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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6587 De l'isolement à la scène internationale : La diplomatie publique de la RDC face à la guerre de l'Est de 2022 à 2025 From isolation to the International stage : Public Diplomacy of the DRC in the face of the Eastern war (2022 to 2025) Fidel LUWALA MAKWATA Chef de travaux à l’Institut supérieur de commerce de Bandundu ‘‘ISC/Bandundu’’ et apprenant en 3ème cycle en Relations internationales/Université de Kinshasa/RDC. Résumé Cette étude évalue la Diplomatie Publique (DP) de la République Démocratique du Congo (RDC) de 2022 à 2025, une période charnière où Kinshasa a cherché à transformer son activisme international, initié pour rompre son isolement diplomatique, en levier pour contrer l'agression du Mouvement du 23 Mars (M23), soutenu par le Rwanda. En mobilisant la Théorie du Cadrage (Framing Theory), l'analyse examine comment la RDC a réussi à imposer le récit de "l'agression externe" sur la scène multilatérale (Organisation des Nations unies - ONU, Union Africaine - UA), obtenant des victoires narratives tangibles sous forme de résolutions. Cependant, l'analyse révèle que l'efficacité concrète de cette diplomatie publique est structurellement limitée par la persistance de l'économie de guerre, notamment le trafic de minerais, et par l'incapacité à maintenir durablement la crise congolaise au premier plan de l'agenda international, la reléguant au statut de "crise oubliée". Il est conclu que si la RDC a conquis la "scène internationale", elle n'a pas encore maîtrisé l'influence nécessaire pour désamorcer les incitations géo-économiques qui pérennisent le conflit. Mots Clés : 1.Diplomatie Publique, 2.Soft Power, 3.RDC, 4.M23, 5.Conflit du Kivu, 6.Théorie du Cadrage, 7.Économie de Guerre, 8.Isolement Diplomatique, 9.Nation Branding, 10.Rwanda.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6588 Abstract This study evaluates the Public Diplomacy (PD) of the Democratic Republic of Congo (DRC) from 2022 to 2025, a critical period during which Kinshasa sought to leverage its international activism, initiated to break its diplomatic isolation , to counter the M23 aggression, allegedly supported by Rwanda. Employing Framing Theory, the analysis examines how the DRC successfully imposed the narrative of "external aggression" on the multilateral stage (United Nations - UN, African Union - AU), securing tangible narrative victories in the form of resolutions. However, the analysis reveals that the concrete effectiveness of this PD is structurally constrained by the persistence of the war economy, particularly mineral trafficking , and the failure to sustain the Congolese crisis at the forefront of the international agenda, relegating it to an "ignored crisis". It is concluded that while the DRC has won the "international stage," it has not yet mastered the influence required to dismantle the geoeconomic incentives sustaining the conflict. Keywords : 1.Public Diplomacy, 2. Soft Power, 3. DRC (Democratic Republic of Congo), 4. M23, 5. Kivu conflict, 6. Framing Theory, 7. War Ecoonomy, 8. Diplomatic Isolation, 9.Nation Branding, 10. Rwanda. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17679608 1. Introduction : La période 2022-2025 a été marquée par une escalade sécuritaire majeure dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, suite à la résurgence agressive du Mouvement du 23 Mars (M23), (Wikipédia, 2021). Ce conflit a été caractérisé par des avancées territoriales significatives du M23, notamment la prise de villes clés telles que Bunagana, Rutshuru, Masisi, et même l'entrée dans Goma, la capitale provinciale. L'intensité des combats, qui s'est maintenue jusqu'en 2025, a révélé l'échec des mécanismes de stabilisation existants, y compris la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) et les forces régionales déployées par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ou la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Les belligérants principaux sont les Forces Armées de la RDC (FARDC), souvent appuyées par des milices locales Wazalendo, face au M23, qui bénéficie d'un soutien explicite du Rwanda. Kigali justifie cette implication en invoquant la nécessité de neutraliser les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), qu'il considère comme une menace existentielle à sa sécurité et à son intégrité territoriale. En 2022, le M23 n'était qu'un des plus de 120 groupes armés actifs dans l'Est de la RDC. Ce nouveau cycle de violence a coïncidé avec la politique étrangère réformatrice menée par le Président Félix Tshisekedi. Depuis son avènement, cette politique visait à rompre avec l'isolement diplomatique subi par la RDC post-2016, à redynamiser la coopération et à revitaliser son rôle au sein des organisations régionales. (Toyebi Oussama, 2022, p.2). Le pays s'est efforcé de projeter une image de "pays-solution et terre d'opportunités". (Ministère de la communication et Média, Octobre 2025).
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6589 La guerre dans l'Est, perçue comme une agression externe, a contraint cette nouvelle politique étrangère à se concentrer sur un objectif de Diplomatie Publique (DP) : mobiliser la communauté internationale pour obtenir un soutien politique et des condamnations visant directement le soutien rwandais au M23. La crise du Kivu est ainsi devenue le test décisif de l'ambition diplomatique congolaise. Notre problématique tourne autour de la question centrale suivante : Comment la République Démocratique du Congo a-t-elle utilisé sa Diplomatie Publique entre 2022 et 2025 pour sortir de son isolement historique, imposer son narratif de "l'agression" sur la scène internationale face au conflit de l'Est, et quelles sont les limites structurelles (géo-économiques et médiatiques) qui empêchent cette stratégie d'aboutir à une résolution durable du conflit? En guise de l’hypothèse, nous émettons les hypothèses suivantes : 1. H1 (Succès Narratif et Politique) : La DP de la RDC a réussi à rompre l'isolement diplomatique en mobilisant stratégiquement les instances multilatérales (ONU, UA) et en imposant un cadrage international favorable (celui de l'agression externe), se traduisant par des victoires politiques (Résolutions, Condamnations). 2. H2 (Limitation Structurelle) : L'efficacité concrète de la DP congolaise est neutralisée par l'absence d'une réponse internationale coordonnée contre l'économie de guerre, où le financement des groupes armés via les ressources naturelles rend les résolutions diplomatiques non-opérationnelles et maintient la crise en marge des préoccupations mondiales prioritaires ("crise oubliée"). 2. Cadre Théorique et Méthodologie 2.1. Fondements Théoriques : Diplomatie Publique et Soft Power en Conflit La Diplomatie Publique (DP) est définie comme l'effort d'un État pour communiquer directement avec les publics étrangers (populations étrangères, société civile mondiale, élites) afin d'influencer positivement l'image du pays et, indirectement, les politiques de leurs gouvernements. (Banyongen S, 2013, p.28) Dans le contexte d'un État en conflit, la DP est une composante cruciale de la gestion de crise. Elle vise à atténuer les perceptions négatives et à s'assurer que l'image globale du lieu, qui se construit autour de la gouvernance, de l'identité, et du territoire, ne soit pas uniquement réduite à la violence. Pour la RDC, la DP ne peut suivre le modèle des grandes puissances comme la Chine en Afrique ou la Russie (Cayley CLIFFORD et Steven GRUZD, 2024, p.2) qui disposent de vastes ressources financières pour des campagnes d'influence globales. Le déficit structurel de développement de la RDC l'a contrainte à une Diplomatie Publique de Substitution. Cette stratégie repose sur l'activation de canaux moins coûteux mais ciblés, tels que la mobilisation de la diaspora congolaise de Bruxelles ou d’ailleurs, qui devient un relais essentiel pour influencer l'opinion publique et les décideurs dans les pays occidentaux. Cette approche relationnelle et identitaire compense le manque de moyens pour une DP médiatique massive.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6590 Le Soft Power congolais trouve un point d'ancrage dans la reconnaissance culturelle, notamment l'inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2021. Ce capital symbolique est essentiel pour projeter une identité de résilience et de richesse, offrant un contre-récit au Nation Branding négatif de la guerre et de la pauvreté. 2.2. Cadre d'Analyse : La Théorie du Cadrage (Framing Theory) L'étude du conflit de l'Est est indissociable de la Théorie du Cadrage (Framing Theory), qui postule que les relations internationales, particulièrement en période de conflit, sont une lutte pour l'imposition d'une « manière plus ou moins autorisée de voir le monde social ». En d'autres termes, contrôler le récit équivaut à contrôler la réalité politique perçue par la communauté internationale. Deux cadrages principaux s'opposent dans la crise RDC-Rwanda: 1. Cadrage Congolais (L'Agression Externe) : Ce cadre, promu par Kinshasa via le Ministère de la Communication, Ministère des affaires étrangères et la Présidence, met l'accent sur la souveraineté territoriale bafouée et la responsabilité directe du Rwanda dans le soutien au M23. (Son objectif est de déclencher des mécanismes de défense collective (condamnations, sanctions) et de légitimer la demande d'aide militaire internationale. (Heshima magazine, juin 2025) 2. Cadrage Rwandais (La Menace Sécuritaire Légitime) : Ce contre-cadre se focalise sur la défense de la minorité Tutsi du Kivu et la menace des groupes Hutus (FDLR). Il justifie l'intervention par une « posture défensive durable » visant à garantir l'intégrité du Rwanda, dépolitisant ainsi l'intervention en la ramenant à une nécessité sécuritaire interne. L'analyse de la DP congolaise consiste à évaluer l'efficacité avec laquelle le cadrage de l'agression externe a été internalisé par les acteurs clés du système multilatéral. 2.3. Méthodologie et Corpus d'Étude L'étude adopte une approche qualitativo-interprétative, s'appuyant sur la méthode de l'Analyse du Discours Politique Étranger (ADPE). (Barbara DELCOURT, 2001, p.1). L'ADPE permet de déchiffrer les stratégies argumentatives, les valeurs mobilisées (souveraineté, intégrité, humanité) et les idéologies sous-jacentes dans le discours de la RDC. Le corpus analysé couvre la période 2022-2025 et comprend : 1. Les discours officiels du Président Tshisekedi et les communications du Porte-Parole du Gouvernement. 2. Les instruments diplomatiques multilatéraux (Résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, communiqués de l'UA et des processus de Luanda et Nairobi). 3. Les rapports d'organisations internationales et d'ONG (ONU, Human Rights Watch ), utilisés pour mesurer la réception du cadrage congolais.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6591 2.4. Limitations de la Recherche Malgré la rigueur méthodologique, l'étude est confrontée à plusieurs limitations. Premièrement, l'analyse du discours est intrinsèquement sujette à l'interprétation des intentions stratégiques. Deuxièmement, la RDC opère dans un environnement informationnel complexe, où les opérations d'influence numériques (similaires à celles observées par VIGINUM concernant la Russie en Afrique) peuvent impacter la perception sans laisser de trace facilement quantifiable. Enfin, la rapidité des changements sur le terrain entre 2022 et 2025 (alliances régionales changeantes, comme le retrait de Luanda) rend l'évaluation de l'impact à long terme de la DP incertaine. 3. L'Ascension Diplomatique : Les Outils de la DP Congolaise (2022-2025) 3.1. Rompre l'Isolement et l'Activisme Continental L'un des succès initiaux de la politique étrangère sous Tshisekedi fut la rupture de l'isolement diplomatique qui caractérisait la RDC avant 2022. (TOYEBI.O, p.3). Cette initiative diplomatique « diplomatic drive » s'est traduite par un activisme international et continental, notamment en redynamisant la coopération avec les partenaires et les communautés économiques régionales (EAC). Cependant, l'échec subséquent de ces mécanismes régionaux, illustré par le retrait de la facilitation de Luanda et l'inefficacité des interventions militaires de l'EAC puis de la SADC, a indirectement servi le narratif congolais. L'incapacité africaine à résoudre rapidement le conflit a permis à Kinshasa de justifier l'intensification de sa DP vers les forums multilatéraux globaux (ONU), renforçant l'argument selon lequel l'agression nécessitait une réponse de plus grande envergure. 3.2. La Mobilisation Multilatérale : Victoire Narrative à l'ONU La DP de la RDC a ciblé le Conseil de sécurité de l'ONU, transformant New York en une « nouvelle forteresse congolaise ».(Heshima,juin 2025). Cette stratégie a impliqué une « campagne diplomatique méthodique », réussissant à mobiliser le Groupe des États africains et ses alliés bilatéraux pour maintenir une pression constante sur Kigali. Le résultat le plus tangible de cette campagne a été l'imposition du cadrage de l'agression externe. La communauté internationale, alertée par les avancées du M23, a internalisé le récit congolais de la menace d'une possible « balkanisation » de la RDC. Ceci s'est concrétisé par l'adoption de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui appelait spécifiquement le Rwanda à cesser son soutien au M23 et à retirer ses troupes. Ces condamnations et résolutions sont des victoires diplomatiques essentielles, qui servent à la fois à la légitimité internationale du gouvernement et à la consommation intérieure (restauration de la dignité nationale). Toutefois, une analyse critique révèle un décalage entre la force du narratif et la faiblesse de l'exécution. Malgré l'obtention de ces sanctions et résolutions, les combats ont persisté et le retrait des troupes rwandaises n'était toujours pas effectif en septembre 2025, même après la signature d'un accord préliminaire de paix en juin 2025. La RDC a gagné la guerre des mots,
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6592 mais la persistance de l'activité du M23 démontre que les acteurs clés du conflit ne sont pas suffisamment sensibles aux instruments politiques de la DP. 3.3. Le Soft Power Culturel et la Diaspora Pour soutenir son image de pays souverain au-delà du statut de victime, la RDC a capitalisé sur son capital culturel. L'inscription de la rumba congolaise au patrimoine de l'UNESCO en 2021 a créé un point de référence positif, renforçant le soft power et l'identité nationale face à la violence. (Unesco, déc. 2021). Parallèlement, la DP congolaise a stratégiquement mobilisé sa diaspora. La visite présidentielle auprès de la diaspora de Bruxelles, par exemple, a servi à renforcer les liens et à inviter les Congolais de l'étranger à ne pas se laisser distraire par les discours négatifs. La diaspora, traditionnellement critique, a été transformée en un vecteur de communication officielle chargé d'expliquer et de légitimer l'approche diplomatique (la « main tendue ») face à l'affrontement militaire. Cette mobilisation est une composante essentielle de la DP de substitution mentionnée précédemment, remplaçant les campagnes médiatiques coûteuses par l'engagement direct des diasporas congolais pour influencer les opinions occidentales. Les succès et les limites de cette DP sont synthétisés dans le tableau ci-après : Tableau 1: Stratégies et Résultats du Cadrage Diplomatique Congolais (2022-2025) Domaine d'Action Outil de DP/Narratif Dominant Résultat Obtenu (Preuve) Limitation Constatée Multilatéralisme Cadrage de "l'Agression Externe" (UN/UA) Résolution 2773 de l'ONU (appel au retrait rwandais) Non-application du retrait rwandais et stagnation de l'accord de paix Gouvernance Gestion de Crise/Communication officielle Maintien d'une position unifiée (Porte-Parole du Gouvernement) Faible capacité à protéger les populations (rapports ONU évoquant crimes de guerre) Soft Power Rumba UNESCO / Engagement de la Diaspora Renforcement de l'identité nationale et légitimité internationale Incapacité à obtenir un financement humanitaire adéquat (crise oubliée) 3.4. Le Facteur Géo-économique : Obstacle Structurel à l'Efficacité de la DP 3.4.1. La Neutralisation de la DP par l'Économie de Guerre La principale contrainte à l'efficacité de la DP congolaise est d'ordre structurel et géoéconomique, et non seulement politique. La lutte RDC-Rwanda est avant tout une lutte pour le contrôle du récit international, mais la réalité sur le terrain est définie par le cadrage
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6593 économique : les conflits dans les Grands Lacs sont des « activités très lucratives » qui s'autoentretiennent (Pierre Jacquemont, p.1). L'exploitation illégale des ressources minérales finance le conflit de manière systémique. Les groupes armés tirent leurs recettes du contrôle des filières d'approvisionnement, du trafic d'armes, du blanchiment d'argent, et surtout, du trafic d'or. (Pierre Jacquemont, p.3). 3.4.2. La Filière de Contrebande et le Financement du Conflit Le financement des groupes armés, y compris ceux qui sont liés au M23, est largement alimenté par la contrebande d'or congolais. Ce métal précieux est souvent exporté illégalement vers le Burundi, qui est devenu une plaque tournante en raison de droits de douane plus faibles et d'un laxisme dans les contrôles (Pierre Jacquemont, p.15). L'or est ensuite acheminé vers des marchés mondiaux, notamment les Émirats arabes unis. (Pierre Jacquemont, p.17). Ce cycle — vente de minerais pour l'achat d'armes, puis utilisation des armes pour contrôler les sites miniers — crée une boucle de rétroaction positive pour le conflit. Dans ce contexte, les incitations économiques sont si puissantes qu'elles tendent à dépolitiser la crise aux yeux des acteurs armés. Si les réseaux d'élite tirent des recettes massives de l'exploitation frauduleuse (Pierre Jacquemont, p.25), ils n'ont aucune motivation à respecter les résolutions de paix formelles obtenues par la DP. Par conséquent, la DP échoue non pas à convaincre l'ONU de la légitimité du récit d'agression, mais à influencer les mécanismes financiers mondiaux qui profitent du conflit. L'impotence du cadrage politique face au cadrage économique est le facteur limitant central. 3.4.3. L'Indice de l'« Oubli » et le Sous-Financement Humanitaire Un indicateur clé de l'échec stratégique de la DP est le statut de la crise congolaise comme l’évoque la Chercheuse de l’Institut de relations internationales et stratégique Fatou(2023) de « crise oubliée ». Malgré le fait que la situation humanitaire dans l'Est soit parmi les plus meurtrières depuis les indépendances africaines, elle reste largement ignorée de l'agenda politique international, éclipsée par d'autres conflits tels que la guerre en Ukraine ou le conflit israélo-palestinien. Les chercheurs à l'IRIS ont souligné la passivité internationale face à l'urgence humanitaire. Cette faible médiatisation et le manque d'implication internationale se traduisent par un sousfinancement chronique de l'aide. La même étude d’IRIS soulève qu’à 2023, le HCR n'a pu réunir que 40% des 232 millions de dollars demandés pour une réponse adéquate aux déplacés internes. Ceci est la conséquence directe de l'incapacité de la DP à convertir la victoire narrative politique (condamnation de l'agresseur) en une mobilisation humanitaire durable et massive auprès des publics étrangers et des donateurs institutionnels. 3.4.4. Le Déficit Structurel et la Crise de Nation Branding La crédibilité de la DP est également sapée par le déficit structurel de développement et la crise de gouvernance perçue. (Groupe de la Banque mondiale/RDC, avril 2025) La RDC est,
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6594 en 2024, parmi les cinq pays les plus pauvres du monde, avec 73,5% de sa population vivant avec moins de 2,15 dollars US par jour. Bien que le pays soit immensément riche en minerais, cette réalité économique crée un paradoxe. Un pays qui ne parvient pas à assurer la sécurité et le bien-être minimum de sa population rend difficile l'adhésion des partenaires internationaux à un narratif purement politique d'agression externe. (Dinah IRAGI KAJUCHI, 2021) Les faiblesses perçues dans la gouvernance publique et le faible Indice de Développement Humain (IDH 0,481 en 2022) nourrissent un Nation Branding négatif qui complique la tâche du Ministère de la Communication, même lorsqu'il promeut l'image de la RDC comme "Payssolution". La DP doit constamment lutter contre les perceptions de violence endémique et d'instabilité, ce qui consomme une énergie diplomatique qui devrait être allouée à la projection d'opportunités. 4. Conclusion et Recommandations L'analyse de la DP de la RDC entre 2022 et 2025 révèle une performance contrastée. En termes des résultats, nos hypothèses ont été validées de la manière suivante : L'Hypothèse H1 est validée : Kinshasa a réussi à rompre l'isolement diplomatique et à imposer son cadrage de l'agression, comme en témoignent l'activisme au Conseil de sécurité et l'obtention de résolutions internationales contraignantes pour le Rwanda. L'Hypothèse H2 est également validée : le succès narratif n'a pas été converti en paix concrète ni en stabilité durable. La persistance du conflit malgré les condamnations diplomatiques et le statut de « crise oubliée » humanitaire confirment que l'efficacité de la DP politique est neutralisée par la résilience et l'attractivité du système d'économie de guerre. Le pays gagne les batailles diplomatiques, mais cette victoire ne désarme pas les acteurs motivés par le profit illicite. Le cas de la RDC révèle une limite structurelle critique de la Diplomatie Publique dans les États fragiles africains. La DP politique, ciblant principalement les gouvernements pour obtenir des victoires formelles (condamnations, résolutions), s'avère impuissante face à la résilience des circuits géo-économiques illicites et des réseaux de blanchiment qui bénéficient du statu quo conflictuel. La DP dans un contexte de crise africaine majeure doit nécessairement dépasser la seule sphère politique et intégrer une dimension de Diplomatie Économique Contraignante pour cibler les flux financiers qui alimentent le conflit. Pour convertir les victoires diplomatiques en une résolution durable du conflit, la RDC est encouragée à ajuster sa stratégie de DP selon les axes suivants : 1. Réorientation Géo-économique de la DP : La RDC doit coordonner activement le Ministère des Affaires Étrangères avec le Ministère des Mines et du Commerce pour mener une campagne ciblée sur la traçabilité des minerais. Cette campagne devrait s'articuler autour d'une DP politique exigeant des sanctions secondaires contre les États, entités financières, ou multinationales identifiées comme blanchissant l'or et les minerais de conflit congolais
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6595 (notamment ceux transitant par des plaques tournantes comme le Burundi ou acheminés vers les Émirats arabes unis). 2. Intégration de la Justice Transitionnelle : Utiliser les rapports des Nations Unies et les accords avec la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes de guerre comme composante centrale de la DP. Maintenir la question de l'impunité au premier plan est essentiel pour légitimer la demande de pression internationale et renforcer le Nation Branding en tant qu'État de droit. 3. Institutionnalisation de la DP de la Diaspora : Dépasser la simple invitation à la mobilisation pour créer une structure institutionnelle de Co-création de contenus de soft power. Cette structure pourrait permettre à la diaspora de contrer de manière organisée les opérations d'influence numériques et les campagnes d'information adverses qui visent à déstabiliser le narratif congolais (cf. observations sur les opérations d'influence numériques en Afrique). Références Bibliographiques [1] Communiqué conjoint final de la SADC et EAC Du 13 Aout sur le retrait des troupes de la SADC en RDC, [2] Discours du président Tshesekedi devant les instances internationales sur la guerre de l’Est (devant la tribune des nations Unies (80e session 2025,79e session 2024,77e session 2022), à la conférence de Paris sur la paix dans la région des grands Lacs (Octobre 2025), à Bruxelles lors du Global Gateway Forum (Octobre 2025), etc… [3] Feuille de route sur le processus de Luanda entre la RDC et le Rwanda sur le cessez-lefeu ; [4] Human Rights Watch (HRW). (2025). Rapport mondial 2025 [5] Le processus de Nairobi(Kenya) lancé par l’EAC sur la paix en RDC en 2022 ; [6] Le protocole d’accord des principes de Washington entre la RDC et Rwanda du 19 juin 2025, officialisé le 27 juin 2025 ; [7] Les Discussions de paix de DOHA entre la RDC et le M23 ; [8] Les rapports des nations Unies sur la guerre de l’Est de la RDC(les rapports de groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, le rapport du Secrétaire général des Nations-Unies au Conseil de sécurité, le rapport du Haut-Commissariat des droits de l’homme(HCDH), etc… [9] Résolutions de conseil de sécurité sur la RDC( 2773 du 21 février 2025, 2783 du 30 juin 2025, 2765 du 26 Déc. 2024, 2746 du 6 aout 2024, 2717 du 27 Déc. 2023, 2666 du 20 avril 2023,2667 du 28 février 2022 etc..) [10] UNESCO : la rumba congolaise inscrite au patrimoine culturel. [11] Banyongen Serge, (2013) « La diplomatie publique de la Chine en Afrique ou la métaphore du dragon sans griffes »in Monde Chinois, 2013/1, n°33 p.26-39. ; [12] Barbara DELCOURT,(2001) « Quelle méthode d’analyse pour la PESC ? Enjeux et perspectives autour de l’analyse du Discours » ; [13] Bourdieu, P. (2001). Langage et pouvoir symbolique. Paris : Seuil. .