1.
;
.
•
’> - »
î
â
3
y
ROLAND FURIEUX,
POEME HÉROÏQUE
DE L’ARIOSTE.
r!î22-!35»
ROLAND FURIEUX,
‘
POEME HÉROÏQUE —
DE L’ARIOSTK
NOUVELLE TRADUCTION,
Par MM. Panckoücke et Framert.
TOME SIXIÈME.
Chez PlassaïT , Libraire , Hôtel
de Thou, rue des FokevÎBS.
M. DCC. LXXXVII.
Approbation et Priyi/ège du Roi.
ë V t s
Aîîeinagne, Ambassadeur du Duc de Fer'»-
rsre, auprès de l'Empereur Charles V.
Alexandre passa- sa vie à voyager, à
s’hîsîruire des mœurs et des intérêts-
des différens peuples. Il mourut Prêtre
à Ferrare , extrêmement considéré. Mais
c’esî Louis sur-tout qui nous intéresse.
Louis Arioste naqwt en 1474, dans
îa forteresse de Reggio , lorsque son
pere en avoir encore le gouvernement.
Dès- sa première enfance, il donna des
preuves de ce ge'nie qui devoit un jour
l’immortaliser. A l’âge où il commen-
çoit à peine- ses études, où , pour nous
servir de ses expressions , i! n’étoit pas
encore en état d’entendre le traducteur
d’Esope, il fît une tragédie de Thisbé
en langue vulgaire , mais à fa maniéré-
des Grecs; elle fut suivie de phisieurs-
autres, et dans l’absence de son pere,
f^ui condamnoit en lui ce goût pre'cocs ^
3 2 E’ A 5. ï O'S T üî. f
H îes fit représenter pïus d’une fois par
ses freres et sœurs , q.u’ii ajustoit. da
mieux qu’il pouvoir dans ie costume:
antique, avec tout ce qui tomboit sous,
sa main.
Mais tandis que son gcûr le portoit:
vers i’étude de îa langue- et de fa poésie
fetine y son. pere i’obligeoit à se livrer,
uniquement à l’étude des ioix-. lî y
perdit cinq années , dont fui - même,
dans ses satyres paroît vivement re-
gretter [’empfoi , et qui fui firent oabîier
une partie de ce qu’il avoit appris.. Le
génie est rarement universel.. Ses- pro-
grès- furent aussi ients dans cette nou-
velk carrière , qu’ils avoient été rapides-
dans celle où la nature elle- même 1®
poussoir. Son pere sentit, enfin qü’if ns
seroit jamais propre à remplir ses pre-
mières vues, et abandonna les rênesà cet.
insdnct puissant qui i’erapartok aillèars..
Libre de suivre son inclination , Âneêté-
eut le bonheur de s’attacher un homme-
très-instruit dans îes faeiles-iettr.es grec-
ques et latines, d’un jugement exquis
et du goût le plus exercé. C’étoit Gré-.
goire de Spoîeti, qui vivoit alors dans
îe palais de Renaud d’Este à Ferrare.
Aidé d’un secours si précieux , il se
mit à lire avec autant d’avidité que de
fruit, tout ce que ia belle antiquité
latine nous a laissé de chefs-d’œuvre:
Horace étoit sur-tout son Poète favori,.
De l’étude des Poè'tes latins , il vouîoit
passer à celle des Grecs.i mais son maître
fut obligé de l’abandonner à cette épo-^
que pour habiter en France , où, il ter^
mina ses jours.
Dans ce mêrne-îerns, Arioste, âgé -de
vingt-quatre ans, perdit son pere, dont la
plus grande partie de la, fortune- consis-,
toit en bienfaits. Demeuré avec peu ds_
DE l’ A B. 10 S T E. $
biens, le ebef de sa famine , chargé dij
soin de porter ses freres dansie Baonde
et de marier ses sœurs, ii fut tout prêt
d’abandonner, non-seuiement le grec ,
mais même toute espèce d’ étude, lorsr
que la réputation naissante d’an de ses
pareas , de Pandolpbe Arîoste , jeune-
homme de la pics grande espérance ,
tint le ranirner de nouveau. La tendre
amitié qui- les unissoit éioignpit d’eux
tout soupçon de jalousie; c’étoit i’émut-
îadon la plus, louafaie qui les excitoit à
f’emû à déployer leurs talens. Mais
Louis eut bientôt pleurer la mort de
son jeune ami. et la vive douleur que
îui causa cette perte , refroidit pouï
quelque tems sa poétique ardeur.
Cependant une foule de vers agréables
échappés de sa plume , sans annonce?
encore ce qu’il devoir être un jour^
|ttî avoient fait néanmoins une briiiant&
t» V 1 E
ïépûtation.LeCardinai Hyppofke d’Este,
homme de beaucoup d^’esprit et protec-
teur des iettres, voulut s’attacher un
homme qui, jeune encore, (iï n’avoit
pas vingt-neuf ans) jouissbit déjà d’un
rang distingué parmi les Poètes, de son
tems. li !ui en donna un non moins
honorable dans sa maison. Le Cardinal
Sentit si bien le mérite de son nou-
veau protégé, que peu de tems après,.
Alphonse , Duc de Ferrare ayant à
redouter le ressentiment du Pape J u!es II,
et désirant lui envoyer pour l’appaiser
un négociateur habile, le Cardinal lui
proposa l’Arioste , commele pius capafale^
de remplir ce dessein. Le Poëte parut
en effet justifier ce choix par la réponse
favorable qu’il rapporta de Rome. Ce-
pendant de nouveaux différends s’éle-
vèrent : le Pape toujours irrité contre
Alphonse, entra dans la. ligue des Yen!-
SE L.’ A B. î O S T E. ri
êîers, et vint mettra îe siège devant-
Ferrare , assembla une nombreuse artnée^
et-'a fit embarquer sur ie fleuve duPo,
Louis desira d’être employé dans cette
guerre.; ii s’y comporta très-vailîaroment ^
et aida même à la:prise d’un des vais-
seaux ennemis îe plus richement chargé*
Le Pape, vaincu se retire furieux. Al-
phonse veut lui envoyer un nouvel
Ambassadeur: personne n’osoitaccepîef
une commission aussi- délicate auprès
d’un homme aussi violent, aussi vindi-
catif. Arioste s’y détermine , et bravant
les dangers qui se multiplioient même
sur sa route, il vole à Rome. Jules n’y
étoit point : il étoit allé enséveiir sa
jionte et dévorer son chagrin dans une
maison de campagne. Louiss’y présente,
imais à l’air dont il est reçu, ii voit bien
qu’il n’est pas en sûreté de sa vie , et
-•prend le parti da s’en retourner à
î’iîêurè même, pîus yîce encore qu’il
n’étok venu.
Ces voyages, cette agitation politique
étoient .peu du goût dé notre Poëte.
Son caractère ie perçoit à une: vie tran-
quiiie et retirée , et ie grand ouvrage
dont H s’oceupoit abrs éxigeoit encore
plus impérieusement cette attention
suivie qu’on ne trouve que dans ie
repos. Des poésies latines dans ie goût
D’Horace , des éJégies où i’on retrouve
la grâce de Tibulie , Pesprit de Catulle
et fa chaleur de Properce, auroient suffi
à sa gloire, si son génie assuré 'de ses
propres forces eût pu se contenter du
rang d'imitateur , et si après avoir long-
tems suivi les grands Poètes latins dans
leur carrière , il ne se fût senti capable de
marcher leur égal. Ce qu’ils avoient fait
pour leur langue, il voulut le faire pour
la sienne. La poésie épique offroit ^
DE L’ A B. 10 S T É.
son ambition un trône encore maî oc-
cupé j il osa y prétendre. En vain ie
Bernbo, son ami, voulut ie détourner-
de cette entreprise i* : j’aime mieux, lut
wJisoît - il , être ie premier des Poètes de
« ia Toscane, qu’à peine ie secondparmi
wiesiatins. »
Les romans de chevalerie étoient aîors
fort à la mode. Arioste qui les aimoit
beaucoup , voulant les connoître dans
leur propre ïangue, avoit appris parfai-
tement' ie François et l’espagnol. U fut
bientôt en état de s’approprier toutes
îes beautés qu’ii trouva .dans ces Au-
teurs, et de leur donne? même un
nouvei éciat en ies faisant passer dans
sa langue. Ce fut cette carrière qu’iî
choisit pour s’illustrer. Le Roiand amou-
reux de Bcyardo , Comte de Scandiano,
quoique demeuré imparfait , jouissoit
dans toute i’Italie d’un succès prodigieux,
Tomi VI, b
is ' V i K
Plusieurs Poètes médiocres avoienî tente
fainement d'en terminer iss avantures',
aucun ïi\ a voit encore réussi digne»
ment.- Atioste osa l’entreprendre , et
tous les dons de ia poésie , tous ies
charmes, du style., prodigués dans son
ouvrage, i’éîeverent si fort au-dessus de
i’origina! qu’il parvint- presque a îe
faire .oublier. Il est peut-être ’îe' seuî
des - imitateurs qui ait surpassé son
modèle.
: Au reste, ce titre d'imitateur fùicon»
viendroit mal. S’il a préféré de conti-
nuer les avantures de Roland, à créer
une fable nouvelle , -ce ii’e.3t -pas qu’a
-manquât d’imagination ; il en a fait assez
bri-ller darîs tout le cours de son poê'me;
mais il sentoit combien if auroit d’avan-
tages, en employant pour ses carac-
tères principaux des personnages déjà
ccanasj il trouvoit d’ailleurs dans la
i
B E L’A a I O STE. ig
personne de Roger, oue ie Boj'ardo
2voi£ commencé à meure en scène j ie
moyen de. céiébrer la maison d’Esie à'
fequeüe ii étok attaché. Ainsi Viigiiey
en empioyant une partie des héros
d’Homère, avoit fixé l’intérêt de sob
poème sur le fondateur de son pays.
Le Rokad furieux étoit achevé : fe-
Poëte n'y avoit pas encore mis. fa der-
liiere main, mais jaloux d’ea essayer
Feffet, ou peut-être impatient de jouir
d’une gîcâre qu’il sentoit avoir déjà mé-
ritée, iî en avoit donné-une première
édition à Ferrare en 1516, lorsque le
Cardinal Hyppolite , son protecteur ,
résolu de passer en Hongrie , voulut y
être accompagné par tous les gens da
lettres qui composoient sa Cour. Louis
Ee pour l'indépendance , comrrte tous les
hommes de génre, fatigué d’une servi-;
tttde qui lui devenoit odieuse de piuiE
h a
V I E .
-
que pour satisfaire ie sien propre, îai
fit trois comédies nouveHes , la Lena ,
il Negromaiiu et la -Scolastka
,
indépea-
damtneiit de deux autres qu’ii avoir
faites dans sa jeunesse, la Cassaria et ü
Suppaùti. Elles furent souvent repré^a-
lées . avec beaucoup d’appareil et de
magnificence, paries Gentilshommes de
Ja maison du Duc, et même par quel-
ques-uns de ses parens. La Scolastica fur
faite pour les noces du Prince Hercule,
fils du Duc Alphonse , avec Madame
Renée de France , fille de Louis XII : mais
il n’eut. le tems que d’en faire trois actes
et trois scènes; eiie fut achevée ensuite
par Gabriel son frere , et par un Gen-
tilhomme de Modène , nommé Valentim
Il étüit fort jeune lorsqu’il écrivit la
Cassaria, et nous ne devons pas oublier
un trait qui prouve combien le génie
ce ia poésie agissoit impérieuseîîiesî ea
D E Ï,’A IL'I 0 s T E. 23
îui^ cotabien il s’erapa' GÎt de tou'tes ses
facukss. Un jour, pendar.t qu’iitravail-
îok à cette pièce , son pere , trompé sans
doute par un faux rapport ,dui fait une
longue et sévère réprimande et lui
reproche avec emportement une fauté
dontifn’étoir nuiiem.ent coupabîe. Louis
l’écoute avec beaucoup d’attention et de
respect, ne dit pas' un seul tnotrd’apo-
îogie, et semble , par son silence, avouer
formeifement i’imputation. Son frere
Gabriei y est trompé lui même. Restés
seuls .eusemble , Gabriei , avec l’intérêt
qu’inspire l’amitié fraternelle , lui fait
quelques piainîtc sur ce même objet.
Louis revenu à lui, répond à tous les
reproches , raconte la chose comme elle
s’stoit passée, et parvient aisément à se
justifier. « Eh mais., lui dit Gabriel,
!! pourquoi n’as -tu pas dit toutes ces
P raisons à mon pere? Comment as -tu
supporté si iong-tems la vioîence Se
« son soürroax, quand ii t'etoit si facile
« de ie -désabuser? — C’est qu’au pre-
«mier mot qu’il m’a dit, répond ie
Poète, je me suis rappelle dans la
Cassana donc je m’occupe^ une situa-
«tion coûte semblable. Un pere y ré-
» pri.mande son fifsjj’avois besoin d’ua
« modèle les plaintes de mon pere me
« convenoiencà merveille , et je les ai si
«attentivement écoutées pour m’en
« servir à-propos, que je n’ai seulement
«pas songé à ce que je pourrois dire
«pour ma justification, u
Le succès de ces représentations drr-
aiatiques encourageoit Alphonse à les
multiplier. Ce Prince voulut donner une
comédie franço'ise à sa jeune bru, qui
entendoic peu la langue italien.ne.’ll fij
choix des Ménechmes de Plaute; mais
ii Poète François qui devoit traduire
I
]
SE L’A R It) S TE. 25
eette .pièce , écoit peu faffiiiier aTec ieS
Auteurs Latins. Arioste, qui entendoit
parfaitement ce qu’ü y avoit de pius
difiScile dans cette langue, se chargea de
traduire îa pièce en idiome vulgaire, et
kPoê’ te François travailla sur sa version.
Cet essai plut beaucoup. La pièce fut
représentée en François pour Madame
Renée ; elle le fut en italien pour le reste
de la Cour; et FArioste , pour qui ce
travail n’étoit qu’un jeu, fit revivre ainsi
plusieurs autres pièces de Plaute et de
Térence.
C’est au milieu de ces amuseme-ns que
notre Poè'te acheva ses jours. Le Due
iui renddit la vie agréable par les bontés
dont il le combloit , et sur-tout parce
qu’il n’esigeoit rien de lui. C’est dans
ce tems qu’il fit les sept satyres qu’if
nous a laissées. Plus il avançoit en âge ,
plus la retraite avoir pour lui de charmes.
Toms Vl, 2
«s V ï E
Résolu lîe s’y livrer entièrement , il
sçhenî un vaste jardin auprès de l’Egiise
de Saint-Benoît : il y tit bâtir une maison,
petite , mais très-commode et très-joüe ,
et qui lui étoit d’autant plus agréable,
qu’il ne la devoit point à fa libéralité
de ses protecteurs. Il y fil graver cette
inscription :
farvA , sed apîa r/nhi, .sed nulli cbnoxÎA , scd non
Sordida , ÿAria meo sed tamen are domus»
Quelqu’un s’etonnoit un jour qu’Ü
eût fait bâtir une maison aussi simple,
lui qui, dans son poè'me, avoir si bien
décrit tant de magnifiques palais : « 3
5! est plus aisé , lui dif-ii , d’assembler des
paroles que des pierres. » Il avoir la
manie des bâtimens : sans cesse il faisoic
changer à sa maison tantôt une chose,
tantôt une autre ,et s’en trouvoit touj ours
mal. « Je traite ma maison , disoit-il
,
« comme mes vers; j’y corrige toujours
«quelque chose , et je les gâte, »»
B 13 L ’^A S. I O S T E. 2f
Sasocîété étoit douce , airnabie et gaie ,
quoique porté à ia méiancolie par son
tempérament : sa conversation écoit vive,
enjouée, fertile en saiiiies, et animée
de cutte douce raillerie dont on ne peu
s’offenser, il étoit charmant sur-tout avec
les femmes. Les femmes et la. poésie
s’étôient partagé l’empire de son ame ,
et en avoient, pour ainsi dire, afasorbâ
toute la sensibilité : sur tous les autres eh-
Jets il n’avoit plus que de l’indifférence.
Voilà ce qui lui rendit si pénibles le's.
soins qu’erigeok de lui sa fortune voilà
pourquoi il préfera toujours le calme de
ia retraite à l’éclat des grandeurs où it
auroit pu parvenir.
C’est encore à ces deux: causes qu’il faut
attribuer sa distraction singulière. On en
cite un trait, que notre Lafontaine a re-
nouvelle depuis , et ce n’est pas le sent
.rapport qu’en pourroit trouver entre cea.
c a
Vie
deux grands Poëtes. Un jour d’été, cpi’W
étoità Carpi, il en sortit de bon matin en
pantouffleset en robe de chambre, dans
^intention de se promener,, et de faire
un peu d’exercice. Insensiblement sa rê-
verie le conduisit] usqu’à moitié chemin
de Ferrare-, et il ne s’apperçut qu’alors
de sa distraction t il n’en continua pas
moins sa route , et il arriva te jour même
à la Ville dans l’état où il se trouvoit.
Occupé d’amour ou de vers, peu
d’autres objets étoient- capables d’at-
tirer son attention : tout entier à ces
deux passions , eHe-s n’agissoient- pas
cependant sur lui de la même manière.
Idamour, par exemple, ne se- montrok
en fui qu’accompagné de la jalousie ; il
ne pouvoir supporter l’idée d’un rival.
Gomme Poè'te ,, au contraire , il étoit
d’une modestie rare il admiroit dans
autres tout ce qui avoit du mériçe-j
. )
ià
SE L’AEI-OfTS; s-p.
îî n’étok sévère que sur ses propres
écrits ; aussi eut- il des amis en grand
nombre , même parmi.lesgens de lettres
de son tems.
.
Au. reste , à cette jaîeusie- près , qga
les Dames ne regardent pas toujours
comme un vice , il eut toutes les autres
qualités qu’eiies.desirenten amour, snt-
toutla constance et la discréuoii. C’ess
cette dernière vertu qui nous a laissé
.ignorer le nom de la Dame , dont il. eut
deux enfàns naturels.. L’un , nommé
Virginio , fut élevé par son pere qui
cultivason espritavec beaucoup de soin ^
Il fut Chanoine de Ferrare. L’autre*
appellé Jean-Baptiste, prit-j três-jeutia
encore,- le parti des armes, et s’y dis-
tingua par sa valeur. Il ne revit. son per©
que peu de tems avant de le perdre,^
etmourut lui-même à Ferrare j.Capi tain©;
déjà, milice d,u Due,
£ ar
A ses taîens poétiques et à Fescen'etsî'é
étude qu’il avoiî faite des Anciens,
Arioste j oigiioit une grande con n oissance
de- l’histoire , et sur-tout de la géogra-
phie , science presque ignorée de son
îerns. On en voit des preuves dans son
poè’me : il ne fait pas voyager un de
ses héros d’un bouc de la terre à l'autre
,
qu’il ne décrive avet soin , et de la
manière la plus exacte ^ tous les lieux par
où il le fait passer. Il portoit aussi le
talent de la lecture à un très-haut point,
et ce fut une des choses qui le ren-
dirent le plus cher à son Souverain. Aidé
d’uîi esprit observateur et d’un juge-
ment exquis, H connoissoit parfaitement
îes hommes , et c’est sans doute ce qui
itti inspira l’envie de se passer d’eux
autant qu’il le put.
Veut-on ccnnortre aussi sesfoiblesses?
Malgré k ear,actêie de bravoure dont S
T) t t ’ A B. I O 3 7 S. 'fi
flonna pius d’une fois des preuves , il
étoit d’une extrême timidité en voiture,
à cheval, et particulièrement sur i’ eau-.
Quant à sa iigure , d’après le supeibe
portrait que le Titien nous en â laissé,
et que ses contemporains trouvent d’une
parfaite ressemblance , il étoit d’une
taille plus qu’ordinaire, et bien propor-
tionnée , mais un peu voûté; brun de
visage, mais très-blanc dans tout le reste
du corps; d’un aspect grave, sérieux, ’
et cependant plein de douceur et de
franchise; des dents superbes, des lèvres
vermeilles, un nez grand et aquilin
,
des yeux brillans d’esprit et de fèu
donnoient à sa figure autant de noblesse-
que d’amalîilité.
Le 30 Décembre 1532 , (^51 at'oic
alors 59 ans) il fut attaqué d’use ms^-
!ad:e que du premier moment on jugea
dangereuse ; et les Auteurs de ce üèds
T
CHANT VINGT-QUATRIEME.
I.
Quiconque a mis le pied sut les gluani
de Tamour doit chercher bien vite à l’en
retirer , et n’y pas laisser empêtrer ses ailes ;
car enfin l’amour n’est qu’une folie ; c’est
ainsi qu’en ont jugé tous les sages. Et quoi-
que tout le monde n’estravague pas comme
Koland , on manifeste toujours sa démence
par queiqn’autre signe. Eh ! quel signe plus
clair d’égarement que de se perdre pour es
obtenir un autre.
I î.
Les effets de cette manie sont diffétens^
mais le délire qui égare les mortels est le
même ; c’est comme une immense forêt où
l’on ne peut entrer sans être sûr de se four-
.
voyer ; l’un prend pat en haut , l’autre par
en bas , l’un à droite , l’autre à gauche. Es ,
un mot pour conclure , sachez que celui qai
laisse inyétérer son amour, outre les mauï i
qu’il éprouve déjà , mérite encore qu’on ie
j
île et qu’on le renferme.
CANTO VENTESIMOQUARTO.
L
(> H I mette il pie su î’ amotosa pania »
Cerchi ritrarlo , e non v’ inveschi T ale ,
Chè non è in somma Amor se non insania
A giudicio de’ savi universale :
E sebben , corne Orlando, ognun non smania^
Suo furor mostra a qualch’ altro segnaie.
E quai è di pazzia segno più espresso ,
Che> per altri voler, perder se stesso i
1 I.
Var) gli efFetti son , ma la pazzia
È tütt* una perô , che H fa uscire :
GH è corne una gran selva , ove la via
Conviene a forza a chi vi va fallire-
Chi su , chi giu , chi quà , chi là travia.
?et conciudere in somma , io vi vo’ dire 5
A chi in Amor s’invecchia, oîtte ognipess
Si convengono i çeppi , e la catena.
0 i’As.IOSTSj
I I L
Ben mi si potria dir : frate, tu va!
1 altiui mostrando, e non vedi il tuo falîess
îo vi rispondo, che comprendo assai
Or che di mente holucido intervallo;
Ed io gran cura ( e spero farlo ornai)
I>i riposarmi , e d’ uscir füor di ba’îo ;
Ma tosto far , corne vorieî , nol posso j
Chè '1 male è penetrato infîn ail’ osso.
I V.
Signor, neîl’ altro Canto io vrdiesa»
Che ’l fotsennato e fârioso Orlando
Trattesi 1 arme , e sparse a! campo avea *
Sq-'arciati i panni , e via gittato il brandOj
Svelte le plante , e rîsonar facea
I cavî sassi , e 1’ alte selve , quand»
Alçun pastori a! suon trasse in quel lato
Loï Stella J o qualche lor grave peccatOa
Chant XXIV. f
I I I.
On poarroit bien me dire : fiere, toi qui
vas prêchant les autres , m ne vois pas pat
où tu pèches. Je vous répondrai que je le
sens très - bien , maintenant que je jouis
d’un inters'alie lucide. J’ai bien !e projet j
et j’espère en venir à bout , de me reposer
et de sortir des rangs. Mais je ne puis le
faire âussi-tôt que je le voudrois; ie mai*
pénétré jusqu’aux os.
I V.
Je vous disois donc , Seigceutj dans le chanï
précédent que Roland furieux , forcené g
s’étoitdépouiliéde ses armes , les avoir se-
mees dans les champs , et avoir jetté au loin
son épée; qa’üdéchiroitses-habits, déraci»
aoit les arbres et faisoit retentir de ses hurle-
niens les cavernes et ies forêts profondes j
lorsque quelques bergers attirés en ce lie»
pour leurs péchés ou par leur malheureuse
étoîle . accoururent au bruit qu’il faisoit.
A 3
1
$ L’Ariostes
V.
Ayant va de phs près tes exploits iBcroya»
bles , ta force surprenante de ce furieux , ils
se mettent à fuir , mais sans savoir où ; efièt
ordinaire d’une terreur soudaine. L’insensé
se met à leurs trousses ; il en saisit un et
lut enleve la tête aussi facilement qu’oa
arrache une pomme d’un arbre , ou la fleur
d’un prunier.
V I.
îl prend ce pesant cadavre par une jambe
et s’en sert comme d’anc massue pour
assommer le reste. Il en jette deux à terre
si étourdis qu’ils ne s’en relèveront peut-
être qu’au jour du jugement. Les autres qui
eurent bon pied et bon œil vidèrent promp-
tement le pays. Roland n’eût pas été lent à
les suivre , mais il s’étoit déjà tourné da
«ôté de leurs troupeaux.
Chakt XXIV. ?
V.
Viste del pazzo !* inciedîbîl pto«
Poi più da piesso , e la possanza estremas-
Si voltan pex fiiggit , ma non sanno ove »
Si corne avviene in subitana tema.
Il pazzo dietio lor latto si move»
üno ne piglia , e del capo lo scema
Coa la facilita , che torria aîcuno
Dali' arbcï pome , o vago fior dal pruao.'
VL
Pei ttna gamba il grave tronco prese^
E queilo usé pet mazza addosso al lesto..
In teriâ un pajo addormentato stese ,
Che al novissimo di forse êa desto.
GH alrri sgombraro subito il paese>
Ch’ ebbono iî piède , e il buono avviso ptestG,
Non saria stato il pazzo a seguir lento ,
Se non ch’ era già volto ai loïo armenic.
* L’ A X I O s T Sg' '
Vil.
Gîî agncoîtori , sccorti agli aItra''es«œpH j
ï/asclâîi nei campi aratïi , e Hiarre, efalcij
_ Chî monta su le case , e chi su i rempli
,
- ( Po! che non son sicuri olmi, nè saici )
Onde 1 , orrenda furia si contempii ,
CB’ a piigni ; ad uiti , a rnorsi , a gtaffi ja caïd,
Cavalli , e fauoi rompe , fracassa , e stingge »
£ bsa è corridor chi da lui fugge.
V I I L
Glà potreste sentit corne riœbombe
X’ alto lumor neile propinque viije
S>’ urli , e di corni , e xusticane trombe ,
E più spesso , che d’ aitro , il suon di squilie j
'
E con spuntoni , ed atchi , e spiedi, c frombe ;
Veder dai monti sdiucciolarne m>lle, '
i
Ed altrettant! andar da basso ad airo, [
Per faie al pazzo un villanesco assaltc, i
Ckant XXiy. f
V I I.
Les laboureurs , que cet exemple avoiï
rendu sages, laissent dans les champs leurs
faulx , leurs proches , leurs charrues , et ne
trouvant pins de sûreté sur les arbres , Ils
montent sur les maisons , sur les églises ,
et de-îà contemplent l’horrible ravage que
fait Roland parmi les bœufs et les chevaux,
à coups de poing , à coups de pied , avec
ses dents , avec ses ongles; il faudroiî ètr*
bon coureur pour lui échapper.
V I I L
On entend déjà retentir dans les hameaux
d’alentour le brait affreux des hurlemens ,
des cornets rustiques , et pardessus tout
celui des cloches. Vous auriez vu mille
paysans descendre des montagnes, autant
venir de la plaine, armés de fourches , de
piques, d’arcs et de frondes , et déteiminég
à donner un rude assaut à ce furieux.
ZO L’As-iostSj
I X.
Telle qu’aux bords de la mer, la vagjj
poussée par le vent du midi arrive d’abord
en se jouant ; celle qui lui succède a plus dî
force; une troisième la surpasse encore,
chaque fois la violence de l’onde est aug-
mentée , et elle frappe le rivage avec pîai
d’impétuosité. Telle s’accroît la troupe fu-
rieuse qui du creux des vallées s’avance
contre Roland,
X.
Il en tua d'abord une vingtaine j des pre-
miers qui lui tombèrent sous la main ; ce
qui démontra fort clairement aux autres
qu’il étoir beaucoup plus prudent de s’en
tenir eroigne, Envaîn on le frappe, envain
on lui lance des traits , son corps est tel que
rien ne sauroit l’entamer. C’est un don que
le ciel fit au Comte , lorsqu’il le choisit
Pour le défenseur de la foi.
4
Chant XXIV. ir
I X.
Quaî venir suol nel salso Hto 1’ onda
Mossadall’ Austro, che a piincipio scherza,
Che maggiot délia prima è la seconda ,
E con più forza poî segue la terza ,
Ed ogni volta piaf umore abbonda,
E nell’ arena pin srende la sferza,
Tal contra Orlando T empia tarba cresce,
Che giù da balze scende , e di valli esce.
X.
Fece morir diece peisone , e diece ,
Che senza ordine alcun gli andaro in mano |
E questo chiaro esperimento fece.
Ch’ era assai più sirur starne îontano.
Txar sangne da que! corpo a nessun lece»
Che lo fere , e percote il ferro invano. ^
Al Conte il Re del Ciel ta! grazla diede
Per poilo a guaidia di sua santa Fede.
ld L’AiLIOSTÏ,
X V I I.
- Dans ce moment même , Isabelle étoit
en train de raconter comment elle avor
été saurée sar l’esquif, avant que la sa
eût-brisé son vaisseau ; la violence qu’Cdod:
avoir voulu exercer contre elle , et commea
ensuite elle avoir été entraînéedans la grotte
Elleai’étoii .pas .encore à la fin. de son dis-
cours , Lorsqu’ils. apperçurent le scélérat qa
î on retenoit prisonnier.
X V I IJ.
; Les deux hommes qui gardoient Odoa
au milieu -d’eux connoissoient parfaitemeü*
Isabelle.-Iis conjecturèrent que le Chcvalia,
qui marchoit à-côté d’elle , étoit son aura*
et leur maître ; sur- tout en voyant, repK-
sentee -sur son écu l’enseigne janrique dess
haute naissance ; et , après l’avoir envisa^f
p.îus atreiitîvement , iis s’apperçurenl qu’ts
avoient deviné juste.
Chakt XXI
XVII.
Cerne era appunto quella cosa stata
Venfa Isabeila raccontando aiiotta ;
Corne nel palisclieiino fu salvata
Prima che avesse il mai la nave rctta=
La forza, che le area Odorico usata,
E coiae traita poî fosse alla grotta.
Ne giunt’ era anco al iin di quel sermone*
Che tiarre il malfattor vider prigione.
XVIII.
î duo , che ’n mezzo avean pteso Odorico,
D’ Isabel'a notizta ebbono vera;
E s’ avvisaro esser di lei 1’ amico ,
E 1 Signor lor celui, che appresso le era ÿ
Ma pin , che nello scudo il segno antico-
Vider dipinto di sua stirpe altéra ;
E trovat poi che guardar meglio al vrso,
Che s’ era al veio apposto il lcro awiae.
3,0 L‘ A S. I 0 S T E ,
X I X,
Sâkaro a piedi, e cou aperte braccia
Correndo se n’ andar verso Zsibino;
ET abbracciaro oveiîmaggioi s'abbraccia
Col capo nudo , e col ginocchio chino.
Zerbic gaardando l' uno, e l’ akro in facda
Vide esset 1’ un Corebo il Biscaglino,
Alœonio 1’ aîtro, ch’ egii avea mandat!
Con Odorico in sul navilio atmati.
X X.
Aimonîo disse : poi che pîace a Dio '
( La sua mercè )- che -sia Isabella teco,
loposso ben comprendet, Signor mio,
Che nalla cosa nuova ora t’ arreco »
S’ io vo’ dit la cagion , che questo rio
Ea , che cosi legato vedi meco ;
Che da costei , che pin senti l’ offesa,
Appnato avrai tutta 1’ istoria intesa.
Chant XXIV. 2.ï
X I X.
Ils santerent de cîieval , coururent îef
bras ouverts à sa rencontre , et l’embrasse*
ïent comme on embrasse son supérieur ,
la tète découverte et en fléchissant le genou,
I/C Prince en les examinant tous deux re-»
connut l’un pour Gorebe de Biscaye et l’au-
tre pour Almon. C’étoit eux qu’ri avoîe
envoyé armés sut le vaisseau, pour secon-
der Odcric. X X.
Puisque Dieu , lui dit Almon , permet
par sa bonté que vous voua trouviez avec
Isabelle, je vois , Seigneur , que je ne voua
apprendre is rien de nouveau, en vous di-
sant pour quel crime nous tenons ainsi en-
chaîné ce méchant. Cette Princesse, la plus
intéressée dans son outrage, vous eh aura
sans doute raconté toute Thistoire.
L’Ab.ioste,
XXI.
Vous devez savoii comment }s &i
trompé par ce traître, qui trouva mcjst
de œ éloigner de lui ; comment ii biesîî
Cotebe qui vouloir défendre la Pnscssft;
mais je dois vous apprendre ce qni.s’s5t
passé à mon retour, circonstances qif&j.
beîle n’a pu voir ni entendre , ni par con^
çuent vous rapporter.
X X I L
Je revenois en diligence vers la met avec
des chevaux que je m’éiois procams i à
ville; je regardois attentivement si je a
decouvrirois pas Odotic et la Princesse, rpe
Avois laissés fort en arriéré ; j’awToche,
Tarrive /usqa’au rivage, à l’endroit même
où je les avois laissés 5 je regarde, et n’ea
apperçois d’autre indication , que qudqaes
pas aouveUement imprimés sut lesabii
C H A ?r T XXIV.
X X 1 .
2
Ccîïce daî traditoie îo fui schermîto,
QEsado da se îevommi , saper dei j
E ccme poi Corebo fu ferito
,
Cbe a difender s’ avea tolto costei.
Ma quanto al mio ritorno sia segaito,
Kè vecîuto J ne inteso fu da lei ,
Che te i’ abbia pctuto riferite-}
I>i questa parte dunque io ti vo’ dite.
XXII.
Eada Cittade a! mar ratto io veniva
C'en cavalli , che in fretta avea troratî ,
Setnpre con gii occhi intentî , s’ io scoprÎTa
Costor, che moîto addieîro eran restati.
î > vtngo innanzi , io vengo in su la riva
l' e: mare . al iuogo o ve ii avea îasciati ;
T.> puardo, ne di loto altto rîtrovo,
Ce.e ne'î’ arena alcun vestigio nuovo.
1
L’ Â s. I O s T E ,
XXIII.
La pesta segukai , che mi condussc
Nel Dosco fier ; ne molto addentro faî
,
Che , dove il suon T orecchîe mi percussCi
Giacere in tetra ritrovai costui.
Gîi demandai che délia Donna fusse,
Che d’ Odorico , e chî avea offeso lui.
ïc me n’ andai , poi che la cosa seppi
,
Il traditor cercando per quel greppi,
X X I y.
Moho aggîrando vommi ; e per quel giom
Alcro vestigio ritrovar non posso,
Dove giacea Corebo alfin ritorno,
Che fatto appresso avea il terren si rossOj
Che poco pîiî che vi facea scggîorno
,
Gli saria stato di bisogno il fosso,
E i Preti , e i Fratî più per sotterrarîo,
Che i Medkîg e ehe ’J lecro per sanario
Chant XXIV. zf
XXIII.
J*en suis la trace, elle me conduit dans
trnc forêt sauvage, A peine y étois-je entré
que courant au bruit qui frappe mon oreille ,
j’apperçois Corebe étendu sur la terre. Je
m’informe de la Princesse, d’Odoric: je
veux savoir qui l’a blessé ; instruit de tout
,
je cours chercher le traître dans l’épaisseisi
de la forêt.
X X ï V.
J'en parcourus envain tous les détours ^
de toute cette journée je ne pus rien décou.
vrir. Je retourne enfin au lieu ou, gissoiî
Corebe; la terre étoit rougie de son sang
en si grande abondance . que s’il y fut resté
plus long-tems, il auroît eu plutôt besoin
d un moine pour l’exhorter, et d’une fosse
pour l’enterrer , que d’un lit pour l’étendre,,
et d’un médecin poux le guérir.
Tome Fl c
x 6 L’Arioste,.
XXV.
Je le fis transporter à la ville , chez a
hôtellier de mes amis ; par les soins et i’>
dresse d’an habile chirurgien , il s’y rétablit
en peu de tems. Bientôt Corebe et moi,
munis d’armes et de chevaux, nous nota
mimes à la recherche d’Odoric , et nous iî
trouvâmes à la Cour d’Alphonse , Roi à
Biscaye. C’est-là que je lui livrai combat.
XXVI.
La justice du Roi , qui m’accorda 'e
champ-clos ; le bon droit , et plus encort
la fortune , qui souvent fait panchet com®
elle veut la victoire, me furent si favora*
b'es que je vainquis le traître , et le fis mot
prisonnier. Le Roi , instruit de son attentat
horrible, me permit d’en disposer a nu
voionté.
Chant XXIV. 23
XXV.
I>al bosco alla Citta feci portallo ,
E posi in casa d’ un cstîei mio amico »
Che fatto sano in poco termine hailo
,
Per cura , ed arte d’ un Chirurgo antico.
Poi d’ arme provreduti , e di cavalio
Corebo ed io cercammo d’ Odorico
,
Che in Corte del Re Alfonso di Eiscagüa
Trovammo , e quivi fui seco a battaglia.
XXVI.
X.a gîustizia del Re ^ che il loco franco
Délia pugna mi diede, e la ragione,
Ed oltre alla ragion la Fortuna anco ,
Che spesso la vittoria ove vuol pone j
Mi giovar si, chedi me pote manco
U traditore ; onde fu mie prigione.
llRe, udito il gran fallo , mi concesse
Di poter farne quanto mi piacesse.
C a
^4 L’As.iostEj
X X X I I L
Ainsi parle Odoric -, il fait voir ensé
en détail , ^ car ii seroit trop long de voi
rapporter toat son aiscours , que loin c
s’être rendu à des tentations légères , ilir
cédé qu’à des transports violens Si jamà
la priere a su fléchir une ame , si le ton i
plus soumis en a banni la colere, c’est alo!
que cet effet dût être produit : tout c
qui peut attendrir un coeur irrité, Odoa
en ce moment remploie.
XXXIV.
Le Prince est abymé dans le doute ; doit
il oublier son outrage ou le venger avt
éclat L’image du forfait l’excite à prit:
un scélérat de la vie. Le souvenir de l’étroi* ^
amitié qui si long-tems les unit l’un à l’a:-
tre, répand dans son ame une pitié douttï
qui en calme les transports et le soliici#<
à la compassion. <
Chant XXIV. îf
XXXIII.
* Côû disse Odorico , e poi sogginnse,
^ (Che saxia lango a ricontarvi il tatto )
* Mostrando che gran stimolo lo punse,
® Emou per lieve sferza s’ era indutto.
Se mai per preghi ira di cor si emanse,
Se umütà di patlar fece mai ftutto,
C Quivi far la dovea j chè cio
,
che maoya
Di cor durezza, or Odorico troya.
XXXIV.
j}
^ Pigliar di tanta ingiuria aita vendetta
,'Tra il si Zerbino, e il no resta confuso.
jgll vedere il demerito lo alletta
(îA. far che sia ’l fellon di vita escluso.
#11 ricordarsi 1’ amicizia stretta ,
B Ch- era stata tra lor per si lungo nso,
jConl'acqua di pietà. l’ accesa rabbia
‘Kel cor gli spegae, e vaol che mercè n’ abbk.
I
^6 L’ A R I O s T *s
XXXV.
Mentre stava cosï Zerfajno in forse
Di liberarCj O di menar cattivo ,
Oppure il difleal dagli oechi toise
Per moite, oppui tenerlo in pena ïivo,
Quivi tinghiando il palafreno corse,
Che Mandricardo avea di biiglia privoi
£ ri porto la vecchia , che vicmo
A morte dianai avea tialto Zerbino.
XXXVI.
Il palafren, che udito di lontano
Avea questi altri , era tra loi venuroj
E la vecchia portatavi , che in vano
Venta piangendo , e domandaado aju5
Corne Zerbin lei vide , alzd la mano
Al Ciel , cht si benigno gli era snto,
Che detogli in arbitrio avea quei deii
Che soli odiati esses dovean da lai.
Chant XXIY. %7
XXXV.
Tandis que Zerbin en proie à son incer«
titude , ne sait s’il doit relâcher ou emme*
net son captif ; s’il doit s’en délivrer par la
mort, ou le réserver à un plus long sup.
piice , voilà que ce même cheval, à' qui
Mandricatd avoit ôté la bride , accourt en
hennissant , et portant sur son dos la vieille ,
celle qui peu de tems auparavant , avoit
pensé causer la mort de Zerbin.
XXXV I.
Ce cheval , qui de loin avoit entendu les
antres , étoit venu parmi eux , et y amenoit
Gabnne, qui se lamentoit et demandoit en-
vain du secours. Dès que le Prince l’ap.
perçut, il leva les mains vers le ciel, qui
lui étOit assez favorable, pour remettre
en sa puissance les deux seuls objets qu’il
eût raison de haïr.
Tqtm VI, D
'T
58 L’ A E. I O s T E ,
X X X V I L
Zerbin fait arrêter la méchante vieilie,
jusqu’à ce qu’il ait décidé de ce qu’il a
doit faire. Il veut d’abord lui couper le nu
€t les deux oreilles , afin qu’elle seiu
d’exemple aux malfaiteurs ; ensuite il p»
fere de livrer son cadavre en proie aa
vautours ; il balance ainsi entre divers cl»
timens ; enfin voici sa résolution dernieie.
X X X V I I L
Il se tourne vers ses compagnons ; jt
veux, leur dit -il laisser la vie à ce traits
S’il ne mérite pas un pardon absolu , il s
mérite pas non plus le dernier supplice. Jf
lui accorde la vie avec la liberté. L’amouii
je le sens , a causé son crime, et l’onescus
facilement ceux qu’on peut attribuer!
rameur.
Chant X X I Y. 5.^
XXXVII.
Zerbin fa litener la mak vecehia
Tanto che pensi que! che debba farne.
Tagliarle il naso , e 1’ una e l’ altra orecchia
Pensa, ed eserapio a’ malfattori darne.
Poi gli pare assai meglio se appareechk
Un pasto agir avoltoi dr qnella carne.
Punizion diversa tra se volve
,
E cosi finalmente si rrsolve.
XXXVIII.
Si rivolta ai compagni , e dice : îo sona
Pi ksciar vivo il difleal contento ;
Che, se in tutto non mérita perdono ,
b«on mérita anco si crude! tormento.
Che viva, e cheflegato sia gli dono,
Perb ch’ esser d’ Amor la colpa sento ,
E facümente ogni scnsa s’ ammette
,
Qaando in Amor la colpa si refiette.
D â
40 L’ A s. I 0 s T s,
XX X IX. '
Amoie ha volto sottosopra spesso
SenjîO piu saldo che non ha costui;
Ed ha condotto a via maggiore eccesso
Di questo , che oîtraggiato ha tutti niti.
Ad Odoricp deve esser rimesso ;
Punito esser debboio, che cieco fui,
Cieco a dargîiene impresa , e non por mets
Che ’I foco arde la paglia facümente.
X L.
Poî miiasdo Odorico : io vo’ che sia
( Gli disse) del tuo error la penitenza,
Che la vecchia abbi un anno in compagns
Ne di lasciarla mai tî sia Ikenza;
Ma notte, e giorno , ove tu vada, o sts
Un- era mai non te ne ttovi senza
,
E fino a morte sia da te difesa
Contia ciascun, che voglia farte ofesa.
C H A If T X X I Y. 4^
XXXIX.
Ce Dien a souvent lentseisé de meilleures
tètes que la sienne ; il a fait commettre des
forfaits plus' grands que celui dont nous
avons tous à nous plaindre; j’oublie donc-
la faute d’Odoric. C’est moi qui dois être
puni , puisque je fus aveugle , et je le fus
sans doute , quand je le chargeai d’une entre-
prise dangereuse, sans penser que !a paille
s'embrase aisément en s’approchant du fêtt.-
X L.
Puis regardant Odotic , je veux, lui dit-
rl , pour le châtiment de ton crime , que
pendant un an tu accompagnes la vieille ,
sans qu’il te soit jamais permis de l’aban-
donner. La nuit, le jour, quelque part que
m ailles , ou que tu t’arrêtes , qu’on ne te
trouve jamais sans ell* un instant , et dé-
fends-la jusqu’à la mort contre quiconque
voudioit lui faire outrage.
T
42 L’ A Î 5 . I O S T E i-
X L I.
Je veux J si elle te le commande, qut:
livres combat à tout venant ; je veux ans
que , pendant le même tems , tu paxcouii
toute la France , de province en provins
Ainsi parloit Zerbin , persuadé que le cria
d’Odoric méritant la mort , il l’exposs
ainsi devant un précipice , oîi le hasard;
plus heureux pouvoir seul l’empêcher i
tomber.
X L I L
Gafarine avoit tant offensé , tant tir
de personnes de l’un et de l’autre sert
qu’il étoit impossible de l’accompagnt
sans prendre querelle avec tous les Chef
liers errans. C’étoit donc une maniéré-
les punir tous deux ; elle de ses ft®
passées , et lui du tort de prendre sa *
fense; il ne pouvoir ainsi aller loin s*
rencontrer la mort.
I
Chant XXIV. 45
X L I.
Vo’, se da lei ti sarà comandato,
Che pigli contra ognun contesa, e guerra.
Vo’ in questo tempo , che tu sia obbligato.
Tutta Francia cercar di Terra ia Terra.
Cosj diceaZerbin, che pei peccato
Meritando Odorico andar sotterra,
Quesro era porgli innanzi un’ alta fossa ^
Che fia graa sorte , che schirar la possa.
X L 1 I.
Tante donne, tanti nomini tradîtî
Avea la vecchia, e tanti ofFesi, e tantia,
Che chi sara con lei , non senza liti
Potrà passar, de’ Cavalieri erranti.
Cosi di par saianno ambî puniti 5
Ella de’ suoî commessi errori innanti,
Egli di tome la difesa a torto,
N'e molto potrà andar , che non siamorte.
5° L' A R I 0 s T E,
X L I X.
U apperçoit de loin quelque chose
fcrillant, et voit que c’est la cuirasse:
Comte. A quelques pas , il trouve son a
que , non pas cependant ce casque fane
qui armoit autrefois la tête de l’Aftk
Almont. Plus enfoncé dans la forêt , il t
tend le hennissement d’un cheval 5 il le
la tête à ce bruit , et reconnoît Bridedorç
paissoit l'herbe , et qui portoit encores
ïènes pendantes aux arçons.
L.
îl cherche Durandal dans la forêt «
trouve hors de son fourreau. Il trouve aiiss
mais en lambeaux , sa soubre veste qw
malheureux Comte avoit dispersée decôï
et d autres. Isabelle et Zerbin regardent»,
cela d un air trtste , et ne savent que penH
XI leur viendroit toute autre idée, avs-'
d imagîner que Roland ait perdu la raison
•Chant XXIV. fî
X L I X.
Vede lontan non so che luminoso,
E trova Ja corazza esser del Conte ;
E trova T elmo poi , non quel famoso,
Chearmogiàil capo ail’ Afiicano Almonte»
II destrier nella selva più nascoso
Sente annitrire , e leva al suon la fronte |
E vede Brigiiador pascer per 1’ erba,
Che dair arcion pendente il freno serba.
L.
E>ur;ndana eércb pet la foresta,
E fuot la vide o’el fodero statse,
Trovo , ma in pezzi , ancor la sopravvçsta,
Che in centolochi il miser Conte sparse,
Isabeiia , e Zerbin con faccia mesta
Stanno mirando , e non saii chepensarseî
Pensar potrian tutte le cose , eccetto
Che fosse Orlando fuot dell’ intelletta.
E Z
w.
52. L’ A B. I O s T E J
L î.
Se dî sangne vedessino una goccla
,
Creder potiian ehe fosse stato mono. ^
întanto , luago la corrente doccia \
Vider venire an pastorello smorto. ^
Costui pur dianzi avea di su la rocciâ ^
L’ alto furor dell’ infelice scorto ;
Corne r arme gittb , sqaarciossi i panai,'
Pastori accise , e fe mill’ altri danni. ^
LU.
Costui richiesto da Zerbin , glî diede
Vera informaaion di tutto questo. ^
Zerbin si maravîglia , e appena il credc,
E tuttavia n ha indizio manifèsto.
Sia corne vuole, egîi discende a piede
Pien da pietade, îacrimoso, e mestoj
E raccogliendo da diverse parte ^
Ee reliqaie ne va, ch’ erano sparte. ^
Chant X X I Y. 55
L 1.
s’ils Toyoient sealement une goutte de
ang , ils pouiroient croire qu’il a été tus»
Cependant le long d’un ruisseau ils appet-
çoivent venir à eux un berger presque mort
de frayeur. Cet homme venoit de voir du
haut de la roche l’elFroyable délire du mal-
heureux Comte; il l’avoit vu jetter ses.
armes, déchirer ses habits, massacrer les
pasteurs, et se portera miiie autres barbaries».
L I I.
Le pâtre interrogé par Zerbin , l’informe
e.xactement de tout ce qui s’est passé. Le
Prince , surpris au dernier point , a peine è
le croire quoiqu’il en ait la preuve mani-
feste- Cependant il met pied à terre et le
cœur plein de compassion , le visage cou-
vert de larmes et de tristesse , il va rassem-
blant ces débris épars de tous côtés.
E 5
LArioste
L I I I.
Isabelle aescend aassî de cheval etFaid
à réunir ces armes ; lorsqu’une dame dot
îe visage annonce la douleur, et qui pous
de frcquens soupirs, arrive tout-à-coi
près d eux. Si quelqu’un me demande (jt
est cetre dame , pourquoi elle s’afflige ainsi
quel est le chagrin qui la presse; je £
répondrai que c’est Fleur-de-Iys, qui cou
sur les traces de son amant.
L I Y.
Brandîmart j-sans l’en prévenir ancnff
ment, 1 avoit .'aîsséedans !a citédeChatlB
Elle 1 avort attendu sis ou huit mois, inr
enfin ne ie voyant pas revenir , eile s’éîo
mise a ie chercher par -tout d’une mo-
l’autre, et jusqu’au pied des Alpes et «
Pirenées. Elle î’avoit cherché par - tos
excepte dans le palais de l’enchanteur Atlai*
Chant XXIV. 5f
LUI.
Del pslafren discende anco Isabella ,
E va quel!’ arme liducendo insieme.
Ecco lot sopravviene una Donzella
Dolente in visia , e di cor spesso gemc.
Se mi demanda alcan chi sta , pereb’ ell®
Cosi s’ afïiigge, e che dolor la preme,
lo gli lispondero , ch’ è Fiordiligi ,
Che dell’ amante suo cerca i vestign
L I V.
Da Brandimaite senza faite motta
Xasciata fu nella Città dr Carlo,
Dov’ ella 1’ aspetto se: mesi , od oltOy
E quando alfin non vide ritomarlo
,
Da un mare alf altro si mise, fin sotter
Eirene , e T Alpe , e per tutto a cercatfo.
E’ando cercando in ogni parte, fuore
Che a! Paiazzo d’ Atlante incaatatore.
L’Auioste,
L V.
Se fosse stata a qaell’ ostel d’ Atlante,
Veduto con Gradasso andare errando
X.’ avrebbe , con Ruggier, con Bradamante,
E con Ferran prima , e con Orlando ;
Ma poi che caccio Astolfo il Negromans
Col suon del corno , ortibile e-mirando,
Brandimarte torno verso Parigi :
Ma non sapea già qnesto Fioidiligî.
L V L
Corn’ io vi dico , sopraggiunta a caso
A quei duo amanti Fiordiligi bella ,
Conobbe i’ arme , e Brîgliador fimaso
Senza il padrone , e col freno alla sella.
Vide con gli occhi il miserabil caso,
E n ebbe pur udita anco novelîa ;
Chè similmente il pastorel narroUe
Æ -er vedntQ Oïlaado coirer folle.
Chant XXIV. 57
L V.
si elle fût entrée dans cette habîtatton
ineiveiUeusc , elle y auroit vu son aman*
errant d’abord avec Fetragus et Roland
,
ensuite avec Gradasse , Roger et Btada-
mante ; mais depuis que le son horrible et
prodigieux du cor d’Astoife en avoit chassé
le magicien, Brandimart étott retourné vers
Paris ; et c’est ce que Fleur-de-lys ignoroit
encore.
L V I.
La belle Fleur-de-Iys étant donc, comme
je vous disois , arrivée par hasard auprès
de CCS deux amans , reconnut et les armes et
Bridedor qui n’avoitplus de maître, et dont
la bride pendoit encore à la selle. Elle vit
les tristes preuves du malheur du Comte ,
et en apprit la fatale nouvelle par le berger,
qni lui raconta aussi ce qu’il avoir vu de
l’egaiemeat de Roknd.
58 L’As-ioste,
L V I î.
I-e Prince d’Écosse après avoir tasseffilî
en ce lîeu toures les armes du Comte, Is
attache a un pni comme un noble trophée
et pour empêcher qu’aucun Chevalier
François ni étranger, ne s’en empare, iléci!
sur la jeune écorce ce peu de moc:
Asmose DU Paladin Roland. Comæ
s il eut dit : que personne n’y touchet
s il n est en état de se mesurer contre «
Héros,
L V I I I,
II avoît achevé cette œuvre méritoire,
et se preparoît a remonter à cheval ; voü
que Mandricart survient, appercoît le pit
tout fier de ces dépouilles , et prie Zerfcs
de lui expliquer ce que c’est. Le Printf
lui deciare la vérité, comme il vient
I apprendre ; le Roi païen très - joveus s
perd pas de rems , s’approche du pia *
en enleve Durandal.
Chant XXIV. 59
L V I I.
Quivî Zetbin tutte laguna P arme
,
E ne fa corne un bel trofeo su un Pino j
E volendo vietar, che non se n’ arme
Cavalier , paesan , ne peregtino ,
Scrive nel verde ceppo in breve carme :
Armatura d’ Oriando Paladiko,
Corne volessc dit : nessun la mova,
Che star non possa con Orlando a piovs.
L V I I I.
r inito ch’ ebbe la lodevoi opra ,
Tornava a rîmontar sul suo destrleroj
Ed ecco Alandricardo ariivar sopta,
Che visto il Fin di quelle spoglie altère,
Eo prega, che la cosa gii discopra;
E quel gli narra , corne ha inteso , il vero.
Allora il RePagan lieto non baia,
Che viene al Fino , e ne leva la spada;
06 A B, I O $ T s, >
-X X V.
Et si le ccsnp eèr porté taue4-fa!:.
tranchoit Zerbin comme UB roseau j ne
n’entame que répidetjne et pénètie-àft
jusqu’au vif. Cetté plaie n’a point de s
fondeur , mais ' elle est si longne qt';
aulne ne saffiroit pas pour la mesuiei.
ruisseau pourpréde sang tombe 'jusqn^
pieds,, et arrose ses armes brillantes.
L X y i.
Ainsi quelquefois snrune trame arget
fai vu courir un -éclatant tissu de rose,e
duit par cetre main d’albâtre, qui portes
vent à mon coeur d’inévitables coups. Ç
sert-îl an malheureux Zerbin d’être es
dans les combats , d’avoir beaucoup de é
et encore plus de vaillance î Le Roi de'
tarie l'emporte trop sur lai par sa Tii^
et par la trempe de ses armes.
chaiît XXI y. 67
L X V.
E, se non che fu scatso il colpo alquanta.
Per mezzo !o fendes , corne uns canna >
Ma pénétra nel vivo appena tanto ,
Che poco più che la pelle gli dsnna.
La non profonda piaga è Innga quant»
Non si misureria eon uni spanna :
Le lucide arîiîe il caldo sangue irriga
Pe: sino al pié di rubiconds liga.
L X V I.
Cos! taîora un bel puipureo nastro
Ho veduto partir tela d’ argento
Da quelia bianca man pin che alabastio^
Da cni partire il rot spesso mi ser.to.
Qwvi poco a Zeibin vale esseï maslro
Di guetta, ed averïorza, e pin ardimentOs
Che di lînezza d* arme , e dî possanza
U Re di Tattaria troppo i’ avaaza.
€% L’ A E. I e s T
L X V I I.
Fh questo colpo del Pagan maggioie
In apparenza che fosse in effetto y ‘
Tal che Isabella se ne sente il cote.
Fendere in mezzo ali’ agghiacciat-o pc
Zerbin pien d’ aidimento e di valoie
^
Tutto s’ infiamina d’ ira, e di dispetto: j
E qaamo. piîi feiire a due man puote, J
In mezzo 1’ elmo il Taxtara percuots.
L X V ï I L
Quasi sul collo del destriex piegoss:
Per 1’ aspra botta il Saracin superbo; ^
E quando 1’ elmo senza incantx» foisîi ,
Paxtito il eapo gli aviia il colpo acerbe. .
Coa poco difiierir ben vendicosse, *
Ne disse : a un’ altra volta io te la sers!.
E la spada gli alzb verso 1’ elmetto
,
Sperando.si tagliarlo infino al petto. ‘
r Chant XXIY.
L X V I I.
f Ce coup du Sarrasin fut plus terrible en
apparence qu*il ne Tétoit en effet. Isabel.e'
.alarmée se croit frappée de !a même at--
teinre, er sent son cœur se- glacer. Zerbin
plein d’audace et de valeur , s'enflamrne de
1 dépit et de colere , et tant que ses «eux
'î' mains ont de force , il frappe en plem sue
il le casque du Tartare.
L X V I I I.
.. . A cette rnde atteinte le Sarrasin-superbe
ploie jusque sur le cou de son cheval; et.
sans renchantement qui protegeoit .son-
armet , un coup si furieux lui autoit partagé
la tête; il ne différa guère sa vengeance j,
il n’étoit pas homme à la garder au Iende->
main. Il dresse son épée vets.Ie heaume do
Prince d’Écosse , comptant le pourfendre
jusqu’à la poitrine.
I
I
7° L’Arioste,
L X I X.
ZerbÎD î’œil aa guet , l’esprit piésc
fait faire promptement à son chevs’,;
Tolte à droite; pas si promptement ck
dant qu’il puisse se dérober à la tranck
épée , qui tombe sur son écu , le feid
baut en bas en deux parts égales , ro:
et délie son brassai , le blesse au b:
déchiré son harnois,. et descend etccsi
long de sa cuisse,
L X X.
Le Prince cherche d’un côté , de Te
tons les moyens d’entamer son adversat i
rien ne lui réussit. L’armate sur laque': j
frappe, ne garde pas la trace la'p'iuslef (
de ses coups. Le Roi de Tartarie au i ]
traire a un tel avantage sur Zerbîn qu’i' ;
blessé en sept ou huit endroits, ^ ^
enlevé son écu , et brisé la moitié àt > ,
casque.
C E A K T X X î V. -fi
L X I X.
Xerbin , che tenea I’ occhioj ove la mente ,
Presto il cavaüo alla man destta volse :
Non si presto pero , che la tagliente
Spada fuggisse, che lo scudo colse.
Da sommo ad imo eiia II trarti uguahnente g
E di sotto il braccial ruppe^ e disciolse;
E lui ferî nel braccio , e poi î’ araese
Spezzogli, e nella coscia apco gii scese.
L X X.
Zetbm di qui , di là cerca ogid via ,
Ne mai di que! che vuol cosa gli avvienes
Chè r aimatura , sopra cui ferla
,
Un p-'cciol segno pur non ne ritiene.
Dali’ altra parte il Re di Tartaria
Sopra Zerbino a tal vantaggio viene ,
Che r ha ferito in sette parti , o in otto,
Tolto lo scudo, e mezza l’elmc rotto.
7-2 L ’ A s. I 0 s T E ,
L X X I.
Quel tuttâvia piu va perdendo il sâœ
Manca la forza, e ancor par -che noise
Il vigoroso cor J cbe nulla langue
,
Val si, che ’l deboi corpo ne sostena
La Donna- sua p.er timor farta esangts
Intanto a Doralice s’ appresenta ,
E la prega e la suppiica per Die,
Che. partir voglia il fiera assalto, ew.
L X X I I.
Cortese, corne bella, Doralice,
Ne ben sicara corne il fatto -segua
,
Fa volentier quel che Isabella dice,
E dispone il suo amante a pace, e a tiS
Cosî a’ preghi delî’ altra 1’ ira uîtiics
Di cor fitgge a Zerbino, e si dilegua;
Ed egli , ove a lei par, piglia la stralJ;
Senza finir i’ impresa délia spada.
Chant XXIV. /ÿ
L X X I.
le malheureux Prince va perdant tous
son sang Les forces !ui manquent , et il ne
parojt pas encore s’en appercevoir. Soa
noble cœur que rien n’affoiblit est si coura-
geux, qu’il soutient seul son corps débile.
Sa dame cependant éperdue de frayeur s’a-
dresse à Doraiice, la prie, la supplie ait
nom de Dieu de vouloir bien interrompre
un combat si terrible et si cruel.
L X X I L
Courtoise autant que belle, et incertaine
encore de l’événement, Doraiice consent
volontiers à ce qu’Isabe'Ie lui demande.
Elle dispose son amant à la paix ou à la
trêve, tandis qu’aux prières de sa maî-
tresse , le désir de vengeance qui animoit
Zerbin fuit de son cœur et se dissipe. Il
suit la route qu’ele lui indique, et aban-
donne l’entreprise de Dutandal,
0
Tomt VJ.
74 L’Ag.iosT3j-
L X X I î 1.
îleut-de-Iys qui voit la bonnet
du malheureux Comte si mal déferi
se désole sans tien dire. Elle en a le s
si sérié', qu’elle se bat le front et pk
de dépit- Elle voudroit bien avoir Bn
mart pour tenter cette aventure- St ja
elle le retrouve et qu’elie la lui rata
elle croit bien que Mandricart ne pot
pas loin l’orgueil de cette conquête.
L X X I V.
CetteBeile s’en va four et nuit , cheffi
envain son fidele Brandimart , et eJe-
éioigne de plus en plus , car il étoit-
retourné à Paris ; elle marche tant
,
monts , par vaux , qu’un jour en an^
au passage d’ane riviere , elle voit et
soit l’infortuné Paladin; mais dis®
qui advint da Prince d’Écosse.
Chant X X I Y. 75
L X X I I 1 .
i Piotdiligi , che mal vede difesa
k La buona spada del misero Conte ,
I Tacita daolsii e tanto le ne pesa,
£ Che d’ ira piacge , e battes! la fronte.
' Vonia avet Brandimarte à questa impresa,
' E se mai lo ritrova, e glielo conte,
' Non crede poi , che Mandiicardo vada
Eunga stagione altier di quella spada.
L X X I V.
^
Fiordiligi cercando pute in vano
Va Brandimarte suo mattina , e sera ;
E fa cammin da lui molto lontano,
lîa lui , che già tornato a Parigi eta.
, tant ella se n ando per monte , e piano,
; Che gîunse ove al passar d’ una riviera
i Vide, e conobbe il miser Paladino ;
Ma diciam quel che av^enne di Zerbino;
Sz L’Ab-ioste,
L X X X L
Non , cher amant , n’en ayez ar-
crainte; je veux vous suivre au ciel,;
les enfers. Il faut que nos deux ams <
chappent ensemble , s’unissent ense <
pour l’éternité. Dès que vous aurez k I
la paupière , ou la douleur qui me le 3
m’ôtera le jour, ou si elle n’a pas ce: <
voir, je vous promets de percer bit ^
mon cœur avec cette épée. «
L X X X I I.
J’ai ce âatteur espoir , que nos s
prives de sentiment seront moins t ^
tunés qu’ils ne le furent pendant !i
^
Peut-être que quelque passant émn de:
^
leur donnera la sépulture , les réunirafe
même tombeau. En parlant ainsi la bu-'
leuse Princesse recueille avec sa boucis ^
celle de son amant jusqu’au derniers*' ^
de vie que le trépas lui enleve, ^
Chant XX IY. îf
L X X X I.
Di cio , cor mio , nessun timor vi tocchi
,
eh' io To’ seguirvi, o in Cîelo, o ne!!’ Inferno.
Convienche T uno , e l’ altro spirto scocchi,
Insieme vada , insieme stia in eterno.
Non si tosto vedro chiuderri gli occhi
,
O che m’ ucciderà il doibre interno ,
O se que! non pno tanto , io vi prometto
€on qi’c-sta spada oggî passarmi il petto,
L X X X I I.
De corpi nostri ho ancor non poca speme,
Ghe me’ morti che vivi abbian ventura.
Qui fcrse alcun capiterà, che insieme,
Mosso a pietà, data ior sepoitura.
Cosi dicendo, le reüqaie estreme
Dello spirto vital, che morte fiira.
Va ricogliendo con le labbra meste,
fin ch’ nna minima aura ve ne reste.
T
S4 L’ A R I O s T E,
L X X X I I I.
Zerbsn la debol voce rinforzando,
Î3îsse : io vi prego , e supplice, miaî
Per quello amor, che mi mostraste qa
Per me lasciaste la paterna riva,
E se comandar posso , io vel comanà
Che fia che piaccia a Dio restiate vk
Ne mai per caso poniate in obblio,
Che quanto amar si pub v’ abbia ainatt
L X X X I V.
Dio vi prcvvederà à’ aiuto foiss,
Pet liberaryi d’ ogni attd villano;
Corne fe quando alla spelonca tors!,
Per îndi trarvi , il Senator Romaao:
Co'ï ( la sua mercè ) già vi soccorss
Nel mare , e contra il Eiscaglin pmh*
E se pure avveirà che poi si degg^*
Mozhe , aliora il minor mal s’
C H ^ î' T XXIV.
L X X X I I I.
Zetbin rani-nant sa vo!X aîFoîblie : je
vous conjure J du-:l , o ica divinité, par
cet amour dont vous m’avez donné ta
preuve en abandonnaat pour moi le séjour
paternel, je vous supplie, et si j’ai droit
d’ordonner , je vous ordonne de vivre tant
que le ciel voudra conserver vos jours.
Vivez pour vous souvenir en toute occasion
queje vousaiaimée autant qu’il est possible
d’aimer.
L X X X I V,
Bien vous accordera sans doute son se-
cours pour vous garantir des ontrages ,
ainsi qu i! a déjà conduit Roland dans la
caverne pour vous en délivrer ; ainsi que
sa bonté vous a sauvée du naufrage , et vous
« ..avie aux désirs criminels du Biscayen j
mais s ilarrivoit que vous n’eussiez d’autre
icssource que la mort , de deux maux alors
vous P ourrer choisir 2e moindre.
Tome VI. H
SS L’ A fi. I 8 s T E,
L X X X V.
A peine ces derniers mots fiiren;.
assez articulés pour être entenda
finir comme la foible lumière d’une bos
ou d’un flambeau qui manque d’aüiK
Qui pourroit donner une juste idét
desespoir de la jeune Princesse , ç
elle vit son cher Zerbm étendu dais
bras , pâle et couvert des glaces è
mortî
L X X X V I.
Elle s’abandonne sur ce corps sangs
et le baigne d’un torrent de larmes,,
cris retentissent au loin dans la camp:;
et dans les forêts. Elle frappe, déchirer
prtié ses îo’’es et sa poitrine, ellearn:
sa chevelure dorée innocente de sont
iseur, en appellant sans cesse, mslse:'
son bien-üimé.
r
C H A K T XXIV. 87
L X X X V.
Kon credo che quest’ ultime parole
Potesse esprinier si , che fosse inteso j
E fini corne il debol lume suole,
Cui cera manchi, od altro, in che sia acceso.
Chi potrà dire appien corne si duole
Foi che si vede , paliido e disteso
,
Ea Giovinetta, e fteddo corne ghiaccio
Il suo caro Zerbin restare in braccioî
L X X X Y î.
Sopra il sanguigno corpo si abbaadon»,.
E di copiose lacïime lo bagna;
E stride SI . che intorno ne rîsuona
A moite miglia il bosco , e la campagna }
Kè aile guance.. ne al petto si perdona
Che l’ uno, e F a'tro non percota ^ e fragna j
E straccia a torto 1’ auree crespe chlome ,
Chiamando sempre in van i’ amato nome*
H a
§S L’ A R I O s T E,
L X X X V I I.
In t^ntû rsbbja , in taî fEsror soaiat
X( avea la dogîia sua, clie facilnîeDîe
Avria la spada in se stessa conversa,
Poco aî suo amante în questo ubbidic
Se un Ereinîta , che alla fresca, e tem
Ponte avea usanza di tornar so vente
X)alla sua quindi non îontana celïaj
Non s’ opponea , vedendo, aî voierd’:
L X X X V I I L
Il venerabil uom, ch’ aîta boutade
Avea congiunta a natural prudenza,
Ed era tutto plen di caritade
,
Di buoni esempi omato, e d’eloquess
AÎJa Giovan aolente persuade
Con ragîoni eiîicacl pazîenza $
Ed innanzi îe pon , corne uno speccBi
Donne de! Testamento , e nuovo, e vetc^
1
Chant XXIV. ^
L X X X V I I.
I Sa douleur l’avoit plongée dans un tel excès
I de désespoir et de délire , qae sans égard
pour les dernieis ordres de son amant ,
elle se seroit sans doute percé le sein de
son épée , si un hermite qui de sa cellule
^ peu distante venoit sous-ent sur les bords
du ‘ruisseau frais et lympide , n’eût en
l’appercevant de loin, mis obstacle a sors
: désir.
L X X X V I I I.
Cet homme vénérable joignoit à un
grand fond de bonté une prudence natu*
relie. L’ame remplie de charité , l’ esprit
orné d’une sainte érudition et d’eloq'uence ,
* il emploie des moyens si efficaces , qu’il
vient à bout d’insinuer la patience dans le
coeur désolé de la Princesse H retrace à
• ses yeux, comme dans un miroir, les
I exemples de toutes les femmes de l’aaciea
tt du nouveau testament.
3
LAriostJj
L X X X IX.
H lui fait voir essuite qu’il n’y a;
de vérita'ole bonheur, si ce n’est en J
que toutes les espérances humaines;
passagères, fragiles et de peu d’is;
tance. II fait tant qu’enfîn il la dét
de ce pro;et violent et obstiné, etls
ptre le destr dé consacrer au servie
Dieu le reste de sa vie.
X e.
Non qu’elîe consente à quitter jaiK
I amour qu etie a pour son époux , a
tristes dépouillés. Quelque partqu’ells;
ou qa el;e se;ourne, eUe veut le jour, ht
les porter avec elle. Ainsi donc aidé
1 he.mite , qui , pour son âge étoit er
fort et robuste , ils placèrent le coip
Zerbin sur son cheval qui en parois
attnsté, et cheminèrent long-teffis à cf
la forêt.
CHANT XXI Y. 9 ^
L X X X I X.
Po! le fece veder , corne non fasse
Alcuiî fl se non in Dio , veto contento »
E ch’ eran 1’ aitre tiansitorie , e fiasse
Speian^e umane, e di poco momentoi
E tanto seppe dk , che la ridasse
Da quel cruüele , ed ostinato intento »
Che la vita seguente ebbe disi'o
Tuîta al servigio dedicar di Dio,
X c.
Non chelasciar de! suo Sienor voglia unqae
Ne ’l grand’ amor , nè le reliquie morte ;
Convien che le abbia ovunque stia , ed ovunqn
Vada , é che seco e notte , e di le porte.
Quindi ajutando 1’ Eremita dunque ,
Ch’ era deüa sua età vaiido , e forte,.
Sul mesto suo destrier Zerbin posare*
E moiti di per quelle serve andaro.
58 L’ A a î 0 s T s,
X C V I I.
Quand ils furent assez près l’un del'E
pour entendre clairement leurs piopoi ^
tiers , le Roi d’Alger commence iepiei ^
à menacer son rival du geste et de kt
et lui crie qu’il le fera repentit fe
d’avoir osé s’attaquer à lui pour ssde
ses insolens désirs , à lui qui savoir: : ^
s’en venger. ^
L
X C V I I I.
Vainement J répond Mandricard,on:'
m’épouvanter par des menaces ; qu’onec C
ainsi les femmes , les enfans ou ceaïip C
savent ce que c’est que les armes,! o
non pas un homme qui préféra ton)* î,
les combats au repos; je suis prêt’ r
donner la preuve à pied, à cheval jSC ^
désarmé j en champ-clos on en ;
pagne.
Chant X X I V. 99
X C V I I.
Quando vicini fur si , che udit chiate
Tra lor poteansi le parole aîtiere
,
Cou le mani, e col capo a minacciare j
Incominclo gridando il Re d’ Algiere :
Che a penitenz,a gli faria toinare
,
Che per un temerario suo piacere
Non avesse rispetto a provocarsî
Lui , ch’ altamente era per vendicarsi.
X C V I I I.
Rispose Mandricardo : indarno tenta
Chi mi vuol impaurir per minacciarme 5
Cosî fanciulli. o femnaine spaventa,
O a'.tri che non sappia che sieno arme ;
Me non , cui la battaglia più talenta
D' ogni riposo ; e son per adoprarme
A piè , a cavallo, armato, e disarmatoi
Sia alla campagna, o sia nello steccata.
I
ICO L’Ariostb,
X C I X.
Ecco sono agli oittaggi, algrido.t
Al trar de brandi , al crudel suonde’s
Corne veiuo , che prima appena spire, ^
Foi cominci a croüar frassini , e ce:
P‘
Ed îndi oscura polve in- cielo aggiie,
Indi gîi arbori sveila , e case atterri,
Sommerga in mare , e porti ria temps jj
Cbe ’l gregge spatso nccida alla fois ir
ni
=1
C.
duo Pagani senza pari in ten ^
Gli audacissimi cor , le forze estreæ
Partoriscono coipi , ed una guerra
Convenîente a si feroce seme. éj
Del grande, e orribil suon tréma latï
Quando le spade son percosse insieff
• *%' 4 >’
Gettano 1’ arme msmo al cte! scmna.
Anzi iampadc accese a mille a
Chant XXIY. wS
X Cl X.
Et voîlà qu’ils en sont aux ctis , au3C
ouuages , à la fureai ; leurs épées sont
tirées, leurs armes retentissent d’un bruit
horrible. Tel un -.ent souffie d’abord à
peine , bientôt il agite et balance les hêtres
et les pins , tout-à-coup il porte jusqu’aux
cieux des tourbiiloss obscurs de poussière ;
alors il déracine les arbres , renverse les
maisons , soulevé les mers , excite une
afifreuse tempête qui écrase les_ troupeaux
épars dans les forêts.
L’extrême intrépidité , la force incrovable
de ces deux Sarrasins qui n’ont point d’é*
gaux au nion ’e, enfantedes coups , produit
un combat bien digne de leur férocité. Leurs
épées.qucnd elles se rencontrent, font tremi.
bicr la terre d’un bruit épouvantable Leurs
armes lancent jusqu’aux cieux des étinceifesi
ou plutôt des mibiers d’éciairs enââmmes.
h
202 L’ A R I O S T
C L
Sans aucun repos , sans reprendre t
ce cruel combat se prolonge entre b;
Rois lis cherchent d’un côté , de fc
/ 1
s’entamer , à pénétrer l’armure de l’ess
aucun des deux ne perd , aucun u '
^
de terrein; maisj comme s’il étok ^
précieux , ou comme s’ils étoient tes ^
par un fossé, pat une muraille, à *
d’eux reste inébranlable dans le cetrle: ^
où il est placé.
C I L
Parmi cent autres coups, le Ta®
porte un à deux mains au Roi d’Alge *
l’atteint au front , et lui fait voir aa» <
d’étoiles. L’Africain , comme s’il eatt (
toute sa force , frappe de la tète h s <
de son cheval; il perd les étriers,* ]
présence de celle qu’il adore ) H ]
vider ks ar£ons, ,
Chant XXIV. îoj
r T
XJ
Senza mai tiposarsi , o pigliar fiato
Dura fra quei duo Re 1’ aspia battaglia ,
Teatando ora da questo , or da quel lato
Apiit le piastre , e penetrar la magUa..
Ne perde 1’ un 3 ne T aitro acquista il pratoî ,
Ma, corne iiuorno sian fosse, o muiagiia,
O troppo costi ogni oncia di quel loco ,
Non si paicond’ un cerchio angasto , epoca,
C I L
Pra mille colpi il Tartaro una volta
Colse a due m ani in fronte il Re d’ Aigiereji
Che gli fece veder girare in volta
Quante mai fcron fiaccole, e lumière.
Corne ogni forza ali’African sia toltâ.
Le groppe del destrier col capo fere..
Perde la staffa , ed è { présente qaelia
Che couru’ ama) pet ascii di sella.
JC4 L’ A B. I 0 s T f,
cm.
Ma corne ben composto ^ e vaiidoc
Di fino acciaro , ia baona soma gievt,
Quanto si china più, quanto è piàcaE; ^
c
E piu lo sforzan martineili , e ieye,
Con tanto più farot , qnaado s poisa £,
Ritorna e fa piii mal che non liæ a
Cosî queilo African tosto risorge , !
E doppio il colpo air inimico poige- *
C I V.
Rodomonte a quel segno , ove fa*
Colse appmito il Figliuol del Re Agi;
Per questo non pote nuocergli a! volto, ^
Chè in difesa rrovô 1’ arme Trojane, ü
Ml stordi in modo il Tartaro ,cheoï*^
Non sapea era vespeio o- dîmaac. *
L’ irato Rodomonte non s’ arresta, *
Che mena 1’ altro, e pur segna alla®
Chant XXI Y. îoï
C I î I.
.. Jîais semblable à un arc de fin aàer,
fort , élastique et d’une bonne trempe ; plus
en le tend , plus on le charge , plus on !s
courbe à force de bras , et plus , des qu il
’ est libre , il se redresse avec impétuosité,
causant plus de dommage qu’il n’en éprouva ;
es ainsi bientôt le Roi d’Alger se reieve , et
rend au double à son ennemi le coup qu’ii
en a reçu.
C I V*
Rodomont frappa le fils d’Agrican iuste*
ment au même endroit oui! en fut trappe :
le coup ne put cependant le blesser au
visage, l’armure troyenne l’en garantirs mais
il étourdit si violemment le Tartare, qu’il
rji ne savoit plus s’il étoit -jour ou nuit. Sans
s’arrêter , le furieux Rodomoi.t en apprête
jun autre , qu’il adresse à la tête,
lis
JC6 L’ A B. î 0 s T E
,
C V.
Le cheval du Roi de Tartatie , quiîtt
horreur le son d’une épée , quand û
en descendant, fait un saut en ania: ^
l’éviter, et sauve le Prince à son giai; ^
mage; carie glaive qui envou!oit,E
a lui , mais à son maître , lui traverses
par le milieu ; le pauvre animal n’avoi C
le casque de Troie comme son cavdt ^
lui fallut tomber mort sur la place. C.
C V‘I.
II tombe , et Mandricard , revenu «
étourdissement, est bientôt surpîed,e' jj,
mene Durandal avec force. La mort® y£
coursier l’irrite encore, et fonrait àei.
velles flammes à son courroux. L’Afc
pousse son cheval sur lui pour ierenït
mais Mandricard ne cède pas pins
rocher à l’effort de l’onde; c’est kà
.Cl
qui trébuche , et lui demeure feimêS
pieds.
Chant XXI Y. 107*
c y.
Il câTaüo deî Tartaro , che abhorre
La spada, che fisch.’ando cala d’ alto,
. Al suo Signor con suo gran mal soccorre,
. Perche s’ arretra per fugglr d’ un salto.
J II brando in mezzo il capo gli trascorre ,
: Che al Signor , non a loi , movea 1 ’ assalto.
: U miser non avea 1 ’ elmo di Troja
Corne il padronej onde convien che muojir
C V 1 .
Quel cade. c Mandricardo in pîedi guizza;
Non pin stordito , e Durindana aggira.
Veder morto il cavallo entre gii attizza ,
E fuor divampa un grave intendio d’ ira;
V African per urtarlo il destrier drizza ;
•Ma non più Alandricardo si ritira
..Che scoglio far soglia dail' onde ; e aTvenn-
,Che ’l destrier cadde . ed cgii in piè si tenue'
iîo L’ A Ïi ï 0 s T E,
X C I I 1.
Sa lettre fermée, if ferme aussi laps;,
piere, et s’étant jetté sur son lit , il y trosi:
le repos. Le sommeil se présente, etst.
ses membres fatigués , secoue un raina:
trempé dans la liqueur du Leîhé. Il do:
mit jusqu’à ce qu’un nuage mêle deto:
et de rose , sema de fleurs les contrées he
reuses qui environnent le lumineux or;e"
jusqu’à ce que le jour sortit de sa demer:
dotée.
X C î V.
sitôt que les oiseaux , sur le vea faa-
lage, commencèrent à saluer le joarraïf
sant; Aldigier, qui vouloir être le gai*’
de Roger et de Richardet , et les cosduiJ
au lieu du rendez-vous , pour empêche^
ses deux frétés ne fussent livrés au fco'-
Bertolas, fut le premier debout. Les
autres sortirent aussi du lit , des la®
J'gntendirçat,
Chant XXV. 2n
X C I I I.
Chiasa ch’ ebbe la lettera, chiuse anco
Gli occhi sul letto , e ritrovo quiete ;
Cbè’Isonno venne, e spatse il corpo stanco
Colramo intinto nel liquor di Lete;
£ peso fin che un nembo losso , e bianco
Pi fiori sparse le contrade liete
Dellucido Cliente d’ ogn’ intorno,
£d indj asci dell’ aureo aîbergo il giorno.
X C I V.
£ poi che a salutar la riuova luce
Pei rerdi rami incominciar gli augelîî
,
Alâ:gi€r , che voleva essere il duce
Pi Rnggiero, e dell’ altro , e guidar quelis
Ote faccian che dati in mano al truce
Pcnolagi non sieno i duo fratelli ;
îo 1 primo in piede ; e quando sentir lai,
-etto usciro aaco quegli altii dui.
211 L’ARIOSTEj
X C V.
Po! che vestiti furo , e bene armati,
Coi duo cugin Ruggier si mette in 7;a;
Già molto indarao avendoli piegati,
Cbe questa impiesa a lui tutta si dia.
Ma essi per désir, che han de’ lor ftati,
E perché lor parea discortesta
,
Steton negaado più- duri che sassi
, ^
Ne consentiron mai che solo andasst
X C V I.
Ginnsero al îoco il di , che si dovea
Malagigi mutar nei catriaggi.
Era un’ ampla campagna, che giacea
Tutta scoperta agli Apolûnei raggi-
Quiïi ne aller, ne mirto si vedea,
Ne cipressi, ne ftassini , ne faggi>
j
Ma nad'a g hiara , e qualche umil virgi*»'
I Non mai da matra , o mai da 'fosxi
Chant XXV. 115
X C V.
A"rès qu’ils. furent habillés et couverts
ée leurs armes, Roger se mit en toute
arec les deux cousins. Long-temps il les
aroit priés , mais vainement , d’abandonner
à lai seul cette entreprise. Outre qu’il leur
eût paru malhonnête de consentir à un
pareil arrangement, l’amour qu’ils avoîent
pour leurs freres , les rendit plus inébian-
labiés que des rochers ; ils refusèrent opi»
aiàtrément de le laisser aller seul,
X c V I.
Us arrivèrent le jour même au lieu on
Mai ;gis devoir être échangé contre des
charges de mulet. C’étoitane plaine vaste,
et entièrement ouverte aux rayons de
Phœbas. On n’y voyoit ni lauriers , ni
^.erthes, ni cyprès, ni hêtre, ni frêne,
ttais une humble bruyere couvrait un sable
*ttde , où jamais la charrue ni la bêch^
SaToic.nt passé.
3.14 L^As-ioste,
X C V I L
Les trois courageux guerriers s’ariétts
sur un sentier qui traversoit cette piaàt
Ils y virent arriver un Chevalier, doss
armes étotent toutes brodées d’or, et oti
pour enseigne, portoit en champ desm.
pie , ce rare et bel oiseau , qui rit pis
d’un siècle. Mais, Seigneur , ç’en estasse,
j s me vois à la fin de ce Chant , j’ai btsà
d’un peu de repos.
Fî» du vingt f einquiemc Chanta
C H A lî T XXV. ilf
X C V I I.
i tie Gaertieri arditi si fermaro
Dote im sentier fendea quella pianura 5
î giangei qnivi un Cavalier miraro >
Cheavea d’ oro fregiata l’ axmatura.;
ïpuinsegna in campo verde il raro
,
ïbeUo angel, chc più d’ un secol dura.
Signât non più ; chè giunto al fin mi veggio
Di qwsto Canto , c riposarmi chieggiOé
F«e itl Canto vcnUsimoquinto.
CHANT VINGT- SIXIEME.
1 .
i_i ’ antiquité nous offre beaucocp
i
femmes qui préféroient la vertu auxiicio
ses, mais on en trouvé rarement ce us
jours, pour qui Finterêt ne soit paskpb
précieux des biens. Que celles dont
noble ne s’est point livrée à ce vil attsck-
ment , à l’exemple du plus grand nomsS:
métitent bien d’être heureuses peadsntla:
vie, et d’obtenir , après l’avoir petdae.a
nom glorieux et immortel !
I I.
Qu’elle est digne d’un éternel éloge,®
Bradamante , qui ne s’attache ni aaxtisc
ni aux grandeurs , mais à la vertu, nu!"
généreux courage, mais à la noEesseé
sentimens de Roger! Qu’elle mérita»
qu’un si vaillant Chevalier lui doBnit'-®
sa tendresse, et fît pour lui plaire d-s^
ploits qui paroissent des prodige* "
siècles à venir.
CANTO VENTESIMOSESTO.
I.
CcRTESi Donne ebbe T antica etâdê,
Cie le virtu , non le ricchezze amato.
Al tempo nostro si xicroyan rade
,
A rai più dei guadagno altro sia caro.
Ma quelle, che per lor vera bontade
Kon seguon deîle più lo stile avaro
,
Viïçndo, degne son d’ esset contente;
Gloiiose, e immortal poi che fian spente.
I I.
Ecgna d* et-ema lande e Biadamante
,
Ciieaon amo tesot, non amô iinpeio ,
Ma la viitu, ma l’animo prestante
,
1 aita gentilezza di Ruggiero ;
^ffleiito, che bsn le fosse amante
valoroso Cavaliero ;
piacere a lei facesse cose
^scoii a venir miracolosc.
Tome VI, 1
ax8 L’ A B. I 0 s T e.
I I I.
Rugg΀£ > comc di sopïâ vi ru dcttO;
Coi duo di Chiaramonte era venuto,
Dico cott Aldigier, con Ricciardetto,
Per darc ai duo fratei ptigioni ajuto.
Vi dissi ancor che dî superbo aspetto
Venire un Cavaliero avean veduto,
Che portava 1’ augel, clie si rinnora,
E sempre unico al Mondo si rittova.
I V.
Come di questi il Cavalier s' accorst,
Che stavan per ferir quivi sull’ aie,
în prova disegnô di voler poise
,
Se alla seœbianza avean virtude ugnaîe.
È di voi (disse loro ) alcuno forse,
Che provar voglia chi di noi più
A colpi O délia lancia, o délia spada»^
Bin che l’ un resti in sella , e l’ al^o c»**
Chant XXVI. Z19
I I 1 .
Roger, comme vous l’avez vu plus haut,
«oit arrivé avec les deux Chevaliers de la
aaison de Clermont , c’est-à-dire , Aidigiet
et Richardet , pour briser les chaînes des
leur fteres. Je vous ai dit aussi qu’ils virent
patoitte un Chevalier de superbe apparence ,
«jaiportoit pour cimier cet oiseau qui renaît
le sa cendre , et est toujours unique dans
'’anivers.
I V.
DÈS que ce guerrier apperçut les trois
Chevaliers qui se disposoient au combat
,
“«it envie d’essayer si leur courage répou-
lûit à leur prestance. Y a-t-il pat hasard,
^ dit-il, quelqu’un de vous qui veuille
rptottver contre moi sa valeur, soit à la
® l’épée, jusqu’à ce que l’un
‘«tant en selle , fasse vider à l’autre les.
‘pas ï
T 2.
liô L’Arioste,
X I.
Ruggier rispose : gl’ inWtati ancora
Non ci son tutti , e manca una gran pane,
Gran Ballo s’ appatecchia dî far ota,
E perché sia solenne , usiamo ogni arte;
Ma far non ponno ornai lunga dimoia.
Cosî dicendo , veggono in dispane
Venire i ttaditori di Maganza,
Si ch’ eran presso a cominciar ia danzi.
X I I.
Giungean dall’ una parte i Maganzesi,
E conducean con loro i muli carchi
D' oio, e di vesti , e d’ altri ricchi arnesi:
Daîl’a'train niezzoalance , spade,edatciiij
Venian dolenti i due germani presi ,
Che si vedeano essere attesi ai varciu;
E Eertolagi empio nemico loro
üdian parlar col Capkana Moro^
Chakt XXVI. 217
X I.
Tous les conviés , repik Roger , ne sont
pas encore ici ; il en manque k meilleure
partie. Nous allons tout-à-l’heure voir une
belle danse ; n’épargnons rien pour la rendre
solemnelle. Mais ils ne peuvent encore
tarder long-tems. Comme il parloir , on vit
,
d’une autre part , arriver les traîtres de
•Mayence, de maniéré que tout fut prêt pouî
rommencer le bal.
X I I.
D’un côté airivoient donc les Mayençoîs g
conduisant des mulets chargés d’or , d’ha-
iiits, de tontes sortes de riches équipages j
de 1 autre , environnés de lances , d’épéss
et d arbaléte's , s’avançoient les deux mal-
Iteoieuï fteres , bien dolens de se voir ainsi
attendus au piège , et d’entendre les dis-*
wurs qne teaoit; au Capitaine Maure ee
îettliolas, leur implacable ennemi.
11 % L’A E. î 0 s T
X I I 1.
Ni le fils de Boves , ni celui d’Akr.
ne purent se contenir à la vue du Mayoçoi
I.’un et l’autre met sa lance en arrêt, h
et l’autre frappe à-Ia-fois le traître
lui perce la poitrine et le premier situ
l’autre lui traverse les deux joues. Puisse:
tomber tous les méchans , comme Bertior
tomba sous ces terribles coups !
XIV.
A ce signal, et sans attendre le soïï
la trompette , Marphise s’élance avec RoS
Sa lance en arrêt ne se rompt point, itn
d’avoir renversé l’un après l’autre trois a®
mis sur la poussière. Celui qui conduiso!'
troupe Fayenne , parut à Roger dig«^
son bras 5 à l’instant il perdît la vse- ^
autres , du même coup , allèrent sr«
visiter les sombres bords.
Chant X X V L 225?
X I i I.
Kè di Biiovo îî figliuoi 1 nè queî d’ Amone ,
Vedüto il Maganzese , indugiar puote.
la lancia in resta ” uno, e 1’ altro pone ,
I l’ano, e T altro il traditor percuote.
L’aa gli passa la pancia, e ’l primo arcione ;
E r ahra il viso per mezzo le gote.
CcH n’ andasser pur tutti i maivagi ,
Corne a quei colpi n’ andô Bertoîagi.
X I v,
Marfisa con E.uggieto a questo segco
SiffiBote, enon aspetta altra tromfaettaj
üè prima rompe 1* arrestato legno ,
Cke tre, l’ un dopo 1’ altro , in terra getta,
Deil’asta di Ruggiet fu il Pagan degno,
Càe gtidè gii altri , e user di vita in fretta j
^ pet quella medesima con lui
Vno, ed un altro ando aei Regni bui.
Terne VL V
230 L’ A s. I 0 s T g
,
X V.
Di qui nacque un error tra gli assalifi,
Che lor causo loi uitima ruina.
Da un iato i Magànzesî esseï traditi
Credeafisi dalla squadra Saiacina ;
Dali’ altro i Mori in tal modo feiiti,
L’ altra schiera chiamavano assassins;
E tra lor comminciar con fiera clide
A tirare atchi , e a menar lance, s spîde.
XVI.
Sâlta ora in questa squadra, ed ora inqcù
Ruggiero , e via ne toglie ordieci, or vas
Aitrettanti per man délia Donzella
• Di qua , e di là ne son scemati , e spern.
Tanti si veggon gir morti di sella
Quanti ne toccan le spade taglienti,
A cui dan gli elmi , e le corazze loW)
Corne nel bosco i secchi legni al foc*
Chant XXVI. iji
X V.
Cette attaque fit naître parmi ceux qui
en «oient l’objet , une erreur qui acheva
ter niine totale. D’un côté, les Mayençois
secmrent trahis pat les Sarrasins ; de l’au*
tic, les Maures se voyant poussés de la
sone, accusoiént l’autre troupe d’assassinat ;
de-là, tournant l’un contre l’autre, leurs
traits , leurs lances , leurs épées , ils coin*
neBccrent un carnage affreux.
X V I.
Roger tombe tantôt sut un parti , tantôt
str l’autre ; chemin faisant il en balaye
teot dis , tantôt vingt. Un pareil nombre
“ie l’un et de l’autre côté est abattu, taillé
® pièces par les mains de la guerrière,
Rotrnt en atteignent leurs épées tranchan-
autant sont renversés morts aux pieds
•ît'e'.rs chevaux. Les casques , les cuirasses
'*5';tert à leurs coups, comme dans nae
^®tèt le bois sec résiste à la flamme.
V i
L’Arioste,
XVII.
s’il vous souvient d’avoir jamais va, c
si seulement vous avez oui dire comic
les abeilles , quand il survient dans le
société quelque différend, s’élèvent dansk
airs pour faire la guerre : qu’une hirondti
affamée tombe au milieu d’elles, eilec
dévore , elle en tue un grand nombre, eb
en fait un horrible dégât. Telle estl’imay
de celui que faisoient Marphise et âoK
parmi les deux troupes.
XVIII.
Richardet et son cousin ne changeoie
pas ainsi d’allure entre les deux parti
Abandonnant celui des Sarrasins , üs tt
s’acharnoîent que contre ceux de Mayei»
Le frété du Paladin Renaud joigaoit beae
coup de force à beaucoup de eoznp
mais la haine qu’il portoit aux Mayençoiî;
la itii aagmentoiî encore da àsabis.
c H A îf T X X y L 25?
XVII.
Sc mai d’ aver veduto vi licotda ,
Orappoitato y’ ha fama ail’ otecchie
Corne, allot che ’l coilegio si discorda,
E vansi in aria a far guetra le pecchk ;
Eani fia lor la rondinella ingorda,
E mangi , e uccida , e guastine parecchic,
Dovete immaginar , che simninente
Koggiei fosse , e Matfisa in quella gents«
X V I I L
Kon cosi Ricciaidetto , e il suo cugino
Tia le due genti variavan danza.
Perche lasciando il campo Saracino
,
Sa! tenean 1’ ocehio ail’ altro di Maganza,
D ftatel di Rinaldo Paladino
Cott molto animo avea raolta possanza j
^ <îaiïi raddoppiar giiela facea
h odio, che contra ai Maganzest avea.
V 5
Z54 L’Arioste,
X 1 X.
Facea parer questa medesma causa
Un ledn fiero il basîardo di Büoîto,
Che con la spada senza indugio, epaiisî
Fende ogn’elnio,o lo schiaccia comeuBUOsj,
E quai persona non saria stata ausa.
Non saria compatira un Ettor nuovo,
Matfisa avendo in compagnia , eRuggœi
Ch’ eran la scelta ^ e ’l fiot d’ ogni guenieio i
X X.
Marfîsa tuttavolta combattendo,
Spesso ai compagni gli occhi rivoltavi!
E di lor fotza paragon vedendo,
Con uiaraviglia tutti li îodava :
Ma di Ruggier pute il valor stupendo,
E senza pari al Mondo le sembrava;
E talor si ciedea che fosse Marte
Sceso dal quinto cielo in quella parte-
Chant XXVI. 235
X I X.
La même cause donnoit îa férocité d’un
L-on au fils de Boves , dont l’épée , sans
ledciie, sans s’arrêter un moment, fen-
dcit les casques , on, les brisoit comme
Doe écaille légère. Eh ! qui n’auroit montré
de i’auJace ; qui n’auioit paru un nouvel
Hector , ayant à ses côtés Roger et Mar»
phise, l’élite et la fleut des guerriers î
X X.
Tout en combattant , Marphîse jettoît
souvent les jeux sur ses compagnons. En
voyant les preuves qu’ils donnoient de leurs
fsrces , elle les admiroit , et en faisoîr
l’eiogê. Mais sur-tout îa valeur de Roger
'ri paroissoit étonnante et sans égale au
fflonde. Elle étoit quelquefois tentée de
coire que c’étoit Mats lui-même , qui , de
.a cincaietae planete étoit descendu en ce
lieu.
242 L‘ A B. I O S T
XXVII.
Oitre una buona quantità d’ argmo,
Che in diverse vasellaera formato,
Ed alcun muliebre vestimento
Di iavoro bel’issimo fregiato , ^
E per stanze reali un patamento
D’ oro , e di sera , in Fiandra lavorato,
Ed altre cose ricche in copia grande,
Fiaschi di vin ttov.ar, pane, e vivaade.
X X V î I I.
Al trar degli eimi tutti vider cône
Avea lor dato ajuto una Donzelia,
Fu conosciuta ail’ âuree crespe cbome,
Ed alla faccia delicata , e belia.
L’ onoran tnolto, e pregano che’l nome
Di gloria degno non ascoiida; ed elia,
Che sempre tra gîi amici era cortess,
A dar di se notizia non contess.
Chant X X V L 243
XXVII.
Outre une assez grande quantité d'argent
fonnant difîeientes pièces de vaisselle; des
ïétemens de femme ornés de broderies , du
tnvail le plus précieux ; un meuble tissu en
Kiadie.d’or et de soie, fait pour l’appar-
tement d’un Roi ; d’autres effets très-riches ,
en grande abondance , ils y trouvèrent encore
dnpain, ces flacons de vin , toutes sottes
de provisions.
X X V I I L
Quand chacun ôta son casque , nos guec-
»œ virent qu’ils deroient à une jeune fille
‘S secours qu’ils venoient de recevoir. On la
tKonuat à sa chevelure longue et dorée , à la
l>au;é, à la délicatesse de ses traits. Ils lui
font de grands honneurs , et la prièrent de
te pas leur cacher un nom qu’elle rendoit si
S‘0iieux, Marphise , touj'ours pleine de cour-
to.sieavec ceux qui méritoient son amitié ^
t- refusa pas de les instruire de ce qu?elle
rait.
X i
244 L’ A B. 10 STE,
XXIX.
Ils ns peuvent se îasser de U tegarie,
en se tappeilant ce qu’ils lui ont tu fa
pendant le combat. Pour Marphise , ellei
regarde que Roger, ne parle qu’à lui; sd
àl lui semble digne de son attention, s*
estime. Bientôt les valets viennent iiûïHr
avec ses compagnons , à partager un xts
qu’ils ont préparé sur le bord d’une fonta-Wi
défendue par un coteau de l’ardeur àasotc.
XXX.
Cette fontaine étoit l’une des qnatie ®
Merlin avoir construites en France. Refit:,
tout autour d’un marbrepol ?
,
brillant etp
blanc que le lait , cet Enchanteui y aw-
sculpté diflFérentes figures d’un travail eiqu
On diroit qu’elles respirent, et il ne'®
manque que la voix , pour qu’on kî
animées.
Chant XXV L 245
XXIX.
Kon St ponno sazîar di riguardarlâ ,
Chctal vista T avean nella batraglia;
Sol miia ella Raggier , sol con lai parla ,
Alni non ptezza , altri non par che vaglia.
ïengoao i servi intanto ad invitarla
Coi compagni a godet la Tettovagîias
Che apparecchiata avean sopra una fonte ,
Cite difenJea da! raggio esti^o un ntonte.-
XXX.
Eia una delle fonti di Merlino-
Me qnattro di Francia da lui fatte j
® intotno cinta di bel marmo fino ,
locido , e terso , e bianco piu.che latte.
L’AkiosîBj
XXXI.
Quivi una Bestia usck délia fcrestî
Parea di ctadel vista , odiosa , e btatîa,
Che avea le otecchie d’ asino j e la testa
Di lapo , e i dentî , e per gran faine ascicmi
Branche avea di leon j l’ aîtroj che resta,
Tutto eta volpe, e parea scorrertutta
E Fra.ncîa, e Italia , e Spagna , ed Inghiitem,
TJ Europa, e T Asia , e alfin tatta iaTeia
X X X I L
Per tutto avea genti ferite , e moite,
Ea bas6â pkbe , e i più saperbi cap.
Anzi nnocer parea molto pib forte
A Re , a Signori , a PtÎBCpi , a Satiapi.
Pegg’o facea nelîa Romana Corte,
Chè v’ avea nccîsi Cardinali , ePapii
Contaminato avea la belîa Sede
Dl îietio, e mssEO scandai sella ïei't
Chant XXVI. ^47
XXXI.
On y voyoit un monstre qut paroissoit
sonir d’une forêt. Son aspect est hideas ,
crael et farouche; ses oieilies sont celles
d’ut âne; sa tête et ses dents avides de
carnage, sont d’un loup menaçant ; il a les
griffes d’un lion , tout le reste d’un renard.
Il sembioit parcourir la France , l’Italie
,
l’Eipsgne , l’Angleterre , toute l’Europe j
toute l’Asie, enfin le monde entier.
XXXII.
Par-tout il avoit blessé ou mis à mort et
k vulgaire le pins obscur , et les têtes les
pins élevées ; il sembioit même s’attacher
su-tout aux Rois , aux Princes, aux Grands ,
tnrgens en place. La Cour de Rome avois
acor; plus éprouvé ses ravages ; il j avok
tïterminéles Papes , les Cardinaux , souillé-
chaire de Saint-Pierre , et répaada îg
«sràale sur la foi.
24^ L’ A B. I 0 s T E,
XXXIII.
Devant cette bête horribîejtouslesaiji!,
tous les remparts semblent tomber an ps-
jnJer elFort. Aucune cité ne se defendcorta
elle ; les châteaux , les forteresses s’obuœ
3 son aspect. Elle va Jusqu’à prétendre as
honneurs divins . et le peuple imbécile
s’agenouille devant elle. On dirait qtt’é:
se vante de tenir en sa puissance la clefés
cieax et celle des enfèrsî,
XXXIV.
Plus loin , le front ceint d’un laurier i»
périaljon voyoit arriver un Chevalier, are
trois jeunes hommes sur le même rang, do*
les vêtemens royaux étoient parsemés delrr
d’or. Unlion , portant les mêmes enseigtSi
s’élançoit avec eux contre ce monstre, le®
noms étoient écrits sur leurs tètes on s®'*
bord dé leurs ajustemens. i
Chant XXVI» 24^
XXXIII.
Fax che dînanzi a qnesta Bestia orrenda
Cada ogni muro, ogni lipar che tocca.
Son si vede città , che si difendà ;
Se le apte in contra ogni castello, e rocca.
Par che agli onor divini anco s’ estenda,
îsiaadorata dalla genre sciocca,
E che le chiavi s’ atroght d’ avers
Del Cieio , e deir Abisso in suo potere.
XXXIV.
Foi si vedea d’ impériale alloro
Ciato le chiome nn Cavalier ventre
Contre Giovani a par, che i gigü d’ or®
Tessuti âvean nel lor real vestire ;
E con insegna sitnile con loro
îarea nnleon contra quel Mostto nscire,
Arean lot nomi chi sopra la testa
,
ï chi nel lembo sciitto délia vesta.
2.50 L’AS-iOSTE,
X X X y.
X’ un , che av«â fine ail’ e!sa nelîapana
la spada immersa alla maligna Fera,
ïrancesco primo , avea scritto , di Frandii
Massimiliano d’ Anstria a pat seco era;
E Carlo quinto îœperatoi , di laac'a
Avea passato il Jilostro aiia gorgieia;
E r aluo , cbe di stral gli fige üpeîtn,
1’ ottayo Enrigo d’ Inghilterra è dena
XXXV I.
Decimo ha quel Leon scritto snl flos»,
C he al brutto Mostro î denti ha negü otted?
E tanto r ha già travagliato , e scosso,
Che vi sono arrivati altri parecchi.
Parea dei Monde ogni timor rimasso;
Ed in emeada degii erioii vecchi
Nobil gente accorrea , non perô laoiBi
Onde alla Bçlva era îa vita tolta.
Chant XXVL if?
XXXV.
L’cn d’eus , qui avoir plongé son épée |us«
qa’îia garde dans le corps de la cruelle bête ,
portoitpourinscription^FRANçoisPREMiES.
EEfsAKCE. Maximilien d’Autriche étoit
à ses côtés. D’un coup de lance , l’Empereuc
Chailes-Quint a traversé la gorge de Tâni-*
ad ; et l’autre , qui d’un de ses traits , lui
spetcé le flanc, porte le nom d’Henri VIII
fAagietetre.
X X X V 1.
Su le dos du lion , est écrit Léon X t
3 ttcnt entre ses dents les oreilles de ca
tbrmîaaoïe. Il Fa déjà fatigué pae
il- si violentes secousses , qu’il a donné è
^conp d autres le tems de venir à sos
* 0 Ms. Le monde alors paroissoit délivré
'•'ses craintes Pour expier leurs anciennes
'seuts
. quelques grands personnages , mais
nombre, acconroient au même lieu
““•«iccastie venoit de perdre la vie.
i^S L’ A B. I 0 s T E 5
X L I I I.
Alla Fera ctudele il p:« niolesta
Non saià di Francesco il Re de’ Franchi;
£ ben convien che molti ecceda in quota,
E nessun prima , e pochi n’ aboia ai fianchi;
Qaando in splendor real, quando neh^sa
Di virtù farà molti parer manchi,
Che già parïcr conipiuti; corne cede
Tosto ogn’altro splendor che iSolsiKiic.
X L I V.
L'- anno primier de! fortnnata Kegee,
Non ferma ancor ben la cprona in rrontsi
Passera 1’ Aîpe, e rompera il dtsegno
Di chi air inçontro avrà occupato ü momü
Da giasto spinto , e gcneroso sdegna,
Che vendicate ancor non sténo 1 0“'->
Che dal farer da pasciii, e mandre usc.-.h
V esercito di Francia avrà pattro.
Ckant XX\I. i}$“
X L I I I.
Kd ne sera si redoutable à ce monstre
traei que îs. iKço ! s , 1 e Monarque deTiance,
C’est avec raison qji’ii paroîr ici au-dessus
de beaucoup d’autres , que mil iwal ne îe-
piecède, et qa’il en a peu même à ses
cotés, puisqu’il doit eifàcei par l’édat de
ses Tenus royales et privées la plupart de
cnr qui jusques-ià paroissoient accomplis ,
ainsi que toute splendeur s’évanouit devant
celle du soleil.
X L I V.
nés la première année de sor* règne for-
tfflé, avant même que la couronne soit
•îerrtie sur sa tête, ii forcera les Alpes , et
feaiira les desseins de ceux qui voudront
semparer des montagnes pour s’opposer s,
*0 passage. Animé; d’un noble et juste res-
ter, Éiœent, il vengera ainsi- l’outrage faiî
‘-ï araçs Fiançoises , par des peuples que.-
fiiterr aura conduits loin de leurs pfe=i
ds leurs troupeaux,.
ifo L ’ A R I 0 s T E J
X L V.
De-û , suivi de l’élite de ses gMetiiersd
descendra dans les riches plaines de b loa
hardie, et réprimera si bien l’orgueHi
ces farouches Helvétiens, qu’ils nosaos:
plus élever leurs têtes menaçantes. Pas,
au grand déshonneur de Rome , de l'Es-
pagne et des Florentins , ils s’impaieiaè
cette forteresse , qui aura passé pool ic
prenable 'jusqu’à lui'.
X L V ï.
De toutes les armes qui lui facilitetos
cette conquête , aucune ne lui sera p-s
Utile que cette honorable épée qui lu'
servi d’abord à percer ce monstre, corr0-
teur de tous les états. Devant elle toa
feataillon doit fuir , ou être renverse, .'é
fossé, ni rempart, ni m-uraiiie épanses
pourront mettre aucune place à lata "
ses coups..
Chant XXVI. 2.61
X L V.
E quîndi scenderà nel ricco pjano
DI Lombardia , col fior di Francia intorno 5
E si r Elvezio spezzerà , che in vano.
Faràmai pià pensier d’ alzare il corno.
Con grande e délia Chiesa, e deU’ Ispano
Campo , e del Florentin vergogna » e scornoa
Esragnerà il Castel , che prima stato
Sari non espugnabile stimato.
• X L V I.
Sopra ogn'altr’ arme ad espugnatlo , titoîto
gii varrà quella onorata spada,
Con la qnal prima avrà di vita tolto
H Mostro , corruttor d’ ogni contrada.
Convien che innanzi a quella sia rivolto
la fjga ogni stendardo , o a terra vadas^
lis fossa , ne ripât , ne grosse mura
ïîssan da lei tener Città sicma«
z6t L’ A S- I O s T 2 ,
X L y 1 1.
<2uesto Principe a7rà quanta ecceüena
Aver feüce linperator mai debbia.
L’ animo del gran César, ia prudenza
Di chi mostroiîa a T tasimeno , e a Tiebbi:,
Con ia fortuna d’ Alessandro , scpn
Cui saria fumo ogni disegno, e nebbii.
Sara si liberal , ch’ io io contein.plo
Qui non aver nè pa-agon , nè esemplo.
X L V I I I.
Gosi diceva Malagigi; e messe
Desire ai Caval er d’ aver coatezza
Del nome d’ alpun altro , che uccidess:
L’ Infernal Bestia, uccider gîi a'triavrua
Quivi un Eemardo tra’ primi si !esse> .
Che Merlin molto nel suo scritto âP?i£^
Bia nota per ccstui, dicea, Bibieflî/
Quanto Fjorenza sna vicina , e Srea^
C H A K T XXVI.
X L V I I.
Ce Prince aura toutes les perfections que
doit avoir un Général pour être heureux.
Aa courrge du grand César , à la prudence
œe le Kéros Carthaginois fit voir à
Casnes et àTrasimene , il joindra la fortune
a Aiesandre , sans laquelle tous les projets
SC dissipent comme la fumée et le brouiî-
Iird. I! sera d’ailleurs si maguifique , que
je se lai vois en ce point ni imitateur ni
BOucle.
X L V I I I.
Ainsi parloiÈ Maugis : il inspira aux Che=*
tadersle désir de connoître les noms de
ipelq'ies-cns de ceux c^ui i’aiderent à dé-
•^le ce mcastre infernal , destructeur de
ce qui l’environne. On lut, entr 'autres
Was,. celui de Bernard, fort vanté dans
‘•SMip^.on de Merlin. C’est par lui , œar-
que la ville de Bibiena deviendra
fameuse que Sienne, et que florenee .
** ’oiske.
164 L’ A s. I 0 s T E
,
X L î X.
Mais nul ne se présente avant Sigismsti
de Gonzage, Jean Salvîati , Louis d’Aiÿ
gon , chacun d’eux implacable enneai k
monstre. On y voit un François de Goî
zague et son fils Frédéric, qui n’abandoœ
point ses traces. Son beau-frere et as
gendre sont auprès de lui ; l’un est Bti
d’ürbin, et l’aatre de Ferrare.
L.
Guidobalde, le fils de l’un d’euïiK
veut céder le pas ni à son pere, niàoU'
très. Ottobon de Fiesque et Simba'dt'
courent contre la bête avec la même aiaea
Louis de Gazole lui a percé le col dS
flèche fumante encore. Phoebus lai
présent , ainsi que de l’arc , loisqos
iui-inême lui ceignit son épee.
C H A s T XX Y 1. 2^5
X L I X.
Nofl mette piede innanzi ivi persona
AGismondo, a Giovanni, a Ludovico;
CaGonzaga, un Salviati , un d’ Aragona,
Ciascuno al brutto Mostro aspio nemieo,
V e Francesco Gonzaga , nè abbandona
le sue vestigie il figîio Federico 5
Edhail cognato , e il genero vicino,
Qaeldi Ferrata, e quel Duca d’ Uxbino.
L.
W;’ un di questi il figlio Guidobaldo
TKo! che ’l padre , o ch’ altri a dietro. il metta.
"-ou Ottobon da! Flisco , Sinibaldo
C^ccia la Fera , e van di pari in fretta.
da Gazclo il ferro caldo
nei collo le ha d’ una saettâ ,
rv ^eonl arco gli dièFebo, quando anco
la spada sua gîi mise al fianco.
Tomt Vl. Z
L' A a. I G s T E ,
L I.
Duo Ercoli, duo îfpoliti da Este,
üo akto Ercole , un aitro ippolûo atts
Da Gonzaga , e de’ Medici , le pe^te
SeguondelMosîto.el’liancacciaadostsosi
Giuiiano al figliuol, nè parcherest:
Ferrante al fratel dietro ; nè che maw
Andrea Dotia sla pronto ; nè cUe Ussi
•Francesco Sforza , ch’ ivi nofflo io ?asà
L I I.
Del generoso , illustre , e chlaro sec?:
D’ Avalo vi son due, che kan per icsCj"*
Î.O scogiio , che dal capo ai piedi à aCi'
Far che 1’ empio Tifeo sotto si t.gC'^
Non è di questi.duo per faie esangoe
D’ orribil Mostro chi più innanzi vegc'*-
V uno Francesco di Peseaia inA»,
L’ aitro AlfûKso del ?asto ai piedi
C H A K T X X V L idj
L L
Dcus Hercules eî deux Hyppoliîes de
ianaison d’Esre , un acîre Hercule et ua
autre Hyppoiite de celles 'de Gonzague eï
ceilédrcis, suivent ies traces du monstre
,
etl’oBt déjà réduit aux abois Julien ne se
bisse pas surpasser pat son fils , ni Ferdi-
caiid par son frere. André Doria n’est pas
Bo-as prompt, et François Sforce n’aban*
coBiie la primauté à personne.
L I I.
/
^ sent deux Héros de la noble , de
lilbstre et généreuse maison d’AvsIos. ils
portent pour enseigne un rocher , sous
înripie Typhée paroîr écrasé depuis
iBtqu a ses pieds de dragon. Nul ne
*'>îafice de plus près pour verser le sang
• fUsqu’à la'deiriîere goutte. On lit
P'^ds oe l’un ; l’invincible François
"•suaire , et de ratjtre j Alphonse
®> üast. —
Z Z
1
2y4 L’ A B- I O S T E J
L I X.
Era SI baldanzoso ii creder m'o,
Ch’ io non stimava alcun dî .cor si saida,
Che me 1’ ayesse a tor , dicendog i io,
Ch’ era deüa sorella di Rînaldo:
Ma yano iimio dâsegno jer m’usdo,
Chè me Io toise un Saracin ribaldo;
Ne per udir'di chi Erontino fusse,
A yoleijBelo rendere s’ indusse.
L X.
Tutt’ ien , ed oggi i’ ho piegaîo ; eqciîi
Ho visto uscir preghi , e minacce in vaso,
Maledicendol mo'to, c hestenaaiianda,
L’ ho lasciato di qui poco lontano;
Dove il cavalîo , e se nsoîto affannando
S’ aiuta quanto puq cqn 1’ arme in ma
Contra un Guerrier, ch’ in tal trayaglioi'ffiS
Che spero che aphia a far le niie vendent
£ 3 A K T XX v^L 1-f
L I X.
l’avois présomption de eroire que per-
siiae n’ai’roit l’audace de me l’eniever ^
brsqce je !ui disoîs qu'di appattenoit à
h sœur de Renaud. Mais mon attente
f*t bien trompée j un Sarrasin brutal me
feiltra hier, j’eus beau lui dire à quî
RoBtia appattenoit, rien ne put le détet-
Bitet à me le reudre.
L X.
Hier tout le jour, aujourd’hui même, faî
dché de le fléchir par mes prieras , -voyant
qs’dles étorent aussi inutiles que mes me-
Kces, ié ”ai chargé d’injures et d’impré-
tirions , et l’ai laissé près d’ici dans un lieu
oà il fatigue crreliement , et le cheval et
hi'Hiéme , en sc défendant comme tî peut
,
!« armes a la main , contre un guerrier qui
le serre de si près, qu’il aura bientôt j
fespeie , accompli ma vengeance.
2.-5 L’ A B. I O S T E,
L X L
A ce discours , qu’à peine il entend jasoai
îa fin , Roger saute debout , se tourne te
Rirhardet , et comme un don, comme lœ
faveur, comme le prix du service qu’iikii
rendu , lui demande , en redoublant d’iis-
tances, de le laisser allet seul avec cecî
demoiselle , jusqu’au lieu où étoit ceSanà
qui lui avoit dérobé ce bon cheval.
L X I I.
Ricbardet , quoiqu’il lui parfit peu k'
Bête de céder à un autre une enîtejni:
qui devoir ne regarder que lui , s
rendit néanmoins aux désirs de KogetCi
Chevalier prit donc congé de ses coït
pagnons , et partit avec Hy ppaiqae , laissa
les autres non-seulement dans la sarpia^
mais dans l’extase de son excès de valex-
Chant XXV I.
L X I.
Ruggiero a quel parlar salito în pieds,
Che avea potato appena il tatto udire.
Si voka a Ricciardetto , s per mercede
,
ï premio, e guiderdon del ben servire
(Preghi aggimigendo senza fin ) .gl! chiede,'
Che con la Donna solo il lasci gire
Tante -che ’l Saradn gii sia mostrato.
Ch: a lei di mano ha il baon destrier levato*
L X I L
A Ricciardetto , ancor che disccrtese
ï concedeie altrai troppo paresse
Di terrrdnar le a se débité îinprese,
Al volet di Ruggier pur si rimesse.
D qaei hcenza dai çoinpagni prese
,
ton Ippalca a ritornar si messe j
ssciando a quei , che rimanean , stapore -
“ “waviglia pur del suo valore.
Vl.
i73 L’ A B. î O s T 2 ,
L X I I L
Foi che dâgli alcti allontafiatd aîquanfa
Ippaîca r ebbe , gli narro che ad esso
Era mandata da coiei , che tahto
Avea nel corc il suo valore imptesso:
E senza finger piiij seguitb qza'nto
La sua Donna âl partir le avea comsesso,
E che se dianzi avea altrimeiite detto,
Fer ia presenza fu di Ricciaidetto.
L X I V.
Pisse che chi le avea tolto il desmeiOi
Ancor detto le avea con molto oigog.io;
Perche so che ’l cavalio è dî RuggicW)
Più volentier per qaesto te !o togiio.
S’ eglî di racquistarlo avià pensieto,
Eagii saper che ascjndet non gh vogiw,
Cil' io son quel Rodomonte, il cu>
Mostra pei tutîo il Mondo U suo sp*eM
Chant XXYI.
L X I I I.
75 ?
Quand iis en furent à quelque distance ,
H^ppaique ius raconta qu-eÜe lui avoir été
ciTOjée par celie sur qui ses qualités ont fait
nie si profonde iiaptession 5 ei.'e lai exposç
alors sans reserve tput ce dont sa maîtresse
l’avoit chargée , et lai fait observer que. m
d’abord elle avoir parié aatremetir , eiie y
avoir été obiigce par ia présence de R-ïf
tiurdet,
L X I V,
SIe lai dit que ceiui qui îui avoir ravi
if cheva; , avon ajouté ces mots avec beaur
Map d’orgueii : c’est parce que je sais qu’il
îpfticntàRogerque je te l’eiiîere avec
piasde phiisir. S iî veut en faire de nouveau
h conquête, tais-Iui savoir que ’e ne pré*
pas le lu! cacher; que je suis ce
fodomoîitqm rempik IVdvers de sa valeuï
«Istante,
A a a,
^So L' A R r O STE,
L X V.
A ce récit, la coîere qni enflammolt!:
cœur de Roger parut sur son visage. D’aiioi
il aimoit beaucoup Frontin; venant de!:
paît d’où il venoit , il lui étoit plus ck
encore ; îf lui semble d’ailleurs qu’il a c
pris dans le dessein de l’outrager. Il ro::
qu’il se couvrira de honte et d’ignomink,
s’il ne se hâte de le reprendre à Rodoaioa,
et d’en tiret une juste vengeance.
L X V L
La demoiselle sert de guide à Roger jUS
s’arrête point, tant elle desire d;ie me-
aux mains avec son ennemi. Elle aiiivtaa
endroit ou le chemin se partage en deasjia
monte sur un coteau , l’autre descend re
une vallée , et tous deux aboutissent a ^
plaine où elle a laissé Rodomont. Le chaM
du coteau est plus court , mais raboteJi
celui de la vallée est beaucoup plas «'si
mais il est doux et facile.
c fi A H T X X V i. 2-f r
L X V.
Ascoitando Ruggier mostra nef voîto
Di qusnto sdegno acceso il cor gü sia.
Si, perche caro avria Froatino moka.
Si, perche venîa il dono, onde vem'a,
SH perche ia suo dispregio gli par tolta.
Tede che biasmo , e disonor gli fia
,
Se totio a Rodomonte non s’ afïretta >,
E sopia lui non fa degna vendetta.
L X V î.
ta Donna PvUggier guida, e non soggrorna,
Ctepoi !o brama coi P'agano a frontc;
E gicnge oïe ia strada fa due corna , ,
1 Mragiualpiano, ei’aitrova suaiînontea,
Eqaesro, e quel neüa vallea ritorna,
fav’ e!.a avea iâsciato Rodomoirte.
î’Mve era la via det colle ,
pin lunga assai , ma piàna , emolîc.
iSl L’ A R I O s T
L X V I 1.
1
Il dcsiderio , che condr.ee Ippaka '
|
D’ aver Frontino , e vendicat l’ olnaggio,
Fa che ’i sentier délia montagna calci,
Onde inolto più corto era il viaggio, ''
Per i’ a'tra intanto il B.e d’ Algier carfa
Coi Tartaro, e con gli altti, che dettobg-ï
E giù nel pian la via più facil tiene,
Ne con Ruggiero ad inconuar si tiaiî,
j
L X V I I I.
I
Già son le lor querele differite |
Fin che soccorso ad Agraaianîe sia,
(Questo sapete) ed han d’ ogniioi.;3
La cagion , Doralice in compagnia.
Ora ii successo deli’ istonaudîtej
Alla fontana è la lot dritta via,
Ove Aidigier , MarSsa , e Riceiaîdet»,
Malagigi , e Vivian stanno a
C K A KT T XX V L 2,83
L X V I 1.
1 le vif désir qui anime Hyppaîqne de voir
venger son Oücage , et de ravoir Frontin ,
lui fait préférer le chemin de la montagne
j
(juireadoit son voyage beaucoup p’us court.
Cependant ie Roi d’Aiger , çeiui deTartarie,
et ies autres que ;e vous ai nommés , che-
vaechoient du côté de la plaine parle chemia
j
le plus facile, de sorte que Roger ne put
j
les rencontrer.
I
L X V I I I.
j Déiàleur querelle est suspendue jusqu’à ce
qu’ils aient secouru Agraraant V’oas vous
rappeliez leur convention , et que Doralice ^
la cause de leurs débats, les accompagne;
écoutez donc maintenant la suite de l’his-
tûire. Leur chemin les conduit tout droit à
ia fontaine, où Aldigier , Marphise et R^
tiiardetjoù Maugis et Vivien se reposent 4
Itur aise.
i«0 L' A R î ï) s TE,
L X X V.
V akxo fiatel fa prima dd cugino
Con r arme indosso , e sul destrier sali-a;
E disfidato contra ij Saracino
Venne a scontrarlo a lutta briglia atdlio,
Risonb il colpo in mezzo a!i’ eimo im
Di quel Pagan sotto-Ia vista undito.
Yolo al ciel 1’ asta in quattro tronchirotti;
Ma non mosse ii Pagan pet quelia boM,
L X X V r.
il Pagan-ferî lui dai lato manco;
E perche ii coipo fa côn troppa ioiii,
Voco lo scudo , e la corazza maaco
Gii valse , che^’ aprir corne una scotia.
Passé y fecro ctadel r omero hianco:
'&iegô A-idigier ferito a poggia, e adoaJi
Tra fiori, ed etbe.alfin si vide aTvoiH,
aosso su 1’ aime., e paiiidoneî voit».
C H A K T ' XXVI.
L X X Y.
Aidlgiet, l’autrs frere , fut plutôt armé
çït son cousin , plutôt monté sur son
«evai. Plein d’audace , et défiant le Sat-
œin, il court à toute bride à sa rencontre.
Le coup retentit sur i’excelient casque dé
MsnJricard, un doigt au-dessous de la vi-
iitie; la lance voie au ciel en quatre éclats ^
“=•5 .’e payen n’est pas ébranlé de cette
itteinte.
L X X V I.
^
be Tirtire k frappe du côté gauche , et le
‘®P«t si vigoureux, que ni son écu,nî
etcote sa cuirasse ne ie garantissent j
Bh ^
i5)i L’ A R I O s T Ej
L X X V I I.
Richardet le suit de près ; il s’avat-î
fièrement , et met en arrêt une lance si p
santé , qu’il fait bien voir , comme ii Ta
montré souvent , qu’il est digne du tmeM
Paladin de France. Il en eut donné mit!
une preuve éclatante au Payen , s il tu
combattu avec des armes égales; ns!
spn chevai s’étant abattu sous lui, lia
renversé sans qu’il y eût de sa faute.
L X X V I I I.
Comme aucun autre chevalier ne se P
sentoit pont faire tête au Payen à la joKj
ii crut bien avoir conquis la dami ip-
,
regardoît, comme en étant le piitill" !
donc la trouver auprès de la fontame,- :
lui dit : Demoiselle , vous êtes a
si personne ne se présenté plus
Vous ne pouvez vous en defenil“^^
vous y refuser , car telles sont le
de la chevaîeiie.
I Chant X X Y L 255
I
L X X V J I.
I Con œoho ardir vkn Ricçiardetto apptesso 3
l nel veniie arxesîa si gran lancia,
i Chemostra ben, come ba mostrato spessoj
Che degnaraente è Paiadin dî Francia 5
li ai Psgan ne fâcea segno espresso.
,
Se fosse stato pari aüa biiancia ;
«a sozropra n’ andô j perché ü cavaH»
I
Gli cadde addossQ , e non già pei suo fallo»
L X X V I I I.
Pol chc aitro Cavalier non si d'imostra i
. i-îîe-al Pagan per giostrar volti ia fronte,
I gpadagnato deila giostra
I û Dobm ; e venne a !ei presse aüa fonte,
; damigetia, siete nostra 5
^ îltâ Don è per voi , che in sella monte,
*0‘potete negar, nè farne scusa,
ü lagion di. gneria cosr s’ nsa.
B& J
T ü A a' 1 O s
L XX I X.
Marhsa alzando con un viso- aîtieta
La faccia , disse : ii tuo parer molto erra,
lo tî concedo che diresu il vero
,
Ch’ io sarei tua per la ragion di giierra,
Çuando mio Signer fosse, o Cavafiero
Alcun di questi che hai gittato in tetra,
ïo sua non son , ne d’ altri son che nia!
ÏMîiique, me toiga a me chi me desk.
L X X X.
Sa sendb , e îancia adoperare anch’'ii!)
E più d’ un Cavaliero in terra ho poflo.
Datemi I’ arme ( disse ) e il destrier mio
Agli scudier , che 1’ irbbidiron tosfo-
Trasse la gonna; ed in farsesto uscio,
E.îe belle fattezze, e il ben dispos»
Corpo mostiQ , che m ciascuna s-a
îâot che nel viso, assimigîiâva a
C B A K T XX T L
L X X I X.
Maiphise, levant avec détiartr sa tête
s’iiere : tu te trompes fort im' dk-e’-k ,
dans tes pro^ts. Je conviens gii’en elFer je
t’appartiendrois parles droits delà guerre,,
sirar, de ceux que tu viens d'abattre étoir
a:on Seigneur ou mon Chevaüert mais je
re dépends pas d’eux , je n’appartiens qu’à
noi : ii faut donc que quiconque veut m’ob-
î£a:r triomphe de moi -meme,
L X X X.
Jisais aussi porter un écu, manier une
iance, et j’ai fait mordre la poussière à
d an Chevalier. Qu’on me donne mes
trœes et mon cheval , cria-t-elie à ses
ttcveisj qai Jqj obéirent sur l’heure. Sou^
MineLe ôte sa robe , reste en simple juste
,
laisse voit ainsi- les grâces de sa. taille
,
e.egante proportion de son beau eorps r
osteaelle ressemble au Dieu Mars, excepta
*2 visage.
1^6 L’Ab-iosts;
L X X X 1.
Couverte Je ses armes , elle ceint s*
épée , et d*un saut léger moate sai
son palefroi. Trois fois elle le poassî
deçà , delà 5 trois fois elle le fait cais.
coter à droite, à gauche i et déSant It
Sarrasin , elle met en arrêt sa forte lance,
et commence le combat. Telle dans b
champs Troyens devoît être Penthésiiéj
maichant contre Açhille le Thessaliea.
L X X X I L
Bans cette superbe course , les laacesst
brisent comme du verre jusqu’à la poignet,
|
et les deux champions ne paroissent pas
|
plier seulement d°un doigt. Maiphiît, ;
curieuse de s’assurer si en combatti"
j
de plus près , elle n’auroît pas contre t
fier Fayen plus d’avantages , revient
kî l’épée \ la mais.
L X X X L
Pûi che fil aimata, la spada si cînss,
ï sul destrier monto d’ un leggier salto i
Hqnà, elà tte voîte, e più lo spinse ;
ï qnicci, e quindi fe girare in alto ;
E poi sfidandp il Saracino , strinse •
la grossa lancia , e cominjiô 1’ assaltp»
Tal nel campo Trojan Fentesilea
Coatia ilTessalo Achille esser dpvea.
L X XX I î.
le lance infinp al cake si fiaccaro j
A quel superbp sçpntro, cpine vetroj
Ne perd chi le cprsero piegaro
,
Che si notasse, un dito soIp a dietro^j
Matfisa , che volea cpnoscer chiarp , *
Se a più stretta battaglia simil métro
le servlrebbe contra il fier Pagano ,
Se gli tiyplse con îa spada in marig.
L’ A Si I O s 7 g
L X X X II],
EestcmmiffiICkïo, egli eiementiücadj
Psgan, poi che restar !a vide ûi seüa.
£Ua, che gll_pens6 romper lo scudo,
Non men sdegnosa contra i! cîe! faveüa.
Gia ] nno, e !’ altro ha râ mano il ferro nsdo,
E su le fatal arme si maiteila :
E’ arme fatali han parimente intornoj
Che mai non bisognai più di quel gionio.
L X X X I y.
Sibuonaè quellapiastra, equeifeinagM,
Che spada , o lancia non le taglia, ofora;
Si che potea seguir 1’ aspra battagiia
Tiittoquelgîorno, ef altro appresso sncoia;
Ma Rodomonte in mezzo lor si scaglisj
E riprende il riva! délia dimora,
Dîcendo : se battagiia pur far vaoi,
Eîiiîam la eominciata oggi fra aoî.
C H A K T X X V ï. 25,5
L X X X I I L
le Satiasin féroce , en la voyant tester
K selîe, maudit le ciel et les élémens. la
gaeniere, qui croyoit avoir rompu l’écu
de Mandricard , ne 'Vomit pas moins de
blasphèmes. Déjà l’un et l’autre a l’épée nue
s la main, et frappe à coups redoublés sur
leuis armes enchantées. Elles sont enchan"
tées également lés armes qui les couvrent,
ît nearent /amais besoin de l’être autant
gte ce ;oui-là.
L X X X I V.
les mailles qui .forment leurs plastrons
de si bonne trempe, que ni la laale
B I épée ne peut les tailler ou les percer,
biî tex combat pouvoir durer tout le Jour,,
Jour suivant encore , mais B.odcîr.or,£
«jette au milieu d’eux, et reprochant à
«ti rivai les retards dont il est cause : si
Jas,ant d envie de te battre, lui dit-il,
5 sons pmrot le combat quç nous avons
efflnencé.
5c5 L’ a r I o s t e,
X C I.
Segaia Ruggiero in fretîa ii Saiacino
Pet r orme J che apparian nelia via pian;
Ma non lo giunse prima che viciao
Con Mandricardo il vide alla fontana. i
Già promesso s’ avean , che per camniiB
L’ un non farcbbe ail’ altro cosastrasa,
Kè fin che al campo si fosse soccoiso,
A cui Carlo era appresso à porte il marsa.
X C I I.
Quivi ginnto Ruggier Frontin co'no'oit, i
E coaobbe per lui chi addosso gli en, \
E su la lancia fe le spalle gobbe, j
E sËdo r African con voce altéra;
Rvodomonte quel di fe pià che Giosbe
Poi che domo la sua snperbia fiera,
E ricuso la pugna, che avea nsanza
Eî sempre egii cercar con oghi istanzî
A-JÎ T X X V L 507
X C L
Roger suivo;t donc d^ine marche lapH®
ks traces formées par le Sarrasin j lîiais it
K pat le joindre qu’à la fontaine ^ oh ii
’apoereat auprès de Mandticard. Déjà cha-
£DD s’étoit promis de ne pas s’attaquer-
peadant la route, ni jusqu’à ce qu’on eût
délivré l’armée à laquelle Charlemagne
émir tout près d’imposer le joug.
X C I I.
5.(^er, eg arrivant, reconnut ïrontm^
et Pioatin lui fit reconnoître celai qui te'
noBtoit, Soudain ii se cour'oe sur sa lance
tt, d’one voix menaçante il défie l’Afri-
oia.Rodomont, dans ce jour, surpassa Job
« patience. Il eut la ibice de dompter son
fcoce orgueil , et de refuser de se batae
^qui avoit coutume d’en chercher toutes
® OCCEsioBS.
joS L’ A B. I O s r Ej
X C I I I.
C’est le premier et le dernier joMoc
le Roi d’Alger ait fait un refus seaibUbit
Mais le désir d’aller tous ensem'bis n
secours du Roi, lui paroît si louable, qae,
Certain même de saisît Roger aussi fadt'
ment que l’agile et léger léopard saisit i:
lievre, il ne voudroit pas s’arrètei.ate;
lui seulement le temps de faire un cotp
d’épée ou deux.
X C I V.
Ajoutez qu’il n’ignore pas que celui qt
le défie pour ravoir Frontin , est Roger,
ce chevalier si fameux , qu’aucun antreai
une réputation aussi éclatante, que ces
l’homme dont il desire le pius d’eprouta
par lui-même la valeur; et cependant il a
veut pas accepter l’entreprise, tantlesieÿ
ou est rédaît son Roi lui tient âB ccf’**''
c SAN T XXVI.
X C I I I.
Il primo giorno, e F ultiino, che Pngna
Mai licusâsse il Re d’ Algier , fu questo j
}!a tanto il desiderio , che si gingna
In soccoisQ al suo Re , gli pare onesto ,
Ck se credesse aver Roggier iiell’ ugna ,
î4 che mai lepre ii pardo isnello e presto »
Non si vorriâ fermar tanto con lai
Ck fesse un colpo délia spada, o dui»
X e I V.
dggitngi che sâpea , ch’ era Ruggicfo.,
Che seco, per Frontin facea battaglia »
Tanto famoso, che altro Cavaîiero
e, che a par di lui di gloria saglia i
! oom, che bramato ha di saper per vero
Tsperrmento quantô in arme vagîiaj
T put non vuol seco accettar l’ impresa j
Tanto P assedio del suo Re gli pesa.
L’ A B. I O s î ï
X C V.
;io
Trecento miglia sarebbeîto, emiSt
Se cio non fosse, a comperar ts! îite;
Ma se r avesse oggi sfidato Achille,
Pik fatto non avria di qnel cheuà te;
Tanto a quel panto sotto le favliie
Xe iîamme avea del suo ftiior sopite.
Narra a Ruggier perche pugna lifiai;
Xd aoco ii prega che l’ impresa ajaiî,
X C V J.
che facendoi , fa rà quel che faràere
Aî suo Sigtiore un Cavalier fedefe.
Sempre che questo asscdiu poi siieve,
Avran ben tempo da hnirquerele.
Ruggier lispose a lui ; œi saràlier'c
Differir questa pugna fia che de le
Forze di Carlo si tragga Agramaate,
Fur che mi leadî Ü mio f rômincrica^
c E A ST T X X V I. 2îf
J-
I
X C V.
Sacs cette raison , ii aurait fait cent
lises , miiie iieues , pour trouver pareille
jratEre; mais ce ionr-Ià , il auroit été
fciepar ftchiile lui-même , qu’il a’en auroit
pas pics fait que je ne vous ai dit , tant les
Samates de sa fkeur habituelle étaient
alors assoupies dans son ame. Il raconte à
Roja la cause de son refus , et le prie
même de concourir à l’entreprise.
X C V L
Il lai représente que c’est faire ce que
to5t ’hevalier fidèle doit à son Seigneur ;
Oüde siège levé une fois, ils auront tou-
ners bien lé temps de terminer leur qûe-
rtle Je consens volontiers, ditE.ogex, à
éïéietce combat , jusqu’à ce qu’Agramant
soir à l’abri des atteintes de Charlemagne ,
posrvn qu’avant tout , tu me rendes mon
î'oeva! Ftontin.
jîi L’ A a, I 0 s T s,
X C V I I.
si tu rsax que j’attende que nous sovc®
au camp , pour te prouver que ta as fà
une lâcheté , que tu as fait une actiaa ij.
digne d’un brave homme , en enlevant œaj
cheval des mains d’une femme , à la bonct
heure j mais laisse-ià Froatin ; lemets-isa
mon pouvoir , sinon ne t’attends pas qasjt
consente à remettre le combat, ni qse;;
t’accorde seulement une heure de cèvî.
X C V I I I.
Tandis que Roger-veut obtenir de I’AK-
cain , à l’instant même , pu la bataille on sot
cheval, et que celui-ci traîne enlongaœ
l’une et l’autre demande , sans vouloit w
livrer le cheval , ni s’arrêter , voilà qj;
d’un autre côté, Mandticard élève uniio:-
veau débat, en voyant Roger porter pt®
enseigne cet oiseau qui fègne ssr toss te
autres.
C s A N T XXVI. irj
X C Y I 1.
Se di provarti che hai fatto gran faîîo ,
îtitto liai cosa indegna-ad un nona forte,
D’aver tolto a una Donna il mio cavaîlo,
Vuoicîi’ioprolunghi finehe siame in Cotte,
Lisciâ Frontino , e nel mio aibitrio dailo.
Xoapensare akrimente ch’ io sopporte ,
Ciie la battaglia qui tra noi non segiia ,
0 ch io îi faccia sol d’ un’ ora tregiia,
X C V I I L
Mentte Rüggieto a!I’ African domanda
OFtomino, ohaftaglia aiïora aîlora
,
îiiaeho Inlnngo e î’ uno , e l’ altïo manda ,
®vBoI date il destrier, ne far dimora,
^dticardo ne vien da un’ altra banda ,
boette in campo un’ altra lire ancora j
^^‘che rede Ruggier, che per insegna,
che sopra g!i altri régna.
Tome VL DA
L’AB.iOSTE>
X C I X.
'5 H
' Neî catnpo azzur !’ Aquila bian:a avea,
Che de’ Trojani fu l’insegna be!la.
Perche Ruggier 1’ origine traea
Da! fortissimo Ettot portava oaeîla;
Ma questo Mandticatdo non sapea,
Nè vuôî patire, e grande ingiuria appela,
Che nelio scudo un akro debba porte
li’ Aquiia bîanca del fàinoso Ettoriê.
C.
Fortava Mandricardo siiuilmenre
L’ aagel , che xapi in Ida Ganiniede.
Corne 1’ ebbe quel dt , che fu vincess
Al Castel periglioso , per meiceie,
Credo vi sia con I’ altre istoiie a mcntei
E corne queila Fata glielq diede
Con tutte le bell’ arme che Vulwao
Avea già date al Cavalier Trojano-
Chant XXVI. 515
X C I X.
Cette aigle blanche en champ d’aEur,
oui fut jadis la noble enseigne de Troye,
Roger la portoir , .parce qu’il tiroit son
0,'igine du vaillant Kectoï ; mais c’est ca
qa’ignoroiî Mandricard. - Il ne veut pas
soufitii,il regarde comme unafifroM , qu’un
sütteque lai ose porter sur son écu l’aigle
fckcche du fameux hérps de Tioye.
C.
le Târtare portott aussi cet ofseati
le mont Ida, ravit Ganimède. Si vous
ro'js uppellez ks autres histoires , je croie
«tvotts devez vous souvenu aussi d« jour
«ï il l'obtint pour récompense , lorsqu’il
*s*tiî triomphant du château périlleux , et
roaiaent la Fee le lut donna , avec tontC'
^^îte magnifique dont Vulcainfît présent
jtfiaa Chevalier Troyen,
Dd 4
5i2 L’Ab-IOsts,
C V I I.
Prima credendo d’ acquistar Marfîsa,
Permato s’ era a far piu d’ nna giostra;
Or per privât Riiggier d’ una divisa,
Di curât poco il Re Agramante raostn.
Se pur { dkea ) deî fate a questa guisa,
Finiam prima tra noi la lire ncstra,
Cor.veniente , e più débita assai,
Che alciu» di quest’ altte , che prese lai.
C V I I I. .
Coa tal condizion fu stabilita
la tregua , e questo accorda , ch" è ftaiEB.
Corne la pugaa teco avro fînita, ^
Foi de! destrier risponderà a costai.
Ta del tuo scudo, limaaendo in vita,
la lite avrai da terminar con lui : ,
àla ti daib da fat tanto, mi spero, ,
9 '
'
^
'
Che non n’ avanzéià troppo a RuggieJd
I Chant X X V I. 315
C V I î.
D’aboid , dans l’espoir de conquérir Mât"
p&t, il s’étoit amusé à faire plus d’une
klte; maintenant, pour ôter une devise
îKoger, il montroic le peu d’intérêt qu’il
pad au Roi Agramant. Si tu as envie ,
di»it-i!, d’en agir de la sorte, finissons
ifjboid notre dilférend ; il est , sans con-
céda , plus Juste et plus important qu’aucun
it ceux ou tu t’es engagé depuis.
C V I I I.
SoDge que c’est là la condition de la
“te, et de l’accord établi entre nous»
IJuad nous aurons terminé notre comba't
*eable, je rendrai raison à celui-ci de
«û cheval 5 ou si tu restes en vie , tu
epreadras avec lui ta querelle au sujet de
^ cai J mais j’espeie te don®-! th®* <ds
qu’il ne restera pas ^rajid’cjiQse!
* -sirç s. K.ogsr,
S2.4 L’ A 5- I O ^ T
C I X.
Cela ne se passera pas comme tu l’îais.
gînes, répondit Alandricard à Rodomont:
c’est moi qui t’en donnerai plus que tun’tj
•voudras i je te ferai suer des pieds à iatéte;
«t ma force-, qui ne s’épuise jamais plus
que l’eau d’une source vive ,-me laissera les
anoyens de faire face a Roger , a miJe antres
avec lui , au monde entier , s’il veut aroif
~affaite à moi.
C X.
Ainsi , de i’un et de Pautre côté, chacnn
^es adveisaires redoafcloit ses outrages et
ses menaces. Le furieux Alandricard entre*
prend à-ia-foss Rodomont et Roger CeluKi,
qui n’est pas fait pour souffrir qa’oB le tare,
ce vent plus d’acc-ord, ne respire que quereU:
-et combat. -Alarphise va tantôt à 1 un, raatàt
à l’autre, pour tout raccommoder; mî*
seuk, «Se fl’en-peiK venir à bout.
c H A lï T xxyi, 32Ç
c I X.
la parte, che ti peftsi, iiori n’ àvrai,
ïiifose Mandricardo a Rodoœonte.
lo te ne daro pin che non vorrai
,
lîifaro sudar dàl piè alla fiontei
Este ne rimarra per darne assai
i
(Come non manea mai i’ acqua del fonte)
ed a mili’ aîtri seco,
Ejatto il Monde , ehe la voglia ineco,
C X
Moltiplicâvan I’ ire , e le parok
îado dâ questo , e quando da quel îattn
’ '^“S-adomonte, e con Ruggier la vuok
•wo in an tempo Mandricardo irato.
i oitraggio sopportarnonsüoie,
, ÜM TOoI pid accordo , anai litigio , e piato,
I
'«fea or ya da qnesto , or da quel canto ,
-«parai, ma non pao sola tanta,
Êê
Tome Vl
^t6 U A s. I O s T E ^
C X L
Coire i! villaa , se fuot pet le alte spoBdj
Tiape'ail fiume, e cetca nuova sîtada,
Fietîoloso a^ietar che non affonde
j[ verdi paschi, e la sperata biada,
Chiude una via , ed un’ aîtra , e si confoni;
Chè se ripata quinci che non cada,
-Quindi vede lasciar gli argini molli,
fuoi r acqua-spicc;arr:onpittrainpoi!i,
C X I I,
•Cosî, mentreB-uggiero , e MandiltaîdO)
ï Rodomcnte son tutti soazopia,
Che-agnun vcol dimostiarsi più gagliaibi
Ed ai compagni rimaner di sopra,
Jvîaifisa ad acchetarli avea riguaido,
E s’ affatica, e perde il tempo , e T opta,
•Chè, corne ne spîcca uno, e !o ïititai
Gli akri dao risalir yede coh iw.
C ff A N T X X V I. ixy
C X I.
Comme ie Labourear qui Voit les eaus
la feuve prêtes à percer ses digues éle-
!» , et à se frayer une route nouvelle j.
rat 3 empêcher qu’elles n’engloutissent
I «States prairies et l’espoir de sa moisson
,
iiçaie tantôt une brèche, tantôt une autre j
;.!« consume en vains efforts,, car tandis
:e d’on côté ses soins s’opposent au de*
iHctnent, de l’autre il voit ses remparts
t^es ceder à la violence des eaux, qui
teappent à gros bouillons.
C X I I.
W:, tandis que Roger, que idandri-
*'•> tjue Kodoiîiont sont acharnés
att l’autre , que chacun veut montret
le plus vaillant, et l’emporter sur
®d'ersaites , Marphise ne s’dccupoîtqu’à
*"?paiser : elle se fatigue en vain; elle
son tems et sa peine ; car, dès qu’elle
’^patcan, et le retire de la mêlée, elle
deux autres s’attaquer avec fureur.
Ee X
’^îS L’ A B. I O s T E ;
C X I I L
Za gnerriete , qui vouloit pourtant les sc;
eqrder, leur crie : Chevalieis, écoutez moa
avis. Suspendre tout différend jusqn’à'c!
qu’Agramant soit hors de péril, est le parti
le plus raisonnable : si cependant ctara
de vous s’obstine à suivre sa querede, je
reprends la mienne avec Mandricard ; je rea
voir enfin s’il est capable , ainsi qa’tl le
prétend, de triompher de moi par lafcict
des armes.
C X I V, ‘
Mais si l’on préféré de secourir Agra*
tnant , secourons-le , et qu'il ne soit pits
question de dispute entre nous. Ce ne sera
pas moi qui retarderai ce prçiet , dit S-oger,
pourvu qu’on me rende mon cheval. Qt!
B-odomoiit me rende mon cheval, en tc
mot , ou qu’il le défende : il faut cbsch*
m,ent ou que je reste mort sur la piacci
ou que ce soit sur mon couistçi qu* !'
retourne au camp.
' Chant XXVI. 52^
C X I I L
MaiÊsa, che volea porli d’ accorde»
* I)i.ta:Signoii ^ udite il mio consîglio }
I^feire ogni Ute è buon ricordo
, iï che Agramante sia fiior di periglio.
i
ÿ!|ncn vuoie al suo fatto essere ingorda^
Iri’ io con Mandricardo mi ripiglio »
ÎTo’ïedere alfiii se guadagnarme
,
C:neegli lia dett o ^ è buott per forza d’ arme»
C X I V.
•Ma SC à de’ soccoirere Agramante»
'acœrrasi j e tra noi non si contenda.
' se non si starà. d^ andare innante
,
!)'4se auggier J put che ’I destrier si tendai;
Ocie mi dia ii cavalio (a far di tante
‘apaio'a) 0 che da me il difenda.
j
^deqniiijorto ho daiestaie, o çh’ ici
I ho da totnar sul destrier mio^
I
j Ee %
350 L’ A s. I O s T '
C X V.
BJspose Rodomonte : ottener questo
Nonfiacosî, corne que!!' altro, üeve;
E seguito dicendo : io tî prctesto
,
Che se afcun danno il nostro Re riceve,
Fia per tua colpa ; ch’ io per me non resta
Di fare a tempo quel che far si dev&
Ruggiero a quel protesto poco bada.
Ma stretto dal furor stringe la spada.
C X V I.
Al Re d’ Algier, corne cinghial, s! scagÜa
E I’ urta con lo scado, e con la spaiia,
E in modo lo disordina, esbaraglia,
Che fa che d’ una staffa il piè g:i falla.
Mandricardo gli grida : o la battaglia
D;fFetisci , Ruggiero , o meco falla:
E crudele, e fellon tnù che mai fosse,
Ruggier suli’ elmo in qaesto dir peicosst
Chant X X V I. jji
C X V.
Tii n’obtiendras pas ce dernier si facfl--
Mt que l’autre, répliqua Rodoœont; mais
leproteste ici , continua-t-il , que , s’il arrive
/ ut.qae maihèur a notre Roi , ce sera par ea
; tîÿtc . il ne tient pas a moi que nous ne
n:Vions à temps ce que nous dicte le devoir.
Soger s’embarrasse peu de ces proresta-
;MDSî mais , ivre de fureur, il empoigne
w cpée.
C X Y I.
j E s’élance comme un sanglier sur le Roi
t’Algit,le heurte avec son écu, avec soa
P3'J,e,Ie presse, le met dans un tel dé-
lire , qu’il lui fait sortir un pied de Tétrier.
i'ne, Roger, lui crie Maridricard, ou
®>bats avec moi ; et en dfs'aht cés mots ,
féroce, plus dé’oya! qu'ii ne le fut
il fait tomber sur le casque ds:-
%et an coup terrible.
JîS L’ A R I O s T E,
C X X I I I.
îu il colpo di Ruggier di si gran forzi,
Che fece in su la groppa di Ftontino
Percuotet 1’ e!mo , e quelia dura scorza,
Di che avea armato il dosso ilSaracino;
E lui tre volte , e quattro a poggia , ç ai o:a
Piegar per gire iti terra a capo china;
E la spada egli ancora avria perdura,
Se iegata alla man non fosse sata.
C X X I V.
Avea Marfisa a Mandricardo intanta
Eatto sudar la fronte, il viso , e il petto,
Ed egli avera a lei fatto aîtrettanto :
Ma si P ûsbergo d’ atnbi era perfetto,
Che mai poter falsario în nessnn canto
,
E stati eran sin qui pari in efetto ;
Ma in un voltar che fece il suo destneio
,
Bisogno ebbe Marfisa di Ruggiero.
Chant XXVI. 359
C X X I I L
C: coup fut S! teuibîe j que le Sarrasia
üa toucher la croupe de Frontin de son
' wqae, et de la dure écaille doat son dos
ecit armé. Trois ou quatre fols chance-
itt à droite et à gauche, il fut près de
; tcŒber à terre la tête la première. II auroit
1 Kssi perdu son épée , si elle sî’avoit été
! iWchée à son bras,
C X X I V.
I
j Cependant Marphise avoit assez mal
itné Mandricard , pour le faire suer de
iiîéteaux pieds, et il ne uaitoit pas miecs
«gtietriere; mais leurs armes sont si par-'
utes à l’un et à l’autre , qu'ils ne peuvent
« fausser en aucun endroit, et jusqu’alors
arantage étoit égal; mais, dans une volte
’-t £t le cheval de Marphise , le secours
^ Roger lui fm bien utile.
Ff ^
540 L’Arioste,
. C X X V.
En tournant un peu court sur le taKtjj
humide , le cheval de la guerrieie glissa d;
façon, -qu’il ne put s’empêcher de tombe
tont-à-fait sut le côté droit ; et voulant se
relever soudain , le Payen vint à la traterse,
monté sur Bridedor , le heurta brutalement,
et le fit tomber de nouveau.
C X X V I,
F,oger voyant notre Héroïne à terre a
fort dans l’embarras , ne tarde pas à ia
secourir. Il en avoir le loisir alors , car son
adversaire , hors de lui-même , étoit en-
traîné an loin. Il porte un coup sut le cas*
que du Tartare , et lui auroit fendu la tète
comme une pomme , s’il eût eu en main
Balizarde, ou si -Mandricard euteassih
tête un autre armçt.
Cmast XX VL
C X X V.
B destrier dr Marfisa in nn voltarsf
Ût fece stretto, ov’ era moüe ii pratct »
itocciolo in guisa che non pote aitarsi-
ti ton tutto cader snl destro kto ;
I Bel ïoleie in fretta rilevarsi ,
Di Biigliador fa pel traverse urtato
,
Couche il Pagan poco cortese venne»
Stiie cader dî nuovo gli cotivenne^
C X X V 1.
che la Donzella a mal partît©
^«giacer, non differi il soccozscr,
Ctciiel’ agio ne avea , poi che sfordîto
^selontan quell’ altro era trascorso.
®s!id elino il Tartarc; e partit©
colpo gli avik il capo corne nn tors©;,
Balisarda avesse avuta,
*^haa5iicardo in capo altra barbata.
SV
542 U A R I O s T B ,
C X X V I I.
Il Re d’ Algier, che si tisente ia questo,
Si volge intorno, e Ricciaidetto vede,
E si ricordâ , cbe gli fu molesto
Dianzi, qiiando soccotso a Raggiet diede:
A lui si drizza, e saria stato presto
A daigli del ben fare aspra mercede,
Se coa grande atte, e nuovo incanto tosto
îîon se gli fosse Maiagigi opposto.
C X X V I I I.
Maiagigi J che sa d’ ogai malia
Quel che ne sappia alcun Mago eccellente,
Ancor che ’l libio suo seco non sia,
Con che fermare il Sole era possente,
Pur la scoiîgiurazione , onde soha
Comandare ai Demonj , aveva a meure.
Tosto in corpo al ronziao un ne costriege
Di Doralice, ed in furor lo spinge.
Chant XXVL 34^
C X X V I 1.
I le Roi d’Aiger , qai reprend ses sens
• ;siiaRt cet inteivalle, regarde autour de
ü,3pperçoit Richardet , et se rappelle le
oitqu’il vient de lui faire, en portant du
Konis à Roger. Il court à lui , et alloît
ji faite payer cher cette bonne oeuvre, si
æ sa grande puissance, et par un nouvel
Qcliantement, Maugis ne s’y fût soüdairs
apposé.
C XX V I I I.
Maogis , qui sait de cet art autant qn’eiî
prisse savoir le Magicien le plus habile ,
ppoiqu’il n’ait pas avec lui le grimoire
nec leqae! il a le pouvoir d’arrêter le
:oleii , se rappelle cependant la formule
sert à commander aux démons. Il
®tait entrer un dans le corps de la mon-
ne de Doraliee , qui le met en fureuî
K-le-champ.
544 L*As.igsts,
C X X I X.
Avec de simpies paroles , le fieredeVîviea
fit entrer un des Anges de Minos dans la
paisible haquenée que montoitla fille du Roi
Stoidilan ; et ce pauvre cheval qui jamais ne
s’étoit ému qu’autant qu’il le falloit pour
obéir à la main , fait tout-à-coup un saut en
l’air de trente pieds de long, et de seize de
hauteur.
C X X X.
Le saut fut grand , mais pas assez rude
néanmoins pour faire perdre la selle à Dora-
lice. En se voyant ainsi en l’air, cette jeune
Princesse se tint pour morte , et se mit à
crier de toute sa force. Après ce saut pro-
digieux , ce roussin , que le diable emporte,
l’entraîne avec lui malgré ses clameurs, et
s’enfuit avec tant de vitesse, qu’une Sèche
ns l’auroit pas atteint.
Chant XXVI. 545
c X X I X.
Nd mansuïto abino , che sul doss»
Ayealafiglia del Re Stotdilano,
ftceentiare an degii Angel di Mihosso
Sol coa parole il frate di Viviano :
Eqseljche dianzi mai non s’ era mosso^
St non qaaxito abo-idito avea alla mano,
Oid’âaprovviso spicco in aria un saho^
Chctientapiè fu iungo, e sedici alto._
C X X X.
îa grande il saito ; non peto di sortes
CkiK dovesse alcua perder la sellai
?“*do si vide in alto grido forte
(Cii'e si renne per snorta ) la Donzella.
Qtdronzin, corne il Diavol selo porte j.
V an gran saito se ne va con quella ,
Oiepargiida soccorso , in tanta fretta,
'^nan P avrebbe glunto una saettaj,
54 ^ L ’ A a. I O s T E
,
C X X X I.
Daüa battaglia il figlio d’ Ulieno
Si levo al primo suon d: quella voce
,
E dove furiava il palafreno
Per la Donna ajutar n’ ando veloce.
Mandricardo di lui non fece meno
,
Ne più a Ruggiet , ne pib a Marfisanuoce;
Ma senza chteder loro o paci , o tregue
E Rodomonre, e Dorabce segue.
C X X X 1. 1.
' MarSsa inraato si ievô di terra
,
E lutta atdendo di disdegno, e d’ ira,
Credesi far la sua vendetta , ed erra
,
Chè ttoppo lungi il suo nemico mua.
Kuggier , che aver tal fin vede la gaetra,
Rugge corne un îeon , non che sospita :
Beu sanao che Frontino, e Brîgüadoio
Giunger non ponno coi cavaili loro.
Chant X X V L 347
C X X X 1.
Au premier son de sa voix, le fils d’ülien
gcitte ia bataiiie , et vole au secours de la
àiEe,dacôté où se démenoic le furieux
plefroy. Mandricard en fait de même,
aïs s’occuper davantage de Marphise et
àRoper, et sans leur demander ni paix nr
nire , il se met à suivre Doralice et
Rodomont,
C X X X I L
Cependant Marphise se releve , et toute
siammée de dépit et de courroux , elle
croit qu’elle va se venger; elle se trompe:
te apperçoit son ennemi déjà beaucoup
“0? loin. Roger ne soupire pas , il rugit
tomne un lion , de voir que le combat a
Sc pareille issue. Us savent bien tous deux
Ç-srec leurs chevaux , ils ne penvecî
''ioindre fiondn et Bridedor.
CHANT VINGT-SEPTIEME.
I.
Quand les femmes prennent un parti J
ITmproviste, souvent il vaut mieux que s’il
avoir été médité ; c’est un avantage particu-
lier , une grâce spéciale , qu’avec tant d’autres
elles ont reçue du ciel. Les hommes jua con-
traire, en prennent rarement de bons sans
le secours d’une mûre délibération, sans
avoir employé à y réfléchir beaucoup de
tems, de soins et dé peine.
I I.
Le parti que Maiigis trouva bon d’-apoid,
ne l’éto'it pourtant gueres , quoiqu’il seivît,
comme je l’ai dit, à délivrer son cousin
Richardet du plus extrême danger. £n or-
donnant à l’esprit infernal d’éloigner Sodo-
mont et le fils d’Agrican, il ne prit pis
garde que ces guerriers n’en seroient que
plutôt conduits à4a mine des Ciiietiêus-
CANTO VENTESIMOSETTIMO.
I.
Molli consigli delle Donne sono
Jfeglio improvvîso che a pensarvi uscitîg
Ûèqaesto è spéciale, e proprio dono
In tant! e tanti lor dal ciel largiti ;
Mapaè ma! quel degli uomini esseï buoîîo^
Cie maturo discorso non aiti
,
Oïe non s’ abbia a ruminarvi sopra
Sfcsoalcuj! tempo, emolto studio, ed optas
I 1.
Parve, e non fu peio buono il consîgüo
Pi Malagig! , ancor che ( coine ho detto)
Pk qaesto di grandissimo periglio •
bteiasse il engin suo Riccrardetto.
iietare indi Rodomonte, e il figlio
ilfiRe Agiican !o spitto avea eostrette»,
^^l'cttendo che sarebbon tratèi
•“is 1 Ctistian vi riinaixian disfattî»
55^ L’Aa.iosT2j
I I I.
Ma , se spazîo a pensarvi avesse avuto,.
Creder si pu6 che dato similmente.
Al suo Cugino aviia débite ajnto.
Ne fatto danno alla Cristiana gente.
Comandare allo Spirto avria potato,
Che alla via di Levante , o di Ponente
Si dilungata avesse la Donzella
,
Che non n’ udisse Piancia più novella.
I V*
Cosî glî amant: suoi T avrîan segnita,.
Corne a Parigi anco in ogn’ altro iocoj
Ma fu qaesta avveitenza iaavveitka
Da Malagigi , per pensarvi pocoj
E la Malignité dal cieL bandîta
,
Che sempre vorria saagae> e sttage, efoeo,
Pieseîa via, donde più Carlo afflisse,
Eoi che nessuna il,niastxo leprescnsse:
C H A îiT T XXYîI. ?,57
I 1 I.
Mais s’il avoit eu le tems d’y songer j iî
ta à présumer qu’il aurolt su de même se-
tocriison cousin , ainsi qu’il le devoit , sans
causer à sa nation un si grand dommage. Il
l'avoit qu’à commander au démon d’empor-
tasiloin la Princesse versl’oiient ou i’occi»
j
èfflt, que jamais en France on n’en eût
ftieada parier.
I F.
, Ses amans l’auroîent suivie en tous lîeuiE
j
lOM aussi bien que vers Paris ; mais Maugîs
! commit alors Fétourderie la plus marquée ,
wnr y avoir trop peu pensé ; et le malin
,
itprouvé des ci eux , qui ne respire que sang ,
famme et carnage , voyant que son maîcre
^tlaiprescirvoit aucun chemin , prit juste»
celui qui pouvoir causer le plus de toït
*'<liatlcinagne.
35S Ak.IOSTEj
V.
le palefroi qu’animoit ce démon, cof
tmue d’emporter la tremblante Doraiice; ria
ne peut l’arrêter, ni les livieres, ni moi»!
encore les fossés , les bois , les marais, !ci
cochers , les précipices. H passe touta traven
le camp des François^^, des Anglois, et dss
antres nations rassem.blées sons les étenéarJj
da Christ , et ne s’arrête enfin qu’à la lentt
de son pere le Roi de Grenade.
V 1.
Rodomont et le fils d’Agrican la suivirttt
quelque tems le premier jour, tant qn’ü
purent l’appercevoir un peu , quoique defe
loin. Eientot ils la perdirent de vue, être
suivirent plus que sa piste, comme iechitt
dresse a découvrir celle du lièvre et du cbe
vreuil. Ils ne s’arrêtèrent qu’aux approtte
da camp , où ils apprirent que la Piiiîctsst
*to!t auprès de son pere.
C H A N T XX Vlî. 55$
V.
Ilpalafren , che avea il Demonîo al fiaaco,
Porto la spaveatata Doralice,
Cie non pote atiestarla fiume, e manco
lossa, bosco , palade , erta , o pendice
,
rkhèper mezzo il campo Inglese, e Franco,
El’altra aïoltitudine fautrice
Dell' insegne di Cristo , rassegaata
Kon r ebbe ai padre suo , Re di Granata.
V I.
Rodomonte col figlio d’ Agricane
b seguitaro il primo giorno un pezzo ,
Cbè le vedean le spalle , ma lontane ;
M vista poi perderonla da sezzo ,
^ ''çnnet per la traccia, corne il cane
ukpie, O il capiiol trovare avvezzo;
Rî si fermât che futo in parte , dove
ch’ era col padre , ebbono novs.
a^o L’ A s. I 0 STE,
V I I.
•Gùardati , Catio , che ti viene a dosso
Tanto furor, ch’ io non ti veggo scampo.
Nè qaesti.pur , ma il Re Gradasso è mosso
Con Sacripante a danno del tuo campa.
I.ortuna per toccarti fiao ali’ osso
Ti toile a un tempo l’ uno , e l’ altro lampo
Di forzaj -c di saper , che vivea teco,
£ tu rimaso in tenebre sei cieco.
VIII.
ïo ti dico d’ Orlando., e di Rinaido |
Chè r uno al tutto farîoso , e folle,
Al sereno, alla picggia, a! freddo, alcaldo
Nudo va discotrendo il piano , e ’i colle;
L’ altro., con senno non troppo più saido,
Da presSo al.gran bisogno ti si toile: .
Chè non trovando Angelica in Parigi;
Si parte, e Ta cercandone vestigi.
Chant XXVIL ^St
V I I.
Charles, prends garde à toi 5 te roilà me»
nîLÈ d’une si furieuse tempête , que je ne
rois plus pour toi de salut. Non-seulement
CCS guerriers , mars Gradasse et Sacripant
s’avancent pour achever Ja perte de ton
armée; et ia fortune, pour te porter des
coups plus cruels , f enleve en méme-teins
les deux flambeaux qui t’éclairoientpaileut
prudence et leur valeur ; tu es resté comme
iayeiigie au milieu des ténèbres.
V I I L
J« parie de Roland et de Renaud. L’un;
ttar-a-fait hors de sens , et furieux , s’en va
couian. tout nu par monts et par vaux,
«avant ia chaleur, les ftimats, et le vent,
« apliiieji’autre, qui n’est guere pins sage,
'aoandonne en un besoin si pressant, et,
“ ttonvant point Angélique a Paris , en
‘“«J et va pat-tout cherchant ses traces.
H h
^ome VL
L’AriostEj
I X.
Un vieil et maiin Enchanteur lui ave.';
(comine Je vous l’ai dit au commencemeai
'
persuadé par ses prestiges que Roland eai.
menoit Angélique, et cette nouvelle avo;!
percé son cœur du trait de Jalousie le plni
poignant que Jamais amant ait ressenti, t
vole a Paris, et des son arrivée à la Cour,’?
destin veut qu’il soit choisi pour aller ee !
Angleterre.
X.
Apres la bataille où il remporta sed
l’honneur d’avoir bloqué Agramant, il retint
a Paris, et visita toutes les maisons, toute
les tours, tous les aïonasteies de filles;!
moins d’être enchâssée dans une coloitEC,
cet amant inquiet devoir la trouver. Voyaeî
enfin qu’elle n’y est pas , ni Roland noa
plus , il s’en va les cherchant tous deux avK
le plus grand empressement.
Chant XXVII. 363
I X.
Cn fraudolente vecchio Incantatore
Gli fe ( corne a piincipio vi si disse )
Creder per un fantastîco suo errore
,
Cte con Orîando Angeiica venisses
Ondf di gelosîa tocco nel core
Deila maggior, che amante mai sentisse,
fecne a Parigî , e corne apparve in Corte,
D’ iie in Btetagna gli tocco per sorte.
X.
Or fajta la battaglîa , onde portonne
Ijli r onor d’ aver chiuso Agramante,
îomb a Parigi ; e monistet di donne ,
îcase, e tocche cercè tutte quante.
St mutata non è tra le colonne ,
1 âvria trovata il curîoso amante.
Vsdendo alfin ch’ ella non v’ è , ne Orîando ,
^sbeduê va con gran disio cercando.
Hb Z
C H A 3^ T XX VIL 455
C I.
Ttem6 Patigi, e torbidossi Senna
Aü’aîta voce, a queli’ orribil grido ;
Rimbombo il suon fin alla selva Ardenna
si , che lasciar tune le fere il nido ;
üdiron 1' AIpi , e il monte di Gebetma,
Di Bîaja, e d’ Arü , e di Roano il iido :
Rodano, e Sonna udi, Garonna . e il Renos
Si strinseio le madri i figü al seno.
C I I.
. Son einque Cavalier, che ban fisso il chiod©
D’ essere i primi a termina- sua lite,
V uaa nell’ altra avviluppata in modo
,
Che non le avrebbe Apolline espedite.
Comincia il Re Agramante a sciorre il nodo
Delle prime tenzon, che aveva udite,
Che per la figlia del Re Stordilano
Stan tra il Re di Scizia , e il suo Africano,
45<5 LTAs-IOSte,
C I I I.
ïl Re Agramante araiô per porte accorda
Si guà , e di là piàvolteaqaesto,e a quelle 5
E a qaesto, e a quel più volte diè ticordo
Da Signer giusto, e da fedel fratelîo:
E quando parimente trova sordo
e’ nn cerne T altro , iadomito , e rubelîo
Di voler esser quei , che resti senzâ
ta Donna, dâ cui vien lor diflfeienza,
C I V.
s' appiglia alfîn corne a miglior partito
(Di càe ambedue si contentât gli amanti)
Che délia beîla Donna sia marito
L’ UBO de’ duo , quel che vuole essa innantr,
E da quanro per lei sia stabilito
?iu non si possa andar dietro , nè avanti.
Ali’ uno, e ail’ altro place il compromesso,
Spsrando ch’ esser debbia a favor d’ esso.
r
C H A K r X X V ÎI. 457
C I I I.
Vingt fois, pour les mettre d’accord , ce
Fiincê alla, revint de Puh à l’autre , faisant
à cnacun les remontrances d’un maître équi-
table et d’un bon frété ; mais il trouve l’un
et l’autre également sourd à sa voix , intrai-
table et refusant avec obstination de rester
prive de -la dame , qui fait le sujet de leur
dispute.
C I V.
ÏI s’avise enfin de l’expédient le meifletir,’
(et les deux amans en furent satisfaits) ce
fut de donner pour époux à cette belle Prin-
cesse, celui des deux qa’elie préféreroit , à
condition qu’on ne pourroit rien enfreindre
de ce qu’elle auroit prononcé. La proposi-
tion plut a i’un et à l’autre , chacun d’eus
espérant qu’elle seroit en sa faveur.
Tome VI,
458 L’ A R I 0 s T 2
,
C V.
Xe Roi de Sarse qui, long - teœs avant
Mandricard , avoit aimé Doiaiice , et qui
avoit obtenu dans ses bonnes grâces une
place aussi distinguée , qu’une personne hon-
nête la peut accorder, ne doute pas qu il n ait
l’avantage d’une décision qui doit le tendre
heureux ; et il n’est pas le seul que cette
opinion entraîne : toute l’armée des Sarra-
sins le pensoit comme lui.
C V I.
Personne n’ignoroic ce qu’il a fait pout
ç'ie à la guerre , dans les joutes , dans les
tournois 5 et chacun regarde Mandricard
comme un fou , comme un extravagant
,
d’avoir acquiescé à cette convent on. Mais
ce guerrier qui , pl.iS d’une fois , quand le
soleil se cachoit à notre hémisphère , avoit
passé près d’eüe de doux momens , qut
comptoir sut les preuves de son amour les
plus certaines , lioit tout bas de la faussets
de leurs jugemens.
Chant XXVII. 459
C V.
Il Re dJ Sarza, che gran tempo prima
Di Mandricardo ama^a Doralice,
Ed eîia 1’ avea posto in sa la cima
D’ ogni favor J che a donna casta lice,
Che defaba in uni suo venire estima
la gran sentenza , che ’l puô far felice.
Ne egü avea questa credenza solo ,
Ma ccn lui tutto il Batbaresco stuoio.
C V 1 .
Ognun sapea cio ch’ egli avea già fatto
Per essa in giostre, in torniamenti^ in gu erra;
E, che St a Mandricardo a questo patto,
Dîcono tutti che vaneggia, ed erra.
Ma quel, che piùfiate, e più dl piatto
Con lei fu mentre il Sol stava sotterra ,
E sapea quanto avea di certo in mano ,
Ridea del popolar giudicio vano.
Q? 2
4fo. U A R I O. s T E
,
C V î I.
Poî lor coavenzion ratifîcaro
In man del Re quei duo Prochi famosîl
Ed indi alla Donzella se n’ andaro ;
Ed ella abbassô gli occhi- vergognosî
,
E disse c.he più.il Tartaro avea caioj.
Pi che tutti restât maravigliosi
,
Rodomonte si attonito, e smarrito,
Che di levât non era il viso , ardito.
C y 1 1 L
Ma poî che T asata îra.cacciô queîîa
Veigogna, che gli avea la faccia tinta,
ïngiusta e falsa la sentenza appella ;
E la spada impugnando ch’ egli ha cinta,
Dice, udendo il Re, e gli altri, che vuol ch’ ella
Gli dia perduta questa causa , o vinta ;
E non 1’ arbitrio di femtnina lieye,
Che semçre inçhinaa quel che men far deve»
f Chant XX V i l. 45 f
C V I L
Ces deux fameux rivaux ayant ratifié,
cet accord entre les mains du Roi , se
rendirent auprès de la Princesse qui, ies
yeux haissés par la pudeur, avoua que le
Roi, Taitare étoit celui qu’elle préferoit
Ce choix confondit d’étonnement toute
l’assemblée. Rodomont en resta ^i. surpris,
si consterné, qu’il n’avoit pasie courage de
lever les yeux.
C V I I I.
Mais, son courroux ordinaire, chassan?
bientôt, la- honte qui rougissoit son-ftorM: ,
il appelle cette sentence injuste et abusive ;
et , saisissant l’épée qu’il porte au côté , il
dit , en présence du Roi et de tous ceux qui
lentoorent, que c’est à elle a décider delà
perte ou du gain de sa cause, et non i:
femme volage, et toujours portée à suivre
k contraire de son devoir.
4^2 L’A s. I O s T B,
C I X.
Mandricard se présente de nouveau , eu
disant : il en sera tout ce que tu voudras;
ainsi , sur cette mer agitée , on autoit eu
encore un long espace à parcourir avant
d’entrer au port , si le Roi Agraraant n’eût
condamné Rodomont , en lui représentant
qu’il n’avoit pins le droit de provoquer
Mandricard pour cette querelle; de cette
maniéré il imposa silence à sa fureur.
C X.
Cependant Rodomont qui, devant cette
auguste assemblée, vient de recevoir deux
aff.oi.ts en un jour ; l’un de la part de son
Souverain , à qui il cède par respect , l’autre
de la part de sa Dame , ne veut plus s’arrêter
en ce lieu. De toute la troupe qui l’entouroit,
il ne choisit que deux hommes d’armes , et
sort avec eux du camp des Sarrasins,
Chant XXVII. 4^5
C 1 X.
Di nuovo Mandricardo era risorto
Dicendo : vada pur corne ti pare :
Sî che prima che ’l iegno entrasse in porto
V’ era a solcare un gran spazio di mare;
Se non che ’l Re Agramante diede torto
A Rodomoîite , che non puo chiamare
Più Mandricardo per quella querela,
E fe cadere a quel furor la vêla.
C X. '
Or Rodomonte, che notar si vedc
Dinanzi a quel Signer di doppio scomo »
Da! sao Re, a eut per rivereaza cede,
E dalla Donna sua tutto in un giorno,
Quivi non voile pin fermare il piedej
E délia mo'ta turba, che avea intomo,
Seco non toise pin che duo sergenti
,
Ed usà dei Moresclû aîloggiamentL
470 L* A R I O s T E ,
C X V I I.
Par'tout ou le dolent Sarrasin adreslciî
ses pas , il embrâsoit l’ait de ses soupirs de
flamme. Souvent émue de pitié , la Nymphe
Echo iiii répondoit du «eus des rochers. O
vo’.age esprit d’une femme , s’écrioit-il , que
tu changes facilement l Tu es , par ta nature
même, l’opposé de la fidélité. O que celui
qui te croit , est à plaindre et misérable !
C X V I I I.
Ingrate ! ni mes longs services , ni cet
ardent amour dont je t’avois donne tant de
preuves éclatantes , n’ont pu fixer ton coeur,
ni l’empêcher au moins de changer si promp-
tement. Eh! si tu m’as rejetté , ce n’est pas
que je t’aie paru inférieur à Mandr.card ;
non , je ne puis trouver à ma disgrâce qu’une
seule cause , c’est que tu es une femme.
Chant XXVII. 471
C X V I I.
Di coccîiti sospir l* aria accendea
Dovunque andava il Saracin dolente ;
Eco per la pietà , che glien’ avea,
Da’ cavi sassi rispondea sovente.
O femminiie ingegno ( egli dicea )
Corne ti voigi , e muti facilniente
,
Contrario oggetto proprio deila fedei
O infelice, o miser chi ti credeî
C X V I I I.
Ne lunga servitu, ne grande amore,
Che ti fu a mille prove manifesto ,
Ebbono forza di tenetti il cote,
Che non fosse a cangiarsi almen si presto.
Non perche a Mandricardo inferiore
îo ti paressi , di te privo lesto ;
Ne so trovar cagîone ai casi miei
Se non quest’ una , che femmina sei.
Rr i
4/2- L’Arioste,
C X I X.
Credo che t* abbia la Natura , e Di#
Produtto, O scellerato sesso, al iîondo
Per una soma , per un grave fio
Dell’ uom , che senza te saria giocondo 5
Corne ha produtto anco il serpente rio,
P il lupo , e 1’ orso , e fa 1’ aer féconda
P di mosche , e di vespe , e di tafani. j
P loglio , e avena fa nascer tra i grani.
C X X.
Perche fatto npn ha 1’ aima Naturaj
Che senza te potesse nascer 1’ uomo.
Corne s’ innesta per umana cura
Ii’unsopral’altroilperojilsorbo, e ’lpomo?
Ma quella non pub far sempre a misura ;
Anzi J s’ io vo’ guardar corne io la nomo ,
Veggo che non pub far cosa perfettaj
Poichè Natma femmina vien detta*
4
C H- A N T XX VIL 475
C X I X.
O sexe scélérat, ;e crois queleCieret
k Natu;e ne t’ont produit au monde que
comme un iourd fardeau, un rudechâtimene
pour l’homme , qui seroit heureux sans toi.
C’est ainsi qu’ils ont produit les- venimeujs
serpens , et les loups , et les ours i qu’ils ont
peuplé l’air de taons , de cousins et de
guêpes , et qu’ils font naître les chardons
et l’ivraie au milieu du bon grain.
C X X.
Pourquoi cette Nature si bienfaisante
n’a-t-elie pas fait que l’homme puisse naître
sans to^i , comme , par l’humaine industrie ,
on ente l’ua sur l’autre le poirier , le cormier
,
le pommier î 'vlais ce qu’elle fait , ne sauroi t
toujours être à propos; et même, si je songe
bien au nom que l’on lui donne, je vois que
la Nature ne peut produire aucune chose par-
faite , puisqu’elle est elle-même du sexe
féminin.
474 L’Arioste,
C XX I.
O femmes , ne soyez pas si fieres , si
orgiieilleuses de ce que l’homme est né votre
fils ! c’est du sein des épines que naissent les
loses ; c’est au milieu d’une herbe infecre
qu’on voit briller le lys. Contrariantes, su-
perbes et dédaigneuses, sans amour, sans
foi , sans jugement , audacieuses , cruelles
,
ingrates et perfides , vous êtes la peste incu»
labie du genre humain.
C X X I L
Ainsi s’en alloit le Roi de Sarse , exhalant
ces plaintes ameres et mille autres sem-
blables, à la honte, à l’opprobre du sexe
féminin. Tantôt il les proféroit à voix basse ,
tantôt ses imprécations se faisoient entendre
au loin ; et certes il manquoit alors de rai-
son , car pour une ou deux qui méritent
<ies reproches, on doit croire qu’il en est
cent dignes de notre ameux»
Chant XXVII. 475
C X X I.
r
Noa siate pero tumide , e fastose
,
Donne j per dit che, l’ nom sia vostro figîio &
Chè deile spiiie ancor nascon le rose ,
E d’ una fetida erba nasce il gigüo.
Importune , superbe , e dispettose ,
Ftive d’ amor, di fede, e di consi glio^
Temerarie, ctudeli , inique, ingrate,
Pei pestilenz-ia eterna al Mondo nate.
C X X I L
Cott queste , ed altre , ed infinité appressa
Quetele il Re di Sarza se ne giva.
Or ragionando in un parlar sommesso ,
Quando in un suon , che di iontan s’ udiva ,
In onta, e in biasmo del femmineo sesso;
E certo da ragion si dipartiva
,
Che per una, o perdue, chetrovàree, ^
Che cento buone sien ciedet si decc
47^ L’Ar 10 STE,
C X X I I I.
Se ben di quante to n’ abbia fin qui amatsy
Non n’ abbia mai trovata una fedele.
Perfide tarte io non vo* dîr, ne ingrate^
Ma darne colpa al mib destirr crudeîe.
Moite or ne sono, e ptù già ne son State,
Che non dan causa ad uoœ che si quetele ;
Ma mia fortuna vuoi , che s’ una ria
Ne Sia tra cento, io di lei preda sia»
C X X I V.
Par vo’ tanto cercar prima ch’ io morâ ,
Anzi prima che ’l crin piu mi s^inibianchi,
Che forse diro un di che per me ancora
Alcuna sia, che di sua fè non manchj»
Se questo avvien ( chè di speranza fuora
Io non ne son ) non fia mai ch’ io mi stanchi-
Di far'a a mia possanza gloriosa
Con iingua, e con inçhiostro, e in verso, e in pros
r Chant X X V I L 477
C X X I I 1 .
Et bien que dans tontes celles que )‘aî
aimées jusqu’ici , je n’en aie jamais trouvé
une seule -fidèle, je n’en veux pas conclure
qu’elles soient toutes ingrates et perfides ;
j’aime mieux en accuser mon malheureux
destin. Il p en a beaucoup aujourd’hui, il y
en a en jadis encore davantage qui n’ont
jamais donné lieu aux hommes de s’en
plaindre ; mais mon malheur veut quesi , sur
trois cens, il n’y en a qu’une demauvaise, c’est
justement celle-là qui me donne des fers.
C X X I V.
Mais je veux tant chercher avant de mou-*
lit, avant même que mes cheveux blan-
chissent davantage , que peut-être un jour
pourrai-je dire moi-même, que j’en ai trouvé
une aussi capable de- garder sa foi. Si cela
m’arrive , ( et je n’en ai pas perdu toute espé-»
rance) je ne me lasserai point de la célébrer.
Je veux que ma langue, que ma plume, que
ma prose, que mes vers ne soient employés
qu’à célébrer sa gloire.
1
478 L’ A'B. I O s T E
,
c X X y.
I-e Sarrasin n’avoit pas moins de courrons
contre son Roi que contre sa maîttesse, et
n’étoit pas moins injuste dans les plaintes
qu’il formoit contre i’un , que contre l’autre.
Il voudroit voir son royaume accablé de tant
de malheurs, frappé d’une tempête si funeste,
que dans l’Afrique entièrement ravagée , il
se restât pas pierre sur pierre.
C X X V I.
Il voudroît que , chassé de ses états, dans
le deuil et dans la douleur, Agramant fût
réduit à la plus extrême misere, et que
lui-même pût ensuite lui rendre toutes
ses possessions , le rétablir sut le trône
de ses ayeux. C'est ainsi qu’il désiré lui
prouver sa fidélité, pour lui fahe sentir
qu’un ami vétitab’e , soit qu’il ait tort ou
raison , doit être préféré à tout , quand tous
l’univers y pprioroit obstacle.
Chant X X V I î. 479
C X X V.
Il Satacin non avea manco sdegno
Contra il sao Re che contra la Donzelia 3
E cosi di ragion passava il segno ,
Biastnando lui corne biasmando quelîa,
Ka desio di veder che sopra il Regno
Gli cada tanto mal , tanta procella
,
Che in Africa ogni casa si funesti
,
Nè pietra salda sopra pietra resti.
C X X V I.
E che spinto del Regno, in duolo, e in lutta
Viva Agramante , misero , e mendico ;
E ch’ esso sia , che poi gli renda il tutto,
E lo tiponga nel suo seggio antico;
E délia fede sua produca il frutto ,
E gli faccia veder che un vero amico
A dritto , e a torto esser dovea preposto,.
Se tutto ’l Monde se gli fosse opposto.
4^6 L’Arioste,
C X X X I I 1.
De pensées en pensées j l’esprit du Sar-
rasin erra long-tems loin de lui. La tète
penchée vers la terre, ses yens ne s’eie-
voient jamais assez pour regarder personne
en face. Enfin, après un long silence, il
fait un soupir , et comme s’il s’éveiiloit
d’un sommeil profond, il s’agite, leveles
yeux en même tems , et porte ses regards
sur l’hôte et sur sa famille.
C X X X I V.
Enfin il rompt le silence , et d’un air
plus doux et moins troublé , il demande
à l’hôte et à ceux qui lui font comnagnie
si quelqu’un d’entre eux a une femme en
sa possession. L’hôte répondit ainsi que
tous les autres , qu’ils en avoient chacun
une. Rodomont voulu t savoir l’opinion qu’ils
avoient de leur fidélité.
C H A K T XX VIL
C X X X I I L
Dî pensiero in pensiero andô vagando
Da se stesso lontano il Pagan raolto ,
Col viso a terra chino , nè levando-
S'j gli occhi mai, che alcua guardasse in voîte,
Dopo un lungo star cheto , sospirando ,
Sî corne d’ un gran sonno allora sciolto j
Tntto si scosse , e insieme alzô le ciglia,
E voitô gli occhi al” oste, e alla famiglia,.
C X X X I V.
Indi ruppe il silenzio , e con sembiantt
Pin doici un poco, e viso men turbaco,
Domando ail’ oste, e agii aîtri circostanti*
Se d’ essi alcuno avea mogliere a lato.
Che l’ oste , e che quegli aîtri tutti ijuantî
E’ aveano , pet risposta gli fu dato.
Eomanda tor quel che ciascun si ciedî
Délia sua Donna nel servargii fede.
488 L’ A R I O s T E ,
C X XX V.
Eccetto r este, fer tutti risposta ,
Che si credeano averle e caste , e buone.
Disse r oste ; ognun pur creda a sua posta ;
Ch’ io so che avete falsa opinione.
Il vostro sciocco credere vi Costa,
Ch’ io stîmi ognun di voi senza ragione ;
E cosi far questo Signor deve anco ,
Senonvi vuol mostrar neto pet bianco.
C X X X V I.
Perche, sî corne è sola la Fenice,
Ne mai pin d’ una in tutto il Monde vive ;
Cosi nè mai pin d’ uno esser si dice,
Che délia moglie i tradimenti schive.
Ognun si ctede d’ esser quel felice
,
D’ esser quel sol, che a questa palma arrive.
Corne è possibil che vi artivi ognuno ,
Se non ne pu6 nel Mondo esser p'ù d’ cno î
e H A N T XX VIL 4S5>,
C X X X V.
Tons, excepté l'hôte , firent réponse
<ju’iîs les croyoient aussi sages que bonnes.
Chacun, dit l’hôte, est maître d’en croire
ce qui lui plaît : pour moi , je sais que vous
êtes dans l’erreur, et votre sotte confiance
à cet égard me prouve bien que la raison
ne Vous conduit guere. Je suis sûr que ce
Seigneur a de vous la même idée, à moins
qu’ÎI ne veuille vous faire prendre du noir
pour du blanc.
C X X X V I.
Car comme le Phénix est unique dans le
monde , et qu’il n’en excite jamais plus
d’un à-la-fois, ainsi dit-on qu’il n’y a
jamais qu’un seul homme, qui puisse se
garantir des perfidies de sa moitié. Chacun
croit être cet heureux mortel , qui seul
rempotteune palme si rare. Mais puisqu’un
seul au monde peut y prétendre , comment
chacun peut-ii se flatter de l’avoir obtenue J
490 L’ A R r G s T E ,
C X X X V I I.
J’ctois jadis dans la même erreur que
vous tous ; je croyois qu’on pouvoir ren-
contrer plus d’une femme sage ; mais un
gentilhomme vénitien , que ma bonne for-
tune amena ici , sut me guérir de cette
profonde ignorance , par tous les traits
véritables qu’il me raconta. II se nomnioit
Jean-François Valer'o : son nom n’est jamais
sorti de ma mémoire.
C X X X V I I I.
Il savoir dans le plus grand détail toutes
les ruses qr’empioient ordinairement nos
femmes et nos maîtresses. Il rapportoit
à ce propos tant d’histoires anciennes et
modernes , il en avoit fait lui-même de si
fréquentes e.xpériences j qu’il me prouva
que jamais , ni dans l’indigence ni dans
la grandeur , on n’avoir vu de femme vrai-
ment chaste, et que si quelqu’une avoit
paru plus sage que les autres , c’est seu-
lement qu’elle avoir mis plus d’adresse à
se cacher.
C a A N T XXVI L 4pï
C X X X \ II.
lo fui gia neli’ error che sîefe voi
,
Che donna casta anco pin d’ una fusse:
Un gentiluomo dî Venezia poi
,
Che qui mia buona sorte già condusse ,
Seppe far si con veri esempi suoi
,
Che fuor deli’ ignotanza mi ridusse :
Gian Francesco Valérie era nomato ,
Chè ’l nome suo non mi s’ è mai scordatoi
C X X X V I I L
Le fraudi , che ie mogli , e ehe le amiche
Sogliono usai , sapea tutte per conto ;
E sopra cio moderne istorie, e antiche,
E proprie espetienze avea si in pronto ,
Che mi mostrô che mai donne pudiche
Non si trovaro, o povere, o di conto; j
'
E se una casta più deli’ aitra parse^,
Venia perche piu aceona era a ceiarse. i
45)2 L’ A 5. I e s T Ei
' C X X X I X.
E fia r altre ( chè tante me ae disse;
Che non ne posso il terzo ricordarmi )
si neî capo una istoria mi si scrisse
,
Che non si scrisse mai più saldo in marmî,
E ben pariia a ciascuno , che 1’ «disse ,
Di queste rie quel che a me parve , e parmi j
E se, Signore, a vol non spiace udire,
A lor confusion ve‘la vo’ dire.
C X L.
Rispose il Saracin : che puoi tu farmi
,
Che più al présenté mi diletti , e pîaccia >
Che dirmi istoria, e quaiche ese.mpio darmi
,
Che con 1’ opinion mia si confac-cia?
Perche io possa udir meglio , e tu narrarmi
,
Siedîmi incontra, ch’ io ti vegga in faccia.
Ma nel Canto , che segue , io v’ ho da dire
Quel che fe 1’ este a Rodomonte udire.
Fine del Canto venusimosettimo.
Chant XXV IL 49
j
C X X X I X.
Parmi toutes ses histoires ( car il m’en a
tant dit queje nepourroispas m’enrappenet
le tiers ) une sur toutes , s’est si bien gravée
dans ma mémoire , qu’elle ne pourroit l’être
plus profondément dans le marbre. Tous
ceux qui l’entendront ne pourront man-
quer de prendre de ces scélérates l’opi-
nion que j’cn conçus, et que je conserve
encore; ets’il nevousdéplaîtpas. Seigneur j.
de l’entendre , je vais, pour les confondre ,
voKS la raconter.
C X L.
Eh ! que peux-tu faire , répondit leSarrasîn 5,
qui dans ce moment m’amuse et me plaise
davantage, que de me dire des histoires, et
me citer des exemples qui s’accordent avec
mes sentimens.Pourquejel'entende mieux,
et que tu la contes plus à l’aise , viens t’as-
seoir vis-à-vis de moi, de façon queje te
voie en face. Mais c’est dans le Chant sui-
vant que je veux vous dire ce que l’hôte fia
entendre à Rodomont.
Fin du vingt - septième Chant.
Tôms VL T £
-
•