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Rytų aukštaičių panevėžiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas

Agnė Čepaitienė; Aidas Gudaitis

Abstract

    Straipsnyje pirmą kartą Lietuvoje GIS technologijos pagrindu veikiančiais geoerdvinės analizės metodais nagrinėjama viena rytų aukštaičių panevėžiškių fonetinė skiriamoji ypatybė – kirčiuotų ir nekirčiuotų kamieno mišriųjų dvigarsių an, am atliepimas atitinkamai [o̞n], [o̞m], tradiciškai vadinamas okavimu. Tyrimo tikslas – nustatyti okavimo kaitą per 100 metų ir įvertinti šio požymio tęstinumą.    Straipsnyje pateikiama okavimo analizė, paremta dviem tarminės medžiagos sluoksniais: Petro Būtėno tyrimu (1932: 168–193) ir Lietuvių kalbos instituto Tarmių archyve saugomais garso įrašais. Vertinant tiriamojo požymio tęstinumą, remiamasi papildomais socioekonominiais ir sociokultūriniais duomenimis.    Nustatyta, kad okavimo plotas yra pakitęs. Laiko požiūriu, okavimo kaitos lūžis galėjo vykti Antrojo pasaulinio karo ir pokario laikotarpiu. Gauti rezultatai rodo gana nuoseklų ir palaipsnį okavimo nykimą. Tai paliudija ir naujausi socioekonominiai ir sociokultūriniai duomenys.

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AGNĖ ČEPAITIENĖ Institut de la langue lituanienne ORCID id: orcid.org/0000-0002-6018-0520 Domaines de recherche: dialectologie, géolinguistique, sociolinguistique. AIDAS GUDAITIS Institut de la langue lituanienne ORCID id: orcid.org/0000-0001-7098-3143 Domaines de recherche: géolinguistique, études aréales. DOI: doi.org/10.35321/all84-07 ÉVOLUTION DU TRAIT DIFFÉRENTIEL DES HAUTAITIENS ORIENTAUX DE PANEVĖŽYS: ASPECT GÉOSPATIAL La variation du trait phonétique distinctif dans le sous-dialecte aukštaitien oriental de Panevėžys: l’approche géospatiale RÉSUMÉ L’article examine, pour la première fois en Lituanie, au moyen de méthodes d’analyse géospatiale fondées sur la technologie GIS, l’un des traits phonétiques distinctifs du sous-dialecte aukštaitien oriental de Panevėžys: la réalisation des diphtongues mixtes de la base an, am, accentuées et non accentuées, respectivement par [ǫ], [ǫm], traditionnellement appelée okavimas. L’objectif de l’étude est de déterminer l’évolution de l’okavimas sur une période de 100 ans et d’évaluer la continuité de ce trait. L’article présente une analyse de l’okavimas fondée sur deux strates de matériaux dialectaux: l’étude de Petras Būtenas (1932: 168–193) et les enregistrements sonores conservés dans les Archives des dialectes de l’Institut de la langue lituanienne. Pour évaluer la continuité du trait étudié, des données socio-économiques et socioculturelles complémentaires sont également utilisées. Straipsniai / Articles 149 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS Il a été établi que l’aire de l’okavimas a changé. Du point de vue chronologique, le tournant de cette évolution a pu se produire pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre. Les résultats obtenus indiquent un recul assez régulier et progressif de l’okavimas. Les données socio-économiques et socioculturelles récentes le confirment également. MOTS-CLÉS: sous-dialecte aukštaitien oriental de Panevėžys, Petras Būtenas, « okavimas », analyse géospatiale, évolution des traits dialectaux. R É S U M É L’article traite de l’un des traits phonétiques distinctifs du sous-dialecte de Panevėžys de l’aukštaitien oriental. Ce trait phonétique se caractérise par la prononciation [ɔŋ], [ɔm] des semi-diphtongues accentuées et non accentuées an, am dans la base, désignée traditionnellement sous le nom d’« okavimas ». Les méthodes géospatiales fondées sur la technologie GIS pour l’analyse géolinguistique ont été utilisées pour ce trait dialectal pour la première fois en Lituanie. L’objectif de cette étude est de déterminer l’évolution du trait « okavimas » sur 100 ans et d’en évaluer la continuité. L’article présente une analyse du trait « okavimas » fondée sur deux strates de matériaux: les recherches réalisées par Petras Būtenas (1932: 168–193) et les enregistrements audio conservés dans les Archives des dialectes de l’Institut de la langue lituanienne. Des données socio-économiques et socioculturelles supplémentaires ont été utilisées pour évaluer la continuité du trait phonétique analysé. Il a été constaté que l’aire et l’intensité du trait phonétique distinctif « okavimas » avaient changé et qu’il avait presque disparu au fil du temps. D’un point de vue chronologique, le tournant dans l’évolution de l’intensité d’emploi du trait « okavimas » a pu se produire pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre. Les résultats montrent un recul constant et progressif du trait « okavimas ». Les données socio-économiques et socioculturelles récentes le confirment également. MOTS-CLÉS: sous-dialecte aukštaitien oriental de Panevėžys, Petras Būtenas, « okavimas », analyse géospatiale, évolution d’un trait dialectal. 1. INTRODUCTION Dans les premières études descriptives, les traits distinctifs du parler de Panevėžys et le système linguistique du sous-dialecte ont été décrits comme un ensemble fermé, sans tenir compte de leur variation (cf. Geitler 1875¹; Вольтеръ 1886; 1904: 325–335, 338–340, 345–354; Jaunius 1970 (1898): 114–161; Барановскій 1898; Būga 1961 (1924): 82–83; Salys 1992 (1935; 1946): 114–119, 122–131; Gerullis 1930: ¹ On se fonde sur Mikulėnienė 2011: 19–27. 150 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Rytų aukštaičių panevežiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas 35–46, 54–65, 66–76; Būtenas 1932: 168–193 et suiv.). Une représentation statique du sous-dialecte de Panevėžys a également été proposée dans des études phonologiques ultérieures consacrées à ce parler (Zinkevičius 1966; Girdenis, Zinkevičius 1966: 139–147; LKT 1970: 14, 32–36; LKA I–III; Garšva 1982: 65–74; 1982a; 1984: 74–82; Ručinskaitė 1984: 72–76; Kačiūskienė 1984: 42–53; Kačiūskienė, Girdenis 1997: 31–36; Kazlauskas 1968: 10–20; Garšva 1977: 76–87; Kačiūskienė, Girdenis 1982: 189–191 et suiv.). Autrement dit, jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, les traits du sous-dialecte de Panevėžys ont été étudiés selon le critère NORM (Chambers, Trudgill 2004: 30; voir aussi Aliūkaitė, Mikulėnienė 2014: 32 et suiv.).² À partir des années 1970–1980, les travaux ont commencé à prendre en compte la variation du sous-dialecte de Panevėžys. Les études qualitatives et quantitatives de ses traits distinctifs et caractéristiques tiennent compte de l’âge, évaluent la conscience linguistique et les attitudes des enquêtés, l’influence de la mobilité sur l’évolution des traits linguistiques, etc. Ainsi, les caractéristiques du parler de Panevėžys sont entrées dans le champ de recherches de diverses disciplines: descriptives et expérimentales (cf. Zinkevičius 1975: 85; 1979: 92–93; Kačiūskienė 1982: 39–45; 1983: 24–38; 2000: 25–31; Markevičienė 2001: 29–32; Garšva 2002: 9–18; Kačiūskienė 2003: 88–92; LKTCh 2004: 30–34, 184–194; Kačiūskienė 2005: 49–53; 2005a: 499–503; Zinkevičius 2006: 74–82; Girdenis, Kačiūskienė 2006: 35–40; Kačiūskienė 2006; 2009: 61–67; Meilūnaitė 2009; Kačiūskienė 2012: 53–62 et suiv.), sociolinguistiques (Kačiūskienė 2005b; Ramonienė 2006: 137–148; Geržotaitė 2016: 121–142; Čepaitienė 2016a: 136–159 et suiv.), dialectométriques (Pukevičiūtė 2015: 175–195; Čepaitienė 2016: 143–174; 2018; 2018a: 44–75; 2019: 39–74; Mikulėnienė et al. 2019; Čepaitienė, Bakšienė 2020: 1–37) et de dialectologie perceptive (Aliūkaitė et al. 2017; 2020). L’objet de cette étude est l’évolution, sur une période de plus de 100 ans, de l’un des traits distinctifs des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys: l’okavimas. Dans cet article, on appelle okavimas la réalisation des diphtongues mixtes de la base an, am, accentuées et non accentuées, sélectionnées pour l’étude, respectivement par [ɔn], [ɔm], par exemple: [¹kɔˈndɑ] ~ kanda, [¹sɔmʲˈtʲɪsʲ] ~ samtis, [²dɔŋˈɡʊs] ~ dangus, [pa²sɔmʲˈdʲɛ] ~ pasamdė, [lɔŋʲˈɡʲɛlʲɪsʲ] ~ langelis, [kɔmʲˈʃʲɪtʲ] ~ kamšyti³. Ce trait, d’un degré variable, est caractéristique de la plus grande partie de la région des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys — ² Angl. non-mobile older rural male – homme âgé, rural et sédentaire. Le critère NORM a été appliqué dès le XIXe siècle dans les travaux de Jules Gillieron, l’un des pionniers de la géolinguistique (Chambers, Trudgill 2004: 30). ³ Les termes okavimas et parlers okuojants ont été proposés par Petras Būtenas (1932: 168). Voir également les termes choisis par les auteurs pour désigner la même aire dialectale dans les classifications des dialectes: rytiečiai antrieji (Барановский 1898: 15, 32–33), aukštaičiai rytiečiai pantininkai et pontininkai (Salys 1992 (1946): 104–109), rytų aukštaičiai panevežiškiai (Girdenis, Zinkevičius 1966: 139–147). Dans les anciennes classifications dialectales comme dans l’actuelle, l’aire de l’okavimas désigne la région de Panevėžys où varient les réalisations des diphtongues mixtes an, am, en, em et des ą, ę qui en sont issues. Dans l’aire où l’okavimas est le plus marqué Straipsniai / Articles 151 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS de celle-ci, les traits de l’okavimas caractérisent une grande partie de l’aire des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys (cf. sa situation dans la classification actuelle des dialectes traditionnels, fig. 1). FIG. 1. Aire des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys et aire de l’okavimas dans la classification dialectale de Zigmas Zinkevičius et Aleksas Girdenis (1966) L’objectif de cet article est d’évaluer, au moyen de méthodes d’analyse géospatiale, l’évolution de l’okavimas sur 100 ans et d’en prévoir la continuité⁴ Pour atteindre cet objectif, les tâches suivantes ont été définies: 1) en s’appuyant sur l’étude menée par Petras Būtenas (1932: 168–193) il y a près de 100 ans (durant la période 1923–1932), reconstruire, au moyen de méthodes GIS, l’aire de diffusion de l’okavimas au début du XXe siècle et évaluer l’intensité de son emploi à cette époque (voir aussi Čepaitienė, Gudaitis tvirtagaliai, non accentuées an, am, en, em, ainsi que les ą, ę qui en sont issus, et les an, am à accent initial sont réalisés respectivement [on], [om], [en], [em], [o], [e], tandis que les en, em à accent initial sont réalisés comme dans la langue standard (Girdenis, Zinkevičius 1966: 139–147 et suiv.). ⁴ Nous remercions sincèrement la prof. dr Danguolė Mikulėnienė pour l’idée de cette recherche, ses précieux conseils et ses consultations. 152 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Évolution du trait différentiel des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys: aspect géospatial 2021); 2) sur la base des résultats obtenus, sélectionner, dans l’aire délimitée, les localités habitées appartenant à des zones de diffusion de l’okavimas d’intensité différente; 3) en écoutant les enregistrements sonores recueillis principalement au début du XXIe siècle dans ces zones, relever les réalisations des diphtongues mixtes de la base an, am, accentuées et non accentuées, dans le parler des informateurs des générations plus âgée et plus jeune (en l’absence de données, de la génération intermédiaire)5; 4) sur la base de l’analyse des enregistrements sonores, évaluer l’évolution de l’okavimas et déterminer approximativement le moment où l’okavimas aurait probablement cessé, ou celui où, à la place des diphtongues mixtes [ɔn], [ɔm], on aurait commencé à employer de manière plus systématique les variantes [an], [am], plus proches de la langue standard; 5) sur la base de données socio-économiques et socioculturelles (voir le chapitre 2), évaluer la continuité de l’okavimas. Le matériel étudié comprend: 1) l’étude des parlers okuojants publiée dans l’article de Būtenas (1932: 168–193), sur la base de laquelle ont été reconstruites les limites et l’intensité d’emploi des parlers okuojants au début du XXe siècle (voir aussi Čepaitienė, Gudaitis 2021)6; 2) les enregistrements sonores de 45 informateurs nés entre 1888 et 1997, recueillis au XXIe siècle principalement à la périphérie de l’aire des parlers okuojants, c’est-à-dire dans des localités séparées par les isoglosses des diphtongues mixtes an, am (cf. LKA II: 83–86, cartes nos 68, 69 et suiv.) (voir fig. 2); le matériel linguistique analysé comprend celui de 24 représentants de la génération plus âgée et de 21 représentants des générations intermédiaire et plus jeune7. La prévision de la continuité du trait étudié repose sur les données socio-économiques et socioculturelles susmentionnées (voir plus en détail le chapitre 2). Les outils d’analyse géospatiale fonctionnant sur la base de la technologie des systèmes d’information géographique (GIS), appliqués dans cette étude, permettent d’évaluer et de visualiser autrement qu’auparavant la variation de la langue lituanienne. 5 Seuls deux enregistrements sonores réalisés dans la seconde moitié du XXe siècle ont été examinés. 6 Il convient de souligner que l’auteur attribuait à l’okavimas davantage de traits terminologiques: non seulement les réalisations des diphtongues mixtes an, am, retenues dans la présente étude, mais aussi les réalisations des voyelles longues de la base accentuées et non accentuées q, ę, ainsi que celles des diphtongues mixtes en, em (Būtėnas 1932: 179). 7 L’étude visait à évaluer l’évolution de l’okavimas à partir du parler des générations plus âgée et plus jeune. Toutefois, dans les localités où aucun enregistrement de représentants de la jeune génération n’est disponible, le parler d’informateurs d’âge moyen a été étudié parallèlement à celui de la génération plus âgée. Straipsniai / Articles 153 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS FIG. 2. Localités habitées sélectionnées pour l’étude de l’okavimas (Čepaitienė, Gudaitis 2021) 154 Acta Linguistica Lituanica LXXXIV Évolution du trait différentiel des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys: aspect géospatial 2. MÉTHODOLOGIE ET OUTILS DE L’ÉTUDE Aujourd’hui, les études de la variation linguistique sont profondément transformées par les techniques et méthodes GIS apparues dans les années 1950 et adoptées ensuite en linguistique. Elles ont été utilisées pour analyser les données de l’atlas dialectal américain⁸ (Lee, Kretschmar 1993: 541–560), la variation des dialectes de l’ouest de la Pennsylvanie (Ayad, Luthin 2009: 1–26), l’évolution et les limites des dialectes thaïs (Teerarojanar at, Tingsabad 2011: 363; 2011a: 55–75); pour plus d’informations sur les possibilités d’application des outils et méthodes GIS en géolinguistique, voir (Hoch, Hayes 2010: 23–36; Lameli et al. 2010, voir aussi Lee et al. 2018: 152–156 et suiv.). Les traits différentiels du parler de Panevėžys et, plus généralement, les dialectes lituaniens n’ont pas encore été étudiés au moyen de méthodes GIS. Reconstruction de l’aire de diffusion de l’okavimas. Afin de délimiter l’aire de diffusion de l’okavimas au début du XXe siècle et d’évaluer l’intensité de ce trait à cette époque, les localités de parlers okuojants de différents degrés, ainsi que celles des parlers voisins désignés comme tels par l’auteur, ont été identifiées et localisées au moyen de la technologie GIS (« Esri ArcGIS Pro » et ses extensions) à partir de l’article de Būtenas (1932: 168–209); les limites naturelles des parlers, identifiées et décrites en détail, ont également été délimitées. La localisation des localités historiques et des limites naturelles décrites a été précisée en s’appuyant également sur les cartes topographiques de la Lituanie de 1914–1945 (voir cartes de la bibliothèque Wróblewski de la LMA) et sur le matériel cartographique du chercheur en dialectes Antanas Salys: 1) la carte allemande Karte des westlichen Rußlands (1914–1921), à l’échelle 1:100 000; 2) la carte allemande Karte des Deutschen Reiches 1:100 000 Grossblatter (1940–1944), à l’échelle 1:100 000; 3) les cartes de la Lituanie de l’entre-deux-guerres (1933–1940), à l’échelle 1: 100 000; 4) la classification dialectale de la Lituanie de l’entre-deux-guerres (Salys 1933). Aux localités identifiées et aux polygones délimitant les aires des parlers okuojants et des parlers dits voisins⁹ ont été attribuées les valeurs d’intensité des réalisations [an], [am]; [ɔn], [ɔm]; [ʒn], [ʒm] des diphtongues mixtes de la base, accentuées et non accentuées, an, am: 0 – aucune réalisation par une variante donnée; 1 – réalisation mixte; 2 – réalisation systématique. Ces valeurs ont été attribuées à la couche ponctuelle des centroïdes des polygones des localités habitées comprises dans l’aire étudiée, soit au total 2356 localités appartenant à l’aire de l’okavimas, extraites de la couche des localités habitées de la République de Lituanie du jeu de données spatiales du Registre des adresses de la République de Lituanie, mis à disposition publiquement par l’entreprise publique Centre des registres (données à jour au 2020-10-01) (voir Localités habitées de la République de Lituanie). ⁸ Angl. Atlas linguistique des États du centre et du sud de l’Atlantique (LAMSAS). ⁹ Pour plus de détails sur la méthode de délimitation des polygones, voir Yamada 2016, 2–6 et la bibliographie qui y est indiquée, ESRI 2004, ainsi que Teerarojanar at, Tingsabad 2011a: 72 et suiv.; voir aussi Mikulėnienė, Čepaitienė 2021. Straipsniai / Articles 155 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS Après application à la couche des localités habitées de la méthode d’interpolation géostatistique du krigeage bayésien empirique (ang. Empirical Bayesian Kriging) (voir plus en détail What is empirical Bayesian kriging?), des surfaces raster de la répartition de l’intensité des réalisations [an], [am]; [ɔn], [ɔm]; [ɤn], [ɤm] des diphtongues mixtes de la base an, am, accentuées et non accentuées, ont été obtenues. Le résultat cumulé de l’interpolation des surfaces raster est présenté à la fig. 3. Prévision de la continuité de l’okavimas. Afin d’évaluer la continuité du trait dialectal étudié, le territoire des aires identifiées des parlers okuojants a été divisé en 418 hexagones de 10 km². Pour leur analyse spatiale, la méthode d’enrichissement des polygones par des données socio-économiques a été utilisée (voir plus en détail Enrich (Analysis))¹⁰. Pour enrichir les hexagones générés, des données démographiques et socio-économiques de 2018–2019 fournies par Michael Bauer Research GmbH pour la plateforme Esri ArcGIS ont été utilisées (voir plus en détail Michael Bauer Research GmbH). Les hexagones enrichis de données linguistiques, démographiques et socio-économiques ont été analysés au moyen de méthodes d’analyse géostatistique. 3. RECONSTRUCTION DE L’AIRE DE DIFFUSION DE L’OKAVIMAS AU DÉBUT DU XXe SIÈCLE ET INTENSITÉ DU TRAIT DANS L’AIRE, D’APRÈS LES DONNÉES DE BŪTENAS L’étude menée par Būtenas a établi qu’au début du XXe siècle l’okavimas était présent dans la majeure partie du sous-dialecte septentrional de Panevėžys (voir Būtėnas 1932: 168–209; voir aussi Барановский 1898: 15, 32–33; Salys 1992 (1946): 104–109; Girdenis, Zinkevičius: 139–147 et suiv.; Čepaitienė, Gudaitis 2021), (fig. 3). Selon les données de Būtenas, l’intensité de l’okavimas n’était pas uniforme dans l’aire indiquée. Au début du XXe siècle, l’okavimas était le plus systématique dans la partie centrale de l’aire de l’okavimas de Panevėžys, autour de Vaškai, Joniškėlis, Pušalotas, Smilgiai, Panevėžys et Naujamiestis; les diphtongues mixtes à accent initial, à accent final et non accentuées an, am y étaient réalisées [ɔn], [ɔm], par exemple: [¹pɔːnʲtʲɪs] ~ pantis, [¹sɔːmʲtʲɪs] ~ samtis; [²rɔŋˑkɔ] ~ ranką, [²kɔmˑpɐs] ~ kampas; [1ɔŋˑɡʲɛːlʲɪs] ~ langelis, [kɔmʲpʲɛlʲɪs] ~ kampelis (voir aussi le tableau 1). ¹⁰ La fonction principale des outils d’enrichissement des données consiste à compléter les objets géographiques étudiés et leurs territoires par des attributs démographiques, commerciaux, économiques ou paysagers, permettant de mieux comprendre le contexte socio-économique de la recherche. Pour réaliser l’enrichissement des polygones, la technologie Esri ArcGIS utilise un jeu de données de points granulaires (angl. granular point dataset), qui représente les lieux habités et applique un algorithme complexe de géotraitement pour calculer les données géostatistiques. Pour plus de détails sur la méthodologie de l’outil d’enrichissement des données, voir Data apportionment. 156 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Rytų aukštaičių panevežiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas FIG. 3. Parlers okuojants au début du XXe siècle (Čepaitienė, Gudaitis 2021) Straipsniai / Articles 157 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS TABLEAU 1. Intensité de l’okavimas dans l’aire des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys án, ám ~ [ɔn], [ɔm] añ, am̃ ~ [ɔn], [ɔm] an, am ~ [ɔn], [ɔm] Aire occidentale de l’okavimas − + + Aire centrale de l’okavimas + + + Aire orientale de l’okavimas − − + Contrairement à l’aire d’okavimas systématique, à l’ouest, autour de Žeimelis, Pašvitinys, Linkuva, Pakruojis, Klovainiai, Rozalimas, Šeduva et Sidabravas, les diphtongues mixtes à accent final et non accentuées an, am étaient prononcées [ɔn], [ɔm], par exemple: [²ʹoŋˈkɔ] ~ ranką, [²ʹkɔmˈpɑs] ~ kampas; [lɔŋˈgɛlʲɪs] ~ langelis, [kɔmʲˈpɛlʲɪs] ~ kampelis. Les an, am à accent initial étaient conservés intacts dans l’aire occidentale de l’okavimas, par exemple: [¹pɑˈnʲtʲɪs] ~ pantis, [¹sɑˈmʲtʲɪs] ~ samtis (voir fig. 3). Seules les diphtongues mixtes non accentuées an, am étaient réalisées [ɔn], [ɔm] à l’est de l’aire d’okavimas intensif, en direction des parlers de Saločiai, Pasvalys, etc., par exemple: [lɔŋˈgɛlʲɪs] ~ langelis, [kɔmʲˈpɛlʲɪs] ~ kampelis. Les an, am à accent initial y étaient prononcées [un], [um], et celles à accent final [ɔ̄n], [ɔ̄m], par exemple: [¹pʊˈnʲtʲɪs] ~ pantis, [¹sʊˈmʲtʲɪs] ~ samtis; [²ʹrʊŋˈkɔ] ~ ranką, [²ʹkʊmˈpɑs] ~ kampas. Les limites des parlers okuojants établies par Būtenas coïncident pour l’essentiel avec les données d’Antanas Salys, qui étudiait les dialectes à la même époque (1933) (voir fig. 4). Les linguistes n’ont divergé que pour les aires autour de Kriukai, Lygumai, Raguva et Vadokliai. Bien que Būtenas ait reconnu l’existence de l’okavimas dans ces territoires, il le considérait comme mixte et son étude était restée inachevée (1932: 191–192). L’article de Būtenas soulève des questions concernant la formation de l’aire d’okavimas d’intensité variable, l’intensité minimale dans l’aire occidentale de l’okavimas et le processus d’apparition de l’okavimas (Būtenas 1932: 192). Selon le chercheur, d’autres circonstances historiques de l’époque demeuraient également incertaines: l’origine des toponymes et des anthroponymes de l’aire de l’okavimas, l’influence du substrat de la tribu des Semigalliens, le servage, la frontière entre Aukštaitija et Samogitie au XVIe siècle, l’influence historique des territoires des districts administratifs, des paroisses et des arrondissements, etc., ainsi que l’influence de la langue standard dans la partie méridionale du parler de Panevėžys, entre autres. On peut donc supposer que l’éclaircissement des circonstances historiques mentionnées permettrait également de justifier les causes de la formation des parlers okuojants. Toutefois, tel est l’objectif d’une autre étude (voir Čepaitienė, Gudaitis 2021). 158 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Évolution du trait différentiel des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys: aspect géospatial FIG. 4. Aire de l’okavimas dans la classification dialectale d’Antanas Salys au début du XXe siècle (1933), (Čepaitienė, Gudaitis 2021) 4. ÉVOLUTION DE L’OKAVIMAS Après avoir reporté sur la carte des limites des aires d’okavimas délimitées par Būtenas et reconstruites dans cette étude les indices cumulés d’okavimas des informateurs nés entre 1888 et 1997 dans l’aire étudiée et enregistrés principalement au XXIe siècle, représentés par des points de couleurs différentes selon l’intensité de l’okavimas, on constate que les signes d’évolution de l’okavimas sont déjà présents dans le parler des informateurs les plus âgés et que, à mesure que l’âge des répondants diminue, la zone de l’okavimas se rétracte parallèlement (cf. fig. 5 et 6). Straipsniai / Articles 159 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS FIG. 5. Emploi de l’okavimas par les informateurs nés avant la Seconde Guerre mondiale¹¹ FIG. 6. Emploi de l’okavimas par les informateurs nés après la Seconde Guerre mondiale Selon les données des enregistrements sonores recueillis au XXIe siècle, l’okavimas est néanmoins conservé de manière assez systématique dans le parler des informateurs nés avant la guerre (1888–1938), par exemple: [²ʔo̞n̪t̾r̥o̞] ~ antrą, [²d̪o̞n̪t̾ʲʑʊ̞s] ~ dančių, [¹t̪u̞kʂt̪o̞n̪t̾ʲɪ] ~ tūkstantį, [¹t̪u̞kʂt̪o̞n̪t̾ʲɪs] ~ tūkstančiais (LKA 200, femme, née en 1934); [o̞mʲʑiʔn̪a̞t̾ʲe̞lʲsʲ] ~ amžinatilsį, [mʊzɪ¹¹kʊ̞n̪t̪a] ~ muzikanto, [²r̞o̞n̪k̪o̞m] ~ rankomis, [²ʔo̞n̪t̪r̞s] ~ antras, [²r̞o̞n̪k̪ʊ] ~ rankų, [a̞p̪k̪o̞m¹¹rʲɪt̪a̞] ~ apkamšyta (LKA 168, femme, née en 1927), (LKA 137, femme, née en 1930) (voir fig. 5). La variation de ce trait dialectal est déjà présente dans le parler des représentants de la génération plus âgée; souvent, un même informateur emploie alternativement les variantes on, om, et an, am. Des formes caractéristiques de la langue standard sont attestées dans toutes les aires d’okavimas — orientale, centrale et occidentale —, et le trait varie même dans le parler d’un même informateur, par exemple: [pʊs²ʔo̞n̪t̪r̞ʊ̞] ~ pusantrų, [bɛn¹d̪ʲɪt̪ɐ] ~ banditai, [²ʔo̞n̪t̪r̞a̞] ~ antra, [l̪o̞n¹k̪i̞t̪ʲ] / [l̪ɛn¹k̪i̞t̪ʲ] ~ lankyti (LKA 52, aire occidentale de l’okavimas, femme, 1936); [ɪsʲ¹²g̞o̞n̪d̪a] ~ išsigando, [bɛn̪kʲ¹²ʃt̪ɪɛ̞ʊ̞] ~ anksčiau, [²k̪ɛmᵖa̞] ~ kampo, [¹s̞o̞mʲt̪] ~ samtį (LKA 111, aire centrale de l’okavimas, femme, née en 1938); ¹¹ La couleur bleue indique que l’okavimas n’est pas attesté dans la localité (intensité de l’okavimas: 0), tandis que la couleur rouge indique qu’il y est attesté de manière intensive (intensité de l’okavimas: 6), tant chez les informateurs les plus âgés que chez les plus jeunes. 160 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Évolution du trait différentiel des Aukštaitiens orientaux de Panevėžys: aspect géospatial [ʒʲpːnʲtrʲo̞] ~ antrojo, [ʒʲpːnʲtrʲs] ~ antras, [rʲnʲkɑs] ~ rankas, [ˈɑmʲʒʲĩnʲkʲės] ~ amžininkės, [nʲe̞skl̞e̞nʲˈdʊmɔ̞] ~ nesklanumų (LKA 140, aire orientale de l’okavimas, femme, née en 1923). Le fait qu’une localité soit centrale ou périphérique dans l’aire de l’okavimas n’a, pour l’essentiel, aucune influence sur l’emploi du trait analysé. En revanche, chez les informateurs nés après la guerre (1945–1997), les diphtongues mixtes accentuées et non accentuées an, am sont généralement conservées sans modification, par exemple: [kɛmbarʲukɑs] ~ kambariukas, [sɐndʲe̞lʲɪs] ~ sandelis (LKA 197, femme, née en 1950), [ˈɑmʲʒʲɪɔ̞s] ~ amžiaus, [ˈe̞ŋkʲstʲɪ] ~ anksti, [ˈlɛŋkʲɛ] ~ lankė, [pʲe̞rˈkɑndɑ] ~ perkando (LKA 78, femme, née en 1949), [pɑːˈskɛmʲbʲɔk] ~ paskambink, [kɛm bɑː²rʲɪ] ~ kambary, [ˈsɑːnʲdʲe̞lʲɪs] ~ sandelis, [ɪsʲˈgʲe̞ndɑ] ~ išsigando (LKA 111, femme, née en 1988) (voir fig. 6). Dans le groupe des enquêtés plus jeunes, seuls quelques cas d’okavimas ont été relevés autour de Pakruojis (par ex. [ˈʃlɔmʲtɑs] ~ šlamštas, [ˈɔntrɔ] ~ antrą, mais [sʲʑˈprʲnʲtʲʊ] ~ suprantu, [ˈɛnʲtrɔ] ~ antrą, [ˈlɛŋgʲ] ~ langų (LKA 137, homme, né en 1996), à Šeduva (par ex. [ɔrʲkʲːʒʲɪɛ̞] / [ɛrʲkʲːʒʲɪɛ̞] ~ anksčiau, mais [skɛmʲˈbʲe̞nɑ] ~ skambina, [ˈrɛŋkɑ] ~ ranka (LKA 200, homme, né en 1974) et à Pušalotas (par ex. [ˈdɔŋgʲɔ] ~ dangų, mais [rɛŋˈkɑs] ~ rankas, [mʊzɪˈkɑntɑs] ~ muzikantas, [ʊɑlɛnʲ²dʲe̞lʲe̞s] ~ valandėlės, [vɛnʲ²dʲe̞ns] ~ vandens (LKA 170, femme, née en 1995). Autrement dit, il a été établi que les informateurs nés après la guerre pratiquent l’okavimas 8,5 fois moins souvent que ceux nés avant la guerre (voir tableau 2). Cette situation s’explique par diverses circonstances historiques, qui ont probablement entraîné après la guerre un recul du prestige de la langue dialectale. 2 LENTELĖ. Fréquence de l’okavimas chez les informateurs nés avant la guerre (jusqu’en 1942) et après la guerre (à partir de 1943) (ODK = 2,22/0,26) Avant la Seconde Guerre mondiale Après la Seconde Guerre mondiale Informateurs sélectionnés pour l’étude 18 27 Fréquence de l’okavimas parmi les informateurs 40 7 Coefficient de fréquence de l’okavimas (ODK) 2,22 0,26 L’évaluation de la relation entre l’okavimas et l’âge des informateurs (date de naissance) a établi une corrélation négative nette: plus l’informateur est jeune, moins l’okavimas est fréquent. Cela montre que le recul de l’okavimas, intensifié après la guerre et se produisant au fil des générations, a été très régulier (voir fig. 7). La droite de régression descendante indique également que les répondants nés après 1945 n’emploient pour l’essentiel plus ce trait ou ne l’emploient que très rarement. Straipsniai / Articles 161 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS FIG. 7. Corrélation entre l’année de naissance des informateurs et l’okavimas Les résultats montrent également la disparition des frontières entre les aires d’intensité différente de l’okavimas établies par Būtenas (voir fig. 8). Les différences entre celles-ci peuvent encore s’entendre dans la langue des informateurs nés entre 1916 et 1940, mais les répondants nés plus tard ne pratiquent presque plus l’okavimas; comme indiqué, dans les trois aires de diffusion d’intensité différente de l’okavimas, on ne relève que des cas isolés où les semi-diphthongues mixtes an, am sont réalisées [ɔn], [ɔm]. FIG. 8. L’okavimas dans différents groupes d’âge et dans des aires d’intensité différente de l’okavimas¹² L’aire occidentale de l’okavimas se distingue quelque peu: les an, am à intonation montante y sont conservés, tandis que ceux à intonation descendante et les éléments non accentués sont réalisés [ɔn], [ɔm] (voir également ¹² Sur l’axe x sont présentées les informations sur les groupes d’informateurs selon l’aire d’okavimas et l’année de naissance (réparties par périodes de 25 ans); l’axe y indique l’intensité de l’okavimas. 162 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Rytų aukštaičių panevežiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas fig. 3 et tableau 1). Dans tous les groupes d’âge des informateurs de cette zone étudiée, des occurrences d’okavimas, bien qu’inconstantes, ont été enregistrées (voir les exemples présentés précédemment). Hypothétiquement, cette aire peut être considérée comme la dernière aire de diffusion du trait étudié. Ainsi, à l’échelle temporelle, l’évolution de l’okavimas est déjà attestée dans la langue des représentants de la génération âgée du sous-dialecte de Panevėžys, nés pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l’après-guerre. Il faut donc supposer que la Seconde Guerre mondiale, l’occupation soviétique, les déportations de la population locale, la création des kolkhozes, le remembrement, la destruction des fermes isolées et d’autres conséquences socio-économiques négatives ont éventuellement influé sur le processus d’évolution de l’okavimas qui s’était amorcé. Du point de vue spatial, c’est-à-dire de la répartition du trait sur un territoire donné, on peut supposer que la variation de l’okavimas s’est déroulée comme suit: l’okavimas a d’abord été abandonné dans l’aire orientale de l’okavimas, linguistiquement mixte; à peu près à la même période, dans la zone centrale de l’okavimas (la prononciation de an, am accentués à intonation montante a cessé d’y être réalisée comme [o̞n], [o̞m] dans la position la plus marquée et la plus facilement perceptible, par ex. [¹'kɔ̞nd̪ə] ~ kanda, [¹'sɔ̞mʲtʲɪs] ~ samtis); l’okavimas a été abandonné en dernier dans l’aire occidentale. 5. CONTINUITÉ DE L’OKAVIMAS L’examen quantitatif des indicateurs socio-économiques du XXIe siècle (niveau d’instruction, chômage et pouvoir d’achat) dans l’aire des parlers pratiquant l’okavimas a révélé une nette distinction entre les aires septentrionale et méridionale (voir fig. 9). La fig. 9 montre que, dans la zone septentrionale de couleur pourpre, dominent les habitants ayant un niveau d’instruction plus faible et de moindres revenus, et que le chômage y est plus élevé. La partie méridionale bleu clair est, au contraire, peuplée d’habitants du sous-dialecte de Panevėžys instruits, percevant des revenus élevés et présentant un risque de chômage moindre. Ainsi, on y observe clairement une urbanisation en cours qui n’assure pas la continuité du sous-dialecte traditionnel de Panevėžys et en favorise l’évolution (fig. 9). Après l’analyse en grappes multicritère des indicateurs du pouvoir d’achat, du chômage et des habitants de la génération âgée dans l’aire des parlers pratiquant l’okavimas (voir How Multivariate Clustering works), des territoires statistiquement fiables ont été déterminés; ils montrent que la partie septentrionale de l’aire de diffusion de l’okavimas se distingue par un pouvoir d’achat plus faible et des taux de chômage plus élevés, et que les habitants âgés de plus de 60 ans y prédominent (couleur rouge, voir fig. 10). Les études des dialectes lituaniens montrent que les circonstances socio-économiques et démographiques mentionnées ci-dessus sont relativement favorables à la vitalité des traits du sous-dialecte traditionnel de Panevėžys, et donc aussi à celle de l’okavimas, s’il subsiste encore (cf. le critère NORM mentionné, garant de la continuité du dialecte traditionnel; voir également Chambers, Trudgill 2004: 30; Aliūkaitė, Miku­lėnienė 2014: 32; Čepaitienė 2018: 21–22, et autres). Straipsniai / Articles 163 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS FIG. 9. Indicateurs du niveau d’instruction, du chômage et du pouvoir d’achat dans l’aire des parlers pratiquant l’okavimas au XXIe siècle13 La figure montre également quatre grappes, ou centres socio-économiques (en bleu), peuplés d’un plus grand nombre de jeunes familles; la qualité de vie y est supérieure à celle du reste de l’aire: il s’agit des zones situées autour des villes de Pasvalys, Pakruojis et Panevėžys, ainsi qu’autour de Radviliškis (à comparer avec les indicateurs relatifs à l’ensemble du territoire lituanien, voir Mikulėnienė, Čepaitienė 2021). 13 Dans la zone de couleur bleu clair, on relève des indicateurs élevés du pouvoir d’achat et une population où la proportion de personnes ayant fait des études supérieures est plus importante; dans la zone pourpre, les indicateurs du chômage sont plus élevés et la proportion de personnes n’ayant qu’un enseignement primaire est plus importante. 164 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Rytų aukštaičių panevėžiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas fig. 10. Clustering multicritère des indicateurs du pouvoir d’achat, du chômage et des habitants de la génération âgée (60 ans et plus) dans l’aire des parlers pratiquant l’okavimas au XXIe siècle¹⁴ Autrement dit, dans ces aires se forment, sur la base du sous-dialecte traditionnel de Panevėžys, de nouvelles formations dialectales: le régiolecte des Aukštaitiai orientaux occidentaux, dont le centre est Panevėžys, et le géolecte de Pasvalys (Aliūkaitė, Mikulėnienė 2014a: 257–266; Čepaitienė 2018; 2019: 39–74, et autres). Leur base linguistique n’est pas constituée par les traits distinctifs du sous-dialecte de Panevėžys, dont l’un est l’okavimas, mais, au contraire, par des traits dialectaux que les usagers du dialecte ne remarquent pas¹⁵. C’est pourquoi les zones examinées ici doivent être considérées comme les régions où l’okavimas a vraisemblablement disparu en premier. ¹⁴ Le chiffre 1 désigne le territoire où sont enregistrés un faible pouvoir d’achat, un chômage élevé et une proportion plus importante de personnes appartenant à la génération âgée; le chiffre 2 désigne la zone où sont constatés un pouvoir d’achat élevé, un faible chômage et une proportion plus faible de personnes appartenant à la génération âgée. ¹⁵ Par exemple, le ė long du radical non accentué, ie est réalisé [ę], tandis que o, uo le sont par [o̞] ([pʲe̞nʲe̞lʲə] ~ pienelio, [do̞nʲiːtʲe̞] ~ duonytę, [kʲe̞dʲaɪ̯nʲʊ] ~ Kėdainiu); la prononciation des voyelles longues non accentuées du radical y, ū comme les brèves abaissées [ɪ], [ʊ] ([gʲɪ̯vʲe̞nʲtʲɪ] ~ gyventi, [paʒʲʊ̯rʲe̞k] ~ pažiūrėk); de la voyelle brève i du radical non accentué ou portant un accent rétractif (et abrégée à partir d’une longue) devant Straipsniai / Articles 165 AGNĖ ČEPAITIENĖ, AIDAS GUDAITIS En résumant les données de l’étude, on peut prévoir qu’à long terme l’okavimas pourrait disparaître et ne plus faire partie du faisceau de marqueurs dialectaux du géolecte de Pasvalys et/ou du régiolecte des Aukštaitiai orientaux occidentaux, dont le centre est Panevėžys (pour le terme, voir Mikulėnienė 2019: 60–61). On peut penser qu’après la disparition éventuelle de l’okavimas, le complexe de marqueurs dialectaux des formations dialectales en voie de formation ou déjà formées dans l’aire susmentionnée du sous-dialecte de Panevėžys sera constitué d’autres marqueurs phonologiques, morphologiques et dérivationnels, plus ou moins saillants (Mikulėnienė 2019: 60–61). 6. CONCLUSIONS Après avoir évalué l’évolution de l’okavimas sur 100 ans au moyen de méthodes d’analyse géospatiale, on peut formuler les conclusions préliminaires suivantes. L’un des traits distinctifs des Aukštaitiai du nord-est du sous-dialecte de Panevėžys — la réalisation des semi-diphthongues mixtes de la racine accentuées et non accentuées an, am par [ɔn], [ɔm], ou okavimas — évolue; les variantes [an], [am], plus proches de la langue standard, sont employées plus fréquemment par les locuteurs du dialecte. Du point de vue temporel, le tournant dans l’évolution de l’okavimas a pu se produire pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre. Des signes d’évolution ou de disparition de l’okavimas ont été établis dans la langue des informateurs nés durant cette période. Du point de vue spatial, l’évolution de l’okavimas s’est vraisemblablement déroulée dans l’ordre suivant: l’okavimas a d’abord été abandonné dans l’aire orientale linguistiquement mixte de l’okavimas, puis, à une période comparable, dans la zone centrale de l’okavimas; son abandon a été le plus tardif dans l’aire occidentale de l’okavimas. L’okavimas le plus saillant, à savoir la réalisation des an, am à intonation montante par [ɔn], [ɔm], a été abandonné en premier. Les grandes villes de l’aire du sous-dialecte de Panevėžys — Panevėžys, Pasvalys, Pakruojis et les environs de Radviliškis — peuvent hypothétiquement être considérées comme les points initiaux du recul de l’okavimas. On peut prévoir qu’à long terme l’okavimas pourrait disparaître et ne plus faire partie du faisceau de marqueurs dialectaux du géolecte de Pasvalys et/ou du régiolecte des Aukštaitiai orientaux occidentaux, dont le centre est Panevėžys. BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES Ayad Yasser, Luthin Herb 2009: The 2009 ESRI International User Conference — devant la consonne douce, est réalisée [ę], tandis que devant la consonne dure elle est réalisée [ɔ], ([ˈmʲɛˈkʲɛ] ~ miškė, [ɡʲɛˈu̯ʲɛˈnʲɔməs] ~ gyvenimas), etc. 166 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV Rytų aukštaičių panevežiškių diferencinio požymio kaita: geoerdvinis aspektas Proceedings, 13–17 juillet, San Diego, Californie, États-Unis, 1–26. Disponible en ligne: http:// proceedings.esri.com/library/userconf/proc09/uc/papers/pap_1686.pdf. Aliūkaitė Daiva, Mikulėnienė Danguolė, Čepaitienė Agnė, Brazaitienė Laura 2020: Lietuvių kalbos variantai: tyreo ir paprastojo kalbos bendruomenės nario perspektyvos: monographie collective, sous la direction de D. 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Ce trait phonétique se caractérise par la prononciation [ɔn], [ɔm] des semi-diphthongues de la racine accentuées et non accentuées an, am, traditionnellement appelée « okavimas ». Les méthodes géospatiales fondées sur la technologie SIG pour l’analyse géolinguistique ont été utilisées pour ce trait dialectal pour la première fois en Lituanie. L’objectif de cette étude est de déterminer l’évolution du trait « okavimas » sur 100 ans et d’évaluer sa continuité. Le matériel analysé repose sur les données de deux études menées à des périodes différentes. La première a été publiée dans l’article de Petras Būtėnas (1932), qui précisait les limites exactes du trait phonétique « okavimas » sur le territoire du sous-dialecte aukštaitien oriental de Panevėžys. La seconde étude a été menée par les auteurs de cet article à partir d’enregistrements audio de 45 répondants nés entre 1888 et 1997, enregistrés au début du XXIst siècle principalement à la périphérie de l’aire du trait phonétique « okavimas ». Les résultats des deux études sont représentés sur des cartes numériques générées à l’aide des outils et méthodes des SIG. Il a été établi que l’aire et l’intensité du trait phonétique distinctif « okavimas » ont évolué et ont presque disparu au fil du temps. Du point de vue temporel, le tournant dans l’évolution de l’intensité d’emploi du trait « okavimas » a pu se produire pendant la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre. Les résultats montrent un recul constant et progressif du trait « okavimas ». Les données socio-économiques et socio-culturelles récentes en témoignent également. Soumis le 23 mai 2021. AGNĖ ČEPAITIENĖ AIDAS GUDAITIS Institut de langue lituanienne, rue Petro Vileišio 5, LT-10308 Vilnius, Lituanie [email protected] [email protected] 172 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIV