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Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis)

Serhii Vasko

Abstract

The article examines the process and result of semantic modulation of English quantitatives, which they necessarily undergo when affected by phrasemic context. The definition of the concept of semantic modulation is clarified at the background of the processes of semantic derivation and semantic transposition. A new comprehensive methodology for the analysis of modulation changes in phrasemic quantitatives of the English language is proposed, which, in addition to the traditional methods of decomposing the meaning into its components and detecting semes (integral, differential and gradational), includes automated tools of the computer program “Acrobat Reader” for searching the studied units in the electronic dictionaries of the English language. The expediency of adhering to the methodological principles of anthropocentrism and isomorphism of language and culture to study changes in the semantic structure of phrasemic quantitatives is substantiated. Componential analysis of the semantic structure of quantitatives has been carried out and the nature of the semic components’ redistribution in it under the influence of the phrasemic context has been revealed. The correlation between the activity of phrasemic quantitatives and the processes of semantic modulation has been established.

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SERHII VASKO Le Département de philologie germanique et finno-ougrienne de l’Université nationale linguistique de Kyiv Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0002-9748-0754 Domaines de recherche: sémiose phrasémique, sémantique cognitive, modulation sémantique, quantification phrasémique. DOI: doi.org/10.35321/all90-10 MODULATIONS DE LA COMPOSITION SÉMIQUE DES QUANTITATIFS DANS LES PHRASEMES DE L’ANGLAIS (PRATIQUES MÉTHODOLOGIQUES D’ANALYSE) Modulations de la composition sémique des quantitatifs dans les phrasèmes de l’anglais (pratiques méthodologiques d’analyse) RÉSUMÉ L’article examine le processus et le résultat de la modulation sémantique des quantitatifs anglais, modulation qu’ils subissent nécessairement sous l’influence du contexte phrasémique. La définition du concept de modulation sémantique est précisée sur fond des processus de dérivation sémantique et de transposition sémantique. Une nouvelle méthodologie globale d’analyse des changements de modulation des quantitatifs phrasémiques de l’anglais est proposée; outre les méthodes traditionnelles de décomposition du sens en ses composantes et de détection des sèmes (intégral, différentiel et gradationnel), elle inclut les outils automatisés du programme informatique « Acrobat Reader » pour rechercher les unités étudiées dans les dictionnaires électroniques de la langue anglaise. La pertinence du respect des principes méthodologiques de l’anthropocentrisme et de l’isomorphisme de la langue et de la culture pour étudier les changements de la structure sémantique des quantitatifs phrasémiques est étayée. Une analyse componentielle de la structure sémantique des quantitatifs a été menée et la nature de la redistribution des composantes sémiques en son sein sous l’influence du contexte phrasémique a été révélée. Straipsniai / Articles 251 SERHII VASKO révélée. La corrélation entre l’activité des quantitatifs phrasémiques et les processus de modulation sémantique a été établie. MOTS-CLÉS: phrasèmes de l’anglais, composante quantitative de la sémantique, technique d’analyse componentielle, sème, modulation sémantique des quantitatifs, quantitatifs à sémantique de comptage, de quantité et de mesure. ANNOTATION L’article examine le processus et le résultat de la modulation sémantique des mots quantitatifs de l’anglais, qu’ils subissent inévitablement sous l’influence du contexte phrasémique. La définition du concept de modulation sémantique est expliquée sur fond des processus de dérivation sémantique et de transposition sémantique. Une nouvelle méthodologie détaillée d’analyse des changements de modulation des quantitatifs phrasémiques de l’anglais est présentée; outre les méthodes traditionnelles de décomposition du sens en composants et de détermination des sèmes (intégral, différentiel et gradationnel), elle comprend les outils automatisés du programme informatique « Acrobat Reader » destinés à rechercher les unités étudiées dans les dictionnaires électroniques de l’anglais. La pertinence du respect du principe méthodologique de l’anthropocentrisme et de l’isomorphisme de la langue et de la culture pour étudier les changements de la structure sémantique des mots quantitatifs phrasémiques est étayée. Une analyse componentielle de la structure sémantique des quantitatifs a été réalisée et la nature de la redistribution des composantes sémiques en son sein sous l’influence du contexte phrasémique a été révélée. Le lien entre l’activité des quantitatifs phrasémiques et les processus de modulation sémantique a été établi. MOTS-CLÉS: phrasèmes de l’anglais, composante quantitative de la sémantique, méthode d’analyse componentielle, sème, modulation sémantique des quantitatifs, quantitatifs à sémantique de comptage, de quantité et de mesure. INTRODUCTION La sémantique phrasémique moderne continue de rechercher des approches optimales pour analyser les signes phrasémiques (Brenier, Michaelis 2005), dont l’utilisation et la mise en œuvre rapprocheront les chercheurs de l’élaboration d’une classification cohérente et efficace de ces unités. Les taxonomies actuellement disponibles des ressources phraséologiques des langues nationales nécessitent une adaptation importante, notamment pour préciser les principes et les critères d’identification (Howarth 1998) des composés figuratifs stables qui se distinguent par leurs rapports aux sources de la motivation linguistique et culturelle ainsi qu’à la chronologie de la phraséologisation. La discussion scientifique (Mikola V. Gamziuk (2000), Iryna F. Zavarins’ka (2022), Marija O. Šutova (2016), etc.) sur les critères d’identification des signes phrasémiques 252 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis) est loin d’être achevée. Elle est principalement liée à la nécessité d’étudier les possibilités combinatoires d’un mot au sein des unités phraséologiques/phrasémiques (la composante dite de l’unité phraséologique) et de révéler la nature du maintien de relations potentielles avec ses significations lexicographiques hors du contexte phraséologique. Récemment, le degré de controverse entourant l’autonomie sémantique de la composante clé des phrasèmes a sensiblement diminué, et l’opinion des phraséologues selon laquelle, sous l’influence du contexte phraséologique, les significations latentes de la composante clé des phrasèmes s’actualisent nécessairement ne suscite plus d’objections catégoriques. Premièrement, il est souligné que ces significations peuvent être reconstruites par la « description sémantique des unités phraséologiques au moyen de l’identification de l’invariant de la forme interne de leurs composants et de la fixation de cet invariant dans le modèle de la signification de l’idiome » (Baranov, Dobrovol’skiĭ 2009: 21). La forme interne de la composante du phrasème encode des possibilités potentielles de formation de nouvelles significations, notamment figuratives. À la suite de l’analyse des changements de la sémantique des quantitatifs de l’anglais, associés à la redistribution des constituants sémiques entre les archisèmes du comptage, de la quantité et de la mesure sous l’influence du contexte phrasémique, il sera possible de confirmer l’hypothèse selon laquelle la modulation sémantique, en tant que mécanisme cognitif, reflète la capacité d’un locuteur natif de l’anglais à reconceptualiser figurativement ces archisèmes et à en générer des variantes (LSVs) comme composantes de significations liées phraséologiquement. Par exemple, la composante quantitative penny dans la composition des signes phrasémiques, p. ex. to cost a pretty penny – « coûter beaucoup d’argent », « coûter cher »; « ne pas avoir un seul penny »; turn an honest penny – « gagner honnêtement un peu d’argent », acquiert une nouvelle LSV (signification liée phraséologiquement), mais ne perd pas pour autant son lien avec sa signification lexicographique « une petite somme d’argent », actualisée dans l’archisème « quantité » et dans le sème intégral « quantité imprécise/indéfinie ». Pour démontrer plus convain­cante­ment l’hypothèse susmentionnée, des méthodes spéciales d’analyse phrasémique (en l’occurrence, d’un phrasème à composante quantitative de la sémantique) sont nécessaires, car jusqu’à présent, selon Stefan Gries (2008: 18), le principal problème demeure l’absence d’unanimité parmi les phraséologues, notamment quant aux méthodes les plus appropriées: classiques ou nouvelles, ou leur combinaison. À cet égard, il est nécessaire d’élaborer un ensemble spécial, pertinent et exhaustif de techniques pour étudier les glissements sémantiques des quantitatifs de l’anglais, glissements qu’ils subissent en entrant dans la composition des phrasèmes de l’anglais sous l’influence du contexte phrasémique. Straipsniai / Articles 253 SERHII VASKO L’objectif de l’article est d’appliquer la méthode de l’analyse componentielle, combinée aux techniques de recherche étymologique et aux pratiques linguoculturelles, afin de révéler les mécanismes de redistribution sémique dans les quantitatifs de l’anglais à sémantique de comptage, de quantité et de mesure sous l’influence du contexte phrasal. Les tâches de l’article – étayer la pertinence de l’élaboration d’une nouvelle méthode spéciale d’analyse des changements sémantiques des quantitatifs de l’anglais sous l’influence du contexte phrasémique; – proposer une méthodologie spéciale, invariante-variative, pour étudier la modulation sémantique des quantitatifs dans la composition des phrasèmes anglais, fondée sur les principes de l’anthropocentrisme et de l’isomorphisme de la langue et de la culture, qui, outre les techniques de l’analyse componentielle traditionnelle, comprend des méthodes de recherche automatisée des unités étudiées dans les dictionnaires électroniques, des pratiques de recherche étymologique et des procédures linguoculturelles; – démontrer que la nouvelle technique d’application de l’approche invariante-variative pour étudier les glissements de la sémantique des quantitatifs – de l’archisème en tant qu’invariant du sens aux sèmes intégral, différentiel et gradationnel en tant que ses variantes, actualisés dans les phrasèmes anglais – est pertinente et prometteuse pour les recherches ultérieures. 1. MÉTHODOLOGIE D’ANALYSE DES CHANGEMENTS DE MODULATION DANS LES QUANTITATIFS PHRASÉMIQUES DE L’ANGLAIS La sémantique des signes phrasémiques comportant des quantitatifs reflète les représentations humaines générales des objets et des éléments qui constituent une quantité et qui sont soumis au comptage et à la mesure. Ces unités conservent des traditions anciennes, puisqu’elles ont été formées par différentes générations de représentants d’une linguoculture donnée. Dans le processus de phraséosémiose, des changements se produisent dans les structures sémantiques des quantitatifs au niveau de leurs significations, de leurs variantes lexico-sémantiques (ci-après LSV), ainsi qu’au niveau des composantes sémiques de leurs significations. Les glissements sémantiques au niveau des composantes sémiques sont généralement considérés à travers le prisme de la théorie de la modulation sémantique, qui se corrèle aux théories classiques de la dérivation sémantique, c’est-à-dire aux modes de formation de nouvelles significations à partir de la signification initiale/primaire, ou de la transposition sémantique, c’est-à-dire aux mécanismes de formation de la métaphore et de la métonymie (Demiančuk 2021). Au fil du temps, toutes ces théories se sont enrichies de nouvelles propositions de la théorie de l’intégration conceptuelle (Fauconnier, Turner 2006). Chacune des théories mentionnées possède ses propres pratiques méthodologiques de recherche du matériau factuel, notamment phraséologique 254 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis) matériel qui, à notre avis, peut être combiné et adapté à l’étude des changements sémantiques des quantitatifs phrasémiques de l’anglais. La nouvelle méthodologie spéciale et exhaustive proposée dans cet article pour analyser les modulations sémiques des quantitatifs anglais sous l’influence du contexte phrasémique se compose de méthodes et de procédures optimales et justifie la logique de leur application séquentielle et parfois parallèle. La méthodologie élaborée repose sur l’approche invariante-variative. La praticabilité de la mise en œuvre d’une approche invariante-variative pour l’identification d’un large éventail d’unités phraséologiques couramment employées, fondée sur les théories susmentionnées, est défendue par Marija Omazić (2008: 67–81). L’approche invariante-variative implique deux points fondamentaux: tandis que la théorie de la métaphore permet de différencier les signes phrasémiques résultant de la transposition sémantique de leur composante clé, et ainsi de fixer une nouvelle signification ou une nouvelle LSV dans la structure sémantique du mot invariant, la théorie de l’intégration conceptuelle opère notamment avec les mécanismes de modulation sémantique, reflétant le processus de réagencement des signes sémiques dans la structure sémantique du mot tout en conservant l’archisème. La limite de la modulation sémantique est le changement dans lequel l’archisème se réalise dans au moins un trait d’une signification donnée ou de sa LSV. Quant à la modulation sémantique des quantitatifs dans le contexte phrasémique, cette question doit être considérée en relation avec le réagencement de la structure sémantique du quantitatif, par exemple les deux traits principaux « quantité précise » et « quantité imprécise », rattachés à l’archisème « quantité ». Dans ce cas, les archisèmes des significations quantitatives remplissent le rôle d’un invariant, tandis que leurs modulations agissent comme des variantes. L’étape initiale de la méthodologie complexe spéciale a consisté en la sélection automatisée (à l’aide du programme informatique « Acrobat Reader ») de quantitatifs anglais (noms de nombres, noms d’agrégats, noms de mesures de quantités, numéraux, pronoms, noms, adverbes, etc. à sémantique de comptage, de quantité et de mesure) à partir de dictionnaires explicatifs électroniques (POAD 2008; LDOCE 2015), suivie de l’analyse de leurs significations et de leurs LSV. À cette fin, la procédure d’analyse définitionnelle a été appliquée. Le nombre de quantitatifs sélectionnés pour l’analyse dans cet article est de 100 unités. À la deuxième étape, l’utilisation des outils du programme informatique « Acrobat Reader » pour la recherche automatisée de phrases comportant une composante quantitative de la sémantique dans des sources phraséologiques électroniques en anglais (ODOI 2004) s’est poursuivie. Ainsi, des quantitatifs phraséogènes très productifs (15% de l’échantillon total), des quantitatifs phraséogènes rarement productifs, qui participent occasionnellement à la formation phrasémique (60% de l’échantillon total), ainsi que des quantitatifs totalement improductifs/inactifs (25% de l’échantillon total) ont été identifiés. Straipsniai / Articles 255 SERHII VASKO La troisième étape est liée à l’étude des mécanismes des changements modulateurs et sémantiques dans les composantes quantitatives des phrasèmes anglais. En appliquant la méthode de l’analyse componentielle, les modulations des archisèmes invariants du comptage, de la quantité et de la mesure dans le sens de leur réagencement en sèmes intégral, différentiel et gradationnel ont été étudiées. La procédure d’analyse componentielle est traditionnelle et éprouvée dans de nombreuses études scientifiques, y compris contemporaines (Noricks 2009; Dewiyanti, Suryani 2017). L’analyse componentielle a été décrite dès le milieu du 20the siècle dans les travaux de représentants de l’école américaine d’ethnolinguistique (Ward Hudynaf et Floyd Lounsbury), qui ont démontré l’efficacité de cette technique pour décomposer un mot polysémique en composantes sémantiques (sèmes) sur la base de termes de parenté dans différentes langues. Depuis lors, l’analyse componentielle est devenue une technique obligatoire pour étudier divers aspects de la sémantique lexicale. Aujourd’hui encore, certaines études proposent des termes de parenté, précédemment traités par les chercheurs selon les mêmes algorithmes, pour démontrer cette technique (Widyastuti 2010). Nous démontrerons la méthode d’exécution de l’analyse componentielle en prenant pour exemple la décomposition de la structure sémantique du quantitatif one. La procédure a été réalisée selon le scénario suivant. Dans le dictionnaire explicatif électronique Longman Dictionary of Contemporary English (LDOCE), à l’aide des outils du programme « Acrobat Reader », toutes les définitions existantes du quantitatif one ont été sélectionnées et copiées dans un fichier distinct, puis les sèmes caractéristiques de leurs significations et les LSV disponibles ont été identifiés. L’étape suivante consiste à construire une matrice contenant la liste générale des sèmes rencontrés dans les définitions du quantitatif one. Ensuite, à l’aide du signe « + » dans la matrice, on consigne la présence, dans chaque signification et LSV spécifiques, de l’archisème pertinent « quantité », ainsi que des sèmes intégral, différentiel et gradationnel. Ainsi, par exemple, dans le dictionnaire explicatif électronique LDOCE, les définitions acquises suivantes du quantitatif one ont été déterminées: a) le numéral proprement dit (one1) – 3 significations sans LSV, dans lesquelles ont été identifiés l’archisème « quantité » et le sème intégral « petite/une petite quantité »; b) en tant que pronom (one2, pluriel ones) – 24 significations, leurs LSV avec des connexions en réseau pour l’archisème « quantité »; pour 4 sèmes intégrals (« indication d’une grande quantité », « indication d’une quantité déjà connue », « indication de la séquence d’actions, d’événements, d’objets », « indication de l’agrégat en tant que multiplicité »); pour 9 sèmes différentiels; et pour 3 sèmes gradationnels (« indication du degré de manifestation d’une grande quantité » (présence du gradateur one too many); « indication du degré d’incertitude de la manifestation qualitative d’un grand nombre » (présence du gradateur a difficult one); « indication du 256 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis) degré de manifestation de la caractéristique d’âge » (des jeunes enfants) (présence du gradateur the little ones). À l’étape finale, des changements ont été attestés dans la composition sémique du quantitatif one, découverts sur la base des significations et des LSV consignées dans le LDOCE, ainsi que dans la composition des phrasèmes sélectionnés dans le dictionnaire électronique The Oxford Dictionary of Idioms (ODOI). Les résultats obtenus sont décrits au paragraphe 3 de cet article. Parallèlement, les techniques de l’analyse linguoculturelle ont été appliquées pour expliquer les mécanismes de réinterprétation figurative des significations et des LSV des quantitatifs, qui ont influencé le processus de redistribution sémique. Si cela est jugé nécessaire, il convient de recourir aux versions étymologiques. L’efficacité des pratiques de recherche étymologique est défendue au paragraphe 2 de cet article. 2. PRINCIPES MÉTHODOLOGIQUES ET PRATIQUES D’ÉTUDE DE LA STRUCTURE SÉMANTIQUE DES QUANTITATIFS DANS LE CONTEXTE PHRASÉMIQUE La catégorie de quantité, d’abord mise en évidence par Aristote comme forme universelle de la pensée, est le résultat de la cognition humaine de la compréhension quantitative des phénomènes de l’existence, exprimée dans toutes les langues du monde (Akulenko 1982; Ivčenko 1955; Taranec’ 1999; etc.). Sur la base de l’examen des travaux de recherche consacrés au développement d’une méthodologie générale pour étudier la quantificativité en général (catégorie de quantité, catégorie de nombre, modes et moyens de leur dénomination, etc.) et la quantificativité phraséologique en particulier, nous commenterons les principaux principes cognitifs qui la sous-tendent. 1. Le principe clé de l’anthropocentrisme est axé sur l’étude du modèle linguistique du monde et de ses fragments, dont l’un est le quantitatif. Conformément à ce principe, la technique méthodologique obligatoire du chercheur consiste à analyser les unités symboliquement chargées en corrélation avec la personne, la conscience, la pensée et les divers types d’activité humaine. Puisque l’image du nombre est le symbole fondamental utilisé par les humains, la catégorie de quantité et la catégorie étroitement apparentée de quantificativité sont considérées comme des structures cognitives particulières objectivées dans les systèmes lexicaux et grammaticaux des langues du monde (Talmi 2000). Selon Svetlana A. Žabotinskaja (1992), la fonction la plus caractéristique des nombres, selon laquelle les composantes cognitives de la catégorie de quantificativité sont Straipsniai / Articles 257 SERHII VASKO pleinement révélées, est la fonction de quantité. La présence de cette fonction dans la catégorie cognitive de la quantificativité nous permet de distinguer, parmi ses structures, les concepts QUANTITY, COUNT, MEASURE, verbalisés dans diverses combinaisons de contextes phrasémiques par les articles a/an, the, les pronoms démonstratifs this, these, that, those, les quantifieurs some, several, many, few, etc., les noms désignant des agrégats tels que group, herd, couple, etc., les adjectifs paramétriques big, small, long, short, etc., les adverbes-gradateurs more, most, less, least, etc., les termes récursifs tels que father, grandfather, great grandfather, et les numéraux (voir Žabotinskaja 1992: 263). Un autre principe méthodologique important, directement lié à l’épistémologie du problème étudié dans cet article, est le principe d’isomorphisme de la langue et de la culture, selon lequel les phrases comportant des composantes sémantiques quantitatives sont définies comme des signes verbaux de la culture et impliquent le recours aux données étymologiques, aux archétypes reconstruits et aux codes de la culture. Des pratiques méthodologiques intéressantes sont proposées par les étudiants et les disciples de l’école de phraséologie quantitative en Ukraine (Anochina 2018; Baranova, Kobiakova, Švačko 2007, et autres), fondée par la professeure Svitlana O. Švačko (2008). À la suite d’observations de longue durée, les chercheurs ont conclu que les modifications sémantiques des éléments quantitatifs dans le contexte phraséologique, avec préservation totale ou partielle du contenu quantitatif général ainsi que du contenu lié au comptage et à la mesure, réalisent des significations à la fois générales et nationales-culturelles. Le processus de modification des unités étudiées reflète l’évolution de leur développement sémantique, un mouvement rétrospectif du sujet vers la signification quantitative, répété cycliquement à une étape qualitativement nouvelle, notamment dans des conditions nationales et culturelles. Par exemple, en se référant aux versions étymologiques du mot anglais brace, la professeure S. O. Švačko, dans l’ouvrage méthodologique The quantitative units of the English language: translation aspects (Švačko 2008: 57–63), révèle le rôle exceptionnel de la main qu’elle a joué dans les processus d’établissement de la quantité, du comptage et de la mesure dans de nombreuses cultures linguistiques, comme l’attestent les parallèles sémantiques de l’ancien français brace, brase – « deux mains » et du latin brachium, brachia – « main », « mains », d’où ils sont passés dans la plupart des langues européennes, y compris l’anglais, avec leur sens originel de « deux mains ». Plus tard, principalement dans le contexte phraséologique, la sémantique originelle a servi à développer des significations concrètes et quantitatives. Pendant longtemps, le mot brace a fonctionné parallèlement au mot fathom: They have built a tomber [...] a brace and a half high et a finalement été remplacé par ce dernier. Dans des travaux ultérieurs, notamment dans l’article « Means of expressing the concept of duality in English » (2010), la professeure S. O. Švačko et Iryna K. Kobiakova, en s’appuyant sur les mêmes parallèles étymologiques, soutiennent non seulement leurs liens avec l’appariement dans le processus de comptage des objets, mais aussi avec la dualité. 258 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis) Sur la base des étymologies ci-dessus, S. O. Švačko suggère que la signification concrète du mot brace était originelle, primaire, et que les significations secondaires se sont développées à partir d’elle (Švačko 2008: 57). La chercheuse présente la dérivation sémantique de brace selon le schéma suivant: « attelage de chiens » → « chiens dans un attelage » → « deux animaux » → « deux ». Dans la Rome antique, la mesure des terres était le latin jugum. Ce nom est apparu à la suite de liens associatifs entre un instrument de travail et une parcelle de terre labourée en une seule journée. Au fil du temps, le mot a acquis le sens de « deux » (Švačko 2008: 57). Un mode similaire d’évolution sémantique, du sens concret au sens quantitatif, caractérise également des formations telles que l’anglais moderne yoke; span: cf. l’anglais ancien ġeoc – « dispositif servant à atteler des animaux de trait par le cou; paire d’animaux ainsi attelés; fig. assujettissement, oppression » (ODOEE 1966: 1020), cf. le matériau génétique de yoke, qui montre des liens sémantiques étroits avec le saxon ancien juc, le vieux haut allemand joh; le vieux norrois ok; le gotique, juk, le latin jugum, le vieux slave igo; le lituanien jùngiu – « attelage »; le sanskrit yoga; le hittite jugan (ibid.). Le mot span – « attelage, joug (par ex. à un véhicule) » a connu une évolution similaire: le sème d’« appariement » se différencie au Canada, aux États-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud lorsqu’il désigne le nombre de taureaux, de chevaux et d’éléphants. En anglais moderne, ce sème est plus souvent distingué dans les sens des mots couple, pair, puisque les quantitatifs span, yoke, brace sont d’usage limité et considérés comme des archaïsmes. La principale conclusion tirée par S. O. Švačko (2008) est importante pour l’étude des processus de sémiose linguistique des quantitatifs en général. Dans les cas où des mots ayant le sens de quantité, de comptage et de mesure (des quantitatifs tels que mile) sont dérivés de numéraux, leur structure sémantique n’étymologise pas le sens substantiel; s’ils sont apparus plus tard (Švačko 2008: 59) que les numéraux, leur évolution peut être retracée du sens substantiel au sens quantitatif. 3. ANALYSE COMPONENTIELLE ET SON EFFICACITÉ DANS LA DÉTECTION DES CHANGEMENTS DE MODULATION DANS LA STRUCTURE SÉMANTIQUE DES QUANTITATIFS PHRASEMIQUES Les quantitatifs dans le contexte phrasémique oscillent entre deux pôles de corrélation dénotative: d’une part, ils reflètent un lien avec des objets spécifiques du comptage, de la quantité et de la mesure, ce qui assure leur univocité; d’autre part, Straipsniai / Articles 259 SERHII VASKO les sens figurés et symboliques nous permettent de percevoir les quantitatifs comme des signes chargés figurativement, qui ne sont liés ni à une valeur quantitative spécifique, ni à la valeur du comptage, ni à la valeur d’une certaine entité mesurable. Le phénomène de modulation sémantique des quantitatifs dans les phrasèmes de l’anglais résulte de la compréhension logique, mathématique et naïve des procédures de comptage, de quantité et de mesure. Alors qu’une approche strictement mathématique implique l’univocité et la précision du résultat de ces procédures, dans la sphère de la culture nationale et de la conscience linguistique naïve, de telles opérations peuvent être transmises par une réinterprétation figurée des propriétés irrationnelles d’un objet, d’un sujet, d’une substance, d’un espace, etc. Pour démontrer les mécanismes de la réinterprétation phraseosémiotique des opérations de comptage, de quantité et de mesure, reflétées dans l’esprit des représentants de la culture linguistique anglophone et enregistrées au moyen de divers quantitatifs, la méthode de l’analyse componentielle semble être la plus appropriée. La technique de l’analyse componentielle fait partie intégrante de la méthode structurale développée et décrite dans les travaux de Louis Hjelmslev (1961), S. Gries (2008) et d’autres linguistes-fondateurs de la sémasiologie structurale. L’objectif de l’analyse componentielle est de décomposer la structure sémantique d’un mot en ses composants. La structure sémantique d’un mot est conçue comme l’unité de significations interdépendantes organisées au sein d’un lexème unique d’une langue donnée, en tenant compte des relations systémiques et des régularités de son fonctionnement. Cela implique que la structure sémantique d’un mot est une hiérarchie de significations et de leurs LSV, au sommet de laquelle se trouve ce que l’on appelle l’archisème, concrétisé par des sèmes de différents niveaux d’abstraction (intégraux, différentiels, gradationnels, etc.). La structure sémantique d’un mot peut être reconstruite en exécutant deux opérations successives: 1) isoler les plus petits composants du sens d’un mot ou d’un LSV entier, c’est-à-dire les sèmes; 2) établir les connexions et les relations régulières entre les sèmes, c’est-à-dire un réseau conceptuel et sémantique. La sémasiologie structurale a élaboré diverses classifications des sèmes. Le plus souvent, elle distingue un classeme – le trait le plus généralisé sur le plan du contenu, qui reflète l’appartenance d’un mot à une partie du discours (par exemple, la présence de traits de quantité et d’étendue séquentielle dans le comptage indique que le mot est un numéral, mais en même temps, dans l’usage contextuel, il peut également appartenir aux noms, aux pronoms, etc.). Vladimir G. Gak (1972) distingue traditionnellement les types de sèmes suivants: archisème (un sème général de signification invariante (dans le matériau étudié, l’archisème reflète un trait 260 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrases of English (Methodical Practices of Analysis) qui est caractéristique des verbalisateurs des trois concepts susmentionnés: QUANTITY, COUNT et MEASURE). Les sèmes intégratifs sont communs à différentes valeurs invariantes (dans ce cas, les sèmes intégratifs transmettent une information commune aux trois concepts). Les sèmes différentiels des significations aspectuelles reflètent les traits selon lesquels les variantes quantitatives sont opposées dans les phrasèmes regroupés par le sème intégratif. Les sèmes potentiels sont actualisés dans le contexte large du fonctionnement des quantitatifs phrasémiques. En outre, le chercheur souligne que, dans différents scénarios d’emploi, chacun de ces sèmes peut être actualisé et passer au premier plan, tandis que les autres sèmes reflétant des aspects de la nomination déjà connus ou non pertinents pour le locuteur perdent leur importance, sont neutralisés et peuvent même disparaître complètement de la structure sémantique du mot (Hook 1972: 371). Chaque sème mis en évidence est un composant de la signification, et un LSV est un composant sémantique de la signification quantitative dans son ensemble. Dans ce cas, un sème est compris comme le reflet, dans l’esprit d’un locuteur natif de l’anglais, d’un trait de la sémantique quantitative générale représenté par un ensemble de sèmes structurellement ordonnés (l’algorithme d’extraction des sèmes est suffisamment décrit dans les travaux les plus récents: Susana Widyastuti 2010, Sri Dewiyanti et Hani Suryani 2017, ainsi que le mécanisme de leur réorganisation (modulation sémantique) à partir de l’exemple des quantifieurs au paragraphe 1 de l’article). Par exemple, le sème intégratif des quantitatifs (qui verbalisent le concept de MEASUREMENT) est représenté par au moins quatre sèmes différentiels: hauteur, largeur, longueur et temps. 1. Le sème différentiel « hauteur » (anglais: low, short, lowly) se distingue dans les phrasèmes A low hedge is easily leaped over, qui est employé pour désigner « les personnes qui profitent d’autres personnes, pour la plupart faibles ». Un autre phrasème, Short folk are soon angry – litt. « Les gens de petite taille (court/court) se mettent vite en colère », présente également, dans ses définitions, ce sème différentiel identifié à partir des oppositions binaires « haut – bas », « beaucoup – peu », « haut – bas ». Ces exemples montrent l’actualisation d’une évaluation négative de la valeur analysée, associée à des traits humains négatifs tels que l’arrogance, l’intérêt personnel et l’agressivité. La réinterprétation de la valeur mesurée s’est produite à la suite de la modulation sémantique du quantitatif dans le contexte phrasémique. Parallèlement, on peut également observer une connotation/évaluation positive de la hauteur à l’aide de quantitatifs dans le phrasème Lowly sit, richly warm, qui est employé pour justifier le comportement d’une personne prudente/réfléchie, déterminée et persévérante. 2. Le sème différentiel « largeur » (narrow, thin) se réalise dans la signification du phrasème Wide will wear, but narrow will tear, qui sert à caractériser une personne lorsqu’elle est perçue selon l’harmonie ou la disharmonie entre ses vêtements (son apparence) et ses qualités intérieures. Dans le phrasème A thin meadow Straipsniai / Articles 261 SERHII VASKO is soon mowed – littéralement, « Une prairie couverte d’herbe clairsemée est facile à faucher » –, le quantitatif de largeur thin actualise la signification phraséologique de « reprocher aux personnes de faire des choses stupides », exprimant une attitude négative envers des qualités humaines telles que le manque de bon sens et d’intelligence. 3. Le sème différentiel « longueur » (anglais: near, next, neighboring, short) est différencié dans la signification du phrasème A long tongue is a sign of a short hand pour évaluer une personne qui « promet beaucoup mais fait peu ». Ici, la situation sémiotique « beaucoup n’est pas suffisant » est explicitement opposée. Dans l’exemple donné ci-dessus, la réinterprétation figurée de la signification du quantitatif short, « courte distance » ou « courte longueur », acquiert une évaluation négative dans la culture linguistique anglaise à la suite de sa modulation sémantique. Une appréciation positive de cette valeur s’observe dans la signification figurée « plus on est proche de la famille, mieux c’est » du phrasème It is good to be near of kin to land <an estate> – litt. « Il est bon qu’une personne s’installe près de sa famille ». 4. Le sème différentiel « temps » (anglais: awhile, fast, quick, quickly, short, soon) est caractéristique de la signification phrasémique des quantitatifs mesurant une grande ou une petite quantité de temps nécessaire pour effectuer quelque chose ou pour l’approche/la survenue de quelque chose: The mirth of the world dureth but a while – litt. « La joie est de courte durée »; A moneyless man goes fast through the market – litt. « Une personne sans argent se déplace rapidement dans le marché » (opposition en termes de « beaucoup – peu », « pauvre – riche »); At every hour death is near – litt. « La mort se rapproche d’heure en heure » (soulignant l’inévitabilité de la mort: un contraste dans l’opposition « vie – mort »); Quick and nimble, more like a bear than a squirrel – litt. « Une personne agile ressemble davantage à un ours qu’à un écureuil » (un reproche adressé aux personnes lentes à accomplir des tâches urgentes: un contraste dans l’opposition « rapide – lent »). Selon le matériau de recherche, il existe également des sèmes gradationnels qui indiquent le degré de manifestation d’un trait donné. Quant à la sémantique gradationnelle des quantitatifs, elle exprime le degré de sa manifestation par rapport à la norme. Le degré de manifestation d’un trait est indiqué par des marqueurs gradationnels ou gradateurs, qui signalent la présence d’un gradème résultant de la modulation sémantique d’un quantitatif dans un contexte phrasémique. Les gradateurs consignés dans les définitions des quantitatifs phrasémiques nous permettent de déterminer le degré de manifestation des traits de quantité, de comptage et de mesure dans l’une des zones de l’échelle de gradation par rapport à la norme (exactly, normally, enough, average, same, similar): le degré le plus faible possible (hardly, least, slightly, little, few), le degré le plus faible de manifestation des traits de quantité ((a) little, (a) few, small (amount), not enough; less, rather, quite, almost, nearly), le degré le plus élevé possible (absolutely, completely, extremely, too, totally), un degré élevé de manifestation des traits de quantité (a lot of, lot(s), much, many, (a) large number/amount, a great/good deal of; very, all). 262 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrases of English (Methodical Practices of Analysis) La modulation sémantique est caractéristique des quantitatifs chez lesquels le sème gradationnel est actualisé, indiquant le degré de manifestation d’une quantité imprécise dans l’opposition « beaucoup – peu ». Par exemple, la signification phraséologique de l’expression stable bow and scrape (to show too much respect to somebody important), litt. « manifester trop d’affection à quelqu’un », est actualisée sur la base du gradatif too much, qui exprime le degré maximal possible de manifestation du trait quantitatif imprécis « beaucoup ». Dans ce cas, l’indicateur du degré extrêmement élevé de sa manifestation montre une gradation ascendante. L’extrait analysé du matériel linguistique et illustratif sélectionné (comme l’attestent les verbalisateurs individuels du concept MEASURE) confirme l’hypothèse selon laquelle la technique de l’analyse componentielle, avec ses algorithmes, constitue l’outil le plus optimal pour étudier les processus et les mécanismes de la modulation sémantique des quantitatifs dans le contexte phraséologique. 4. CORRÉLATION DE L’ACTIVITÉ DES QUANTITATIFS PHRASÉOLOGIQUES AVEC LES PROCESSUS DE MODULATION SÉMANTIQUE L’étude de cette question nous permettra de nous faire une idée claire du degré de participation de différents quantitatifs aux processus de modulation sémantique et, par conséquent, à la génération du sens phraséologique par la transformation de leur structure sémantique (au niveau des significations ou des LSV). Les observations préliminaires suggèrent que la plus grande activité dans le contexte phraséologique (et, par conséquent, la productivité de la modulation sémantique) est manifestée par le quantitatif et pronom one qui, bien qu’ayant le sens de « un » (nombre, quantité): oneself, oneness, one-armed, one-sided, one-way (street), one-track (road), one-armed bandit, one-time, one-star (hotel), one-up-man-ship, réalise, dans le processus de la sémiose phraséologique, les diverses potentialités de sa structure sémantique multidimensionnelle. Apparemment, l’activité de formation phraséologique du quantitatif one, avec sa stratification de modulation sémantique, peut s’expliquer avant tout par des facteurs extralinguistiques. Jack Tresidder note dans son Dictionary of Symbols: « le nombre un symbolise l’intégralité primordiale, l’essence divine, la lumière ou le soleil, la source de la vie » (Tressider 1997). Les pythagoriciens accordaient une importance particulière à l’unité et estimaient qu’elle n’était pas simplement un nombre comme les autres, mais le commencement des nombres; pour devenir un nombre, toute chose doit s’unir dans l’unité. C’est pourquoi les pythagoriciens firent Straipsniai / Articles 263 SERHII VASKO ne considèrent pas l’unité comme un nombre impair. Le premier nombre pair, selon eux, est deux, tandis que le premier nombre impair est trois. Jean C. Cooper parle des valeurs originelles de l’unité: « commencement », « unité primaire – la cause première », « Créateur », « essence », « centre mystique (y compris le centre de la maison – le foyer) », « quelque chose d’indivisible », « ascension ». L’unité est associée au principe qui a contribué au développement de la qualité et, ainsi, à la formation de l’idée de multiplicité – le multiple. Autrement dit, l’unité est devenue le fondement de tous les nombres et la base de la vie. En astrologie, elle correspond au Soleil; dans le symbolisme alchimique, elle est associée au Feu (Cooper 1987). En conséquence, la création de signes phraséologiques avec le quantitatif one repose sur l’image du commencement, de la primauté, de l’unité, d’une certaine intégralité, etc. Toutes les entités dérivées de noms contenant des significations expressives et évaluatives renvoient nécessairement à l’image qui a constitué la source de la motivation linguistique et culturelle (du choix) du mot en question pour la nomination d’un nouveau signifiant notionnel (désignateur). L’image créée est toujours associée à l’analogie ou à la comparaison comme moyen d’établir une similitude. Le matériel sélectionné confirme empiriquement les thèses et arguments susmentionnés selon lesquels le composant one se caractérise par une activité élevée; toutefois, le degré de productivité des archisèmes et leur redistribution à la suite de la modulation sémantique nécessitent une étude plus approfondie. L’archétype « nombre » est directement actualisé dans les phrasèmes qui reflètent à la fois des représentations universelles et des représentations propres à une nation concernant la précision des opérations arithmétiques (clear as that two and two make four) ou la désignation spécifique d’un concept qui existe ou a existé: The 39 Articles de l’Église d’Angleterre; ou la désignation d’un événement spécifique qui se produit pour la première fois: first night « première représentation, la première représentation »; get to (reach) first base « faire le premier pas dans une affaire donnée ». Selon M. O. Šutova (2016), puisque, dans la culture linguistique anglaise, la personne est encline à l’individualisme, ce stéréotype ethnoculturel du caractère anglais (avoir une opinion) est fixé par le symbolisme du composant quantitatif one, qui, outre l’archétype « quantité », actualise le sème intégral « séparé/individuel », en mettant l’accent sur la valeur intrinsèque de ce qui existe dans son unité: one and the only: one rotten apple spoils the barrel; one and the only « unique, le seul »; look after (take care of) number one « prendre soin de soi, de ses intérêts »; one in a million « un sur un million »; one-way « à sens unique », etc. L’activité phrasémogène se manifeste également par la réalisation de sèmes différentiels: « intégralité, mais non comme pluralité, plutôt comme quelque chose d’unique »: to be of one accord; on one footing; one bone one flesh; all in one breath; all for one and one for all;; « opposition l’un à l’autre »: one fire drives out another; talking is 264 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrases of English (Methodical Practices of Analysis) one thing, doing is another; one man’s meat is another man’s poison; « instructions » (dans les phrases bibliques): the Evil One; the One above; « séquences »: one after another/one by one. La structure sémantique stratifiée des significations et des LSV du quantitatif one en tant que partie des signes phrasémiques, sur la base desquels sont distingués les sèmes différentiels « précision », « singularité », « identité », « unité », « intégralité », « séquence », etc., permet de le considérer comme un modèle invariant-variant archétypal-prototypique-stéréotypique. Le quantitatif one est un symbole aux multiples facettes et, en raison de sa nature exceptionnelle, il occupe une place particulière parmi les nombres. Cela explique sa très grande activité et sa modulation sémantique productive dans la composition des phrasèmes anglais. Le quantitatif two est si actif qu’il encode l’idée de divisibilité du tout. Si, dans la conscience mythologique, l’unité était représentée comme bonté et bonheur, la dualisation apparaît alors comme la désintégration de l’unité – comme le mal et la misère, par exemple: two dogs over one bone seldom agree. Lors de la sélection initiale des phrasèmes de l’échantillon, comme dans le matériel précédent comportant le composant one, nous avons attesté des exemples où le quantitatif two réalise l’archisème « quantité », mais avec l’actualisation du sème différentiel « conflit » sur ce fond. Les phrasèmes dans lesquels ce composant conserve sa signification quantitative formelle sont réunis par le thème général d’une situation conflictuelle, qui exige au moins deux parties: there are/it takes two to tango; it takes two to make a quarrel. Alors que le quantitatif one indique l’absence du sème intégral de « quantité imprécise », à savoir la « pluralité », le quantitatif two l’acquiert dans le contexte phrasémique, mais parfois non pas directement, plutôt par l’actualisation du sème différentiel de « bipartition » (between two fires, fall (sit) between two stools), tout en conservant la sémantique primaire d’« indication de la similarité, de la ressemblance des objets ou des caractéristiques des personnes » (as like as two peas). Voici des exemples de l’activité du quantitatif two dans le processus d’actualisation du sème intégral « quantité imprécise » dans ses significations phrasémiques: la transformation de sens du numéral two s’observe dans le processus de phraséosémiose dans des signes tels que between two evils ‘tis not worth choosing/of two evils choose the less, où le sens littéral de two alternatives/adversités, entre lesquelles il faut choisir, est interprété comme une quantité imprécise (plusieurs situations problématiques). La signification précise du quantitatif two devient imprécise dans son LSV « impossibilité de résoudre toutes les tâches à la fois » au sein de signes phrasémiques tels que if you run after two hares you will catch neither. Le même processus se produit lors de la réinterprétation du phrasème to kill two birds with one stone, où le quantitatif two désigne un certain ensemble (plusieurs Straipsniai / Articles 265 SERHII VASKO problèmes), et où le quantitatif one, dans ce contexte, actualise le sème différentiel « économie de ressources ». Dans cet exemple, nous observons une modulation sémantique de l’archisème « quantité » pour deux quantitatifs – one et two. De tels exemples ne sont pas rares dans les dictionnaires d’idiomes anglais. Il convient également de relever l’activité du quantitatif two en tant qu’actualisateur du sème gradationnel dans les phrasèmes cross as two sticks, as thick as two short planks, où il fonctionne à la fois comme intensificateur de la qualité et comme marqueur du degré de sa manifestation, caractérisant l’objet comme « très méchant, malveillant et complètement stupide ». Le sème gradationnel est également présent dans des phrasèmes quantitatifs comparatifs tels que be like as two eggs/like two peas in a pod, où le composant two renforce le degré de similitude des objets comparés. La forte activité sémantique du quantitatif three repose sur la signification positive de ce nombre dans différentes cultures. Le nombre three symbolise l’idée de perfection et de bonté et réalise une sémantique actionnelle dans les phrases three is the magic number; three is a charm. Les phrasèmes three in One, three foundations, dont les sources linguistiques et culturelles de motivation sont la mythologie et la religion, fixent la TRINITÉ et l’établissent comme fondement fondamental de l’univers. En outre, le quantitatif three n’actualise pas toujours des connotations positives dans les phrasèmes. Par exemple, dans la signification du phrasème two is a company, three is a crowd, l’archisème « quantité » et le sème intégral « quantité précise » actualisent les sèmes différentiels « destruction de l’ordre habituel », « déséquilibre par opposition à l’harmonie », encodés dans les significations du LSV du quantitatif two. La modulation du sème intégral « nombre précis » en rapport avec le quantitatif three repose, d’une part, sur la perte de sa signification fondamentale dans le phrasème three may keep a secret if two of them are dead, à la suite de laquelle un nouveau sème intégral « nombre indéfini/imprécis » est actualisé (plusieurs personnes ne peuvent pas garder un secret). D’autre part, le nombre précis est requis pour l’opération arithmétique, dont le sens est que le secret ne sera préservé que s’il est connu d’une seule personne, puisque le quantitatif two, comme indiqué ci-dessus, avec tout son équilibre et sa stabilité, favorise la possibilité d’un conflit. Le quantitatif seven présente une forte activité phrasémique qui, dans la conscience naïve des locuteurs de différentes langues, comme le montre le matériel anglais, est également associée à la magie, à l’éternité et aux connaissances mystérieuses. Cela explique la redistribution entre le sème intégral « quantité précise » et le sème intégral « quantité imprécise/indéfinie »: a fool may ask more questions in an hour than a wise man can answer in seven years. 266 Acta Linguistica Lithuanica XC Semic Composition Modulations of Quantitatives in the Phrasemes of English (Methodical Practices of Analysis) Apparemment, le numéral ordinal quantitatif seventh devrait probablement être classé comme actif dans le contexte phrasémique, puisqu’il actualise dans sa structure sémantique le sème gradationnel de « degré supérieur de plaisir/de jouissance »: to be in your seventh heaven. Outre la réalisation du sème intégral « quantité imprécise » et du sème gradationnel « degré le plus élevé de manifestation d’un trait » dans le contexte phrasémique des quantitatifs seven/seventh, il convient d’accorder de l’attention aux facteurs extralinguistiques liés aux sources religieuses et mythologiques de leur motivation, où ils réalisent le sème intégral « quantité précise »: to commit the seventh (commandment); the seven wonders of the world. Les autres quantitatifs du top dix, à commencer par four, notamment five, six, et nine, manifestent une faible activité de formation phrasémique, modélisant des sèmes gradationnels intégraux dans le contexte phrasémique, en particulier « d’une quantité indéterminée (beaucoup) »: a stitch in time saves nine. Le quantitatif four, dans le contexte phrasémique, conserve le sème intégral de « quantité précise », qu’il actualise par des conceptions cosmogoniques concernant les quatre coins de la terre, les quatre éléments, etc., dans lesquelles est préservée la signification exacte et réelle de sa perception symbolique. Une étude des phrasèmes sélectionnés contenant les quantitatifs cinq et six montre leur faible activité, ceux-ci tendant à conserver un lien avec la quantité précise. Le nombre cinq, dans le contexte phrasémique, est associé au symbolisme de la main – les cinq doigts, la main de quelqu’un. L’identification de ce nombre à la main constitue la base motivationnelle du phrasème to give smb. five, qui signifie « se serrer la main ». Le nombre six réalise sa sémantique quantitative à l’aide du nombre ordinal sixième dans l’expression sixième sens, employée pour désigner la capacité personnelle suprasensorielle accrue de percevoir et de deviner intuitivement quelque chose (en plus des cinq sens). Quant au quantitatif neuf, son activité de formation phrasémique est faible et est principalement associée à l’actualisation du sème graduel; par exemple, le phrasème cats have nine lives signifie un degré élevé de manifestation du trait et souligne symboliquement l’extraordinaire endurance vitale des chats. Le sème graduel « faire preuve de compétences exceptionnelles » est également modélisé dans d’autres signes phrasémiques tels que to be on cloud nine; to touch it off to the nines. Parmi les diverses activités des nombres de la première dizaine (nombres cardinaux et ordinaux qui servent de composants quantitatifs dans la formation phrasémique), aucun exemple contenant le nombre huit n’a été trouvé à ce stade de l’étude dans le matériau sélectionné. Néanmoins, l’échantillonnage du matériau se poursuit. Straipsniai / Articles 267 SERHII VASKO CONCLUSIONS En résumé, nous relevons que les quantitatifs de l’anglais sont des signes symboliques qui encodent la compréhension logique, mathématique et naïve du monde, fondée sur les opérations de comptage, de quantité et de mesure. Dans la sphère de la culture nationale et de la conscience linguistique naïve, de telles opérations peuvent être transmises par la reconsidération figurative des propriétés irrationnelles d’un objet, d’un sujet, d’une substance, d’un espace, etc., dans des phrasèmes comportant un composant quantitatif dans leur sémantique. Les résultats de l’étude montrent que le fonctionnement des quantitatifs dans les phrasèmes de l’anglais et leur structure sémantique sont soumis à diverses transformations: dérivation sémantique, transposition sémantique et modulation sémantique. Cette dernière est liée aux mécanismes de réagencement des composants sémantiques dans la structure sémantique des quantitatifs – des archisèmes aux sèmes graduels. Au cours de l’analyse de la modulation de la composition sémantique des quantitatifs dans les phrasèmes de l’anglais, il a été établi que la limite transitionnelle de ce phénomène correspond aux changements dans lesquels l’archisème se réalise dans au moins un trait (intégral, différentiel ou graduel) de la signification principale du quantitatif ou de son LSV. Il a été démontré que l’activité de formation phrasémique des quantitatifs, actualisée par des facteurs intralinguistiques et extralinguistiques, influe directement sur la stratification de leur structure sémantique et, par conséquent, sur la redistribution de ses composants sémantiques. SOURCES LEXICOGRAPHIQUES POAD – Pocket Oxford American Dictionary, Oxford: Oxford University Press, 2008. ODOEE – Oxford Dictionary of English Etymology, Oxford: Clarendon Press, 1966. ODOI – The Oxford Dictionary of Idioms, éd. par J. Siefring, New York: Oxford University Press, 2004. LDOCE – Longman Dictionary of Contemporary English, éd. par Ch. Fox, R. Combley, Harlow: Pearson Education, 2015. Disponible à: https://www.ldoceonline.com/dictionary/airplane. REFERENCES Akulenko Liudmila G. 1982: Акуленко, Людмила Г. 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Kiekybinių rodiklių seminės kompozicijos moduliacijos anglų kalbos frazėse (analizės metodinės praktikos) SANTRAUKA Straipsnyje pristatoma speciali invariantų–variantų metodika, skirta anglų kalbos kiekybinių žodžių semantinių pokyčių, kuriuos jie patiria veikiami frazėminio konteksto, analizei. Semantiniai kiekybinių žodžių pokyčiai angliškose frazėse atspindi tokį procesą kaip semantinė moduliacija, kuri siejama su semantinių komponentų pergrupavimo kiekybinėse reikšmėse mechanizmais: nuo archisemų iki gradacinių semų. Pradiniame specialiosios metodikos kūrimo etape automatizuotai (naudojant kompiuterinę programą „Acrobat Reader“) buvo atrenkami anglų kalbos kiekybiniai rodikliai (skaičių pavadinimai, prietaisų pavadinimai, matavimo vienetų pavadinimai, skaitvardžiai, įvardžiai, daiktavardžiai, prieveiksmiai ir kt. su skaičiavimo, kiekio ir matavimo semantika) iš Straipsniai / Articles 271 SERHII VASKO elektroninių aiškinamųjų žodynų su vėlesne jų reikšmių ir angl. LSV (frazeologiškai susietos reikšmės) analizė. Antrajame etape buvo tęsiama automatizuota frazių, turinčių kiekybinį semantikos komponentą, paieška elektroniniuose frazeologijos šaltiniuose ir identifikuoti frazemas formuojantys itin produktyvūs, mažai produktyvūs, kurie tik kartais dalyvauja frazeminėje daryboje, taip pat ir visai neproduktyvūs kiekybiniai vienetai. Remiantis konkrečia faktine medžiaga įrodytas naujos metodologinės praktikos invariantų–variantų požiūrio taikymo kiekybės semantinei moduliacijai tirti – nuo archisemos, kaip kiekybinės reikšmės invarianto, iki integralinės, diferencinės ir gradacinės semos plėtojimo leksiniuose ir semantiniuose variantuose – efektyvumas. Daroma išvada, kad kiekybinių žodžių frazės formavimo procesas, kurį aktualizuoja vidiniai kalbos ir nekalbiniai veiksniai, tiesiogiai veikia jų semantinės struktūros stratifikaciją, taigi ir jos semantinių komponentų persitvarkymą. Įteikta 2024 m. kovo 14 d. SERHII VASKO Kyiv National Linguistic University 73, Velyka Vasylkivska Str. 03150, Ukraine, Kyiv [email protected] 272 Acta Linguistica Lithuanica XC