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Le problème de l'orthographe française dans les grammaires de français à l'usage des Espagnols et dans les dictionnaires bilingues français-espagnol et espagnol-français (XVIe-XVIIIe siècles).

Bruña Cuevas, Manuel

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Le problème de l'orthographe française dans les grammaires de français à l'usage des Espagnols et dans les dictionnaires bilingues français-espagnol et espagnol-français (XVIe-XVIIIe siècles) Manuel BRUÑA CUEVAS Universidad de Sevilla Nous allons nous occuper dans cette communication de l'opinion sur le système orthographique français -envisagé dans son ensembleexprimée dans les ouvrages qui, pendant trois siècles, ont servi d'appui aux Espagnols voulant apprendre la langue française; nous occuper donc de l'image offerte par les grammaires de français à l'usage des Espagnols et par les recueils de dialogues et les dictionnaires bilingues ou plurilingües publiés, les unes et les autres, en Espagne ou ailleurs, au cours des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles1. L'examen de notre corpus nous révèle que, depuis le XVIe siècle, depuis que l'on a commencé à écrire le type d'ouvrage qui nous intéresse, une même vision a été présente avec une force variable selon les périodes: celle d'une langue française dont la principale difficulté -souvent interprétée comme son principal défautétait de ne pas s'écrire comme elle se prononçait. Cette image, en plus, est presque toujours allée de pair avec la conviction que l'espagnol, à l'inverse du français, possédait un système graphique reflétant d'une façon simple et fidèle la prononciation qu'il était chargé de représenter. Il s'agit là, d'ailleurs, des deux volets, difficilement séparables, d'une seule et même idée; il saute aux 1.- Cette image n'est pas toujours facile à cerner. Comme on le sait, la distinction nette entre la prononciation et la représentation graphique d'une langue a été opérée assez tard dans les grammaires occidentales des langues vivantes. Fréquemment, dans notre corpus, la distinction entre les deux concepts, quoique parfois théoriquement assumée, disparaît dès que les explications particulières commencent. Le chapitre sur la prononciation, qui ouvre d'habitude les grammaires, commence généralement par la présentation de l'alphabet, des lettres donc, non pas des sons, et on y mêle constamment les références à la prononciation et les références à la graphie, de telle façon qu'il n'est pas toujours aisé de savoir si, lorsque l'on affirme, par exemple, que tel ou tel son est compliqué, on parle de l'articulation du son ou de sa représentation graphique. Ce mélange se produit même dans les ouvrages qui contiennent un chapitre «prononciation » et un autre, différent, sur l'orthographe; leur lecture révèle que les deux chapitres sont souvent répétitifs et largement arbitraires en ce qui concerne la répartition des contenus; dans l'un comme dans l'autre, on peut traiter Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 yeux que le second de ces volets, celui de la simplicité du système graphique espagnol, renforçait le premier, celui de la complication de l'orthographe française, et vice versa. Voici comment elle est exprimée dans l'un de ces dictionnaires polyglottes si chers au XVIe siècle, le Vocabulario de quatro lenguas paru à Louvain en 1558: Per imparare leggere perfettamente Francese. Bisogna sapere per imparare perfettamente Francese che vi sono molte lettere, lequalle in alcune parole non se pronunciano perfettamente et in alcune niente se pronunciano, perciò che ne riesce più facilidade, breuitade, et suauitade, pur bisogna scriuere le dette lettere per diuersi ragioni che sarebbe troppo longo a racontare. Passaremo donche oltra, et annotaremo alcune regole, per insegnar quando sia bisogno di pronunciarli et quando non. Ce commentaire en italien est suivi, en français, de douze règles, ellesmêmes suivies, du fait de leur insuffisance manifeste à rendre compte des normes de lecture du français, d'un chapitre intitulé La maniere d'ortographier en la langue Françoyse, plus ample que parauant », dont la présence dans l'ouvrage est ainsi justifiée: «Et à cause que la langue Françoyse est difficile à Ortographier, nous vous auons voulu donner l'art d'Ortographier, plus ample que par deuant ». Une fois ce nouveau chapitre sur l'orthographe française terminé, c'est le tour de l'orthographe espagnole; le début du chapitre «La maniere d'escripre & de prononçer, la langue Espaignole » contraste vivement avec le commencement du chapitre précédent: Les Espaignoilz, comme les Latins, escripuent comme ilz parlent, et parlent semblablement cóme ilz escriuèt. M'a aussy l'escripture d'Espaigne nulle contractió de voyelles, qu'on appelle synalephe: ou reiectement de lettres, qu'on dict Apostrophe: còme n'a aussy point la latine. Étant donné que les grammaires et les dictionnaires sont très souvent copiés sur ceux parus précédemment, il n'est pas étonnant de constater que cette présentation des orthographes française et espangole que nous venons de citer se perpétue -et s'exprime de façon pratiquement littéraledans le Vocabulario français-espagnol de Jacques de Liaño, imprimé à Alcalá de Henares en 1565. Voici la traduction faite par Liaño du Vocabulario de Louvain (1558): Estilo para bien leer y hablar la lengua Francesa. Qvalquiera que perfectamëte quisiere hablar y leer la lengua Francesa, ha de saber que no se han de pronunciar ciertas letras en algunos vocablos en ninguna suerte: porque dello se sigue en el hablar y pronunciar mayor breuedad y suauidad. (F. 7v) aussi bien de la représentation graphique des sons que de leur articulation phonique. Il s'ajoute à tout cela le fait que le terme orthographe est souvent pris dans deux sens différents: l'un proche de celui que l'on y attache aujourd'hui, et l'autre faisant exclusivement référence à l'emploi des signes diacritiques et des signes de ponctuation. Étant donné les dimensions de cette communication, nous ferons abstraction du concept large d'orthographe dont nous venons de parler et nous bornerons à dégager les opinions versées dans notre corpus sur l'orthographe française comprise dans le sens qui est le sien de nos jours. Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 Stile de bien escrire & prononcer la langue Espaignole. La langue Espaignole se escrit comme la latine, Les Espaignolz escriuent comme ilz parlent, et parlent comme ilz escriuent: l'escriture Espaignole na aulcune côtraction de voyelles, que on appelle synalephe, ou abreuiació de lettres qu'on dict apostrophe: mais elle est escrite et pronunceé comme la latine... (f. lOv) Ces premiers commentaires du XVIe siècle sur l'ensemble des orthographes française et espagnole nous suggèrent deux remarques. En ce qui concerne le français, il y est encore perceptible un certain dessein de présenter positivement la dissymétrie entre la façon de l'écrire et la façon de le prononcer. Le fait est d'autant plus notable que, comme les citations précédentes elles-mêmes le montrent, en matière de réflexion linguistique le XVIe siècle prend généralement pour modèle une langue latine considérée avant tout comme une langue des textes, sa réalisation phonique étant secondaire malgré son emploi courant comme langue parlée dans certains milieux. D'une part, il est donc tout à fait normal qu'aussi bien le Vocabulario de Louvain que celui de Liaño considèrent le français écrit comme étant premier par rapport au français parlé: ce n'est pas l'orthographe qui ne reflète pas la prononciation, mais celle-ci qui s'écarte du code écrit en vue d'une réalisation plus douce et plus performante du français parlé. Mais, d'autre part, la meilleure lecture du latin exigeait à l'époque que chacune des lettres écrites fût prononcée et, de ce point de vue, c'est un véritable tour de force que cette justification de l'emploi de lettres muettes en français écrit, avancée parles deux Vocabularios en faisant fi du modèle de lecture latin2. Notre seconde remarque a trait à la prétendue correspondance parfaite entre l'espagnol écrit et l'espagnol parlé. Cette coïncidence n'a jamais vraiment existé, mais, s'il y a eu une époque où la dissymétrie a été vraiment importante, c'est précisément au XVIe siècle, moment où l'espagnol écrit était encore largement étymologisant. Les commentaires du Vocabulario de Louvain et ceux de Liaño sur l'espagnol n'ont donc de sens qu'en prenant comme point de repère, encore une fois, le latin. Dès lors, des graphies telles que Christo, par exemple, loin d'effaroucher l'homme cultivé du XVIe siècle, ne pouvaient qu'apparaître à ses yeux comme les plus naturelles, d'autant que leur lecture était aussi la même qu elles avaient en latin. L'espagnol, par ailleurs, ne présentaient pas les écarts par rapport au latin qui étaient usuels en français. Il n'y avait en espagnol, par exemple, rien de semblable au cas du mot français eulx, cumulant deux lettres pour représenter un seul son vocalique -qui, de 2.- Mous croyons, en fait, que la véritable intention des ouvrages dont nous parlons a été d'exalter aussi bien le français que l'espagnol. Celui-ci pouvait l'être par la mise en relief du fait que son orthographe et ses règles de lectures suivaient de près le modèle latin. Cet éloge n'était pas applicable au français. L'évolution phonétique l'avait éloigné de la langue mère beaucoup plus que les autres langues romanes. Une orthographe fortement étymologisante constituait en français le seul moyen de maintenir une apparence de latinité comparable à celle de l'italien ou de l'espagnol écrits. Mais cette orthographe comportait un fort décalage entre le code écrit et le code parlé. Dès lors, le seul moyen de faire l'éloge du français, sans remettre en question le bien-fondé de son système graphique, était -nos auteurs l'ont bien comprisde présenter positivement ce décalage, de le présenter comme le résultat de la recherche d'une prononciation plus douce et performante. Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 plus, n'existait pas en latin-, et deux autres lettres qui ne correspondaient à rien dans la prononciation sauf dans les chaînes où le mot était situé devant un autre mot commençant par voyelle ou était placé en position finale, le x représentant alors, respectivement, les sons (z) et (s). Comparées à celles du français, il est donc compréhensible que les règles de l'orthographe espagnole aient été vues comme plus latines, ce qui ne pouvait constituer qu'une grande vertu pour la mentalité linguistique la plus commune au XVIe siècle3. Nous croyons, par conséquent, que, dans les ouvrages du XVIe siècle, l'éloge de l'espagnol écrit a dû être ressenti comme étant plus important que celui adressé au système français. Les commentaires suivants d'Antonio del Corro ( 1586) nous semblent, en effet, confirmer ce point de vue: Deuen aduertir los estrangeros que quisieren aprender la lengua Francesa, que entre las letras consonantes de aquella lengua ay vna especie de letras que llaman quies-centes, (quiere dezir) que aunque esten escritas no se deuen pronunciar. Cosa que da occasion a la lengua Francesa dezir difícil de aprender. Y quita la afición a las otras naciones de quererla saber y hablar porque es cosa quasi impossible poder ymitar esta dissimulacion de letras, sin auer visto la manera de la quai los Franceses la vsan: en dexarlas de pronunciar, es verdad que la rétention de tales letras fue dexada de los antiguos en la escriptura francesa con grande acuerdo y consejo: A fin que claramente cada vno pudiesse ver, de quai lengua descendían las vocales: y que la escriptura mostrasse la uerdadera ethimologia. Pero no obstante esta razón, algunos modernos han querido prouar a quitar esta difficultad, escriuiendo los vocablos en la manera que el vulgo los pronuncia: la quai reformación si sea buena o no, yo lo dexo al parecer de los doctos del reyno de Fràcia. (PP. 12-13). Comme on le voit, Antonio del Corro n'a plus recours à la délicatesse de la prononciation pour justifier l'écart entre la langue écrite et la langue parlée; sans vouloir se montrer -étant donné sa condition d'étrangerouvertement favorable à la réforme de l'orthographe, il ne manque pas de signaler que, telle qu'elle est, celle-ci décourage les étranger de vouloir apprendre le français. C'est le point de vue du professeur de langue qui désepère de ne pouvoir proposer un ensemble de règles simples à ses élèves. Mais les opinions d'Antonio del Corro constituent, en quelque sorte, un précédent précoce d'attitudes qui sont plus propres du XVIIIe siècle. En fait, et en ce qui concerne l'orthographe française, la première moitié du XVIIe siècle s'identifiera davantage aux positions du Vocabulario de Louvain qu'à celles 3.- Plus tard, lorsque l'espagnol délaissera en grande partie les graphies étymologisantes, on ne saura non plus le lui reprocher, étant donné que le fait sera vu comme une simplification répondant aux critères de raison et de clarté chers aux XVIIe et XVIIIe siècles. À la même époque, les réformes appliquées au français écrit n'atteindront pas la même ampleur qu'en espagnol, ce qui mènera nos grammairiens, comme nous le verrons, parfois à essayer de justifier, mais le plus souvent à condamner, le système orthographique français. Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 d'Antonio del Corro. Y contribuent aussi bien certaines rééditions d'ouvrages du XVIe siècle -le Vocabulario de Liaño est réédité sans nom d'auteur en 1647; cf. notre note 20- que certains ouvrages nouveaux. Parmi ceux-ci, la grammaire polyglotte de Juan Ángel de Sumarán (1626), par exemple, quoique supprimant toute trace de justification de l'orthographe française du genre de celle qu'on a vue à l'oeuvre dans le Vocabulario de 1558, n'adopte pas encore, comme le faisaient les Reglas d'Antonio del Corro, les attitudes hostiles du XVIIIe siècle. Aussi lit-on dans son «Aduertimiento para los que dessean aprender ô enseñar la lengua Francesa»: Quien quiere apprender ô enseñar esta lengua, es menester que tenga vn buen Maestro, que le sepa enseñar la pronunciation, la lectura y reglas, que en esta obra meteremos y que sepa explicar la dicha lengua de palabra en palabra, en su lenguage natural: Porque los f rancesses escriben de vna suerte y leen de vn otra y assi como hablan assy también leen y pronuncian. (P. 132) De même, et en ce qui concerne l'espagnol, Sumarán ne fera que répéter, sans plus, l'idée reçue du XVIe siècle: Aduertissement à ceux qui desirent apprendre la langue Espagnole. (...) Tu dois doncques aduertir que les Espagnols escriuent leur langage, comme ils la prononcent, & prononcent comme ils l'escriuent. (P. 121) Toutefois, cette vision idéalisée de l'orthographe espagnole ne sera pas partagée par tous les auteurs de la première moitié du XVIIe siècle. Un changement d'attitude à cet égard est nettement perceptible chez César Oudin. Dans son dictionnaire espagnol-français ( 1607), et «pour esclaircir infinies difficultez qui se présentent à la lecture des liures Espagnols », cet auteur inclut un «Aduertissement » qui commence de la façon suivante: Amis Lecteurs, ayant par vne longue experience, et par la lecture de plusieurs Liures escrits en langue Espagnolle, remarqué vne grande diuersité et incertitude, ou plustost vne vraye confusion en l'ortographe de ladite langue; I'ay pensé quil ne seroit hors de propos d'en cotter icy quelques particularitez, afin qu'en lisant et rencontrant des différences, on puisse les chercher et trouuer facilement en ce liure. (Édition de 1616) Cette déclaration est plutôt surprenante, car elle tranche brutalement avec les vues antérieures sur l'ensemble de l'orthographe espagnole. Ce qui nous surprend, ce n'est pas tellement l'exposition des difficultés orthographiques de l'espagnol de l'époque, dues au flottement dans l'usage de certaines lettres (Oudin s'occupe de trois cas: b-v, ç-z, g-j-x);4 c'est plutôt le fait que ces difficultés 4.- Ces flottements orthographiques posaient de sérieux problèmes à rétablissement de l'ordre alphabétique des dictionnaires. Oudin s'occupe de l'orthographe espagnole parce qu'il doit établir un ordre alphabétique pour ses entrées de mots espagnols. Rien que huit ans plus tôt, par contre, le même problème d'instabilité de l'orthographe, mais cette fois de la française, s'était posé à Hornkens, dont le dictionnaire (1599) traduit en espagnol et en latin des entrées données en français: «Tambien es de saber, que la razon porq(ue) se Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 ne soient pas présentées, à l'instar de ce qu'on fait dans d'autres ouvrages, comme des cas particuliers qui ne sauraient empêcher l'éloge général du système graphique espagnol. Le dictionnaire d'Oudin est en fait, de ce point de vue, un cas unique dans notre corpus; c'est le seul cas de commentaire négatif sans palliatifs sur l'ensemble de l'orthographe espagnole;5 ailleurs, soit on se tait là-dessus, et on se limite à une exposition des faits libre de tout jugement; soit, comme nous l'avons dit, lorsqu'on donne son avis sur l'orthographe espagnole en général -non pas sur tel ou tel point particulier-, cet avis est positif et, du reste, toujours à l'avantage de l'espagnol si le commentaire part d'une comparaison entre les systèmes graphiques français et espagnol. En fait, il n'est pas exclu que les déclarations de César Oudin aient paru quelque peu outrées à ses propres contemporains, car elles n'apparaissent plus telles quelles dans les rééditions préparées par son fils Antoine -dans celles que nous avons pu consulter, du moins. Celui-ci retient les explications sur les choix orthographiques opérés dans la première édition du dictionnaire, mais il supprime toute trace de commentaire négatif sur l'ensemble de l'espagnol écrit. Cependant, et malgré l'adoucissement de la critique opéré par Antoine Oudin, un fait est certain. Après la parution du dictionnaire de César Oudin, on ne retrouvera, avant le XVIIIe siècle, ni de commentaires négatifs sur l'ensemble de l'orthographe française, ni de commentaires laudatifs sur l'ensemble de l'orthographe espagnole, les différents ouvrages se limitant à une exposition objective des règles de chacune des deux langues.6 Nous n'excluons pas que le fait soit dû à l'influence exercée par le dictionnaire d'Oudin, devenu d'usage courant, tout au long du XVIIe siècle, aussi bien en France qu'en Espagne.7 * * * Les grammaires publiées dans la seconde moitié d u XVIIe siècle vont présenter une nouveauté d'importance considérable. Aussi bien la grammaire de Billet (1673) que celle de Jaron (1688) insistent, dans l'explication de certains faits d'orthographe française, sur la concurrence entre une ancienne et une nouvelle hallará muchos vocablos diuersas vezes iterados, es por la différencia y diuersidad que ay en la ortographia Francesa, y que no auemos querido vsar de Vide ni Require. > (Version espagnole de la préface; ce commentaire n'apparaît pas dans la version en français de la même préface). 5.- Seul le dictionnaire trilingue paru à Cologne en 1616 présente de la même façon l'orthographe espagnole; mais c'est dû au fait que les explications sur l'espagnol sont tout simplement la transcription littérale des commentaires d'Oudin. Les rééditions de cet ouvrage que nous avons consultées sont sur ce point -contrairement à celles du dictionnaire d'Oudinidentiques à la première. 6.-Les exceptions à cet égard sont représentées par l'ouvrage de Sumarán -mais il s'inscrit, comme nous l'avons dit, dans la lignée des grammaires et des dictionnaires polyglottes du XVIe siècle- et par la réédition ( 1647) du Vocabulario de Liaño, une oeuvre donc également provenante du XVIe siècle. 7.- Les remarques d'Oudin sur l'instabilité de l'orthographe espagnole -mais non pas son jugement négatif sur l'ensemble du systèmeont été en fait adoptées presque à la lettre par un certain nombre de dictionnaires du XVIIe siècle; cf., déjà en 1617, l'introduction de la partie espagnole du Vocabularium de John Minsheu. Le dictionnaire de Sobrino (1705), successeur dans la faveur du public de celui d'Oudin, conservera au XVIIIe siècle, dans ses différentes éditions, les mêmes observations. Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 orthographes. Le fait est remarquable, car, jusque là, aucune des tentatives de réformer l'orthographe du français n'avait trouvé d'écho dans les ouvrages destinés à l'apprentissage de cette langue par les Espagnols. Avant la grammaire de Billet, l'explication des règles de l'orthographe française était soumise à l'orthodoxie la plus stricte, c'est-à-dire elle décrivait les principes de l'orthographe héritée du moyen français; on peut rencontrer, comme nous l'avons dit, quelques condamnations du système, mais celles-ci ne se traduisent pas dans une pétition de réforme du français écrit.8 Billet, par contre, tout en indiquant quelle était l'orthographe traditionnelle, ne manque pas de signaler aussi la possibilité d'une orthographe plus adaptée à la prononciation. Voici ce qu'il dit, par exemple, sur le s préconsonantique: Entre dos vocales (la s] nunca se suprime. Pero en medio de dicción, es la dicha s la piedra de tropieço de nuestra lengua, siédo dificultoso dezir, si son mas las palabras en que se suprime, que aquellas en que se pronuncia, y por ser infinitas vnas y otras, no me pareció a proposito hazer vna recopilación de ningunas; pues con la maquina de vozes que fuera preciso juntar, aumentará la dificultad, en lugar de minorarla, y assi remito el curioso al vso, advirtiendole para este efecto, lea los libros impressos de pocos años a esta parte, en que atendieron muchos Autores (ya que no a quitar todas las s, que se han de suprimir) por lo menos a no poner la mayor parte de ellas. (F. 7r-7v) Il reviendra sur ce sujet dans le chapitre sur la métrique: La misma obseruacion, ay que hazer sobre la, o, larga, o abierta, y la, o, breue, o cerrada, y assi hôte, no puede ser consonante de motte, ny. côte, de cotte; en lugar del accento circunflexo que pongo en la, o, abierta, muchos ponen vna, s, despues de la, o, pero como atiendo a facilitar la pronunciación, quito la s, no sin authoridad; pues los mejores authores escriuen assi todas estas vozes. (F. 160v) Comme on le voit, les préférences de Billet, ne serait-ce que pour des raisons pédagogiques, vont nettement du côté de la nouvelle orthographe. Ce sera d'ailleurs le cas de tous les auteurs de notre corpus depuis le dernier quart du XVIIe siècle jusqu'à la fin de la période que nous étudions. Plus précisément, on observe que, dans la première moitié du XVIIIe siècle, et malgré la parution des deux premières éditions du dictionnaire de l'Académie française -pourtant fidèles à l'orthographe traditionnelle-, les ouvrages de notre corpus continuent à signaler la possibilité d'écrire autrement le français, de l'écrire selon des règles plus conformes à la prononciation.9 Au cours de ces décennies, les 8.- C'est le cas d'Antonio del Corro, comme nous l'avons montré. Il donne un avis très négatif sur l'orthographe française et -seul cas dans notre corpus antérieur à Billetil signale qu'il y a eu des tentatives de la réformer; mais il ne va pas jusqu'à se déclarer ouvertement favorable aux réformes ni jusqu'à préciser sur quels points celles-ci seraient nécessaires. 9.- Il s'agit de déclarations de ce genre: «En los preteritos seus, supe, peusses, pudiesses, fît: en los participios veu, visto, creu, crecido, &: Item en los nombres acabados en eue, y en eure, derivados de verbos, como veuë, vista; piqueure, picadura, y finalmente en Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 positions vis-à-vis d'une orthographe réformée seront plus ou moins mitigées selon les cas, mais elles y sont clairement favorables dans leur ensemble10. Ce fait suppose que les quelques générations d'Espagnols qui ont voulu apprendre le français au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle et de la première du XVIIIe ont toujours été confrontées au dilemme d'opter pour l'un ou pour l'autre des deux modèles que leur proposaient les grammaires et les dictionnaires; on peut même affirmer que ces Espagnols ont été plus ou moins au courant, sinon des polémiques proprement dites sur la réforme de l'orthographe, de l'existence d'une différence de critères et de ses conséquences. Le fait que, en Espagne aussi, deux tendances étaient confrontées à la même époque sur la meilleure façon d'écrire l'espagnol devait certainement les guider dans leur vision du problème. L'adoption par l'Académie française, dans l'édition de son dictionnaire de 1740, des principales réformes préconisées par la nouvelle orthographe aurait pu supposer pour les Espagnols désireux d'apprendre le français la fin de la nécessité d'assimiler deux systèmes orthographiques différents. Deux circonstances l'ont pourtant empêché. D'une part, les auteurs de nos ouvrages sont conscients que la généralisation des innovations orthographiques ne dispense pas de la lecture des livres qui ont été écrits -ou qui le sont toujoursselon l'ancien système, lequel, dès lors, doit continuer à être enseigné.11 D'autre part, la réforme de 1740 a laissé, outre un grand nombre d'exceptions aux nouvelles règles, quelques inconséquences de taille que nos grammairiens, toujours se réclamant de l'exemple des bons auteurs, n'auront pas de cesse de condamner. Prenons, par exemple, le cas de la grammaire la plus célèbre du dernier quart du XVIIIe siècle et d'une bonne partie de la première moitié du XIXe, celle de Chantreau (1781); on y lit les notes suivantes: Los etimologistas suelen escribir se en science, ciencia, scavoir, saber, scu, sabido, &c. pero la mayor parte de la gente escribe sin c, sience, savoir: su, &c. La lengua francesa necesitaria que esta reforma de letras inutiles se extendiese mucho mas. (P. 23, note c) estas dicciones seur, seguro; meur, maduro, con sus derivados, y el adverbio àjeun, en ayunas, el eu se pronuncia, y aun se suele escribir como una simple u vocal, v.g. sùs, pusses, vû, crû, vûë, piquûre, sûr, mûr, ajûn.» (Núñez de Prado, 1728, p. 16). 10.-Mous pensons que cette préférence est due, principalement, à la visée pédagogique des ouvrages dont nous parlons; il saute aux yeux qu'un écart moins important entre l'orthographe et la prononciation françaises aurait facilité considérablement la tâche de les enseigner aux Espagnols. Il est d'ailleurs bien connu que le souci de rendre plus facile aux étrangers l'accès à la langue française est un argument immanquablement avancé par les réformateurs de toutes les époques pour changer les règles orthographiques du français. 11.- «Observo el quitar las letras dobles donde no sirven, como se va praticando desde algunos años à esta parte, por no pronunciarse. Y es por demás el decir, que sirven para señalar las longas, y las breves; pues para esto son los acentos, no sirviendo estas dobles mas que de confusion para los que aprenden; sin embargo , como se encuentra todavia en muchos libros esta ortographia antigua; hago también mención de ella en el modo de pronunciar». ( «Advertencias» préliminaires de la grammaire de Qrimarest, 1747). Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 Las letras c, f, /, p, t, se duplican entre dos vocales, quando se hallan en la primera sílaba. Sin embargo, los escritores modernos dexan ahora de observar esta regla aunque la siga siempre el vulgo; porque los Gramáticos que quieren simplificar la ortografía, la miran como absurda, y nociva, Vease Grammaire de Wailli, Moyens de Simplifier; notre Ortographe, pag. 9. édition 6. (P. 45, note a) Il n'est donc pas étonnât que certaines grammaires de seconde file, inspirées de celle Chantreau, contiennent toujours, à la fin du siècle, des commentaires similaires aux questions-réponses suivantes, puisées dans le manuel de Martínez Saavedra (1791):12 P. Quai es la orthographia antigua? R. La de los Autores que quieren conservar el uso antiguo para no perder el conocimiento de las Etimologías que hacen ver de que palabras Griegas, ô Latinas nacen ciertas palabras Francesas. P. Quai es la orthographia moderna? R. La de los Autores que suprimen de las Silabas las letras que no se pronuncian, para hacer la orthographia fácil, y conforme à la pronunciación. P. Qual de estas orthographias se debe seguir? R. La nueva es la mas fácil, la mas natural, y también mas común al presente que la antigua, y por consiguiente mas conforme al uso. (P. 127) Il n'est pas exclu que ce double système orthographique qu'on présentait aux Espagnols, loin d'améliorer l'opinion que ceux-ci se faisaient sur la façon d'écrire le français, n'ait fait que confirmer à leurs yeux les déclarations négatives sur l'ensemble du système placées souvent dans nos ouvrages en tête des chapitres sur l'orthographe-prononciation de la langue française. * * * Revenons, en fait, à ce genre de déclarations, nous avons signalé que la seconde moitié du XVIIe siècle, peut-être sous l'influence du dictionnaire d'Oudin, évite les comparaisons des systèmes graphiques de l'espagnol et du français visant la mise en relief de la complication de ce dernier. Et pourtant, la tradition comparative au détriment du français, déjà en vigueur au XVIe siècle, a dû rester bien vivante, car elle revient en force dans notre corpus dès le début du XVIIIe siècle. L'extension progressive de la nouvelle orthographe du français au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, d'une part, et le maintien polémique de l'ancienne par l'Académie, de l'autre, ont certainement obligé les nouveaux auteurs de grammaires du français pour les Espagnols à prendre des positions encore plus tranchées que par le passé. La présentation de l'orthographe française comme un système compliqué comparé au système espagnol gagne ainsi en virulence par rapport aux déclarations du XVIe siècle. Au XVIe siècle, en effet, la comparaison entre les deux systèmes n'était pas réalisée directement par les auteurs; elle ne pouvait être faite que par ceux des usagers qui lisaient 12.-Ce dialogue sera reproduit, pratiquement au pied de la lettre, par Lâurez de Mairân (1799: 95-96). Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 S.d. (lre éd. 1642). Tresor des trois langues Françoise, Espagnole et Basque. Bayonne: Paul Fauvet. BN 3/11296. 1647. Antoine Oudin: Nomenclature Françoise et Espagnole. Paris: Antoine de Sommaville. BN 2/52077. 1659. James Howell: Lexicon Tetraglotton. An English-French-Italian-Spanish Dictionary. Londres: Thomas Leach. BUS 161/106. 1664(lreéd. 1650). Antoine Oudin: Dialogues fort récréatifs composez en Espagnol et nouuellement mis en Italien, Alleman, <Sf François. Il s'agit d'une réédition augmentée des Dialoguesde César Oudin ( 1622). Rome: Q. Hallé. BN R-11086. 1668 (2e éd.; lre éd. 1659). Juliani: La Nomenclature et les Dialogues familiers, enseignans parfaitement les Langues Françoise, Italienne, & Espagnole. Paris: Etienne Loyson. BN 3/5286. 1673. Pedro Pablo Billet: Gramatica Francesa. Saragosse: s.é. BN 3/47623. 1688 (2e éd.). Madrid: Bernardo de Villadiego. BN 3/57521. 1708 (3e éd.). Madrid: Juan García Infanzón. BN 3/19798. 1688. Juan Pedro Jaron: Arte nvevamente compuesto de la Lengua Francesa por la Española. 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BN 2/29443. 1728. Antonio Courville: Explicación de la Gramatica Francesa. Madrid: Domingo Fernández. BN 3/5054. 1728. Joseph Núñez de Prado: Grammatica de la Lengua Francesa. Madrid: Alonso Balvás. BN 3/48349. 1743. Madrid: Manuel Fernández. BUS 115/31. 1728. Francisco de la Torre y Ocón: Nuevo Methodo breve, vtil, y necessario para aprender a escribir, entender, y pronunciar las dos principales Lenguas, Española, y Francesa. Madrid: Juan de Ariztia. BN 3/20393. 1728-1731. Francisco de la Torre y Ocón: El Maestro de las dos Lenguas. Diccionario Español, y Francés; Francés, y Español. Madrid: Juan de Ariztia. BN 3/50590-1. 22.-Malgré son titre, cet ouvrage ne contient pas de grammaire française, mais uniquement une grammaire espagnole; nous ne l'incluons donc dans notre corpus qu'en tant que dictionnaire bilingue. Emilia Alonso et al (eds.), La lingüística francesa: gramática, historia, epistemología, Tomo I, Sevilla, 1996 1744. 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