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Maladies et Thérapies Introduites dans la Ville de Thessaloniki au Seizième Siècle – Amatus le Lusitain et ses Patients Orientaux

Varella, Evangelia A.

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Maladies et Thérapies Introduites dans la Ville de Thessaloniki au Seizième Siècle – Amatus le Lusitain et ses Patients Orientaux Evangelia A. Varella Université Aristote de Thessaloniki, Grèce La Ville et ses Structures Médicales Pendant les longs siècles de sa vie chrétienne, Thessaloniki souffre de problèmes innés à une grande métropole et un port international. Les fièvres paludéennes et typhoïdes résultant des marécages des environs ne quittent jamais l’enceinte de la ville, tandis que les grandes épidémies s'accroissent dans les quartiers densément peuplés. Déjà aux débuts du septième siècle de notre ère l’évêque Jean se lamente qu’un mal étrange apparut, inconnu aux savants 1 , et presque sept cent ans plus tard saint Démétrios, le patron de la ville, est remercié pour avoir guéri Thessaloniki de l’épidémie 2 . L’attaque de la peste se montre violente aux années 1347, 1372 et 1422/23, et l’évêque Isidore note en 1385 qu’il y a trois mois que la pestilence avale les jeunes … mais maintenant le mal a augmenté et assaille tous les âges 3 . Durant la première période ottomane la population est affaiblie par les affections endémiques: le paludisme, la virole, la diphtérie, les maladies vénériennes, la psore, le trachome, la pleurite, la tuberculose, la dysenterie, les rhumatismes, même la rage comptent leurs victimes 4 . En plus, et vu le climat humide, les égouts presque inexistants et le caractère toujours commercial de la ville, la peste apparaît inlassable aux années 1466/67, 1493, 1497, 1501, 1516, 1523, 1530/33, 1545, 1548, 1550/56, 1561, 1564, 1568/72, 1576/78, 1581, 1586/88, 1591/92, 1594 et 1596/98. Héritière d’un passé vénérable, la thérapeutique byzantine peut survivre dans le monde ottoman. Pourtant, les structures hospitalières sont obligées d'abandonner les grandes métropoles et chercher refuge dans les centres monastiques. Ainsi, les cloîtres du Mont Athos voisin de Thessaloniki ouvrent aux visiteurs externes leurs infirmeries de niveau académique 5 . La littérature médicale est abondante et variée, l’œuvre des anciens est commentée et circule sous forme de traités entiers ou sujets choisis, faisant 1 ἄλλοις δὲ ξένον καὶ τοῖς ἐπιστήμοσι ἀγνοούμενον πάθος ἐνέσκηπτε μετὰ σφοδροτάτου πυρετοῦ [P. Lemerle, Les plus Anciens Recueils des Miracles de Saint Démétrius , Paris 1979: 57] 2 εἰς τὴν ἐν Θεσσαλονίκῃ ἴασιν τοῦ λοιμοῦ [E. Miller, Manuel Philes, Carmina , Paris 1855/57: 87] 3 πρὸ μηνῶν ἤδη τριῶν λοιμώδης ἐπισχεθεῖσα νόσος τὴν νεαρὰν κατέβοσκεν ἡλικίαν ... εἶτα τὸ δεινὸν αὐξηθὲν κατὰ πάσης χωρεῖ τῆς ἡλικίας, καὶ παῖδες καὶ νεανίσκοι καὶ γέροντες ελεεινῶς ἀνάρπαστοι γίνονται [Sp. Lambrou, Huit Lettres Inédites d’Isidore de Thessaloniki , Neos Hellenomnemon 9 (1912) 343] 4 ex tertianis spurijs, quibus syncopis stomachica familiaris est, multis de causis Thessalonicae multi morintur … anno 1560, morbi saguinei omnes fuerant quales synochi, et pleuritides epidemicae … vigente di uite autumno, satis temperato 1560, magna pars populi ophthalmia lippitudine dicta, oppressa fuit, pro qua curanda, raro medici acceterbantur, etiam si difficilis esset … post tertiu autem annum, hic Thessalonicae hominem a cane rabido morsum in rabie agi, vulgus vidit [Amatus Lusitanus, Curationum Medicinalium Centuriae Septem – Centuria Septima , Lyon 1585: 98/45/80/41] 5 E.A. Varella, Pharmazeutische Manuskripte auf Berg Athos , 31. Congrès International d’Histoire de la La Pharmacie (Heidelberg 1993) 13 parti des iatrosophia – compilations de recettes et conseils thérapeutiques. Dans la plupart des xénons la tradition s’entremêle à l’expérience quotidienne des spécialistes 6 . En même temps, la présence de médecins très compétents est richement documentée dans les rangs des juifs séfarades récemment installés. Combinant l’érudition grécoromaine et le savoir de l'Andalousie arabe aux prescriptions du Talmud et à la nouvelle science occidentale, les maestros installés à Thessaloniki ont souvent une formation universitaire. Aux premières décennies du quinzième siècle excellent Salomon ha-Levi et plus tard les grands bibliophiles Samuel Meir Benveniste et Perahia ha- Cohen l’Italien, pendant que maints ne sont connus que de leur seule stèle funéraire ou des élégies du poète Saadia Longo. Ainsi les Uziel – Samuel, Joseph, David et Juda, Benjamin, Jacob Daniel, Salomon Abudiente, Salomon ben Habib de Caceres, Joseph Faro, Isaac Bonsaldo, Salomon Cavallero, Elie Sarfaty, Salomon Lebeth ha-Levi, David et Samuel ha-Cohen, Salomon Soulema, Joseph Yahia, David ha-Dotor, Abraham Yayin, Isaac ibn Alesso, Jacob Melamed, Juda et Isaac Abravanel, Chemtov et Isaac Mayo, Eliezer Askenazy. Les réfugiés de la période suivante sont originaires du Portugal ou de l'Italie et souvent diplômés de Coimbra, d'Alcala, de Salamanca, de Pise. Entre eux le grand Amatus le Lusitain, l’homme qui soigna princes et pauvres de toutes les religions et ethnies sans préconçues scientifiques ou préjugés sociaux, son disciple vénérable Aaron Afia et son assistant bien estimé Simeon Biton 7 , les Yahia – Guédalia, Moïse et Guédalia le jeune, les Perahia ha-Cohen – Daniel, Moïse, Samuel et Eliezer, le rabbin Moïse Almosnino, don Isaac Passy, Abraham Salem, Isaac Almosnino, Nissim Chaky, Daniel Avila, Abraham ha-Viglio, Moïse Abas, Juda Handali, Barouh de Faro, Isaac Espagna, Juda Léon. Parmi les apothicaires se distinguent Abraham Catalano 8 en 1545, un certain Benveniste 9 , Ararinus 10 et le très cultivé Moïse Aedna 11 en 1560. Tous s’occupent de l’éducation de la nouvelle génération et tous soignent leurs concitoyens sans aucune discrimination. Amatus le Lusitain en Thessaloniki La figure d’Amatus marque la deuxième moitié du seizième siècle. Connu en Orient sous son nom hébreux de Habib ha-Sefardi, le savant jadis converti au christianisme et déjà réintégré à la foi natale, vivra à Thessaloniki de 1558 jusqu’à sa mort parvenue dix ans plus tard, et y achèvera son œuvre principale Curationum Medicinalium Centuriae Septem. La ville, étape finale de déplacements vers l’Est souvent forcés, procure à l’illustre lusitain une ambiance scientifique décidément diverse de celles déjà vécues, puisque présentement l'héritage thérapeutique byzantin constitue la seule réalité vivante parmi les anciens habitants, tandis que le savoir arabe traditionnel est éta- 6 E.A. Varella, La Thérapeutique Byzantine dans le Monde Ottoman , Medicina Nei Secoli 11 (1999) 577 7 ad doctorem Affium philosophum peripateticum … nobiscum autem in hac curatione fuit medicus doctus Simeon Biton [Amatus Lusitanus, op. cit. : 24/40] 8 J. Néhama, Histoire des Israélites de Salonique , Thessalonique 1935: III 142 9 filius Benvenisti pharmacopolae [Amatus Lusitanus, op. cit. : 67] 10 anni 1560 … Ararinus pharmacopola [Amatus Lusitanus, op. cit. : 81] 11 uxor Moysis Aednae, pharmacopolae experentissimi et triu linguarum peritissimi [Amatus Lusitanus, op. cit. : 46] bli comme unique valeur indiscutable au sein de la communauté ottomane. Ainsi, dans le dernier volume de son compendium, édité en 1561, le docte marrano réalise la synthèse des tendances et l’actualisation des doctrines en s’appuyant sur la double base de sa formation académique occidentale et expérience personnelle, et des observations d’autrui, puisqu’il n’a jamais dédaigné les enseignements de tant d’autres praticiens excellents de notre art 12 . Tout en faisant l'éloge de sa patrie d'adoption, cité entourée d'air très salubre et de nombreuses sources d'eau froide, abondante et optimale 13 , il est au courant de ses problèmes et propose de nouveaux schémas de traitement en faveur d’une population nombreuse et diversifiée, fortement opprimée de maladies sévères et compliquées 14 . Problème fondamental est naturellement la peste, qu'à la fin coûtera à Amatus sa propre vie. Tandis que les familles les plus aisées s'éloignent toujours du centre surpeuplé et contaminé 15 , le praticien dévoué cherche à comprendre la typologie et les mécanismes d'épanouissement de la pandémie, qu'il suit de Lisbonne à Anvers, des villes italiennes à la métropole macédonienne 16 . La possibilité d’un agent contagieux ou germe venant d’Afrique ne devrait point être exclue. En effet, la pestilence envahissant Skopje en 1559 s’est destituée par soi-même avec l’aggravation du froid, et puis a attaqué la ville de Monastère par contagion, et elle s’y développa; elle a perduré à cause de l’air consistant et dense 17 . Hommes et femmes, les patients de l’érudit docteur, qui jure d’avoir toujours traité de la même manière les juifs, les chrétiens et les musulmans 18 , sont bien sûr séfarades et parfois ashkénazes 19 , mais aussi souvent turcs, ainsi les deux femmes voisines, le noble Rodastan Chilibi et l’amiral Bayazet Rhais 20 , grecs orthodoxes, comme le noble 12 in studiorum vero ratione adeo frequentem fuisse, ut nullu quantum uis arduum negotiu, me a bonorum authorum lectione avocare potuerit [Amatus Lusitanus, op. cit. : 322] 13 Thessalonicensi civitate in rupibus sito, saluberrimo aere circundato, et aquis multis frigidis et optimis abundante [Amatus Lusitanus, op. cit. : 84] 14 caeterum, cum Thessalonicen venirem, urbem nunc, ut olim, totius Macedoniae metropolin, numeroso, varioque populo resertam, sed forte gravissimis et sauissimis morbis oppresso [Amatus Lusitanus, op. cit. : introduction] 15 quum ob pestem Thessalonicae grassantem, ad muros iuxta calabros cum eius familia se diverteret, et ibi per mensem maneret [Amatus Lusitanus, op. cit. : 27/98] 16 caeterum, febris pestilentialis saepe absque peste competitur, ut Olissipponae, Antverpiae, Ferrariae, Venetiis, Romae, Anconae, et in hac Thessalonicensi civitate, non raro notavi [Amatus Lusitanus, op. cit. : 27] 17 ex Aethiopia contagium, aut saemina … saeva invasit pestis Scopium anno secundu vero Romanorum computum 1559 … accelerante frigoris, ex se destituit, quae et si Monasterium oppidum per contagiu infecit: in eo tamen diutinus, ob crassum et densum aerem perduravit [Amatus Lusitanus, op. cit. : 37] 18 eodemque loco semper apud me fuisse cuius uis religionis homines, fiut ii Hebraei, sive Christiani, aut Arabicae legis sectatores essent [Amatus Lusitanus, op. cit. : 322] 19 iuvenis Germanus [Amatus Lusitanus, op. cit. : 71] 20 duae mulieres Turcae vicinae … Rodastan Chilibi, Turca nobilis … Bayazetus Rhais, Constantinopolitanae navis navarchus, homo Turca [Amatus Lusitanus, op. cit. : 18/39/99] Démétrios 21 , ou encore occidentaux luthériens 22 . Ils viennent de la ville et des environs, parfois même de Thessalie ou l’intérieur balkanique. Pourvu qu’aucune épidémie insolite ne soit entraînée dans leurs bagages, les maladies des visiteurs sont bien courantes. Ainsi la femme arrivée de Larissa, pas loin de Thessaloniki, meurt de cancre 23 ; et un homme venant de Philippopole succombe au mal de tête suivi d’ascites. La cause est cherchée à l’humidité de la petite demeure, où il dormait 24 . En conséquence, les thérapies proposées sont une question de routine, toujours dans le double cadre de l’évocation des anciens et de l’expérience moderne. Berdauid, un jeune venu à Thessaloniki de Yenice dans la plaine marécageuse a besoin des styptiques et hémostatiques 25 , tandis que David Naamias provenant de Monastère souffre de fièvre tertiaire. Sa cure comprend des saignées régulières et une médication compliquée, dont : R. extrait récent de fleurs de cassie cinq drachmes, du meilleur rhubarbe une drachme, et de l’autre demi-drachme, de la préparation dia catholicon trois drachmes, tout est excipé en forme de décoction, une potion est faite, qu’il boit et puis qu’il dort 26 . De même, Abraham Ezra, qui est venu près de nous de la ville de Vidin, sur le fleuve Danube, près de la Valachie, dite Dacie, est infligé de la maladie d’ictère ayant son origine à l’humeur mélancolique. Les bains à l’eau douce seront alors complétés d’une recette traditionnelle: R. extrait récent de poulpe de cassie demi-once, électuaire tendre, donc attendrissant le vieillissement, six drachmes; poudre d’anis demi-drachme; mélanger avec poudre de liquoriste, et ocre de fer préparée; présenter au malade deux heures avant le repas 27 . Les Patients Venus de Loin Profondément différent est le traitement des malades qui ont entraîné leur indisposition dans les escales égyptiennes, yéménites et indiennes. Parfois, ni la science des grands ancêtres ni l’expérience du présent ne suffit à confronter la situation. Tel est le cas d’une cure, dans laquelle il s’agit d’un homme souffrant d’abcès au foie, et qui a 21 Demetrius, vir nobilis graecus et ex iis, quos Graeci vulgo κυρός , id est, dominos appellat [Amatus Lusitanus, op. cit. : 43] 22 Christicola, qui Lutheri dogma profitebatur [Amatus Lusitanus, op. cit. : 68] 23 curatio in qua agitur de carcinomate, mamma infestante et mortem accelerante. mulier Larissaea, ex Larissa oppido, non procul a Thessalonica distante … ad me venit [Amatus Lusitanus, op. cit .: 25] 24 recente capitis dolore, quem secuta est ascites, et tandem mors … vir, qui ex Philippopulo venerat … causam autem doloris ille in humidiorem domunculam quandam, in qua dormiebat [Amatus Lusitanus, op. cit .: 50] 25 Berdauid iuvenis cum ex Genica Thessalonicen veniret [Amatus Lusitanus, op. cit .: 60] 26 David Naamias ex Monasterio oriundus … curatio, in qua agitur de febre tertiana … R. floris cassiae recens extracti, drach. quinque, rhabarbari optimi, drach. unam, et alterius mediam, diacatholiconis drach. tres, excipiantur omnia decocto supradicto, et fiat haustus unus, quem bibat, et supra dormiar [Amatus Lusitanus, op. cit .: 40] 27 Abrahamus Ezra, qui ex Bidinio oppido, quod praeterlabitur Danubius fluvius, prope Valachia Dacciam dictam, ad nos venir … curatio de ictero morbo, ab humore melancolico ortum habente … R. pulpae cassiae recens extractae, unciam mediam, electari lenitiui, hoc est diasene lenientis drach. vi, pulveris anisi drach. Media, misceto et pulvere glycyrrhizae obuoluito, et bolum parato, et aegroto ante prandium horas duas propinato [Amatus Lusitanus, op. cit .: 69] été inanimé, mort, parce qu’il se leva inutilement du lit. le fils, qui retourna chez nous de Malacca, la province des Indes la plus éloignée, un jeune de trente ans, brûla de haute température, souffrit d’inflammation du foie; et la fièvre continuait, il sanglotait, il vomit la bile verte, il avait la nausée, et il exsudera de tout son corps la bile jaune. Le patient mourut quand il quitta le lit, sans que les médecins qui le soignaient puissent le sauver. Alors, quelque-uns ont immédiatement eu la mémoire que Galien aussi avait assisté à un cas pareil, sans toutefois enter aux détails 28 . En dépit de la description minutieuse des symptômes, un certain embarras est évident devant ce trouble mortel venu des tropiques et énigmatique dans son ensemble. La référence à Galien reste vague et ne peut point être vérifiée comme congruence et identification. Beaucoup plus efficace fut une cure, dans laquelle il s’agit de dracunculose née à la jambe, celle que les Arabes appellent veine medena. un maure, serviteur du préfet de la mer, jeune homme de dix-huit ans, venant de Memphis d’Egypte la célèbre cité, est arrivé pour la première fois à Thessaloniki et il a été conquis de grande douleur; d’abord une blessure était excitée sous le talon, où aboutissent les veines, de telle mode que les Turcs ont averti qu’ils reconnaissaient la maladie dangereuse; en Egypte et aux Indes et aux autres régions où elle est née, celle-ci s’appelle parmi les Arabes, et surtout d’Avicenne dans la troisième chapitre du quatrième livre, la veine medena; de même l’appellent Abizoar et les autres hommes suivant sa doctrine, auxquels la maladie était suffisamment connue et familière; pour sa cure le médecin Parahyas, versé dans la langue arabe, a parlé ainsi … le maure en douleur et grand besoin à cause de cette maladie, s’est libéré … d’une façon venant de Soranos et Léonidas, dont parle Paul aux dernières sentences de son quatrième livre, ses médecines étant auxiliaires pendant cette maladie … elle apparaît plus fréquemment chez les Egyptiens, les Indiens et les Arabes, mais surtout chez les Méditerranéens, sous le nom veine medena, et est appelé par Galien dracunculose … en usant médicaments et remèdes destinés à la bile et purgatifs, la maladie doit être curée et traitée comme Avicenne a ordonné et les autres Mauritaniens ont approuvé 29 . 28 curatio, in qua agitur de laborante in iecore abscessu et exanimato, mortuove, quia extra cubile egestu surgeret. filius illius qui ex Malacha Indiae ultima quadam provincia ad nos redierat, iuvenis triginta annoru, temperaturae satis exuste, iecinoris inflammationem patiebatur, ad haec febrim continuam, fingultum, bilis prassinae vomirum, fastidium, et bilis flavae per universum corpus effusionem … ut nonnullis iam quoque evenisse Galenus memoriae commedavit … medici qui eius curam habebat [Amatus Lusitanus, op. cit. : 77] 29 curatio, in qua agitur de dracunculo, in tibia nato, quem Arabes venam medenam appellant. Aethiops … cu primum ex Memphi Aegypti celebri civitate Thessalonice advectus esset, illico de crucis dolore conquestus est, in quo iuxta talum primo ulcus excitatu est, in quo venae modo caput conspiciebatur, quod advertentes Turcae, morbum cognoverunt periculosum, esse in Aegypto et India, ac reliquis regionibus, quibus innascitur, significarant, quem Arabespraecipus Avicenna, venam medenam, fen teria libri quarti, appelari tradit, veluti Abizoar et caeteri huius doctrinae homines, quibus morbus hic satis cognitus et familiaris erat, pro cuius curatione accessus medicus Parahyas, linguae Arabicae doctus, ita orsus est … unde Aethiops à doloribus et angustiis morbove ipso, liberatus est … aliqua quae ex Sorano et Leonide, Paulus ultimis verbis libri quarti, suae medicinae huic morbi auxiliari tradit … nascitur auti morbus hic frequenter apud Aegyptios, Indios et Arabas, sed praecipue apud Mediterraneos. perfidem, unde nome vena medena … qua Galenus dracunculum appellit … unde medicamentis et remediis at La thérapie de ce trouble veineux est basée sur une analyse méticuleuse de la littérature médicale abordant l’accord terminologique, la provenance du mal, l’indication des groupes plus menacés, et la comparaison critique des traitements proposés. Bien qu’il en ait entendu parler, Galien ne décide point à se prononcer par simple ouie-dire sur le problème: d’après ce qu’on dit, dans un lieu de l’Arabie se développent dans les genoux des dracunculoses, ayant la nature des nerfs, la couleur et la largeur des helminthes. alors, j’ai entendu maints dire qu’ils en auraient vus en quantité; en tout cas et puisque je ne les ai pas aperçus moi-même, je ne peux point contribuer à la question sur leur genèse et leur nature 30 . Ce sont donc des écrits tardifs jadis attribués au célèbre maître qui donneront la définition des dracunculoses et les compareront sommairement aux varices en ce que concerne symptômes et cure: la dracunculose est une ulcération ayant la même direction que le nerf de la part voisine. elle s’appelle dracunculose parce qu’en bougeant le nerf s’approche de l’ulcération et s’y cache … les dracunculoses sont pareilles aux varices, et causent grande douleur pendant le mouvement, quand ils apparaissent un peu. alors il faut les traiter comme les varices et les éloigner par procédé chirurgical 31 . Finalement, au septième siècle de notre ère Paul d’Egine entreprend la synthèse minutieuse et critique des informations, et présente un schéma thérapeutique accompli, en plein accord avec les doctes Soranos d’Ephèse et Léonidas l’alexandrin: aux Indes et aux pays de sud de l’Egypte les dracunculoses, créatures pareilles aux helminthes, naissent dans les parties musculaires, c’est à dire les bras, les jambes et les genoux, et au cas des enfants même les côtes; elles naissent sous la peau et sont clairement mobiles. avec le temps les contours s’enflamment, la peau s’entrouvre et l’exorde de la dracunculose apparaît; elle cause grandes douleurs quand elle se crispe et encore plus quand elle est percée. alors, maints disent qu’il faudrait en attacher un morceau de plomb pour que la dracunculose s'écarte lentement à cause du poids, et non d’un coup; d’autres savent que tout de même la dracunculose s’écartera par le poids du morceau de plomb et causera des douleurs très fortes, donc ils ordonnent d’immerger le membre souffrant dans l’eau chaude, pour que la dracunculose soit apaisée et saillisse en dehors, et puis l’écarter avec les doigts. au contraire Soranos est de l’avis que la dracunculose n’est point une créature, mais seulement un nerf donnant l’impression d’être en mouvement. quelle que soit l’option juste, tous – Soranos et bilem respicientibus purgatibusve, morbus hic curari tractarive debet, prout imperat Avicenna et caeteri Mauritani illi ascetiutur [Amatus Lusitanus, op. cit .: 64] 30 ἐν ταῖς κνήμαις ἔν τινι τόπῳ τῆς Ἀραβίας, ὥς φασι, τὰ καλούμενα δρακόντια γίνεται, νευρώδη μὲν τὴν φύσιν, ἕλμινσι δὲ καὶ τῇ χρόᾳ καὶ τῷ πάχει παραπλήσια. λεγόντων μὲν οὖν ἑωρακέναι ταῦτα πολλῶν ἤκουσα, μὴ θεασάμενος δ’ αὐτὰ, οὐκ ἔχω συμβαλεῖν οὔτε περὶ τῆς γενέσεως αὐτῶν οὔτε περὶ τῆς ουσίας ἀκριβῶς οὐδὲν [Claudius Galenus, De Locis Affectis Libri VI , dans: C.G. Kühn, Claudii Galeni Opera Omnia , Leipzig 1824/Hildesheim 1965: 8.392] 31 δρακόντιόν ἐστιν ἕλκος φορὰν ἐπ’ αὐτὸ ἔχον νεύρου ἀπὸ τοῦ πλησίον μέρους. εἴρηται δὲ δρακόντιον, ἐπεὶ ἐν ταῖς κινήσεσιν ἀναχωρεῖ τὸ νεῦρον ἐπὶ τὸ ἕλκος καὶ κρύπτεται ἐν αὐτῷ [Pseudo Galenus, Definitiones Medicae , dans: C.G. Kühn, op. cit. : 19.449] ... τά τε λεγόμενα δρακόντια ὅμοιά ἐστι τοῖς κιρσοῖς· μεγάλην δὲ ἀλγηδόνα ἐπιφέρει κινούμενα, μικρὸν προκύπτοντα. δεῖ οὖν διελόντα ὡς ἐπὶ τῶν κιρσῶν ἀποδέρειν καὶ οὕτως ἐξαιρεῖν [Pseudo Galenus, Introductio seu Medicus , dans: C.G. Kühn, op. cit l.: 14.790] Léonidas et les autres – proposent d’appliquer de l’eau chaude et des cataplasmes de mélicrate et de farine de blé noir ou d’orge; et certains en préfèrent un plâtre de la même composition, à laquelle il faudrait ajouter les recettes basées au miel et aux noix du laurier. les dracunculoses défaillent par ce traitement et le petit corps y inclus s’écarte. s’il ne s’éloigne pas, il faut trancher la peau, la dénuder et éloigner le contenu, pour éviter l’inflammation 32 . Le traitement de Paul, élargi d’une cure purgative, est repris par Avicenne dans le Canon de la Médecine 33 et approuvé par ses disciples, dont le fameux parasitologue andalous Avenzoar. Fidèle à son esprit toujours généreux, Amatus n’hésite pas à porter au crédit de son collègue Parahyas l’élaboration des informations relatives à la science arabe. Fort probablement s’agit-il du savant Daniel Perahia ha-Cohen, mort en 1575, ou éventuellement de son frère Moïse 34 . Les patients non indigènes d’Amatus ont permis à la thérapeutique de Thessaloniki de re-élaborer ses rapports avec la littérature médicale comme outil de classification des parallèles et d’harmonisation des convergences, afin d’entreprendre des nouvelles synthèses et établir des solutions vraiment efficaces. 32 ἐν Ἰνδικῇ καὶ τοῖς ἄνω τῆς Αἰγύπτου τόποις τὰ λεγόμενα δρακόντια συνίστανται, καθάπερ ἑλμινθώδη τινὰ ζῷα, ἐν τοῖς μυώδεσι τῶν μορίων, οἷον βραχίοσι, μηροῖς, κνήμαις, ἐπὶ δὲ τῶν παιδίων καὶ πλευροῖς, ὑπὸ τῷ δέρματι συνιστάμενα καὶ κινούμενα σαφῶς· εἶθ’ ὅταν χρονίσῃ, κατά τι πέρας τοῦ δρακοντίου πυοῦται ὁ τόπος, καὶ τοῦ δέρματος ἀναστομουμένου ἔξω προέρχεται τοῦ δρακοντίου ἡ ἀρχή, ἑλκόμενον δὲ τὸ δρακόντιον ἀλγηδόνας ἐμποιεῖ, καὶ μάλιστα ὅταν ἀπορραγείη. διὸ τινὲς μέν φασι χρῆναι μολίβδιον ἐξαρτᾶν τοῦ δρακοντίου, ἵνα μὴ ἀθρόως ἀλλὰ κατὰ μέρος τῷ βάρει τοῦ μολιβδίου ἡ ἀπόπτωσις αὐτοῦ γένηται· ἕτεροι δὲ τούτων κατεγνωκότες διὰ τὸ μηδὲν ἧττον τῷ βάρει τοῦ μολιβδίου τὸ δρακόντιον ἀπορρήγνυσθαι καὶ ὀδύνας ἰσχυρὰς ἐμποιεῖν παρακελεύονται τὸ μόριον εἰς ὕδωρ καθεῖναι θερμόν, ἵνα τὸ δρακόντιον θαλπόμενον πρὸς τὸ ἐκτὸς χωρῇ, κἄπειτα τοῖς δακτύλοις αὐτὸ κατὰ μέρος ἐξέλκειν. ὁ δὲ Σωρανὸς οὐδὲ ζῷον τὴν ἀρχὴν ἀλλὰ νευρίου τινὸς σύστασιν οἴεται τὸ δρακόντιον δόκησιν μόνον ἐμποιοῦντος τοῦ κινεῖσθαι. εἴτε δὲ τοῦτο εἴτε τὸ πρότερον, καὶ τῷ Σωρανῷ καὶ τῷ Λεωνίδῃ καὶ ἑτέροις ἔδοξε προσαντλήσει θερμῇ καὶ καταπλάσμασι πεπτικοῖς ἐπὶ τούτων κεχρῆσθαι τοῖς διὰ μελικράτου καὶ ἀλεύρου πυρίνου ἢ κριθίνου· καὶ ἐμπλάστρου δὲ χρῆσιν ἔσθ’ ὅτε δοκιμάζουσιν τῆς ὁμοίας δυνάμεως. ἁρμόσοι δ’ ἂν καὶ ἡ διὰ δαφνίδων καὶ ἡ διὰ μέλιτος· νεκρούμενα γὰρ ἐκ τῆς τούτων χρήσεως τὰ δρακόντια ἤγουν τὸ περιεχόμενον σωμάτιον ἐκπίπτει. διαπυήσεως δὲ γενομένης, εἰ μὴ ἐκπέσοι, διαιρείσθω τὸ δέρμα, καὶ γυμνωθὲν ἀφαιρείσθω τὸ περιεχόμενον [Paulus Aegineta, Epitomae Medicae Libri VII , dans: J.L. Heiberg, Paulus Aegineta , Leipzig 1921/24: 4.58] 33 Quatrième Livre: Sur les Maladies de Plusieurs Membres et sur l’Art de la Cosmétique, Troisième Partie: Discours Compréhensive sur les et les Pustules; Deuxième Traité: Sur les Oedèmes Froids, et sur leurs Relations avec les Humeurs Froides et leurs Rapports dans le Corps, et avec le Phlegme et la Bile Noire et l’ Air et le Composés Connus; Dix-Huitième Chapitre: Sur la Veine Medena 34 J. Néhama, op. cit. : IV 159