scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

L'ami des enfans.Tome onzième

Berquin, M. (Arnaud), (1747-1791); Regnault Warrin, J. J

Full text

_ ŒUVRES COMPLETTES D = .BERQUIN. RE TOME ONZIÈME, {om.u1? : Leg go. LL À Vo | À \\ | | | | . (l ( | | RM Se AB. dièu mon dieu narnar je ze peut plus parler, Lve-lor et vien dans mer bras... CHonnetino del. Dipreel seu. | 2 +4 M I EN FA NS, Par BERQUIN; Mis en ordre par J.J.REGNAULTWARIN. Dsleciando pariterque monen@oe ( Horar.) Une morale nue apporte de l'ennui; Le conte fait passer le précepte avec lui. ( LAFONTAINE. ) TOME ONZIÈME. N PARIS. Ghez ANDr£é, Imprimeur-Libruire, rue ds, : " Yo ea la Harpe, N°. 477. AN DIX, (1802). < ï 6 MAURICE. ÉÈE Paris, ManamE ET CHÈRE COUSINE, Votre lettre du 7 du courant, dans laquelle vous m’annoncez la mort de votre époux, n’a extrémement affligé. Vous pouvez être sûre que je partage votre douleur, et que je suis encore plus sensible à votre perte ae la mienne. Cependant, } jene puis mempécher d’être fort surpris que vous veuilliez chercher votre recours auprès de moi seul. Est-1l donc absolument nécessaire. que votre fils continue ses études, et qu'il donne au monde un demi-savant de plus ? N'est-il pas beaucoup d’autres professions où il puisse rendre d'aussi grands services à la société, et travailler D utilement à sa fortune ? Considérez' vous-même comment il pourroit s'avancer, sans biens et sans appuz. Vous MAURICE. bé connoissez trop bien le monde, pourqu'il me soit nécessaire de vous en démontrer impossibilité. D'un autre côté, il vous seroit insupportable à vous-même de le voir à charge à des personnes étran ee Vous me parlez des nœuds du sang mais, ma propre famille, qui est he nombreuse, me les Le plus forte-. ment encore, et je vous pie de croire que J'ai beaucoup de peine à l'entretenir d’une manière convenable. Me charger encore d’un nouveau fardeau, cela m'est absolument impossible; et je suis sûr qu'après une plus mûre réflexion , vous me le pardonnerez. Tout ce que je puis: faire , c’est de placer votre fils chez un marchand d’étoffes de Rouen, nommé M. Dupré, avec qui je suis en liaison d'affaires. Je vous donne ma parole qu’il sera fort bien traité chez lui. Réflé— - chissez mûrement à ce que je vous pro— pose, et mandez-moi votre résolution et celle de votre fils. S'il persiste à vouloir continuer ses études, je me vois absolument hors d'état de contribuer à son eu- 8 M, À U R I C EF, tretien. ue ; je vous prie, la lettres de change de quatre louis d’or ci-incluse, | comme une preuve de l'intérêt que je. prends à à votre. malheureuse situation. J 6 : vous prie de me croire toujours, madame et chère cousine , etc. I V. Orléans. | Monsieur Le priNorpaL, - J’aurois bien des choses à vous écrire, si jen avois la force. Je commence d’as bord en pleurant; et maman, qui est assise auprès de moi, me regarde, etellé pleure aussi. Je ne sæis trop ce que sera cette lettre. J'ai toujours un peu. de con+ solation à vous l'écrire. Vous devez déjà savoir que mon papa est mort, Vous vayez que ce que vous m'aviez prédit n’est pas arrivé. Vous me disiez de ne pas être inquief ; que je frouvèrois peut. être en arrivant ici mon papa hors de tout danger, Hélas ! il est pourtant mort : MA URI C EF, 9 maman n’est plus que pauvre veuve , -et moi L ne suis qu'un pauvre orphelin. Ah! jen avois une frayeur terrible, lorsque arrivait près de la maison. Je m'étois endormi dans la voiture : je révai que mon papa étoit dans le ciel, et que Jétois auprès de lui. Il me De par la main, me conduisit devant Dieu, ét lui dit: « Voilà mon fils Maurice. » Dieu me regarda d’un air d'amitié, et me dit: « Console-toi, mon fils; c'estmei qui serai ton père sur la terre. » Comme il disoit cela, je m'éveillai ; et en m'éveillant, j'entendis des cloches: qui sonnoient comme PORE un enterrement, Cependant, nous n’étions pas encore près. de la maison, et nous avions au moins plus d’une Pos à faire. Enfin, quand Ÿy arrivai, maman étoit sur porte, qui en à m’attendre, et sanglotoit de tout son cœur. Elle Fe , et me conduisit à mon papa, qui étoit dans. son lit, et qui ne pouvoit plus parler. Fosque: je lui sautai au cou, Dieu sait comme je pleurois, et comme je san ro MAURICE . glotois. Cela lui fit rouvrir les yeux, ef -illui échappa quelques mots que je nentendis guère, Ilmit sa main sur matête, et me donna sa bénédiction: ensuite il se souleva un peu, tourna ses yeux. -vers le ciel, poussa un grand soupir, ef mourut. Ah! vous ne sauriez imaginer combien nous avons pleuré, ma mère et mot. Tous les gens du village ont pleuré aussi à ses funérailles, mais maman et moi, plus que personne. Je commence à boire et à manger quelque chose ; mais Maman na absolument rien pris. Aussi elle est pâle comme la mort: ct il faut queje la prie sans cesse dene pas mourir, parce qu'autrement je ne saurois plus que devenir dans ce monde, Hélas! monsieur le Principali, vous saurez que je ne peux plus continuer mes études. Ah! c’est un grand chagrin pour maman et pour moi. Mais cela ne peut pas être - autrement, et Jai déjà pris mon parti Maman a écrit À son cousin de Paris * qui est un banquier fort riche, pour len-. &ager à me soutenir au collége ; mais il MAURICE t# ne le veut pas, et il dit que je ne serois bon qu'à être un demi - savant. Pour moi, je pense que je pourrois être un Savant tout-à-fait, si ma mère “avoit la dixième partie de son argent. Mais nons- 1] faut que je devienne apprentif deicommerce ; et que jaile à Rouen, Chez. M. Dupré. Je ne peux pas vous dire. combien cela me fait de peine. Maman cherche toujours à me consoler , et me dit que les marchands sont aussi d'honnêtes gens , et des gens utiles: et que lorsqu'ils ont appris quelque chose à ils men font qe mieux leurs affaires, Mais à quoi cela vous sert-1il, quand vous n'avez pas de goût pour le métier ? Vous savez, monsieur le Principal, combien J'aimois à m’instruire. J ’aurois voulu être un aussi grannd médecin que mon papa. J’avois toujours des livres à la main, ct je ny aurai plus qu'une aune. Mais, Jaime mieux me taire, puisque cela ne Peut tre autrement. Portez-vous bien, Monsieur le Principal ; je pensérai tou jours à vous, J "espère aussi que vous ne 0 a HivTatet mvoublerezpas. Je vousremercie de tout ce que vous avez fait pour moi. On dit que M. Dupré me mènera dans ses voyages : s’il va du côté de Paris, j'irai . . > AO . . 7 vous voir; et si je deviens jamais gros. Pr TE imarchand, vous pourrez prendre dans | mon magasin tout ce qu'il vous plaira ; sans qu'il vous en coûte jamais un sel Vous verrez, vous verrez |! Adieu, mon sieurle Principal s je suis ct serai tou jours comme vous mappelliez, votre petit ami, MAURICE: Na Orléans: MAURICE, Mme, LAFORET: AT À U R I C Ei Au! ma chère maman! voilà déjà la | voiture. Mu, LAFORET, les jeux baignés de larmes. Mon cher fils, tn vas donc mé quits | ter L MAURICÉ: | MAURICE. T M A URI CE, Oh ! ne pleurez pas fant, je vous prie s autrement je serois triste dans toute la route. Où sont mes gants? Ah ! je les ai eux mains. Je ne sais plus ce que je fais. ME. L À F O RE T. Qu'il men coûte de me séparer de toi! Je veux au moins accompagner jusqu’à la dernière barrière. MAUR RG Mais, ma chère maman, vous êtes _ déjà si malade et si foible. Mae, LA FO RE T. 1 Ce n’est qu'une demi-heure , et je sau< fai bien m'en retourner à pied. MAURICE. Je le voudrois aussi ; Mais vous savez que le médecin a dit qu'il falloit vous ménager. Si vous reveniez encore plus malade à la maison: que vous fussiez obligée , comme mon papa, de vous coucher, et de mourir, c’est moi qui en serois la cause, Non, je ne veux pas que vous sortiez, ou je reste | Tome XI, B 4 MAURICE MT LAFORET - Eh bien! mon cher fils, c’est moi qui resteral. MAURICE, Oui, oui, demeurez ici; et quand je - serai au détour de la rue, allez vons coucher, et tâchez de bien dormir. . Mu. LA F O R E T. Oui, si je pouvois. MAURICE, Adieu, adieu , ma chère maman. Mme, LAFORE T. Porte-toi bien, mon cher fils. Que le bon Dieu soit toujours ayee toi. Sois pieux, honnête, appliqué; fais la joie de ta mère, = MAURICE. Vous verrez, vous verrez toute votre joie. = MP, LATFTORE T. Ecris-moi répulièrement au moins tous les quinze jours. DÉFASUSR OT CE. - Toutes les semaines, maman. Vous m'écrirez aussi ? l > Je ferai MAtRIiCE +5 ME: LA FO RE T. Peux-tu me le demander ? Je n'aurai plus d'autre plaisir sur la terre. Mais NOUS reverrons-nous encore en ce monde, MAURICE. Oh! sûrement, nous nous reverrons. Je remplirai si bien mon devoir, que J'obtiendrai la permission de venir yous Voir dans six mois. ei MN. LAFORET. Oui, mon enfant; et. tu resteras ici quinze jours. Oh! si ce temps étoit déjà venu ! en. MAURICE. Maman, voyez le cocher qui s’impa= tiente. Tl faut que je vous quitte. MM. LAFORET. Encore un baiser, mon cher fils, Adieu, Maurice, adieu. ( {ls se font signe de la main, jusqu'à ce qu'ils se Perdent de vue, ). 22 M A U R I C EF. _ M, DE Ss. AULAIRE. - À quoi bon cette question ? MAURICE. À rien. Mais marchandez toujours, croyez-moi | MM DE S AULAIRE. Et pourquoi donc? MAURICE. C’est qu’alors ; j'aurois vingt sols par aune à rabaitre: M. Dupré me l’a dit. Vous ne devez pas payer cette étofle plus cher, puisqu'il peut vous la donner à meilleur marché. — MM, DE S. AULATRE. Voilà un trait de délicatesse deta part qui me ravit. En ce cas-là, mon enfant; je marchande. MAURICE. Eh bien! c'est douze francsàvousrendre. MM. DES. AULAIRE. Il sont pourtoi, mon ami, Jeveux que £u ten diver rtisses de ma fête. M-A U À I CE. Madame, je ne les prendrai pas, MAURICE. 23 MM, DE S. AULATRE: -Tu.les prendras : je te les donne. MYA-U R T GE- EtsiM. Duprénele trouvoitpas bon? ME, DE:S.) AULDATRE: .— Cela me: regarde: Je le prends sur moi. . EE ee NMuA DR 0 Le Ok! que je suis aise! J'e vous remercie mille etmille fois, madame. Cet argentne restera pas long-temps - dans ma poche. Je vais tout de suite l'envoyer à ma chère maman ,.et je lui parlerai. de vous dans. ma lettre. Je cours lui écrire aussitôt. Me, DES. AULATRE Non, non, je ne te laisse pas aller si vite. Je vois que nous avons bien des choses à nous dire. Apprénds-moi. d’a— bord .qui est ta maman, et où elle demeure, MAUR T-CST- Ah! maman est la pauvre veuve d'un médecin d'Orléans. Mon papa est.mort il y a deux mois, Il n’a rien laissé après lui, parce qu'il aimoit mieux soigner les 24 MAURICE. pauvres que les riches. Et puis il a resté deux ans malade ; c’est ce qui la ruiné. Ï1 avoit cependant gagné assez dans le commencement, pour me tenir-en pen: sion à Paris au collése d'Harcourt, On men a rappelé, parce que mon papa vou“ Lot m’embrasser avant de mourir. Ma man s’est trouvée hots d'état de me sou: tenir dans mes études. Un de mes cousins na fait entrer chez M. Dupré, où je suis apprentif de commerce, Si mon cousin, lüi qui est si riche, avait voulu, je serois retourné au collége, et j'awrois été médecin. Ah! jaurois eu bien du plaisir à étudier, pour être un jour le médecin de maman. J'ai toujours été des premiers dans mes classes ; et mes ré= gens étoient bien contens de moi, La première fois que vous aurez besoin d’é: toffes, je vous apporterai une lettre du Principal, que j'ai reçue il y a huit jours. Vous verrai s'il m’aimoit. Ohl il m'aiera toute sa vie, à ce qu'il me dit, ME; DE S, A UL ATR E. Je mai pas de peine à le croire, mon -cher DATE RTC E. 25 . Cher enfant. Tu m'as déjà inspiré beau coup d'amitié, quoique je te voie aujourd'hui pour la première fois. Mais, dis-moi , serois-tu bien aise de, quitter le-comptoir et de retourner à ta pension ? MAURICE. Ah lsi Dieu le vouloit ! mais MAMAN ne le peut pas ; elle n’a pas d'argent, ef Pourétudier, il en faut beaucoup, beaucoup. : MSSDE S, AULAIRE, Cela estvrais mais il ÿ atant de gens dans le monde qui en réporgent| Que dirois- “tu, si jé Padressois à quelqu'un qui t’examinât , pour voir si ta as bien profité du temps que tu as passé au colléve , et si tn es en état d'y faire de nouveaux progrès? MAURICE, ES Oh! madame ! avec quelle joie je su— birois cet examen! Envoyez-moi tout de suite , je vous prie , à cette personne ; Vous verrez cé qu’elle vous mandera sur Mon compte. Et puis, ce que je ne sais Pas encore, je puis lapprendre. Tome XI, QG 26 MAURICE. “Mme, DES. AUÜLATRE. Sais-tu où est le or royal _ cette ville ? M A URICE. Hélas! oui. J’ai passé bien So e + yant la porte en soupirant. MM. DE S. AUDAIRE. Eh bien l'attends un peu. (Elle s’as= _sied devant son secrétaire, écrit une letire, et la remettant à Maurice:). Tiens ; cours au collége , et demande le Principal. Il faut. Jui parler à lui-même. Tu . feras bien mes complimens ; et til le pricras de faire un mot de réponse à mon billet, \ M A DR T GE, Mais c’est que je suis bien pressé d’envoyer les douze francs à maman. MX. DES. AULATRE. Tu peux attendre jusqu'à demain Pa être auras-tu de plus heureuses nouvelles encore À Lui donner. - MA UN TC EF. Je vais d'abord porter votre lettre: MAURICE. 27 ét puis je courrai. chez M, Dupré, qui m'attend. Me, DES. AULATIRE, Prends bien garde à à t'égarer, MAURICE. - Ohlje saurai bien trouver mon chemin. Adieu, ma noble et généreuse dame. En moins d’une heure M. le Prin cipal aura votre billet: JY ie comme Un olseau, VI IT, Rouen. LE BRINCIPAL du collége ee MAURICE. M AU R I C HE. Moxsrgur le Principal , c’est un billet que je vous apporte de la part de ma— dame... Ah | j'ai perdu son nom, Je vais . courir chez elle pour le rattraper. Lit PRENCrTPAL, Cela n ’estpas nécessaire , mon enfant « $ elle se nomme sans doute L. le billet, C1 ouvre, et regarde la signature, ) 62 20 MAURICE. DE s. AULAIRE | Oh! c’est d’une main bien connue. ( Z/ Ut.) MONSIEUR, « L'enfant que je vous envoie est_un pauvre orphelin. Son père vient de mourir , et sa mère s'est vue dans la nécessité de le retirer du collése, pour le placer en apprentissage. Il paroït cependant qu'il a un goût très-vif pour l'étude. Je vous prie en grace de vouloir bien l'exaiminer; et sil vous donne quelques espérances, je m’engagé à pourvoir à son éducation. Ma fête, que je célèbre aujourd’hui, m’impose le devoir de fare une œuvre utile, et le ciel semble m'avoir adressé cet. at pour en être l’objet, Je vous prie, monsieur, de me mander ce que vous pensez sur son compte. : J'ai l'honneur d’être, etc. » LE PT N Gi PAL. Prends un siége, mon petit ami; je - suis à toi dans la minute. J’ai une lettre pressée à finir, M À U R I GE. Ah! monsieur, que vous avez là de Le \ RL SORTE RE AE LE EE EE RTE D 0 78 ES D Ne D M SLT M Ps LD TEL Arret te PRET Er eEr MAURICE 2» Beaux livres! F1 y a bien long-temps que. je n’en ai feuilleté. Me permettez-vous- d'en ouvrir.un pendant que vous écrirez P* LE PR IN CI P.A L. Je le veux bien, mon enfant. MAURICE, prenant un livre, Oh! c'est Homére ! mais à] est en. grec ; C’est trop fort pour moi, Je ne l'ai: jamais lu qu’en françois. LEPRINCrPAL - Comment? tu as lu Homère ? Et: qu'en penses-tu » SR RU RDC TLest plein de belles choses 1 a sur tout de superbes comparaisons. Je vou=. drois seulement qu'Achillene ft pas si, violent etsi opiniâtre.. Fe LE. BR I-NCI-pbAI, - Et quels traits de violence et. d’obstis.… ñation as-tu à Jui reprocher ? See M AU R IC EF: _ Est-ce bien fait à lui, de laisser les. Grecs dans l'embarras! Est-ce leur faute, Sil avoit une querelle avec À samemnon?* is ne lui avoient fait aucun tort à lui #: x C 3 2 30 MAURICE, même. N’auroit-il pas dû se laisser flé- : chuir , lorsque les députés vinrent à lui faire des soumissions dans sa tente? Mais, non; il reste inébranlable comme un rocher. Ils n’aurcient pas eu besoin de me prier si long-temps; j je les aurois SUiyI au premier mot. L E p R I w CT P À F Ju es donc bien indulgent ! ? M A URI C E. > Ne faut-il pas lêtre pourtous les homs mes , et encore plus pour nos compa= triotes ? Oh! vous avez aussi un Sophocle! Cest, je pense , de lui, qu'est la tragédie de Philoctète. Notre régent nous le fait expliquer trois fois. Cestune pièce bien touchante; mais savez-vous - ce qui m'y à fait plus de plaisir ? D Re DR N Co DA Te Je suis curieux dele savoir. MAURICE. C'est ce jeu ne grec... Comment S 'ap= pelle-t-il maintenant ? LE PR IN CI P A KE Néoptolême, TP RS RE RE RE AR ROME TT LE RC SE RE ST EN MAURICE, 8x MAURICE. Oui , oui, Néoptolème. C'est lorsqu'il revient, et quil rapporte à Philoctète son arc et ses flèches : je sens que j'aurois : fait comme lui. Mais je vous demande pardon , monsieur; je vous trouble peutêtre par mon babil. ee LE PRINOC.IP À I, Point du tout. Je l'écoute avec plaisir. Aussi bien voilà ma lettre finie. MAURICE. Tant mieux; je vous prierai de me dire ce que e’est que ce beau livre d’estampes qui est ouvert sous votre pupitre, LE PRINCI P À TL, … C’estun recueildes meilleures gravures de la galerie de Florence. — MAURICE. Voilà Jupiter; je le reconnais. en LED RIN CI BA I. - Comment le trouves-tu ? MAURICE. Jaime l’estampe, mais je n'aime pas Monsieur Jupiter, 38 MAURICE, - MAURICE. ; Rien qui me fasse tort, Jen suis sr Mme. DE 6. AULAIRE, be tout bas. MADAME, ter « Vous ne pouviez : me procurer un plus sensible plaisir que lentretiende cet aimable enfant. Sa physionomie remplie de candeur et d’innocence , l'esprit vif et plein de feu qui brille de ses yeux et qui se répand. dans ses discours, m'ont pénétré d’attachement pour lu. Son génie le destine à un genre de vie plus élevé que celui où la mort de son père et la pauvreté de sa famille le forœéroient de vivre. Je vous félicite , madame, d’avoir choisi pour objet de votre générosité , un enfant qui donne de Si belles espérances. Le ciel ne vous Pa pas adressé sans dessein le jour de votre fête, Je suis intimement persuadé que vous w’aurez qu à vous louer de sa conduite et de ses sentimens; et je m’estimerai fort heureux de seconder , parmes soins, vos généreuses dispositions. J'ai : Phonneur, ete. » î ‘ foi qu'à demi. MAURICE. 39 MU, DE S. AULATRE. Le Principal ne me paroît content de - “M A U RI-C'E. = Oh l1l est tout-à-fait, madame il me l'a dit ; ef je le vois aussi dans vos yeux, : a .- Me, DE S AULAIRE. Comment, tu y vois cela, mon petit. devin ? Maïs parlons : Soit sil se trouvoit : une personne qui pritsoin de toi 1, et qui se chargeñt de ton entretien - et dé ton éducation, que férois-tu pour elle ?- MAURICE. Ce que je feroïs ?.. Je ne sais pas trop. Je ne peux rien par moi-même; mais} prierois pour elle du cœur et le j jour et La nuit. MU DE S. AULAIR E ; l'em= brassant: : SE à Prie donc pour. moi, mon cher fils ; prie pour fa seconde mère. MAURICE. Pour vous, pour vous, maman ? D z 49 MAURICE, .MBe, DES. AU LAIRE. Oui, je veux l'être. Ton: père est mort, je remplirai sa place ; je feraï pour toi ce qu'ilauroit fait. Tu reprendras tes études , ‘et rien ne manquera. à ton éducation. MAURICE, se jelant à ses se Ah Dieu! mon Dieu! maman ! ce ne peux plus parler. ee ne, DES. AULATRE. _ Lève-toi, et. viens dans mes bras. ‘si tu m'aimes, ne m appelle plus « que. ta . maman , entends-tu ; mon fils? MA URI CE- Oh! our, maman. Jesuis dans le pe. radis. [= ' c me, DE s. AULAIRE.. Tu es hors de toi-même. Tâche dette remettre, et allons nous promener dans mon US J'ai à te is dè ta mères MAURICE. 2 . Rouen. M. DUPRÉ, MAURICE. M DUPRÉ. | O w donc as-tu resté silong-temps P NÉ ASUCR EC E. Ah!M. Dupré, Si VOUS SAVIEZ 5e, LA M. DU P R É. Je sais. qu il ne faut pas être si long. temps dans tes courses. Que cela ne arrives plus une autre fois. Est-ce c que tu n’as pas trouvé madame de S. Aulaire ? MAURICE, Oh! je l’aitrouvée, et j'ai trouvé QE elle une seconde maman. ; Mis DU PRÉ. Quel galimathias viens-tu me faire © | se que tu es fou? M AU R I C E. ; Non, non, je ne le suis pas. Je vais. 414. EST REEn. reprendre mes études, j’entrerai dans trois jours au collége, et maman de S. Aulaire viendra demain vous le dire à vous-même. M: DU PR É. .. Comment donc ? est-ce que tu ne restes plus chez moi? M AU R I CE. Je neveux pas être marchand, je veux étudier. … _— M. DU PR É. Ainsi tu nes venu chez moi que pour tâcher d’en sortir, Tu y es, il faudra bien que tu y restes. MAURICE. Vousne pourrez mé refuser à maman ,: qui viendra me chercher. M. DU PR +. Croit-elle pouvoir, à sa fantaisie ; Véz mir enlever les gens chez leurs maîtres ? MAURICE. Mais M. Dupré, sans ‘vous ficher - vous n'êtes pas mon maître , et je ne suis pas de vos gens, = sc: M ACUIR ICE 45: MDUPRÉ, s’ayancant vers lui d'un + air et d'un geste menaçant. Dis encore un mot, ingrat. MAURICE. - Etque vousai-je donc fait? Vous ai-je. causé quelque perte ? MD U-P'R+, Tu mas trompé ; je commençois à t'aimer , et je voudrois ne Pavoir jamais. vu, M-A URI CE... Non, monsieur , je ne vous ai point trompé , : je vous. assure, Je serois resté chez vous,.et je ne songeois pas à en sortirs mais figurez-vous un moment à ma place. Si mon papa n’étoit pas mort, je ne serois pas sorti du collége pour entrer dans votre maison. Une bonne dame . prend pour moi le cœur demon papa, je sors de votre maison Pour rentrer au colléve, Est-co qu'il y a là de ma faute. Fe M. DU P R É. Tuas raison. Mais pourquoi es-tu si aimable? Je maccoufumois à te regarder comme mon fils. 46 MAURICE. MAURICE. Embrassez-moi donc, monsieur Du- Fe ; M. D U P,R.É. Non. Il men coûteroït encore plus de <e perdre. (J/ sort.) MA URI CE. TL est brusque ; M. Dupré ; mais c’est mn brave homme: J'aurai du regret à le quitter, et sur-tout ses enfans et sa femme. Mais il faut que j'écrive à maman. Oh! comme elle va se réjouir en lisant ma lettre ! Je voudrots qu’elle Veût déjà dans Âcs mains, èt arriver auprès d'elle un mo ment après. (7 ls se met a écrire.) MA CHÈRE MAMAN, « De la joie l'de la joie! vous êtes hors de peine, et moi aussi. Ne pleurez pas trop de plaisir, pour pouvoirlire ma lettre. Voici l’histoire de notre bonheur. M. Dupré na envoyé ce matin porter de étoffes à-une dame de S. Aülaïre. Oh! Vexcellentedame! Ah! si vous étiez déjà. #ci | Savez-vous bien , maman, que von | Ë } M'A U:R I;C.E. 45 Y..viendrez avant huit j jours ? Elle vous donnera un, appartement dans son hôtel, et vous vivrez avec elle ; 5 et moi J rai au colléce, et je: viendrai yous voir tous les jours: : Oh! l'un plaisir | Lun plaisir! Vous Souvenez-vous pourtant lorsque je partis, comme vous pleuriez ? Vous disiez que nous nous embrassions peutêtre pour la dermière fois. Eh bien ,ilne tiendra qu’à nous de nous embrasser mille fois le jour. Maman doit vous envoyer de Varsent pour faire le voyage; carelle est aussi ma maman: comme vous, ef je suis sûr.que vous nenserez par. fâchée.. Tout. Pargent qué-vous recevrez pourtant n’est pas d'elle , 1 y ‘a douze francs de moi: ellemeles avoit donnés, et moi, je vous: les donne. Dee biais à faire votre paquet; plutôt vous arriverez, plutôt nous serons content..Je lui ai dit tant de bien de vous, qu’elle:desire presque autant je moi de Vous.voir. Partez, par tez; J'irai vous attendre à Fée de la diligence s pour vous conter toute l’his— toire avant que vous éhttez chez elle ; 46 MAURIC-E. mais elle vous la conte sans doute däns la lettre qu’elle vous écrit aujourd’hui. Adieu, machère maman; je craindrois que ma lettre ne fût ét dés d’un courrier , si je vous écrivois tout ce e que j ai à vous dire, » MAURICE. je On ans. : Manaurs, ess “Où trouver des paroles pour vous ex = primer mes transports et: ma reconnois= sance ! Grand Dieu ! mes malheurs sont: .- donc à leur fin! Je: suis heureuse, mon fils Pest aussi ; et c’est:à vous. que nous lé’ devons. eo s'élever; sans mourir, d'un ne de douleur au one de la: joie ! Je n’ai que des larmes: pour expri= mer ce que je sens. J'e regrette de ne pou-- voir les répandre toutes devant vous, pour vous payer de votre bienfaisance. Vous! avez desiré d’être mère ; vous pourrez peut-être vous former ‘une idée de mon: bonheur. Te e ne huis vous en dire davantage. Je vous-en-dirai peut-être encore moins au premier moment où je. verrai notre fils placé entre nous deux ; “et ser ré dans nos bras gntxelacés ; mais vous entendrez mon silence , et mon affachement et mes soins ent de: vous P à chaque instant de ma vie, SJ Ai L Ropsese TEE, Es NS X 54 EA TENDRE MÈRE.’ CAROL INE Ni moi non plus, maman, je-Passure, ( Mad. de Tercr secoue la iéte; sans pouvoir répondre ;, ses larmes et ses _sanglois recommencent avec plus de violence. Les trois enfans se metient à pleurer , et crient ensemble, en la pressañt de leurs mains.) Maman ! ma chère maman | mme, D DES T ER GC Y, en cine gnant ses pleurs. “ranqu Hicezyous. ; je vous en con= jure ; ne pleurez D. vous me désolez. . HENRAETTE. - Poe donc avez-vous pleuré la première ? Pour quoi pleuriez-vous hier, avant-hier, ‘tous les ; jours , depuis 2 lettre de mon papa ? JAM DE THEN OC Ne me le demande point, ma chère fille, tu le sauras nn jour. Tout ce que je puis vous apprendre, mes .enfans ; c’est que demain | Je suis ape de vous quitter, me penses "sa Zn pressant de lurs mans.maman 77 chere TPICTILEIE +. , à Delynon wap. LA TENDRE MÈRE. 55. S-0 P HF E.- Ft tu ne m'emmènes pas cette fois , _ Comme tu me l’avois promis, ! ? Henriette ta bien accompagnée dans l’autre voyage, MM, DE TER OC Y. Phtau ciel que je pusse vous em— pose toutes dans mes bras! Mais, hélas ! ce n’est pas en mon pouvoir. HENRIETTE, Au moins, reviendrez-vous bientôt, maman |! ‘ SOPHIE.. Æt m’apporteras-tu quelque chose . bien joli, quand tu reviendras ? CAR OL IN TE. Et aussi à moi, je Pen prie ! Une grande poupée qui roule ! HENRITETTE. Quoi ! mes sœurs, vous voyez que maman est triste, et vous lui parlez de. : joujoux ? Ah ! si j’osois. …. MM, DE TE RC Y. Que veux-tu dire > ma chère fille ? 56. LA TENDRE MÈRE, HENRIETTE, ensanglolant. Vous ne reviendrez pas, je le sens. | Vous êtes toujours chagrine de nous quitter ; mais vous ne PIE pas comme aujourd'hui, quand ce n’est que pour. un petit voyage. “MM DE TE RG Y. Ne te fais pas de ces frayeurs, Hen= riette. En moins de six semaines, je se rai de retour auprès de vous. A SO PH | O mon Dieu! que ferons-nous sl long-temps toutes seules ? - NPA RO LINE Tu le sais, maman ; je ne sais ja” mais jouer si bien quand tu n’y es pas. NU, DE TE RC * Votre papa revient demain. HENRIETTE - Et vous ne serez pas ici pour le regevoir ? : S O P H I E. Oh! ïl sera bien fiche quetun 501 pas. LA TENDRE MÈRT: 57 dd Demeure au moins pour lui, je te prie, maman. MD E TER CY: Il wen era que plus aise de me voir à mon retour. Quelques $emaines seront bientôt passées. Ts HENRIETT Er. Vous ne voulez pas nous le dires Mais je sais que mon papa... MS DE TE RC y. Mon enfant tu me déchires le cœur, Je souffre bien assez de me séparer de Vous. Tranquillise-toi, je Pen conjure , BoUS nous reverrons bientôt. Recois-en ce baiser pour gage. RENRIETTE, en se Jelant à son cou, Oh! si c'étoit vrai ! MAC DE T E RC Y, Tu verras, tu verras. Je te le promets. Je ne ai jamais trompée. Portez- Vous bien, mes chères filles : et ne cherchez qu'à vous amuser en m'attendant. (Elle les embrasse lune après l’autre, } 5g LA TENDRE MÈRE Henriette, Sophie, vous qui êtes les deux aïnées, prenez bien garde qu'il m'arrive aucun accident à ma Caroline. Aimez-moi toujours. De mon côté, JE penserai continuellementà vous. Adieu, chers enfans. ( Ælle s’arrache tout-d= coup de leurs bras, et Les laisse toutes les trois immobiles de douleur , et poussant de hauts cris. ) LA TENDRE MÈRE. 69 LETTRE DE M. DE TERCY À MADAME DE VILLERS. : MA CHÈRE ET DIGNE AMIE, .Je vous envoie, comme vous me le permettez, mes trois filles. Je vous conjure de leur prodiguer vos plus tendres soins. Qu’elles trouvent en vous une seconde mère. Après événement odieux qui leur à fait perdre celle que leur avoit donnée la nature , je regarde comme un bienfait du ciel que vous daigniez généreusement vous charger de veiller surleux éducation. Je sens de quel poids est le fardeau que je vous impose; et combien peu je suis en état de m’acquitter jamais envers vous de la moindre partie de ma reconnoïssance. Mais que n'ose pas un père pour ses enfans! Daignez donc par= * donner à Vindiscrétion d'un cœur pater— nel ; et disposez dans tous les temps de 66. LA TENDRE MÈRE. ‘Adieu. (Le domestique sort avec un air de trouble et de chagrin. ) LA BRIE, les mains jointes. Ah! de. je ne pute croire que. mon tour aille venir. mme. DE T ER C Y. Je tremble moi-même de vous le déclarer. |; L À BR I E. Quoi! madame , moi qui vous ai vu naître , moi qui vous ai suivie de chez M. votre père, moi que vousregardiez ; disiez-vous ; comme de votre dot ! Me renvoyer après tant d'années ! Pensezvous que je vous sois moins attaché à cause de ma vieillesse ? Hélas !; Ê naini femme ni enfans. Je ne tiens qu'à vous dans ce monde, Que voulez-vous ar devienne ? Mme, DE TÉ RC y, 0 Mon cher et honnête la Brie, croyez qu'il en coûte pee à mon cœur. Mais, vous le voyez; j'ai renvoyé mia femmede-chambre et mon domestique. Je né dois plus avoir personne auprès de mOi = LA TENDRE MÈRE. 67 LA BRIE, avec feu. Ma bonne maîtresse , est-ce que lesaffaires de M. de T ercy seroientdérangées? Ah ! je tiens de vos bontés de quoi nourrir long-temps vos chevaux. Laissez-MmOoi mourir sur mon siége en vous conduisant. M. DE TE RC y. Cette preuve de votre attachement m'est bien sensible. J'en suis pénétrée jusqu'au fond du cœur. Mais rassurez= vous. M. de Tercy gouverne sa fortune en homme sage, ef ne laisse rien man= quer à mes besoins. Cela est s; vrai, que je vous donne mes trois chevaux , et que je vous assure une petite pension pour toute votre vie. DASRRTE À moi , à moi ? Que voulez-vous que je fasse de ces richesses ? Je n’en mour— 101S que plus tôt du regret de perdre celle qu me les auroit données. Non, jamais, Jamais. | MB DT ÉE=R- CV: Je lexige de vous Pour ma satisface 63 LA TENDRE MÈRE. tion. Je veux me réjouir de vous avoir procuré du repos et de laisance pour le reste de votre vieillesse. (La Brie veut prendre le bas de sa robe pour la baiser. Elle lui donne à baiser s@ main.) Allez, mon enfaut, jai besoin d’être seule. LA BRIE. Que je vous souhaite au moins mille _et mille bénédictions du ciel. Je suis vieux, mais Je ne me sens encore que trop jeune pour avoir de temps de vous pleurer, ZA TENDRE MÈRE. 69 \ MADAME DE VILLIERS, MADAME PAMBERT, vêtue Le rébe de serge L'or 1 oh on Mme. ‘L AM she R Ts te madame, si je prends la liberté de re vous interrompre. J’at appris que vous cherchiez une gouvernânte. pour trois jeunes demoiselles. Quoïque je me croie bien éloignée de posséder les qualités névessairés pour . dés fonctions si délicates , la situation où je me trouve m° engage À vous proposer ru moins d'en, De un:essai. MM, DE VILLIERS. Phiselre vous demander: qui vous êtes; madame , et. = est votre nom ? | MM, :L\ AUM B EiR:T." Jem ——. Lambért. Je suis la veuve infortunée d’un homme « que j'aimois: £. que jaime encore: plus que moi-même: - Dansla douleur quim ’accable, ce serojt 7o LA TENDRE MÈRE. une consolation pour moi de pouvoir employer mon temps à l'éducation de trois enfans bien nés, Je vous conJure ; madame , si vous n'avez pris d'engagement avec personne , de vouloir“bien me confier cet emploi ; J'espère que vous serez contente dé mon zèle. Je ne demande aucun salaire. Je suis au-dessus de tous les besoins. C’est une occupation que je cherche , pour me distraire de l’idée des malheurs. Mme: D EF. Sr Un motif si touchant me pénètre. du plus vif intérêt. pourivos peines. Vous m'avez donc point. d'enfans , madame ? Mme, LAMBERT avec émotion J'en avois qui faïsoient tonte ma joie et tout mon espoir. Mais, hélas! ma cruelle destinée.me les a-ravis.. Me, Di ES W M IALYI ER S. Je vous plains du'-fond de: mon. cœur. Vous me paroissez: une mère bien ten= dre , et vous auriez mérité devoir vivre vos enfans, pour prix de votre amour. LA TENDRE MÈRE. vx Me. LAMBERT, avec un soupir. - Ahlils vivent encore, ils vivent. Mais ils n’en sont pas moins perdus pour mois C ZE lui échappe des larmes. ). MESA D SERV L'AT LE R 6, Jene puis vous comprendre, madame Certainement, ou votre douleur vous égare > OU-Vous avez un sentiment secret quévous étouffez. Craindriez-vous de me le découvrir ? Peut-être serois-je en état de vous donner quelques consola= tons. + FER à NP LAMBERT. ; Vous seule au monde le pouvez, mas dame. ou MER EDIBEO VOTE LOT E RS. Moi seule ? Et comment ? Parlez. Que désirez-vous de moi ? I] n’est rien que Je ne me sente portée à faire pour vous. M8... L A M BE R T. Faitei-moi donc gouvernante des trois Jeunes demoiselles. : MRSUD EN EL EL LR Est-ce IA tout ce que vous desirez ? 72 LA TENDRE MÈRE. MM: L'A M BE R T.. Rien, rien de plus , ét je sis : heureuse. Fe mme, DE VILLIE É Je né puis révenir de l’étoñnement où vous me plongez. Tout cet entretien me paroït comme un songe. Quoique: vous ne me jugiez pas digne de votre confiance , je sens que vous vous emparez de la mienne. Je vais faire appeler les trois jeunes demoiselles. Voudriez-vous bien faire, en ma présence, une premièré épreuve-de vos dispositions pour l’em— Qu que vous recherchez ? Si, comme je n’en doute pas, vous justifiez Pidee que j'en ai conçue, je vous remets aussitôt vos élèves. M, LAMBERT, avec transport: O ma noble bienfaitrice ; je ne be contenir l’excès de ma joie. ss , jai votre parole ?. Ma, DE VILLIERS Oui, sous la condition que je vous ai proposée, me, A TENDRE MÈRE. 73 Mme, L À M B Ë R T. Je n’en demande De davantage. Graces au ciel et à vous, jai encore mes en— fans. Mme, DE VILLIERS, _. surprise. Vos enfans, madame ? Quels enfans ? MM, L A M BE R T. Mes trois filles , les demoiselles de Teroy. Vous voyez leur malheureuse et innocente mére, que son époux vouloit leurarracher. J a abandonné mes biens ; Jai déguisé mon nom et mon état pOur vivre auprès de mes enfans. J’aï craint de me découvrir à vos yeux avant d’avoir obtenu votre promesse. Je sais ce que mon époux vous a écrit de moi; mais je me flatte que le parti que je viens ne brasser vous a déjà convaincue de mon innocence. Une bonne mère ne peut pas: être une mauvaise épouse. Mme. DE VILLIERS, en l'embrassant. O tendre et généreuse femme ! Je n’ai point de Bale pour vous exprimer ma joie et mon admiration. Comment pouvoit-il me tomber dans l'esprit de cher- Tome XI. G ee 54 LÀ TENDRE MÈRE. cher, sous cétristed éouisement, madame de Tercy ? er M2. LAMBERT. - Cette métamorphose ne m'a rien coûté; et je suis résolue à la soutenir constammont. Personne au monde, excepté vous, ne saura qui Je sus. Ne cralgnez point. de vous compromettre. Je vous jure , par tout ce qu ya de plus sacré, de ne laisser jamais SRE mon ae de ma bouche. MED BEA EEE LERESS Je vous promets la même discrétion Mais, vos filles... FE MOD EX MB ER T | Il rne sera certainement cruel de me cacher à a , et de me dérober à ma PO tendresse. Mais il ne me reste pas d'autre moyen. Aïdez-moi seulement à Jouer mon personnage. Lors= que la méprise sera une fois établie, se se sou endra, d'elle-même. Fe n'ai de guittude que de la part de ma fille ainée “é ie nriette, SEX # “LA TENDREAMÈRE. #3 MMS, DE VILLIERS. Je ne puis attendre plus long-temps eette scène -extraordinaire. -Je vais les appeler. ( Ælle sort et renire-aussi=1é6t avec les trois petites demoiselles, qui font une révérence gracieuse a madame Lambert, ét la considèrent avec une aitention méléede surprise etd’embarras.) — Mesdemouselles, c’est pour vous présenter madame Lambert, lagouvernante queje vous ai choisie. Je me flatte que vous en serez satisfaites. Je crois pouvoir vous répondre de ses soins et de son amitié. Mais aussi tout le ae et toute l’obéissance que vous rendiez à madame votre mère. HENBIETTE, en sejelant dans ses bras. Eh! c’est notre maman! SOPHIE et CAROLINE, Ah! maman, maman! vous voilà de retour. ( Ælles sautent autour d'elle, lui baïsent les mains, et l’accablent de caresses. Madame Lambericherche leur G 2 82 LATENDRE MÈRE. LETTRE DHENRIETIE. Di PERCY À M DE FERCY Aox cHEr PAPA, J'ai tant de choses à vous écrire , que je ne sais guère par où je dois commencer , ma lettre. Nous ne sommes plus chez madame de Villiers, nous voilà chez madame Lambert, notre chère gouvernante, rue Ganterie. Vous ne sauriez jamais croire combien nous sommes heu= reuses auprès de cette excellente femme. Elle est aussi douce, aussi bonne que notre maman ; elle nous aime commesses filles , et nous l’aimons comme notre mère. Il west pas besoin de faire venir des maîtres pour nous donner des leçons. Elle est en état de nous montrer tout ée que nous devons apprendre, On di- LA TENDRE MÈRE. 83 roit qu’elle fait son bonheur de nous instrue; et elle s’y prend si bien, que nous Yÿ trouvons tout notre plaisir. Sophie et Caroline lisent déjà passablement, graces à ses soins. Pour moi, j'ai commencé avec elle ur cours de géographie et d’histoire qui nous occupe toute la matinée, avec un peu de calcul, et des morceaux choisis en vers et en prose , que nous apprenons par cœur. [/après-midi, pour nous délasser, nous avons la musique, le dessin , et la danse ; et le soir, nous faisons de petits ouvrages à’ Paivuille ; pour lesquels ‘elle a une adresse sinpgulière. Afin de me perfectionner dans mon arithmétique, ét me faire connoître en même temps les petits détails du ménage , elle me donne à régler tous les comptes de Ta ‘maison , que je lui présente de trois Jours en trois Jours, ainsi que état de la dépense dont je suis chargce. De cette manière, je commence à savoir le prix de chaque chose ; et je Pourrois fort bien être votre économe à 84 LA TENDRE MÈRE. mon retour. Avec tant de choses à faure dans la journée , vous croiriez peut-être que jesuis fatiguée le soir; point du tout, mon papa. Je me trouve heureuse d’avoir si bien rempli mon temps; et je me croirois fort à plaindre, si l’on n’enlevoit quelqu'une de mes occupations. Je viens de faire à madame Lambert une. petite tricherie .que je-veux vous raconter. Elle étoit allée l’autre jour-voir madame ‘de Villiers, avec Caroline. J'étois restée seule auprès de Sophie; afin'de lPamuser, je pris le 7’héäire d'Education, et je lus tout haut l°4- veugle. de Spa. Je pleurois à chaudes larmes ; Sophie ne pleuroit point: jen étois indignée ; je la pinçois pour qu'elle pleurât aussi. La pauvre enfant se prié alors à pleurer plus que je ne l’aurois voulu. Je parvins bientôt à l’appaiser par mes caresses ; mais je me reprochai ensuite ma vivacité. Je sentis qu ’elle avoit pu étre distraite pendagnt ma lec= ture s \ LA TENDRE MÈRE. 85 ture , et qu’elle seroit touchée bien plus vivement, lorsqu'elle seroit en état de lire elle-même. Lèà-dessus je formai le projet de la faire étudier en cachette dans cette charmante pièce, jusqu’à ce qu’elle la sût lire parfaitement. Madame Lambertne pouvoit hier revenir de sa surprise, en voyant les progrès de Sophie. Nous nous sommes bien gardées de lux dire notre secret; et nôus nous proposons de Pattraper encore pour Caroline. Je suis bien aise de trouver cette occasion de la soulager de ses travaux, et de la payer des soins qu’elle se donne pour mol. Voilà, mon cher papa , quelles sont nos études et nos amusemens. Ajoutez- _des promenades aux environs de la ville , des visites que nous faisons à de pauvres gens, pour les soulager , quelques travaux dans un petit jardin où nous cultivons des fleurs, et vous saurez exactement toute notre histoire. Nous Tome IX, EH 96.. LA TENDRE MÈRE. ne nous sommes jamais si bien portées, jamais nous n'avons Cté si heureuses. Il ne nous manque que le bonheur de vous voir. Oh! si vous vouliez faire un petit voyage à Rouen ! Je donnerois tout au monde pour que vous puissiez connoitre madame Lambert. Je suis sûre qu'ancüune femme sur la terre ne vous paroïtroit plus digne de votre amitié. Gh l!-venez, venez, mon papa. Mais voici Caroline qui me demande si c'est à vous que J'écris. Elle est si fière de faire, depuis quelques jours, de grandes lettres sur son cahier, qu elle veut vous griffonner quelques lignes. Ce sera A peint, je crois, ct d’une belle orthographe. Mais n'importe, il faut la satisfaire , et vous donner ce plaisir. Elle vient déjà de s’armer de sa plume , et ses petits doigts sont tout barbouillés d'encre. Elle me türaille par rmaon tablier pour que je finisse, et qneje ni cède la place. Adieu — mon cher LA TENDRE MÈRE. 87 papa. Madame Lambert vous assure de ses respects. + vous aime de tout son cœur ; et moi, j'ai l'honneur d’être, avec le respect et toute la tendresse que je vous dois, mon papa, Votre très-affectionnée fille, Î HENRIETTE DE TERCY: mor she papa ie ueu osi Uou Egr" pisq @nrltt uou eqri ie mapiq bin afe ou @s 5 so ud fon de 1raue b dur.80 pate ddie po# uou bin — zot ptit “Krolin. H 2 88 LA TENDRE-MÈRE. LETTRE DE Mus. DE VILLIERS À M. DE TERCY. Vous n'avez pas oublié, sans doute, les engagemens que vous avez pris envers moi, si je parvenois à trouver, pour vos filles, une gouvernante selon nos desirs. J'ai réussi dans ce choix au-delà de nos espérances. Vous voilà donc à la merci de mes caprices, et il ne tiendroit qu'à moi, Hé comme vous lêtes par votre parole de vous envoyer faire une promenade au bout de l'Univers. Maïs ne craignez rien. Je veux vous montrer autant de générosité que vous m'avez accordé de confiance. Je n’exige de vous: qu'une chose, et seulement à titre d'amitié. C’est de vous rendre ici le plutôt qu'il vous sera possible. Ne me demandez point les raisons de cet empressement- Vous les apprendrez à votre arrivée. Jl fout seulement que vous veniez, et tout LA TENDRE MÈRE. 89 de suite, si vous ne voulez me donner des regrets d'avoir pris tant d'intérêt à votre Se Votre bonne amie \ DE VILLIERS. P. S. Henriette veut que je renferme ma lettre dans la sienne, pour arriver l& première auprès de vous. Es ee] 98 LATENDRE MÈRE. RÉPONSE DE M. DE TERCY A - LETTRE PRÉCÉDENTE. NTA oïenc Et cuère Ame, Je pars dans un moment pour me. rendre à vos ordres ; et cette lettre ne me devancera que de quelques heures. J al voulu quelle me précédêt, pour me sauver la confusion de vousdirede bouche ce qu'elle va vous apprendre. Hélas! aurai-je même la force de vous le tracer: ? Mais il le faut. Ah! je ne l'ai _ trop mérité, cette dure humiliation ! Eh bien! je sus le plus injuste et le plus cruel des hommes. J'ai osé flétrir de mes lâches soupçons la vertu de l'épouse la plus respectable, d’une femme dont je suis indione de supporter les s regards. C’est lorsque je l'outrageois , qu elle sauvoit mon nom de lignominie. Un de-mes parens étoit prêt à être chassé dé son corps pour une ctourderie de LA TENDRE MÈRE. 9 jeunesse qu'il nosoit me révéler, d'après lemportement de mon caractère. C’est elle qui des fruits de son économie, Pa délivré de l’opprobre où il alloit m'en— traîner avec lur. Elle a eu le courage de supporter mes indignes traitemens, plutôt que de l’exposer à mon indignation, en me découvrant sa faute. J'ai reconnu le sujet de ses entrevues secrètes, qui avoient troublé mon esprit. Que je maudis ma détestable jalousie! Mais comment sou— tenir sa présence! Ar! c'est à ses pieds, et sans oser lever les veux sur elle, que jimplorerai mon pardon. Je vole. vers son séjour. Je verrai en passant mes filles et vous. Adieu. Je nose signer un nom que je sens si coupable, ‘98 : LA TENDRE MÈRE, appris à me faire plus forte que je ne le stus. La tendresse de mes enfanssoutient mon courage. Je vois qu'au milieu de leurs souffrances, elles contraignent leurs plaintes de peur de m'affliger. Dans le délire de la fièvre , elles ne prononcçoient que ton nom et le mien, avec les expressions d'amour les plus touchantes. Cé matin, Caroline demandoit instamment à te voir. Je lui ai dit que je ne voulois pas te faire venir, de peur qu’elle ne te donnât son bobo. — Oh! non, nol; maman, n’ayez pas peur; je le on tout pour moi. — Ma fille, il en Bo droit sans que tu perdisses le tien. Ab! tantpis, a-t-elle répondu ; en retombant de foiblesse. Un moment après, elle m'a appelée : Maman, tu as à ton cou le portrait de mon papa, tu as le tien. Donne-les-moitous les deux, que je les caresse. [ls ne prendront pas mon b0bo.... Chères enfans, si j'allois vous perdre! sl moi-même peut-être... Je ne vois autour de moi que des séparations douloureuses de mort, Gher époux ; arme-toi de LA TENDRE MERE. 09 courage. La vie de la terre n’est que d’un moment. Henriette a peur que je ne t'afflige. Elle me demande avec des larmes la permission de P’écrire pour te consoler. Je crains que cet effort ne la fatigue , et plus encore de la désoler par un refus. Jevais lui porter ma lettre pour qu’elle y ajoute quelques mots. “MON CHER PAPA, » Nous sommes bien malades ; mais » ce n’est rien. N’allez pas vous tour- ? menter. J'espère... » Elle ne peut pas en écrire davantage, Je sens aussi mes forces qui m'abandonnent. Je suis dans des transes mortelles. J’entends Sophie gémur. Il faut que j'aille à son secours. Adieu, cher poux; prends quelqu'espérance, ou de à forcé d’ame au besoin, sur-tout ne tes fisaucun reproche, et aime toujours Ta fidelle et tendre AMÉLIE, L°3 100 LA TENDRE MÈRE. LETPRE DE Mu, DE VILLIERS A M. DESTERCY. Mon CHER ET MALHEUREUX AMIE ; Comment vous apprendre les tristes nouvelles dontil faut cependant que vous soyiezinstruit? TâÂchez de pressentir dans votre Cœur ce que ma main tremblante hésite à vous tracer. Caroline vit encore , etna plus rien À craindre; mais pour Henriette et Sophie... Hélas ! elles ne sont plus. Votre épouse, ainsi que vous. le jugez aisément, a été accablée de cette -double perte. Les veilles et la douleur _avoient tellement abatttu ses forces, que le mal contagieux qu'elle a pris de ses “enfans, l’a bientôt réduite à la dernière extrémité. Croyez, mon ami, que Je voudrois racheter sa vie au prix de la moitié de la mienne. Mais à quoi servent | ces vœux superflus ? Je ne puis vous Ca= cher plus longtemps ce funeste secret. LA TENDRE MÈRE. or. Dans ce moment on sonne ses funérailles. Oui, malheureux époux ,ton. Amélie est morte: elle est morte ; et lorsque vous recevrez cette lettre, son corps.sera enseveli sous la terre. Ne vous fâchez pas contre moi, de ne vous avoir pas informé de sa maladie. Elle. n’a pu survivre que de quelques heures.à, la mort de ses filles. Quand vous vous seriez mis sur Îles ailes. des vents pour la voir encore, vous nel'aurez pas reconnue; tant la violence. du mal: l’avoit défigurée. Je. ne l'ai pas. quittée un moment. J’aireçu ses derniers, soupirs , et j'ai fermé ses paupières. C’est. une scène qui xestera long-temps gravée: dans ma mémoire. El me seroit difficile de vous peindre sa résignation etson cou. fage. Ce n’est pas sur elle que portoient ses regrets ; ses dernières paroles ont été: une prière fervente au ciel pour Caroline. etpour vous. Quelles conselations pour-- voïis-je vous adresser sur sa-perte, dont. mon cœur nait autant de besoin que le. vôtre ? C’est elle seule qui peut adoucirxotre douleur. Lisez ces lignes , dont. elle T3 T0% LA TENDRÉ MERE. a tracé elle-même la première parbe, et dont elle n’a dicté l’autre d’une voix de faillante. Je joins ma voix à la sienne de toute la force de l'amitié, pour vousrappeler dans votre désespoir que vous. avez encore une fille à qui vous êtes plus que jamais redevable des soins et de la tendresse d’un père. Conservez-vous pout elle. Je l’enverrai aussi-tôt qu’elle sera parfaitement rétablie. Ses caresses aimables soulageront bientôt votre cœur, et son éducation pourra vous distraire d'un souvenir douloureux, Adieu.Je re grette de avoir plus à vous offir qu "un te sentiment decondoléance. Votre bonne amie, { DE VILEIERS act nr mme tit d'a dan cbr ét let ian fléau Sa dt ide dés sise dé de 6 de Sd dd LA TENDRE MÈRE. 103 LETTRE DE M, DE TERCY À . DE TERC Y. Cuer froux >. Je sens ne jeme ed mes enfans qui me tendent les bras pour les suivre, et nous reposerons dans le même tombeau. Tes jours m'appartenoient ; je les donne à ma fille. Caroline te reste pour me remplacer auprès detor. Réunis toute ta tendresse sur elle. Sois son soutien ; et: quelle soit ta consolation. La vie est courte. Tous deux bientôt vous viendrez nous rejoindre , et ce sera pour toujours. Ne pensepastantà ma perte qu'aux lieux de délices où je t'attends. Ce que j’étois pour toi dans cette vie , jele serai encore dans une autre, Ton AMÉLIE, LE PETIT PRISONNIER. N PREMIÈRE LETTRE DE DOROTHÉE DE JOIGNYŸ À HONORINE DE CASTEL. NA CHÈRE HONORINE, Tu ne devinerois jamais ce qui vient d'arriver à mon frère, ce brave Daniel; dont le bon cœur et la sage conduite lu faisoient des amis de tous ceux qu le connoissoient. Fu sais, cette bourse dè deux louis d’or dont maman lui ft der nièrement cadeau en ta présence, le jour de sa fête. Eh bien! ces deux louis sen sont alkés; et le pauvre garçon ne peu ou ne veut pas dire ce qu'ils sont devenus Comme l’on pense que c’est par obstina= tion qu’il en fait unmystère, on la ren fermé ce matin dans une petite chambre; oùilne voit personne, et dont il ne 01 tira qu'en disant son secret. Que je le dé ardt Apt nt mn dti hsact die ie dé te id déni ihirdd di A oct délit initiée dédie tes ché hr ide ttié die di | LE PETIT PRISONNIER. 1e plains de cette punition! L’opiniâtreté n'a jamais été son défaut. On lui a tou- Jours reconnu un caractère docile et un cœur plein de franchise. J'ai voulu le défendre, on ne-nva pas écoutée. Je suis pourtant Le. sûre qu'il n’a rien de condamnable à se reprocher. Viens me voir cet après-midi, si tu es libre, pour me consoler de ma peine. Le malheur de mon frère me rend aussi triste que s’il w'étoit personnellement arrivé. Adieu : Jattends ta visite ou ta réponse, - Ta bonne amie, DOROTHÉE. 106 LE PR Er RÉPONSE D'HONORINE DE CASTET, À DOROTHÉE Dr JOIGNY. . M cuène DOROTHÉE, Je plains ton brave Daniel ; mais j’avoue franchement que c’est si peu , si. PEU ; que ma pitié ne doit guère embar- Fasser Sa reconnoissance. Je ne pourrai jamais lui pardonner de trouver toujours en moi quelque chose À redire. Ce n’est Pas qu'il se soit avisé dem’en exposer tout haut son sentiment, je l’aurois rabroué d'une belle manière 3 Mais je vois fort. bien à sa mine > que je lui parois étourdie, brouillonne orgueilleuse ; que sais-je ? Lorsqu'il m'amive de parler des défauts des autres en leur absence ; pour Pinstruc< tion de mes amis, À la manière dont il les défend , on croiroit que je ne débite que des calomnies. Voilà maintenant mon petit juge lui-même condamné, It PRISONNIER,. 107 faut qu'il soit bien coupable, puisque ses Parens ont oublié la folle tendresse qu'ils avoient pour lui. Je suis charmée qu’ils apprennent enfin à le connoître. Je parierois qu’il mérite un traitement plus rigoureux, L'obstination est un vice épouvantable. De plus , c’est un dissipa— eur maladroit. Tout l'argent qui lu vient de son père , il le prodigue vilainement à de a canaille, sans avoir L’es- Pritde s’en faire honneur pour lui-même, S'il avoit encore dépensé ses deux louis en bas de soie > en boucles à la mode, ow en d’autres choses essentielles, on pourroit l'excuser : que dis je ? faire même son Eloge, Cependant, je ne laisse pas, comme je te l'ai dit, que de le plaindre un peu , Parce qu'il est ton frère. C’est toi que je plains tendrement d'être sa sœur. Il ne est pas possible aujourd’hui de Paller Voir. Le temps est beau pour la promenade , et J'essaie uné robe d’un goût ra Vissant. A dieu ; crois-Moi toujours ta Plus sincère amie, HONORINE; ÉTA SES DHSEerT RÉPONSE D'HONORINE DE CASTEL A LA LETTRE PRÉCÉDENTE. Wis voilà, ma chère Dorothée , tout aussi tranquille que toi sur le sort de Daniel, et aussi bien persuadée que cette affaire va se terminer à son avantage. II apprend déjà dans sa retraite qu’il m'est pas lui-même exempt des défauts qu'il me reproche ; et.la correction sévére qu'il va recevoir, me donnera beau jeu. Voilà ce qui me tranquillise, et la manière dont je conçois'que tout ceci doit se débrouiller heureusement pour lui. Ilest essentiel, pour sa perfection naissante, qu’il soit puni avec la dernière rigueur, Comment donc, monsieur l’hypocrite ! vous faites accroire à vos parens que vous donnez votre argent à des malheureux, pour leur en escroquer sous ce prétexte, çt vous le mangez tont seul en PRISONNIER, 115 confitures! Vraiment jene m’étonne plus sil s’obstine à garder son secret. IL lui feroit honneur: Opiniâtre ; fourbe et gourmand, voilà trois belles qualités que je lui découvre à la fois. El appelle les mains d’un confiseur de bonnes mains, apparemment parce qu’elles font des bonbons. C’est assez bien raisonné. Adieu, ma pauvre amie. Je plains ton aveugle ment pour ce vaurien. Je brûle d'impatience de savoir comment ton héros se tirera de cette grande aventure. J'y prends assez d'intérèt pour te prier de m'en donner la première nouvelle. J'espère que tu ne refuseras pas cette marque d’attention à la meilleure de tes amies. HONORINE. 116: TE PETIT QUATRIÈME LETTRE DE DOROTHÉE DE JOIGNY À HONORINE DE CASTEL. Manemorsezre, Je m'empresse de satisfaire votre gé= néreuse curiosité. La grande aventure de © mon héros s’est terminée d’une manière dont tout le monde sera satisfait, excepté les méchans: ce qui redouble le: plaisir que je goûte à vous l’apprendre. En voici l’histoire, avec tous ses détails. Mon frère étoit hier au soir devant la porte de la maison, lorsqu'il vint à passer un vieillard, suivi de trois petits enfans qui pleuroient. Il les-axrêta pour leur demander ce qui les rendoit si tristes. Le vieillard honteux n’osoitrépondré. L’ainé des trois enfans lui dit, à travers ses LE PRISONNIER. 17 sanglots, qu'ils n’avoientrien mangé de la journée. « Ah! mont petit monsieur , ajouta-t-il, nous sommes bien à plaindre. Nous avions autrefois , comme: vous, de beaux habits et une belle maison, nous ne les avons plus. Notre papa et notre maman sont morts de chagrin, Ilne nous reste plus que notre grand papa, qui n’a plus de forces pour nous gagner de quoi vivre. » Le vieillard , à ces mots, cacha sa tête dans ses mains, et poussa des gémissemens pitoyables , sans pouvoir proférer une parole. Daniel, Han vivement ému par ce spectacle , n’eut pas le temps de penser à venir con - sulter mon papa. Il courut chercher la bourse où. étoient ses deux louis, et présenta le tout ensemble au vieillard. Celui-ci versoit des larmes d’attendrissement et de joie, mais ne vouloit pas prendre l'argent. Daniel se mit en colère, et ne s’appaisa que lorsque le vieillard parut céder à ses instances. Il recut en effet la bourse; mais comme il jugeoit ce présent trop considérable de la part 116 BE PSE TIT d’un enfant tel que mon frère, il résoluf. de la rapporter le lendemain à mes parens. Il alla, pour cet effet, la déposer aussi-tôt chez le confiseur, en se faisantseulement donner une pièce de vingt quatre sols, pour en acheter du pain à sa petite famille. Je ne sais comment il s’est procuré le moyen de compléter Jes deux louis ; mais il y a un quart-d’heure qu'il est venu les rapporter avec la bourse à mon papa. J’aurois voulu, mademoiselle, que vous eussiez été témoin de cette scène, vous auriez appris à coucevoir de plus justés idées du cœur généreux de mon frère. Son noble sacrifice, et la délicatesse de l’honnête vieillard ont touché mes parens jusqu'aux larmes. La pauvre famille à recu deux fois la valeur de la bourse : et mon frère en & été payé par mille bénédictions. Le secret qu'il a cru devoir garder, par modestie, sur cet acte de bienfaisance, ÿ ajoute un plus grand prix aux yeux de. imes parens, et m'inspire pour lui une plus vive tendresse. PRISONNIER. 119 Comme c’est ici la dernière lettre que vous recevrez jamais de moi, j'ai l’honneur d'être avec tous les sentimens de cérémonie , MADEMOISELLE, Votre très-humble et très-obdissante servante, DOROTHÉE DE JOIGNY. \ LE VIEUX LAURENT. LETTRE DE GEORGE DE. VAL EEÈRE, A CAMILLE s4 SŒUR. M4 cuère CAMILLE, J’ai de bien tristes nouvelles à apprendre. Notre vieux ami Laurent vient de mourir. Il étoit, comme tu le sais, indisposé depuis automne ; etil ya quinze jours qu'il ne sortoit Se de sa chambre. A vant-hier au soir , quand je revins de mes exercices, on me dit qu'il. étoit mort dans l’après-midi. J’ai bien - pleuré, je t’assure. Sa maladie me l’avoit fait prendre dans une nouvelle amitié. J’employois mes heures de recréation à lui rendre tous les soins dont j'étois por Ah ! je lui devois bien plus que je n'ai pu fine. Céloit l'ami de notre | plus LE VIEUX LAURENT. 125 plustendre enfance. Pendant nos premières années, nous avons plus vécu dans ses bras que sur nos pieds. Jamais ilne grondoit: au contraire ; on le voyoittoujours gai, doux et complaisant. Comme ilétoit joyeux quand il nous avoit procuré quelque nouveau plaisir! Je crois quesa plus grande peine en mourant; étoit de ne pouvoir plus nous rendre de services. Il étoit plus ancien dans la famille que mon papa. Quoiqu'il ne fût qu'un simple domestique , tout le monde avoit une es— pèce de vénération pour lui. Tant qu'a duré sa dernière maladie , il ne venoit personne nous rendre visite, sans demander aussi-tôt: Et le pauvre Laurent; comment va-t-il ? Je voyois que cette ques tion flattoit mon papa, qui. le regardoit comme son ami le plus fidèle. -Aussi ne Va-t-ilpasabandonné dans ses vieux JOUrS; et il lui a procuré tous les secours dont il avoit besoin. Un homme bien riche n’auroït pu en avoir davantage. Hier au soir on fit ses funérailles, je demandai à mon papa la permission de les suivre. Il eut Tome XI, L : 22 BE V FE U x quelque peine à me l’accorder, craignant que cela ne me fit trop d'impression. Mais il vit que j'aurois été bien plus triste s’il mavoit refusé, J ’accompagnai donc le convoi , tenant-un bout du drap noir qui couvroit le cercueil. Il me sembloit que par-là nous étions encore attachés l’un à l’autre, et que Je le retenois sur la terre: Lorsqu'il fallut le lâcher, ra main s’étoit roidie ; elle ne pouvoit plus s'ouvrir. Mais £e fut bien plus douloureux au moment où je le vis descendre dans la fosse, et sur-tout après quelle {ut recouverte. Je ne pouvois en détecher mes regards. Jusques-là je n’avois pu me figurer que nous fussions tout-à- fait séparés par la mort. Tant que Je voyois son cercueil, il me restoit quels que chose de lui ; mais lorsque ce der nier reste m’eût échappé , c’est alors que je sentis qu'il étoit réellement et à jamais | perdu pour moi. Toute cette nuit, Jai cru le voiren sonse. Son ombre ne m'a pas fait peur. Il sémbloit me sourire > Et ie trouvois du plaisir à le caresser, J'ai FAURE NT 123 passé toute la matinée dans mia chambre “outseul, et occupé à Pécrire. Je croyois me pouvoir te dire que deux mots, et ma Jettre s’est alongée ‘en te parlant de lui. Notre ami estvenu me voir. M. Hutton, æ respectable vieillard, qui cherche à faire du plaisir aux gens, lorsqu'il n’est pas occupé à leur faire du bien , luiavoit donné pour moi une petite histoire en anglois , d’une servante qui avoit nourri s& maîtresse. Je l'ai trouvée si touchante , que Je me suis mis tout de suite à la traduire de mon mieux , pour qu’elle serve à ta consolation , comme elle à fait un moment à lamienne. À chaque trait d'a— mitié PElspy = Je disois : Voilà ce que Laurent auroit fait pour nous, si nous avions été à la place de madame Macdowell. Ah ! mon pauvre Laurent ! mon ami Laurent ! Adieu, ma chère sœur ; je ne puis t'en écrire davantage. El faut que je, descende auprès de mon papa, Pour tâcher d'adoucir son chagrin , tout triste que je suis. Présente mes respects à mon ancle et à ma tante , et donne L 2 ELSPY CAMPBELT. 7129 On sera sans doute curieux de savoir comment s’y prenoit Elspy , pour entre- ‘tenir sa maison dans cette frugale abondance, C’étoit au moyen de son filage en hiver, et de ses travaux dans les champs au temps de la moisson. Il est vrai qu’elle avoit un avantage marqué sur de plus jeunes femmes , moins encore par son activité naturelle, que par un angle obtus formé dans sa taille, qui portoit ses Yeux et ses mains beaucoup plus près de la terre, ou de son rouet. Lorsque les denrées étoient montées à un prix trop haut pour que ses moyens pussent y attemdre, elle navoit qu’à se baisser pour les recueillir dans son voisinage. Elle avoit imaginé pour cet effet une méthode irès-eficace. Elle alloit devant la demeure des plus riches fermiers seulement, et là, s'arrêtant sur la porte , les bras éle- és , elle disoit : Je viens demander +. chose, non pour moi, car Je . peux vivre de tout, mais pour mamai— tresse , femme noble , fille du lord James, petite-fille du lord Archibald. Sites fer- 130 ELSPY CAMPBELL. . miers la secouroient selon ses prétentions bien modérées , elle ajoutoit : Que la bénédiction de Dieu, de ma maitresse , et d'Elspy Campbell se répande ‘sur cette maison , et sur tous ceux qui l’habitent. Mais s'ils refusoient de la secourir , elle terminoït d'une autre manière sa-haran- gue, ets’écrioit : Quela malédiction de Dieu , de ma maîtresse et d'Elspy Campbell tombe soudain sur cette maison et sur ses habitans. Il est aisé d'imaginer quel succès opéroit la différence de ces deux formules dans un pays naturellement hospitalier , et très-atiaché à sa no: blesse. Elle recueilloit-des vivres, du linge, et quelques petites pièces de monnoie, qu'elle mettoit soigneusement €n réserve , pour acheter à sa maitresse des souliers et des bas, qui lui servoient, lorsqu'ils étoient à demi usés. : C’est ainsi qu’elles vivoient heureuses toutes les deux , l'une de ses soins, Vautre de sa reconnoissance, Elspy avoit des principes três-sévères sur les devoirs quelle s'étoit imposés. Madame Mac- ELSPY CAMPBELL. 194 dowel étoit noble, et quoique nourrie par Elspy, elle devoit toujours conserver sa noblesse , c’est-à-dire ; ne jamais travailler , jusqu'à ne pas se laver les pieds elle-même. Un jour que cette femme admuirable portoit une corbeille de fumier dans son jardin , sa maitresse étolt sortie avec une PRE cruche-pour chercher de l'eau, et s'en rétournoit furtivement - après.en avoir puisé. Elspy Pappercut, laissa tomber sa corbeille, courut lui prendre la cruche des mains, répandit l'eau à terre, et en alla puiser. ide nou— velle. Comme elle rentroit à la maison, elle dit d’une voix respectueuse :. Pardonnez., fille du lord James, petitefille du lord Archibald ; mais vous ne puserez jamais une goutte d'eau, tant que je serai en vie. Le bruit de tous ces procédés g généreux étant parvenu jusqu À moi, Je lui fis passer les secours que ma fortune me per— mettait de lui donner. Aussi long-temps qu'elle vécut, c'est - àdire > pendant quatre ou cinq ans après que je fusins- 133 ELSPY CAMPBEL[L. truit de son histoire, toutes les fois que dans un repas on me portoit une santé, je donnois toujours le nom d’Elspy Champbell à à joindre au mien. Un nom si vulgaire excitoit ordinairement la cu= riosité sur l’objet de mon affection. On m'interrogcoit, et Je répondois : Elspy est une vieille femme mendiante.../.. Une vieille femme mendiante , s’écrioit- On ? — Oui ; maisécoutez jusqu’au bout; et alors on en substance le récit que 1e viens de faire. Je ne l’avois pas ache- VÉ, que’ les demi-couronnes et les demiguinées pleuv oient à l’envi pour elle dans non chapeau. Ces petites sommes, quelle recevoit assez fréquemment , lui donnèrent occasion de dire un jour à mon messager : : Quel est donc celui qui vous envoie ? Un ami de Dieu, sans doute! Il me fait du bien comme lui, sans que je l’aie jamais vu. Madame Macdowell mourut. Elspy ne put lui survivre que de quelques mois, du régret de l'avoir perdue. Elle ne se souvenoit que des anciennes bontés t ELSPY CAMPBELL 199 tés de sa maîtresse, oubliant ce qu’elle avoit fait à son tour pour y répondre. La gloricuse servilité de cette femme ne fut pas une étincelle de reconnoissance, qui pétille un moment et s’éleint aussi-t0t : ce fut une flamme ardente qui brûla pendant vingt années, jusqu'à ce que la mort vint l’ensevelir sous les cendres de sa tombe, d'où elle se ranimera avec un nouvel éclat dans le matin À + jour qui n'aura jamais de fin, ome XI. M 134 LE VINUX RÉPONSE DE CAMILLE DE VALLIÈRE, À LA LETTRE DE GEORGE, Üuox frère, quel malheur tu viens de m'annoncer ! Je ne reverrai donc plus -mon. ami Laurent ! Hélas ! le pauvre homme ! il sembloit le craindre , quand je partis de la maison pour venir ici Vous ne me retrouverez peut-être plus, me dit-il, mademoiselle Camille : au moins pensez un peu à moi. Ah! ya toujours. bien pensé: Je me faisois une joie de l’en convaincre à mon retour. Je ui ticotois une bonne paire de bas de laine pour cet hiver. J y travaillois encore au moment où j'ai recu ta lettre. L'ouvrage m'est tombé des mains. Quand je lai ramassé, il nv’est échappé un torrent de larmes, Ce n’est donc plus pour lui, me suis-je écriée! Oh ! oui, ce sera toujours pour lui. Je veux l’achever, ct je le tiendrai dans mon armoire, po D À U RE NT. 135 me rappeler chaque jour son souvenir Tu ne me dis point dans ta lettre silte parloit souvent de moi. Je suis bien sûre qu'il ne m’avoit pas oubliée. Mais c'est que tu as craint d'ajouter à mes regrets. J'en ai de bien vifs de n'avoir pu Passis= ter avec toi dans sa maladie. Je crois que le plaisir de recevoir nos soins auroit pro» longé ses jours. Je te sais bon gré de lavoir accompagné dans ses funérailles. Je n'en aurois pas eu la force ; mais je n'en suis-que plus touchée de ton courage et de ton amitié. = Dans la tristesse où j'étois , je n'ai pu lire, sans verser des larmes, l’histoire d'Elspy Campbell, que tu as en la bonté de m'envoyer. Je ten remercie. Je pense, ainsi que toi, que notre ami Laurent auroit fait tout comme elle, sil avoit été à sa place, et nous à la place de madame Macdowell. Je crois que c’est bien la faute des maîtres , si la plupart des domestiques ne sont pas des Laurent et des Elspy. Ils leur parlent “toujours avec dureté ; comment veulent- M 2 136 LE VIEUX ils que ces pauvres gens prennent pouf eux d’autres sentimens. que ceux de la. crainte ? Puisqu'ils sont placés par le hasard dans un rang inférieur, n'est-il pas dé humanité de ne pas les fouler à nos pieds ; de leur donner, at contraire, toutes les marques d'affection qui peu= vent les relever dans leur propre estime, et nous concilier leur attachement ? On cherche à se faire aimer dans sa patrie, dans sa ville, dans son VOISINage ; pour= quoi ne vouloir pas Ctre aimé dans sa maison par des personnes qué l’on voit à chaque instant de la journée ? Pourquoi n’en pas faire une seconde classe de ses enfans ? Est-il beaucoup de ces maiires qui eussent fait pour leur meilleur ami, ce que. la-généreuse Elspy a fait pour sa maïtresse ? Mon oncle m'a dit que l’académie françoise venoit de couronner cette année un trait exactement semblable. Je suis bien aïse que de si belles actions soient plus connues. Elles .-engageront les maîtres à traiter leurs do= mestiques avec. plus d’évards, puisque; DAURENT maleré toute leur fortune, ils peuvent encore avoir besoin d'eux un jour: et les domestiques y trouveront un encourage” ment pour servir leurs maîtres avec plus de zèle et de fidélité. Je crois que si nous avons jamais une maison à CON duire , nous saurons ,'Comme notre papa, la remplir de gens dont les cœurs:seront aussi prêts que les bras à nous servir. Cette semaine, mon frère, est bien triste pour ta pauvre Camille. Mon oncle m'avoit emmené hier avec lui dans les champs , pour me distraire de mon chagrin par une petite promenade. 'out-à- coup nous entendimes un tambour. Nous nous avançames. C'étoient des recrues ‘levées dans le pays, qui alloient partir. 1] y avoit au milieu des soldats plusieurs paysannes assemblées, qui avoient sans ‘doute leurs maris ou leurs enfans dans la troupe, ear ils ne faisoient que s’em- Pbrasser et verser des larmes. Nos yeux, après avoir parcouru cette foule, s’ar— ‘rêtèrent sur une femme en habit de deuil, qui, sans être de la première jeunesse, M 3 Le