néanmoins, même en se fondant sur l’avis du doc. Lemeškin, on ne peut conclure que cela ait pu être lié, d’une manière ou d’une autre, à certains facteurs ayant influé sur la création du manuscrit, si F. L. Čelakovský est le scripteur du Dictionnaire de la langue lituanienne,
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comme l’indique le doc. Lemeškinas. Ainsi, dans la situation actuelle, il est impossible d’expliquer de manière fiable ce trait graphologique, considéré comme concordant.
Ad 2. (Terminaisons des mots)
Le trait relatif aux terminaisons des mots, c’est-à-dire le prolongement des mots dans certains cas d’écriture des mots figurant dans le matériel soumis à comparaison, alors qu’il est absent du manuscrit étudié, revêt globalement peu d’importance. D’une part, le principe qui régit l’écriture du texte du Dictionnaire de la langue lituanienne est l’économie. Cela a pu influer sur la manière d’écrire les terminaisons, c’est-à-dire sur leur contraction. Bien que les prolongements de terminaisons apparaissent dans les textes de 1850 et 1851 soumis à comparaison, ce sont néanmoins les terminaisons contractées qui y prédominent, comme dans le manuscrit étudié.
Ad 3. (<manière d’écrire le >z)⟧
La manière d’écrire la lettre <z> et la forme d’écriture employée dans le manuscrit étudié reposent en grande partie sur les normes en vigueur avant 1849. On peut également trouver d’autres formes, mais elles sont peu nombreuses [...].
D’une part, il faut constater que les différences observées entre la forme de la lettre <z> employée dans le manuscrit étudié et celle qui apparaît dans les exemples tirés d’autres sources soumis à comparaison, dont la plupart datent d’après 1849, sont évidentes; d’autre part, les facteurs qui ont influé sur la création du manuscrit pourraient justifier les formes de courant. Il faut toutefois reconnaître qu’il s’agit d’une explication hypothétique, qui ne peut être démontrée à partir d’exemples de la même période.
Ad 4. (<groupe consonantique >st)⟧
Comme pour l’explication 3, il faut ici aussi constater que le groupe <st>, écrit au courant, n’apparaît plus depuis un certain temps dans les exemples comparatifs de F. L. Čelakovský (il n’est plus attesté dans les sources disponibles depuis mars 1820). Puisque ce groupe, influencé par le courant, se rencontre (jusqu’en 1820), il ne faudrait pas écarter l’hypothèse du doc. Lemeškinas selon laquelle il pourrait s’agir du reflet d’une influence propre à une époque, compte tenu des circonstances dans lesquelles le Dictionnaire de la langue lituanienne a vu le jour, lesquelles ont probablement pu jouer un rôle à cet égard.
Ad 5. « Pointillage »
Enfin, même à propos du « pointillage » dit tel, on ne peut écarter l’hypothèse du doc. Lemeškinas quant à son emploi dans le manuscrit étudié, afin de distinguer correctement les lettres les unes des autres et de permettre à l’imprimeur de les lire. D’une part, il importe bien sûr que le doc. Lemeškinas ait lui-même proposé une explication de l’emploi de ce petit signe dans le manuscrit de F. L. Čelakovský; toutefois, comme le montre l’illustration présentée (fig. no 5), on ne saurait affirmer que cette manière d’écrire ne se rencontrait jamais dans l’écriture de František Ladislav Čelakovský.
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Illustration n° 5: « pointillage » dans le manuscrit de F. L. Čelakovský.
Page de titre d’« Ohlas písní ruských », 1829.
(Straka 2018: 26).
Cette hypothèse est quelque peu compliquée par le fait que, par exemple, J. V. Kamaryt utilise le « pointillage » de façon habituelle, contrairement à F. L. Čelakovský, et pas seulement dans ses lettres, mais aussi dans des textes destinés à être imprimés [...].
Au regard des pratiques actuelles, il semble difficile de croire que ces caractéristiques, dans les exemples comparatifs, qu’ils aient été écrits bien avant le manuscrit étudié ou à peu près à la même époque (1850, 1851), aient été employées par hasard ou soient attestées de manière constante dans l’ensemble du texte du Dictionnaire de la langue lituanienne. Si l’on suppose que les stéréotypes dynamiques ayant servi de fondement à la rédaction du manuscrit sont importants, il s’agirait d’un résultat inhabituel pour notre époque. Toutefois, pour accorder davantage de poids à cette caractéristique, il faudrait étudier très en détail les manuscrits de F. L. Čelakovský comme ceux de ses contemporains » (Straka 2018: 24–27).
J. Straka, tenant compte de toutes les indications mentionnées précédemment, a déclaré dans la partie consacrée aux conclusions de l’expertise: « Les recherches effectuées montrent clairement qu’aucun indice n’a été trouvé qui permette d’affirmer catégoriquement que F. L. Čelakovský est celui qui a écrit la pièce d’archive intitulée Dictionnaire de la langue lituanienne. En outre, le fait que l’on ait relevé non seulement des correspondances présentant une grande valeur probante, mais aussi des différences manifestes, complique objectivement la décision lorsqu’il s’agit d’évaluer les faits analysés en tenant compte des conditions objectives pertinentes, à savoir que les possibilités d’étudier un manuscrit datant du milieu du XIXe siècle sont limitées. D’une part, certains indices ne peuvent être expliqués de manière fiable (parfois seulement à titre d’hypothèse), mais, d’autre part, il existe
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des correspondances démontrables avec les manuscrits de F. L. Čelakovský. Comme les normes orthographiques ont changé assez fréquemment, parfois même de manière fondamentale, à cette époque, et que les connaissances disponibles sur le sujet sont insuffisantes, il est impossible d’expliquer sans équivoque, dans le cas d’un scripteur donné, la régularité de l’effet de ces changements; les correspondances ne peuvent donc être considérées comme fiables au même titre que celles que l’on pourrait reconnaître lors de l’examen d’un manuscrit contemporain. Pour toutes les raisons indiquées ci-dessus, la conclusion la plus objective est celle de l’expertise judiciaire en écriture: l’attribution à F. L. Čelakovský de la pièce d’archive intitulée Dictionnaire de la langue lituanienne est positive et correspond au degré de « probabilité moyenne » » (Straka 2018: 27).
Selon l’échelle d’évaluation présentée ci-dessus, l’évaluation de l’expert correspond au troisième niveau sur neuf. Une conclusion positive est formulée lorsque « les éléments de preuve étayent l’affirmation selon laquelle le document contesté et le matériel de comparaison ont été écrits par la même personne. Néanmoins, les caractéristiques révélées ne suffisent pas à justifier une conclusion positive de très forte probabilité »10.
Dans sa conclusion, J. Straka a résumé l’analyse effectuée: « La pièce d’archive examinée, à savoir le Dictionnaire de la langue lituanienne (cote IV A 11), dont l’original est conservé au département des manuscrits et des imprimés anciens de la Bibliothèque du Musée national, a probablement été écrit par František Ladislav Čelakovský, né le 7 mars 1799 et mort le 5 août 1852, dont les manuscrits m’ont été soumis pour examen » (Straka 2018: 27).
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS FINALES
Les conclusions de l’expertise judiciaire en écriture réalisée par JUDr J. Straka sont convaincantes. J. Straka a établi que l’attribution à F. L. Čelakovský est « probablement possible ». Les caractéristiques suivantes de l’écriture de F. L. Čelakovský et de la personne ayant écrit le Dictionnaire concordent en partie ou entièrement: l’inclinaison des lettres, leur liaison, leurs proportions de hauteur et de largeur, les concordances observées dans l’écriture des lettres <a>, <o>, <d>, <g>, <j>, <m>, <n>, <p>, <s> dans l’alphabet latin; les correspondances, plus rares, dans la manière d’écrire la lettre <t>, peu pertinentes pour l’identification, ainsi que dans l’écriture des lettres <e>, <l>, <u>, sont également observables.
Les caractéristiques suivantes sont plus difficiles à expliquer: la manière de tracer les signes diacritiques en forme de crochet, l’extension de la fin des mots, la lettre <z>, la manière d’écrire le groupe <st> et le « pointillage ». On peut supposer que l’apparition de ces différences a été influencée par certaines
10 https://www.pismoznalectvi.org/odborne-cinnosti/standardy-spp/standard-pro-stanovovani-zaveru/ [consulté le 18/05/2020].
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les circonstances ayant influé sur la personne qui a écrit le Dictionnaire, ce qui rend parfois impossible une interprétation univoque des caractéristiques de l’écriture manuscrite.
Il conviendrait également de prendre en compte d’autres faits liés à cette personnalité tchèque, examinés en détail dans des études antérieures. Il s’agit, bien entendu, de
sa correspondance (en particulier le fragment d’une lettre de J. V. Kamaryto, qui évoque directement le Dictionnaire de la langue lituanienne),
du fait que le Dictionnaire de la langue lituanienne ne contredit pas les autres travaux lexicographiques du savant, typologiquement proches de l’ouvrage mentionné,
des idées similaires, exprimées non seulement dans le Dictionnaire de la langue lituanienne, mais aussi dans d’autres travaux scientifiques de cette figure du renouveau tchèque.
Il est tout aussi important de noter que les recherches ont écarté l’hypothèse selon laquelle le document d’archives aurait pu être écrit par un autre chercheur de l’époque.
Les personnalités susceptibles d’avoir rédigé un dictionnaire de ce type dans l’espace tchèque durant la première moitié du XIXe siècle sont peu nombreuses. Le K. J. Erben susmentionné (1811–1870) était sans aucun doute un grand homme de lettres tchèque, qui, pour trouver l’inspiration de ses textes littéraires, puisait dans la création orale populaire, tout comme F. L. Čelakovský. Cependant, la manière dont K. J. Erben utilise les matériaux baltes dans ses travaux scientifiques permet de supposer qu’il n’était pas un spécialiste chevronné de la lituanistique. Une explication plus convaincante de la mention « Erben? », inscrite au verso de la page de garde du document d’archives étudié, pourrait, selon toute vraisemblance, être la suivante: il s’agissait d’une marque utilisée pour les besoins internes des archives. Cette explication est également étayée par le fait que, de 1846 à 1851, K. J. Erben a été le premier directeur des Archives régionales (Archiv Vlastenecký, à partir de 1848, les Archives du Musée tchèque, aujourd’hui les Archives du Musée national), créé alors.
On ne saurait exclure la candidature du célèbre linguiste et balto-slaviste Pavel Josef Šafařík (1795–1861) de la liste des auteurs possibles du Dictionnaire de la langue lituanienne. Toutefois, dans ce cas, la structure de l’ouvrage analysé écarte cette possibilité. Le Dictionnaire de la langue lituanienne se distingue par une motivation romantique manifeste et porte l’empreinte des tendances propres à cette époque. Même s’il est impossible d’exclure l’hypothèse que P. J. Šafařík ait pu décider de rédiger un dictionnaire des langues baltes et slaves, il est plus probable qu’il aurait entrepris cette tâche avec davantage de sérieux.
Il va de soi que l’on peut envisager la candidature d’autres personnalités du XIXe siècle, non seulement des contemporains de F. L. Čelakovský, mais aussi de ses élèves et de ses disciples. Parmi eux, on peut citer, par exemple, Ignác Jan Hanuš (1812–1869), auteur de la première biographie de F. L. Čelakovský11, publiée en 1855. Toutefois, faute de preuves à l’appui de cette hypothèse, que ce soit dans le cas d’I. J. Hanuš ou de toute autre personne, il est estimé inutile d’approfondir davantage cette question.
11 Hanuš Ignác Jan 1855: Život a působení Františka Ladislava Čelakovského, Praha: Tisk umělecko-knihtiskařského ústavu K. Bellmanna.
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Il importe toutefois que, dans les conclusions de l’expertise criminelle, F. L. Čelakovský ait été désigné comme le créateur « probable » du manuscrit. Bien que la possibilité que le Lietuvių kalbos žodynas, sous la forme dont nous disposons, ait été recopié par une autre personne ne soit pas totalement écartée, l’attribution de la paternité comme « moyennement probable » (compte tenu également des difficultés rencontrées lors de l’analyse des sources) constitue pour nous un autre élément très important du puzzle qui confirme la paternité de F. L. Čelakovský, attestée par comparaison avec les œuvres littéraires et scientifiques conservées de cette figure du renouveau national tchèque.
Bien que l’expertise graphologique n’ait pas établi que F. L. Čelakovský soit incontestablement la personne ayant écrit le Lietuvių kalbos žodyną et que sa paternité ne puisse être reconnue avec certitude, d’un point de vue conceptuel, la paternité de F. L Čelakovský peut être considérée comme démontrée.
ŠALTINIAI
Lietevský slovník. Knihovna Národního muzea, oddělení rukopisů a starých tisků, signatura IV A 11.
Lemeškin Ilja 2018: Vyjádření k psané podobě „Litevského slovníku“, Praha.
Standart pro stanovování závěrů znaleckého zkoumání. Prieiga internete: https://www.pismoznalectvi.org/odborne-cinnosti/standardy-spp/standard-pro-stanovovani-zaveru/ [žiūrėta 2020-05-18].
Straka Jiří 2018: Znalecký posudek z oboru písmoznalectví, specializace ruční písmo, zabývající se otázkou zda předmětnou archiválii, tj. Litevský slovník (sing.: IV A 11), jehož originál je uložený v Oddělení rukopisů a starých tisků Knihovny Národního muzea, napsal František Ladislav Čelakovský, narozený 7. března 1799 a zemřelý dne 5. srpna 1852, Praha.
LITERATŪRA
Bartoš František Michálek 1926: Soupis rukopisů Národního musea v Praze, Praha: Melantrich.
Běťáková Marta Eva, Blažek Václav 2012: Encyklopedie baltské mytologie, Praha: Libri, 2012.
Čeladín Jindřich, Blažek Václav, Kabeláčová Tereza, Seitlová Eva 2016: Čekų baltistikos bibliografija. – Acta Linguistica Lithuanica 74, 305–351.
Lemeškin Ilja 2010: Františko Ladislavo Čelakovskio lietuvių kalbos žodynas. – Leksikografija ir leksikologija 2, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas, 98–113.
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Pleskalová Jana 2007: Nabodeníčkka v české lingvistické terminologii. – Slavica Slovaca 42(2), 147–151.
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The Matter of Authorship of the Handwritten Dictionary of the Lithuanian Language: the New Findings Revealed from a Professional Handwriting Analysis
SUMMARY
The article addresses the authorship of the handwritten relic of the first half of the 19th century – The Dictionary of the Lithuanian Language (Lietuvių slovynų) – kept at the Department of Manuscripts and Early Printed Books of the Czech National Museum Library (shelfmark IV A 11; 30 large-format (21.5 × 35.5 cm) pages).
To continue the research of Ilja Lemėškin and other researchers, the project František Ladislav Čelakovský’s Handwritten Dictionary of the Lithuanian Language (Rukopisný slovník litevštiny Františka Ladislava Čelakovského) (No. 520317), which was dedicated to a more detailed analysis of The Dictionary of the Lithuanian Language and was funded by the Charles University Grant Agency (GA UK), was conducted at the Faculty of Philosophy of Charles University from 2017 to 2019.
Authorship related arguments had to be supplemented with the conclusions of a professional handwriting analysis carried out by JUDr. J. Straka.
Expert Straka used several analysis methods: analytic-synthetic, comparative-graphometric. To analyze the manuscripts, the expert also resorted to specialized equipment.
In the final part Straka summarized his analysis by the statement that F. L. Čelakovský’s authorship is “probable”. The following features match in the handwriting of both F. L. Čelakovský and The Dictionary author in part or in full: slant angle of letters, coherence of letters, height and width ratio; coincidence in the shapes of letters <a>, <o>, <d>, <g>, <j>, <m>, <n>, <p>, <s> in the Latin script is observed; there is less coincidence in the writing of <t>; matching shapes of letters <e>, <l>, <u>, which do not play an
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important role in the analysis. The following features are more difficult to explain: the writing of diacritical hooks; the extension of word endings; the way of writing the letter <z>, the combination <st> and “dotting”. It may be assumed that the above differences were determined by the influences that affected the writer in composing The Dictionary; despite the above, in some cases the features cannot be explained absolutely reliably.
Though we cannot fully reject the possibility that the form of The Dictionary of the Lithuanian Language, which is at our disposal, was transcribed by a different person, the determination of authorship as “moderately likely” (bearing in mind the difficulties encountered in the analysis of sources) is yet another very important piece of the puzzle confirming Čelakovský’s authorship, which was testified by comparing it with the surviving literary and scientific works of this Czech figure of national revival.
Based on the findings of all the available studies on this topic, we may consider F. L. Čelakovský’s authorship a proven fact.
Įteikta 2020 m. gegužės 1 d.
GEDA MONTVILAITĖ ANNA TOLLAROVÁ Karolio universitetas Filosofijos fakultetas nárm. Jana Palacha 1/2, Cz-11638 Praha, Čekija [email protected] [email protected]
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