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Initiatives entrepreneuriales des jeunes à Kalemie, Province du Tanganyika – RD Congo. Profil sociodémographique, expérience entrepreneuriale et perspectives de développement

Florent Kambasu Kasula; Emerson Kiwele Kimbele; Esther Mulongo Ndala

Abstract

Le chômage des jeunes figure parmi les grands défis auxquels font face plusieurs pays. Pour y faire face, une des solutions reste le recours à l’entrepreneuriat. Ainsi, en est-il de la ville de Kalemie où cette étude essaie d’analyser la dynamique entrepreneuriale des jeunes. Basée sur un échantillonnage de convenance de plus ou moins 357 individus, cette étude exploratoire analyse leur expérience du chômage pour comprendre finalement leurs motivations entrepreneuriales, les principaux défis auxquels ils sont confrontés et les perspectives de développement de l’entrepreneuriat. À propos, elle utilise le modèle des trois approches dominantes proposé par Fayolle dans la recherche en entrepreneuriat, à savoir, l’approche par le trait ou trait approach (qui est l’entrepreneur ?), l’approche par les faits ou behavioral approach (que fait l’entrepreneur ?) et l’approche par le processus ou organizing process (comment fait l’entrepreneur ?).

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6680 Initiatives entrepreneuriales des jeunes à Kalemie, Province du Tanganyika – RD Congo. Profil sociodémographique, expérience entrepreneuriale et perspectives de développement Florent Kambasu Kasula1, Emerson Kiwele Kimbele2 et Esther Mulongo Ndala3 (1) Université Catholique du Graben, Domaine des Sciences Économiques et de Gestion, (auteur correspondant) (2) Université de Kalemie, Domaine des Sciences Économiques et de Gestion, (3) Université de Kalemie, Domaine des Sciences Économiques et de Gestion, Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17687828 Résumé Le chômage des jeunes figure parmi les grands défis auxquels font face plusieurs pays. Pour y faire face, une des solutions reste le recours à l’entrepreneuriat. Ainsi, en est-il de la ville de Kalemie où cette étude essaie d’analyser la dynamique entrepreneuriale des jeunes. Basée sur un échantillonnage de convenance de plus ou moins 357 individus, cette étude exploratoire analyse leur expérience du chômage pour comprendre finalement leurs motivations entrepreneuriales, les principaux défis auxquels ils sont confrontés et les perspectives de développement de l’entrepreneuriat. À propos, elle utilise le modèle des trois approches dominantes proposé par Fayolle dans la recherche en entrepreneuriat, à savoir, l’approche par le trait ou trait approach (qui est l’entrepreneur ?), l’approche par les faits ou behavioral approach (que fait l’entrepreneur ?) et l’approche par le processus ou organizing process (comment fait l’entrepreneur ?). Mots-clés : Entrepreneuriat, jeunes, éducation entrepreneuriale, Kalemie Abstract Youth unemployment is one of the major challenges facing several countries. To deal with this, one of the solutions remains the use of entrepreneurship. This is the case in the city of Kalemie, where this study attempts to analyze the entrepreneurial dynamics of young people. Based on a convenience sample of approximately 357 individuals, this exploratory study analyzes their experience of unemployment to finally understand their entrepreneurial motivations, the main challenges they face and the prospects for entrepreneurship development. It uses the model of the three dominant approaches proposed by Fayolle in entrepreneurship research, namely, the trait approach (who is the entrepreneur?), the behavioral approach (what does the entrepreneur do?) and the process approach or organizing process (how does the entrepreneur do it?). Keywords: Entrepreneurship, youths, Entrepreneurial Education, Kalemie Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6681 1 Introduction Face au défi mondial de l’emploi des jeunes, la question de leur entrepreneuriat occupe une place prépondérante dans les débats de développement comme une voie d’assurer leur employabilité partant des défis auxquels ils sont confrontés quant à l’accès à l’emploi. Les jeunes semblent être la proportion de la population la plus exposée à la vulnérabilité. Soit ils sont en chômage soit ils sont à la recherche au quotidien d’un emploi ou alors ils occupent des emplois de pacotille. Ou encore soit ils sont exclus du système éducatif et ainsi du monde de travail, leur investissement en capital humain étant jugé faible. Dans plusieurs pays, le chômage des jeunes a un taux supérieur à celui des adultes et constitue l’un de leurs principaux défis auxquels ils sont confrontés (GIZ 2020:2; OECD 2001:14). Lorsqu’ils accèdent à l’emploi, en salarié ou en autonome comme auto-employeur, plusieurs jeunes évoluent dans le secteur informel de l’économie. Ce qui réduit leurs chances d’accéder à certaines ressources, surtout au financement institutionnel de leurs activités. Si ce dernier aspect constitue un des grands obstacles de la promotion de l’entrepreneuriat chez les jeunes, d’autres sont souvent évoqués. D’après certains auteurs (Halabisky, Potter, et Greene 2012:10; Schoof 2006), les barrières à la création d’entreprises par les jeunes sont liées aux attitudes sociales et culturelles à l’égard de l’entrepreneuriat des jeunes, le manque des compétences et d’éducation entrepreneuriale, une formation insuffisante à l’esprit d’entreprise, le manque d’expérience professionnelle, l’absence de fonds propres, les problèmes d’accès aux sources de financement institutionnel, le cadre administratif et réglementaire non propice à l’entrepreneuriat constituant des barrières inhérentes au marché, le manque de contacts, d’aide et d’appui en affaires, etc. Présentant un atout majeur pour le développement, pour lutter contre le chômage et la pauvreté, la mise en place des politiques et des programmes de l’employabilité des jeunes constitue une des stratégies clés pour plusieurs pays. Il s’agit surtout de promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes en vue de libérer leur potentiel productif et d’innovation. Ainsi, écrit Akpa (2019), pour juguler les problèmes de poussée démographique et du chômage des jeunes qui ne cesse d’augmenter, de nombreux pays ont fait de l’entreprenariat une priorité de développement. En créant des emplois, les jeunes contribuent positivement à l’économie et à la société. L’entrepreneuriat, selon l’OCDE (2018), représente un indicateur « de la croissance durable et solidaire » et un « fort potentiel de création d’emplois » d’une économie. Il figure parmi les moyens durables pour parvenir à une croissance durable et inclusive. Outil d’insertion sociale et professionnelle par la création d’emplois, l’entrepreneuriat des jeunes influence donc la croissance économique et se présente ainsi comme le vrai antidote au chômage (Campy 2014; Cyriaque 2018). Car, même en chômage ou peu qualifiés et peu expérimentés, les jeunes sont capables d’entreprendre. Il suffit de mettre à leur disposition un climat propice à l’entrepreneuriat. C’est dans cette optique que la présente analyse s’intéresse à l’esprit entrepreneurial des jeunes dans la ville de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, en République démocratique du Congo. Dans cette ville, la dynamique entrepreneuriale des jeunes y est de plus en plus perceptible. Apparentée à un processus entrepreneurial, il s’agit, comme le définissent Fayolle et Degeorge (2012:57), d’« un ensemble de décisions, actions, orientations qui sont prises en fonction des Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6682 perceptions et d’analyses de situation que les individus ont et font compte tenu de leurs buts, de leurs motivations, de leurs ressources et de l’état de leur environnement ». De ce fait, cette situation invite justement à s’interroger et s’intéresser sur certains aspects relatifs aux trajectoires professionnelles des jeunes entrepreneurs, leurs motivations entrepreneuriales mais aussi les obstacles auxquels ils sont confrontés et les atouts ou opportunités qui se présentent à eux. La présente recherche répond aux grandes préoccupations suivantes : « Quels seraient les principaux obstacles surmontés par les jeunes entrepreneurs en ville de Kalemie ? Quelles seraient les bonnes pratiques à développer pour stimuler leur esprit entrepreneurial ? ». Les réponses à ces questions exigent une démarche basée sur le profil sociodémographique des jeunes entrepreneurs et de leur activité entrepreneuriale. Il s’agit d’analyser leur expérience du chômage pour comprendre finalement leurs motivations entrepreneuriales, les principaux défis auxquels ils sont confrontés et les perspectives de développement de l’entrepreneuriat. À propos, la présente recherche utilise le modèle des trois approches dominantes proposé par Fayolle (2004) dans la recherche en entrepreneuriat, à savoir, l’approche par le trait ou trait approach (qui est l’entrepreneur ?), l’approche par les faits ou behavioral approach (que fait l’entrepreneur ?) et l’approche par le processus ou organizing process (comment fait l’entrepreneur ?). 2 Éducation entrepreneuriale et entrepreneuriat des jeunes Dans la plupart des cas, la littérature reconnait que la décision de démarrer une entreprise nait d’un besoin qui se traduit alors en opportunité. Ce besoin se comprend parfois comme un processus de maximisation pour un meilleur rendement, c’est-à-dire une motivation économique. De ce fait, l’entrepreneuriat cherche aussi à répondre à un besoin de réalisation de soi. Reposant sur quatre paradigmes (Verstraete et Fayolle 2004, 2005) dont l’opportunité d’affaires, l’émergence d’une organisation, la création de valeur et l’innovation ; l’entrepreneuriat est tour à tour considéré comme une « solution au chômage, une source de créativité et d’innovation, un nouveau modèle de travail individualisé... » (Verzat, TrindadeChadeau, et Toutain 2017:58). Ainsi, comporte-t-il plusieurs facettes dont l’entrepreneuriat des jeunes ou l’entrepreneuriat juvénile. Qu’est-ce que donc l’entrepreneuriat juvénile ? Aucune définition unanime n’est disponible dans la littérature jusqu’à présent. L’entrepreneuriat des jeunes peut être compris comme un processus permettant aux jeunes de s’intégrer sur le marché du travail en créant de la richesse et de l’emploi par l’innovation dans certains secteurs. Il s’agit d’un processus par lequel un jeune crée et/ou acquiert une entreprise en prenant ou en partageant avec d’autres personnes les risques qui sont liés à sa gestion, en développant des produits qui lui permettent d’acquérir des parts de marché. La difficulté de trouver une bonne définition peut être liée aussi au champ même de l’entrepreneuriat. Comme écrit Paturel (2007:27), « en dépit d’un développement fort et utile des recherches et réflexions sur l’entrepreneuriat, on constate l’existence d’un débat quelque peu stérile sur ce qu’est l’entrepreneuriat. Chacun veut laisser sa trace et prendre la paternité d’un concept, d’une approche, de l’étude d’un type particulier d’entrepreneurs, de l’approfondissement d’une phase du processus entrepreneurial, d’une des pratiques de Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6683 l’entrepreneuriat, d’une partie composant le projet sur lequel il se fonde, etc. au détriment d’une avancée significative sur la précision du contenu du champ ». Les recherches en entrepreneuriat des jeunes montrent qu’ils ne constituent pas un groupe homogène. Le concept entrepreneuriat a été longtemps développé dans la littérature sans tenir compte de la dimension « jeune ». Partant, l’entrepreneuriat des jeunes s’est développé surtout avec l’introduction de l’entrepreneuriat dans les politiques éducatives et les programmes scolaires et universitaires en vue de faire face au phénomène croissant de pauvreté, de chômage et d’exclusion des jeunes. Ainsi, comme le reconnaissent certains auteurs (Verzat et al. 2017), dans un contexte économique de remise en cause du salariat et de fin du plein emploi, l’introduction de l’entrepreneuriat à l’école ou l’éducation à l’entrepreneuriat questionne donc la finalité du dispositif de formation (créer une entreprise/acquérir un état d’esprit entrepreneurial). Elle constitue une arme institutionnelle pour renforcer l’insertion professionnelle sur le marché du travail et permet de transformer les individus en personnes autonomes. L’éducation entrepreneuriale constitue en fait une idéologie ou un processus de conditionnement conduisant à faire croire à chaque jeune qu’il est maître de son destin et doit entreprendre pour réussir sa vie, voire pour survivre (Verzat et al. 2017). Elle permet ainsi de favoriser l’esprit entrepreneurial ou soutenir la création d’activités. Ces dynamiques se fondent sur une « pédagogie entreprenante », privilégiant les apprentissages de l’expérience et de la collaboration dans une dynamique de réflexion et de responsabilisation (Maunaye et Poisson 2017:89; Verzat et Toutain 2015). En revenant sur l’entrepreneuriat des jeunes, un silence littéraire persiste encore à la catégorie des personnes considérées quant à l’âge. D’ailleurs, les groupes d’âge que chaque auteur définit comme « jeune » différent entre eux (Borges, Simard, et Filion 2005:3). Ce qui explique également la diversité des motivations de chacun, les aptitudes, l’environnement de travail et les opportunités présentes. Qui peut alors être considéré comme jeune entrepreneur ? Qu’à cela ne tienne, la création d’entreprises paraît être considérée par les jeunes comme une carrière professionnelle envisageable soit par conviction et vocation, soit par défaut. Aussi, « les jeunes entrepreneurs constituent une part grandissante des promoteurs, des créateurs d’entreprises, des dirigeants de petites et moyennes entreprises qui prolifèrent et établissent de nouveaux créneaux ou secteurs innovants pour l’entrepreneuriat » (Tchouassi et Tagne 2020:249). Ainsi, faute de définition unanime du jeune entrepreneur, une adaptation des définitions de l’entrepreneur peut être faite en lui adjoignant le qualificatif de jeune. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6684 Tableau 1. Quelques définitions du concept « jeune entrepreneur » selon les écoles de pensée Appellations des écoles Courants de recherche Définitions du jeune entrepreneur Auteurs de référence L’école économique Approche comportementale Un jeune entrepreneur est spécialisé dans la prise intuitive de décisions réfléchies relatives à la coordination de ressources Casson (1991) L’école comportementale Approche comportementale Le jeune entrepreneur se définit par l’ensemble des activités qu’il met en organisation. Gartner (1988) L’école psychologique avec les courants personnalistes et cognitifs Approche déterministe Le jeune entrepreneur se définit par un certain nombre d’attributs psychologiques que l’on décrit autant par la personnalité que par les processus cognitifs activés pour la circonstance. Shaver et Scott (1991) L’école des processus Approche comportementale Le jeune entrepreneur est celui qui développe des opportunités et crée une organisation pour les exploiter. Bygrave et Hofer (1991) Source : Denieuil & Madoui (2010:37) L’entrepreneuriat des jeunes fait donc partie intégrante du processus entrepreneurial général. Pour expliquer le phénomène, certains se réfèrent au chômage des jeunes dont certains facteurs se ramènent notamment à l’importance de la population des jeunes en âge de travailler comparativement au taux de création d’emploi, l’inadéquation entre, d’une part, le contenu et la qualité de la formation dispensée dans les systèmes scolaire et universitaire et, d’autre part, la nature des profils demandés par les emplois offerts, la préférence pour certains jeunes des meilleures opportunités en termes de salaire et de confort que d’intégrer immédiatement le marché de l’emploi, la rigidité du cadre institutionnel et législatif régissant certaines dimensions dans le code de travail notamment celles liées aux contrats à durée déterminée, le choix de certains offreurs d’emploi de privilégier des profils de candidats avec plus d’années d’expérience (Laghzaoui et al. 2020:8). L’entrepreneuriat des jeunes se présente donc comme un remède à cette crise en portant l’accent sur l’éducation entrepreneuriale. Cette dernière joue un grand rôle dans la création d’entreprises chez les jeunes en visant « quatre types de finalités : la création d’entreprises et d’emplois, la contribution à la société, la stimulation des capacités entrepreneuriales, le développement de l’esprit d’entreprendre, de la culture et des attitudes » (Verzat et Toutain 2015:29). 3 Matériels et méthodes 3.1 Milieu d’étude Les données de cette étude ont été récoltées en ville de Kalemie, dans la Province du Tanganyika, au Sud-Est de la République Démocratique du Congo. D’une superficie de 134 940 km², cette province est issue du démembrement de l’ancienne province du Katanga. Elle compte six territoires : Kabalo, Kongolo, Manono, Moba, Nyunzu et Kalemie qui est le chef-lieu de la province. Subdivisée en trois communes dont Kalemie, Du lac et Lukuga, la ville de Kalemie est limitée à l’Est par le Lac Tanganyika et la Tanzanie, au Nord par le territoire de Fizi (Sud-Kivu), à l’Ouest les territoires de Manono et de Nyunzu et au Sud par le territoire de Moba. Dans une large partie de la province, le climat est chaud. Les températures annuelles Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6685 moyennes varient entre 16°C et 32°C. Son économie repose principalement sur la pêche, l’exploitation minière, l’agriculture, l’élevage, le commerce et les services. 3.2 Collecte et traitement des données Étude exploratoire, les données proviennent d’une enquête par questionnaire menée par les étudiants de deuxième licence (LMD) en économie à l’Université de Kalemie, à l’issue du cours de Fondements théoriques à l’entrepreneuriat. Elle a permis d’atteindre par échantillonnage de convenance près de 385 jeunes entrepreneurs âgés de 18 à 35 ans et dont 357 ont été retenus compte tenue de la validité des fiches d’enquête, certaines ayant été rejetées puisque n’étant pas bien complétées. De ceux-ci, 153 soit 43% sont de genre masculin et 204 jeunes soit 57% sont féminins. Cette proportion peut s’expliquer aussi par la structure des enquêteurs étudiants dont la majorité (60%) est constituée des étudiantes, ce qui leur a facilité d’interroger leurs homologues femmes. L’enquête s’est déroulée au cours des mois de janvier à mars 2025. Le questionnaire était administré en mode direct dans un face à face entre l’étudiant et l’entrepreneur. La plupart des questions étaient fermées. L’enquêté avait le temps de parcourir le questionnaire et pouvait répondre sous l’orientation de l’enquêteur. Ne disposant pas d’une base de sondage ou base des données des jeunes entrepreneurs en ville de Kalemie, l’échantillon a été choisi par convenance. En d’autres termes, les enquêteurs se sont répartis entre les différents quartiers de Kalemie tenant compte de l’accessibilité de chacun et de la connaissance du milieu pour accéder aux jeunes entrepreneurs à leur lieu de travail. Les seuls critères d’exclusion pour ne pas participer à l’enquête étaient l’âge (moins de 18 ans et plus de 35 ans) et le fait d’être en chômage au moment de l’enquête. La répartition par quartier ne traduit pas une représentation de plus ou moins d’entrepreneurs mais elle est plutôt fonction de la proximité des enquêteurs par rapport aux enquêtés. Elle se présente de cette manière. Tableau 2. Répartition des jeunes entrepreneurs par genre et par quartier Masculin Féminin Total général Quartiers Effectif Pourcentage Effectif Pourcentage Effectif Pourcentage CITY-RAHA 11 3% 14 4% 25 7% COLLINE D'ÉTAT 3 1% 4 1% 7 2% COLLINE SNCC 14 4% 19 5% 33 9% FILTISAF 7 2% 9 3% 16 4% JOSEPH 7 2% 24 7% 31 9% KAHINDA 23 6% 29 8% 52 14% KAHITE 7 2% 20 6% 27 8% KAMKOLOBONDO 0 0% 8 2% 8 2% KANKOMBA 25 7% 26 7% 51 14% KAPANGULA 6 2% 7 2% 13 4% KITUKU 14 4% 7 2% 21 6% MAHITO 27 8% 27 8% 54 15% ROUTE MAKALA 9 3% 10 3% 19 5% Total général 153 43% 204 57% 357 100% Source : Enquêtes de terrain Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6686 L’analyse des données recoure essentiellement à la statistique descriptive en utilisant des tableaux synthèses générées à l’aide de Microsoft Excel et dont les résultats ont été interprétés en partant des fréquences calculées. Par moments, le traitement des données est fait en fonction du genre des entrepreneurs partant du fait que la littérature reconnait généralement que les hommes sont plus entrepreneurs que les femmes (Borges et al. 2005) et qu’elles sont plus averses au risque que les hommes dans de multiples situations (Bellier et Idi Cheffou 2019:47). 4 Résultats et discussions Les résultats présentés suivent la structure du questionnaire dont le profil sociodémographique des jeunes entrepreneurs, les activités entrepreneuriales et les perspectives de développement de leurs activités entrepreneuriales. 4.1 Le profil sociodémographique des jeunes entrepreneurs Le profil des jeunes entrepreneurs présente certains aspects en fonction du niveau d’instruction, ce dernier constituant un des facteurs explicatifs de l’éducation entrepreneuriale. D’un côté, il présente l’état matrimonial et l’âge des jeunes entrepreneurs. De l’autre, il revient sur certains aspects relatifs à l’expérience du chômage et le suivi d’une formation entrepreneuriale. 4.1.1 De l’état matrimonial, l’âge et le niveau d’instruction des entrepreneurs L’esprit d’entreprise peut être influencé, hors le genre, par d’autres facteurs liés à l’état matrimonial, à l’âge voire le niveau d’instruction. Les différents éléments sont présentés dans le tableau ci-dessous : Tableau 3. État matrimonial, âge et niveau d’instruction des entrepreneurs Niveau d’instruction État matrimonial / Age Aucun Primaire Secondaire Sup /Univ Total général Vivant seul 1 (0,3%) 1 (0,3%) 2 (0,6%) [26 - 30] 1 (0,3%) 1 (0,3%) [31 – 35] 1 (0,3%) 1 (0,3%) Célibataire 20 3 (1%) 79 (22%) 66 168 (47%) ]17 - 19] 2 (0,6%) 2 (0,6%) 12 (3,4%) 1 (0,3%) 17 (5%) [20 - 25] 21 37 58 [26 - 30] 18 1 (0,3%) 46 (12,9%) 24 89 [31 – 35] 4 4 Marié 32 45 110 187 (52,4%) [20 - 25] 12 (3,4%) 9 21 [26 - 30] 10 1 (0,3%) 27 38 [31 – 35] 22 (6,2%) 32 74 128 (36%) Total général 52 (15%) 3 (1%) 125 (35%) 177 (50%) 357 (100%) ]17 - 19] 2 (0,6%) 2 (0,6%) 12 (3,4%) 1 (0,3%) 17 (5%) [20 - 25] 33 (9,2%) 46 (12,9%) 79 (22%) [26 - 30] 28 (7,8%) 1 (0,3%) 47 (13,2%) 52 (14,6%) 128 (36%) [31 – 35] 22 (6,2%) 33 (9,2%) 78 (21,8%) 133 (37%) Total général 52 (15%) 3 (1%) 125 (35%) 177 (50%) 357 (100%) Source : Enquêtes de terrain Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6687 Les tableaux 2 et 3 montrent que sur 357 jeunes entrepreneurs de Kalemie, la prédominance des femmes est à hauteur de 57% contre 43% des hommes. La plupart sont mariés (52,4%) bien que les célibataires présentent une proportion importante de 47%. Pourtant, certains auteurs reconnaissent que les hommes ont plus de chance d’être des entrepreneurs que les femmes, de même que les personnes mariées par rapport aux célibataires (Denieuil et Madoui 2010:47). Et certains, tout en reconnaissant que la croissance de l’entrepreneuriat chez les jeunes femmes, confirment que parmi les jeunes entrepreneurs, il y a deux fois plus d’hommes que de femmes (Borges et al. 2005:3). Ils sont majoritairement âgés de plus de 20 ans en raison de 95%, la grande tranche étant concentrée entre 26 et 30 ans pour 36% et entre 30 et 35 ans pour 37%. Cette répartition par tranche n’est pas universelle du moment que les tranches d’âge des « jeunes » diffèrent selon les auteurs (Borges et al. 2005:3). Pour Denieuil et Madoui (2010:47), la probabilité pour être entrepreneur augmente avec l’âge, car cette augmentation s’accompagne de celle du capital économique, du capital social (expérience professionnelle et/ou niveau d’instruction) et du capital de connaissances. Ces trois facteurs, expliquent-ils, jouent en faveur de la création d’entreprises. S’inscrivant dans le même raisonnement, Boussetta (2013:19) retient que les jeunes de moins de 30 ans sont plus nombreux parmi les créateurs d’entreprises. Ils témoignent d’un intérêt croissant pour l’entrepreneuriat. Ce sont eux qui dessinent l’avenir de la création d’entreprises et, chemin faisant, du devenir économique. Ils modifient aussi le portrait social, dans un monde où la « carrière à vie » n’est plus la norme. Quant au niveau d’instruction, il est généralement élevé pour 85% en raison de 50% ayant fréquenté le niveau supérieur ou universitaire et 35% le niveau secondaire. Ceux n’ayant aucun niveau représentent 15%, le primaire ayant 1%. Le niveau élevé d’instruction est la preuve que beaucoup de cadres universitaires sont en chômage ou demandeurs d’emploi. Pour y faire face, ils jugent mieux de se lancer en entrepreneuriat. Mais aussi, le niveau d’éducation figure parmi les facteurs qui favorisent les performances entrepreneuriales. C’est ce que reconnait l’OCDE (2017:13) en affirmant que l’éducation accroît de façon significative la performance entrepreneuriale des jeunes. Se référant également aux études de l’OCDE, d’autres auteurs (Léger-Jarniou et al. 2016) établissent une relation directe entre la probabilité qu’une personne lance, ou tente de lancer, sa propre entreprise et l’augmentation du niveau d’études. Deux éléments dictent cette attitude : la « nécessité » (payer ses études, trouver un emploi…) ou l’ « envie de tenter l’expérience ». Aussi, si certaines études reconnaissent qu’une minorité de jeunes entrepreneurs ont un niveau d’instruction élevé, en particulier dans les pays les moins avancés (OECD 2017:33), il n’en est pas le cas dans la ville de Kalemie où les non instruits constituent la minorité. Les données ci-haut présentées ont l’avantage de montrer qu’on peut entreprendre à tout âge et que l’entrepreneuriat n’est pas fonction ni du sexe, ni de l’âge ou de l’état matrimonial ou le niveau d’études des entrepreneurs. À ce propos, en se référant au niveau d’instruction en rapport avec les traits personnels et psychologiques, Smith distingue les entrepreneurs artisans des entrepreneurs opportunistes ou d’affaires. Les premiers sont moins scolarisés mais possèdent une forte expérience technique tandis que les seconds sont plus scolarisés et possèdent une expérience riche et variée. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6688 4.1.2 Jeunes entrepreneurs et expérience du chômage Dans le profil sociodémographique, il a paru important d’y incorporer un autre paramètre non moins important de l’expérience des jeunes par rapport au chômage car ce dernier peut servir de motivation pour démarrer une activité entrepreneuriale. Les données y relatives sont présentées dans le tableau ci-dessous : Tableau 4. L’expérience du chômage des jeunes entrepreneurs Niveau d’instruction Expérience chômage Aucun Primaire Secondaire Sup /Univ Total général NON 8 (2,2%) 2 (0,6%) 36 (10,1%) 41 (11,5%) 87 (24%) NA 8 (15%) 2 (67%) 36 (29%) 41 (23%) 87 (24%) OUI 44 (12,3%) 1 (0,3%) 89 (24,9%) 136 (38,1%) 270 (76%) Moins de 6 mois 9 (20%) 9 (7%) 49 (28%) 67 (19%) 6 mois à 1 an 13 (30%) 1 (33%) 57 (46%) 48 (27%) 119 (33%) Plus d'un an 22 (50%) 23 (18%) 39 (22%) 84 (24%) Total général 52 (15%) 3 (1%) 125 (35%) 177 (50%) 357 (100%) Source : Enquêtes de terrain De manière globale, 76% des jeunes entrepreneurs ont une expérience du chômage contre 24% qui n’en ont pas. De ceux-ci, la période de chômage la plus récurrente est de 6 mois à une année, en raison de 33% des jeunes. Toutefois, ces proportions diffèrent légèrement selon le niveau d’études. Ainsi par exemple, la proportion la plus dominante chez ceux qui n’ont aucun niveau est la période de plus d’une année de chômage en raison de 50% du total de ce groupe alors que ceux du niveau secondaire, le chômage a été au moins de 6 mois à une année, en raison de 46%. Quant aux universitaires, la durée de chômage la plus dominante est de moins de six mois en raison de 28%. En d’autres termes, il y a lieu d’affirmer que la durée du chômage est inversement proportionnelle par rapport au niveau d’études. Plus l’individu avance en niveau d’études, plus elle diminue la durée de chômage avant l’accès au premier emploi ou avant de démarrer une activité entrepreneuriale. Pour faire face au chômage, l’entrepreneuriat constitue l’antidote. C’est dans ce sens qu’en évoquant les jeunes en échec scolaire et sans réel projet professionnel, Dubois et Terral (2017:106) considèrent, dans un premier type de carrière, l’activité entrepreneuriale comme une solution de professionnalisation des jeunes en échec scolaire. Elle est plutôt subie que voulue. Une durée minime du chômage explique que la personne a commencé à travailler à un âge relativement jeune. Ce qui accroit ses potentialités de s’orienter vers l’entrepreneurship à la moindre opportunité. Car, ce temps de travail lui a permis d’accumuler de l’expérience (connaissance du métier, connaissance des mécanismes des marchés, avoir plus de relations, etc.), du capital humain (expérience professionnelle et/ou niveau d’instruction) et du capital économique. Ces atouts augmentent la probabilité de devenir entrepreneur (Denieuil et Madoui 2010:48). Selon, les défenseurs des théories d’investissement en capital humain, à un niveau d’instruction élevé correspond un taux d’employabilité élevé ou mieux un taux de durée de chômage moins important. Dans le même sens, les défenseurs de l’entrepreneuriat éducatif Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6695 manque de garanties, les jeunes entrepreneurs recourent prioritairement à l’autofinancement et à la love money, qui est le financement des fondateur, la famille et les amis. 4.2.4 Les réalisations des jeunes entrepreneurs Pour vérifier la rentabilité de l’activité entrepreneuriale des jeunes, le chiffre d’affaires mensuel réalisé peut être un indicateur dans la mesure où celui-ci reflète une vivacité de l’entreprise. Tableau 12. Comparaison entre le capital de démarrage et le chiffre d’affaires mensuel Chiffre d’affaires Capital de démarrage Moins de 100$ Entre 100$ et 500$ Entre 500$ et 1000$ Plus de 1000$ Total général Moins de 100$ 2,2% 45,1% 0,0% 1,1% 48,5% Entre 100$ et 500$ 17,4% 19,9% 0,0% 0,0% 37,3% Entre 500$ et 1000$ 1,4% 2,2% 0,8% 0,0% 4,5% Plus de 1000$ 0,8% 3,4% 5,6% 0,0% 9,8% Total général 21,8% 70,6% 6,4% 1,1% 100,0% Source : Enquêtes de terrain Ce tableau montre que très peu de jeunes entrepreneurs (1,1%) ont un chiffre d’affaires de plus de 1000$. Pour la plupart, quel que soit leur capital de départ, il varie entre 100$ et 500$ (70,6%), certains ayant encore moins de 100$ (21,8%). Alors que ceux dont le capital de démarrage est supérieur à 1000$ (9,8%), il est curieux que le chiffre d’affaires le plus élevé de plus de 1000$ soit réalisé par un entrepreneur dont le capital de démarrage est moins de 100$. En scrutant la base des données, il s’agit de 4 entrepreneurs dans la technologie et innovations depuis plus de trois ans. Généralement le chiffre d’affaires est fonction du capital investi et figure parmi les critères de rentabilité d’une entreprise. Mais, il s’avère que celui des entreprises des jeunes est généralement bas (Borges et al. 2005:11) parce que, d’un côté, ils démarrent souvent leurs activités avec moins de capital, et de l’autre, par manque d’expérience entrepreneuriale, ils investissent parfois dans des secteurs moins rentables où le chiffre d’affaires est moyennement plus bas. 4.3 Perspectives de développement de l’activité entrepreneuriale Dans les perspectives, il est question de présenter les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes entrepreneurs et quelques mesures pour améliorer l’entrepreneuriat des jeunes. Quelques critères sont présentés dans le tableau ci-dessous. 4.3.1 Les principales difficultés des jeunes entrepreneurs à Kalemie L’entrepreneuriat des jeunes, comme tout autre type, est confronté à plusieurs types de difficultés ou défis. La littérature relève généralement l’accès au financement et le manque d’expérience. D’autres critères s’invitent tels que présentés dans le tableau ci-après. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6696 Tableau 13. Les principales difficultés des jeunes entrepreneurs Difficulté accès prêt bancaire Principaux défis NON OUI Total général Accès au financement 17% 21% 37% Difficultés administratives ou bureaucratiques 3% 3% 6% Concurrence 12% 17% 29% Manque d’accès aux infrastructures 8% 0% 8% Fiscalité et tracasserie 8% 2% 9% Manque de soutien technique ou formation 6% 3% 9% Manque de compétences spécifiques 2% 1% 2% Total général 54% 46% 100% Source : Enquêtes de terrain Parmi les problèmes cruciaux auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs figurent prioritairement l’accès au financement (37%) et la concurrence (29%). Le premier aspect semble être évoqué par plusieurs auteurs comme un des problèmes principaux entravant l’esprit d’entreprise chez les jeunes. Pour l’OCDE (2001:45) « le problème de l’accès des jeunes entrepreneurs aux capitaux est tout aussi important que celui de l’offre de capitaux elle-même ». Ou encore, écrit Ibi Kouagou (2022:21) « le manque d’accès au financement constitue l’un des principaux obstacles à la croissance des PME ». La même idée est confortée par d’autres études qui reconnaissent l’accès au financement comme un problème majeur (62%) de l’entrepreneuriat. Il s’expliquerait la précarité de la situation professionnelle des entrepreneurs, leurs principaux modes de financement, l’absence totale des subventions gouvernementales, les restrictions des institutions financières lors d’une demande de prêt (Kambasu Kasula 2012:83). Les autres défis se ramènent à la concurrence, les tracasseries fiscales et le manque de formation, le manque d’accès aux infrastructures. À propos, Cyriaque (2018:16) relève quelques défis pour favoriser l’entrepreneuriat des jeunes dont le renforcement des compétences des jeunes, la mise en place d’un fonds pour l’emploi des jeunes en Afrique et la levée des contraintes de capital qui freinent l’investissement. De leur côté, Léger-Jarniou et ses collègues (2016) relèvent deux principaux handicaps à l’entrepreneuriat des jeunes : l’accès au financement et le manque d’expérience. 4.3.2 Quelques mesures pour améliorer l’entrepreneuriat des jeunes à Kalemie Face aux différentes contraintes, quelques pistes d’orientation peuvent être proposées pour promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes à Kalemie. Tableau 14. Pistes d’amélioration de l’entrepreneuriat des jeunes Mesures d’amélioration / Sexe M F Total général Accès à des financements abordables 18,21% 19,05% 37,25% Formation et accompagnement technique 7,00% 20,45% 27,45% Création de réseaux d’entrepreneurs 10,92% 10,08% 21,01% Allègement des procédures administratives 2,80% 6,72% 9,52% Éduquer la société à la culture entrepreneuriale 2,80% 0,00% 2,80% Mettre en place une politique favorable à l'entrepreneuriat 1,12% 0,84% 1,96% Total général 42,86% 57,14% 100,00% Source : Enquêtes de terrain Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6697 De ce tableau, il ressort que les principales mesures proposées par les jeunes pour améliorer l’entrepreneuriat se rapportent surtout à l’accès au financement abordable (37,25%), la formation et l’accompagnement technique (27,45%) et la création des réseaux d’entrepreneurs (21,01%). Ces différentes mesures rejoignent un tant soit peu celles proposées par Akpa (2019). D’après lui, pour promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes face aux obstacles liés à leur activité, il importe aux décideurs de mettre en place des politiques pouvant renforcer l’entrepreneuriat des jeunes et un fond pour les accompagner. Il s’agit aussi d’éduquer la société et notamment les parents à la culture entrepreneuriale, de réduire les formalités administratives de création d’entreprise et d’informer les jeunes sur toutes les formalités à remplir et l’existence des programmes publics d’amélioration de la productivité de leurs entreprises. D’après Minichiello (2016), l’éducation à l’entrepreneuriat vise à promouvoir deux savoirs complémentaires : l’esprit d’initiative (ou d’entreprendre) potentiellement dissocié d’une intention entrepreneuriale et l’esprit d’entreprise, davantage lié à un projet d’entrepreneuriat. Afin de promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes en Afrique, la GIZ (2020:3) axe ses orientations autour de six interventions : 1. Faire participer directement les jeunes à l’élaboration des politiques liées à l’entrepreneuriat ; 2. Intégrer une éducation pertinente à l’entrepreneuriat pour faciliter le développement des compétences entrepreneuriales ; 3. Soutenir et améliorer un écosystème entrepreneurial favorable ; 4. Employer et soutenir un financement intelligent et efficace des start-ups, en particulier pour les entreprises sociales qui s’attaquent à une lacune, une niche ou un problème spécifiques ; 5. Exploiter et renforcer les partenariats et la collaboration avec le secteur privé et les autres parties prenantes ; et 6. Promouvoir une programmation sensible au genre. Un des points importants reste l’accompagnement technique des jeunes entrepreneurs. L’entrepreneuriat est aujourd’hui considéré comme une source de création d’emploi, de richesse et de valeurs. De ce fait, l’accompagnement entrepreneurial constitue un dispositif indispensable à l’augmentation de la productivité, à la croissance des entreprises et au développement économique (Tchouassi et Tagne 2020:248). D’où le rôle important des incubateurs d’entreprises qui peuvent permettre de surpasser certaines difficultés pour les jeunes entrepreneurs (Francois, Lafaye, et Belarouci 2019:64). 5 Conclusion La présente étude s’intéresse aux initiatives entrepreneuriales des jeunes en ville de Kalemie en se fondant sur leur profil, leur expérience entrepreneuriale et les perspectives de développement de l’activité entrepreneuriale. La problématique de l’emploi des jeunes reste une réalité criante et recommande l’entrepreneuriat comme une panacée contre le chômage. Cependant, ce dernier est confronté aussi à quelques défis dont le manque de financement et le manque d’expérience ou de formation entrepreneuriale pour les jeunes. Ainsi, démarrant leurs entreprises avec des faibles capitaux, leurs chiffres d’affaires ne sont pas assez élevés également. Confrontés aux difficultés d’accès au crédit bancaire, ils recourent aux fonds propres Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6698 et à l’aide familiale. Pour promouvoir leurs activités, les jeunes estiment que les solutions proviendraient surtout de l’accès au financement abordable, la formation et l’accompagnement technique et la création des réseaux d’entrepreneurs. 6 Remerciements Les auteurs adressent leurs remerciements aux étudiants de deuxième licence en Économie de l’Université de Kalemie année académique 2024-2025 qui ont administré le questionnaire dans le cadre du cours des Fondements théoriques de l’entrepreneuriat. Ils remercient également les entrepreneurs qui ont fait preuve de disponibilité et de collaboration pour répondre au questionnaire, nonobstant la lourdeur de leurs tâches. 7 Conflits d’intérêts L’étude a été réalisée sans aucun conflit d’intérêts. 8 Bibliographie Abdennadher, Sarhan, et Sami Boudabbous. 2014. « Rôle du parcours scolaire dans l’acte entrepreneurial : cas du contexte tunisien ». Recherches & éducations (12):147‑62. doi:10.4000/rechercheseducations.2284. Akpa, Armand Fréjuis. 2019. « La jeunesse africaine face à l’entreprenariat: enjeux et défis ». Preprint. https://www.researchgate.net/profile/ArmandAkpa/publication/335146553_La_jeunesse_africaine_face_a_l'entreprenariat_enjeux_ et_defis/links/5d52bfdba6fdcc85f88ee8e2/La-jeunesse-africaine-face-alentreprenariat-enjeux-et-defis.pdf. d’Andria, Aude, et Inès Gabarret. 2017. « Mères et entrepreneures: étude de la motivation entrepreneuriale des mampreneurs françaises 1 ». Revue internationale PME 30(1):155‑81. 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