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Du moins d'états aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal

DIAKITE, NANAMOUDOU; sene, babacar

Abstract

Since Senegal’s independence in 1960, the country has undertaken a process of decentralization aimed at reducing the territorial imbalances inherited from the colonial period. However, the Structural Adjustment Programs (SAPs) introduced in the 1980s underthe injunction of “less State, better State” profoundly transformed territorial governance.This theoretical research analyzes the relationship between structural adjustment and decentralization reforms, and how this dynamic has contributed to shaping contemporary territorial inequalities in Senegal. By mobilizing the analytical frameworks of territorial economics and decentralization, the study highlights a paradox: despite three major decentralization reforms (1972, 1996, and 2013), territorial disparities not only persist but tend to worsen in a vicious circle. The findings suggest that this situation can be explained by the combination of three factors: a centralizing colonial legacy, adjustment policies that weakened the State’s redistributive capacity, and decentralization reforms insufficiently endowed with financial and institutional resources. JEL Code:R58, N17, I32 Paper type:Theoretical Research

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ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 596 www.ijafame.org Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal From a Minimal State to Territorial Inequalities: Structural Adjustment Programs and Decentralization in Senegal Nanamoudou DIAKITE, (Doctorant) Groupe de Recherche en Économie et en Développement Territorial (GREDT), Département Economie, Université Alioune Diop Sénégal Babacar SENE, (Professeur) Laboratoire de Finances pour le Développement (LAFIDEV), Université Cheikh Anta Diop Sénégal Adresse de correspondance : Groupe de recherche en économie et développement territorial Email: [email protected] Telephone: +221 33 973 30 84 Fax: +221 33 973 30 93 Déclaration de divulgation : Les auteurs n'ont pas connaissance de quelconque financement qui pourrait affecter l'objectivité de cette étude. Ils assument l’entière responsabilité de tout éventuel plagiat, de l’usage de l’intelligence artificielle dans la rédaction, ainsi que des résultats présentés dans cet article. Conflit d’intérêts : Les auteurs ne signalent aucun conflit d'intérêts. Citer cet article DIAKITE, N., & SENE, B. (2025). Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal. International Journal of Accounting, Finance, Auditing, Management and Economics, 6(10), 596–614. Licence Cet article est publié en open Access sous licence CC BY-NC-ND International Journal of Accounting, Finance, Auditing, Management and Economics - IJAFAME ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025) Nanamoudou DIAKITE & Babacar SENE. Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal 597 www.ijafame.org Du moins d’États aux inégalités territoriales : Les Programmes de redressement Structurel et la décentralisation au Sénégal Résumé : Depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, le pays a entrepris un processus de décentralisation visant à réduire les déséquilibres territoriaux hérités de la période coloniale. Toutefois les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), introduits dans les années 1980 sous l’injonction du « moins d’État, mieux d’État », ont profondément modifié la gestion territoriale. Cette recherche théorique analyse l’articulation entre ajustement structurel et réformes de décentralisation, et la manière dont cette dynamique a contribué à façonner les inégalités territoriales contemporaines au Sénégal. En mobilisant les cadres analytiques de l’économie territoriale et de la décentralisation, l’étude met en évidence un paradoxe : malgré trois réformes majeures de décentralisation (1972, 1996 et 2013), les disparités territoriales non seulement persistent, mais tendent à s’accentuer dans un cercle vicieux. Les résultats suggèrent que cette situation s’explique par la combinaison de trois facteurs : un héritage colonial centralisateur, des politiques d’ajustement ayant affaibli la capacité redistributive de l’État, et des réformes de décentralisation insuffisamment dotées en moyens financiers et institutionnels. Mots clés : Décentralisation, Politiques Publiques, Ajustement structurel, Inégalités territoriales JEL Classification : : R58, N17, I32 Type du papier : Recherche Théorique Abstract : Since Senegal’s independence in 1960, the country has undertaken a process of decentralization aimed at reducing the territorial imbalances inherited from the colonial period. However, the Structural Adjustment Programs (SAPs) introduced in the 1980s under the injunction of “less State, better State” profoundly transformed territorial governance. This theoretical research analyzes the relationship between structural adjustment and decentralization reforms, and how this dynamic has contributed to shaping contemporary territorial inequalities in Senegal. By mobilizing the analytical frameworks of territorial economics and decentralization, the study highlights a paradox: despite three major decentralization reforms (1972, 1996, and 2013), territorial disparities not only persist but tend to worsen in a vicious circle. The findings suggest that this situation can be explained by the combination of three factors: a centralizing colonial legacy, adjustment policies that weakened the State’s redistributive capacity, and decentralization reforms insufficiently endowed with financial and institutional resources. Keywords: Decentralization, Public Policies, Structural Adjustment, Territorial Inequalities JEL Code: R58, N17, I32 Paper type: Theoretical Research ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 598 www.ijafame.org 1. Introduction Les inégalités territoriales constituent un enjeu majeur pour les pays en développement, en particulier pour ceux marqués par un héritage colonial centralisateur dans l’organisation de l’espace (Krugman, 1991). Au Sénégal, cette problématique demeure centrale avec persistance. Malgré soixante années de politiques de développement et trois réformes successives de décentralisation, les disparités territoriales restent du restent profondes. En réalité le Sénégal a commencé sa politique de décentralisation non pas en 1960, mais plutôt en 1872 par le président Thiers , avec la création des quatre communes : Saint-Louis et Gorée puis Rufisque et Dakar (Cappelli and Baten, 2017; Sané, 2016). Ces fractures territoriales sont causées en premier par la différenciation des groupes sociaux et l’inégal accès aux ressources (Soja, 1989; Sulemana et al., 2019). C’est dans ce contexte que les politiques de développement ont foisonné depuis 1960 au Sénégal autour des concepts fédérateurs comme le développement communautaire et l’animation local (Ndiaye, 2017) pour intercepter l’élan de disparité territoriale causé par la décentralisation de l’administration coloniale. En effet les politiques de développement du Sénégal s’arcboutent autour de la politique de dévolution du pouvoir central vers des entités physiques dotées d’une personnalité morale de manière progressive, mais désormais irréversible. La littérature sur le développement territorial met en évidence deux principaux leviers de réduction des inégalités spatiales : d’une part, la décentralisation politique et administrative (Oates, 1999 ; Smoke, 2003), et d’autre part, les politiques de redistribution spatiale conduites par l’État central (Myrdal, 1957). Or au Sénégal ces instruments ont été mis en œuvre dans un contexte marqué par l’introduction des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) à partir des années 1980 (Oya 2006) qui ont significativement restreint la capacité d’intervention de l’État. Ces deux dynamiques transferts de compétences vers les collectivités locales et discipline budgétaire centrée sur la stabilisation se sont déployées de façon concomitante, produisant des effets imbriqués sur la structuration de l’espace national (Dubresson et Fauré, 2005). Le chevauchement des temporalités installe une contreperformance : malgré des réformes visant à rapprocher la décision publique des préférences locales, les disparités régionales demeurent prononcées et, pour certains indicateurs, s’accentuent (Sène and Codjia, 2017). Les écarts d’accès aux biens public et d’infrastructures entre la capitale Dakar et les régions de périphéries restent persistants. Les progrès sectoriels observés souvent ponctuels peinent à se traduire en réduction durable des inégalités territoriales, notamment lorsque les dotations ne suivent pas l’extension des compétences ou lorsque les mécanismes d’allocation privilégient les zones déjà denses (A. Diagne, 2017). Deux familles d’explications se dégagent. La première tient aux héritages institutionnels et spatiaux organisation historique des réseaux urbains, concentration des fonctions administratives et économiques à Dakar, statut différencié des territoires (Dubresson et Fauré, 2005). La seconde renvoie aux contraintes macroéconomiques et fiscales : transferts de compétences non accompagnés de ressources proportionnées, bases taxables locales étroites, coûts fixes de gestion et volatilité des dotations (A. Diagne, 2017). Dans ce contexte, la décentralisation peut, faute d’instruments correctifs robustes (péréquation, investissements structurants, montée en capacité), stabiliser des différenciations préexistantes (Lavigne Delville et al., 2023). C’est ce que nous qualifions de « piège territorial », qui signifie que la proximité décisionnelle n’est pas systématiquement adossée à la capacité d’action. Cette configuration soulève une question de recherche centrale : comment l’interaction entre les Programmes d’Ajustement Structurel et les réformes de décentralisation a-t-elle influencé l’évolution des inégalités territoriales au Sénégal depuis 1960 ? Nanamoudou DIAKITE & Babacar SENE. Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal 599 www.ijafame.org Si plusieurs travaux ont analysé séparément les effets de la décentralisation (Piveteau, 2005 ; Clemons, 2009) et ceux de l’ajustement structurel (Diagne & Daffé, 2002), peu d’études se sont penchées sur l’articulation entre ces deux processus et sur leurs effets combinés sur les disparités spatiales. Cette recherche entend combler cette lacune en proposant une approche théorique intégrée L’hypothèse centrale défendue est que la simultanéité des réformes de décentralisation et des politiques d’ajustement a engendré un « piège territorial ». Alors que la décentralisation transférait de nouvelles compétences aux collectivités locales, l’ajustement structurel réduisait en parallèle les ressources financières et institutionnelles nécessaires à leurs exercices. Ce décalage a renforcé les inégalités territoriales déjà existantes. Nous en dégageons trois hypothèses spécifiques. • H1 : Il existe une compensation insuffisante des transferts de compétences, limitant la capacité réelle des collectivités ; • H2 : La contraction des marges redistributives de l’État après l’ajustement a accentué les disparités régionales ; • H3 : Il existe une dépendance au sentier : les héritages institutionnels et spatiaux continuent de peser sur l’allocation des ressources. Notre démarche consiste donc en une analyse historique institutionnelle qui s’appuie sur une revue de la littérature et l’exploitation de sources publiques. Nous exposons un cadre théorique, en mobilisant les apports de l’économie territoriale et de la décentralisation. Il retrace également l’évolution historique des politiques territoriales au Sénégal et analyse les interactions entre ajustement et décentralisation dans la production contemporaine des inégalités territoriales. Les contributions attendues portent sur la conceptualisation de la décentralisation sous contrainte qui entraine un « piège territorial », le rôle du séquençage des réformes et la persistance institutionnelle (Ba et Ka, 2020; Lavigne Delville et al., 2023). 2. Cadre théorique : décentralisation, ajustement et inégalités territoriales 2.1. Décentralisation et fédéralisme fiscal : promesses, conditions et limites La décentralisation est souvent présentée comme un moyen d’améliorer l’adéquation des services publics aux préférences des populations, grâce à la proximité informationnelle et à la responsabilité politique des autorités locales. L’argument central est intuitif : des décideurs plus proches des citoyens connaissent mieux les besoins et peuvent ajuster la qualité et la quantité des biens publics sans passer par des chaînes décisionnelles longues. Dans les pays en développement, cette promesse s’est toutefois heurtée à la diversité des contextes institutionnels et à l’hétérogénéité socioéconomique des localités. Les travaux sur les liens entre décentralisation et développement local insistent dès lors sur la nécessité d’un design institutionnel prudent, articulant compétences, ressources et instruments de redevabilité (Dubresson et Fauré, 2005). Le cas sénégalais illustre cette tension. Depuis les réformes de 1996 et la communalisation intégrale formalisée par l’Acte III (2013), l’action publique a été davantage territorialisée, avec des transferts de compétences dans plusieurs secteurs (planification, aménagement, éducation, santé, environnement). Dans le même temps, les écarts de capacité administrative et financière entre collectivités se maintiennent, ce qui explique des trajectoires divergentes de performance et de couverture des services (Ministère des Collectivités territoriales, 2013; Ba et Ka, 2020; Diagne, 2017). En d’autres termes, la proximité institutionnelle n’engendre pas automatiquement l’efficacité. Elle suppose des ressources prévisibles et des organisations locales en mesure d’exécuter les missions transférées. ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 600 www.ijafame.org Ainsi trois conditions sont particulièrement déterminantes. D’abord la capacité administrative (la faculté de planifier, passer des marchés, tenir une comptabilité fiable et suivre l’exécution) varie nettement d’un territoire à l’autre. Lorsque ces fonctions sont faibles, le cycle de la dépense souffre de retards et d’arbitrages de court terme qui dégradent la qualité des services (Diagne, 2017). En deuxième, la capacité fiscale demeure contrainte par l’étroitesse des bases taxables locales, le poids de l’économie informelle et les coûts de recensement foncier. L’autonomie financière est alors limitée, et la dépendance aux transferts intergouvernementaux s’accroît (Ba et Ka, 2020; Dubresson et Fauré, 2005). Finalement, la gouvernance locale est exposée à la fragmentation des responsabilités et à des risques de captation lorsque les mécanismes de transparence et de participation ne sont pas suffisamment consolidés (Lavigne Delville et al., 2023). Dans ce contexte l’architecture des transferts entre institutions joue un rôle pivot. Les transferts inconditionnels contribuent à la stabilité du financement local et respectent l’autonomie de programmation, tandis que les transferts conditionnels permettent d’orienter des priorités nationales (accès universel, normes de qualité, rattrapage territorial). Les règles de répartition sont d’autant plus efficaces qu’elles internalisent les coûts fixes de compétence (par exemple l’entretien des infrastructures sociales), les différences structurelles de capacité fiscale et les coûts d’accès (faible densité, éloignement, dispersion) (Ministère des Collectivités territoriales, 2013; Ba et Ka, 2020). À défaut, l’allocation risque de suivre les circuits historiques d’agglomération, renforçant les hiérarchies urbaines au détriment des périphéries (Sène and Codjia, 2017). En effet, l’efficacité territoriale de la décentralisation repose sur un équilibre entre autonomie locale, péréquation et renforcement des capacités. La littérature souligne qu’en l’absence de ce triptyque, les bénéfices anticipés, meilleure adéquation des biens publics, responsabilisation, innovation locale sont neutralisées par des goulets d’étranglement administratifs et budgétaires. Cette conclusion invite à penser la décentralisation non comme une réforme isolée, mais comme une composante d’une stratégie plus large de développement territorial, nécessitant des règles financières prévisibles, des appuis techniques ciblés et une ingénierie de la redevabilité (Dubresson et Fauré, 2005; Diagne, 2017). 2.2. Ajustement structurel et effets spatiaux de la discipline budgétaire Les PAS sont des politiques économiques mises en place par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) dans les année1980 pour aider les pays en développement confrontés à des problèmes économiques majeurs et à des déséquilibres structurels (Diagne and Daffé, 2002; Diouf, 1992). Ils ont été proposés par les institutions de Bretton Woods pour réduire les dépenses publiques, augmenter les recettes fiscales, libéraliser l'économie et à encourager les investissements étrangers (Diouf, 1992). L’état devait respectait une batterie de mesure en échange d'un soutien financier. Les réformes économiques visées par les PAS visaient aussi la suppression de subventions gouvernementales et la privatisation d'entreprises appartenant à l'État ; mais également elle encourageait l'investissement étranger en ouvrant le marché sénégalais à des entreprises internationales (Diagne, 2017; Diagne and Daffé, 2002; Diouf, 1992). Les PAS ont donc cherché à restaurer la stabilité macroéconomique en rationalisant la dépense et en réduisant la présence directe de l’État dans la production de services. Cette orientation, qui a concerné le Sénégal a reconfiguré la composition des dépenses et modifié les critères de sélection des investissements (Oya, 2006). Les implications territoriales sont substantielles : lorsque la priorité budgétaire se déplace vers la soutenabilité de court terme, les projets à retours financiers rapides ou à coûts unitaires plus faibles tendent à être privilégiés, au risque de reléguer les territoires à coûts d’accès élevés ou les secteurs aux retours sociaux différés (entretien des réseaux, capital humain). Nanamoudou DIAKITE & Babacar SENE. Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal 601 www.ijafame.org On peut distinguer trois axes par lesquels l’ajustement influence la géographie de l’action publique. Par le canal des ressources, la contrainte macrobudgétaire réduit la profondeur et la prévisibilité des transferts intergouvernementaux, ce qui fragilise la planification pluriannuelle au niveau local (Diagne, 2017). Par le canal de la composition, la sélection des projets selon des critères de rentabilité ou de visibilité immédiate favorise les espaces déjà denses et bien connectés, et pénalise les périphéries qui requièrent des investissements de rattrapage plus coûteux (Sène and Codjia, 2017). Par le canal institutionnel, les réallocations public/privé délégations, concessions, partenariats peuvent améliorer l’efficience opérationnelle, mais demandent des compétences contractuelles et de régulation inégalement disponibles (Ece, 2018; Lavigne Delville et al., 2023). Ces trois canaux interagissent avec l’hétérogénéité des capacités locales. Les collectivités situées dans des pôles métropolitains, dotées d’une administration plus étoffée et d’un tissu économique diversifié, captent plus aisément les cofinancements et bénéficient d’externalités positives (réseaux, capital humain). À l’inverse, les territoires périphériques, confrontés à des coûts fixes d’accès (distances, faible densité) et à une base taxable réduite, voient leur espace discrétionnaire se contracter lorsque les transferts deviennent plus rares ou plus rigides (Dubresson et Fauré, 2005). Sans péréquation robuste et sans dispositifs d’investissement spécifiquement territorialisés, la sélectivité spatiale s’accroît et la primauté des centres historiques se consolide (Sène and Codjia, 2017). L’ajustement structurel tend par ailleurs à renforcer la dépendance au sentier des collectivités territoriales. Lorsque l’entretien et la mise à niveau des infrastructures sont différés, les différentiels d’accessibilité et de qualité de service se creusent. Les ménages et les entreprises ajustent alors leurs localisations et leurs investissements en faveur des zones déjà avantagées. Cette dynamique élargit encore l’écart de capacité fiscale et de performance administrative. Ce processus cumulatif explique la difficulté à inverser les trajectoires d’inégalité territoriale sans un réinvestissement ciblé et au long cours (Oya, 2006; Diagne, 2017). 2.3. Un cadre intégré pour analyser l’interaction décentralisation–ajustement Les enseignements précédents convergent vers l’idée qu’il faut considérer conjointement l’architecture décentralisée et la discipline budgétaire nationale pour comprendre la dynamique des inégalités spatiales. Nous proposons un cadre intégré qui relie trois dimensions. Premièrement, la chaîne des ressources : l’effort macrobudgétaire du niveau central affecte le volume, la prévisibilité et la structure des transferts, et donc l’horizon de planification des collectivités (Oya, 2006; Diagne, 2017). Deuxièmement, la chaîne des capacités : les différences de compétences administratives et fiscales conditionnent l’absorption des transferts, la qualité de l’exécution et la capacité d’entretien (Ministère des Collectivités territoriales, 2013; Ba et Ka, 2020). Troisièmement, la chaîne d’allocation spatiale : les critères de sélection des projets, explicites ou implicites, déterminent la répartition géographique des investissements et leur pouvoir correcteur face aux handicaps structurels (Sène and Codjia, 2017; Lavigne Delville et al., 2023). Ce cadre suggère trois propositions utiles à la discussion empirique ultérieure. P1 : Décentralisation sous contrainte. Lorsque la discipline budgétaire réduit la profondeur des transferts, une décentralisation non accompagnée d’une péréquation suffisante augmente la variance interterritoriale de la capacité à fournir les biens publics. P2 : Sélectivité spatiale des investissements. Si les critères d’allocation n’intègrent pas des correctifs territoriaux (coûts d’accès, dispersion, vulnérabilité), l’investissement se concentre dans les pôles déjà dotés, renforçant la polarisation. P3 : Rôle multiplicateur des capacités. La consolidation des organisations locales ingénierie de projet, régulation contractuelle, gestion financière agit comme un multiplicateur des transferts, en améliorant l’exécution et la pérennité des services. ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 602 www.ijafame.org Du point de vue normatif, ce cadre conduit à privilégier des transferts multiannuels prévisibles, indexés sur les charges transférées et les coûts d’accès ; à investir dans une montée en capacité ciblée (chaîne de la dépense, cadastre, suiviévaluation, régulation des contrats) ; et à définir des critères territoriaux explicites pour les projets structurants (désenclavement, réseaux de base, services sociaux essentiels). Ces principes s’inscrivent dans la continuité des orientations nationales récentes, mais ils en soulignent la condition claire : la cohérence entre objectifs territoriaux et instruments budgétaires (Ministère des Collectivités territoriales, 2013; Ba et Ka, 2020). 3. Évolution historique des politiques territoriales au Sénégal (1872–2025) 3.1. Héritages coloniaux et structuration initiale de l’espace (1872–1960) La trajectoire territoriale sénégalaise s’enracine dans une histoire longue où la hiérarchie urbaine, l’organisation des flux et l’implantation administrative ont été précocement polarisées. Le Sénégal faisait partie de l'Afrique occidentale française qui regroupait plusieurs autres colonies. De ce fait la France avait établi un système d'aménagement du territoire pour toute la région. Ce système avait pour objectif de maximiser l'exploitation des ressources naturelles de la région notamment l'agriculture, l'élevage et la pêche. Le territoire national était en réalité aménagé pour le déménagement des ressources (Diakhate, 2011). L’historique de l’aménagement administratif territorial débute avec la décentralisation de 1872 par le président Thiers, avec la création des quatre communes : Saint-Louis et Gorée puis Rufisque et Dakar (Cappelli and Baten, 2017; Sané, 2016). La France avait pour but de rentabiliser ses investissements en mettant en place une économie agricole. Pour ce faire elle avait établi des grandes exploitations agricoles pour la production de cultures d'exportation comme l'arachide le coton, le maïs ou encore le mil. Ainsi, les terres agricoles étaient réparties en deux grandes unités géographiques : la zone soudanienne et la zone sahélienne. La première était caractérisée par une diversité de cultures, telles que les fruits, les légumes, le riz, le mil, le sorgho et le maïs. La seconde était centrée sur la production d'arachide, une culture rentable à l'exportation. La région de la Casamance dans le Sud du Sénégal était par exemple spécialisée dans la production de riz (Descroix et al., 2015; Écoutin et al., 2014). Et tout comme le Caméroune, le Sénégal avait produit des quantités importantes d'arachides et d'huile de palme avec cette division de l’espace. À partir de 1880 la culture du caoutchouc a été ajoutée à cette production pour une exportation vers l’Europe (Austin, 2010). Cette configuration, consolidée par la logique de commandement colonial, a durablement influencé la distribution des infrastructures et des opportunités (Dubresson et Fauré, 2005). Ces fractures territoriales sont causées en premier par la différenciation des groupes sociaux et l’inégal accès aux ressources (Soja, 1989; Sulemana et al., 2019). C’est dans ce contexte que les politiques de développement ont foisonné depuis 1960 au Sénégal autour des concepts fédérateurs comme le développement communautaire et l’animation local (Ndiaye, 2017) pour intercepter l’élan de disparité territoriale causé par la décentralisation de l’administration coloniale. Dès 1960, concernant les aménagements infrastructurels, on assistait à une sorte de construction d’une ville nouvelle de Dakar. Au moment où les autres régions du Sénégal ne bénéficiaient pas d’équipements et d’infrastructures de base. La majeure partie des grands travaux ont vu le jour à Dakar nouvelle capital du Sénégal et constituaient majoritairement d’infrastructures sportifs et culturelles (création de Stade, de Musée, d’Ecoles des arts etc.). C’était aussi une période de promotion de la classe moyenne en leur faisant accéder au foncier et à l’habitat (Diakhate, 2011). L’héritage de cette période dépasse ainsi la simple géographie des réseaux. Il se traduit par une inégale densité de l’appareil administratif, par des différenciations de statuts et, surtout, par une asymétrie d’accessibilité qui a structuré les coûts d’accès aux biens publics. Autrement dit, au Nanamoudou DIAKITE & Babacar SENE. Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal 603 www.ijafame.org moment de l’indépendance, le pays n’entre pas dans la décentralisation sur une « page blanche » : des trajectoires urbaines et des dépendances régionales sont déjà en place et conditionnent la diffusion ultérieure des investissements et des fonctions publiques (Sène and Codjia, 2017). En 1960 avec l’indépendance, les 24 communes héritées de la colonisation ainsi que les 9 créées à l’occasion de l’indépendance du pays, furent toutes érigées en communes de plein exercice comme parmi les premières politiques territoriales. 3.2. Étatisation du développement et premiers transferts La loi N° 66-64 du 30 juin 1966 portant code de l’administration communale établit le statut des communes en précisant leur organisation, leur fonctionnement et les missions qui leur sont dévolues. Les politiques économiques étalées par le gouvernement du Sénégal ont coïncidé avec des périodes de fortes mutations sociales et technologiques partout dans le monde et il était impératif de s’adapter à ces changements imprévisibles et récurrents. Ces politiques mises en place ont commencé par une série de plans quinquennaux de développement visant à subvenir aux besoins essentiels des populations surtout du monde rural (Diakhate, 2011). L'État du Sénégal était dans l'obligation de subvenir aux besoins essentiels des populations et les premiers plans de développement quinquennaux ont été mis en place pour répondre à ces besoins et pour faire face aux crises chroniques de l'économie sénégalaise. Le Sénégal était bien partie au début des indépendances avec plusieurs prouesses économiques comparés au reste de l’Afrique Sub-Saharien (Austin, 2010). Déjà dans le secteur manufacturier représentait 9,5% du PIB contrairement aux autres pays africains où c’est beaucoup plus faible à part le Kenya (Austin, 2010; Kilby, 1960) avec un taux de croissance économique de 2,6% entre 1960 et 1970 (Diagne and Daffé, 2002). La décolonisation a poussé les entreprises européennes à établir des usines dans la région afin de protéger leurs marchés déjà établis (Austin, 2010; Boone, 1992; Kilby, 1960) et on note un développement industriel en plein essor (Diagne and Daffé, 2002). La création et l’extension des communes, puis l’instauration des communautés rurales, visent à rapprocher l’administration des populations et à structurer une offre de services plus homogène. Cette phase s’accompagne d’une montée en charge des entreprises publiques et des dispositifs de soutien sectoriels, dans un cadre où l’État demeure l’acteur principal de la production et de l’allocation des biens collectifs (Dubresson et Fauré, 2005). C’est depuis 1972 que la réforme administrative, territoriale et locale avait consacré l’émergence des collectivités locale. La loi N° 72-25 a contribué au changement fondamental de l’armature administrative du Sénégal (Clemons, 2009; Piveteau, 2005). La réforme reposait sur certains fondements tels que la répartition des pouvoirs, la participation responsable et la régionalisation du plan (Clemons, 2009). Il entraîne le renforcement des compétences des autorités administratives, l'augmentation du pouvoir d'intervention des municipalités dans le domaine économique et l'introduction de la décentralisation en milieu rural grâce à la création des communautés rurales (Clemons, 2009; Piveteau, 2005). Le tournant des années 1980 marque l’entrée dans les Programmes d’Ajustement Structurel. La discipline budgétaire, la privatisation et la redéfinition du périmètre d’intervention publique impliquent une sélection plus stricte des dépenses, en particulier d’investissement (Oya, 2006). Les effets territoriaux apparaissent rapidement : ralentissement des infrastructures dans les périphéries, recentrage des projets sur des espaces à rendement immédiat, et moindre capacité des administrations locales à absorber des charges nouvelles en l’absence d’accompagnements financiers et techniques proportionnés (Diagne, 2017). Pendant la période de 1992 à 1993 les résultats des politiques publiques ont empiré en raison de la faible aide extérieure combinée à la chute de la production agricole de 20 %, ce qui a entraîné une croissance négative du PIB (-2 % ) (Touré and Lom, 2009). Les autorités ont donc été contraintes d'adopter un "Plan d'urgence" en fin août 1993, suivi de la dévaluation du franc CFA (Touré and Lom, 2009). Le plan d’urgence de redressement de la situation des finances ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 604 www.ijafame.org publiques dénommé Plan Sakho-Loum en 1993 pour le financement par emprunts obligataires et la réduction drastique des dépenses publiques (Diagne, 2017). Le Plan Sakho-Loum était un programme d'urgence de redressement économique mis en place au Sénégal en août 1993 (Diagne, 2017). Il était dirigé par Pape Ousmane Sakho, ministre de l'Économie et des finances, et Mamadou Lamine Loum, ministre délégué au budget (Bathily, 2022). L’objectif de ce plan était de relancer l'économie sénégalaise qui était en difficulté, en réduisant les dépenses publiques et en augmentant les recettes fiscales. Cela a été fait principalement en réduisant les subventions, en augmentant les impôts et en réduisant les dépenses de l'État (Bathily, 2022; Diagne, 2017; Diouf, 1992). Bien que le plan ait permis de freiner les déficits budgétaires, il a également eu des conséquences sociales, telles que des licenciements massifs dans la fonction publique et une augmentation des prix pour les consommateurs (Diagne, 2017; Diouf, 1992). Dans la phase de mise en œuvre des PAS, le FMI n’avait pas reconnu le Plan Sakho-Loum (Diagne, 2017) ; mais avait appuyé le pays avec la Facilité d’Ajustement Structurel Renforcée (FASR) sur la période 1994-1998 suivie d’un second arrangement sur la période 1998-2000, puis la Facilité pour la réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC) entre 2000-2002. En parallèle, la loi de 1996 formalise des transferts sectoriels importants, mais leur effectivité reste tributaire d’une capacité administrative et fiscale hétérogène, ce qui alimente des écarts de performance au niveau du développement territorial. Par conséquent les quelques améliorations notées depuis 1993 sont en grande partie dues à cette aide du FMI 3.3. Communalisation intégrale, péréquation et limites persistantes (1996–2025) En réalité depuis 1993 on a noté une augmentation significative du nombre d'écoles primaires qui passent de 2434 en 1991 à 3050 en fin 1996 (Touré and Lom, 2009) avec une attention particulière en zone rurale dans l’optique de réduire les disparités territoriales sur l’accès à l’éducation. Les données d’enquête de ESAM I (DPS, 1997) ont montré que la proportion de personnes non instruites a diminué de 4,0% passant de 69,0% à 65,0%. En revanche, la part des personnes ayant un niveau primaire est passée de 20,0% à 22,0%. La proportion de la population ayant atteint le niveau secondaire a également augmenté de 1,1% passant de 7,2% à 8,3% (DPS, 1997). À l'inverse, les individus ayant atteint un niveau d'éducation supérieure semblent avoir diminué de 0,2% passant de 0,9% à 0,7%. Cela montre donc une amélioration globale du niveau d'instruction de la population pendant cette période. Le taux d'accès à l'eau potable a aussi augmenté, passant de 67 % en 1996 à 72,7 % en 2000, avec des investissements importants réalisés au niveau des forages d'eau villageois (Touré and Lom, 2009). Les investissements destinés aux zones rurales ont augmenté, passant de 49 % en 1996 à 67,9 % en 2000 tandis que ceux destinés aux zones urbaines ont légèrement diminué, passant de 91 % en 1996 à 83,7 % en 2000 (Touré and Lom, 2009). Par rapport à l’accès à l’eau potable, il y’avait une différence notable dans les taux de 1996 à 2000 entre les régions rurales et urbaines (DPS, 2004). À titre d'exemple Dakar avait un taux de 54 litres par jour et par habitant pour les zones urbaines contre 44 litres par jour et par habitant pour les autres villes du Sénégal tandis que le taux moyen observé dans les régions rurales était seulement de 28 litres par jour et par habitant (Touré and Lom, 2009). En 1995 d’autres indicateurs d’évaluation comme le taux de dépendance économique (TDE) ont montré des résultats qui vont dans un sens nuancé des disparités territoriales habituellement connues. L’ESAM I nous a montré que le TDE est de 0,7 sur l’ensemble du territoire national. En d’autres termes chaque 100 personnes actives a en charge 70 autres individus inactives. Ce taux varie selon le milieu de résidence et favorise contre toute attente le milieu rural (50,0%). Le plus élevé dans les centres urbains à 100,0% à Dakar et 130,0% dans les autres centres urbains. Ces données statistiques mettent en évidence la charge économique importante qui pèse sur les personnes actives, notamment dans les villes. En effet une forte dépendance économique signifie que les personnes actives doivent subvenir aux besoins de beaucoup Nanamoudou DIAKITE & Babacar SENE. Du moins d’États aux inégalités territoriales : les programmes de redressement structurel et la décentralisation au Sénégal 611 www.ijafame.org qu’il s’agisse de régulation, de partenariats, de pratiques foncières ou d’intermédiations qui conditionnent la circulation effective des ressources (Ece, 2018; Lavigne Delville et al., 2023). Ce positionnement contribue à dépasser une lecture strictement normative de la décentralisation pour proposer une économie politique du territoire, attentive aux capacités et aux incitations. Cette contribution est d’abord analytique et théorique. Elle ordonne des résultats dispersés et propose un cadre adaptable à d’autres contextes ouest-africains présentant des séquences de réformes voisines. Trois limites doivent toutefois être soulignées. Premièrement, notre argumentation repose sur des sources secondaires et sur une périodisation historique ; elle gagnera à être complétée par des tests économétriques évaluant les effets combinés ajustementdécentralisation sur des indicateurs d’inégalités régionales (Diagne, 2017). Deuxièmement, l’hétérogénéité des capacités locales et la diversité des arrangements institutionnels requièrent des approfondissements qualitatifs (études de cas, analyses de la chaîne de la dépense, observation des dispositifs contractuels) (Ece, 2018; Lavigne Delville et al., 2023). En fin, la transférabilité doit être pensée comme une généralisation contrôlée : elle appelle une adaptation aux configurations fiscales, foncières et administratives spécifiques. Ces limites n’invalident pas la portée de l’approche. Elles invitent juste à considérer la décentralisation comme un cadre de politiques publiques à calibrer plutôt qu’un remède en soi. Il faudra accorder une attention soutenue aux séquences temporelles et aux capacités spécifiques des territoires qui façonnent la géographie des résultats (Ba et Ka, 2020). 6. Conclusion L’analyse conduite tout au long de cet article met en lumière une configuration cohérente : la décentralisation sénégalaise s’est déployée dans un environnement de discipline macrobudgétaire qui a contraint sa capacité redistributive. La proximité décisionnelle a certes progressé, mais l’extension des compétences n’a pas été systématiquement adossée à des ressources et des capacités suffisantes, ce qui a limité les effets sur la réduction des écarts territoriaux. Cette trajectoire éclaire trois enseignements centraux. D’abord, les gains attendus de la décentralisation dépendent de la qualité du couplage entre transferts, capacités et règles d’allocation : en leur absence, la proximité ne produit pas l’équité territoriale escomptée (Dubresson et Fauré, 2005). Ensuite, la discipline budgétaire issue des Programmes d’Ajustement Structurel a resserré la composition de la dépense et renforcé la sélectivité des projets, avec des effets spatiaux marqués dans les territoires à coûts d’accès élevés (Oya, 2006; Sène and Codjia, 2017). Enfin, les héritages spatiaux et institutionnels, hiérarchie urbaine historique, inégalités d’accessibilité, pratiques foncières et modes d’intermédiation ont canalisé les effets des réformes, contribuant à la persistance d’écarts malgré l’actualisation des dispositifs (Lavigne Delville et al., 2023). Au regard de ces constats, une approche d’« efficacité sous contrainte » paraît la plus pertinente. Elle consiste à rendre compatibles les objectifs d’équité spatiale et les exigences de soutenabilité budgétaire à travers un faisceau d’outils. D’abord, des transferts multi-annuels et prévisibles, indexés sur les charges réelles de compétence et les coûts d’accès, doivent sécuriser l’entretien des réseaux et la continuité des services (Ba et Ka, 2020). Ensuite, des critères territoriaux explicites pour les projets structurants (désenclavement, services sociaux essentiels) permettent de corriger la sélectivité inhérente aux logiques de rentabilité (Sène and Codjia, 2017). Ces orientations ne s’opposent pas aux réallocations public/privé ; elles en fixent les conditions de soutenabilité territoriale. Nous dégageons comme perspective de recherche trois axes prioritaire. La première relève d’analyses quantitatives : il s’agit d’estimer les effets combinés ajustement-décentralisation sur des indicateurs d’inégalités territoriales, en intégrant des mesures de biens publics locaux et de ISSN: 2658-8455 Volume 6, Issue 10 (2025), pp. 596-614. © Authors: CC BY-NC-ND 612 www.ijafame.org difficultés d’accès. Le second axe est comparatif : des études emboîtées avec des pays ouestafricains aux trajectoires voisines permettraient d’identifier les configurations institutionnelles les plus favorables à la correction des écarts. Enfin un axe qualitatif : l’examen des pratiques de gouvernance locale éclairerait le rôle des normes pratiques dans la circulation des ressources (Ece, 2018; Lavigne Delville et al., 2023). Ces chantiers ont une portée opérationnelle directe : ils peuvent guider l’architecture des transferts, les priorités d’investissement et les dispositifs d’accompagnement. Ils vont permettre d’orienter la politique territoriale vers des trajectoires de rattrapage crédibles tout en respectant les contraintes de soutenabilité (Ba et Ka, 2020). Références : (1). Abdoulaye, D.G. et D., 2009. Le Sénégal face aux défis de la pauvreté - Les oubliés de la croissance. KARTHALA Editions. (2). Angeon, V., Callois, J.-M., 2005. Fondements théoriques du développement local : quels apports du capital social et de l’économie de proximité ? Économie Inst. 19–50. https://doi.org/10.4000/ei.890 (3). Austin, G., 2010. African Economic Development and Colonial Legacies. Int. Dev. Policy Rev. Int. Polit. Dév. 11–32. https://doi.org/10.4000/poldev.78 (4). Ba, B. & Ka, R., 2020. Acte III de la décentralisation sénégalaise : Revue critique. Revue Géographie Univ. d’Abidjan. Online. Available: (accessed Jun. 2025). (5). Bathily, A., 2022. I. L’expérience de la majorité présidentielle élargie, in: Passion de liberté, Histoire, politique, société. 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