Une série de rapports techniques pour un laboratoire-studio de recherche-création médiatique
Abstract
Ce document explique les principes guidant la mise en place d’une série de rapports techniques pour un groupe de recherche sur la création médiatique au-delà de l’humain à la Faculté de Communication de l’Université du Québec à Montréal. Après une description du groupe de recherche et de l’environnement qui y est lié, le laboratoire-studio mXlab, un argumentaire est élaboré en faveur d’une série de rapports techniques rattachés à un tel environnement de recherche interdisciplinaire où se croisent création, technologie, collaboration et réflexion théorique. Finalement, quelques principes sont présentés afin de guider l’établissement de cette série de rapports techniques.
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mXlab Janvier 2024 MX-24-01-FR Une série de rapports techniques pour un laboratoire-studio de recherche-création médiatique Sofian Audry Résumé Ce document explique les principes guidant la mise en place d’une série de rapports techniques pour un groupe de recherche sur la création médiatique au-delà de l’humain à la Faculté de Communication de l’Université du Québec à Montréal. Après une description du groupe de recherche et de l’environnement qui y est lié, le laboratoire-studio mXlab, un argumentaire est élaboré en faveur d’une série de rapports techniques rattachés à un tel environnement de recherche interdisciplinaire où se croisent création, technologie, collaboration et réflexion théorique. Finalement, quelques principes sont présentés afin de guider l’établissement de cette série de rapports techniques. Mots-clés : littérature grise, rapports techniques, recherche-création. Un rapport technique du mXlab Université du Québec à Montréal http ://mxlab.uqam.ca Ce document est distribué sous une licence Creative Commons Attribution-Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International Pour voir une copie de la licence, visiter : https ://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr
Introduction Les rapports techniques sont un type de « littérature grise » très communs dans les laboratoires scientifiques et les entreprises en technologie. Ils permettent de disséminer rapidement des résultats de recherches effectuées par le milieu de recherche auprès d’un public savant. Bien que moins communs dans les sciences humaines et les arts, ce format hybride entre le blogue et l’article académique est pertinent pour un laboratoire-studio comme le mXlab de l’Université du Québec à Montréal qui vise à soutenir la recherche-création médiatique. Nous présentons brièvement l’environnement du mXlab, sa vocation et ses activités. Inspirés du manifeste de Nick Montfort (2013) sur les rapports techniques en sciences sociales, arts et lettres, nous justifions la création d’une série de rapports techniques au mXlab. Finalement, nous proposons quelques principes et valeurs afin de guider cette série. Un laboratoire-studio pour la recherche-création médiatique Créé à l’automne 2022, le Groupe de Recherche sur la Création Médiatique Au-delà de l’Humain et son laboratoire-studio le mXlab à la Faculté de Communication de l’Université du Québec à Montréal sont dédiés à la recherche-création médiatique incluant les non-humains tels que les algorithmes, les robots, l’image, le son, la lumière, la matière, les micro-organismes, les végétaux, etc. Le groupe soutient des approches transdisciplinaires à travers trois axes : (1) pratiques créatives en intelligence artificielle et vie artificielle; (2) création médiatique des collectivités étendues (humains, machines, matériaux, etc.); (3) approches critiques et média-archéologiques des technologies médiatiques émergentes. Le mXlab soutient la création d’œuvres, le développement d’outils matériels et logiciels, ainsi que la recherche réflexive et collaborative sur les dimensions conceptuelles, matérielles et historiques de la création médiatique. Le laboratoire-studio vise à donner l’accès dans un même lieu à des équipements simples mais versatiles, dont un espace de création multifonctionnel, des stations de travail, une station de conception électronique, un laboratoire humide (« wetlab »), des équipements de prototypage rapide (imprimante 3D) et une bibliothèque médiatique. Surtout, il a pour vocation 2
d’offrir un espace social et d’expérimentation in situ afin que les membres de sa communauté se rencontrent et échangent sur une base régulière. Rapports techniques : pourquoi? Les rapports techniques visent à rendre compte rapidement de résultats récents auprès d’un public d’experts et n’impliquent pas de processus de révision par les pairs. Bien qu’ils constituent une forme très commune de dissémination de la recherche en science et en génie, on en retrouve très peu dans le domaine des sciences humaines, des arts et des lettres. La création d’une série de rapports techniques au mXlab est directement inspirée des rapports techniques du Trope Tank, un laboratoire/studio au MIT fondé par l’artiste-chercheur Nick Montfort. Dans son manifeste Beyond the Journal and the Blog : The Technical Report for Communication in the Humanities, Montfort explique comment son approche transdiciplinaire en programmation créative, souvent peu propice au format et aux critères des publications académiques traditionnelles, l’a amené à s’intéresser aux rapports techniques comme un format hybride à la fois rapide et détaillé. « The technical report is as fast as a speeding blog, as detailed and structured as a journal article, and able to be tweeted, discussed, assessed, and used as much as any official publication can be. » (Montfort2013) Les rapports techniques constituent ainsi un exemple parfait de « littérature grise » qui sont publiés de manière plus ou moins officielle par des organisations dont le but premier n’est pas la publication, comme des laboratoires, des agences, ou des entreprises privées. Autrement dit, ils sont très efficaces pour communiquer la recherche en action, telle qu’elle se déploie dans l’institution qui les dissémine, dans un but pratique. Ils s’inscrivent étroitement dans les principes de la science ouverte et sont directement liés à la formule du laboratoire (Marecki2015). Cette dimension pratique est fortement appropriée à l’idée d’un laboratoire-studio dédié à la recherche-création médiatique (Paquinet Noury2020). Les activités déployées dans le laboratoirestudio génèrent déjà des formes de documentation de la recherche et de la création sous diverses formes (notes, photos, vidéos, tableurs, journal de bord, vignettes, code source, etc.) mais celles-ci 3
sont souvent difficilement communicables telles quelles auprès d’un public plus large. Le rapport technique permet aux membres du laboratoire-studio de formaliser la recherche-création en synthétisant ces informations dans un format structuré, ce qui leur permet non seulement de mieux communiquer les résultats de leurs travaux, mais également d’effectuer un retour réflexif sur leur pratique. Au-delà de leur rôle dans la dissémination de la recherche, les rapports techniques deviennent ainsi le lieu de réflexions d’ordre pratique et théorique qui peuvent contribuer à dégager des connaissances. Leur caractère à la fois structurant et souple soutient une réflexivité dans et sur l’action (Lumsden2019; Schon1984) qui peut être individuelle mais également collective. Dans un environnement comme le mXlab en milieu universitaire, les rapports techniques offrent aux étudiantes et étudiants une opportunité d’apprentissage. Ils leur permettent de synthétiser leur pensée dans un format structuré soumis à un processus éditorial agile mais rigoureux, appuyé par la réputation de l’institution, mais sans avoir à se frotter au processus complexe et angoissant de revue par les pairs. Étant donné le caractère « gris » des rapports techniques, ils peuvent ainsi se faire la main et tester leurs idées auprès d’un public plus restreint. Les rapports techniques protègent la propriété intellectuelle de leurs auteurs et autrices, car ils constituent une publication officielle du laboratoire-studio. Contrairement à d’autres types de publication comme des chapitres de livres, les auteurs et autrices de rapports techniques peuvent préservent leur propriété intellectuelle, ce qui leur permet de reprendre tout ou partie de leurs rapports pour publier dans un cadre mieux reconnu par leurs pairs comme un article de journal. Finalement, une série de rapports techniques s’articule au sein de la communauté du laboratoirestudio et participe à la constitution, à la transformation et à la mémoire de l’organisme. Elle soutient une transmission des connaissances et des savoir-faire dans le laboratoire-studio, entretient les conversations entre les membres et promet de devenir une archive de la recherche en action au laboratoire-studio. 4
Principes Nous proposons deux principes fondamentaux pour guider la mise en place et le développement de cette série : la simplicité et l’accessibilité. Simplicité D’abord, la procédure de rédaction d’un rapport technique doit être simple, rapide et flexible. À cette fin, nous proposerons des guides de mise en forme simples à suivre ainsi que des gabarits. Les auteurs et autrices du rapport auront ainsi la responsabilité de sa mise en forme. La direction scientifique du laboratoire-studio aura pour sa part la responsabilité éditoriale (révision linguistique et vérification scientifique). Par exemple, le contenu pourrait être révisé par un ou une auxiliaire de recherche et la validation finale pourrait être faite par la direction du laboratoire-studio. Sauf exception, la longueur des rapports sera limitée à un maximum de pages (par exemple, 8 pages) afin de garantir un processus d’édition fluide et de faciliter la lecture. Accessibilité Les rapports seront archivés sur le web en format PDF et possiblement éventuellement en format HTML. Ils seront distribués sous licence Creative Commons Attribution-Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.fr). Afin de favoriser leur impact et leur pérennité, ils seront archivés en ligne sur des dépôts en libre accès tels que Archipel, arXiv et Zenodo. Leur publication sera annoncée via les mécanismes de communication disponibles. Quelques copies pourront également être imprimées en format papier et mises à disponibilité des usagers du mXlab. Comme le mXlab est un environnement de travail francophone où se côtoient des gens de différentes origines, la série de rapports techniques du mXlab soutiendra des publications multilingues. Chaque rapport devra être publié en français ou en anglais, mais pourra également être distribué dans les deux langues officielles. Il sera même possible d’offrir des versions dans d’autres langues que le français et l’anglais, à condition que les auteurs prennent en charge les traductions et que la direction 5
du mXlab soit en mesure de faire les révisions linguistiques et validations scientifiques nécessaires. Pour refléter ce caractère multilingue, chaque rapport technique disposera d’un numéro unique formé comme suit : MX-AA-NN-LL • AA : les deux derniers chiffres de l’année (eg. « 24 » pour « 2024 ») • NN : le numéro du rapport (eg. « 02 » pour le 2erapport de l’année) • LL : le code du ISO 639-1 de langue, en majuscules (eg. « FR » pour le français) Par exemple, un rapport en français numéroté MX-24-01-FR pourra avoir une version anglaise numérotée MX-24-01-EN et une version allemande numérotée MX-24-01-DE. En dernier lieu, afin de s’adresser de manière inclusive à un lectorat diversifié, les rapports techniques favoriseront un style d’écriture inclusive, notamment en abandonnant l’utilisation du masculin générique, en privilégiant les termes épicènes (eg. artiste, membre, scientifique, etc.) et les formulations englobantes (eg. la direction, le corps professoral, la communauté du mXlab, etc.), en utilisant les doublets complets (eg. les étudiantes et les étudiants, ceux et celles, etc.) et en faisant un usage limité et raisonné des doublets abrégés (eg. les étudiant∙es, les professeur∙es). Conclusion Les rapports techniques sont une forme de « littérature grise » à la frontière entre le blogue et l’article académique. Bien qu’ils soient historiquement associés au domaine des sciences naturelles et du génie, leur capacité à articuler la recherche en action de manière agile et réflexive en font un format très pertinent pour la recherche-création médiatique. En partant de principes de simplicité et d’accessibilité, nous lançons une nouvelle série de rapports techniques au mXlab dont le présent document constitue la première publication. 6
Références Lumsden, Karen (3 jan. 2019). Reflexivity : Theory, Method, and Practice. 1st edition. London; New York : Routledge. 192 p. isbn : 978-1-138-91186-4. Marecki, Piotr (31 déc. 2015). « Between Provocation and Experiment. Technical Reports and the Ecology of Scholarly Communication in the Humanities ». In : Kultura i Edukacja 110.4, p. 169181. url : https://czasopisma.marszalek.com.pl/en/10-15804/kie/8200-kie2015410 (visité le 18/08/2023). Montfort, Nick (2013). « Beyond the Journal and the Blog : The Technical Report for Communication in the Humanities ». In : Amodern 1. url : https://amodern.net/article/beyond-thejournal-and-the-blog-the-technical-report-for-communication-in-the-humanities/ (visité le 18/08/2023). Paquin, Louis-Claude et Cynthia Noury(2020). « Petit récit de l’émergence de la recherche-création médiatique à l’UQAM et quelques propositions pour en guider la pratique ». In : Communiquer : revue de communication sociale et publique. issn : 2368-9587. url : https://www.erudit.org/en/ journals/communiquer/2020-communiquer05245/1068861ar/abstract/ (visité le 29/01/2021). Schon, Donald A. (23 sept. 1984). The Reflective Practitioner : How Professionals Think In Action. 1st edition. New York : Basic Books. 384 p. isbn : 978-0-465-06878-4. 7