scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

La fabrique du personnage de légende : l'exemple d'Erwin von Steinbach

Jacob, Pierre

Abstract

Dans le second volume de son roman Là-bas sont les dragons, Patrick Schmoll décrit un exercice intéressant de falsification historique : le héros de son récit, Tilmann, et Enea Silvio Piccolomini, futur pape Pie II, créent un personnage fictif, Caspar Stange, qui va prendre vie sous leurs yeux. Des intervenants successifs vont lui donner un semblant de consistance, et il va même faire carrière, sans que personne ne le voie jamais. Nous savons aujourd'hui que Caspar Stange est un personnage historique qui a réellement existé. Alors que dans la fiction, il est un personnage de fiction. Patrick Schmoll touche ici à la question de la vérité des récits historiques, et de leur solidité. L'Histoire est-elle un empilement de fictions, plus ou moins bien conservées dans nos sources ? L'histoire locale alsacienne fourmille de cas illustrant cette problématique. Le mieux connu est celui d'Erwin von Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, et de sa fille Sabine. De leur légende, qui s'est maintenue pendant cinq siècles, on peut aujourd'hui retracer la genèse et les développements. Lancée en 1432 par ce même Piccolomini, elle se modifie, s'enrichit, se laisse porter par des modes, des intérêts, produit même une statuaire, et finit par disparaître au XXe siècle devant les progrès des connaissances en histoire de l'art.

Full text

83 La fabrique du personnage de légende L’exemple d’Erwin von Steinbach Pierre Jacob Dans le deuxième volet de son roman Là-bas sont les dragons, Patrick Schmoll met en scène plusieurs conversations entre les personnages de Tilmann et Silvio Piccolomini, qui portent sur la réalité des figures historiques, laquelle ne tient qu’à leurs écrits et à ceux de leurs biographes. Silvio prend l’exemple de Jules César : Prenons un personnage illustre dont personne ne contestera qu’il ait existé, comme Jules César. Pourtant, qu’est-ce qui nous assure qu’il a vraiment existé ? Ni toi, ni moi ne l’avons jamais vu, puisqu’il appartient au passé. Ce sont donc ses propres écrits, et les témoignages de ses contemporains, comme Asinius Pollion ou Salluste, qui en attestent. La preuve, c’est l’écrit. Mais ces écrits, ensuite, peuvent disparaître ou devenir lacunaires, ou bien des copies en sont faites dans lesquelles des scribes fantaisistes et peu scrupuleux peuvent introduire des fables. (…) La consistance qu’a le personnage pour nous aujourd’hui, l’image que nous nous en faisons, et l’influence réelle qu’a cette image dans tous les aspects de notre univers, a une vie presque détachée de l’être de chair et d’os qui a un jour existé sous ce nom, de même qu’au théâtre nous ne voyons que le personnage et non l’acteur qui est sous son déguisement. Nous voyons une scène sur laquelle les personnages sont agis par les textes écrits par d’autres. Quand, un siècle plus tard, Plutarque rédige la vie de César, il le fait dans le dessein de dégager une morale, et la vérité historique lui importe moins que le message que, lui, veut y lire. Il décrit tout pareillement, comme des PENSER L’AILLEURS 84 faits historiques, les vies de Thésée et Romulus qui sont des héros de légende (Schmoll, 2020, p. 155-156). Silvio fait alors la proposition suivante : « Comment pouvons-nous montrer la force de l’écriture, si ce n’est par l’expérimentation ? Je te parie que nous pouvons inventer un personnage, qui sera fictif de toutes pièces, et que les écrits que nous produirons feront de lui un personnage réel. Nous allons lui donner naissance, l’habiller, lui fournir un état civil et voir jusqu’où l’imposture peut lui donner consistance de réalité » (Schmoll, 2020, p. 156.). Ils inventent alors le personnage de Caspar Stange, qui va prendre cette « consistance de réalité » jusqu’à vivre sa vie propre, du fait d’être porté par les échanges entre des personnes et des groupes prétendant l’avoir rencontré, et qui ont intérêt à croire et à faire croire qu’il existe réellement. Ce fantôme finira par intriguer l'empereur Sigismond de Luxembourg, qui le fera convoquer, au grand dam de ses créateurs qui devront multiplier les astuces pour expliquer son absence physique… Plus loin dans le roman, Silvio fait le rapprochement avec le conte du Chat botté. Le chat est un habile discoureur qui fait de son maître, pauvre et nu, un aristocrate prétendument dépouillé par des brigands. L’histoire de Caspar est un gentil coup de coude aux historiens, qui eux aussi racontent des histoires, et doivent donc constamment contrôler leurs sources pour ne pas verser dans la légende. De fait, des cas bien réels existent, de constructions légendaires maintenues en vie dans l'esprit du public pour des intérêts particuliers ou collectifs. Nous proposons d’en détailler ici un exemple, celui d’Erwin von Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, qui s'est trouvé, après sa mort, pris dans une légende qui n'a cessé de grossir pendant quatre siècles. L'intérêt de ce cas, qui n'est pas le seul dans l'Histoire, est qu'il nous permet de discerner les acteurs à l'œuvre et de saisir les LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 85 mouvements des mentalités qui ont permis cette construction. Maître Erwin : des bases historiques fragiles Depuis un siècle, la recherche a clarifié la biographie d’Erwin dit « von Steinbach ». Les sources disponibles permettent notamment de lui attribuer la conception de la façade occidentale et la réalisation de la rosace1. On ignore la date et le lieu de sa naissance, ainsi que le moment exact de son entrée en fonction à Strasbourg. Il apparaît dans deux documents en 1284 et 1293. Son épitaphe, perdue, puis retrouvée en 1816, nous renseigne sur sa famille. En ce qui concerne ses origines, on s’est beaucoup appuyé sur une inscription au-dessus du portail principal, qui faisait remonter le début de son travail en 1277. Elle datait sans doute des années 1380 c’est-à-dire de la fin de la dynastie erwinienne. C’est le seul endroit où Erwin est dit de Steinbach (Will, 1980, p. 13-20). Les sources directes sont donc maigres. Mais l’imagination humaine a horreur du vide, elle en a ensuite patiemment comblé les lacunes par un empilement de suppositions, dont la sédimentation a fini par donner à la légende un statut quasiment historique. La genèse du mythe : le rôle du patriotisme local On a longtemps associé l’essor du mythe d’Erwin à la visite de Goethe en 1771. En fait, en 1998, R. Lehni a montré que dès le XVIe siècle, il a profité du patriotisme des Strasbourgeois et de leur volonté de valoriser leur 1. Pour une biographie moderne d’Erwin, rubrique de T. Rieger : « Erwin dit de Steinbach », site de la Fédération des sociétés d’histoire & d’archéologie d’Alsace. PENSER L’AILLEURS 86 cathédrale (Lehni, 1998, p. 91-106). Cette dernière était, depuis l’achèvement de la tour en 1439, l’édifice le plus haut d’Europe. Ce patriotisme s’est particulièrement illustré au moment du concours de tir de 1576. La ville cherchait alors des alliés, et Zurich était intéressée. On a donc montré à la délégation suisse, outre les remparts de la ville et les canons de son arsenal, la cathédrale et l’horloge astronomique d’Habrecht, récemment achevée. Fischart, qui relate cette visite dans un poème, y voit la meilleure illustration des techniques et de la science des Strasbourgeois (Fischart, 1577). Il ne mentionne pas Erwin, mais en 1566, dans un autre poème, il l’avait montré à l’œuvre dès la pose des fondations en 1015. Le personnage d’Erwin avait déjà pris son essor, porté par la gloire de la cathédrale. On lui attribuait un âge canonique, ce qui ne semblait gêner personne. C. Morant, en 1548, avait déjà écrit : « En l’an 1277, sous l’évêque Conrad de Lichtenberg, Erckwin de Steinbach a commencé la construction des tours qu’il a menée jusqu’aux quatre escaliers à vis en 1384... » (Lehni, 1998, p. 97). Erwin aurait donc été actif pendant trois siècles ! Au XVIIe siècle, le mythe a continué de prospérer grâce aux premiers guides touristiques. Très tôt, il a existé une littérature destinée aux visiteurs, attirés par la réputation de l’édifice. Des estampes le représentant mentionnaient naturellement la part d’Erwin. On pouvait se les procurer dans les boutiques qui s’étaient incrustées dans la cathédrale. Le mythe erwinien bénéficiait de l’essor de l’imprimerie et de la gravure2. Mais ses incohérences doivent beaucoup à la méconnaissance des étapes du chantier et de la biographie réelle d’Erwin. Les erreurs et affabulations ont, dans un premier temps touché à l’ampleur de son œuvre, laquelle finit par englober toute la façade, et des éléments décoratifs 2. On les voit bien sur la gravure de W. Hollar de 1630. On y trouvait des métiers du livre (von Seyboth, 1894, p. 149). LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 87 intérieurs comme la fameuse « procession des animaux ». En ce XVIIe siècle, les premiers visiteurs français, constatant des ressemblances entre Strasbourg, Thann et Fribourg, les expliquent par l’activité du génial architecte (Lehni, 1998, p. 102). Peut-être parce qu’on trouvait sa biographie trop désincarnée, on éprouve aussi le besoin de lui donner une apparence physique. En 1664, Balthasar de Monconys, de passage à Strasbourg signale un « joli conte » qui veut le reconnaitre dans le fameux « homme accoudé » visible près de l’horloge astronomique3. En 1705, le pas est franchi par J.F. Félibien, qui l’identifie à Erwin. En 1733, on croit aussi le reconnaître dans « l’homme au cadran solaire », une sculpture de la tour, qui porte simplement la même coiffure4. On étoffe aussi sa biographie. Le fait qu’il ait pu construire Thann et Fribourg blessait le patriotisme local, qui avait jusque-là porté la figure d’Erwin. D’où l’idée, rapportée par le Français L’Hermine, qu’on lui ait crevé les yeux pour le punir (de L’Hermine, 1886, p. 59). Mais il y a mieux : un poème anonyme présente la capitulation de la ville en 1681 comme une punition divine pour le traitement infligé à l’architecte5. Signalons que la même histoire 3. « Il y a sur une tribune prochaine un homme de pierre, appuyé sur un balustre dont on fait ce joli conte, que c’était l’Architecte, qui taxant son aide ou disciple d’avoir mal élevé un pilier de l’Église qui sépare la croisée de la nef, il lui répondit qu’il souhaitait qu’il durât aussi longtemps que cela subsisterait et que les Chanoines avaient fait mettre cette figure pour marque » (de Monconys, 1666, p. 297). Une version plus moderne identifie l’homme accoudé avec un paysan du Kochersberg. 4. « L’on voit aussi en quelque endroit la figure de l’architecte, mais c’est au dedans de l’Église... cette figure paraît comme appuyée sur la balustrade du corridor d’en haut, & regardant le pilier opposé » (Félibien,1705, p. 181) Sur l’homme au cadran solaire : R. Lehni, p. 104. 5. Drei Lieder auf Strasburgs Uebergabe 1681, Jahrbücher für Geschichte, Sprache und Literatur in Elsass-Lothringen. VI (1890), p. 83. PENSER L’AILLEURS 88 est racontée à propos d’Isaac Habrecht, mécanicien de l’horloge astronomique et de Gutenberg6. Mais l’imagination n’a pas de limites. Après avoir trouvé à Erwin une apparence physique et lui avoir crevé les yeux, on va lui inventer une fille. Au départ de la légende de Sabine, un texte mal compris Dans la description de la cathédrale publiée en 1617 par Oseas Schade, on peut voir l’entrée épiscopale. Une des statues qui l’encadrent tient un phylactère, avec l’inscription suivante : Gratia divinae pietatis adesto Savinae De petra dura per quam sum facta « Que la grâce de la miséricorde divine assiste Savina, grâce à laquelle je fus faite statue à partir de la roche dure » (Schade, 1617, p. 42-43) La Savina en question était une donatrice, dont on rappelait la contribution. Mais l’ambiguïté du texte permet une lecture alternative : Savina de petra dura peut s’interpréter en Sabine de Steinbach, et per quam peut suggérer qu’elle a sculpté la pierre (Schneegans, 1850, p. 266). De fait, à l’époque d’O. Schade, cette statue était déjà au centre d’une construction légendaire depuis deux siècles. Elle avait pris naissance en 1432, avec Enea Silvio Piccolomini, le vrai, celui que Patrick Schmoll met en scène dans son livre. De passage à Strasbourg, il avait mal lu l’inscription et avait qualifié la statue d’imago a virgine fabre facta, « sculpture réalisée par une jeune artisane » (Piccolomini, 1518). 6. Cette tradition, très tenace, est impossible : Habrecht a continué de construire des horloges après 1574. LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 89 On assiste ensuite, comme pour Erwin, à un empilement d’interprétations fautives. En 1521, l’humaniste Jérôme Guebwiller identifie la statue porteuse du phylactère avec Saint Jean Baptiste, et fait de Savina la fille d’un architecte (eins werckmeisters)7. En 1587, Daniel Specklin, architecte militaire de la ville et historien, franchit un nouveau pas en identifiant cet architecte avec Erwin8 (Reuss, 1888, p. 298). En 1617, nouvelle étape. Oseas Schade attribue à Sabine non seulement la statue portant le phylactère, mais aussi celles de l’Église et de la Synagogue9. En 1698, Schilter publie la chronique de Twinger. Il y reprend la thèse de Schade, et en rajoute une couche en traduisant petra dura par Steinbach (Twinger & Schilter, 1698, p. 558). Au début du XVIIIe siècle, il existe donc deux personnages factices, qui s’étoffent, Erwin et sa fille10. Mais le phénomène reste local : les publications non-strasbourgeoises ignorent généralement la belle histoire de Sabine. 7. « ... ob der Thüren da man uff die gredt qött, stött ein bildnuss S. Joannis Baptistae, die hat eins werkmeisters dochter Sabina genannt, selbs mit ihrer handt artlich und uss rechter kunst gehawen, wie dan zwen Latinisch Versch daran gehawen anzeigen also lautend : Gratia tivinae pietatis adesto Savinae/ De petra tura per quam sum facta figura » (R. Will, 1992, p. 73). 8. Sauf sur ce point, il reprend Guebwiller. 9. « Damalen [à l’époque d’Erwin] wurden auch die zwey Portal uff der Greten ...bey dem Uhrwerck mit den schönen und kunstreichen Bildern gemacht, daran des Werckmeisters Tochter Savina genant, ein schön Kunststück sehen lassen, dann sie S. Johannis Bildnuss mit eygener hand gantz künstlich posiert und zur gedechtnussdessen folgende verss daran gehawen : Gratia divinae pietatis adesto savinae/ de petra dura per quam sum facta figura » (Schade, 1617: 14). 10. Ainsi : Strassburger Münster und Thurn Büchlein, 1732, p. 10-11, 34 ; Description nouvelle de la cathédrale et de sa fameuse tour, Strasbourg, 1733, p. 13, 37. PENSER L’AILLEURS 90 Goethe et Grandidier : néo-gothique et franc-maçonnerie Les choses semblent s’accélérer pour Erwin et sa fille dans les années 1770. En 1770-71, Goethe séjourne à Strasbourg. Il est fasciné par la cathédrale. De retour chez lui, dès 1772, dans sa Deutsche Baukunst, il s’efforce de réhabiliter le gothique face à la suprématie de l’art français. Il dédie le texte à Erwin, et dès les premières lignes, regrette de ne pas avoir trouvé sa tombe : Alors que j’errais en quête de ta tombe, noble Erwin, et que je cherchais la pierre qui devait m’indiquer : Anno domini 1318. XVI Kal. Febr. obiit Magister Erwinus gubernator Fabricae Ecclesiae Argentinensis, sans parvenir à la trouver, et qu’aucun de tes compatriotes n’était capable de me la montrer, pour que la vénération que j’éprouve pour toi s’épanchât en ce lieu sacré, mon âme était profondément attristée, et mon cœur plus jeune, plus chaleureux, moins sage et meilleur qu’aujourd’hui, jura de t’ériger un monument de marbre ou de grès, selon mes moyens, si je parvenais à jouir paisiblement de mes biens. Qu’as-tu besoin d’un monument ? Tu t’en es érigé le plus splendide, et si les fourmis qui grouillent alentour n’ont cure de ton nom, tu as le même destin que l’architecte qui fit se dresser des montagnes jusque dans les nuages (Bengel, 2020, p. 2). En 1770, personne ne savait donc à Strasbourg où reposait Erwin. Le mythe circulait en fait dans un milieu de lettrés, d’humanistes, puis de publicistes et d’éditeurs de guides touristiques. Au moment où Goethe écrit ces lignes, à Strasbourg, Jean-Laurent Goetz s’apprête à entourer la cathédrale d’une galerie en style gothique. Les travaux dureront de LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 91 1772 à 1779. Goetz est sur la même ligne que Goethe : la réhabilitation de l’héritage médiéval (Lehni, 1976, p. 59)11. En 1782, l’abbé Grandidier explique que la franc-maçonnerie, qui connaît à Strasbourg une véritable vogue, n’a son origine ni en Égypte, ni chez les Anglo-Saxons, mais dans la grande loge de la ville. Les deux tours originellement prévues à Strasbourg ne rappellent-elles pas les fameuses colonnes de Jakin et Boaz, dressées par l’architecte Hiram devant la porte du temple de Salomon ? Et le nom d’Erwin ne se devine-t-il pas derrière Jakin (Grandidier, 1782, p. 420-421) ? Ce faisant, il posait les premiers jalons d’un mythe maçonnique néomédiéval dont le personnage d’Erwin, tout aussi factice, devait encore bénéficier pendant au moins un siècle. Notons que depuis 1780, un certain Cagliostro, également présent à Strasbourg, fondait avec le soutien du cardinal de Rohan un rite maçonnique « égyptien ». En présentant Erwin comme père fondateur de la maçonnerie, Grandidier réagissait donc au succès grandissant de l’égyptomanie. Du coup, il donnait à la légende dudit Erwin un corps de croyants qui n’allaient pas lui faire défaut. Retour sur Sabine En 1783, Georg Jahn, auteur strasbourgeois, publie à Kehl une présentation de Sabine. Il en brosse un portrait précis et lui fait diriger le chantier de la cathédrale jusqu’à la tour nord, d’abord avec son frère, puis seule (Jahn 1783, texte cité en annexe par Lehni, 1996, p. 49-50). Quelques années plus tard, entrée en scène de Sophie de La Roche. Sophie Gutermann von Gutershofen, fille d’un médecin devenu doyen de la faculté d’Augsbourg, 11. La réaction d’un partisan du néo-classique. L’œuvre de Goetz constitue une véritable rupture. PENSER L’AILLEURS 98 Lehni R, 1976, Les arcades néo-gothiques de la cathédrale de Strasbourg, Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, XII, p. 45-70. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9749903r/f59.item Lehni R., 1998, Le mythe d’Erwin de Steinbach avant Goethe, Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, XXIII, p. 91-106. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750163r/f105.item Lehni R., 1996, Sophie von La Roche et le mythe de Sabine, Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, XXII, p. 43-51. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750800n/f55.item Lennhoff E. & Possner O., 1932, Erwin von Steinbach, In Internationales Freimaurerlexikon, Amalthea-Verlag, Wien & München, p. 449. https://archive.org/details/lennhoff-eugen-internationalesfreimaurer-lexikon-1932/page/n281/mode/2up L’Hermine L. (de), 1886, Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace, 1674-76, 1681, Éditions Veuve Bader et Cie, Mulhouse. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102905d.texteImage Monconys (de) B., 1666, Journal des voyages de M. de Monconys, Volume 2, chez Horace Boissat, et George Remeus, Lyon. https://books.google.fr/books?id=wBI5XM0IG9QC. Piccolomini A.S. [Pie II], 1518, Aeneas Silvius de pravis mulieribus. Epitaphia clarorum virorum et alia multa, Édition de Johann Adelphus Müling d'après l'épître dédicatoire à « Henricus Men » datée de 1507, Jean Petit, Paris. https://bp16.bnf.fr/ark:/12148/cb41876598t/ Rouvrois (de) Th., 1844, Voyage pittoresque en Alsace, Édition J.P. Risler, Mulhouse. Schade O., 1617, Summum Argentoratensium templum, Lazari Zetsners, Strasbourg. Schilter, Die Alteste so vol Algemeine als insbesondere Elsassische und Strassburgische Chronicke. Von Anfang der Welt bis ins Jahr nach Christi Geburth 1386 geschrieben, Strasbourg, 1698, T. II, p. 558. Schmoll P., 2019, Là-bas sont les dragons. 1. L’Herlequin, Éditions de L’Ill, Strasbourg. Schmoll P., 2020, Là-bas sont les dragons. 2. Tous les chemins, Éditions de L’Ill, Strasbourg. LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 99 Schmoll P., 2021, Là-bas sont les dragons. 3. Le donjon du temps, Éditions de L’Ill, Strasbourg. Schneegans L., 1852, L’épitaphe d’Erwin de Steinbach à la cathédrale de Strasbourg, Revue d’Alsace, Colmar. p. 1-15, 6986. https://www.alsace-histoire.org/netdba/schneegans-louis/ Seyboth (von) A., 1890, Das alte Strassburg, vom 13. Jahrhundert bis zum Jahre 1870; geschichtliche Topographie nach den Urkunden und Chroniken, Strassburg, Publisher J.H.E. Heitz (Heitz & Mundel), Strasbourg. https://archive.org/details/dasaltestrassbur00seyb/page/n3/mode/2up Reuss R., 1888, Les collectanées de l’architecte Daniel Specklin, Bulletin de la société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, XIII. https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bmha1887_1888/0176/image,info Stoeber A., 1838, Erwinia, Erwinia, ein Blatt zur Unterhaltung und Belehrung, in Verbindung mit Schriftstellern Deutschlands, der Schweiz und des Elsasses, herausgegeben von August Stöber, Volume 1, Éditions Schüler, Strasbourg. http://ark.bnf.fr/ark:/12148/cb31409361d Twinger J. & Schilter J., 1698, Die Alteste Teutsche so wol Allgemeine Als insonderheit Elsassische und Straßburgische Chronicke/ Von Jacob von Königshoven/Priestern in Straßburg/ Von Anfang der Welt biß ins Jahr nach Christi Geburth M CCC LXXXVI. beschrieben. Anjetzo zum ersten mal heraus und mit Historischen Anmerckungen in Truck gegeben von D. Johann Schiltern. Édité par Stadel, Strasbourg. Will R., 1980, Les inscriptions disparues de la porta sertorum ou Schappeltür de la cathédrale de Strasbourg et le mythe d’Erwin de Steinbach, Bulletin de la cathédrale de Strasbourg, XlV, p. 1320. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97499438/f27.item Will R., 1992, La plus ancienne description monumentale de la cathédrale de Strasbourg tirée de la chronique de l’humaniste Jérôme Gebwiller, rédigée en 1521, Bulletin de la Cathédrale de Strasbourg, XX. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750185b/f81.item PENSER L’AILLEURS 100 Sitographie : https://www.saintpierrelejeune.org/Galerie-photo-du-portaild-Erwin_a516.html. http://www.zeno.org/Literatur/M/Goethe,+Johann+Wolfgang/Theoretische+Schriften/Von+deutscher+Baukunst+%5B1772%5D. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750800n?rk=21459;2 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750185b?rk=21459;2 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9750163r?rk=42918;4 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9749903r?rk=21459;2 https://www.saintpierrelejeune.org/Galerie-photo-du-portaild-Erwin_a516.html https://www.alsace-histoire.org/netdba/grass-philippe/ https://www.alsacehistoire.org/netdba/ Pour citer ce chapitre : Jacob P. (2025), La fabrique du personnage de légende : l’exemple d’Erwin von Steinbach. In Deboos S. (dir.), Penser l’ailleurs : autour du roman Là-bas sont les dragons, de Patrick Schmoll, Strasbourg, Éditions de l’Ill, p. 83-102. DOI : https://doi.org/10.5281/zenodo.17286347 Résumé : Dans le second volume de son roman Là-bas sont les dragons, Patrick Schmoll décrit un exercice intéressant de falsification historique : le héros de son récit, Tilmann, et Enea Silvio Piccolomini, futur pape Pie II, créent un personnage fictif, Caspar Stange, qui va prendre vie sous leurs yeux. Des intervenants successifs vont lui donner un semblant de consistance, et il va même faire carrière, sans que personne ne le voie jamais. Nous savons aujourd'hui que Caspar Stange est un personnage historique qui a réellement existé. Alors que dans la fiction, il est un personnage de fiction. Patrick Schmoll touche ici à la question de la vérité des récits historiques, et de leur solidité. L'Histoire LA FABRIQUE DU PERSONNAGE DE LÉGENDE 101 est-elle un empilement de fictions, plus ou moins bien conservées dans nos sources ? L'histoire locale alsacienne fourmille de cas illustrant cette problématique. Le mieux connu est celui d'Erwin von Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, et de sa fille Sabine. De leur légende, qui s'est maintenue pendant cinq siècles, on peut aujourd'hui retracer la genèse et les développements. Lancée en 1432 par ce même Piccolomini, elle se modifie, s'enrichit, se laisse porter par des modes, des intérêts, produit même une statuaire, et finit par disparaître au XXe siècle devant les progrès des connaissances en histoire de l'art. Abstract: The Creation of a Legendary Figure: the Example of Erwin von Steinbach In the second volume of his novel Là-bas sont les dragons (There Be Dragons), Patrick Schmoll describes an interesting exercise in historical falsification: the hero of his story, Tilmann, and Enea Silvio Piccolomini, the future Pope Pius II, create a fictional character, Caspar Stange, who comes to life before their eyes. Successive interveners give him a semblance of substance, and he even makes a career for himself, without anyone ever seeing him. We now know that Caspar Stange is a historical figure who really existed. Whereas in fiction, he is a fictional character. Patrick Schmoll touches here on the question of the truth of historical narratives and their reliability. Is history a pile of fictions, more or less well preserved in our sources? Local Alsatian history is full of cases illustrating this problem. The best known is that of Erwin von Steinbach, architect of Strasbourg Cathedral, and his daughter Sabine. The origins and development of their legend, which has endured for five centuries, can now be traced. Launched in 1432 by Piccolomini himself, it has been modified and enriched over time, influenced by trends and interests, even inspiring a statue, before finally disappearing in the 20th century with the advancement of knowledge in art history. PENSER L’AILLEURS 102 Mots-clés : Erwin von Steinbach, Fabrique des légendes, Vérité historique, Rapports entre science et fiction, Là-bas sont les dragons (roman). Keywords : Erwin von Steinbach, Legend Factory, Historical Truth, Relationships between Science and Fiction, Là-bas sont les dragons (novel).