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L’apprentissage de la prononciation française par les espagnols aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles

Abstract

La tesis doctoral titulada L’apprentissage de la prononciation française par les Espagnols aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles es un trabajo en el que confluyen varios campos de investigación: la historia de la enseñanza/aprendizaje (E/A) de las lenguas vivas; la fonología y la fonética diacrónicas franco-españolas; la historia de la lingüística; la historiografía lingüística. Este trabajo se compone de tres partes: las obras, los métodos y los contenidos. La primera parte corresponde a la exposición: del contexto sociohistórico para la publicación de las obras de E/A del francés en España, de las obras que conforman el corpus, de una biobibliografía de los autores, de las fuentes que estos usaron, del público al que se dirigían y de la organización interna de las obras; La segunda parte se abre con una contextualización general de la E/A de las lenguas vulgares en Europa del siglo XVI al XVIII, para luego precisar los métodos de E/A de la pronunciación del francés aplicados a los españoles en la misma época. Seguidamente se presenta una clasificación de los distintos procedimientos explicativos en tres grandes categorías: explicaciones de pronunciación, reglas de lectura y reglas prosódicas; la pronunciación figurada se estudia separadamente. El trabajo sigue con el análisis de la presencia de una consciencia pedagógica en los autores y termina con la evolución de los métodos de E/A de la pronunciación francesa durante el periodo contemplado y la evaluación del grado de adecuación de estos métodos a los objetivos perseguidos. La tercera parte, dedicada a los contenidos fonéticos, empieza con un resumen de la evolución fonológica, fonética y ortográfica, tanto del francés como del español, a lo largo de tres siglos. Sigue con el análisis de la teoría fonética de la época en los gramáticos franceses que sirvieron de fuente a los autores del corpus y también en los propios autores del corpus. Se analiza luego la presencia de una norma de pronunciación en el corpus para terminar con el análisis de los contenidos grafofonéticos, divido en tres secciones: las vocales; los diptongos y los hiatos; las consonantes. Esta tercera parte concluye con una evaluación del grado de acierto en la elección de estos contenidos estudiados por los españoles.

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L’apprentissage de la prononciation française par les espagnols aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles

Author: Viémon, Marc Abel
Year: 2016
Source: https://idus.us.es/bitstreams/9518a89d-e33b-440a-928b-d10434a89e03/download
FACULTAD DE FILOLOGÍA
DEPARTAMENTO DE FILOLOGÍA FRANCESA

Marc Vié m on

L’APPREN TISSAGE D E LA PRON ONCIATIO N FRANÇAIS E
PAR LES ESPAGNOLS AUX XVI
e
, XVII
e
ET XVI II
e
SIÈCL ES

Sous la direction de M
ANUE L
B
RUÑA
C
UEVAS

Séville
2016

Remerciements

J’aimerais tout d’abord r em ercier mon di rec teur de t hèse, Manuel Bruña Cuevas,
pour m’avoir transmis sa passion pour l’étude historique de la langue f ran çaise et pour
son dévouement, malgré de nombr euses obligations et charges professionnell es. Ses
incessantes relectures, se s commentaires touj ours avisés et ses conseils inestimables ont
permis de mener ce laborieux travail de recherche à bon port.

Je voudrais ensuite remercier mes collègues du Département de Filol ogía
Francesa de l’Univ ersité de S éville pour leur so utien constant et leur bonne humeur,
mais également les services de la biliot hèque de l’Université qui m’ont été d’une grande
aide pour obtenir de nombreux ouvrages de mon cor pus.

Je souhaiterais, par ail l eurs, exprimer toute ma gratitude, mon amour et mon
profond respect à ma femme Patricia, pour avoir tenu bon pendant toutes mes années de
labeur solitaire et hermé tique et pour m’av oir toujours soutenu, surt out dans les moments
les plus diff iciles. Notre f ils, Luis, m’a également donné la force n écessaire pour affronter
les doutes et mener ce projet à terme. Je l’en remer cie .

Je voudrais aus si remerci er Luisa et Antonio pour leur générosité et leur présence
réconfortante. Sans eux, la réalisati on de c e travail n’aurait pas été possible.

Finalement, j’aimerais reme rcier ma famille en géné r al, toujours à mes côtés, et
particulièrement ma mère, pour sa précieuse relecture de cette thèse doctorale, et mon
père, pour m’avoir bercé dans l’amour de la langue et des mots.

4

Abréviations utilisées au sein de la thèse :

Méthodes :

DAA : descriptions a udi o- articulatoires
DAR : descriptions arti c ul a toires
DAU : descriptions a uditi v es
E/A : enseig nem ent/apprentissage
EP : explication s de pronon ci a t ion
MC : méthode con t ra stive
PF : prononcia tion figurée
RL : règles de lec ture
RP : règles prosod i que s
VV : vive v oix

Bibliothèques :

BAB : Biblioteca de l’Aten eu Barcelonès
BC : Biblioteca de Ca talunya
BDH : Biblioteca D i g i tal H is pán i c a
BHSC : Biblio t eca H istórica de San ta Cruz
BL : Bodleian Lib r a ry
BMP : Biblioteca de M enéndez Pelayo
BNE : Bibliotec a Nacional de Esp a ña
BnF : Biblioth èque national e de Fr ance
BSB : Bay erische Staatsbib liothek
BUCM : Bibliote c a de la Universidad Com plutense de Madrid
BUG : Biblioteca Un i v er s itaria de Granada
BUS : Bibliotec a de la Un iv ersidad de Sevilla
BUV : Biblioteca d e l a Uni versidad de Va lencia
ÖNB : Österreich ische Nati onalbibliothek
PUL : Princeton Un i v er s ity Library
RAE : Bibliotec a de la Real Acade m ia Española
RB : Real Bib lioteca del Pa lacio Real de Ma drid
UBG : Univ ersiteits Bibliot he ek Gent

5

6

Intro duction

I l y a l à tout e une histoire de l’enseignem ent de s sons et de
l’orthographe français aux Espagnols qui reste à faire. Une
histoire où des questions di dac tiques s e mêlent à des
questions de phonétique historique (Bruña Cuev as,
2000b : 90).

1. Délimitation du sujet d’étude

La thèse que no us allons ex poser dans ces lignes
1
, inti tulée L’apprentissage de la
prononciation française par les Espagnols aux X VI
e
, XVII
e
et XVI II
e
sièc les , se trouve au
carrefour de plusi eur s domaines de recherche : l’histoire de l’enseignement/apprentissage
(E/A) des langues vivantes ; la phonologie et la phonétique diach roniques fra nco-
espagnoles ; l’histoire de la linguistique ; l’historiographie linguistique.

La recherche concernant l’histoire de l’E/A du français comme langue ét rangère
(FLE) s’est d éveloppée il y a relativement peu d e temps . Sa propre hi stoire est j alonnée
de plusieurs faits marquants que Besse (2014) a résumés dans le réc ent article « L a
Société Inte rnationale pour l’Histoire du Français L angue Étrangère ou Seconde
(SIHFLES), ou vingt-cinq ans d’inves tig ations hist oriogra phiques sur
l’enseignement/apprentissage du français langue étrangère ou seconde »
2
.
Le premier jalon s ignalé par l ’a u teur est la publication de l’œuvre monum entale de
Ferdinand Brunot : l’ Histoire de la langue f rança ise des origines à nos jours . Celle-c i ,
qui a comm enc é en 1 905 et s’est a chevée en 2000, compte seiz e tomes (et vin g t-si x
volumes), les trois derniers n’a y ant pas été r éa l isés par Brunot, mai s par di ver s
spécialistes
3
:

1
L a réalisation de cette th è se doctora le a b énéfi cié d’une aide financière octroyée par l’AFUE (Asociación
de Francesista s de la Universi dad E spañola) po u r la durée de l’année ac adémique 2 012-2013.
2
P our une rétro spective pl us d étaillée à pr opos des travau x concer nant l’histoir e de l’E /A du français
comme lan gu e étrangère p ubliés au XX
e
siècle, voir Reboull et (1987 : 57-58) et Be r ré (2010 : 206-214).
3
En réalité, les tomes X II et XIII ont été confectionnés par Charle s Bruneau, le disciple de B run ot, car ce
dernier é tait déjà m or t.

7

Le tome XIV (1880- 1914) et le t om e XV (1914-1945) ont été publiés
sous la d irection de G. Antoine et R. Martin , aux Éd. du cnrs [ sic ],
Paris, 1985, et 1995 ; le dernier volume (1945- 2000) , sous la direct i on
de Gérald An to i ne et Bernard Cerquigli ni, aux Éd. du cnrs [ sic ], Paris,
2000 (Chaurand, 200 6 : 1 25).

Il n e fait aucun doute que ce t ouvr age founit de précieux renseignements sur
l’histoire du français en France et hors de France, mais en ce qui concerne plus
précisément l’E/A d e cet te langue dans les pa y s étrangers (européens), Brunot n’est pas
très l oquace ; cet aspect d e l’histoire du français n’est pas non plus tr aité en profondeur
dans l’autre ouvra ge de référence Mille ans de l an gue française (Rey et al. , 2007). C’est
ce qui pousse Besse à émettre le bilan suivant :

Pour qui s’intéresse donc à l’histoire de l’enseignem ent /appr entissage
du français aux non natifs de cette langue, il ne reste que – à quelques
rares thèses pr ès – les travaux publiés, depuis vingt-cinq ans, par la
Société I nter n a tiona l e pour l’Histoire du Français Langue Étrangère ou
Seconde (ci-dessous SI H FLES), en particulier dans sa r ev ue,
Documents pour l’histoire du français langue ét r an gè r e ou seconde (ci-
dessous Documents ) (B e sse , 2014 : 27)
4
.

Depuis la cré ation de c ette société en 1987 par André Reboull et, de no mbreux
colloques, suivi s de publi cations dans l adite revue Documents
5
, ont été o rganisés de façon
périodique, comblant peu à peu certains vides historiques par des études ponctuelles sur
différents aspects de l’histoire de l’E/A du français en Europe et ailleurs . À une vaste

4
Nous ado pterons égalemen t les abr éviations de B esse SIHFLES et Doc uments .
5
S’il est vrai que seule la revue Docu ments est spécialisée d ans l’histoire d e l’E/A du FLE, il existe d’autres
publications q ui pourraient êtr e citées ici. Par exe m ple , dans la co llection Orbis S upplementa de la maison
d’édition Peeters, le vo lume 16 intitulé G rammaire e t ensei gnemen t du français, 1 500-1700 (De Clercq et
al. : 200 0 ) est un recueil de contributions portant sur divers aspe cts de l’histoire de l’E/A du FLE p endant
deux siècles. Mo ins ciblé, m ais abord ant tout de même le t hème plus gé néral de l ’histoire de l’ E /A de s
langues étr ang ères e n Europe, citons également le recueil Les lan gues étran gères en Europe.
Appren tissages et pratiqu es (145 0-1720) (Zuili & Bad deley : 201 2 ). P our ce qui est des thèses d octorales,
nous tenons à signaler que c e même do m ai ne de recherche p lus gé néral s’est enco re enrichi d ernièrement
(Ber ré, 2010 : 212 - 213). Citons, entre au tres, le s thèses ré cemment soutenue s – resp ectivement le 16
septe m br e 2 014, le 1 3 m ars 20 15 et le 1 0 septe m b re 201 5 – i ntitulées La en señanza del francés y e l espa ñol
en Rumanía a pa rtir de 19 50: historia y me to dología . Del método tradiciona l a la en señ anza por tareas
(T un so iu, 2 014), The Historiograp hy o f English Languag e Teaching in Spain: A C o rpus o f Grammars and
Dictiona ries (17 69-19 00) (Lombarder o Capar rós, 2015 ) et Catálo go y estu dio d e las g ramáticas de italiano
para hispanohabla ntes: siglos XVIII y XIX (Barbero Bernal, 2015).

8

variété de terr itoires étudiés
6
s’ajoute une diversité de domaines de recherche qu e
Reboullet synthé tisait en trois dimensions princ ipales : lin g uis tique, didactique et
sociologique (1987 : 59-60)
7
.
Notre thèse s’ins cr it dans ce mouvement gé néral q ui tente de retrac er l’histoi re de
l’E/A du FL E et n ous abordons plus particulièrement celle d e l’apprent issag e de l a
prononciation française par les Espagnols aux XVI
e
, XVII
e
et XV III
e
siècles. Elle est de
nature composite, aborda nt aussi bien les méthodes que l es contenus, même si l ’a nalyse
de ces derniers représente l’objectif principal du travail. Nous r evie ndrons sur ce point.

En ce qui concerne l’E/A du français sur le territoire espagnol, nous devons signaler
un auteur pi onnier en la matière
8
: Gonz alo Suárez Gómez. Gar cía B ascuñana & E. Juan
Oliva ont publié récem ment (2008) une édition critique d e la thèse do ctorale de ce
précurseur qui s’intitulait La enseñanza del francés en España (hasta 1 850) ; S uárez
Gómez avait soutenu sa thèse en 1956. Dans l’i ntroduction de leur édition moderne,
García Bascuñana & J uan Oliva signalent l’importance de cette t hèse d ans l’hist oire de
l’enseignement du français en Espa g ne, mais aussi , plus généralement, en Europe :

[Suárez Gómez ] Trataba en e l la de u na tem ática nuev a, que entre
nosotros apenas si te n í a tradición, y con la cual el pr o f eso r madrileño
se convertía e n un adelantado, incluso con respecto a e studio s os de
otros países. Aunque es cierto que existían importantes precedentes,
como es el caso en l os Países Bajos d e J. Riemens quien, con su libro
Esquisse h istorique de l’enseignement du Français en Hollande du

6
I l a été reproché à Brunot d’avoir d édié trop peu d’espace à l’histoire du FLE dans les pays
méditerranée ns ; ce pendant, d e nombreux spé cialistes ont, depuis, co m b lé ce m a nque ( Besse, 201 4 : 39-
40) .
7
À ce p ropos, au sei n du premier numéro de la revue Docu ments , Coste évoq uait é g alemen t les d ifférents
« cha ntiers » s ur lesq uels tr availler lorsq ue l ’on pr étend étudier l’ histoire de l’E/ A du françai s co mme
langue étr angère : « Matériau x p our l’histoire de l’enseignem ent du français d ans te l o u tel pays, études sur
les méthodes d ’ enseig nement à une époq ue d éterminée et d ans d ifférentes zones géogra phiques,
m o n o graphies ou bila ns p lus a m b itieux sur les or ig ines et la situatio n des enseig nants o u maîtres de françai s,
confrontatio ns méthodologiqu es quant aux objets d’étude et aux dé m ar ches possibles d ans notre domaine
de re cherche… » (1988 : 5).
8
Avant la t hès e de Suárez Gó mez, au dé but d u X X
e
siècle, López Ba rrera avait publié u n travail intitulé
Apun tes para u na historia de la enseña nza de la lengua fra ncesa en Espa ña qu’il prése nta « al trib unal de
opo siciones a c átedras » (Su so López, 2009 a : 161) . Étude so mm aire de q uelques o uv r ages, ce tte
publication est mal gré tout la pre m ière du ge nre. Elle ser a suivie de celle d e González Palencia (1942,
rééditée e n 1 948), intitulée « Notas sobr e la enseñ a nza del fra n cés a fines del siglo XVII I y p rincipios de l
XIX » e t fournissant d es information s intéressante s su r le s « academias pr ivadas » de cette périod e.

15

l’histoire de l’E/A du fra nça is en Espa g ne, et dont l’influence se fera sentir tout au long
du siècle sui vant, influen ce maté rialisée en d e nombreuses r ééditions ou a daptations. À
partir du XIX
e
siè cle, la production de m anuels s’ intensifie grandement et le volume des
ouvrages à étudier devient difficilement analysable si l’on prend éga lement e n compte les
trois si èc l es pr écé dents. Malgré ce l a, nous avons tout de même ré uni un corpus d e
quarante œuvres don t nous justifions la sélection dans le point 1. 2. de la pr emi èr e partie
de notre thèse, où nous ex posons ce cor pus au complet.

3. Organisation interne

Notre thèse se compos e d e t rois parties : les œuvres, les méthodes e t les contenus.
En ce qui concerne la p remière p ar tie, nous exposons tout d’abord le contexte socio-
historique pour la publ ica tion d es œuvres d’enseignement/apprentissage du français avant
le XV I
e
siècle et durant les siècles qui nous occupent, en Europe et plus particulièrement
en Espagne, pour ensuite introduire les œuvres consti tuant propreme nt notre corpus.
Avant d’é numérer les ouvrages, dont nous retranscrivons sy stématiqueme nt la page de
titre et dé crivons é galement le contenu, nous ex posons, comme annon cé plus haut, le
critère suivi lors de leur sélection.
Par a illeurs, ces manuels supposaient l’existence de deux acteurs princi paux :
l’auteur et l’usager. Nou s précisons donc leurs différe nts profils, fournissant, pour les
auteurs, une biobibli ographie en compilant, le pl us souvent, l es données actuellement
connues ; cela ne nous a pas empêché, dans cert ains cas, d’apporter des informations
supplémentaires inédites.
Pour retracer l ’histoire d es œuvres, nous allons également tenter de déterminer
leurs sources et d’analyser leur impact dans le marché de l’E/A du français en Espag n e à
notre époqu e d’ étude. Finalement, aborda nt cette fois-ci l’or g anisation int er n e des
ouvrages, nous expos er o ns l es différentes possibili tés qu ant à l’emplac ement des
explications de prononciation.

Au sein de la deuxième partie, nous commençons de nouveau par une
contextualisation gé nérale sur l’E/A des lan g ues vulgaires en Europe du XVI
e
au XVIII
e

siècle, pour p réc iser ensuite les méthodes d’E/A de la pronon ciation du fr anç ais par les

16

Espagnols à la m ême époque. Nous cl assons les différents proc édé s explicatifs en t rois
grandes catégories : ex plications de prononciation, règ l es de lecture et règles
prosodiques ; ajoutons également la prononcia tion figuré e, consid érée à part. La
description de chacune de c es méthodes nous amène ra inévitablement à i nterpr éte r
certains contenus, démarche plus propre à la troisième partie ; cependant, cette
anticipation se j ustifie p ar l e fait que les méthod es et les contenus ét aient int imement li és,
et i l est parfois difficile d’ex poser tout simp lement un t y p e de r ègle sans ex pliquer un tant
soit peu ce à quoi l’auteur faisait référence.
Nous ana l y sons ensuite la présence d’un e conscience pédagogique chez nos
auteurs, pour finalement ex poser l’évolution des méthodes d’E/A de la prononciation
française pend ant l a périod e étudiée et évaluer le de g r é d’ad équa t ion de ces méthodes aux
objectifs poursuivis.

La t roisième pa rtie, dédi ée aux contenus phon étiques, s ’ouvre sur un résumé de
l’évolution phonologique, phonétique et orthographique, aussi bien du français que de
l’espagnol, sur trois siècles. P uis nous s y nthétisons la théori e phonétique de l’époque chez
les g r ammairiens françai s a y ant servi de source pour nos auteurs et, par la suite, che z nos
auteurs eux-mêmes. Connaît re la conception de l’époque sur certains concepts
phonétiques nous sembl e indi spensa ble à une analyse correcte des contenus, et
particulièrement des combinaison s vocaliques, mais pas seulement. Avant de passer à
l’étude des c ont enus proprement di ts, nous dédions une section de la troisiè me partie à la
présence d’une norme de prononciation dans notre corpus et à l ’a ttitude des auteurs envers
les prononciations « div ergentes » .
L’analyse des contenus graphophonétiques est divisée en trois sections : les
voyelles ; l es dip htong u es et l es hiatus ; les conso nn es. Nous terminons cette troisième
partie par une évaluation de la pertinence de ces contenus étudiés par les Espagnols.

17

4. Méthodolog ie suivie

Afin de réaliser n otre t ravail, nous avons tout d’abord consulté de nombreuses
études appartenant à chac un des domaines de reche rche exposés plus haut
15
pour acquérir
les out ils théoriques nécessaire s à l’étude d’un corpus comme le nôtre au sein d’une
époque si étendu e. En ce qui concerne la présence du français comme lan g ue étrangère
en Espagne, le catalo g ue bibliographique d ’Espar z a Torres (2008 : 356-387), mais aussi
la contribution de S uso López (2009a), nous ont ét é t rè s utiles p our localiser les différents
travaux réalisés à ce s ujet. De m anière plus générale, la consultation de travaux
scientifiques et de leurs bibliographies, renvo y an t elles-mêmes à de nouv elles études,
ainsi que les précieux conse ils de notre directeur de thèse nous ont permis de rassembler
une bibliographie indispensable à la réalisation de notre tra vail .
Par ailleurs, pour cons tituer notre corpus d’ét ude, nous avons eu à notre
disposition plusieurs répertoires bibliographiques g én éra ux ou ciblés. En ce qui concerne
le r ecensement de s ouvrag es où le fra nçais et l’espag nol sont m is en relatio n, citons i ci la
monumentale Bibliografía cronológica de la lingüí stica, l a gramáti ca y l a lexicografía
del español (BICRES) et plus précisément les troi s premiers to mes (1994, 19 99, 2005),
correspondant chacun à l’un des trois siècles de notre période d’étude
16
.
Pour ce qui est des manuels et grammaire s de français publiés à l’adresse des
Espagnols durant l es XVI
e
, XVII
e
et XV III
e
siècles, nous dispos ons de répertoires plus ou
moins récents, fond amentaux pour tout cherc heur s’intéressant à l’histoire de l ’E/A du
français par les Espagnols
17
. Le premier catalogue est, de nouve au, la thès e de Suárez
Gómez, qui possède l’édition c ritique commentée plus haut (G arcía Bascuñana & J uan
Oliva, 2008). Quatre ans plus tôt, c’est le Reperto rio de gramáticas y manuales para la
enseñanza del francés en Espa ña (1565-1940) (Fischer et al. , 2004) qui voit le jour, une
publication qui représente l’aboutissement des projets de recherche P B 97 -0410 et
BFF2001-1062, mentionnés précédemment. Si gnalons également la co ntribution de
Supiot Ri poll (1996b) intitulée « Les manuels de Fr ançais Lan g ue Étrangè re en Espagne
entre 1648 et 1815. Approche bibliographique » . Finaleme nt, citons les trava ux de

15
Les do m ai nes en questio n sont l’histoire de l’enseigne m e nt/appre nti ssage (E/A) d es langues vi vantes, la
phonologie et la pho nétique diachro niques françai se et espagnole, l’hi stoire de la linguistiq ue et
l’historiograp h ie lin guistique.
16
En r éalité, le prem ier tome prend en co m pte tous les ouv r ages publiés avant 1600, et pas s eule m ent entre
150 1 et 1600.
17
Po ur ce qui est du XX
e
siècle, voir Suso Lóp ez & Fernández Fraile (2 008).

18

Lé pinette L epers (1996c, 2000b), Fernández Fraile & Suso L óp ez (1999), Br uña Cuevas
(2000b), Corcuera M anso & Gaspar Galán (2001) et García B asc uñana (2005), qui ne
sont pas purement bibliographiques mais apport ent de nom bre uses infor mations non
négligeables.
En ce qui concerne la consultation plus particulière des difé re ntes éditi ons de
Berlaimont, de magnifiques répertoires sont également accessibl es, comme ceux de
Peeters-Fontainas (1965) , L indemann (1994) ou le pl us récent et le plus complet – à not re
avis – publié à ce jour, celui de Pablo Núñez (2010).

Quant à la consultation des œuvres de notre corpus , nous y avons souvent eu accè s
sur internet, quand elles étaie nt di g i talisées, soit par Goo g le Books, soit par diff ére nt es
bibliothèques. Quand ce n’était pas l e cas, nous en avons demandé des rep roductions en
format papier ou digital, ou nous les avons consultées sur place.
Nous énumérons maintenant, par ordre alphabétique, les bibl iothèques où se
trouvent les ouvrages que nous avons consultés :
• Bayerische Staatsbibliothek
• Biblioteca de l’Ateneu Barcelonès
• Biblioteca de Catalunya
• Biblioteca Colombina de Sevilla
• Biblioteca Digital Hispánica
•
Biblioteca Episcopal del Semi nar i de Barcelona

• Biblioteca Histórica de Santa Cruz
• Biblioteca Marqués de Piedras Albas de Ávila
• Biblioteca de Menéndez Pela y o
• Biblioteca Nacional de España
• Bibliothèque nationale de France
• Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze
• Biblioteca de la Real Academia Española
• Biblioteca Serrano Morales de Valencia
• Biblioteca de la Universidad Complutense de Madrid
• Biblioteca Universitaria de Granada
• Biblioteca de la Universidad de Salamanca
• Biblioteca de la Universidad de Sevilla

19

• Biblioteca de la Universidad de Valencia
• Bodleian Library
• Österreichische Nationalbibliothek
• Princeton University Library
• Real Biblioteca del Palacio Real de Madrid
• Universiteits Bibliotheek Gent
Après avoir réalisé les lectures théoriques préalabl es et constitué notre c orpus,
nous avons procédé au d épouillement des œuvres. L es donné es ont ensuite été classées,
anal y s ée s et s y nthétisées . Pour mener à bien ce t rava il, nous nous somme s inspiré des
travaux – déjà cités – e xistant dans ce domaine et nous avons tenté, à tout moment,
d’analyser les descriptions et explications diverses de nos auteurs en prenant en compte
les connaissances et les tendances ex plicatives d e leurs époques afin de t rouve r une raison
satisfaisante auxdites explications, dans la mesure du possible.
Dans de nombreux cas, nos auteurs reproduisaient l es indications phonétiques
qu’ils avaient trouv ée s au sein de leurs sour ces. Afin de rétablir la part d e création de
chaque aut eur , nous avons donc consulté et également dépouillé d e nombreuses
grammaires de français et autres ouvra g es grammaticaux publiés en France tout au long
des trois siècles qui couvrent notre période d’étude.

20

1
ère
partie. L e s œu vres

…es necesaria una crítica previa de l os gram á ticos para
apreciar justamente s us declaracion es. El considerar, no ya
el s iglo, sino el de c en i o del testim onio, y t am bié n la
procedencia regional del decl a rante, el atende r la
competencia del gramático y a si sus declaraciones son
fruto de la ob se rvación personal o repetición de manual ista
o ambas cosas en conflicto, pone orden en la confusión que
resulta d e j un t ar a todos en un m ont ón (A. A lonso, 195 1 :
2).

1. Le contexte so ci o-hi storique pour la publication des œ uvres
d’enseignem e nt/app rentissage du français

1. 1. Considérations générales

Le s œuvres d ’e nseignement/apprentissage des lan g ues vul ga i re s sont appar ues en
Europe au gré de certain es circonstances historiques, s ocia les et économiques. Parfois
c’est une situation politique, réc u rrente dans l’histoire de l’humanité, qui en a fa vorisé la
créa tion : la guerre et l’in vasion ou colonisation qui peuvent s’ensuivre, l ’administration
et la juridiction ex er cées par un pouvoir central fort, les relations inter nationales en
général ou l’ar rivée à la cour d’un monarque ou d’une reine étrangers. Il se peut également
qu’une lang u e ait obtenu une position privilég iée par r apport aux autres due à un
rayonnement ar tistique, éc onomique, philosophique ou même scientifique, ce qui a
entraîné une vol onté, et m ême parfois une nécessi té, de la part des pa y s avoisinants,
d’apprendre cette langue. Souvent, l ’a pparition de te lles œuvres s’est amorcée à la fav eur
d’une pratique ancestrale : le vo y age ou le commerce.
Bien sûr, dans la catég orie voyage , conç ue comme un déplacement de personnes,
se t rouve nt les concepts de pèlerinage, t rafic de marchandises, invasion milit aire , m ission

21

évangélique, mission diplomatique ou « tourisme ». En fait, c’est a v ec le c ommerce en
zone mul tiling ue, l’une des raisons principales p our lesquelles, durant de nombreuses
années, de petit s vocabulaires et manuels
18
de dialogues bi ling ues, et, à partir de la
Renaissance, pl urilingues, on t été rédigés, pui s imprimés pour des utilisateurs recherchant
un but pratique immédiat : la communication sommaire.
Plus tard, avec l’apparition de vé ritables grammaires, les obj ectifs d’apprent issag e
se diversifieront et l’on n e recherchera p as s eulement une maîtrise très rudimentaire de l a
langue cible. D e fait, en rè g le générale, le changement l e plus important sera ce lui de la
prépondérance de la compétence écrite sur la compétence orale. Mais il ne f aut pas s’y
tromper : d’une part, la l ang u e écrite a pu revêtir une grande importance dans certains
matériaux didactiques créés seulement deux si ècles après la conquête de l’Angleterre
pour apprendre le françai s, mais aussi dans les premi èr es « grammaires » d’occitan, sans
oublier les modèles d e let tres du Mo y en-Â g e et de la Renaissance
19
; d’autre p art, les buts
pratiques poursuivi s par les œuvres du bas Mo y e n-Âge et d e la Ren aissanc e ne seront p as
totalement supplantés par la maît rise de la lecture et de l a t ra duction. I ls cohabiteront
plutôt avec c es nouvelles visées, qui s ’a dressent d e tou te façon à un publi c di ff érent, d ans
le cadre de la méthodologie « t raditionnelle » , appelée aussi « grammaire/traduction » ou
« classique » (Puren, 1988 : 22-23)
20
. À la fin du XVIII
e
siècle, à côté des objectifs
purement instrumentaux – principalement, savoir lire et traduire –, la maîtrise
grammaticale du français, par ex emple, pourra faire partie d’un programme de formation
générale pour les Espa gnols ( L épinette Lepers, 2000b : 75 ; Fernández Fraile y Suso
López, 1999 : 90).

18
Nous ne limitons pas au sein de notre thèse la sig ni fi catio n d u terme d e manuel à celui de « l iv re de
classe » (Choppin, 198 9 : 5), c’ e st-à-dire à un e œuvre d’app rentissage utilisée par le m a ître et les é lèves en
contexte scolaire, b ien q ue cel a en soit la d éfinition générale ment acceptée ( Besse, 19 85 : 15 ; P uren, 198 9 :
39) . En effet, nous l ’ emplo y o ns po ur dé signer toute œuvre d ont le but e st de servir d e supp ort à
l’apprentissage d ’une langue étrangère, a ussi b ien da n s le cadre d’une instit ution que lo rs d’un p rocessus
d’autoappr entissage pure m e nt pr ivé. C’est l ’usage qu’e n fait García Ba scu ñana, qui r egroupe so us ce ter me
les dif férentes dé nominations de « grammaire, d ictionnaire , trésor , vocab ul aire, collo que dialo g ue, ar t,
parallèle , règles… » (200 9a : 123).
19
D’aprè s Owen (19 77 : 17), « l’ art d ’écrire des lettres fut enseig né pour la première fois en France, à
Orléans, et à Tours au XII
e
siècle, et il s’est répand u en Angleter re penda n t la pério de anglo-normande » .
Kibbee , pour sa p a rt, explique que « i n E n gland w e find collectio ns of official letters, gene rally w ritten i n
Latin, throug hout the medieval p eriod, but the first clear-c ut evidence of courses in letter -writing co mes in
the 14
th
century, with the men tion o f a d ictamen in a statute of the Universit y at O xford, dated som e times
before 1350 » ( 1991 : 83).
20
Nous re prenons ample ment ce co ncept dans le second c h apitre, dédié aux m éthod es
d’enseigne ment/apprentissage des langues et e n particulier d e la pr ononciation du français.

22

Le s pratiques o u situatio ns favorisant l’apprentissage d ’une l angue étran gère que
nous avons énumérées pl us haut ont sans doute exis té de t out temps. Le fait même
d’apprendre une lan g ue étrangère n’ est pas t out neuf. En effet, les pre miers indices
conservés d es production s bilingues sumérien/akkadien datent d’il y a 4000 ans (Aur oux,
1989 :25). Mais, en Eur ope – si l’on excepte la si tuation du f rançais en A ng leterre, sur
laquelle nous reviendrons, et, dans une certaine mesure, celle du provençal –, il n’exis te
presque pas de matériel didactique destin é à l’apprentissage des lan g ues vulgaires avant
les X I V
e
et X V
e
si ècles, en compa ra ison avec l’ explosion de l a production au XVI
e
.
Quelles sont alors les raisons de la soud aine abon danc e d’œuvres d’ apprentissage des
vernaculaires à la Renaissance ? Avant de répondre à cette question, examinons la
situation au Mo y en-Â g e.

1. 2. Apprentissage des vernaculaires en Europe avant le XVI
e
siècle
21

Nous avons déjà mentionné le fait que la nécessité d’appr endre une la ngue
étrangère a existé de t out temps. Dans le premier tiers du XV I
e
siècle, un maître d’école
qui enseignait le français à Anvers publi e un vocabulaire d ont les successives rééditions
22
,
subissant progre s sivement des remaniements dive rs, s’étaleront tout au long des XV I
e
et
XVII
e
siè cle s, et dont c ertaines ramifications se retr ouveront même j usqu’a u XX
e23
. Nous
reparlerons de c et auteur, Noël de B erlaimont, et de s on vocabulaire. Mais c e qui nous
intéresse ici, c’est l’adresse au lecteur qui se trouve da n s l ’é dition de 1558 publiée par
Jan Verwithagen à Anvers, et qui sera reprise par la suite – avec de légères
modifications – en de très nombreuses occasions. Celle-ci nou s fournit la plup ar t des
raisons pour lesqu elles il fallait connaître une l angue étrangèr e, raisons v alables aussi bien
pour cette époque que p our n’im porte quelle autre. Nous repr oduisons c i-dessous un
fragment du texte en question :

21
No tre inte ntion a u se in d e cett e sectio n e st de pré sen ter un p anora m a général de l’app arition des matériaux
didactiq ues a y a nt servi à l ’enseigneme nt/apprentissa ge d es langues vernaculaires, et to ut par ticulièrement
du français, avant le XVI
e
siècle en Euro pe. Nous ne p arlerons des langues dites " classiques" que lo rsque
notre exposé le requer ra. P our un résu m é d e l’étude des la ngues é trangères a u Mo y e n-Âge, voir B ischoff
(19 6 1). P our un aper çu de l’étude du latin à la période d e l’humanisme, voir T avoni (2000) et Colombat
(20 0 0a) ; pour l’étude du gre c, voir Förstel (2 000) ; p our l’hébreu et les autres la ngues orientales, voir
Kessler-Mes guich (2000 ).
22
La p lus ancienne connue à ce jour est celle de 1527. Au dép art elle est bilingue néerlanda is-f rançais. Il
faudra attendre 155 1 po ur que Bartholo m æus Gravius publie à Louvain une variante du vocabulaire
regroupant le la tin et l’espag nol, en plus du néerlandais et d u français.
23
C’est la varia nte bil ingue français -breton, app arue en 1 626, qui attei ndra le XX
e
s iècle (Pablo Núñez,
201 2a : 336).

23

Amy l ecteur, ce present liure vous es t tant vtil et prouffitab l e, et l’vsage
d’iceluy tant necessaire, que sa valeur n’est, voire de gens scauans assez
à priser. Car il n’y à personne en France, ny en ces pais B as, ny en
Espaigne ou en I talie, trafficquant en ces p ays de par de ça, qui n ’ a i t à
faire des quatre lang ues cy dedans escrites et declarées. Car soit que
quelcun entende e n marchandise, ou qu’il hante la Court, ou qu’il suyue
la guerre, ou qu’il voise par les champs, faudroit qu’i l eust vn
truchement pour aucune de ces quatre langues. Ce que nous
considerans, auons à noz grans de s pen s , et vos tr e g r ande au a ntag e,
lesdites langues ainsy vny et mis en ordre, que dor e nauant n’au r ez à
faire de truchement, m ai s les pourrez par vous mesmes parler, vous en
ayder, et m a rquer la f aç on de prononcer de plusieurs natio n s. Qui à
iamais auec v n langaig e peu obten ir l’am i tie d’est ranges na t ions ?
Com bi en ont peu e nr ichir sans cognoissance de diuerses langues ? Qui
peut bien gouuv erner vil les et pays, sans scavoir autr e langue sa que
[ sic ] m aternelle ? Pui s qu’ ai nsi est, am y Lecteur, v ueillez receuoir c e
liure ioy eusement, par lequel vous pourrez e nt rer en c ognoissance de
quatre diuerses l a ng a ig es […].

L’auteur de ces li g n es essaie de convaincre le pos sible acquéreur en lui rap pelant
pourquoi l’achat de c e livre est indispensable s’il ne veut pas avoir à « fa ire de
truchement » , c ’e st-à-dire être obli g é d e faire appel à un traducteur/interprète quand il se
trouvera confront é à une langue étr angère. La plupart des r aisons ou situations évoquées
sont en relation avec le v oy a ge : les éch ange s co mmercia ux
24
, la guerre
25
, la politiq ue
26

24
L’acti vité co mmerciale, menti onnée en deux occas ions, est ce rtainement l’ une des p lus i m p ortantes. T out
d’abor d, il est question d u verbe trafficq uer qui, selo n le Tré sor d e la Langu e F rançaise informa tisé ,
signifie à cette épo que « faire un commerce lointai n » . Bien sûr, il ne faut pas oublier que les transactio ns
commerciale s n’étaient pas forcé m ent s ubordo nn é es a u déplace m e nt du marc han d . Celles- ci pouvaient se
réaliser au m o y e n d e lettres, d o nt cer tains m od èles, ainsi q ue des contrats, seront d’ailleurs disponibles très
tôt au sei n des vocab ul aires et plus tard d es grammaires. No us y reviendr ons. L’aute ur insiste ensuite a vec
l’expression en tendre en ma r c handise , où en tendre , toujo u rs d’après le TLFi, v eut d ire d ans ce c ontexte
« bie n co mprendre u n e tec hnique o u u n e acti vité, ê tre compétent d ans un do m aine d onné » . C’es t d e
l’activité co mm e rciale dont il est question dans ce texte, bien entendu. De p lus , cette pra tique n’ a yant pas
d’autre o bjectif que le pr ofit, il n’est pe ut-être pa s absurd e de classer ici la r aison p urement écono mique
expri m ée p ar la question r hétoriq u e suivante : « Combie n o nt p eu e nrichir sa n s co gn o issance de d iuerses
langues ? » .
25
Une for mu le y fait référe nce : « qu’il suyue la g uerre ». Ce lle qui la suit i mm éd iatement, « q u’il voise
par les champs » , p ourrait renvoyer au x champs de b ataille, m ais le s trad uctions espa gnoles et italienne s de
ce frag m ent no us don nen t la si gn i fication r éelle de cette expr ession : « ca m ine por tierras estrañas » e t « che
vadi per paesi stranieri » .
26
L’auteur p arle de ceux qui « hante[nt] la Co urt » et de ce ux qui do iven t « gouuerner ville s et pa y s ».

24

ou la diplomatie
27
. Toutes ces pratiques existaient déjà au Mo y en-Âge. Et le fait est que
l’on a conservé certaines œuvres créées pour p allier le manque d ’outils facilitant la
communication entre peuples étrangers. Ce sont des manuscrits de vocabulaires et autres
"manuels" de l’époque qui s er ont peu recopiés et correspondent à des créations
ponctuelles répond ant à des besoin s parfois pe rsonnels, même si ces bes oins s ont en
réalité plus répandus. C’est le cas, par exemple, des Gloses de Kassel .

Dans l’histoire de la dida ctique des langues vul g ai res européennes, il est un aspect
du langage qui se dist ingue sensiblement des autres par son caractère – logiqueme nt –
précurseur. En effet, ce n’est pas à la grammaire, à la prononciation ou à l’orthographe
que sont consacrée s les pr emières œuvr es d’apprentissage des vernaculaires au Mo y en-
Âge, mais bien au vocabulaire. À pa rtir d’une certaine époqu e app ara i ssent des
productions manuscrites a u sein desquelles on compa re le l exique – e t souvent de courtes
phrases – de deux l angues, en colonnes p ara l lèles ou bien au mo y en de gloses. Si ce
procédé n’est pas nouveau
28
, son domaine d’application, en revanche, est tout à fait inédi t
en Europ e oc cide ntale. C’est la première fois que l’on se p ré occupe des lan g u es
vernaculaires, et pas seulement du latin.
Le s Gloses de Kass el représentent l’exemple le plus ancien ( I X
e
siècle) de ces
manifestations écrites co nnu à ce jour, une sorte d’ancêtre des réper toires plurili ng ues en
vogue à la Renaissance. C es gloses « ne sont pas adaptée s à un texte spécial, comme les
gloses bibliques du manu scr it de Reichenau, mais elles forment un recueil de mots classés
d’après les obj ets » (Die z, 1870 : 65) : des l istes parallèles d e mots sont d istribuées à l a
manière d’un e nomenc lature
29
en s ix chapitres, cinq thématiques – les parties du corps
humain, les animaux domestiques, la maison, les vêtements, l es ustensiles de ménage –
et le d er n ier plus hé téro g èn e ; un septième chapi tre se compos e d’une s érie de phr ases

27
Il est égale ment question d ’« obtenir l’a mitie d’estranges nations » .
28
Selon Rossebastiano Bar t, on peut faire re m on ter la co m par aison de deux langues e n co lonnes parallèles
« au m o ins au de uxième millé naire a. C. » ( 2000 : 688).
29
Nous emplo yons ici le mot « no menclature » d ans le sen s de vocab ulaire thématiq ue. Ayala Cas tro
(19 9 2 : 439) définit l’obj et linguistiq u e « n o m enclatura » de la façon suivante : « 1) La di stribución de su
léxico se hace por c ampos nocio nales. 2) Están red actadas en m á s de u na lengua. 3) Por lo general, no son
obr as indepe ndientes, sino q ue for m a n par te d e o tras o bras más a m plia s. 4) Son o bras de ca rácter did áctico,
orientadas hacia la e nseñanza de segundas lang uas . 5 ) Rec ogen só lo el vocabulario usual de una lengua,
son selec tivas, manejan un v ocabulario p rentendidamente adec u ado al nivel de enseña nza al q u e van
dirigidas. 6 ) La ca tegoría gramatical que se rec oge en ellas es, principalmente, el su stantivo, aunq ue pued en
apare cer las demás cate gorías gra m atica les. 7) No ofrecen de f iniciones de lo s voca blos reco gi dos » . Le s
Gloses de Kassel remplissent toutes ces co nditions, sa u f la troisième, même si le s listes thé m atiq ues de
vocabulaire so nt suivies d’un chapitre de phrases « analogues à celles que l’on tro uv e aujourd’hui dan s les
guides po ur touristes » ( Rosseb astian o B art, 2000 : 688).

31

Renaissance. I l invoque, en revanche, trois circonstances pour expliquer l ’a pparition de
ces dictionnair es
44
, comme des grammaires créées s ur le mod èle latin : « la r énovation de
la grammaire latine, l’imprimerie et les grandes découvertes » (1989 : 24).
La volonté hum aniste de revenir aux grands t extes classiques, pour les lire , l es
commenter et l es tr aduire, a provoqué l’utilisation de grammaires pour apprendre le latin
et la progressive disparition de l’apprentissage par l ’usa ge, l’ usus . Cela portera un coup
fatal au latin et en f era so uvent une lan g ue étrangère pour les prop res lettrés de l’ époque
(Auroux, 1994 : 96). Ce qui nous intéresse particulièrement ici c’est que ce changement
dans la p édagogie du latin va aussi fair e aboutir l’ idée selon l aquelle on pe ut apprendre
une la ngue é t ra ngère grâce à une grammaire , et pas seulement gr âce à l’ usus , c’est-à-dire
en uti lisant une méthod e interactive, bas ée, entre autres, sur la r épé tition de dialo g ues
plutôt que sur l’apprentissage de règles gra m maticales. Nous reviendrons sur ce poi nt au
sein de la deuxième partie.
L’imprimerie, pour s a part, révolution technique de l’époque, a facilité la
confection et la circulation de tous ty pes d’œu vre s, qu’elles so ient di dac t iques ou
littéraires. Cela a sans doute fa vorisé le déve loppe ment des o utils d’apprentissage de ces
langues, mais aussi d e la lan g ue latine lors du retour aux grands auteur s. S ans compter
que l’a pparition de l’imprimerie a permis de faire baisser l e coût de p roduc tion des livres
et donc de les vendre à un prix plus abordable . De plus, les imprimeurs ont joué un rôle
important dans la stan dar disation d’une l angue, au niv eau o rthographique surtout
(Auroux, 1994 : 97), qui provoque maintes querelles (Ba ddele y , 1993 : 381-412). Les
caractères d’imprim er ie ont aussi entraîné l’emploi de s y mboles et d’une certaine
disposition visuelle des lett re s telle que l’italique face à la cursive par exemple, qui
permettait de différencier de s niveaux de difficulté ou d’ajouter des informations so uven t
phonétiques (García Bascuñana, 2005 : 130, 2010 : 203 ).
Enfin, la découverte de territoires inexplorés jusqu’alors, et de nouv elles lan g ues,
aurait également provoq ué la g rammatisation de ce s l angue s (Colombat, Fournier &
Puech, 2010 : 140), que l’on voulait décrire et aux quelles on appliquera pour cela le moule
latin également. Cette grammatisation étant cont empora i ne de celle des lan g ues
européennes, il n’est pa s si évident d’affirmer qu’el le est une de s possibles c auses de leur
propre processus de grammatisati on.

44
Le pre m ier dictio nnaire monolingue du fra nçais, œuvre de J ean Nicot, sera publié en 1 60 6. Avant l ui,
Robert E stienne, i m p rimeu r royal d e so n te m p s, avait publié de ux dic tionnaires b ilingu es
m o n odire ctionnels latin -français (15 38) et français-latin (1 539) .

32

En plus des possibles causes de la grammatisation des vernaculaire s mentio nnée s
ci-avant, il faut en considérer une autre qui accompagne le processus plutôt qu’il ne le
déclenche. En effet, peu à peu germe dans les e sprits une prise de conscience d e la
présence de règles dans la lang ue vulgaire, conception qui était réservé e en principe aux
langues cl assiques. C e point de vu e a pu s’appliquer également aux langues
amérindiennes, d e manière par allèle aux lang u es e uropéennes, du moins à l’italien et à
l’espagnol, précoce d ans l eur grammatisation. Pour le français, les gramm aires arrivent
un peu plus tard. Par aill eurs, rappelons qu’en 154 9, Joachim du Bella y rédige sa f ameuse
Deffence et Illustrat ion de la Langue Fran çoyse , qui prône l’idée qu e le français est au
même niveau qu e le lati n ou le g re c pour la com position poétique. Par allèlement à ce t
éveil progressif, il se développe une volonté de décrire les langues, mais surtout de
prescrire des règ les pour fix er un bon usag e. Cela deviendra même une nécessité : même
si les besoins d’apprentissage n’étaient pas différents de c eux du Moy en-Âge, à partir du
moment où le la tin cesse peu à peu d’ê t re lingua franca
45
, la lang u e vernaculaire a be soin
d’être réglée, de s e purifier pour s’affirmer et tenter de s’impos er sur les autres langues.
Le XV I
e
si èc le marque a ussi le début du n ationalisme linguistique (Corcuera M anso &
Gaspar Galán, 1996 : 175).
L’intention de pu rifier la lang u e, no us l a trouvon s, par ex emple, chez Geoffro y
Tory, qui publie son C hamp fleury en 1529. Celui-ci est divisé en trois livres. Et voici
comment l ’a uteur, après la page d e titre, décrit le c ontenu du pr emier : « Au P re mier Livre
est contenue Lexhortation a mett re et ordonner l a L an g u e Françoise par certaine R eigle
de parler elegamm ent e n bon et pl ussein Langage François » . Puis dans le salut aux
lecteurs du livre premie r, après avoir largement critiqué les « Escumeu rs de La t in,
Plaisanteurs et Iargonneurs » mais aussi les « Innovateurs et Forgeurs de motz
nouueaulx » , il déclar e : « Toutesfois si nostre L angue estoit dueument R eig lee et Pol y e
telles immundices en pourroient estre deiectees. Par quo y i e vous prie donon nous tou s
courage les vngz aux aultre s, et nous esueillon a la purifier » . Il faut donc selon lui épurer
la langue française des latinism es, né ologismes et autres "déviances"
46
.

45
En effet, l’ad m i nistration et la j ustice – l’ordo nn a nce de Villers-Cotter êts date de 153 9 –, e t plus tard les
sciences, emploient d e plus en plus le français. Ambroise Paré (1510 -1590) est un exemple très co nn u de
cette dernière tenda nce : il obtient le titre de chirur g ien d e Sain t-Cô m e alors qu’il i gn orait le lati n
(Coignerai-De villers, 19 87 : 74). Ses œuvres so nt donc r édigées e n français. Au XVII
e
siècle, Descartes et
Pascal écr iront aussi des œuvr es en français, et e n 1 665 pa raît le pre m ier numéro du Io urnal des sçava ns .
Le do m a ine relig ieux n’est pas en r este, puisque la Réfor m e s’accompagne de trad uctions des tex te s sacrés,
comme la Bib le d’Olivétan, ( 1535 ) ou les Psaumes de Clément Marot (1 541).
46
Au XVI
e
siècle, la lutte p our la pure té et la grandeur de leur pr opre la ng ue p rovoque, d e la par t de certa in s
grammairie ns , la c h asse aux l atinisants et italiani sants, et on essaie parfois de d émontrer la supério rité de

33

Meigret (1550), lui, se do nne c omme but de fourni r des règles de bon usage et de
fixer la langue surtout au niveau de l’orthographe. Ainsi, i l aff i rme dans son prologue (f.
2 v.) que « le de voer d ’vne grammere jiz en la recherche de la doctrin e, non seulement de
bien et de proprement pa rler , mes aosi de bien e crire, por la nece s ité qe n ous auons de
l’ecritture [ …] » . Sa grammaire poursuit donc l es mêmes buts que le traité de typographie
de Tor y . Ces idées seront suivi es de c elle que Nebri ja avait d éfe ndue bi en d es années plus
tôt au mo y en de la si célèbre phrase : « si empre fue la lengua compañera del imper io »
(1492 : prologue).
Effectivement, à une certaine époqu e on comprend que s ans une langue dûment
décrite et fixée, et surtout sublimée par les grands écrivains, le ray onnem ent d’ une nation
ne peut être total. C’est suivant cette conviction que Richelieu fondera l’Académie
française en 1635 afin d e doter le français d ’outils officiels tels qu’un dicti onnaire , une
grammaire, une rhétorique et un e poétique. Ceci est posté rieur à l ’époque de l a
grammatisation massive des l ang u es modernes, mais dès 1492, c’est encore Nebrija qui
exprime au sein du p rologue de s a Gramática castellana trois objectifs : fi xer la lan gue
afin que l’hist oire d es r ois d’Espagne ne se perde pas au fil du temps, qui corrompt la
langue ; faciliter l ’a ppr entissage du latin aux enfants ; permettre aux étrangers
d’apprendre le castillan.
Nous vo y ons que ce dern ier o bjec tif n’est pa s prés ent chez les de ux grammairiens
français cités précédemment. Pourtant, cela montre que déjà, à la fin du XV
e
siècle, on
considérait qu’une gra mmaire p ouvait servir de base à l’ apprentissage d’une lan g ue
vulgaire, et pas seuleme nt d’une langue cl assique. L e cas des gra m maires p ubliées en
Angleterre est p ar ticulier du fait de l a sit uation l inguistique de ce territoire à cette époque.
Quant aux premiers trait és de l angue irlandaise (VII
e
si èc le), islandaise (XII
e
si èc le),
provençale ( ca 1200) o u galloise ( ca 1322), le ur objectif était tout au tre. Ce sont
généralement des r ègles destinées à fix er une l angue li ttéra ire et à oriente r l a composition
poétique.

sa langue s ur le s autres. He nri Estie nn e, fil s du cé lèbre i m p ri m e ur Ro bert Estien ne, est c onnu pour a voir
dénigré l’usage des italia nismes et pour avoir tenté de dé m o ntrer que le français descendai t directement du
grec, ce qui l ui perm e ttait d ’affirmer la s up ériorité de sa lan gue sur les autres vernacula ires dans son œu vre
De la précellence du langage françois (1579) (Gaspar Galán, 1987 : 66-68 ; Y llera Fernández, 1998 : 390-
393 ). Ceci étan t dit, c’est v éritable m ent au XVI I
e
siècle que les gra mmairens te ntero nt d’épurer au
maximum le langage, do nt le l exique s’était co nsidérab lement e nrichi d ’emprunts, lati nism es, tech nicismes
et régionali sm e s (Huchon, 2002 : 173).

34

Quoi qu’il en soit, t rè s rapidement beaucoup de grammaires de français publiées
en France se voud ront des out ils d’apprentissage d e cette l angue pour l es étrangers
47
, sans
pour autant laisser de côté l’aspect normatif, au cont ra ire. Le grammairien revendiquera
souvent le fait qu’il ensei g ne le bon usa ge et critiquera par ailleurs ce qu’i l considérera
comme vicié. Nous reviendrons sur ce point dans notre troisième partie quand nous
aborderons la qu estion d e la p rése n ce d’indicatio ns sur la norme p honétique dans les
grammaires de français pour Espagnols des XVII
e
et XV III
e
siècles.

1. 3. 1. 2. Les vocabulaires

Curieusement, a u XVI
e
siècle , a lors que les grammaires commencent à ê tre
perçues comme un poss ible mo y en d’ensei gne r/ apprendre une lan g ue étrangère, il se
produit une explosion
48
de la publication de manuels bili ng ues, puis plurilingues,
regroupant deux ou pl usi eurs langues vernaculaire s, souvent accompagnées du latin, dont
la fonc tion va être d e f ournir à l’usager un panel d’outils visant la co mmunication
sommaire : li stes de mots , dialogues, indications sur la prononciation, modèles de lettres,
entre autres. Con trairement aux grammaires, ces manuels n’ont pas la v ocation d’une
présentation exhausti ve de la prononciation, morphologie et s y nt axe : ils servent,
croyons-nous, d e support à la conversation, presque comme un dictionnaire e nrichi, plutôt
que d’objet d’étude.
En Europe o ccide ntale, l a production de ces œuv res a été favorisée à p artir du bas
Moyen-Âge dans les zones d’échanges commerci aux importantes à cette époque. À plus
grande activité commerciale, plu s gra nd e production d’œuvres, su rtout si la zone
d’échanges est plurilingue. Le voy a geur, d’un côté, a besoin de communiquer p our
trouver s on chemin, manger et se loger ; le marchand, d’un autre, doit être en mesure de
réaliser des t ransactions ou d’écrire des lettres pour réclamer son dû. C es z ones
d’échanges sont principal ement la République de Venise (Thiriet, 1969 : 83, 97) et les
territoires cor respondant approx imativement à la B elgique et aux Pay s- Bas actue ls (Van
Gelder, 2009 : 3).

47
C’est le cas d e la grammaire de Maupas, par exemple.
48
I l existe c ependant une traditi on de vocabulaires regroupant le latin et l’allemand qui plo nge ses racines
dans le XIV
e
siècle, et dont la tradition se d éroule to ut au long du XV
e
siècle et jusqu’a u début du X VI
e
. Il
s’agit d e no m e nclatures b ilingues, te lles que le Vo cabularius Optimus o u le Vocabularu m Gemmula . Pour
plus de re ns e ignement s sur celles-ci, voir Pablo Núñ ez (2 010, tome 1 : 50 - 64) .

35

Dès le Mo y en- Âge, des marchands du sud de l ’Allemagne trav er sent les Alpes
pour atteindre Venise. V ers le début du X III
e
siè cle , afin d e contrôler cette population
marchande et ses transactions, la Sérénissime se voit dans l’obligation de cré e r le
Fondaco dei T ede schi , une sorte d ’auberge où les transalpins doi vent déposer leu rs
marchandises et se lo ger obli g atoirement pendant toute la duré e de leur s éjour (Van
Gelder, 2009 : 37) . I ls s e voient é ga lement assigner un ‘ courtier’, qui veillera à c e que
ceux-ci pa y ent bien toutes leurs t axes. S ouvent amenés à traduire l es p ropos des deux
parties des t ra nsactions, ces accompagnateurs véniti ens sont forcés d’apprendre l e
tudesque (Bruzzon e, 2010 : 30), ce qui n’empêche pas l es mar cha nds allemands
d’apprendre, de leur côté, l’it alien, a fin d e c om muniquer sans l’aide d’un traducteur.
Profitant de l ’a ffluence de ses compatriotes, Georges de Norimberg, maît re de
langues allemand ens eig nant à Venise au déb ut du XV
e
siècle, v a composer un
vocabulaire bilingue itali en-tudesque dont le m anuscrit le plus ancien dat e de 1424 et
comprend trois parties : vocabulaire et expressions, morphologie verb ale et dialogues.
Plusieurs de ces manuscrit s se succèdent au cours du XV
e
siècle jusqu’en 14 77, date où
l’imprimeur Adam de Rottweil est le premier à publier un vocabulaire t hématique qui
servait à « appre nd re » l ’allemand par l ’italien et vi ce -ve rsa, connu sous le nom d’ Introito
e Porta
49
. C e manuel à succè s va inaugurer une tradition de vocabulaires regroupant
parfois jusqu’à 8 langue s
50
(Mormile, 1993 : 16) e t dont les s uccessives réimpressions
atteindront le nombr e de 89 (Acero Durántez, 20 03 : 182). Le français et l’espagnol y
seront réunis pour la première fois – nous l’ avons déjà évoqué – dans l’édition
quintilingue vénitienne de 1526 d e Francesco Garrone. Cep endant, ce vocabulaire ne
présente pas d’explications en espag no l sur la prononciation du frança is, tout au plus de
très succinctes indi ca t ions pour « s auoir les differenz e [ sic ] des lit ter es A. b. c. » rédi g ées
à c haque fois dans la pr opre langue e xpli quée
51
. Cela sera également l e c as dans la Bre ve
Instruction de Meurier de 1558, dans laquelle les expl ica tions de la prononciation du
français auront pour métalangue le français lui-même.

49
Voic i ce q ui figure s u r la pre mi ère page : « Questo libr o el q uale si chiama introito e p orta de q uele vole n o
imparare e co m prender todes cho a latino, cioe talia no, el quale e vtili ssimo per quele che vadeno a
pratichando per el mundo el sia todescho o taliano ». P our plus d’infor m a tions a u sujet de ce voc abulaire
et de ses c ontinuateurs voir Gallina (195 9 : 25-40) e t su rtout Rossebastiano B art (1984) .
50
Il ex iste même un dérivé allemand -catalan de l’ I ntroito : en 150 2, J ohann Rose nbach publ ie à Perpignan
le Uoca bolari mo lt profitos per apen dre lo Cata la n Ala many y lo Ala many Catalan .
51
Nous avo ns con su l té l’éditio n de 1 533.

36

Le vocabul aire d e Ga rr one n’est cependant pas le p remier à rassembl er l ’espag no l
et le fra nçais. En effet, cet honn eur revient au Vocabulario para aprender franches,
espannol y fl aminco , pui squ’il voit le jour en 1520 à Anvers. Son imprimeur, Wi llem
Vorsterman, s ’inspire de l’ancien L ivre d es m estiers déjà cité : on y retrouve des
énumérations thématiques déjà p ré s ente s dans le manuscrit de 1340 comme, par exempl e,
certains métiers associés à un nom : « Colart l e orfevre ; ciprien le tisserra nt ; Katherine
la pigneresse » (1530 : 10r). Les dialogues, cependant, y occupent un e place plus
importante. I l sert de source di recte à No ël de Berlaimont pour la conf ec tion de son
vocabulaire, dont nous avons déjà évoqué le succès et sur lequel nous re viendrons pour y
anal y s er plus spécialement l ’é v olution de la place de la prononciation du frança i s pour
les Espagnols au cours des successives rééditions.
La publi ca t ion des œuvre s de Vorsterman et le succès de ce l les de Berlaimo nt ou
de Gab riel Meurier, auteur de production did actique également et maître de langues à
Anvers, répond ent en partie aux mêmes besoins que ceux qui avaient mot ivé l’apparition
du Livre des m estiers , à savoir les échanges commerciaux entre les r égions flamande et
wallonne, et la F ran ce . M ais le fait que l ’e spa g nol soit la troisième langue d u vocabulaire
n’est pas anodin. C’ est u n s y mpt ôme de la nouvell e sit uation polit ique et co mmerciale du
territoire de Flandre. En effe t, dès 1519, Charles Quint devient, par h éritage, l ’empereur
de nombreuses terres, entre autres du comté qui avait auparavant appartenu aux ducs de
Bourgogne. L ’influenc e espagnole y sera donc plus forte , sans compter la récente
découverte de l’Amérique dont l e transfert de marchandises, d’or et d’argent mul t iplie les
contacts entre l a Péninsu le Ibér ique et les territoires du nord. Pablo Núñez l’expl ique en
ces termes :

la inclus i ón de l es pa ñol e n e l Vocabulario para aprender f ran cés,
español y flamenco de 1 520 muestra y a c on s u presencia la pr o nt a
importancia que adquirió nuestra lengua para los negocios, m ot iv ada
probablemente por el ac op io de mercancías valiosas d e los ter ritorios
americanos en los puertos d el no r te de Eu ro pa ( 20 10, tome 1 : 50)

Le s g rand es villes commerciales d es Pays-Bas espagnols sont aussi, pour la
plupart, de gra nds ce ntr es d’imprimerie : Louvain, Anvers, Brux elles, Liège, G and,

37

Bruges, entre aut res, dan s les t er ritoires plus au s ud ; Ut re cht, Ley de
52
ou Delft dans la
partie septentrionale. L’essor de cette technique est s ans aucun doute un des facteurs
décisifs de la mu ltiplication des manuels de langue sur le marché du XVI
e
siècle. Ceux-
ci font souvent par tie, entre autr es, de l’histoire d e l’enseignement d e l’espagnol comme
langue étrangère en Europe : le premier témoignage en est le vocabulaire de Vorsterman.
Dans un contexte de multil ing ui sme, l’apprentiss age de l’espa g nol n ’est pas vraiment
ciblé, pour tant il arrive – ra rem ent i l est vr ai – que certaines ex plications vis ent un public
francophone. M eur ier, par ex emple, propose dans sa Brev e Instr vc t ion de 15 58 des
explications sur la prononciation de l ’e spagnol en français. Dans la série d es Be rlaimont,
à partir de 1556, Bartholomé de Grave inclut une section intit ulée La manière d’escripre
et de prononc er la lang ue espaignole . De nouveau, la métalan g ue est le fra nçais ; par
conséquent ces explications sont destinées à un public f rancophone. Sig nalons , p ar
ailleurs, que c es expli ca t ions sont rec y clées par l ’imprimeur qui les a récupérées en parti e
d’une autre de s es publ ications, parue à L ouv ain un an plus tô t : l’ Vtil, y brev e Institvtion,
para aprender los principios, y fundamentos de la lengua Hespañola .
Aussi connue sous le nom de l’ Anonyme de Louvain , c ette œuvre est di fférente
des précéd entes du fait que ce n’est pas un vocabulaire, c’est-à-dire un petit manuel
regroupant dialogues, l exique, prononciation, conj ug aison, modèl es de lettres et prières,
mais une grammaire
53
. P rivée de s y ntaxe, elle se compose, d’apr ès une structure
classique, d’une partie de prononciation et d’une autre de morphologie
54
. Mais la
singularité de cet ouvra ge provient de ce qu’il vise global eme nt, selon nous, un publ ic
francophone. En e ffet, bi en que rédigée en trois l ang ues, l’espagnol et le latin n’ y ont pas
la même importance que l e français. Toutes les ex plications, ou presque, présentent les
trois ve rsions, m ais seule l a traduction fr ançaise a droit a ux car a ctères ita liques, ce q ui
fait qu’elle se déma rque sensiblement des autres. C eci est rar e pour l’époque où la
tendance au multilinguis me, qui répond à un argument commercial, est à la hausse.
Rappelons que certaines œuvres p roposeront j usqu’à huit l angue s. D e t oute façon,
l’ Anonyme de L ouvain in clut aussi une version en latin, ce qui assurait un p ublic de lettrés
assez large pour l’imprimeur.

52
Pour un aper çu de la situ atio n de pluriling uisme dans la ville de Leyde sous l ’Ancien Régime, voir
Frijhoff (20 10 : 22 -26).
53
P our une a nalyse d e cette gra m maire en regard avec l’autre anonyme de 1559 , voir Gómez Asencio
(19 9 8) et Sw ig gers (2006 ).
54
Certains te x tes reli gieux propr es aux manuels pl urilingues s e trouvent égale ment après la morpholo gie,
tels que le P ater Noster, l’Av e Maria et les dix co mm ande ments.

38

1. 3. 1. 3. La production lex icog raphique

Au XVI
e
siècle, le proc essus de grammatisation n’aboutit pas s eulement à des
grammaires, m ais é g al ement à des productions lex icog raphiques p arfois plus complexes
que les nominalia de tradi tion médiévale. Nous dirons un mot sur ces ou vrag es afin de
tenter de compléter le panorama historico-linguistique dans lequel se place notre travail.

Ce sont d’abord des œuvres également bi ling ues, puis pluriling ues qui voient le
jour. Nous y revenons par la sui te. Mais ce n’est q u’a u siècle suivant que les premier s
monolingues vernaculair es seront publiés, du mo ins en ce qui concerne le français et
l’espagnol : le premi er di ctionnaire monolin gue du français dat e de 16 06, c ’est le Thresor
de la langue françoyse tant ancienne que modern e , de J ean Nicot ; pour l’espag nol, c’est
au T esoro de la l engua castellana o española de Sebastián de Covarrubias, publié en
1611, qu’il faut remonter. L ’un e des caractéristiques principales de ces nou velles œuvres
lexicographiques du XV I
e
siècl e est la profusio n d’entrées qu’elles compo rtent, face au
lexique lim i t é pr oposé par les nomenclatures.
Pour ce qui est du classement des mots, i l conti nu e parfois d’êt re thématiqu e, mais
l’ordre alphabétique est aussi de mise, quelque fois combiné avec l ’organisation
dérivationnelle. C ’est le cas, pa r exemple, du Lexicon hoc est Dictionari um ex sermone
latino i n hispaniensem de Nebrija
55
(1492), latin-espagnol, chez qui le critère
morphologique prend le pas s ur l’alphabétique (Lépinette Lepers, 2 001 : 16). Ce
dictionnaire bilingue e st souvent considéré comme le p remier dictionnaire moderne de
l’espagnol (Alvar Ezquerra, 1991 : 8), et a eu – à l’instar de sa grammaire – une énorme
influence su r la p roduction linguistique postérieure, dans ce cas sur l a production
lexicographique bilingue incluant le latin ou l’espagnol
56
.
La production lex icographique bil ing ue f rançais-espag nol et espa g nol- français du
XVI
e
siècle a été étudié e, entre autres, par Lé pinette Lepers (1990, 2001 : 95-188), Pablo
Núñez, qui a publié El arte de las palabras : Dicc ionari os e imprenta en el Siglo de Oro
(2010), œuvre repren ant son travail de thèse doctorale déjà publié en 2008 et dans l aque l le
il ana l y se et catalogue toutes les p roduc tions le x icog raphiques des XVI
e
et XVII
e
siè cles
regroupant le français et l’espagnol, et en fin, Br uña Cuevas, qui a réalisé une étude
générale pl us étendue dans le temps avec l’article « La pr oducción lex icográ fica con el

55
Po ur un aper çu g énéra l de la facette lexicograp hique de Ne brija, voir Alv ar Ezq uerra (19 92).
56
Consulter s ur ce point Lépi nette Lepers (2 001 : 27- 62) qui a étudié l’héritage d u Lexicon en France.

39

español y el francés d urante los siglos X VI a XIX » (2008b). Nou s effectuons
principalement un résum é de ce d er nier, mais no us avons également consulté les autres
travaux pour dresser un bre f panorama
57
de la lex ic ographie bil ingue français-espagnol
et espagnol-français au XV I
e
siècle. Nous mention ner ons également les ouvra g es
lexicographiques qui nous sembleront les pl us importants a ux sièc les suivan ts en pre nant
comme source les mêmes spécialistes.

Nous avons déj à si gnalé que le premier voc abulair e t hématique à regrouper l e
français et l’espagnol se ra it celui que publie Francesco Garrone en 153 6 à Venise
58

(Bruña Cuevas, 2008 : 38). L e manuel de l a sér ie des Berlaimont, que nous avons
également a bo rdée pl us ha u t, pr ésente aussi un vocabulaire – fla mand-fra nça is dans sa
version d’origine en 1527 – qui sera enrichi de traductions parallèles au cours des
rééditions successives, incluant l’espagnol dès 1551. L ’ordre semi-alphab étique flama nd
des entrées r estera i nchangé dans la plup art des cas. Ainsi , la consultation de c ette liste
de vocabulaire d evait être peu commode pour le publ ic espagnol i ntére ssé par
l’apprentissage du français.
En ce qui concerne la production l exicogr aphique pré sentant les entré es sel on un
ordre alphabétique, si g n alons le Dictionarium d e Calepino, publié d’ abord en 1502
comme un dictionnaire mixte de latin et de grec : les entrées latines possédaient leur
définition, tel un m onoli ngue, m ais certaines d’e ntre elles présentaient é g alement une
équivalence en grec. S ’il est vrai que cette structure n’évoluera pa s, le nombre de langue s
dans lesquelles s ont do nnés les équivalents des entrées l atines pourra attei ndre le chiffre
de onze, et dès 1565, le français et l’espagnol y apparaissent.
D’un autre côté, la scène de la l exicographie d’or g anisation thématique est
occupée au XV I
e
siècle pr incipalement p ar d eux auteurs : H adrianus Junius et Heinrich
Decimator. L’œuvr e du premier, le N omenclator omnium rerum propria nomina variis
linguis explicata indicans (Anvers, 1567), jouira d ’un grand su ccès et s era rééditée jus que

57
No tre b ut n’est p as ici de dé tailler toutes les m a nifestations l exicographiq ues b ilingues f r ançais-espa gnol
et espagnol- français appar aissan t au cours de notre périod e d’étude. No us voulons simple ment confir m er
l’idée que l’a vèn eme nt d es gra mm a ires et des m a nuels es t acc om p agné de la publicatio n de listes de
vocabulaire et de d ictionnaires proprement dits. Nous n o u s en tiendrons donc aux productions qui nous
semblent les pl us significati ves. Po ur plus de pré cisions, nous renvoyons a ux travaux déj à cités.
58
Nous avons égaleme nt m e ntionné le fait qu ’ en réalité, c’est le Vo cabula rio para aprender fran ches,
espan nol y flaminco d e Vorster m an qui re groupe en p remier le français et l’e spagnol, mais Pab lo Núñez
(20 1 0, tome 1 : 8 0) nous ra ppelle q ue « no es p r opiamente un diccio nario y no pr esenta ning una técnica
lexicográfica » , même s’il a joute q u’il ne ma n que p as pour autan t « de i nterés lé xico ». P our u ne opinion
similaire, voir Bruña Cuevas ( 200 8 : 38).

40

dans le premier quart du XV II
e
si èc le ; la Sylva vocabulorum et phrasium, sive
Nomenclator octo lingu arum de Decimato r, étant à l’origine un e œuvre trili ngue
allemand-grec-latin d’ordre alphabétique publiée en 1580, évolue en nomenclature mais
connaîtra beaucoup moins de rééditions.
Toutes les œuvres citées précédemment ne sont pas proprement bil ing ue s, mais
plurilingues. En 1565, pourtant, le Vocabulario de los vocablos de Ledel présente ses
listes de mots uniquement en français et en espagnol, listes qu’il a d’ailleurs récupérées
du manuel de Be rlaimont
59
, même si ce v oca bul aire est lég èrement différent de s a source
(Pablo Núñez, 2010, tome 1 : 373). C’est pratiquement le seul ouvrag e du XVI
e
siècl e à
être uniq ueme nt bilingue français-espagnol
60
; mais, à partir du XVII
e
, la situati on change
et les dictionnaires se spécialisent de plus en plus.

1. 3. 2. Le français en Espagne

En Esp ag n e, la situation politique, re l ig i euse e t économique e s t telle que l a
publication d’œuvres pour l’appre ntissage des lang u es vulgaires étran gèr es y a été
pratiquement i nexistante. L’Inquisition, instaurée en 14 78, va censurer la c irculation ou
la réédition dans la Péninsul e I b érique de nombr euse s œuvres sus ceptibles de véhiculer
des idées hérétiques, dur ement poursuivies par cett e instit u t ion de l’époque. I l f aut dire
qu’avec la Réfo rme protestante en toile de fond, l’util isation de l’impri m er ie avait tout
intérêt à être contrôlée par ceux qui s’opposaient à la diffusion non s eulement de
traductions de la Bible en langue vulgaire, mais aussi des nouvelles doctrines
promulguées par Luther ou Calvin. Cette conj oncture aura des cons équences sur
l’introduction en Espa g n e de livres sortis des pr esses nordiques, fo yers d e pr otestantisme.
En outre, Philippe II d éc rète en 1559 qu’il est int erdit (avec quelques ex ce pt ions)
d’aller étudier hors des ro y aumes ibériques, ce q ui va également freiner l ’a pprentissage
des langues étrangères, p ar ailleurs peu né ce s saire aux y eux des hispanoph ones, dont la
langue occupe un e place prédominante non seulement en Europ e, mais d ans une b onne
partie du monde également. Cette suprématie d e l’e m pire espagnol, d’une certaine

59
Nous pré ciserons plus ava n t les p ossibles source s de Ledel.
60
Nous diso ns « pratique ment » parce qu’en 15 99, à la to ut e fin d u XV I
e
do nc, p araît le d ictionnaire d e
Hornkens français-espagno l-latin. Il est vrai que c’est u ne œuvre lexico graphique trili ngue, m ais e n réalité
le latin ne j oue q ue le r ôle de vérificatio n de s cor respondan ces entre le s e ntrées française s e t esp agnoles.
Par a illeurs, m e ntionnons le cas de Nicholao Landuchio (156 2) : son m a nuscrit inclut trois vocab ulaires d e
l’espagnol, chac un d ’entre eux présentant, r espectivement, de s éq uiv alences en italien, fr ançais et basque.
L’œuvre, p rise dans sa total ité, est do nc quadrilingue, mais c h aque vocab ulaire est, en l ui-même, b ilingue.

47

traités de paix, comme celui des P y rén ée s (1659), d’Aix-la-Chapelle (1668) ou de
Nimègue (1678), dans l esquels l e français commence à prendre une place plus ou moins
grande qui s’accentuera pour en faire progressivement, au XV I II
e
siècle, la langue de la
diplomatie au détriment du latin.
C’est donc à partir de l a deuxième moitié du XV II
e
, surtout , que l e français
acquiert un certain poids en Europe et devient une langue étrangère pris ée, pr incipalement
dans les ce rc l es de la haut e société. En I t alie, ce t engouement avait commencé dès la
première moiti é et se r eflétait dans la publication des œuvres d e Durante (1625), Fabre
(1626) et Lonchamps (1638), même si l’apo g é e des manuels de français pour I taliens est
atteint dans le dernier tiers du XV II
e
siècle (Mormile, 1989 : 23).
Le statut du français en Angleterre est spé cial ; nous l ’a vons évoqué plus haut.
Quand le bilinguisme disparaît, il faut appre ndre le français par l’intermédiaire de
manuels et de grammaires. Au XVII
e
, nombre d’e ntre eux sont publiés, co mme ceux de
Woodroephe ( 1623), Cogneau (1635), Mauger ( 1653), Miège (1687) ou Bo y er (1694 ). I l
en est de m ême en Alle mag ne, si l’on en croit C ar avolas (1994 : 157), qu i déclare, pour
la fin du XVII
e
siècle, qu’ « il est impossib le et même inutile de citer ici tous les maîtres
de français et les auteurs de méthodes de français, ils sont trop nombreux » .
Le français ne bén éfic ier a pa s d’un tel enthousias me en Espagne au XV II
e
siècle.
Seules quelques œuvres y seront pu bliées, d e façon anecdotique, puisqu’il n’existe
aucune continuit é entre le s publications. Nous rece nsons la grammair e de Ci sneros (1624,
1635)
68
, les ouvrag es de P. Lacavalleria (1642) et d’A. La c avaller ia (1647) et ceux de
Billet (1672, 1673)
69
et de J aron (1688). I l faut do nc attendr e le de rnier quart du sièc le
pour que d ébute vraimen t une séri e i ninterrompue de publi ca tions d’ouv rages servant à
l’apprentissage de la langue française en Espagne . C’est à Pi er re-Paul Bill et que revient
l’honneur d’ avoir inau g u ré c ette tendance qui va s’accentuer au XV III
e
siècle et surtout
au XIX
e
.
Une tell e différence entr e les principaux pa y s européens et l’ Espagne s’explique
par l a situatio n de dom ination politique, économique et culturelle de celle-ci. Les
Espagnols imposent leurs modèles et leur langue. Nous avons vu, par exemple, que
l’espagnol est la l angue qui s’apprend p rincipa lement en France dans les deux premiers
tiers du XVII
e
siè cle. Ainsi, même si le français commence à acquérir un certain poids,

68
En réalité, la première éditio n, celle de 1624, n’ est p as publiée en Espagne m ai s à Douai.
69
La pr emière œ uvre de B illet est publiée à Lyon. Ce n’est que sa gra mmaire de 167 3 qui est publiée et
rééditée en Espagne, mais a ussi dans les P ays-Bas.

48

surtout dans la deux ième moitié du siècle, Brunot (1934 : 45-46) déclare q ue « pendant
toute la première p artie d u XV II
e
siècle, on compte dans la Péninsul e ceux qui se donnent
la peine d’apprendre le f ranç ais » et que « m ême après 1660, à la Cour d’Espagne, et
autour d’elle, le français était à peu près ignoré » .

1. 5. Le français en Es p agne au XVIII
e
siècle

Au XVIII
e
siè cle, le fran ça i s prend un e i mportance de plus en plus considé rable
au niv ea u poli tique et culturel. C’est le siècle de l’ « unive rsalité » du fran çais, dont la
reconnaissance est appré ciable au sein de pl usieurs œuvres de notre corpus
70
, et qui ser a
entérinée p ar le fameux discours de Rivarol pour l’Académie d e B erlin en 1784. Cette
langue est de plus en plus emplo y ée da ns l a diplomatie, e t l es grammairiens-phil osophes,
scientifiques et enc y clop édistes divers se chargent de produire des œuvres reconnues et
lues au niveau international. Par ailleurs, le XVIII
e
est é g alement marqué en Espa gne pa r
l’arrivée d’un roi françai s sur le trône esp agnol. Même si Philippe V n’impose pas le
français à la Cour, loin de là – comment aurait-il pu ? –, sa présence et celle d e son cortège
ont certainement créé un besoin supp lémentair e d’apprendre la langue du n ouveau venu
(Caravolas, 2000 : 197 ). Fernández Fraile & Suso López insistent tout de m ême sur le fait
que le rôle de la monarchie e st f aibl e pour ce qui est de la diff usion du frança i s et que
c’est plutôt « la atracción por la Fra ncia ilustrada, en los campos filos ófico, político y
científico, la que producirá su irradiación » (1999 : 65).
Dans tous les ca s , pou r la première fois depuis le XV I
e
si ècle, le français per c e
également en Espa gne . Cela se traduit, entre autres, par la multi plicatio n des œuvres
d’apprentissage de cette langue
71
. Rappelons, tout de même, que le point d’inflexion se
situe dans l e dernier qua rt du XVII
e
siè cle ave c l a publ ication des ouvrages de Billet,
surtout, et de Jaron, puisqu’à partir de ce moment, e t comme nous l’ avons dit, la
publication de grammair es et autres manuels de français ne connaîtra p as d’interruption
majeure jusqu’ à nos j ours
72
. Mais ce n’est pas s eulement dans le nombre d’ouvra ges

70
Po ur un e étude d étaillée de cette question, voir B ruña Cuevas ( 1996 a, 1999a ).
71
Même si cela es t vrai po ur le territoir e esp agn ol en comparai son avec les siècle s antér ieurs, « leur no m br e
ne peut aucune men t être co mparé à celui des manuels qui vo ient le j our en Allemagne ou en An gleterre à
la même ép oque » (Caravolas, 200 0 : 198) .
72
Pour ce q ui est du XVIII
e
siècle, nous r env o y o ns au x ouvrage s de notre corp u s publiés en E spagne.
Seulement, co mm e no us n’avons pris en co mpte que les œ uvres p résentant des explication s de
pro n onciation et n ous a vons e x clu les d ictionnaires, certai nes pro ductions pl us o u moins i m p ortantes v isant
l’apprentissage du français ou, po ur le moins, mettant en jeu cette langue, en sont exclues. C’ e st le ca s d u

49

destinés à apprendre le français que la p ré sence d e cette langue est palpable. Le XVIII
e

est aussi celui de la création des premières institut ions scolaires à propos er le français
comme matière d’ enseignement, même s’il r este, au début, au nive au de l’ escr ime et de
l’équitation.
En 1725, le Re a l S eminario de Nobl es d e Mad rid, « fondé par le roi P hilippe V
sur le modèle du Collè ge Louis le Grand » (Lépinette Lepers, 1994 : 192) , voi t l e jour.
Son premier maîtr e de lan g ue française, Núñez de Prado, inaugure une li ste d e professeurs
qui jalonnent tou t le X V III
e
siècle : Tallés, L a borda, Pelleport et L aurés de Ma y rán.
Galmace a certainement été pro che de l’insitution mais n’a pas dû en faire partie comm e
tel ; il n’aurait pas douté une seule seconde à l’arborer sur la pa g e d e titre de ses œuvres.
Il exi sta ég al ement un Re al Seminario à Val ence e t à Barcelone, entr e autres, où
le fra nçais aurait eu une certaine place (Sarrailh, 1957 : 197). À Valence, d’ailleurs, une
autre inst itution voit le jour en 1763 : l e Colegio Andresiano . Carlos Sarrió, l ’un des
auteurs de notre corpus, en était maître de français et y fera publier son ou vrage (1768).
Mais ce sont s urtout les établis sements mili tai res ou, plus généralment, de
spécialisation professionnelle, où le français fait partie des enseignements p roposé s, qui
vont proliférer dans la deux ième moitié du XV III
e
si èc le. Nous v oulons parler
d’institutions t elles que le Real C olegio de San Telmo de S éville, la Re al Academ ia
Militar , le Real Instituto Asturiano de Náutica y Mineralogía de Gijón, l ’ Academia de
Guadias Marinas de San Fernando ou la Real Academia de Caba lleros Cadetes del
Regimiento de Infantería de Reales Guardias Espa ñolas . Seuls les j eune s gens de la h aute
société acc ède nt à ces enseignements, et s elon F erná ndez F r aile & Suso L ópez (1999 :
61), ce type d’ins titution abonde du fait que « poco a poco la no blez a entiende la
necesidad d e formar a sus hi jos para pod er d esempeñar m ás correctamente l os cargos que
por privilegio de nacimiento les correspondía » .
À côté des centres scola ires, des écoles de lan gues proprement di tes fo nt l eur
apparition. González Palencia (1948) a réalisé u n travail sur les demandes de licence
visant à l ’e nseignement du français d e façon privée à la fin du XV I II
e
et au d ébut du X I X
e

siècle. I l en ressort qu e plus ieurs « academias p rivadas » avaient vu le jour. Rappe lons
cependant que Rousseau, par exempl e, parlait déjà de son « escuela » en 1754, dans l’avis
au lecteur.

Maestro de la s d os lenguas (173 1) d e Fr ancis co de la T orre y Ocó n, d u Prom ptuario trilin güe (1771) de
Josep Broch ou de l’ Arte d e tradu cir (1776) d’Antonio de Capmany, p ar exemple.

50

Le XV III
e
siècle est so uvent nommé « S iècle des Lumières » , mais celles-ci
arrivent tardivement en Espagne
73
. Cependant, l es ilustrados comme Feijoo, J ovellan os
et autres ont s ans doute joué un rôle dans l’ acceptation de l’idée s elon laquelle la
connaissance des langues vivantes était importante, surtout pour avoir accès aux text e s
originaux franç ais, mais aussi anglais. I l s pré conisaient une réforme du s y st ème éducatif,
et Jovellanos va même jusqu’à créer le Real Instituto Asturi ano , inaug uré en 1794.
Mais tout n’a pas été fr anc ophilie au XV III
e
siècle, loin de l à. Cert aines voix
s’élèvent contre ce qui est parfois considéré comme une menace pour l’espagnol
74
. C’est
ce que Brunot (1934 : 56 -68) se ch arge de nous rappeler. On dé fend l’idée que la l angue
nationale est bien su ffisante pour exprimer quoi q ue ce soit, et on se m oque des petimetres
et des mada mitas qui suivent exagérément la mod e française et i nsèr ent da ns leur langa g e
des gallicismes, sans bien maîtriser la langu e e l le-même. C’est ce que Brunot appelle les
« écorcheurs de français » (1934 : 62). La révolution française mettra également un frein
à cet en g ouement générali sé contre lequ el il exi st ait déjà une p rotestation chauviniste,
avec comme chef de file Antonio de Capmany
75
.

2. Corpus ch oisi

Notre période d’étude s’étend sur trois siècles, du XV I
e
au XVIII
e
, et le critère de
sélection de s ouv rages constituant notre corpus a été c elui de la métalangue – une langue
espagnole
76
– emplo y ée pour donner les explications sur l a prononciation du f rançais. La
raison en est qu e nous avons voulu étudi er uniquement les indicatio ns qui étaient
spécialement adressées à un publ ic espagnol. Ce qu i signifie donc que les œu vres rédi g ées
en latin so nt e xclues de notre corpus. Mais nous avons également laissé de côté certa ins

73
Ro ig ( 1995 : 35 ) nous r appelle cependant q ue « dè s la fin du XVI Ie siècle, le g roupe des " novator es" suit
de pr ès les nou veautés d e Paris en mathématique s, médecin e, chimie et philo sophie. Le fr ançais e st p our
eux un m o yen d e co mmunication av e c l ’ extérieur, d’o uv e rtur e au m o nde des i dées nouvelles et du progrès,
en somme un instrume nt de travail » .
74
Nous avons déj à évoqué la cr oisade m enée p ar certain s a u XVI
e
siècle e n France co ntre l’italian isme.
Rappelo ns , a u mê m e titre, la réaction contre « l’invasion » des an glicisme s qui es t à l’origine, par ex emple,
de la lo i Bas-Lauriol du 3 1 décembre 19 75.
75
Vo ir ses Observacio nes críticas sobre la excelen ci a de la len gua ca stellana de 1 786 et le pr ologue de
son Nuevo d iccionario francés-espa ñol de 1805 . Sur ce der n ier, consulter Bruña Cu eva s (200 7b).
76
La métalangue est to u jo urs l’espagnol, sauf d ans le cas de Reixac, qui fournit ses e x plicatio ns e n c atalan.
Nous a vons co nsidéré que cet ouvra ge devait faire p artie de notr e corp us pour la si m p le r aison qu’il était
également destiné à d es E spagnols, du moins à une partie d ’en tre eux ; par ailleurs, il a urait été dommage
d’exclure l’u nique ouvrage ré digé en catala n pour app rendre le français du XVI
e
au XVII I
e
siècle.

51

ouvrages fourniss ant ce t y pe d’expl ica tions, en prenant un second critère : celui d’une
organisation plus ou moins structurée des contenus. En d’autres termes, p our faire partie
de notre co rpus, l ’ouvrage doi t présenter des explications de prononc i ation du fra nçais
rédigées en espa g nol et, par aill eur s, ces expli ca tions doivent soi t appartenir à une section
spéciale et structurée, comme c’e st le cas dans la pl upar t des g rammair es, soit composer
l’intégralité de l ’ouvr age et, dans ce cas-l à, nous p arlons de p etites œuvres q ui renferment
uniquement des indications de prononciation.
D’après ces c ritère s, nou s avons exclu de notre corpus les dictionnaires bili ng ues
français-espagnol du fait qu’ils ne présentent jamai s la pronon ciation de f açon structurée.
Néanmoins, nous avons l’intention, par la suite, de compléter les résultats de cette thèse
par une étude des commentaires de prononciation présents dans ce t y pe d’ouvra g es.
À part les grammaires traditionnelles et les cartillas ou œuvres similaires plus
étendues de prononciati on, nous recensons quelques ouvra g es plus pa rticuliers : le
manuel de Berlaimont (1558) et ses conti nuate urs comme Le del (1565 ), les Laca valleria
(1642, 164 7) et Reixac (1749), ce dernie r pour des raisons qui lui sont propres, m ais aussi
les ouvrage s polyglottes de Sum ar án (1621) et de Fabre (1626). Ces raisons s er ont
expliquées dans l es sections suivantes, ré s er vées à chaque oe uvre et auteu r pour qui nous
fournirons également des informations biobi bliog raphiques.
Signalons, final ement, que nous incluons à la fin de la présentation du cor pus les
ouvrages qui auraient pu en fair e parti e, mais que nous avons exclus pour di verse s raisons
que nous énonçons ensuite.

Notre corpus se compose donc de quarante ouvra g es, principalem ent des
grammaires et des œuvres de prononciation plus spécialisées, classés de façon
chronologique ; nous donnons pour chacun d’entre eux la page de t itre comp lète
77
, un
résumé
78
du conte nu (de la première édition, et des suivantes si elles ont été modifiées) et
la référence bibliographique
79
de l’édition o u des é ditions consult ée s , acc ompagnée de

77
Nous avons utilisé les lettr es capitales p our le s dif f ére ncier des majuscules, et les barr es obliq ues po ur
signifier le p assage à la ligne.
78
Nous o ffrons un rés umé non e xhaustif c ar notre b ut pre mier n’est p as de co nstituer un répertoire des
œuvres de français p our Espa gn o ls, m a is de pr ésenter la lis te des œuvres d e notre corp us, en indiqua nt à
chaque fois la place, le c ontenu et l’extensio n de la p artie d e pr ononciation. P our une descrip tion détaillée
d’une partie i m porta nte des œuvre s expo sées ci - dessous, no us r envoyons à Fischer, Gar cía Bascuña na &
Gó m ez G arcía (20 04).
79
La localisa tion (biblio thèque, interne t o u les d eux) et la cote. R appelo ns que le nom de la plupart d es
biblio th èques d ans le squelles se trou vent les ouvrages de notr e corp us es t abré gé e t q u e la liste d es
abréviations pr écède i mm é diate m en t notre intod uction générale.

52

commentaires l e cas échéant. Nous consignons é g a lement, jusqu’à la fin du XV III
e
siècle,
les rééditions, parfois nombreuses, de ces œuvres.
À ce sujet, nous vou lons préciser que nous avons cons ulté au mo ins un ex e mplaire
de chaque édition connue pour toutes nos œuvres, s auf dans certains cas. En ce qui
concerne la série des Berlaimont, par exemple, nous n’avons s ig n alé, d’une part, et
d’après le critère de sélection des œuvres que nous avons choisies, que les éditions
comportant des explications de prononci ation d u français en espagnol, et d’autre p art, à
cause du caractère proli fique de cette s érie de ma nuels, uniquement la première édition
de c haqu e imprimeur différent. Nous avons c ependant fait une ex ce pti on avec J an
Verwithagen du fait que la première édition que n ous avons consultée est incomplète, et
nous n’avons p as eu accès à l a deuxième. C’est l a raison pour l aquelle nous consignons
également le contenu intégral de la troisième. Pour ce qui est de Fabre, nous n’avons pas
énuméré l es différentes rééditions pour la simple ra ison qu ’e l les ont été étudiées en détail
par Mandich (2000 : 593) et que cette sp écialiste ne m entionne aucun apport au sein d e
celles-ci.
Signalons, pa r ailleurs, que l es ouvra g es sont classés par siècle selon la date de
publication de l eur premi ère édit ion. Ainsi , par souci de clarté, même si le s successives
rééditions desdits ouvra ges dépa ssent le sièc le initial, elles se ront consig nées a u même
siècle que l’édition princeps.

De f aç on générale, le s rééditions pr ése n tent rarement des change ments
substantiels, du moins en ce qui concerne l es parties de prononciation. Si les rééditions
sont identiques à la première ou à la précédente, nous ne signalons que les dates et villes
de publi ca t ion, ainsi que l’imprimeur ; dans le cas contraire, les modifications i mportantes
seront dûment indiquées.
En ce qui concerne l a co mptabilisation des ouvrage s , pou r qu’une ré édition soit
considérée comme une œuvre supplémentair e, nous avons suivi deux critèr es : soit la
partie de pronon ciation est similaire ou même parfois i dentique, mais l’ œuvre en elle-
même est différente d e sa source, comme c’est le cas che z Lede l et les imprimeurs
Lacavalleria
80
; soit l’œuvre est la même, mais la se ction de pronon ciation a subi de tel s
changements, qu’ elle mé rite d’être considérée à part, comme la Llave de Galmace de

80
Ainsi, L e del n ’ est pas co n sidéré comme une réé dition de Berlai m on t, pa s plus q ue P. Lacavalleria. Quant
à l’œuvre d’A. Lacavaller ia, puisque c ’ est le résultat d’ une copie mélangée et parfois réd uite d e d eux
œuvres, ce n’est la réédition ni de l’une ni de l’autre.

53

1754
81
; ses éditi ons postérieures, même si, pour certaines, elles présentent de subtiles
différences, s ont pratiqu ement s imilaires à celle-ci. À l ’inver se, l ’é dition de 1635 de
Cisneros ne di ffère que très peu de celle d e 1624, c’est pourquoi elle n’est pas comptée
comme une œuvre supplémentaire. Quant à la grammaire de Billet (1673), bien qu’elle
rappelle dans certains contenus celle de 1672, c’est une œuvre complètement différente
de cette dernière. Elle apparaît donc comme un nouvel ouvrage dans notre corpus.
Le c as du m anuscrit ano ny m e d u XV III
e
siècle int itulé Methode aisée pou r bi en
apprendre la Langue Françoise est un remaniement de Billet (1673) m ais avec d e lé g è res
modifications
82
, du moi ns en c e qui con cerne l a prononciation, et sa structure générale est
modifiée (la prononciation est placée à la fin) ; c’est pourquoi nous l’avons consig né à
part.

2. 1. XVI
e
siècle

1558. [Noël de Berlaimont]
VOCABOLARIO
,
COL
-/
LOQVIOS O DIALOGOS EN QU ATRO LENGV AS
,
/ Flamengo, Frances, E spañol, y Italiano, de nueuo reuisto y corregido desde / el
principio has ta la fin, y de tal manera dispuesto, que las quatro len-/guas se pueden
acordar de renglon à renglon, muy proue-/choso para todos mercaderes, y otros de qual-
/quier estado que sean. /
VOCABOLARIO
,
COLL OQVII
,
O VERO DIALO GHI
/ in quatr o li ngue,
Fiammengo, Francese, S pagnuolo et Italiano, di n uouo reuisto & d’al / principio fina la
fine r icorretto, & i n tal modo disposto, che le qu atro lingue se posso -/no accordare di
regola à regola, vtilissimo à tut ti mercatanti, & altri / qual si voglia al tra persona /
Gheprint Tan twerpen inde Camerstrate, inden wit ten Valck, by my / Ian Verwithaghen.
Anno.
M
.
D
.
L
.
VIII
. / Met Priui legie v a n.
III
. iar en . Anvers : Jan Verwithaghen.
Inco m plet, 2 77 pages, nu m ér otées par feuillet s dès la pa g e de titre, avec si x pages
d’intervalle s n o n n um érotés e ntre chaque g roupe de lettres (d e A 5 v à Br par exemple,
c’est un format in-16) : pré liminaires / tr ois dialogues / listes de nombres et des j ours de
la se m ai ne / m o dèles de lettres / formules de politesse / pro logue du deuxiè me livre /
vocabulaire / listes d’ad verbes et d ’interjectio ns / pro nonciat ion du fra nçais (« Para
aprender perfet am ente a leer Frances » (inco m plet) ) / « La manière d’ort hographier
en la langue Franço ys e » ? / « La m a nière d’e scrire e t pro noncer la langue Espaig nole » ?

81
L e fait de consid érer cette réédition comme une œuvre supp lémentaire de notre corp us n e nous empêche
pas de la laisser à sa place, c’est-à-dire de la cla ss er comme la d eux ième édition mad rilène. Simple m ent,
en ce qui concerne la pr ononciation, les méthodes et les c ontenus sont étudié s séparé men t de ceux des
Adicio nes .
82
Surtout des ré ductions ou des ajo uts d’exem p les.

54

Selon la table de s matières, il n e manquerait que ce s deux d ernières parties à l’exemplaire
consulté. B nF, recensé sou s le no m d e Verwithaye n, X- 15318 (en m icr ofilm, M- 5 888).
1562. Anvers : Jan Verwithagen.
Nous n’avons malheureu sem ent pas eu accès à cet exem p laire qui, selon Pablo Núñ e z
(20 1 0, to m e 2 : 217) , se trouve à la B N centrale de Florence.
1565.
DICTIONNAIRE
,
COLLO
-/
QVES
,
OV DIALOGVES EN QVATRE LANGVES
, / Flame n,
François, Espaignol, & I talien, de nouueau c orrig é, au- /gmenté, & t ellement mis
en ordre, que lon peut accor-/der les quatre langues de reigle à reigle : Tresutil /
à tous Marchans, ou a utres de que l-/que estat qu’ilz soient. /
VOCAB VLAER
,

COLLOQVIEN
,
OFT T SAMENCOV
-/tinghen van vier spr ake n, Duyts, Fransoys, S paens,
ende Italiaens, nv we-/deromme ghecorrige ert, vemeerdert, end e alsoo ghestelt,
datmen die / vier sprake n van reghel tot reghel tsamen accorderen / mach : Seer
profijtelijck all en Coopliede n, oft and ere n , vie d at-/se sijn. / En Anvers, / Chez
Iean Vvithaye,
M
.
D
.
LXV
. / Avec Priuilege. Anvers : Jan Verwithagen.
Mê m e contenu q ue l’édition de 1558, mais la p rononciation est c omplète. ÖNB
73.M .118, en ligne s ur Go ogle Bo oks ht tps://books. google.es/books? id=khBNA
AAAc AA J &dq=dictio nnaire, +collo ques+1565&hl=es & sou rce=gbs_navlink s_s ( 22-06-
201 5).
1582.
DICTIONARIO
/
COLOQVIOS
,
O
/
DIALOGOS EN QVATRO
/
LENGVAS
,
FLAM ENCO
,

FRANCES
, / Español y Ital iano: con las Conjugaçions, y Instructi ones, en que / se
contiene la manera de bien pronunciar y l ee r las di chas len-/guas. Obra muy
prouechosa para to dos Mercaderes / y otros de qualqui er estado que s ean. /
DICTIONAIRE
/
C OLLOQVES
,
OV DIALOGVES
,
EN QVATRE
/ Langues: Flamen, Fr ançois,
Espanol & Italien: auec les Coniugais ons, / & Instructions, contenantes l a
maniere de bi en prononcer, & lire / les langues su s dites. Oeuure tres-vtile à tous
Marchans / & aut res de quelque estat qu’ilz soyent. / En Anvers, / Chez Iean
Coesmans, sus le Cemitiere de nostre / Dame. l’An 1582 . Anvers : Jean Coesmans.
BMP olim R. VIII . 1-14.
1608 .
DICTIONARIO
/
COLOQVIOS
,

/
O DIALOGOS EN QVATRO
/
LENGVAS
,
FLAM ENCO
,

FRANCES
, / Español y Ital iano: con las Conjugaçions, y Instructiones en / que se
contiene la manera de bien pronunciar y leer l as dichas / lenguas. Obra muy
prouechosa para to dos Mercaderes / y otros de qualqui er estado que s ean. /
DICTIONAIRE
/
COLLOQVES
,
OU DIALOGVES
,
EN QUATRE
/ Langues, Flamen, François,
Español & Italien: auec les Coniugais ons, / & Instructions, contenantes l a
maniere de bien prononc er & lire / les langues su sdites. Oeuure tresvtile à tous

55

Marchans / & autres de quelque estat qu’il s s oyent. /
A ANVERS
. / Chez Hierosme
Verdussen.
M
.
D
.
C
.
VIII
. Anvers : Hierosme Verdus sen.
BNE R/1 8905.
1624 .
DICCIONARIO
/
COLOQVIOS
,

/
O DIALOGOS EN QVATRO
/
LENGVAS
,
LATYN
FLAMENCO
/

Frances y E spañol : con la [sic] Conjugaçiones, y Instrucions, / en
que se contiene la mane r a de bien pronunciar y leer las dichas / l enguas. Obra
muy prouechosa para to dos Mercaderes / y otros de qualquier estado que sean. /
DICTIONAIRE
/
COLLOQV E
,
OV DI ALOGVES
,
EN QVATRE
/ L angues, L atyn, F lamen
François, Español & auec l es Coniugai sons, / & Instructions , contenant es la
maniere de bien pronuncer & l ire / les lang ues su sdites. Oeuure tres-util á tous
Marchans / & autr es de quelque estat qu’ils soient. /
A BR VXELLES
. / C hez Iean
Mommaert.
M
.
D
.
C
.
XXIIII
. / Auecq Grace, & Priuileg e . Bruxelles : J ea n
Mommaert.
UBG r ug 01:00 123772 5, en ligne s ur Google Books https://book s.google.es
/boo ks ?id =Rv 5GAAAAc AAJ&dq= diccionario,+ coloquios+16 24&hl=es&source= gbs_n
avlinks_s (2 2-06- 015 ).

1565 . Baltasar de Sotoma y o r.
GRAMMATICA
/
CON REGLAS M VY PRO
-/uechosas y necessarias
para apren-/der a leer y escriuir la lengua Francesa, / conferida con la Castellana, con
/ vn vocabulario copioso de / las mesmas lenguas. / Dirigido alos muy Illustres Señores /
Corregidor y Toledo. /
CON PR IVILIEGIO REAL
. / Impressa en Alcala d e Henares en casa de
/ Pedro de Robles, y Francisco de Cormellas. / Vendense en casa de Iuan de Escobedo /
librero en corte. Año d e / 1565. Alcalá de H enares : Pedro de Robles & Fr anc i sco de
Cormellas.
91 p ages non numérotées : p réliminaires / morp hologie verb ale d u fra nçais et de
l’espagnol / prononc iation du français (« Siguese vn peq[ue] ño tratado vtil, y m uy
necessario para los que dessean hablar y leer la lengua Fr ancesa. y Española » :
« Pro nunciacion Fra ncesa », « Let ras alphabetic as y d iuersidad de s us sones »,
« B reue instr ucion pa ra saber bie[n] leer e l Frances » , « Letras recibiente s
apostro pho ») / m or phologie française de l’article, du prono m , de l’ ad jectif, du nom /
pro n onciation d e l ’ espagnol / ét ym o logie de l’espag nol / morphologie no m i nale de
l’espagnol / m o rpholo gie d u f rançais et de l’espagnol / liste d ’ adverbes, d e prépositions,
de nombres, d’expressions de temps / d ialogues et modèles de lettres en français et e n
espagnol. BN E R/4242 (édité avec l’œuvre d e Ledel).

56

1565 . Jacques de Liaño [ Jacques Le del] . V
OCABULA
-/
RIO DE LOS VOCA
-/blos que mas
comunmente se su ele n / vsar. Puestos por orde[n] del Abecedario, / en Fra[n ] ces, y su
declaracion en Espa-/ñol. El estilo de es criuir, hablar y pronu[n] -/ciar las dos lenguas,
el Fra[ n ] ces en Caste-/llano, y el Castellano en Fra[n ] ces. Iu[n] tame[n ] -/te una Egloga,
y otras cosas en las dos / lenguas, no menos prouechosas a qual-/quiera que entrambas
lenguas quisiere d e- / pre[n ] der, que gustosas en el leer. Ahora / nueuamente recopilado
por I a -/ques de Li año criado de l a / rey n a n[uest] ra señora. / impre sso e n Alcala, por
Francisco de Cor-/mellas y Pe dro de Roble s año / de 1565. / C on preuilegio Real. Alc alá
de Henares : Pedro de Robles y Francisco de Corm ellas.
111 pages : préliminaires (2r-7r ) / pro nonciation du français (« Estilo para bien leer y
hablar la lengua Fra ncesa » ) (7 v- 1 0r) / prono n ciation de l’ e spagnol ( 10v-11v) / li stes
de nom b res, d ’expressions de tem p s (1 2r-13r) / vocabulaire " al phabétique" ( 13r-45v) /
dialogues (4 6r-58r) / modèles de lettres ( 58r-61v) / dialogue (6 1v-63v). B NE R/4242
(édité a vec Sotomayor).

S. f . ( entre 1563, o an tes, y 1577 ). Baltasar P érez d el Castillo. Arte gr ammatica y man era
de bien hablar, s cre bir y leer la lengua Francesa b reue y conpendiosa para los que sauen
Romançe / nu euamente c ompuesta por el Ma estro Balthasar Pé rez del c as tillo Canónigo
de la Sancta Iglesia y natural de Burgos y Rector d e Fue nl abrada .
Manuscrit inco m p let. 4 8 p ages conservée s : prononc iation (« Pronunçiación »,
« Pro pios sonidos de la s letra s », « D e las síllabas y apóstro fo », « D e los
diphtongo s ») (4 1r-50r) / morpholo gi e ( 50r-?) / voc abulaire ( ?). RB II/1765 (2). Nous
n’avons p as c onsulté ce manu scrit, mais P ablo Núñez (20 11) l’a i ntég rale ment retranscrit.
Au sein de ce travail, nous nous servons d e cette édition m o derne.

1568. Gabriel Meurier.
CONIVGACIONES
,
A RTE
,

/
Y REGLAS MVY PROPRIAS
,

/
Y NECESS ARI AS
PARA LOS QV E
/

quisieren deprender, Español y Fra nces. / Por Gabriel Meurier /
A ANVERS
.
/ Chez Iean Waesberge, sur le Cemitiere nôtre Dame, / à l’Escu d e Fl andres, sur le
Marché des Toiles. / Auec Priuilege du Roy. / 1568. Anvers : J an van Waesberg he.
62 p ages, d ont cer tains feuillet s so nt numéro tés, j usqu’à D4 : préliminaires / m orp hologie
verbale de l’espag nol et du fr ançais / p rononciatio n d e l’espagnol (« Breue instr uction
contenante les regles necessai rement r equises pour n aiue m e nt p rononcer, Lire et p arler
l’Espagnol » ) / ét ymologie de l’espagnol / m orpholo gie nominale de l’e spagnol /
prononcia tion du fra nçais (« De la pro nonciacion Franc ese ») / morpholo gi e no minale
du françai s / listes d’adverbe s, c onjonctions et p répositions e n espagnol et en français /
m odèle s de lettres (ajoutées « po r no vender p apel blanco »). En lign e sur le site d e l’
UBG http:/lib.uge n t.be/ fu l ltxt/RUG0 1/001/3 79/528/B HSL -RES-12 55_201 0 _0001 _AC .

63

syntaxe (84 - 92). BC 4 3-12-C 5/15 , en li gne sur Goo gle B ooks
https://bo oks.google.es/bo oks?id =g9bXjxmP0_EC&dq =arte+para +aprender+ f a+cilment
e+la+lengua+ francesa&hl=e s&source=gbs_na vlinks_s (15 -11-201 5), BNE 2/36 559.

1673 . Pi er re-Paul Billet.
GRAMATICA FRANCES A
,

/
DIVIDIDA EN DOS PARTES
.

/
LA PRIMERA
CONTIENE LOS
/

primeros rudimentos con ob serv aciones cu-/riosissimas sobre las partes
de la / Oracion. /
LA SEGVNDA COMPREHEND E VN
/

tratado muy por exte nso de la Oracion,
ô cons-/trucion; con vn Paralelo de la eloquenci a / Española, y Francesa; y Fr ance s a /
y Española. /
CON VN ARTE POETICA
,
O BREVE
/ compendi o de la Poesia Francesa, vtiliss im o
/ para aprender à conocer los ver-/sos, y à compon erlos. /
DEDICADA
/
A LA E XCELENTISS IMA
SEÑORA
/

la señora Doña Maria Petronila Niñ o de Guzma[n ] , / Porras, Enriquez,
Sotomayor y Muxica, Condesa / de Villavmbros a, y de Castronueuo, Marquesa de /
Quintana, señora de las Vil las de Vrria, Na-/bianos, Santo Tomé. Portonobo y sus /
jurisdiciones y Feligresias. /
POR S V AVTOR D
.
PEDRO PABLO
/ Billet, Parisiense. / En
Zaragoça. Año de
M
.
DC
.
LXXIII
. Sara g osse : s. i .
347 pages : préli m i naires / pro nonciation (« De las letras e n general » , « De las
voca les », « De la s c onsonantes », « Observacio n sobre la vnion de alg unas letras, y
algunas reg las g enerales v ti lisimas pa ra leer, y pro nunciar », « De los ditongo s »,
« De los trito ngos ») (1r-13r) / morpholo gie ( 13r-64v) / syn taxe (65 r-100v) / liste
alphabétiq u e d e lo cutions esp agnol-françai s ( 101r-122r ) et français-espa gn o l (12 3r-145v)
/ traité de poésie (146r-174r) contenant, entre a ut res, des indica tions sur la
lecture/pro nonciation (« De algunas r eglas necessarissimas para nuestra
versifica cion », « De alg unas vo zes en c uyo nu mero de syla bas puede auer duda »,
« De los consona ntes », « Que lo s con sonantes co nsisten en el soni do, y no en la
orto graphia ») / ta ble des matières et un sonnet. BNE 3/47623.
1688 .
GRAMATICA
/
FRANC ESA
,

/
DIVIDIDA EN TRES P AR TES
.

/
LA PRIMER A
.

/
CON TIENE
LOS PRIMEROS RVDI MENTOS
, / con observaciones curiosissimas sobre las p ar t es de
la / oracion, y nueuam ente añadidas. /
LA SEGUND A
.

/
COM PREHENDE VN TRATADO
MVY POR EX TEN
-/so

de la oracion, ò construccion, mas amplio que el de la pri-
/mera Edicc i on [ sic ] , c on vn Paral elo de la Eloquencia E spañola, y / Fr ancesa, y
Francesa, y Española; aumentado de mas de / vn a tercia parte en esta se gunda
Edicion, de las / expresiones mas cortesanas de el Idio-/ma Franc es. / L
A TERC ER A
.

/
CONTIENE VN ARTE POETICA
,
O BREVE COM
-/pendio de la Poesia Fra ncesa,
vtilissimo para aprender a / conoce r , y medir los ve rsos, y à componerl os. /
DEDICADA AL C VR IOSO
.

/ Con vna Dissertacion Crit i ca, sobre vna Carti lla, que con
/

nombre de Art e, sa cò a luz el Señor Iuan Pedro Ia ròn. /
SV AVTOR D
.
PEDR O PABLO

64

BILLET
,
PA RISIENSE
. / Con Pri uilegio, en Madrid, en la Imprenta de Bernardo de
Villa-/Diego. Año de M. DC. LXXXVIII. / A costa de Flori an Anisso n, Familiar
de el Santo Oficio, y Mer cader / de libros. Vende se en su casa, en la Cal le de las
Carretas . Madrid : Florián Anisón [ impr. Ber nardo de Villa-Diego].
Contenu p ratiquement identiq ue à c elui de la p rem ièr e éditio n en ce qui co ncerne la
pro n onciation. Il faut y ajouter cependant la « Dissert acion critic a » dot ée d’une
paginat ion propre (1-32) da ns laquelle sont traités certa i ns points de prononciation .
BUCM BH FLL 25918 , en l igne sur Goo gle Bo oks http:/bo oks.
google.es/boo ks/ucm?vid=UC M532 7109159&printsec=fron tcover&redir_ esc=y#v=one
page&q&f= f alse ( 22-06-201 5).
Sans d ate d’impression . Anvers : Henrico et Cornelio Verdussen.
Mê m e c ontenu, mais san s la troisiè m e par tie ( le traité de po és ie ). ÖNB 7 3.M.107, en ligne
sur Go ogle B ooks http:/bo oks.google.es/boo k s?id= uw5NAAAAc AAJ&printsec=
frontcover &hl=es #v=onep age &q&f=false (2 2-06-201 5).
1708 . Madrid : Florián Anisón [i mpr. J uan Garc ia Infanzón].
En ce qui co ncerne la prononciation, même co ntenu q ue l’éditio n de 1688. Une
« Ad icion » (pp . 1 69-200) sur la co n jugaison de l’espag nol a é té ajo ut ée. B UCM B H FLL
259 17, en ligne sur Go ogle Books http:/b ooks.google.es/boo ks?
id=OvJ2 hWA 0 L BoC &dq=gramatica+france sa+dividida+en +tres+partes+1 708&hl=es&
source=gbs_ navlinks_s (22 - 06-20 15).
Éditions dont nous n’avons pas retrouvé l a tra ce : 1693 (Supi ot, 1996b : 315), 1698
(Supiot, 1996b : 315), 1707 (Supi ot, 1996b : 315), 1718 (Niederehe, 2005 : 45).

1688 . Jean-Pierre J aron.
ARTE NVEVAM ENTE COM
-/puesto de la Lengua France-/sa por la
Española, / Segun la nueva C orrecc ion de / Richelet. Donde se tr ata de l a Pronun-
/ciacion, y de sus Element os, de / el modo de escrivir, de decli-/nar, y c onjugar, con
algunas / locuciones de las que mas / se vsan . /
POR IVAN PEDRO IA RON
. / Y le dedica à
Nuestra Señora del
CARMEN
. /
CON PRIVILEGIO
/
EN MADRID
: Por Lucas Antonio de
Bedmar, y / Baldivia, Impressor del Re yno, en la Calle de los / Pr ec i ado s. Año
M
.
DC
.

LXXXVIII
. Madrid : Lucas Antonio de B edmar y Ba ldivia.
85 pages : p réliminaires / pro nonciation (« De las cinco voc ales, que so n el
funda m ent o de este Arte », « De lo s Dig tongos [ sic ] » , « De los Tr itongos » , « Del
Apostrof e ») (1r -8r) / morphol ogie et syntaxe ( 8r-43r) / liste d ’ex p ressions d e te m ps (4 3r)
/ liste de n ombres (43v-44v) . BUCM BH FLL 11 972, en ligne sur Google Boo ks
http:/boo k s.goo gle.es/books/uc m ?vid=UCM5 3253 0421X&printsec= f rontcover &redir_e
sc =y#v=o nepage&q&f= f alse ( 22-06-201 5).

65

2. 3. XVIII
e
siècle

Fin d u XVII
e
-début du XVIII
e
siècle . Manus crit anon y m e. Methode aisé e / Pour bien
apprendre / La Langue / Françoise .

134 pages : m o rphologie en français (1-108) / pro nonciation en espagno l (« De la
pronunciacio n de las Vocale s », « De la s Co nsonantes », « Observa cion sobre la
union de a lgunas letra s g[e] n[er]ales utilissi m a s pa ra le er y pronunciar », « De los
ditongo s », De los Trit ongos ») (117 -134) / table d es m atièr es. BNE Mss. 786 9.

Début du XVIII
e
sièc le ? Mate o F rancisco Guigou. N
VEVO METODO
.

/
PARA APRE NDER EN
BREVE TIEMP O
/ à hablar, leer, y escribir la L engua Francesa / con t oda propriedad. /
SV
AVTOR
/ El Doc t . D. M atheo Francisco Guigou, Presby tero; y Abogado de los / Reales
Consejos de su Magestad. [ der nière page]
CON LICEN CIA
. / Hallaràse en la Calle de Toledo
en la Libreria d e / Franc isco Rodriguez ; y en la s Gradas de San / Phelipe, en el Puesto
de Fran-/cisco Fabregas. S. l. : s. i.
8 pages : p réliminaire s ( 1-2) / prononciatio n (« De la p ronunciacio n F rancesa ») (2-3)
/ morpholog ie (3 - 6) / syntaxe (7-8) . M-RAE RM VAR-43 4, BNE 3/33206 (16).
L’exmplaire de la B NE ne dis pose pas de s infor m atio ns inscrites sur la der nière pa ge de
celui de la R AE. La seule m e ntion que l ’on y trouve es t le texte « Con licencia » .

1707 . Abdón S ené n Guilla R ubí.
FORMA GRAMATIC AL
,

/
LA QVAL CONTIENE
/ e l m odo com o
se ha de apren-/der à leer, y hablar la lengua / Franc esa. /
COMPVESTA POR DON
/ Abdon
Sennen Guilla Rubi, / n atural de Perpiñan, Con dado / de Ros sellon. /
DEDICALA A SV
AFECTO
/ Al señor Don Joseph de Grimaldo, / Cavallero del Orden de Sant iago, /
Gentilhombre de la C amara de s u Ma-/jestad, y S ecretario del D espac ho / Vni ve r sal, por
lo que mira / à Guerra. / C on Privilegio : En Madrid : En la Impre[n ] ta / de Agustin
Fernandez. Año 1707. Madrid : A g us tín Fe rnández .
127 p ages : pr élim i naires / pro nonciat ion ( «Primera parte la qual co ntiene el m o do de
la pronunciac ion de diphtong os, y t ritongos, junta m ente con la o bservación que se
debe t ener para pronuncia r bien la s letra s voca les, y consona ntes en g eneral » :
« Pri m era », « Seg unda », « Tritongos », « Compendio, q ue co mprehende e n brev e
la pro nunciacion Fra ncesa, par a los que no querrà n det enerse en las r eglas de las
letras voca les, y c onsonantes, que no to m a s adela nte », « Acento », « Apostrofo »,
[oubli de l’auteur : pas d ’intitulé de sec tion su r le s vo yelles, qui exis te cep endant]
« Co nsonantes ») (1-13) / m or phologie et u n peu de syn ta xe (14-113) / liste de locutions
(11 3-115) /nomenclature (1 15-127) /tab le des matières (1 28). BNE 3/37228.

66

1714 . J ea n de Va y rac.
EL ARTE
/
FRANÇES
.

/
EN QUE VAN PUESTAS L AS REGLAS
/ mas açertadas
sobre todas las Partes de la / Oracion, para apr ehe n der facilm ente, y / c on brevedad à
leer, pronunciar, escrivi r, / y hablar l a Lengua Françesa segun las / De cisiones de la
Academia Fran çesa, el / u so de l a Cor te, y el Dictamen de los mas / celebres Gramaticos.
/ Co n un Trat ado de la Poesia en f avor de lo s que / se quisieren dedicar a conoçer los
Versos, y à / componerl os ; otro de los T ratamie nt os que se / usan en Fran cia, y un
Formulario para escri-/v ir Cartas. / Por el A
BAD DE
V
AYRAC
. / Dedicalo al E xce l entissimo
Señor Duque / de Escalona. /
TOMO PRIMERO
/
EN PARIS
, / por P
EDRO
V
ITTE
, Mercader de
Libros en / la calle d e Santiago, f rente a frente de la / calle d e la Pargamineria, à la
Insignia / del Angel de la Guardia. / Año de
M
.
D
.
CC
.
XIIII
. /
CON AP ROB ACION
,
Y PRIVILEGIO
REAL
. [ L e se cond tome possède exactement la même page de titre]. Paris : P ierre W itte.
994 pages : To m e 1, 489 pages : préliminaires (« Adv ertencia i m por tantissi m a to cante
al modo de escrivir, y pronuncia r alguna s letras » ) (i-xxxvi) / prononcia tion ( « Del
numero, division, y pronunc iacion de las let ras », « D e la pronunciac ion de la letra
a co n el uso de los tres accento s agudo, grave , y circunflexo », « Reglas pa ra
distinguir la letra a breve, y l a rga », « Reglas para la pro nunciacion de la e », « La e
fe m enina », « Pronunciacio n de la é a bierta », « E delant e de e m , y en » ,
« Pro nunciacion de la i » , Pronunciacio n de la o », « P r o nunciacion de la letr a u »,
« Pro nunciacion de las consonantes » , « O bservaciones sobre los Diphto ngos »,
« Pro nunciacion de la & », « Observacio nes sobre lo s Acc entos », « Observac iones
sobre el Razg uillo », « Observa ciones sobre la Elision », « Observ aciones de los dos
puntos que se ponen alguna s letra s », « O bservaciones sobre las let res Capita les »,
« Observ aciones sobre la puntuacio n Fra nçesa », « Tratado de la or t ogra f ia
Françesa , en que se resuelven los argumentos d e los E stra ngeros, que se e spantan al
ver que la Lengua Françesa se escrive de un m o do, y se pronuncia de otro » ) ( 1-167 )
/ m or phologie ( a vec c ertaines indicat ions de prononcia tion ) (168-453) / tab le des
matieres d u to m e 1 / T ome 2, 505 p ages : syntaxe (453 -896) / traité de poésie ( a vec
certa ines indications de prononcia tion ) ( 897-937) / formules de courtoisie et m o dèles
de lettre s (938-958) / table des matières du to me 2 (9 59-964). BUS 6 8/22.

1728 . F rancisco de la Tor re y Ocón.
NUEVO METHODO
,

/
BRE VE
,
VTIL
,

/
Y NECESSARIO
/
PAR A
APRENDER A ES CRIBIR
, / en tender, y pronunciar las dos / principales Lenguas, Espa-/ñola,
y Francesa . /
DIVIDIDO E N DOS GRAMMATICAS
, / vna Francesa explicada en Español, otra
/ Española explicada en Francès. /
OBRA POSTHU MA DEL DOC TOR DON
/ Francisco de la
Torre y Ocòn, Presbitero C apellan / del Real, y Supremo Consejo de l as Indias ; Ministro
/ Titular, y T raductor de Lenguas de la / Santa S uprema, y General / Inquisicion. /
LA
DEDICA
/ Al Prin cipe nu estro Señor. /
CON PRIVIL EGIO
/
EN MADRID
. En l a Impr enta de Juan

67

de Ariztia ; se hall ará en / su casa, en la Calle de Alcalà, año de 1728. Mad rid : Juan de
Ariztia.
378 p ages : p rélimin aire s / Grammaire fra nçaise e n espagnol : pr ésentatio n de la
grammaire (1) / pro nonciation ( « Del a lphabeto ; del sonido de las let ras en sí sola s ;
de quando , y co mo se de ben pronunc iar en la co m posicio n ; y diphtong os de la
Lengua Francesa » : « Del alphabet o y sonido de las letras separadas de la
co m po sicion », « De quan do, y co m o se deben pro nunciar las letra s en la
co m po sicion, y quando no », « De los diphtongos de la lengua Francesa ») (2-31) /
m orp hologie (3 2-144) / syntax e (14 4-173) / pro nonciation (« adv ertencia so bre la letra
H », « Adver tencia sobre la S ») (173 -190) / grammaire esp agn o le e n frança is ( 191-
360 ). BAB GOd 209 , en ligne sur Google Boo ks
http:/boo k s.goo gle.es/books?id= 4hUtS34LtA8C&dq= Nuevo+M ethodo+br eve,+vtil,+y+
necessario +para +ap render+a+es&hl=es& source=gbs_na vlinks_s (22 -06-2015) .

1728 . Antoine C ourville.
EXPLICACION
/
DE LA GRAMATICA FRANCESA
, / con el mas fa cil, y
breve modo de enten-/d er, y compreh ende r la L engua / Franc esa. /
DIVIDIDA EN TRES
PARTES
.

/
LA PRIMERA
,
TR ATA DE LAS
/ Letras, y s u pronunciacion, de los / Ditongos, y
Tritongos, y union / de ellas. /
LA SEGUNDA
,
CONTIENE TODA
/ la explicacion de la
Gramatica. /
LA TERCERA
,
COMPREHEND E
/ los Adverbios, compuestos en Frases / por
Alfabeto . /
DEDICADO
/
A L E XCELENTISSIMO SEÑOR
/ Duque de O ssuna . /
SU AUTOR
/
DO N
A
NTONIO COURV ILLE
, / Prof essor de Lenguas en esta Corte. /
CON PRIVILEGIO
. / En Madrid
: Por Domingo Fernandez, / Año de 1728. / Se h allarà en la Libreria de Manuel de la /
Parte, en la Calle de la Cruz, y en la L ibreria / de Juan Moreno, e n la P uerta del Sol .
Madrid : Domingo Fernández.
83 pages : p réliminaires / pr ononcia tion (« Advertencias para el m a s facil, y brev e
modo de co mprehender la Lengua F rancesa » : « D e los Ditongos » , « De los
Tritongo s », « Union de le t ras , que m udan en la pronuncia cion ») (1-10) / grammaire
générale (10- 12) / m or phologie (12-50) / lis te de p hrases c om p ortant un adverbe (51 - 83)
/ table d es matières. BNE 3/5054.
D’après Suárez Gómez, Courvil le est également l’auteur du Papel nuevo tocante a la
mayor perfección de ha blar la Lengua Frances a , publié en 1745 à S alamanque par
Eugenio García de Hon orato. S uáre z Gómez (2004 : 122) prétend que cette œuvre ne
contient que « unas cu antas reglas p ara el ré g i men de los v er bos y una pequeña
nomenclatura » . Elle est introuvable.

68

1728 . J o sé Núñez de Prado.
GRAMMATICA
/
DE LA LENGUA FRANCESA
.

/
DISPUESTA PARA EL
VSO

DEL RE AL
/ Seminario de Nobles . /
POR
/
E L P ADRE JOSEPH
/ Nuñez de Prado, de la
Com-/pañia de Jesus. / Año 1728. /
CON PR IVI LE GIO
. / En Madrid : Por A lonso Balvàs.
Madrid : Alonso Balvás.
298 pages : préliminaires / pr ononciatio n (« De la pronun ciacion y Orto graphia » :
« De la pro nunciacion » : « Pronuncia cion, y sonido de las v ocales separ adas »,
« Pro nunciacion, y sonido de dos voca les co nsecutiva s en u na misma diccio n »,
« Pro nunciacion de tr es voc ales consecut ivas en una m is m a diccion » ,
« Pro nunciacion de las Conso nantes », « De otras observa ciones sobre la
pronunciacio n », « De la cantidad de las s ylabas » , « De la ort hographia f rancesa » :
« De los acent os », « Del apostrofe » , « De la puntuacio n ») (1-57) / m o rphologie (57-
145 ) / syntaxe et liste d’expre ssions et locution s (1 45-298) / table d es matières. B UCM
BH FLL 2628 6, en lig ne s ur Google boo ks
http:/boo k s.goo gle.es/books/uc m ?vid=UCM5 3237 81039&printsec=frontcover &redir_ e
sc=y#v= o nepage&q&f= f alse ( 22-06-201 5).
1743 . Madrid : Manuel Fernández.
BNE 2 /4080, en ligne sur la BDH http:// bdh-rd.bne.es/vie wer.vm?id
=000 0075664&page=1 (22-06-201 5).
1756 . Madrid : Veuve de Manuel Fernández.
BNE 3 / 4415, en ligne sur la BD H http:// bdh-rd.bne.es/vie wer.vm?id
=000 0175695&page=1 (22-06-201 5).
1760. Madrid : Veuve de Manuel Fernández et C onseil Suprême de l’I nquisi tion.
BNE 2/20 234, en lig n e sur la BDH http://b dh-rd.bne.es/vie wer.vm ?id
=000 0115117&page=1 (22-06-201 5).
1764. Madrid : Veuve de Manuel Fernández et C onseil Suprême de l’I nquisi tion.
BAB GOd 64, en ligne sur Goo g le Books
https://bo oks.google.es/bo oks?id =Dx7ow 7 hjuE4C&dq =N%C3%BA%C3 %B1ez +de+Pr
ado+ 1764&hl=es&source= g b s_navlinks_s (2 2-06-2015 ).
1764. Madrid : Real Compañía de I mpresor es y Merca d eres d e lib ros del Reino
[impr. Juan de San Martín].
BUG BHR/A-0 39-28.
1769. Madrid : Pantaleón Aznar.

BNE 3/31 892, en ligne sur la BDH http:// bdh-rd.bne.es/vie wer.vm?id
=000 0094253&page=1 (22-06-201 5).

1791.
GRAMATICA
/
DE LA LENGUA
/
FRANCESA
,

/
DISPUESTA
/
POR EL P
.
JOSEF

NUÑEZ

/ de Pr ado, de la extinguida / C ompañía de Jesus. /
CON LICENCIA
: / En M adrid:
Por Don Blas Román. / Año de
M
.
DCC
.
XCI
. / Á cost a de la Real Compañía de

69

Impresores / y L ibreros del Reyno. Madrid : Real Compañía de I mpr esores y
Libreros del Reino [impr. Blas Román].
BUCM BH DER 87 24, en ligne sur Google Boo ks
http://books. google.es/books? id=pT Ay G COEVPQC &printsec= f rontcover &hl=es#v=o n
epage&q &f = false (2 2-06-2015).
Éditions dont nous n’avons pas r etrouvé la tr ace : 1736 ( Niederehe, 20 05 : 91), 1798
(Niederehe, 2005 : 308).

1745 . Antoine Galma ce .
ADICIONES
/
A LA
/
GRAMATICA
/
FRANCESA
,

/
QUE COMPUSO EL R
.
P
.

NUÑEZ
, / par a el uso de los Cavalleros del / Sem inario de N obles, /
CON QUE BREVEMENT E
SE PUEDE
/ leer, ent ender, y hablar perfectamente el Idioma / Francès, sin auxilio de
Maestro . /
DISPUESTAS
/
POR ANTONIO GALMAC E
/ Maestro de Idioma / Francès en esta
Corte. /
QUIEN LAS DEDICA
/
AL MUY ILUSTRE SEÑOR
/ Don Francisco Miguè l de Goyeneche,
Cavallero / del Orden de Santiago, Conde de Sa ceda, / Gentil hombre de Camara / de S.
M. & c. /
CON P RIVILEGIO
. En Madrid, año de 1745. Madrid : s. n.
80 pages : p réliminaires / prononciat ion (« De la pronunciac ion, y so nido de la s
voca les separa das », « De la pro nunciacion, y so nido de dos vocale s consecutiv as en
una m i sma diccio n », « Pronunciacion, y sonido de tres voca les consecutiv as en un a
misma diccio n », « Pr onunciacion, y so nido de las conso nantes », « De otras
observa ciones sobre la pron unciacion », « De la ort hographia f rancesa » : « De los
acento s », « D el apo strofe », « De la puntuacion », « Dem on stracion practica de
todas la s reg las antecedente s », « Dialogos muy curiosos en seis Capitulo s ») (1-80 ) .
BUCM BH FLL 263 06, en ligne sur Goo gle Boo ks
http:/boo k s.goo gle.es/books?id= jwvA-XinvukC&dq =adiciones+a+la+ gramatica &h l= es
source=gbs_ nav links_s (22 -06-201 5).

1747. Juan Enrique Le Gallois de Grimarest. <Faux-titre : >
NUEVA
/
GRAMAT ICA
/

FRANCESA
<Titre :>
NUE VA
/
GR AMATICA
/
F RANCESA
/
CON UN N UEVO ME THODO PARA
/
aprender à pronunciar. /
COMPUESTA
/

P
OR EL
T
HENIENTE
C
ORONEL
/
DON JUAN ENRI QUE
LE GALLOIS
/

de
GRIMARE ST
Parisiense, Ingeniero en Gefe / de los Exerc itos, Plazas, y
Fronteras / de su Magestad. /
TOMO PRIMERO
/ Dia 9. de Juli o Año 1747. / En Pamplona,
por los H
EREDEROS
de Martinez / Impressores de s u Ilustri ssima. [ L e second tome
possède exactement la même page de titre]. Pampelune : Herederos de Mar tinez.
654 pa g es : pr élim i naires ( i ndications de pro nonciation dans « A dvertencias » ) /
prononcia tion (« Del uso, y de la pronunciacion de las letras, y diphtongos. » : « De
las v ocales, y diphtongo s », « D e los a centos », « A » , « E », « I voca l », « O », « U
voca l », « Y », « B », « C », « CH », « D », « F », « G », « H », « J consona nte », « K »,

70

« L », « M y N », « P », « PH », « Q » , « R », « S », « T », « V co nsonante », « X »,
« Z ») (1 -54) / m orp hologie e t un pe u de syntaxe, av ec qu elques expl ications é parses
de pro nonciation ( exe mp les tra nscrits selon un systè me de prononcia tion fig urée
jusqu’à la pa ge 187 ) (5 5-525) / liste d’expressions ( 525-621 ) / liste d e proverb es (621-
631 ) / crit ique du systè me de prononciatio n f igurée de Galmace (63 2-638) / 19
histoires ( la pre m ière transcrite selon un systè m e de pro nonciation figurée ) (638-
654 ). BNE 3/49566 .

1748 . Antoin e Galmace.
LLAVE
/
N UEVA
,
Y UNIVERSAL
,

/
PARA APRENDER C ON BREVEDA D
,

/
Y
PERFECCION
/
LA L ENGUA FRANCES A
,

/
SIN AUXILIO D E MAESTRO
,

/
QUE PR OCEDE POR T ODAS
/

las part es de la oracion, añadiendo frasses para / la int eligenc ia del uso de ellas,
adornada de una / Recopilacion de los Verbos, y Terminos mas ne-/cessarios,
pertenecientes à di ve r sas Artes, y Facul-/tades; y acaba con un Dialogo muy gus-/t oso,
y abundante. /
DISPUESTA EN TRES COLUNAS
. / La I. muestra la voz Española. / La II. la
Francesa Es crita. / La III. la misma Pronunci ada. /
SU AUTOR
/
MONS IEUR ANTONIO
GALMACE
, / Professor de Philos ophìa, y Theologì a en la Uni ve r sidad / de Parìs, y Maestro
del Idioma Francès / en esta Cort e . /
CON PRIVILEGIO
. /
EN MADRID
: En la Oficina de
Gabrièl Ramirez, Criado de la / Reyna Viuda nues tra Señora. Año de 1748. / Se hall arà
en casa de su Autor, frent e del Colegio Imperial : y en el Puesto d e Sebastian Gutierrez
Monge, Gradas de San Phelipe el Real . Madrid : Gabriel Ramírez.
345 pages : pré lim inaires / m o rp h ologie et un pe u de syntaxe (1-213) / liste d’expression
et d e tours id iomatiques ( 213-245 ) / no m e nclature (2 45-285 ) / d ialogue (28 6-329) /
critique de ce rtaines gramma ires de frança is, surtout celle de Grim a rest (3 29-345) /
correct ion de c ertaines erreurs présent es dans les Adicio nes de 1745 (34 5) / t able des
matières (34 6-348). Cette œuvr e fait par tie d e notr e corp us n o n seuleme nt po ur les p arties
signalées en gras, mais encor e parc e que tous le s e xem ple s, la no m e nclature et le dialog ue
sont transcrits selo n un systè m e de pro nonciation figurée. B UCM BH DER 1088 2, en
ligne sur Google B ooks http:/bo oks.google.es/bo oks/ucm?vid=U CM5319 062427
&printsec=fron tcover&red ir_esc= y #v=o nepage&q& f=false (2 2-06-2015).
1753 (2
e
édi tion parisienne).
LLAVE
/
NUEVA
,
Y UNIVERSAL
,

/
PARA APRENDER C ON
BREVEDAD
,

/
Y PERFEC CION
/
LA LENGUA FRANCESA
,

/
S IN AUXILIO DE MAESTRO
,

/
QUE
procede por todas

las pa rtes de la oracion, aña-/diendo frasses para / l a
inteligencia del uso de ellas, / ad ornada de una Recopilacion de los Verbos, y Ter-
/minos mas necessarios, pertenecientes à di ve r sas Artes, / y Facultades, y acaba
con un Di alogo muy gus toso, / y abundante. /
DISPUESTA EN TRES COLUNAS
. La I.
muestra l a voz Espa ñola. / La II. Fran cesa Escrita [ sic ] . / La III. la misma

71

pronunciada. /
SU AUTOR
/
M ONSIEUR ANTONIO GALMACE
, / Professor de
Philosophìa, y T heologì a en la Universidad / de Parìs, y Maestro del Idioma
Francès en esta / C orte, nuevamente añadido y corregido . /
CON PRIV ILEGIO
. / En
Parìs año 1753. [Suivi de ]
ADICIONES
/
A LA
/
GRAMATICA
/
FRANCESA
,

/
QUE
COMPUSO EL R
.
P
.
NUÑEZ
, / para el uso de los Cavalleros del / Seminario de Nobles,
/
CON QUE BREVEMEN TE SE PUEDE LEER
, / entender, y hablar perfectament e e l
Idioma / Francès, sin auxilio de Maestro : /
DISPUESTAS
/
POR ANTONIO GALMACE

/Maestro de Idioma / Francès en esta Cor te, /
QUIEN LAS DEDICA
/
AL MUY ILUSTRE
SEÑOR
/ Don Francisco Miguèl de Goy ene che, / C avallero del Ord en de S antiago,
Con-/de de Sac eda, Gent il-hombre de / Camara / de
S
.
M
. & . /
CON PRIVILEGIO
. /
En Parìs año 1753. Paris : s. n.
Ce sont les œuvres de 174 5 et d e 1748 p ubliées dans u n mê me volume, sa ns auc un
changement. BUS 276 /62.
1754 (2
e
édition madrilène).
LLAVE NUEVA
,

/
Y UNIVERSAL
/
PARA APREND ER CON
BREVEDAD
,
Y PERFECCION
/
LA LENGUA FRANCESA
.

/
DIVIDIDA EN DOS PARTES
.

/
LA
PRIMERA CONTIENE LAS ADDICIONES A LA GRAMMA TICA
/ Francesa del Rmo. P.
Nuñez; esto es, las reglas generales de la pronun-/ciacion, y Ortographia
Francesa, con estilo mucho mas elevado, / mas su blìme, y mas en orden qu e antes.
La segunda pr oce de por / todas las partes de la or a cion, añadiendo phrasses par a
la inteligencia / del u so de ellas, adornadas de una recopilacion de los verbos, y
/ terminos mas necessari os, pertenecientes à div ersas Artes, y Fa culta-/des, y
acaba con un Dialogo muy gustoso, / y abundante. /
DISPUESTA EN TRES COLU MNAS
.
/ La pri me ra muestra la voz Epañola. / La segunda la Francesa escrita. / La
tercera la misma pronuni cada. /
SU A UTOR
/
DON ANTONIO GALMACE
,
PRO FESSOR DE
PHILOSOPHIA
, / y Sagrada Theologi a en la Unive r sidad de Parìs, Escritor Pù blico
/ Academico de la Real Academia de nue stra Señora de la Esperanza, / y Maestro
de Lengua Francesa en esta Corte. /
SEGUNDA EDICION
.

/
REVISTA
,
CORREGI DA CON
EXTREMO CUID ADO
, / y considerableme nte aum entada. / Con Privilegio : En
Madrid, e n la I mprenta d Joachin Ibarra, / calle de las Urofas. / S e hall arà en
Casa de Sebastiàn d e Ar aujo, Mercader de Li bros en la / Puerta del Sol. M adr id
: Joaquín Ibarra.
Véritable seconde édition. La partie de pr ononciation a quelque p eu changé dans
l’organisatio n et le s transcripti ons (même si le s p rincipaux chan gements avaie nt d éjà eu
lieu da n s la L lave n ueva d e 1748), mais surtou t dans les c ontenus, entre autre s les concepts
de vo y elle nasale e t d e d iphtongue. 40 0 pages : préli min air es / pro nonciation (« De

72

voce s, y sylaba s en genera l », « De las letr as vocales », « De las vo c a les co m pue stas
», « De la s vo cales nariticas », « De los diphtongo s », « De lo s diphto ngos simples »,
« De lo s diphto ngos co m puesto s » , « De los diphtong os na riticos », « De las
consonant es », « D e la s co nsonantes duplica das », « De las co nsonantes fi nales »,
« De otr as observa ciones sobre la pro nunciacion », « De la ortho graphia franc esa » :
« De lo s a centos », « Del apostrophe », « De la puntua cion », « Dem on stracion
practica de todas las reglas antecedente s », « Dialogos m uy c uriosos en seis
Capitulos » ) (1-64) / pour le reste de l’œuvre, même organi sation e t même contenu que
dans la Llave n ueva de 174 8, mais a vec les deux de rnières par ties en m oi n s (la critique
de certaines gra mm aire s de français et la corr ection de cer taines err eurs p résentes d ans
les Ad iciones d e 174 5) ( 65- 400 ). BNE 3/37 75, en ligne sur la BDH http://bdh-
rd.b ne.es/vi ewer.v m ? id=000 0094 220&page=1 (2 2-06-2015).
1764 (3
e
édition m ad rilène). Madrid : Compañía de I mpresores y M ercaderes de
Libros del Reino [impr. Antonio Pérez de Soto] .
BNE 3/50 072, en ligne sur la BDH http:// bdh-rd.bne.es/vie wer.vm?id
=000 0152662&page=1 (22-06-201 5).
1767 (3
e
édition parisienne). <Faux-ti tre :>
NOUVE LLE
/
GRAMMA IR E
/
UNI VERSELLE
/
ESPAGNOLE ET FRANÇOISE
, / Au moyen d e laquelle un E
SPAGNOL
peut appre ndre /
en peu d e tems & en pe rfection /
LA LANGUE FRANÇ OISE
; / compos ée / P
AR
M
R
.

ANTOINE GALMACES
, / & au gme ntée des Addi tions /
DU
R
END
.
P
.
N UÑEZ
/ <Titre :>
LLAVE N UEVA
/
Y UNIVERSAL
/
PARA APRENDER CON BREVEDAD
/
Y PERFECCION
/
LA
LENGUA F RANCESA
.

/
DI VIDIDA EN DOS PARTES
.

/
LA PRIMERA CONT IENE LAS
ADDICIONES
/

à la Grammatica Francesa d el Rm o. P. N uñez; esto es, l a [ sic ] /
reglas generales de la pronunciacion, y ortographia Francesa, con estilos [ sic ] /
mucho mas elevado, mas subl ime, y mas en orden que antes. /
LA SEGUNDA
PROCEDE POR TODAS LAS
/ partes de la oracion, añadiendo phrasses para la
inteligencia del uso / de ellas, adornadas de u na recopilacion de l os verbos, y
terminos / mas ne cessarios, pertene cientes à diversas artes, y facultades, y acaba
/ con un Dial ogo mu y gustoso, y abundante. /
DISPUESTA EN TRES C OLUMNAS
. / La
primera muestra la voz Epañola. / La segunda la Francesa escrita. / La tercera
la mis ma pronunicada. /
SU AUTOR
/
DON ANTONIO GALMAC E
,

/

professor de
Philosophia, y Sagrada Theologia en la Uni versidad de / Parìs, Es critor Pù blico,
Academico de la Real Academia de / nuestra Señora de la Esperanza, y Maestro
de / L engua Francesa en esta Cort e. /
TERCERA EDICION
.

/

Revista, corregida con
extremo cuidado, y considerablemente / aumenta da. / Impressa en
PARIS
, / Y se

79

1773 (2e). J uan Magín Tallés.
RUDIMENTOS
/
DE LA
/
PRONUNCIACION F RANCESA
,

/
PARA EL
USO DE LOS CABALL EROS
/
DEL REAL SEMINARIO
/
DE NOBLES
/
DE ESTA CORT E
,

/
A QUIENES LOS
DEDICA
/
DON JUAN
M
AGIN T ALLES
, / Profesor del Idioma Francés del dicho R eal /
Seminario. / S
EGUNDA
I
MPRESION
. /
MADRID
:
M
.
DCC
.
LXXIII
. / En la Imprenta de D
ON
A
NTONIO
M
AYORAL
, Plaz uela / del Angel, don de se hall ará. / C on l as Licencias
necessarias. Madrid : Antonio Ma y oral.

12 pages : préliminaires (3 -4) / pro nonciation (« Pri m era leccion » , « Segund a
leccion » , « Tercera leccion », « Q uarta leccion » , « Quinta leccion », « Sexta
leccion » [ les six leçons son t un syllaba ire], « Suplement o a las seis Lecciones »
[lettr es et com binaisons non traitées aupar avant et un ex er cice de lecture] (5-16 ).
BNE VE/336/2 2, en ligne sur la BDH http:/bdh-
rd.b ne.es/vi ewer.v m ? id=000 0040 637&page=1 (2 2-06-2015).
Aucun exemplaire de l a première édition n’a été retrouvé à ce jour. Pourtant, l’auteur
affirme qu ’elle a bien existé : « L a favorable a co g ida, que V. SS. dieron à e st a C artilla en
su primera impr ession… » (
2
1773 : 3). De plus, si Sarrió s’est inspiré de c ette œuvre pou r
rédiger la s ienne en 1768, cela prouv er ait é g alemen t l’ex istence d’une éditio n de Tallés
antérieure à cette date. M ais nous ne sommes pas e n m esur e d’affirmer lequ el de ces d eu x
auteurs s’est inspiré de l’autre.

1781. Anton io González Cañaveras.
C ARTILLA
/
FR ANCESA
/
O
/
C OMBINACIONES
/
GENERALES
/
PARA LA L ECTURA
/
POR DON JUAN ANTONIO
/ Gonzalez Cañaveras. /
PARA US O DE SU
ACADEMIA
.

/
PARTE P RIMERA
.

/
C ON LICENCIA DEL CON SEJO
/
C ADI Z
: En la Imprenta d e D.
Luis / de Luque y L eyva, Cal le de / l a Compañi a. /
MDCCLXXXI
. [suivi de]
CARTILLA
FRANCESA
/
O REGLAS GENERALES
/
PARA LA PRONUNCIACION
.

/
PARTE SEGUNDA
. Cadix : L uis
de L uque y Le y va.
142 pages : première partie : sylla baire (3-36) / p rières et préceptes catholiq u es (3 8-59)
/ de u xième p artie : pro nonciat ion ([voy elles « si m p les » et « dipto ngos si m ple s,
co m puesto s y nasales »], « Observa cion sobre las consonante s », « Pronunciacio n de
las c onsonantes en difere ntes co m bina ciones », « Vo cales, y Dipto ngos que de ning un
modo co nvienen en la pro nunciacion con la escrit ura » , « Exercicio de la s reg las
expresada s », « Excepciones para la pronunciacion de las voc ales c ompuestas y
nasales ; y Dipt ongos », « Voca les, y Dipto ngos que en estas excepciones de ning un
modo co nvienen en la pronunciacio n con la escritura », « Exercicio de e stas regla s
en las excepcio nes », « Ex cepc iones en la va ria pronuncia cion de las conso nantes »,
« Ot ras observacio nes so bre la pronunciacion », « Obs e rvaciones sobre alguna s
letras pa ra la pro nunciacion france sa, y cast ellana. ») (61-142) . RB III-267 0.

80

1784.
C ARTILLA
/
ESPA
ñ
OLA Y FRANCESA
/
O
/
C OMBINACIONES GENERAL ES
/
P ARA LA
LECTURA
/
EN AMBAS LENGUAS
.

/
I
.
LIBRO ELEMENTAL
/
PARA US O DE LA REAL ACA DEMIA
/

y

Seminario de la Ciudad de / Cadiz . /

Por
D
.
JUAN ANT ONIO

GONZ ALEZ
/
Cañaveras, Individuo de las Reales Socie-/dades Bascongada y Se villana, y
Director / por S. M. de la expresada Real Acade-/mia y Sem inario. /
PARTE
PRIMERA
.

/

Con Licenc ia del Consejo, y Privilegio / de S . M.

/
EN CADIZ
: P or la
Viuda de D. Anto-/nio de Alcántara. / Año de
MDCCLXXXVI
. [suivi de]
CARTILLA
FRANCESA
/
O REGL AS GENERALES
/
P ARA LA PRONUNC IACION
.

/
PARTE SEGUN DA
.

Cadix
: Viuda de Antonio de Alcántara.
Mê m es contenu s, m ai s avec le privilège, u n p rologue et de ux tablea ux en plus, le tout
précé dant le syllabaire initial. BUV B H X-06/10 6.

Ouvrage dont nous n’avons pas retrouvé la trace : Almacén de principiantes para el
estudio de las lenguas española y francesa , publi é à Cadix par l a veuve d’Antonio de
Alcántara en 1784, s elon Niederehe (2005: 230). Cela semble être une e rreur puisque la
première édition de cet ouvrage n’apparaît pas avant 1801.

1781. P ierre-Nicola s Chantreau.
ARTE
/
DE HABLAR B IEN FRANCES
/
O
/
GRAMATICA COMPLETA
/
DIVID IDA EN TRES PARTES
.

/
TRATA LA PRIMERA DE LA PRONUNCIACION Y DE LA ORTOGR AFIA
,

/
LA S EGUNDA DE LA ANALOGIA Y VALOR DE LAS VOCES
,

/
Y LA TERCERA DE LA CONS TRUCCION Y
SINTAXIS
:

/
CON UN SUPLEMENT O QUE CON TIENE
/ un a nomenclatura mu y ámp lia, las frases
mas precisas para / romper en una conversacion, un tratado de la propi edad / de las
voces, y al gunas observaciones so bre el arte / de traducir, & c. & c. & c. /
SACADO TODO
DE LOS MEJORES M AESTROS C OMO
:

/

W
AILLI
,
DU MARSAIS
,
PORT
-
ROYA L
,
FROMANT
,

CONDILLAC
,

/
Y DEM AS ESCRITORES CITA DOS EN E STA OBRA
.

/
POR DON PEDRO NICOLAS
CHANTREAU
, / Maestro de francés de la Real Escuela Militar de Avila. / Poc os habrá que
nieguen la utilidad de l a Gramática, si se c o nsi-/dera como medio para aprende r alguna
lengua estr aña, & c . / Gramática de la lengua castellana, por la Real Academ ia /
Española. Prólogo, pag.
I
. /
CON LICENC IA
.

/

En Madrid :
POR DON ANTON IO DE SANC HA
.

AÑO DE MDCCLXXXI
. / Se hallará en su Libreria en la Aduana vieja . Madrid : Antonio de
Sancha.
615 p ages (XX + 251 + 3 43 + [ 1]) : pr élim i naires ( indicatio ns de prononcia tion dans
le « Prolog o » ) (iii-xx ) / prono nciation ( « Pronunciac ion y ortog rafía. » : « De la
pronunciacio n. » : « Del a lphabeto, y let r as en general. » , « Mo do de delet rear en
frances par a conseguir u n buena pron unciacion. », « Reglas genera les que debe n
observa rse en la pronunciac ion. », « De las vocales. », « De los diptongo s. », « De la

81

Y. », « De las consonant es. », « Resu m en de las reglas que se acaba n de dar sobre la
pronunciacio n france sa. », « Advertencia muy i m po rtant e para la pronunciacion de
la consona nte final, antes de voz que empi eza con v ocal. », « Exercicio diario que
debe hacer el discipulo para perfecc ionarse en la pronunciacio n d el france s »,
« Lista a lfabetica de las voces francesas en que se pro nuncia aspirada la h » ; « D e
la o rtografia » : « Ortog r a fia de la s letras » , « De la puntuacio n, o colocacio n y uso
de la s nota s que sirven á la division de las clausula s », « Indice de las voces que co n
una mism a pronunciacio n ti enen un m o do de escribir se diferente », « Lista de la s
abrevia turas m a s usuales, y especial mente de aquellas q ue se usan en las Gazet as »)
(1-58) / m o rphologie ( avec certaines indications de prononc iation : 61, 64, 67-69, 7 7,
78- 7 9 (« Adv ertencia sobre la pro nunciacion de los nu m e ros ») , 86 , 87, 10 2, 125, 1 26,
149 , 150, 1 57, 16 2-164, 1 65) (5 9-172) / syntaxe (a vec ce rtaines indicat ions de
prononcia tion : 179, 183, 184, 187, 2 18) (1 73-244) / glossaire de terminologie
grammaticale (avec certa ines indications de pro nonciation : 247, 249 , 250) (244-251)
/ [su p plément à la grammaire] no m encla ture (1 -52) / liste d ’actes de langage (53-98) /
vocabulaire espagnol-fra nçais avec des exemples pour ex pl iquer l’usa ge des mots (9 9-
142 ) / vocabulaire français-espagnol avec de s exe m p les p our expliquer l’usage d es m ot s
(14 3-244) / liste d’expressions, cris d’animaux, pro verbes ; exp lications sur la faço n de
compter l’argent e n France ; introd uction à la traduct ion ; extraits de textes trad u its, avec
une anal yse de la tr a duction ; histoires et sentences ; précis historique de l’Espagne ;
biblio g raphie d e livres r ecommandés (2 45-308) / d ictionnaire de règles de la langue
française (avec certa ines indi cations de pro nonciation : 309 , 3 12, 318, 32 3, 339, 341)
(30 9-343) / errata. BC R(4) -8-31, en lign e sur Go ogle Bo oks
http:/boo k s.goo gle.es/books?v id=BNC:100 1963769&
hl=ca&pr in tsec=fro n tco ver&redir_ esc=y # v=onepage &q&f=false (22 -06-2015) . Il
manque à cet exem p laire le s pages 33 à 56 incluses. Nous avo ns d onc égale m e nt consulté
l’exemplaire B G/1109 9(1) de la bib liothèque de l’Uni versité de Sala m anque.
1786 (2
e
édition). Madrid : Antonio de Sancha.
BUS 2 76/474.
1797 (3
e
édition). Madrid : Antonio de Sancha.
PUL 3 207.2 5, en ligne sur Google Boo ks http:/b ooks.google.e s/books? id=oac-
AAAAY AA J &dq=arte+de +hablar+bien+franc%C3% A9s&hl=es& source=gbs_ navlinks
_s (2 2-06-2015).

1784. Esteban de Laborda.
REGLAS
/
PARA LA PRON UNCIACION
/
DE LA
/
LENGUA FRANCESA
,

/

COORDINADAS
/
POR D
.
ESTEVAN DE LABORDA
,

/
MAESTRO DEL REAL S EMINARI O
/
DE NOBLES
.

/

CON LICENCIA
.

/
EN MADR ID
:
POR D
.
ANTONIO DE SANCHA
.

/
AÑO DE M
.
DCC
.
LXXXI V
. Mad rid :
Antonio de Sancha.

82

29 pages : prononcia tion ( «Reglas para la pronunciacio n de la lengua francesa »
[prononc iation de chaque lettre selon un ordre alphabétique], « Pro nunciacion de
las vo cales co m puesta s », « Recapitula cion ») ( 3-29). BNE VE-38 2-55.

1791 . Félix Martínez S aave dra.
COMPEN DIO
/
DE LA GRAMATICA FR ANCESA
/
E XPLICADA P OR
PARTES
,

/
Y AUMENTADA D E LAS REGLAS GENERALES
/
DE LA
O
RTHOGRAFI A
.

/
DE UN PARALELO
POR ABECEDARIO DE DICH A
/ Lengua con la Españ ola en terminos politicos, y / vulgares:
y de una Nomenclatura de N ombres, / y Verbos. /
COMPUESTO
/ Por D. Felix Martinez
Saavedra, actual Ma estro / de Lengua Francesa por S. M. del R
EAL
C
OLEGIO
/
D E
S
AN
T
ELMO DE
S
EVILLA
, para uso / de sus alumnos. /
AÑO MDC CXXXXI
. / Con l ice ncia : En la
Oficina de los Señores Vazquez, è / Hidalgo, Im presores de di cho R
EAL
/

S
EMINARIO
.
Séville : Vázquez & Hidalgo.
183 pages ( [4] + 1 75 + [4]) : préliminaires / prononciat ion (« Cart illa » : « Pa r a
deletrea r Fra nces haciendo la e muda », Pronuncia cion, y sonido de las v ocales
unidas » ; « Capitulo I. De la gra m a tica en g eneral, de las pa labras, de la s silabas, y
de la s letra s ») ([1 -] 6) / morpholo g ie ( avec certaines indications de prononcia tion : 9 ,
12, 13, 15, 25, 2 7, 28 , 80, 91, 103) (6-103) / syntaxe (103 -114) / liste de m ots, locutio ns
et expressions (1 15-126) / Orthographe ( « Principios g enerales de la ort ho graphia
francesa » , « De las Figuras de la Orthographia » , « De el apostrof e », « Del Tiret »,
« De los dos punt os sobre una Voca l », « De la C edilla. ç » , « De l parentesi s », « De
los Guillemets » , « De la A linea » , « De las Letras Capitales » , « De los Ace ntos » , « De
la p un tuacion » ) (12 7-132) / No m e n clature (13 3-171) / liste d ’adjectifs (1 72-175) / tab l e
des m atière s / errata. B US 8/22.

1794. Gaspar M elchor de Jovellanos . Rudimentos de la Gramática Francesa. In :

Obras
publicadas e inéditas de D. Gaspar Melchor de Jovellanos, 1. Biblioteca de Autores
Españoles (BAE), Tomo 46. Madrid : M. R ivade neyra, 1858
87
.
68 pages : « P lan de es ta obra » ( 1-4) / Rudimentos de gramática ge neral » (4 - 6) /
« R udimentos d e gra mática ca stellana » ( 6-14) / « Lecciones de r etórica y poética » (14-
46) / « T ratado d e de decla m a cion » ( 46-50) / « T ratado d el a nálisis del d iscurso » (50-
55) / « Rudi m e ntos de la gramática francesa » ( prononcia tion (« Idea de la
pronunciacio n » [vo yelles e t c onsonnes, seules et co m b inées], « Observa ciones
particula res ») (56 -57) ; morphologie (57 - 63) / « Rudimentos d e la gramática inglesa »
(64 - 68). BAB Cer-91 80, en ligne s ur Goo gle Boo ks https://boo ks . google.es/bo oks/

87
Lor sque nous ferons référe nce à l’ouvrage de J ovellanos dans le but de le situer su r la c h r onologie d e nos
ouvrages, n o us d onnerons la d ate de 17 94 ; en revanche, lo rsque n o us citer ons c et ou vrage, nous pre ndrons
comme date ce lle de 18 58.

83

ucm?id=0 5sJ7bfhpcgC&dq =Rudimentos+de+ la+gra m at ica+france s&hl=es&source= gb
s_navlink s_s (22-06-20 15).

Fin du XVIII
e
(postérieur à 176 1, certainemen t entre 1790 et 1800)
88
. Dionisi o de
Pelleport.
REGLAS
/
PARA PRONUNCIA R
,
Y LEER
/
CON INTELIGENCIA
/
LA LENGUA FRANC ESA
,

/

COORDINADAS
/
POR D
.
DI ONISIO DE PELLEPORT
, / Mae s tro en Artes y pr imer Catedrático
de la refe-/rida lengua en el Real Seminario de No bles / de Madrid . Madrid : s. n.
7 p ages : prononcia tion (« C apitulo primero. » [introduct ion généra le], « Capit ul o
segundo. » [co nsonnes], « Capitulo tercero : De las v oca les si m ples, y s u so nido. »,
« Ca pitulo quart o : De los diptong os, y vocales co m puest as. », « Recopila cion de las
reglas precedentes. », « Recopilacion sin e xemplos. ») (1-7). B NE VE/336/2 0, en ligne
sur la BDH h ttp:/bdh -rd.bne.e s/v ie wer.vm ?id =0000 083592&page=1 (22 -06-2015) .

1799 Jean-Thomas Laurés d e Mayrán
89
.
COMPENDIO NUEVO
/
DE G RAMATICA FRANCESA
,

/

DISPUESTO
/
POR DON JUAN TOMAS DE MAIRAN
,

/
EX
-
CATEDRATICO DE IDIOMA FRANCES EN EL

88
En effet, lo rsque nous étudio n s Pellepo rt et son œuvre, nous re m arquons qu ’ il cite el « Dic cionario
gramatical d e la lengua francesa » . Il est pro bable qu’il s’ agi sse du Dictionna ire grammatica l de la langue
frança ise de Féraud, p ublié pour la p rem ièr e fois en 17 61, à Av ignon. C’est la seule ce rtitude que nous
ayons co ncernant la date de publication de l’ou vrage d e Pelle port. Cep endant, nous pou vons tenter d ’affiner
en re coupant les informations d ont nous d isposons. P our c o mmencer, Pelleport et T allés (
2
177 3) présentent
des similitudes – nous les an a lysons en d étail plus loin – qui nous amènent à penser que l’un des deux s’est
inspiré de l’autre. Si T allés s’était inspiré de Pellepor t, ce dernier a u rait dû p ublier so n op us c ule avant 1 773,
voire m ê m e a vant la date d e p ublication de la p remière éditi on d es règ les d e p rononciatio n d e T allés. Celle -
ci, si elle a vraim ent ex isté, pouvait êtr e antérieure à 17 68, puisque ce tte année-là Sarr ió publie également,
à Valence, des règles d e prononciatio n que T allés c ritique comme étant une copie des siennes (« la
aceptacio n que ha te nido mi mis m a cartilla, impre sa poste riormente e n Va lencia, apro piandose otro la
invencion » ) . Or, qua nd Pellep ort p ublie son œ uvre, il déclar e, au sei n de l’« Avi so », qu e cela fait tre nte
ans qu’il ens eig ne le français à la cour d’Espagne. Ainsi, m ême en p renant la d ate de 1 773 co mm e
composition d es règles de T allés, si Pellep ort a v ait publié a vant celle -ci, cela voudra it d ire qu’il donnait
des cours d e français d epuis 17 40 env iron. Sachant qu’il a exercé au R eal S eminario de Nobles d e Madrid
au moin s j usqu’en 18 04 (cf. s ection biob ibliographique sur Pe lleport au sein d e cette première par tie de
thèse), il aurait alo rs donné des co urs pendant p lus de soixante ans, c e qui est pour le moins d outeux. P ar
ailleurs, selo n Lépi nette Leper s (2 012b : 81) , Pe lle p ort et Savatier « reto urnèrent dan s leur pays ap rès le
dépa rt des troupes napoléo nien nes » . Ce départ s’éta n t pro duit entre 181 3 et 1814, nous devons e n déduire
qu’il serait reparti en France à l’âge de 95 ans e nviron, car s’il avait c ommencé à enseigner le f r ançais vers
174 0, il sera it né – a u b as mot – aux ale nt our s d e 1720. Pouvait-il repa rtir en France à 95 ans ? Cela nous
semble tout à fait impro bable. No us pensons, au contrair e, que Pelleport a plutôt enta mé sa carr ière de
maître de français entre 1760 et 1770, pas for cém e nt au sein du Real Semin ario de Nobles dès le départ ; il
a pu in tégrer cette in stitution plus t ard, certa in ement vers 1780 pour en devenir l e « p rimer catedrá tico » (il
l’était d éjà en 17 81) et faire p ublier son ouvra ge e ntre 179 0 et 180 0. Il se po urrait m ê me que l’œu vre de
Pellep ort ait été publiée avant 1 790. En effet, son e xplication d u d ig ra mm e OI est à associer à celle des
auteurs a ntérieurs à cette da te, qui s’op posent sur ce point aux auteurs de fin de siècle c omme Laurés d e
Ma y rán et B oyer. Nous re viendro ns sur ce po int au sein de no tre troisiè m e p artie.
89
Sur la page d e ti tre de chacune de ses tro is œ uv r es, ce t auteu r appar aît avec un n o m légère m ent dif férent :
« J uan To m ás Laurés de M ayrán » en 179 7, dans son Tratad o de conju gación ; « Jua n Tomas de Maira n »
en 17 99 ; « J uan T omas Laure z de Ma y ra n » e n 180 3, dans la réédition de l’œuvre de 1799. Nous avons
décidé d e mainte ni r la p remière version p arce que les ac cents y so nt notés. La déd icace de 17 97 porte la
même si gnature q ue la page d e titr e. Par ailleurs, si l’on c onsulte le n u méro 95 d e la Gaceta de Madrid
(18 0 0 : 1090), nous tro uv o ns cet a u teur cité c omme J uan T omas d e L aures y Ma yran, tout comme d ans le

84

REAL
/
SEMINARIO DE NOBL ES DE ESTA CORTE DE MADRID
, / Sin embargo á publicarse con el
nombre de Compendio, e s / una Gramatica compl eta, que contiene el metodo mas sen-
/cillo y claro para apr ender, y perf eccionarse en este Idio-/ma, pu es aunq ue care ce de
algunas cosas nada esenciales, / que tienen las pu blicadas hasta el presente, ha juzgado
el / autor suprimirl as por parecerle son superfluidades / que ofuscarán á muchos la mas
pronta inte-/ligencia y el i ntento que solicitan. /
CON LICENCIA EN MADRID
:

/
EN LA
IMPRENTA DE JOSEF H ERRERA
.

/
AÑO DE M
.
DCC
.
XCIX
. Madrid : José Herrera.

173 pages ([6] + 166 + [1]) : préliminaires ( [1-]3) / prononci ation (« Elem ent os y Reg las
Generales de P ronunciació n Fra ncesa. » [le ttres selon un ordr e alp habétique],
« Discurso sobre las vo cales si m p les y co m pue stas, consideradas en to das sus
varia ciones ; det erm i nadas en sus sonidos po r sus reglas fixas y g enerales ; con sus
excepcione s á la r egla general. ») ; pro nonciation (« De l o s principios de G ra m á tica
Francesa » : « Parte primera. De la g ramatica en general, de las palabras, de las
silabas, y de las let ras ») (3 - 23) / morphologie ( a vec les mêmes indica tions de
prononcia tion que chez M artínez Saa vedra, puis qu’ils plag ient tous deu x Rest aut )
(23 - 91) / Orthographe (« Pr incipios generales de la ortografia francesa » , « De la s
figuras q ue ad m ite la or tografia, indep endientemente de las letras » , « Del apost rofe »,
« De la Cedilla. ç » , « Del parenthesis » , « Del á parte » , « De la letra s iniciales ó
mayusculas » , « De los a centos » , « De la puntuacio n ») (92-98) / morphologie (9 9-166)
/ err ata. BUCM B H FLL 2635 5, en ligne sur Go ogle Bo oks
http:/boo k s.goo gle.es/books/abo ut/Compendio_nue vo_de_gra m atic a_francesa. html?id=
7LnAPzl -y-AC&redir_ esc=y (22-06-20 15).

1799. Maurice-Ignace-François de Bo y er.
METOD O FACILISIMO
/
PARA
/
LEER Y HABLAR
/

FRANCES
/
SIN SOCORRO DE MAESTRO
.

/
POR
/
DON MAURICIO
,
IGNACIO
,
FRANCIS CO
/ de Boyer
C. T . y V. G. de A. /
DISPUESTO EN TRES COLUMN AS
, / La p rimera muestra la voz francesa
escrita. / La segunda la española. / La tercera la misma francesa pr onunciada . /
B
ARCE L O NA CON LICEN CI A
:

/
EN LA INPREN TA
[ sic ]
DE ANTONIO SAS TRES
,

/
AÑO DE
M
.
DCC
.
XCIX
. Barcelone : Antoni o Sastres.
89 p ages : préli m ina ires (3 - 6) / pro nonciation (« P rimera par te. Reglas de la
pronunciacio n fra ncesa » : « De la pronuncia cion de las letra s vo cales », « De la
pronunciacio n de las letra s vo cales qua ndo va n juntas c on consona ntes », « De las
voca les consideradas en su union reciproca con otras vo cales », « Diptongos
propios » , « D iptongos im pr opios », « Adverte ncia sobre las silabas na riticas », « De
la pronunciac ion de las let ras conso nantes », « De la s v ariaciones del soni do de las

Maga sin encyclop é d ique (Millin, 1803 : 512). Cependant, co mm e nous le verro ns plus ba s, nous avons la
certitude q u’il était françai s ; c’est pourquoi nous don nons ses p rénoms en français.

85

letras fra ncesas en la serie del discurso » ) (7-48) / « Co m pendio de la s mejore s
gramáticas france sas. Parte segunda » : morp hologie (5 -40) / synta xe (41-52 ) / courts
dialogues pour apprendre à saluer (52 ) / errata. BN E R-57758.

Auteurs et ouvrages non retenus

Avant de constituer notre cor pus définitif, nous avions envisa gé d ’y i nclure
d’autres ouvr ages, que nous avons pu consulter, pour certains d’entre eux, mais que nou s
avons finalement exclus. L es raisons pour lesquelles ces ouvra g es n’apparaissent pas au
sein de notre corpus sont de différentes natures.
En premier lieu, certaines œuvres, qui remplirai ent sans doute les critères de
sélection, sont introuvables. C’est le cas du Paralelo de las tres L enguas (1666) de
Bartolomé Labresio de la P uente
90
, du Compendio útil y necesario sobre l as advertencias
para la pronunciación de la Lengua Francesa de Francisco Colum banos, pu blié à Madrid
vers 1700 (Ni ederehe, 19 99 : 261) ou du Pap el nu evo tocante a la ma yor p erfecc i ón d e
hablar la Lengua Francesa de Courville, dont nous avons déjà parlé lorsqu e nous avons
présenté sa grammaire. À ceux-ci s’ajoutent les ouvrages cités p ar Roca y María : Los
Papeles en sus Reglas , d’un certain Juan Fabra ( 1750 : 7) et la Theorica de la Lengua
Francesa de Salvador Nogués y Parellada (1750 : 95), publiée e n 1 746 à Barcelone.
En second lieu, il est des ouvrages dont le titre laisse penser qu’ils pourraient
contenir des explications de prononciation de français en espagnol, mais, après
consultation, il n’en est rien. L a plupart du temps , c’est le critère de la mé talang u e qui
n’est pas rempli. Dans de nombreuses grammaires, les expli ca t ions sont en latin, comme
chez Em er icus C hoppin dans sa Grammatica trili nguis (1636), chez Pierre Bense-Dupuis
dans son Analogo-diaph ora s eu concordantia di screpans, & di screpantia concordans
trium linguarum (1637), che z Johannes a Schweitzeren dans son T hesaurus quinque
linguarum (1665) ou da ns la Nova grammatica gall ica (1678), grammaire anon y m e
spécialement desti née aux é t ra nge rs
91
; il e n est de même da n s le Modus addiscendi int r a
brevissimus t em pus linguas (1756) et l’ Hexaglot ton geminum docens linguas (1776)
d’Ignatius Weitenauer.

90
Gallar do et al. (188 8 : 287-289 ) d écrivent le co nten u de l’ouvrage et d éclarent q u ’il c ontient « una
Gra m ática Francesa par a uso de los españoles : de consiguiente, en espa ñol ».
91
Sur la pa ge d e titre nous lisons la men tion su ivante : « Nouv elle Gra mmaire Françoise, Par la quelle t out
Etrang er qui sçau ra le Latin, pourra fa cilement s’instruire d e la Lan gue Françoise » .

86

Au s ein d’autres grammaires plurilingues, c’est l’italien la m étala ngue, comm e
chez Giovanni Al essandro Lonchamps, Lore n zo Franciosini et An ge lo da Firenze, d ans
La nuova, e più ac curata grammatica delle t re lingue italiana, spagnuola, e franz ese
(1655). Il ex iste également des oeuvres au sein des quelles les ex plications de français sont
en français. C’est le cas de la Méthode courte et facile pour apprendre en peu de temps
le latin, le francois, l’italien, l’espagnol, l ’allema nd, l e flamand, l’anglois et polonois ,
manuscrit anon y me de 1701.
Enfin, nous avons également consulté des ou vrag es qui ne possède nt pas
d’explications de prononciation. L ’Interprect ou Traduction du François, Espagnol &
Basque ( ca 1620) d e Voltoi re est l’un d ’e ntre eux, tout comme la Grammair e Française
et Espagnole (ms. ) de Phelipe Felicett i
92
ou La réunion des langues ou l ’art de les
apprendre toutes par une seule (1674) de Pierre Besnier.
Le cas de Rodríguez de Aumente est particulier. Son Defensorio de la lengua
castellana (1770) est un mélange principalement d’ indications phonétiques et g raphiques
sur l’e spagnol, e t de c ontenus divers c omme des li stes de chiffres, les « modos de a y udar
à Misa » et d es énumérations c hronologiques de papes et d e rois. I l contient également
un dernier chapitre – extrêmement réduit (256-258) – sur la prononciation de certa ins
mots français. S elon un e disposi tion en trois colonnes partagée p ar plus ieurs de nos
auteurs, Aumente donne premièrement le mot en français, puis sa prononci ation d’a près
un s y stème de prononciat ion figurée et en fin sa t raduction en espag nol. S eulement, cette
liste comprend trente-huit termes en tout et pour tout , et aucune e xplication de
prononciation. Nous avons donc décidé de ne pas l’inclure dans notre corpus.

3. Les auteurs

Notre int ention premiè re n’ est pas d’apporte r de nouvelles i nformations
biographiques dans cette thèse doc torale sur les a uteurs de notr e co rpus. Nous sommes
donc parti de travaux existants pour rédiger ce ch apitre , même si certains auteurs ont été
très peu, voire pas du tout, étudiés. À l’inverse, il existe des biogra phi es ex haustives su r
d’autres auteurs, minoritaires, dont nous nous sommes servi quand cela a été possible.

92
Au suje t de cette gra mm a ire, consulter Castellví Calvo (1999).

87

Nous avons tenu à si g naler de façon préalable, p our chaque auteur, les t ravaux
consultés, dans l’idée d e constit uer une modeste base de données util isable pour de futur es
recherches, devant bien entendu être continuellement actualisée. Enfin, il nous a semblé
utile d’indiquer au sein de cet avertissement certains tra vaux plus généraux a y ant traité
les auteurs de notre corpus afin de ne pas les reprendre dans chaque para g raphe.
Le premier, la base pour tout historien de l’enseignement du fr ançais en Esp ag n e,
est la réédition de la thèse de Gonzalo Suárez Gómez (1956) par Garc ía Bascuñana et
Juan Oliva (2008), La enseñanza del francés en España hast a 1850 . Bien que plusieurs
auteurs en soient absents et qu’il faille mettre à jour certaines données, c ’est une œuvre
incontournable. Par aille urs, Corcuera Manso et Gaspar Galán se sont penchés sur l es
grammaires françaises publiées en Esp agne d e 1500 à 1700 (2001), ainsi que Lépinette
Le pers (1996c), qui p ropose un éventail temporel de 1 565 à 1799, et Garcí a Bascuñana
(2005), qui a abo rdé les manuels de franç ais publ iés en Espagne entre le XV I
e
et le XX
e

siècle.
En ce qui concerne le XVIII
e
s ièc le
93
, s ig nalons l es nom bre ux travaux de L épi nette
Le pers (1995b, 1996a, 1996b, 1996c) et t out particulièrement le livre intitulé
L’enseignement du français en Espagne au XVIIIe siècle dans ses grammai res. Contexte
historique, concepts linguistiques et pédagogie (20 00b).
Notons finalement que certains tr avaux panorami ques de Bruña Cuevas touchent
un grand nombre de nos auteurs, mais puisqu ’ils portent plus particuli èr ement sur
l’enseignement des sons du frança is – ou sur le concept d’universalité de la langue
française dans l eurs gramm aire s –, nous nous y reporterons surtout dans la troisième
partie de notre thèse ; il en vaut de même pour Amado Alonso (1951), qui aborde
également certains contenus phonétiques chez Meurier, Le del, Corro, Cisn eros, Billet et
Va y rac. Quant à l’ouvrage d e F e rnánde z Fraile & Suso Lópe z (1999), il s’occ upe
principalement des obje ctifs, des contenus et des méthodes des ouvra g e s, raison pour
laquelle nous nous y reporterons majoritaire me nt pour d’autres qu estions que c elles
purement biobibliographiques.
L’ordre de présentation des auteurs répond au critè re chronologique de publi cation
de leurs œuvres.

93
Pour le XVII I
e
siècle, à propos de ce rtains a spects gra mmaticaux chez Billet, Vayrac, T orre y Ocó n,
Galmace et autres, s ignalo ns é galement Ferná ndez Díaz (1 98 9). P our ce qui est d es X VI
e
et XVI I
e
, voir
également le tr avail de Su so Lóp ez (2 0 14) q ui anal yse d ifférents types de discours emplo yés par u ne grande
partie d es auteurs de notre co rpus de cette époque.

88

3. 1. XVI
e
siècle

Noël de Berlaimont ( ?-1531)

De façon préliminaire, nous tenons à sig naler que cet auteur a fait l’o bjet de
nombreuses étud es générales o u plus ciblé es ; mais aucune n’est aussi exhaustive, à notre
connaissance, que celle qu’a réalisé e Pablo Núñez au sein de sa t hèse doctorale (2008),
rééditée sous le ti tre d’ El arte de las palabras : Diccionarios e imprenta e n el Siglo de
Oro (2010). Dans le premier tom e, il dédie à ce maître d’école et à son œuvre plus de cent
pages (91-198 ) dans lesquelles nous trouvons de nombreux renseignements
biographiques et surtout bibli og raphiques
94
; avec une étude poussée du lexique au sein
du second tom e, l’auteur offre un cat alog u e où il consigne toutes les rééditions du manuel
avec le titre complet de chacune d’entre elles e t leur locali sation – quand cel a est
possible – le tout accompagné de commentaires bi bliogr aphiques d’un g ran d intérê t.

« Ben po co si sa di Noel de Berlaimont (o Barlaimont, o Barlam ont, o
Berlemont) » . C ette affirmation d’Annamaria Gall ina (1959 : 75) pourrait s’appliquer à
de nombreux auteurs de notre corpus. En effet, en règle générale, ce ne sont pas des
personnages qui ont laissé beaucoup d e traces dans l’Histoi re . Et bien qu’il existe de
notables ex ceptions, des hommes sur la vie desquels nous possédons plus de détails, Noël
de Berlaimont n’en fait pas partie.
Gallina donnait déjà plusieurs possibi lités sur son nom de famill e ; Pablo Núñez
(2010, tome 1 : 97) co mplète cette list e avec Berlainmont, Berlemen t, Barlement,
Barla y mont, Berlaiment ou Barlamontius « se g ún aparece en los diferentes catálogos » .
Mort en 1531 – s a date de naissance n’est pas conn ue –, on le croit originaire de Velaines,
petit vi llag e de l a Belgique actuelle p roche de Tournai. Nous savons qu’il s’est marié avec
Anna van de n Beempde et que de cette uni on serait n é un fils, J an, vers 1 526. I l a exercé,
au sein de la confrérie de Saint Ambroise, comme « scoolme ester » à Anvers, comme le
dit le titre de son œuvre la plus prospère et dont nous re produisons ici une partie de l a
page de titre de l’édition de 1536, déjà transcrite par Bourland (1933 : 290) :

94
Po u r une bibliograp hie exhaustive re groupant les étude s réa lisées s ur un asp ect c oncernant No ël d e
Berlaimont o u son œuvre, no us renvo y o ns donc à P ablo Núñez (2010, to m e 1 : 195-19 8).

95

encargado de capilla a ayudante del tapicero m ayor d el palacio real
(1999 : XXIII ).

Compte tenu des offices que l ’a uteur du Vocabulario de los Vo cablos a ur ait donc
remplis, il est probable q ue celui-ci n’ait jamais ex erc é comme maître de langues. En ce
qui concerne les donn ées complémentaires d e Pabl o Núñez, elles portent sur un dénommé
Juan de L iaño (2010, tome 1 : 348-349), dont on ne peut déduire si c’est Ledel qui aura i t
totalement espa g nol isé s on nom (Juan po ur J acque s) ou un parent (son fils ? ). Dans tous
les cas ce J uan aurait été garde-bijoux et garde-robe d’Anne d’Autriche ju squ’en 1578,
puis huissier de salle et logeur. Il serait mort soit en 1614, soit en 1616.

Baltasar Pérez del Castillo ( ?- ?)

À notre connaissance, seul L . Pablo Núñez a étudié cet auteur sous sa facette de
maître de français. On ne connaissait pas l’exi stence de son œuvre didactiqu e avant 2007,
date de l’intervention de ce spécialiste lors d’un colloque de la Sociedad Española de
Historiografí a Lingüístic a , i nterve ntion publiée en 2009. Que l ’œuvr e de P ér ez del
Castillo ne f i g urât pas a uparavant sur les répertoires plus ou m o ins spécialisés s’ explique
entre autres parce qu’el le n’a jamais été publi ée, mais égale ment pour de s ra isons
bibliographiques : elle apparaît au sein d’un recueil fac t ice de l a Bibliothèq ue Ro y ale de
Madrid, laque lle ne dispose que depuis peu d’un catalogue imprimé. P ablo Núñez a
également mis a u point une édition du texte conservé qui a vu le jour en 2011 sous la
forme de l’article « La gramática francesa de Ba ltasar del Castillo (s. XVI ) : edición y
estudio » paru dans le Boletín de la Real Academia Española . I l y effectue une
comparaison avec les grammaires de f rançais pour Espagnols conte mporaines et
postérieures (jusqu’en 1718). Enfin, dans son œuv re d éjà citée, El arte de las palabras , il
dédie quatre pages à cet auteur. Nous nous appuy o ns sur ces étud es pour en offrir ici
quelques renseignements biographiques.

Le s premières i nfor mations , nous les trouvons dans le titre de l’œuvre : Arte
g rammatica y man era d e bien hablar, screbir y leer la lengua Francesa para los que
sauen Romançe, nuevam ente compuesta por el Maestro Balthasar Perez del C astillo,

96

Canónigo de la Sancta Iglesia y natural de Burgos y Rector de Fuenlabrada
108
. Pérez del
Castillo était un homme d ’Eglise, tout comme de nombreux aute urs de notre cor pus
d’ailleurs. Chanoine de la cathédrale de Burgos, il fut ensuite le curé de Fu enlabr ada.
Cet ecclésiastique « nació en Burgos en e l seno de una familia de abolengo, entre
cuyos ascendentes estaba Alvar P érez de Maluenda, gobernador de G alicia » (Pablo
Núñez, 2010, tome 2 : 152). Il obti nt le t itre d e “Maestro en Sagrada T eología en la
Universidad de Alcalá » (Pablo Núñez, 2011 : 279). Nous ne savons pas comment il a
appris le français mais il devait le connaître, du m oins à l’écrit : non se ulement il est
l’auteur d’un e grammaire française, mais il a tradui t plusieurs œuvres en esp ag nol, la plus
connue étant L e théâtre du monde d e Pierre Boaistuau, don t la traduction est publiée en
1564, puis réimprimée de nombreuses fois.
Nous ne connaissons pas les dates de vie et de mort de notre auteur, pas plus
d’ailleurs que la d ate de composition de la grammaire, même s’il semble ra i t que celle-ci
oscille entre 1563 et 1577 (Pablo Núñez, 2009 : 556).

Antonio del Corro (1527-1591)

Voici le premier auteur d e notre co rpus sur lequel nous possédons plus de détails
biographiques. Deux grandes étude s l ui ont été consacrées. L a p remière est la t hèse de
McFadden, inti tulée Life and W orks of Antoni o del Corr o , réalisée en 1 953. Ell e est
inédite et nous n’avons pas pu la consulter. Cependant, celle-c i est l e point de départ du
travail – m oins exclusif, mais plus accessible – de Hauben, publié en an g lais comme
Three Spanis h Heretics and the Reformation (1967) e t traduit en espagnol s ous le titre
Del monasterio al minist erio. Tr es herejes españoles y la Re f orma: Anto nio del Corro,
Casiodoro de Reina, Cipriano de Valera (1978). Menéndez Pela y o cit ait déjà notre auteur
dans sa particulière Historia de los heterodoxos es pañoles (1880-1881 : 57, 68, 916).
Plus récemment, si gnalons l’importante étude pr éliminaire de Nieto J iménez dans
l’édition en fac-similé (1988) des R eglas Gramati cale s para aprender la Lengua
Española y Fr ance s a, co nfiriendo la vna con la otra, segun el orden de la s partes de la
oration Lat inas (1586), l’œuvre di dactique d’Ant onio del Corro. Cette étu de comprend
une pa rtie dédiée à la vie du moine hiéron y mite es pag nol (6-18 ) et une autre à son ouvra ge
(18-75).

108
Pablo Núñez nous indiq ue q ue la présence d u m ot nu evamente ne signifie pa s qu’il existerai t une versio n
antérieure, mais plutôt que l’ œuvre est novatric e (200 9 : 553).

97

García Bascuñana s’ est é g al ement p enc h é sur Cor ro en anal y s ant son rappor t avec
la langue française et l e rôle de la reli gion dans sa grammaire (2006), mais aussi le
traitement qu’y reç oiven t les « combinaisons vocaliques frança ises » (201 0 : 206-208).
Suso L ópez (2009b), pou r sa part, a tenté de détermi ner les possibles desti nata ires d’un e
production didactique particulière, su rtout destinée à l’apprentiss age d e l ’espagnol, en
moindre mesure du f rançais, mais dont la métalangue e st l’espagnol (et accessoirement
le f rançais), e t a également étudié la place du français et de l’espagnol au sein de s Reglas
Gramaticales (2012) ; cette grammaire a aussi intéressé les historiens de l’ enseig n ement
de l’espagnol, comme Sánchez Pérez (2006 : 262-271).

Antonio del Corro est né en 1527, certainement à Séville (Nieto Ji méne z, 1988 :
7). L ’auteur l ui-même informe le lecteur de sa date de naissance dans la dédicace d e son
œuvre : « P ero con todo esso puse a l a fin vna b reue narr ac i on d e las cos as acaecidas en
Roma, en el ano M. D. XXVII. que es d e mi nacimi ento » . (1586 : s. n.). Après avoir dû
fuir en 1557 son monastère de San I s idro à Santiponce, en c ompagnie de onze moines
acquis au protestantisme comme lui
109
, il arr i ve à Genève, puis à L ausann e. Hauben
résume son parcours de la sorte :

Corro llevó a c abo un trabajo misional en Francia y en l os Paí s es Bajos.
Después de s eguir algunos estudios preparatorios en Lausana, v iaj ó a
I n glaterra, siendo a cont i n uación, en Londres, ministro polémico y
profesor de las escue las de leyes Isabelinas, los Inns of Court. Obtuv o
luego un trabajo similar en Oxford que ocasionó acalorados debates.
Corro term i nó siendo c an ó ni g o a ng l icano (1 978 : 33).

Le s Reglas Gramaticales sont publiées à Ox for d en 1586 par Joseph B arnes
110
,
mais Corro lui-même no us raconte, dans s a dédi cace « al ill ustre Patri cio Ginoves, el
señor Ho ratio Palavicino » , qu’il l es avaient d éjà r assemblées « casi tre y enta años
passados [ …], quando […] aprendia a hablar Frances, y e n señaua el l enguage Esp añol, al
Rey Don Henrique d e Nauarra » ; notre moine protestant se trouvait alors à l a cour de
Navarre ap rès a voir été recommandé par C alvin l ui-même, qu’ il avait con nu à L ausanne.

109
Cipriano d e Valera et Casio doro d e la Reina sont p eut-être, avec Cor ro, les plus co nnus d’entre eux.
110
Il existe un tirage d e l’œuvre qui arbor e Paris co mm e ville d ’im p ression e n bas de pa ge, mais ce n’était
certaine m ent qu ’une stra tégie co mm e rciale p our tenter de ve ndre p lus d ’ exemplaire s ( Sánchez P érez, 2006 :
263 ).

98

Fruit de ses observations comme apprenant et comme professeur, les Reglas
Grammaticales demeurent 26 ans inédites. Elles sont l’œuvre d’un praticien qui « ne
possède au cune qualific ation en tant que grammairien, ni aucun inté rêt à pr endre p art aux
querelles linguistiques qui se posaient à l’époque » (Suso L ópez , 2009b : 30-31).
Corro meurt à Londres en 1591.

3. 2. XVII
e
siècle

Juan Ángel d e Sum arán ( ?- ?)

La spécialiste de ce ma ître de l angues du XV II
e
siècle est s ans doute Corvo
Sánchez
111
. Elle a publié en 2003 à Salamanque sa thèse doctorale i ntitulée Juan Ángel
de Z umaran: un maestr o d e lenguas español e ntre alemanes en el siglo XVII : una
aportación a la histo ria de l a enseñanza de lenguas e xtranjeras . El le a ensuite produit
plusieurs travaux qui, exclusivement (2005, 2006, 2007) ou accessoirement (2008), ont
trait à la vie et à l ’œuvre de Sum arán. À notre c onn aissance, le seul autre travail
monographique qui lui est dédié est celui de García Bascuñana (200 9b). Pour sa
production lexicogr aphique, Sumarán apparaît également mentionné dans les t hèse s
doctorales de G arcía Aran da (2003 : 126-129) et de Pablo Núñez, rééditée e n 2010 (tome
1, 331-335), de même que chez G allina (1959 : 285-292), Acero Durántez (2008 : 30) ou
Alvar Ezquerra (2013 : 133-144). Finalement, cet auteur a y ant rédigé des œuvre s
plurilingues inclu ant l’es pag nol dès 1520, les histo riens de l’enseignement d e cette lan g u e
se sont également intéressés à son travail, par ex emple Sáe z Rivera (2007 : 870-873).
Notre auteur publie à M unich en 1617 s a première œuvre, trilingue, le T yrocinium
Gallicum, Ital icum et Germanicum . I l n’y m entionne pas so n origin e, comme il le fe ra
plus t ar d dans s es publications successives, mais il déclare déjà su r la p age de ti tre être
professeur des langues e spagnole, française et italienne. En 1620-1621, dans son Newe
Sprachbuch , quadrilin g ue ce t te fois-ci, il répète cette information e n ajoutant la langue
allemande, qu’il maîtrisa it certainement mieux que trois années auparavant, et i l précise
que c’est à M unich qu ’il est « professeur ordinaire » . Cepe nd ant il donne au lecteur un
nouveau r enseignement, uniquement p ré s ent sur la page de titre en version espagnole
signée par « Iuan An gel de Sumaran Guipuzcuano » . Puis en 1626, sur la page de titre de

111
Dans le do m ai ne d e l’allemand, c e maître d e langues a é galement intéressé Mes sner (200 6), Martínez
González ( 2008, 2 010) et Barsanti Vi go (201 3).

99

son œuvre p rincipale, le T herausus fund ame ntal is qvinqve lingvarvm
112
, il déclare
maintenant être « Nobil is Cantabri » . Juan Án ge l de Sumará n est donc un noble espa g nol
de C anta brie ex ilé en terre allemande ex erçant dans les premières décen nies du XVII
e

siècle comme maître de l ang u es et interprète à Mu nich d’abord, puis à Vien ne et enfin à
l’université d’Ingolstadt, où il avait été étudiant en 1612 (C orvo Sánc hez 2005 : 142).
En l isant la dé di cace qu’il adre ss e à Fra ncisco Moncada, c o mte d’Osona e t
ambassadeur espag nol en Allemag ne à l ’é poque, nous apprenons qu’il a voy a gé en
Europe mais aussi qu’il a guerroyé en Flandre. Il a également publié des traductions
d’œuvres littéraires (Corvo Sánchez 2006 ; Pablo Núñez 2010, tome 1 : 332).
García Bascuñana souli gne que Sumarán était « avant tout un praticien » et qu’il
montrait un « enthousiasme incontestable pou r la connaissance des lan g ues étrangères »
(2009b : 5), trait de caract èr e éga l ement signalé par Suáre z Gómez (2008 : 111) et qui est
patent dans l es œuv res d u Ba s que. En effe t, en 1521, Sumarán célébrait le fa it que les
« flamends [ sic ] et les Allemands, lesquels sont plus curieux que les autres nations [ … ]
s’en vont en I t alie, France et Espagne à despen dre leu r argent, p our y appr endre les
coustumes et leu rs vsages » (A ux L e cteur s) et e n 1526, il déplorait la situation en
Espagne, « poca curiosa de saber lenguas estrangeras, cosa muy indi g na de vna Nacion
tan nombrada en estos siglos » (Dédicace).

Diego de Cisneros ( ?- ?)

En ce qui conce rne notre s ujet d’étude, la c on tribution de Lé pinette L ep er s
(2000c) sur cet auteur e st, à not re connaissance, la plu s complète à ce j our. En e ffet, c ette
spécialiste se co nsacre dans son article à sa gramm aire française expliquée en espa g nol
et dédie quelqu es page s à l a vie du moine et au cont exte historique dans lequel il a vécu
(503-506). En 1997, cette même spécialiste avait d éjà publié un arti cle su r C isneros, Billet
et leurs grammaires resp ec tives. Finalement, Lépinette L ep er s a rédigé l’entrée sur cet
auteur dans le Corpus rep rése ntatif des grammaires et des t raditions linguistiques (1998a,
tome 1 : 292-295). Martínez Gavilán (2002), quant à elle, s’est o ccupée de l a Grammaire
espagnolle (1624) de notre auteur.
Lé pinette Lepers admet que la vi e de Diego de Cis ner os est peu documentée :
« Nous ne connaissons d e lui guère plus q ue les t races qu’il a laissées d ans les œuvres,

112
Cette œ u vre a également co nnu une réd uction. En 1 634, Su m arán pub lie la

Grammatica y pron unciacion
Aleman a y Españo la , réduisant le Thesa urus de cinq à deux langues.

100

imprimées ou non, qu’il signa » (2000c : 503). En 1624, il fait publier à Doua i une
grammaire doubl e : l a première p artie est une gra mmaire fr anç aise e xpliquée en
espagnol ; la seconde une grammaire espagnole expli quée en français. Sur la page de ti tre
de cette dernière, l’auteur signe de l a façon suivante : « pa r le R. P. Diegue de
l’Incarnation, Carme deschaussé, Valderain, Professeur Theologien » .
Diego de la Encarnación est le nom qu ’il ut ilisait lorsqu’il était moine carmélite.
L’ordre du C armel av ait fondé en 1615 un couvent à Douai. On ne sait p as combien de
temps il y résida ; ce qu e l ’on sait en revanche, c’est qu’en 1 635, lorsque la seconde
édition d e sa g rammair e française pa raît à Mad rid, il se présente comme « Lic. Diego de
Cisneros, Sacerdote, y Teologo » . I l fa u t donc en déduire qu’à cette époqu e c ’est d éjà un
moine déf roqué, vivant probablement à Madrid ; les raisons de son départ de D ouai nous
sont inconnues. Qua nt au m ot « V alderain » ou « Valderano » qui apparaît en 1624, la
seule interprétation qui nou s vienne à l’esprit est que Diego de Cis ner os était pe ut-être
originaire d’un village de la p rovince de León, Valderas. M ais ce ne sont que des
suppositions.
À propos de s a formation , García Bascuñana nous dit qu’il était « buen cono ce dor
de las leng uas clásicas y de la g ram ática latina en par ticular » (2005 : 1 33). Enfin, à côté
de ses ouvr age s grammati ca ux, Suárez Gómez (2008 : 99) rappelle que n otre auteur a
traduit les Essais de Mon taig ne – traduction inédite – et Lépinette Le p ers (2000c : 505),
pour sa part, signale qu’il a pr oduit deux œuvres su pplémentaire s à t héma tiq ue reli gie use
publiées à Douai en 1625 et 1629.

Antoine Fabre ( ?- ?)

Peu de spé cialistes ont d édié un travail ex clusif
113
à ce g rammai rien français, s i ce
n’est Mandich (2000). C epe ndant les infor m ations sur sa vi e sont rares. Mandich nous
informe que « Ant oine Fabre est cité dans l’I ndex bio-bibliographicus not o rum hominum
comme "prof esseur de la ng ues à Venise" » mais confesse qu ’e l le n’a « pu r etrouver t race
quelconque de ce person nage » (2000 : 589). Tout ce que nous savons vient donc des
renseignements que nous trouvons dans sa grammaire, rééditée une dizaine de fois.

113
Po ur ce qui est de l’ a spect bibliogra phique, voir Bingen (198 7 : 91-95) e t Mormile (1989 : 42-44).

101

Fabre est un reli g ieux . Nous li sons sur la page de titre de sa Grammair e povr
apprendre les langves Itali enne , Francoise, et Esp agnole (1626) qu’elle a été « composee
par le Rever ende Signeur Antoine Fabre » . Puis, dans l’adr esse aux lecteurs, rédigée non
pas par l’auteur, m ais par le libraire Domenico Sforzini, celui-ci s’ y réfère comme le « R.
P. Anthoine Fabre »
114
. I l précise également son origine française, et son étude acharnée
de l’italien et d e l ’e s pagnol, ce qui l’autorise à enseigner ces deux langues bien qu’étant
étranger. Mais c’est à peu près tout ce que nous savons de lui. I l faut dire que l’a uteur ne
prend j amais la parole d ans les prélimi naire s de sa grammaire, pas mêm e pour la dédicace
– quand dé d icace il y a – ce qui est plutôt curieux. Peut-être F abre était-il déjà mort à
l’époque où son œuvr e fut imprimée
115
. Dans tous les cas, la d ate d e composit ion de la
grammaire trilingue est probablement assez antéri eure à sa date de publica tion, puisque
Sforzini déclare qu’ « il y a lon g t emps qu’auroit este mise en lumiere [la grammaire] si
le stampateur qui l’auoit commencee l’eusse peu poursuiure, m ais lon ny a peu f aire
autre » .
Pour terminer, si gnalons que, pour Mandi ch, Fabre « était un péd agogue de bon
sens comme i l y en ava i t b ea ucoup dans une époque préc édant l’effort de rationalisati on
des grammairiens de Port-Ro y al » (2000 : 605-606 ).

Pere (1607 ?- 1645 ?) et Antoni Lacavalleria ( ?- ?)

Ces deux imprimeurs ont été parfois étudiés ensemble, notamment chez Bruña
Cuevas (2012b) et S áez Rivera ( 2007 : 207-212). I ls a ppa raissent aussi classés dans l e
Diccionario de impresores españoles ( si glos XV- XVII) de Del g ado C asado (1996: 363-
365) ; Pascual (1985) a d’ailleurs dédié un e étude à la production d ’Antoni Lacavalleria.
Mais il est surtout le pre mier à figurer dans les travaux des spécialistes, notamment che z
García Bas cuña na (2008) ou Sáez Rivera (2005). Pere Lacavalleria , par son im portanc e
pour l’histoire de la l exicographie c ata lane
116
d’abord, a in tér essé é g alement, entre autres,
Colón & S oberanas (1986 : 10 2-104) et Rico & Solà (1995 : 106 -107), et plus
généralement Pablo Núñez (2010, tom e 1 : 171-177).

114
Voir aus si Colo mbo Timelli (2 000 : 57 1).
115
Colombo T im elli (2 000 : 569) et M in erva (2012 : 443) pr és entent la gra mm aire de 162 6 comme é tant
déj à révis ée par Michele Faggio , ce qui po urrait confirmer qu’il s’agit d’une publicatio n posthu m e.
116
M arfany (2 001 : 126, 1 95-196) s’ est é galement i ntéressé aux Laca valleria e n ce qui co ncerne l’ histoire
du catalan.

102

Pere L a cava lleria imprime le Dictionar io Castellano, Dic tionnaire Français,
Dictionari Catala e n 1642 à Barcelone. L a d édicace de cette œuvre est adressée à Urba in
Maillé, vi ce -roi de de la Catalog ne depuis que celle-ci s e trouve sous la domination de
Louis XIII, proclamé comte de Ba rc elone l e 23 janvier 1641. Au sein de la dédicace nous
apprenons que l’imprim eur est « n atif de Gu y en ne » et que cela f ait 23 ans qu’il vit à
Barcelone
117
. Avant, il av ait exercé comme impri meur à P erpignan de 1 627 à 1628
(Delgado Casado 1998 : 363). I mprimeur, Lacavalleria, mais aussi un peu auteur. En
effet, bien qu e le « Dict ionnaire » de 16 42 soit en grande p artie un e récupération de
Berlaimont et de Meurier, il ajoute une partie or ig inale, qui lui est tradit ionnellement
attribuée : la partie en cat alan (García Bascuñana 2008 : 54 5 ; Sáez R ivera 2005 : 111).
Et c’est une première dans l ’histoire de la lexi cographie pour apprendre les langues
modernes
118
. L a public ation de cette œuvre o riginale répond aux circ ons tances pol itique s
du moment que Laca v alleria a su interpréter et do nt il espère t irer p rofit (B ruña Cuevas
2012b : 276 ; Sáez R ivera 2007 : 210).

Dans l ’historiog raphie linguistique, Pere La cavalleria est plus important que son
fils Antoni car il inclut le catalan dans son œuvre, ce q ue ne fait pas ce dernier. Celui-ci
reprend le né g oce familial en 16 46, son père étant mort cette même année ou un an plus
tôt. En activité jusqu’en 1700 (Del g ado Casado 1998 : 364), il publie surtout en catalan
(Pascual 1985 : 611-612). En 1647, il réimprime, sans changement important, le
dictionnaire de son père, mais aussi une n ouvelle œuvre g rammaticale : la Grammatica
con reglas muy prouechosas, y necessarias para aprender a leer, y escriuir la lengua
Francesa, confe rida con la Castellana . Celle-c i est un calque intégral des ouvrage s de
Sotoma y or et Lede l publ iés conjoint ement en 1565. L es diff ére nt es parties constituant
ces ouvrages ont été c o piées presque littérale ment par l’imprim eur , qui les a r éorganisées
avec l’intention de créer un nouveau manuel conforme au modèle d e l’époque : d’abord
la pr ononciation, ensuite la morphologie. Mais le r ésultat présenté e st décevant. En effet,

117
Giralt i Rave ntós propo se 1607 co mm e année de nai ssance de P ere Lacavalleria (195 6 : 267) .
118
B ruña Cueva s (20 12b : 2 67) nous rap pelle q ue, « alo rs que le français et l ’es pagnol étaie nt de s langues
habituelle m e nt i ncorpor ées dans les diverse s séries et œu vres p olyglottes qui circulaie nt en Europe, le
catalan n’était app aru j usqu’alo rs à côté d’ un e la ngue moder ne différe nte de l ’espagnol q ue dans u n ouvrage
publié à P erpignan p ar l’im prim e ur Jo hann Rose nbach en 1502 et reste isolé , sa ns succe sseur : le
Voca bulari molt profitos per a pendre lo Catalan Alamany y lo Alamany Cata lan . […] À côté d u français
et de l’es pagnol, p ar contre, le catala n n ’ é tait préalable m e nt a ppar u que dans un ouvra g e qui n’ a rien à voir
avec le s série s polyglotte s pou r ap prendre le s langues étr angères : dans le Voca bulario de seis leng uas, en
que se declaran los nombres d e los árboles, yervas, frutas y otra s co sas contenida s en el presente L ib ro de
los secreto s de agricultura » .

103

l’œuvre comporte d eux parties de prononciation et deux de morphologie. Nous en
reparlerons. P ar ailleurs, Antoni Lacavalleria n’inclut pas l e lex ique de Ledel. Cela
pourrait répondre à d es int ér êts comme rc iaux, espérant v endre ainsi pl us d’ex emplaire s
du dictionnaire de son père réimprimé la même année (Bruña Cuevas 2012b : 278)

Pierre-Paul Billet ( ?- ?)

Bruña Cuevas (1999b : 96-105, 2000 : 79-84, 2010a, 2010b) et Fisher Hubert
(1996, 20 00) sont les spécialistes qui se sont le plus penchés sur cet auteur. Lé pinette
Le pers (1997) lui a également dédié un a rti cle déjà mentionné lorsque nous avons
présenté Cisneros.
Pierre-Paul Billet est un maître de lan g ues français , d’origine parisienne s i l’on en
croit la pa g e d e ti tre d e sa Gramat ica Francesa divid ida en dos partes publiée à S aragosse
en 1673 – et dans toute s ses rééditions postérieures, au nombre de trois. Au sein de
l’introduction au « Pa ralelo de la Elocuencia Esp añola y Francesa » , listes parallèles de
locutions diverses, l’auteur déclare c e qui suit : « …en el discurso de diez años, y mas,
que ha q ue professo ense ñar la nuestra [len g ua] a diuersos particula res, y Principes, y en
la Castellana a diuersos señores, que de naciones estranger as, vn a peregrina c urios idad, o
sus neg ocios traxeron a esta C orte… » (1673 : 101r.-101v.). N ous apprenons donc que
Pierre-Paul Billet exerce , non seulement comme maître d e français en E spagne, mais
aussi d’espa g nol pour l es étrangers, depuis pl us de d ix ans. Ses disciples seraient aussi
bien des étrangers, vo yage ant pour le pl aisir ou en voyage d’affaires, que de hauts
personnages de la cour o u de sim ples sujets espa gnols. C’est à peu prè s tout ce que nous
apprenons de l’auteur dans cette œuvre.
Une information supplé mentaire nous est donné e cep enda nt d ans l’adresse au
lecteur : il a publié préalablement « un C ompendio de la Gramatica » dont il n’est pas fier
( « ojal à nunca s aliera ») et dont les erreurs, se défend-il, sont imput ables à l’imprimeur.
Jusqu’à il y a peu, on n’avait pu identifier de quelle œuvr e il était question. Mais
réce mment, Bruña C uevas (2010a) a d émontré q ue celle-ci n’était autre q ue l’Arte p ara
aprender f acilmente , y e n poco tiempo a leer, escrivir, y hablar la Lengua Francesa ,
publiée à Lyon en 1672 sous les initiales P. B . B ruña (2010a : 103- 104) f ait remarquer
que ces i nitiales ont été lo ng t emps interprété es comme Pedro Bonet, sans raison apparente
puisque ce nom développé n’apparaît nulle part.

104

Au sein de l’œuvre de 16 72, Billet affirme qu’il a décidé de la publie r parce que
cela fait huit ans qu’il est maître de français à la cour pour « dife re ntes Principes y
particulares » . Cela coïncide à une année près avec l’information de 1673. Il serait donc
arrivé en Espa g n e aux alentours de 1664. Si l’aut eur ne donn e pas d’indication sur sa
provenance su r la pa g e de ti tre, celle-ci se t rouve né anmoins dans le « P rologo al Lector » ,
accompagnée de sa formation universitaire : « No q uiero ponder arte que p ara cumplir mis
deseos de s eruirte m i patr ia es Paris, mi profesion en sus Escuelas fue la d e B uena s Letras,
y noticia pe rfecta de algunas Le nguas » . I l est sûrement vr ai que Billet avait reç u cette
formation, mais il n ous semble qu’il était éminemment pra t icien. Lui-même déc lare en
1672 à pr opos de la rédaction de son ouvrage : « Hauiendome cogido los frutos en las
fatigas que he sembrado de su enseñanca [la de la lengua francesa], acrecentandose esta
cada dia, me pa reciò para ma y or b rebedad de los que desean sauerla, facilitarles en la
mano lo que les practico en la voz » . Ce qui e st sûr, c’est que son origine parisienne et
son activité à la cour seront reprises dans chacune des réimpressions de s es œuvre s .
Signalons également que Billet est l’a ut eur d’une traduction int itulée La v erdad
en su luz, o l as verdader as memorias de Madama Maria Machini, Condestabla Colona ,
publiée à Mad rid en 1677, probablement à l a demande de la comt esse de Villaumbrosa,
dédicataire en 1673 et 16 77
119
. De plus, Billet prat iquait la composition poétique e n
français (Bruña Cuevas, 2010b : 237-242) mais surtout en latin. Il fait pub lier en 1703 à
Madrid le Petri Pauli Bi l leti Parisiensis opusculorum miscellaneorum lati no sermone
scriptorum, pars prima . Bruña Cuevas affirme qu e

ninguna obra de B i lle t muestra me j or que e sta últim a e l complejo
m undo de relaciones sociales e n que el autor s e mov í a. Abundan en ella
las referenc i as a una red de amigos de nombre c ono c id o, pero también
a enemig os que at a c an mediante libelos a B illet y que intentan i ncluso
entorpecer la publ i ca ción de es t e lib ro (2010b : 240 ) .

Pierre-Paul Billet était donc un personnage relativement important à la cour, bien
plus que n’importe quel maître de langues quel conque . I l avait des relations et des
détracteurs, et prenait pe ut-être pa rt aux diverse s int rig ues courtisanes. Ce qui est certain,
et il est important de l e signaler, c’ est que sa gr ammaire de français est la première d’un e
suite plus ou moins ra pprochée de publi ca tions similaires, sans interruption temporelle

119
Po ur plus d’informations à ce sujet, co nsu l ter Br uñ a Cuevas (2010b : 22 4-226).

111

Antoine Galmace ( ?- ?)

Bruña C uevas (2001) et Viémon (2013, 2014a) s e sont p enc hés sur l a t ranscription
phonétique emplo y ée par Galmace dans sa g ramm aire ; García Bascuñana (199 4), quant
à lui, décrit sa grammaire et insiste surtout sur son rôle de « charnière » entr e les ouvra g es
précédents et le renouv ea u méthodolo gique d e Chantrea u
128
. I l affirme à propos de
Galmace que l’ « on sait t rès peu de sa vie » (1994 : 158), ce qui, rapp elons-le, est l e c as
pour nombre d e nos aute urs. De nouveau, c e sont l es œuvres qui nous fournissent certains
renseignements.
En 1745, Antoine Galmace fa it publier à M adrid sa première œuvre , un opuscule
en fait, intitulée Adi ciones a l a Gramatica Fran cesa que c ompuso el R. P. Nuñez, para el
uso de los C avalleros del Seminari o de N obles, con que brevement e se puede leer,
entender, y hablar perfectamente el Idioma Francès, sin auxilio de Maestro . Ce traité de
prononciation française e st censé compléter la grammaire de Núñez de Prado. Nous lisons
sur la page de tit re que son a uteur est Mae stro del Idioma Francès en esta Cort e . Il se
pourrait qu’il ait mainte nu une certaine relation avec le Real Seminario de Nobles de
Madrid, m ais nous ignorons à quel degré. Peut-être remplissait-il les fonctions d’assistant
dans les cours de même qu’un lecteur à l ’heure actuelle. Ce qui est sûr, c’est qu’il
enseignait la langue française à Madrid.
En 1748, la Llave nueva, y unive rsal, par a aprender con brevedad y pe r feccion la
lengua francesa, sin auxilio de maestro voit le jour, à Madrid é galement. De nouvelles
données appa raissent sur la pag e de titre de cette grammaire. Galmace se dit « Prof essor
de Phil osophìa, y Theologìa en la Universidad de P ar ìs »
129
. Cela n’indique pa s forcément
une o rig ine parisienne. En effet, pour un maître de français, il était certainement plus
facile d e vend re son travail du mom ent qu’il pr écisait que s a lan g ue ap par tenait à la
variété la m ieux considérée. De là à ce que c ette va riété fût vraiment l a sienn e… Toujours

128
À ce suj et, voir également Luec & Solanic h Pie (20 04).
129
Sur la page de titre d e la de ux iè me éditio n de Madrid (1 75 4), Galmace co m plète ces info rm at ions : il
ajo ute qu’il est « Escritor p úblico, Acade m ico d e la Real Academia de nuestra Se ñora de la Esper anza » .
C’est d e l’ A ca démie de Méd ecine do nt il est q uestion, et l’un des censeurs de ce tte édition, Manuel
Fernández de Albelo, membre égale m ent de l’institution et médecin à la cour, précise que Gal m a ce e n e st
« So cio Honorar io Physico » . Cela voudrait -il d ire que notr e maître d e français éta it a ussi m édeci n ? P as
forcé m e nt, mais il se po u rrait bien que Gal m a ce ait du moin s étudié la médecine, p uisque nous lisons d ans
le dialo gu e en tre un Esp agnol e t un Fra nçais d e la Llave nueva la ré plique suivante du Français : « quoi
qu’il soit vrai que je me s uis a ppliq u é quelque te m s à l’étude d e la Philosophie, et d e la M é decine, je n’ai
jamais eu le dessein de la prof esser ». Rappelons que Gal mace se disait « P rofessor de Philoso phìa » s ur la
page de titr e de la Llave nueva , ce qui po urrait laisser croire que le Français d u dialog ue raco nt e sa pro pre
expérience, m a is ce ne sont que de s su p positions.

112

est-il que sa nationalité française est confirmée en 1748, dans l ’a vis au lecteur, quand,
selon l’usa g e, il s ’e xcuse par av ance des défauts de son ouvrage et d emande l’indulgence
du lecteur en av ança nt sa condition d’étranger. Dans la même œuvre , à la page 335, il
nous appre nd qu’il a trav aillé comme maître de frança is en 1740 à P aris po ur la « Señora
Princesa de C ampo Florido, y [ …] su hija » . Pour Lépinette L epers (1995b : 59), « il a dû
ensuite, sans doute g r âc e à cette relation, venir s ’installer en Espagne pou r enseigner à
une clientèle noble l a langue française dont la ‘demande’ était g rande dans ce pa y s au
XVIII
e
siècle » .
La Llave nu eva va remporter un gra nd succès é ditorial avec une quinzaine de
rééditions dans la se conde mo itié du XV II I
e
siècle. Dans l’avis au lecteur de la seconde
édition de Madrid (1754), Galmace l ui-même vante quelque peu ostensiblement le
triomphe de son œuvre :

El sucesso que ha t enido l a primera im pr ession de estas Obr a s , ha
excedido considerabl em ente mis espera nz a s. […] apenas han salido à
la luz, he tenido la glo r ia d e verlas puestas en el numero de los Libros
de estudio de su Al t ez a Ser enissima, hija de la Serenissim a Princesa de
Borbòn, I nfanta de España, y Duquesa de Parm a , etc.
La Corte mism a ha tenido un verdadero gusto de vèr l a Lengua Francesa
desembuelta de todas sus antig uas dificultade s.
Los Diarios l a publicaron como Libros m uy ut iles. Se es pa rcieron no
solo en tod a España, sino ta mbien en Indias. Los Ingleses, Ho landeses,
y los Italianos la r e ci b ieron con mucho a g r ado : y aun los Franceses han
hecho no poco apr e c i o de e ll a s.

Livre d’étude de la prin ce ss e elle-même, célébr é par l a Cour, la P resse et les
étrangers, même les Français (!), nous le vo y ons : il était difficile de prése nter meilleure
réclame au l ec teur pour le convaincre de la qualité de son œuvre. Av ant cela, en 1748, il
avait d û, pour s’assurer le monopole sur le marché des manuels de français, attaquer un
concurrent di rect qui uti lisait, comme lui, un s y st ème de t ra nscription des sons pour les
exemples d’une bonne partie de l’œuvre. Nous le verrons, Grima rest, puisque c’ét ait lui,
rece vra de dur es critiques qui ont certainement dû lui p orter préjudice dans ses efforts
pour commercialiser sa grammaire.
Jusqu’à ce j our, nous n’avons pas conservé de pu blication de Galmace aut re que
les Adiciones et la Llave (et ses rééditions). Pourt ant, au s ein de son œuvre de 1745 (p.

113

40), l’auteur affirme tr availler sur un di ctionnaire qu’il compare en qualit é avec s elui de
Sobrino : « fa cilitaràs la traduccion d e los Libros Franceses, con el aux ilio del Diccionario
de Sobrino, ù otro semejante ; int er i n te ofrezco el mio, que actu almente esto y
trabajando » . T rois ans pl us tard, le censeur J uan de la C oncepcion fait égale ment allusion
au dictionnaire que Ga lmace n’a donc pas encore publié : « y s i el Autor lleg a à dàr à luz
el Diccionario, que est à trabajando » . Publié ou non, nous n’avons r etrouvé aucune trace
de ce dictionnaire.

Jean-Henri Le Gallois de Grimarest ( ?- ?)

Peu étudié, ce militaire français est l’auteur d ’une gra mmaire i ntitulée Nueva
Gramatica Francesa con un nuevo Methodo para aprender a pronunciar , publiée en
1747 à P ampelune et j amais rééditée. S ur la page d e t itre, il s e pr ésente comme
« Parisiense, I n g enie ro e n Gefe de los Exercitos, P lazas, y Fronteras de su Magestad » .
La licence ecclésiastique d’Ag ustín Sánchez nous appre nd qu’il est né à Par is et qu’il y a
résidé jusqu’à l’â g e de vi ng t -trois ans. Un autre censeur, Fernando Tri viño, prétend
l’avoir connu e n 1715 à la cour du roi de Fra nc e et , se lon l’usag e, raconte son admiration
devant un je une homme qui aurait possédé « vn in genio mu y ag udo, vn juicio, y madurèz
muy anticipada […], vn os principios muy sòlidos de las Ci enc ias Mathe maticas, y vn a
muy general, y adelantada Erudícion » .
Nous savons par les pr éliminaires qu’il est parent de Jean-Léonor Le Gallois de
Grimarest (1659-1713), connu pou r avoir réali sé une biog ra ph ie de Mol ière, mais i l est
difficile de déterminer quel est ce lien de parenté
130
. I l est probablement né dans les
années quatr e-vingt-dix d u XVII
e
sièc le ( Suárez Gómez, 2008: 127) et il vivait encore en
1748 (Archives des affaires étrangères, 1908: 407).
Il est difficile de déterminer s’il travaillait com me maître de français o u si la
publication de son œuvre répond à un e créati on indépendante de tout ex er cice
professionnel. Dans tous les cas, sa gra mmaire indique qu’il ne possédait pas de
connaissances théoriques sur l a langue – il ne cite auc une source sa vante – mais
simplement un goût prononcé pour celle-ci et une vol onté de fournir a ux Espagnols de

130
Suárez Gó m ez ( 2008 : 1 2 7) affirme que Jean- Léonor était le père de Jean-Henri, m a is il ne justifie pas
une te lle af f irmation. Po ur Lép inette Lep ers (20 00b : 90 ), le parent en q uestion serait p lu tôt Charle s-Honoré
Le G allois de Gr imarest, a uteur de la Nouvelle g rammaire réduite e n tables qu i don nent un e très gra nde
facilité po ur app rendre la langue française . Cela nous se mble peu p robab le.

114

l’époque un out il qui le ur permettrait d’ « adelantar mucho camino para hablar el
Frances » , s ans avoir recours à un maître d e lan gue. Galmace l e propos ait déjà dans le
titre de ses œuvres ( « sin aux ilio de Maestro » ).

Baldiri Reixac i Carbó (1703-1781)

Ce C ata lan n’est pas vraiment connu pour sa contribution à l ’histoire de
l’enseignement du français en Espa g ne. En revanche, i l a été célébré p our ses idées sur
l’éducation des enfants qui lui ont valu une place importante dans l’hi stoire d e la
pédagogie en Espagne. P lusieurs études lui ont été consacrées, aussi bien pour ses idées
pédagogiques (M ar qués, 1993, 2003) que pou r sa défense d e la langue cat ala ne ( F eliu,
2003) et ses Instruccions per a l’ensenyança de minyons ont bénéficié il y a p eu de
rééditions critiques
131
.
Baldiri Reix ac est né en 1 703 à Bell-lloc d’Aro, une commune de Gérone. Pendant
plus de cinquante ans, i l est curé et maître d’école à S ant M ar tí d’Ollers. I l se montre trè s
intéressé par l’ éducation des jeunes et f ait publ ier en 1749 à Gérone son œuvre l a plus
connue : Instruccions pe r a l’ensenyança de minyons . El le comporte d eux tomes. Le
premier, au s ein duquel s e trouve la grammaire française
132
, connaîtra douze rééditions,
dont huit probablement au XVIII
e
siècle (Gonzál ez-Agàpito & Marquè s 1983 : 26) ; le
second a été dé couve rt il y a peu, en 1975. Par aill eur s, il a traduit en partie le Théâtre
critique de Feijoo au catalan et il serait également l’auteur d’un Diálogo de la doctrina
cristiana en latin, introuvable (Marqués 1993 : 76 1).
Reixac est connu pour ses idées pédagogiques avancées (éducation des pa ysa ns,
des filles), mais ég alement pour sa volonté de pro m ouvoir l’enseig nement du catalan en
Catalogne. En 1781, Reixac meurt à l’âge de 78 ans à Ollers.

131
Le to m e 2 a été réédité en 1 9 81 p ar Marquès & Rossich ; le p rem ie r connaît une r éédition critique d eux
ans plus tard réalisée par González-Agàpito & Marquès.
132
Rappelo n s que cette grammaire est la seule à avoir été rédigée en ca talan ; n ous avons déjà expo sé ( cf.
note 76 ) les raisons pour le squelles elle fait p artie de notr e corpus.

115

Sébastien Roca y María ( ?- ?)

Roca y Mar ía
133
était, d’a prè s L épinette Lepers (1 996a : 199), un Françai s
134
,
militaire de c arr ière, to ut comm e Courvill e ou Grimarest. Nous n’avo ns pas trouvé
d’indices dans son œuvre infor mant à c e sujet. La g rammaire i ntitulée Arte Francès, ò
Nuevo Methodo Facilissi mo, para Leer, Hablar, y Escrivir Francès, conforme à lo mas
moderno et publié e en 1 750 à Barcelone est s a seule production connue
135
; elle n’a pas
été r éé ditée. Nous y apprenons, sur la pa g e d e ti tre et dans les prélimina ires, qu’il est
maître de langue française à Barcelone, et il précise dans s a première dédicace à María
Josefa de Pons qu’il a été, à un moment don né, son professeur : « qu ando logrè y o la
singular fortuna de dar à V. Ex c. de viva voz, las reglas que, à pe rsua sion de V. Exc.
publico en esta m i nueva Arte, ò Gramatica Fra n cesa » . Ceci pour rait laisser penser que
Roca y M aría posséd ait un certain public dans la haute société, ce qui é t ait peut-être le
cas de Courvill e, mais probablement p as de Grimarest. Au sein de la l ice nce
ecclésiastique d e Roca, l e r évérend père Ag ustin Luis Verde se dit êt re élèv e d e l’aut eur ;
juste avant l a licence ro yale, n ous trouvons égalem ent un diz ain qui aurait été composé
par « un amigo, discipulo, que fuè, suyo » et signé D. F. M. C.
Il sembler ait que Roca y María ait détenu une c u lture assez étendue dont il fait
montre dans l e deuxième chapitre de son Art e Francès intit ulé « D e la invencion de las
Le tras » , où il cite de nom bre ux aute urs, aussi bie n c lassiques que moder ne s
136
. En ce q ui
concerne les auteurs de m anue ls de langues, il fa it référence à un certain J uan Fabr a (p.
7) qui au rait écrit L os Papeles en sus R eglas , œuvre non retrouvée, et qui lui serait
contemporain ( « bien, qu e ha y a aora Maestro q ue e nseña » ) . Il cite aussi Salvador No gué s
y P arellada (p. 95), auteur d’une Theorica de la Lengua Francesa , publi ée d’après R oca
en 1746 à Barcelone, mais qui est é ga l ement introuvable. Dans le dom aine de la
lexicographie, il nomme Sobrino, Oudin e t P erger. P ar ailleurs, i l explique ra pidement
quelques termes gra mmati ca u x au début d e la d euxième partie de s a grammaire. Tout c ela
démontre que sa formation dans ce domaine est bien sup ér i eur e à celle d’un simple

133
Cet a ut eur a surtout intéres sé les s pécialiste s d ’un p oint de vue lexicographique (Br uñ a Cuevas, 200 8b :
61 ; A lvar Ezquerra, 2 013 : 313-31 7).
134
Dans la pré f ace de son œuvre, l’ a u teur fait référence à la langue française co mm e s uit : « me resolvì d ar
al P ublico una d escripcion fiel de todas las Reglas de n uestra Leng ua ». Il c onfirme so n or igin e frança ise
un peu plus loi n : « por lo que mira à m i e stilo Español, ruego à los Pra ctic o s me sean indulgentes » .
135
C’est en to us cas sa pr emière œuvre did actique, puisqu’il e n parle comme de son « pri m er ensayo » .
136
P line, Diodo re le Sicilien, Rollin, Renaud, Guillot de M arcilly, Colter. Citer ces auteurs n ’ indiq ue pas
forcé m e nt le degré d e culture classique et m o derne d e Roca y María. Quoi q u’ i l en soit, il se m b lait être au
courant des aute urs de son te m p s qui avaie nt composé de s œuvres s ur le français.

116

praticien. Ajoutons que Roca y María se distingue des autre s auteurs de notre corpus par
l’importance qu’il accor de à l’enseignement de l ’orthographe . Nous y r eviendrons dans
notre seconde partie, m ais citons simplement ces mots de l’aut eur : « Se estudiarà
Primeramente las Re g las de la P ronuncia cion, despues las de la Orthograp hia, haziendo
reflexion sobre ell as, que por ser la basis del bien hablar, y escrivir, se pondrà cu y dado
en que no se olviden » (Aviso al lector : s. n.).

J. Dacosta, fils ( ?- ?)

J. Dacosta, dont on ne sait pratiquement rien, a é t é m aître de lan gue s cer t ainement
à Londres au milieu du XV III
e
siècle. L ’aut eur déclare dans sa préface qu’il possède une
« experience de plusieurs années » dans ce doma ine. I l a peut-être ensei gné le français,
l’anglais et l’espagnol, vu que sa gra m maire est trili ng ue dans l’édition de L ondr es de
1751, princeps, et celle de Bruxelles de 1752, même si la langue qui y est réellement
enseignée est le frança i s, tout comme d ans les éditions uniquement franco-espa g nol e s
137

de 1752 (Londres) et de 1754 (Amsterdam). Nou s pourrions déduire d’un commentaire
de sa préf ace qu’il était fr ança i s. En effet, d ans sa grammaire s eul le français est ex pliqué,
et il semblerait qu’il y fasse référence comme à sa « charmante lan g ue » . Mais cela est
bien maigre. D e plus, Suáre z Gómez (2008 : 127) dé clare que Dacosta « p ertenecía a una
familia judía de origen español » et que « su padre se había dado a conocer como autor
de un Tratado de Corstesía y Polít ica » . Nous ne s ommes pas en mesure de tranc her.
Son œuvre, i ntitulée Gramática Nueva, Francesa y Español a, en Doze L ec i ones
Dialogismas, po r un Methodo enteramente Nuevo , est un dialogue entre le maître et
l’élève. Cette structure e t les explications qui s’ y trouvent laissent penser que Dacosta
accordait u ne certaine importance à la pédagogie. Un praticien donc, m ais quand même
au fait des concepts grammaticaux.

Paul-François Rousseau ( ?- ?)

Selon ce que nous pouvo ns lire sur la p age de tit re de ses Rudimentos d e la l engua
francesa ò extracto de pr ec eptos brev es, y claros par a su prompta i ntelig encia , Pablo

137
Rappelons que s ur la page de titre de l’édition de 1752, e n tre les m e ntions « Francesa » et « Española » ,
on devine une troisiè me la ngue « I nglesa », rat urée à la main. Voir aussi la p résentation de la gra mm aire
de Dac osta au sein de ce chapi tre.

117

Francisco Rousseau fut “Maestro de Lenguas en la Ci udad de Valladolid”. C ette
grammaire, publiée dans la même vi lle en 1754, n’a pas connu de réé diti on. L’auteur
laisse entendre d ans l’avis au l ec teur que c ela f ait longtemps qu’il y ensei g ne le français :
« te do y el methodo que sigo en mi escuela de muc hos años à esta parte » . D ’apr ès Luazes
y Somoza, responsable d’une des licences ecclésiasti ques, Rousseau a vait du succès :

no pudiera om itir el bu en concepto, que su enseñanza ha merecido
siempre, e n un T heat ro, donde son t a ntos l os Curiosos, è inteligentes de
el Idiom a Francès, que puede decirse forman ya en el centro casi de
España una Co lonia Francesa.

Ce ‘théâtre’ serait donc une école d e langues. P our Supiot Ripoll (1994 : 201),
celle-ci pourrait être l ’une des p re mières à avoir existé en Es pagne. R ousseau, très
probablement français, a dû s’ y éta blir dans l a première moitié du XV III
e
siècle. Ce
praticien avait probablem ent composé son œuvre pour ses élèves, mais pas seulement,
nous le ve rrons. C’est peut-être la raison pour laquelle les explications des c oncepts
grammaticaux sont élémentaires, donnant par ailleurs raison au titre de ‘rudi ments’.

Pierre Contaut ( ?- ?)

Maître de français à l’ I sl a de León, ce qui équivaut actuellement à S an Fernando,
dans la province d e Cadix , puis à Madrid, Pi er re C ontaut y a fait publier en 1763 une
Gramatica Español a y Francesa
138
. I l pourr ait être français puisqu’il dit da ns l’a vis au
lecteur de sa g rammaire : « De los fragmentos que ot ros dexaron despreciados, recojo
como estranjero el acendrado grano de l os preceptos, y reglas m as ajustadas à la
institucion gramatical » . Sans titre académique, il s emble être un pr aticien et s on œuvre
le fruit de son travail, mais ses ex plications grammaticales dénotent une connaissance
théorique des concepts rela tivement approfondi e. Contaut est é gale ment l’auteur du
Véritable portrait de l’E spagne (1765), de l’ Entretenimiento de los niños (1779) et des
Instrucciones morales para los jó ve nes (1783).

138
Suso López (2011 : 7 4-76) a commenté cette gra mm a ire ; B ruñ a Cuevas (200 8 : 6 2) et Alvar Ezq uerra
(20 1 3 : 3 20- 323 ) se sont également penché s dessus en ce q ui concerne sa p artie lexicograp hique.

118

Fr ancis co Soldevila ( ?- ?)

Auteur des Rudimentos breves y claros para ap rende r a leer, y escribir en franc és
sin socorro de maestro publ iés en 1767
139
à Madr id, Franc i sco Soldevila y e st dit
« Presb y tero, y Maestro de la L engua Francesa en esta C orte » . Dans l’avis au lec teur,
seul préliminaire pré sent au sein de l’œuvre, nous apprenons que Soldevil a est maître de
français depuis peu de temps par rapport à l’année de publication. I l connaît la grammaire
de Núñez de Prado, mai s la dénigre en affirmant que « la confusion d e adverbios, y
proposiciones » décou rag e l es apprenants ; c’est pourquoi i l préfère proposer au lecteur
des rudiments, où il emploie d’ailleurs une approche contrastive.
La raison pour laquelle il critique la grammaire d’un concurrent, toujou rs en
vogue, semble surtout commerciale. Opt er pour une méthode pl us « rudimentaire » et
surtout plus ciblée, puisque l’ouvrage en question ne concerne que l ’a pprent issag e de la
lecture et de la prononcia tion, permettait à Soldevila de viser un publ ic différent de celui
de Núñez, mais aussi de ne pas avoir à expos er une connaissance du français et une
science grammaticale qu’il ne possédait peut-être pas.

Carlos Sarrió ( ?- ?)

La seule œuvre grammaticale c onnue de c e « M aestro de bellas letras » s’i ntitule
Rudimentos de la lengua francesa . D énué e de tout préliminaire, elle est publiée en 1768
à Valen ce p ar Benito Mo nfort, i mprimeur du Cole gio Andresiano . S elon les informations
que comporte la page de titre, Carlos Sarrió aurait donc été professeur dans cette
instituti on piariste, f o ndée en 1763 où le français était une matière au pr ogramme
(Lépinette Lepers, 2000 : 41).
Sarrió est également l’ auteur d’un ouvr age inti tulé Docenario de curi osas
noticias , publié en 1772 à Valence. S ur la pa ge de titre, il se presente c ette fois-ci c om me
« Maestro d e Lengua Fr anc esa, y Buenas L etras en la Ciudad de Va lencia ; y perpetuo
del M . I . Col eg io de la Pu rificac i on de dicha Ex c.
ma
Ciudad » . Nous apprenons également
dans l’ « Av ertencia » d es informations bibliographiques sur l’auteur, énoncées par lui-
même en c es termes : « Amigo Lector, mientras conclu y o una Obrita Filosofico-Moral,
otra inti tulada el Niño inst ruído por su A y o ; y una C ompendiosa Gramatica Latino-

139
Supiot Ripoll (19 96b : 324-325) a f fir me que ce tte œuvre a urait pu connaître d eux rééditi ons en 180 0 et
1801.

119

Francesa : te presento este curioso Do cenario » . Nous n’avons retrouvé la t race d’aucun
de ces ouvrages.

Juan Magín T al lés ( ?- ?)

Juan Magín Tallés a été professeur de l angue française au R eal Seminario de
Nobles de Madrid dans la deuxi ème moitié du XVIII
e
siècle. Nous tr ouvons cette
information sur la pa g e de titre de la s eule œuvre qu’on lui conna isse, les Rudimentos de
la pr onunciacion Francesa, para el uso de los C a ball eros del Real Seminario de N obles
de esta C orte : la premiè re édition est introuvable à ce jour mais la s econde, de 1773, a
été conservée. À la page seize, l’auteur précise qu’il po ssède « quince años de
experiencia, coronada de sucesos » . S elon Álvarez de Miranda (2003 : 43 6), Tallés était
probablement français, mais n ous ne sommes pas en mesure d e l’affirmer. C er taines
phrases emplo yées par l’auteur pourraient confirm er cette supposit ion. À la page s ept il
dit par exemple : « para pronunciar nuestras s y labas aim, ain, eim, ein, im, in » .
Conscient des l imites d’une production é crite visant à enseigner la pronon ciation des
sons du frança i s, il transmet ses avertissements de la façon suivante : « s iempre supong o
un Maestro, pues siendo imposibl e trasladar al papel ciertos sonidos, l o serà tambien el
aprender à leer p erfecta mente el Francès, sin otro a uxilio que el de esta Carti lla » (
2
1773 :
5). Par ailleurs, les nombr euses indications de l ’a uteur ad re ssées plus souven t aux m aître s
qu’aux élèves démontr ent une conscience p édag ogique certaine. De plus, ses
recommandations au suj et de l’apprentissage d e la l ec ture, s y llabiqu e et non pas en
épelant ch aque mot , l aissent supposer qu ’il connaissait les Vrais principes de la lecture,
de l’orthographe, et de la prononciation f rançoises de Nic olas-Antoine Vi ard ( 1764).

Juan Anton io G onzález Cañaveras ( ?- ?)

Montero P edr era (2008) et surtout Fernández Fr aile (1996, 2009) ont étudié cet
auteur et certaines de s es œuvres. Cette spécialis te propose une biographie réduite que
nous reproduisons ici :

…ilustrado, natural de Cádiz, soc io de l as Reales Sociedades
Bascongadas y Sevillana, nombrado por Carlos III dir ector del
Sem inari o y d e la Academ ia de Lenguas y Ciencias de Cádiz, idea un

120

Plan de Educac i ón (1767), que es aprobado por el Real Conse j o de
Castilla (en 1767, pub l ica do igualm ent e en la Gaceta de Madrid en
1782), funda en S evilla un a Escuela de Idiom a s para la f orm a ción de
los pr o f esore s de dicho Seminario (1768) ( Fe r ná nd ez Fraile, 2009 : 87) .

Cañaveras n’ était pas exactement un professeur de français, mais plut ôt un
pédagogue réformateur, i nfluenc é par les idé es des Lumières, qui tenta d’apporter un
souffle novateu r dans le domaine de l’éducation se conda ire, notamment en accordant une
place im portante aux langues é t rangères, ma is aussi à l’apprentissa g e par d es règles de la
langue mater nelle. Deux de ses œuv res – il en aurait composé une ving t aine (Monter o
Pedrera 2008 : 29) – sont dédiées à l’e ns eignement du f rançais : en 1781, c’est l a C ar t illa
Francesa ó Combinaciones general es para la lectura qui est publiée et réédité en 1784 ;
quant à l’ Almacén de principiantes par a el estudi o de las lenguas española y francesa il
voit le jour e n 1801 et 18 02. De plus , en 1794, Ca ñaveras fait publier le M odo de e ns eñar
las lenguas y ciencias qui convienen á un nobl e bien educado , sur lequel i l travaillait
depuis environ tr ente a ns, et dont une première version avait vu le jour en 1767, puis une
deuxième en 1782
140
. I l y recommande de travailler, entre autre s lan g ues, le f rança i s sur
une période de six ans.

Pierre-Nicolas Chantreau (1741-1808)

Sans aucun doute l’auteur le plus étudié de notre corpus en tant que maître de
français, surtout p our la « modernidad de sus planteamientos didácticos en la enseñanza
de len gua s extranjeras » (Rueda Rueda & Grande Alij a 2004), Chantreau a même f ait
l’objet d ’une bi ographie dès 19 25, fruit du travail de Geo rges Brégail : Un apôtre jacobin:
Pierre-Nicolas Chant reau, professeur, journ ali ste, agent secret (1741-1808 ) . Plus
réce mment, une thèse do ctorale à son sujet a été publiée sous le nom de Pi erre -Nicolas
Chantreau ( 1741-1808 ) et sa grammaire (Moreu Huet, 1990). Par ail leurs, de nombreux
travaux sur sa m éthodologie et sa grammaire ont vu le jour il y a peu (Fernández Fraile,
1999 ; Garrido Mor aga & Montesa Pe y dró, 1990 ; L épin ette Lepers, 1995 a ; S uso L ópez ,
1996 ; Tost Planet, 1994). Enfin, plusieurs étude s ont été menées à bien sur la partie

140
Sur la pa ge de titre de l’ouvrage de 1 794, nous pouvon s lire « Obra co m enzada en el a ño de 176 7,
continuada hasta el de 1782 , y co nclu ida en el presente » . L’a ut eur fait sa ns d oute référenc e à son P lan de
Educ ación, o Exposición de un n uevo me todo para estud iar las leng uas, g e ographia , chronologia , historia,
mathéma ticas, p hilosophía, Política, & c. (1 767), réédité en 178 2 avec un Su plemento al Plan de Educa ci ó n .

127

Boyer connaissait les œuvres françaises, traduites en espagnol, qui s’util isaient le
plus souvent pour l’enseignement du fr an çais e n Espagne, telles que l e T élém aque ,
l’ Histoire d’Espagne du p èr e Duchesne ou le Cat échisme de Fleur y , qu’il cite dans sa
grammaire. De p lus, il montre aussi sa connais sance des ouvra g es l exicographiques,
considérant que le dictio nnaire de Sobrino est obsolète et recomm anda nt à sa place ce ux
de Gattel et de Séjournant. Il était également au fait des grammaires de français les plus
en vogue à l’époque. En effet, il fait plus d ’une fois référence aux œuvres de Galmace et
de Chantreau, qu’il crit ique sévèrement, s ans doute pour élimi ner ce s concurrents
gênants.

3. 4. Quelqu es do n nées génér ales
147

Le s auteurs de notre corpus s ’é l èvent au nombre d e trente-sept. Les info rmations
suivantes nous donneront une meilleure idée d’ensembl e sur ce large groupe.
Nous présentons d’abord un tableau qui retient le critère de la provenance des
auteurs. Nous pouvons ai nsi évaluer l a proportio n d’Espa g nol s f ace aux autres auteurs,
surtout français, tout au long des trois siècles.

Espagno ls
Fr ançais ou de
langue maternelle
française
Douteux
XVI
e
siècle Sotoma y or, Pérez
del Castillo, Corro
Berlaimont,
Meurier, Ledel _
3 3
XVII
e
siècle Sumarán, Cisneros
Fabre, P.
Lacavalleria, Billet,
Jaron
A. Lacavalleria
2 4 1

147
Po ur un classe m e nt d es a uteurs de gra mm air es fra nçaises p ubliées e n Espa gn e au XVIII
e
siècle, voir
Lépinette Leper s (1996 a).

128

XVIII
e
siècle
Torre y Ocón,
Núñez de Prado,
Reixac i Carbó,
González
Cañaveras, Sarrió,
Martínez Saavedra,
Jovellanos
Guigou, Guilla
Rubí, Vayrac,
Courville,
Galmace, Le
Gallois de
Grimarest, Roca y
María, Rousseau,
Contaut,
Chantreau, Laurés
de Ma y rán, Bo y er
Dacosta, Soldevila,
Tallés, Laborda,
Pelleport
7 12 5
Total 12 19 6

Tableau 1

Parmi les auteurs dont la provena n ce n’est pas claire, nous avons i nclus A.
Lacavalleria du fait que n ous ne connaissons pas son l ieu de naissance. Dacosta, Tallés,
La borda et P elleport sembleraient être plutôt français qu’espa g nols ; ce n’est pas aussi
évident dans le cas d e Soldevila. Quoi qu’il en soit, même s ans prendr e en compte les cas
douteux, les auteurs fra n çais ou de lan g u e mater nelle française sont bien p lus nombreux
que les auteurs espa g no ls. Faut-il en déduire q ue, de façon générale, l es maîtres de
français de s XV II
e
et X VIII
e
siècles étaient aussi plutôt étranger s que locaux ? C’est bien
possible, car il n’ex istait pas de spé cialisation e n langues étrangères à l ’époque. Ainsi,
bien qu e certains Espagnols aient passé quelque te mps en France, i l semblai t pl us logique
que le maître de lan gue française soit l ui-même français, qui plus est pour la
prononciation. Sans parler du fait que, chez les Fra nça i s eux-mêmes, tout ac ce nt ré g io nal
autre que celui de Paris et alentour était méprisé.
Le deux ième c ritère que nous avons retenu pour n otre classement est celui d e la
professionalisation de l’ activité enseignante. Tout d’abord, il nous se mble qu’il est
important de faire la différence e ntre l es auteurs qui étaient en même tem ps maîtres de
langue française et les autres.
Ceux qui ne semblent pas avoir ensei g né l e fr ançais, ou du moi ns pour qui nous
ne dis posons pas assez d’informations pour affirmer quoi que ce s oit à ce s ujet, répondent
à différents profils. Il e n est qui possèdent, ou semblent posséder, des connaissances

129

grammaticales m ais qui n ’ont pa s forcément exercé. I l s’a g i t parfois d ’hommes d’Église,
comme Pérez del Castillo, Cisneros, Va y rac, T orre y Ocón ou Reixac
148
, parfois de
militaires comme Grimarest, ou d’hommes de cour, comme Sotom ay o r ou L edel. Pui s
nous trouvons ég alement ceux qui ne sont pas grammairiens, mais impr imeurs : P.
Lacavalleria et A. Lacavalleria. Qu ant à J ovellanos, qui fut surtout juriste mais aussi
politicien et écrivain, b ien qu’il ait c réé l e R eal Instituto Asturiano de Náutica y
Mineralogía de Gijón, il ne semble pas non plus avoi r e xercé comme maître de français.

Cette première différenciation étant posé e, vo y o ns mainten ant l e d egré de
professionnalisation des auteurs qui semblent avoir été également maît res de français.
Commençons pa r ceux qui, bien qu’ay a nt donné des cours de fr ançais, n’appartenaient
pas à un e institut ion scolaire. C ’e st le cas de Cor ro, par ex emple, qui était m aître de l angue
particulier. D ans une situ ation sim ilaire, nous pourrions é g alement nomm er Fabre, Billet,
Jaron, Gui g ou, Guilla Rubí, Courville, Galmace, R oca y M aría, D acosta, Rousseau,
Contaut, Soldevila ou Bo y er. Bien ent endu, tous les auteurs de cette liste ne sont pas
identiques dans la m esure où leur publi c et leur s connaissances g r ammaticales différaient
parfois beau coup. Cependant, ils ont cec i en commun qu’ils n’étaient pas seulement
auteurs de m anue ls ou de grammaires, mais aussi maîtres de français. M ais ils ne faisaient
pas partie d’un établissement scolaire ré g l é.

De façon générale, avant le XVIII
e
siècle, il est rare que nos a uteurs aient
appartenu à une institution quelconque. Au XVI
e
, Berlaimont et Meurier étaient pourtant
membres de la c onfrérie des maîtres d’ école d e Saint Ambroise, à Anve rs, et au si èc le
suivant, Sumarán enseignera les langues à l’université d’ I n g olstadt, en Allemagne.
Ils sont bien plus nom b reux au siècle des L umières. C’est une conséquence
logique du statut que l e franç ais a cquiert en Espagne à cette époque, statut qui trouve s on
reflet dans l’apparition de s divers collèges et écoles mili taires, surtout dans la deuxième
partie du si èc l e. Au R eal Seminario de N obles de Madrid ont exercé pas m oins de cinq
de nos auteurs : Núñez de P rado, Ta l lés, L abo rda, Pelleport et L au ré s de Mayrán ; Sarrió
travaillait au C olegio Andresiano de V alence. Quant aux écoles m ilitaires ou de
spécialisation professio nnelle, elles comptent quatre auteurs
149
: Chantreau ( Real

148
Il est vrai q ue cet auteur était maître d’école, mais nous n e savo n s pas s’il y a enseigné le français.
149
Nous ne pou vons affirmer que González Ca ñaveras exerçait comme pr ofesseur d e françai s à l’ Academia
de Len guas y Cien cias de Cádiz .

130

Academia Mil itar de Ávi la), Mar tínez Saavedra ( Real Colegio de San Telmo de Sevilla)
et de nouveau L aurés de May r án ( Real Academia de Caballeros Cadetes del Regimiento
de Infantería de Reales G uardias Españolas ). C es « pro fessionnels » so nt m inoritaires au
sein de no tre corpus, mais au XVIII
e
siècle ils atteig n ent tout de m ême le pourcentage
non né g l ig e able d e 33,5 % (huit sur vin g t -qua tre ) et, plus important encore, il s sont
presque tous concentrés dans le dernier quart du XVIII
e
siècle.

4. Types d’œu vres

Notre but a u sein de cette sec t ion est de classer les œuvres de notre corpus et pour
cela nous avons choisi un critère fo rmel, qui n’est cependant pas le seul poss ible.
Lé pinette Lepers (1996c), par exemple, qui, d’emblée, ne prend en compte que l es
grammaires du français pour Espagnols du X VI
e
au XV III
e
siè cle, l es classe selon un
critère foncti onnel, pédagogiquement ou linguisti quement parlant, et dist ing ue don c les
quatre catégories suivant es : grammaire aide -mémoire, gra mmaire formatri ce , grammaire
des obs er vations et « arts » (face à grammaire générale). Nous allons, p our notre part,
distinguer le s g rammaires, les œuvres de tradition médiévale, les œuvre s plus réduites,
comme les r ègle s de pr ononciation ou les rudiment s gra m maticaux, e t enfin les ouvr ages
non classables dans ces trois catégories.
Il est nécessaire de précis er ce que nous entendons par le terme "g rammaire" afin
de justifier le classement proposé. Au sein de notre corpus, t oute œuvre comportant une
partie de prononciation et une autre d e morphologi e
150
où l’on retrouve une présentation
systématique d es "parties du discours" sera ran gée dans la caté g orie grammai re . Plusi eur s
ouvrages présentent s ans doute ces deux partie s, mais de façon éléme ntaire , voire
lapidaire. En morphol og i e, la pl upar t du temps, les "parties du discours" ne s ont pas toutes
exposées, celles-ci se rédui sant bien souvent aux c onj ug aisons et à des l istes d’adverbe s
et d’interjections ; la prononciation, pour sa part, peut être également très r éduite.
C’est le c as dans l es œuv res de t ra dition médiévale, dont l’ess entiel du contenu, à
part la morphologie verb ale, réside dans les dialo g ues, les li stes lexicales et l es modèles
de lettres, s ans oublier le fait qu’elles sont bilingues ou plurilingues. Elles forment donc

150
E n effet, la sy n taxe, do main e grammatical ob ligatoirement présent d ans toutes les grammair es actuelles,
n’apparaît pas forcément dans nos œuvres et se trou ve r arement traitée dans un chapitre à part ; en fait, elle
est souve nt m élan gée avec la morp hologie.

131

une ca té g orie à part. Cela ne veut pas dire pour autant que ces traits propres aux œuvres
de la R enaissance vont dis par aître, au contraire : les li stes lexicales, dialo gues et lettr es
réapparaissent dans de n ombreuses œuvres grammaticales et ce jusqu’à la fin du XV I II
e

siècle, en ce qui concerne notre époque d’étude.
Le s œuvres réduites, quant à elles, sont représentées principaleme nt par les règ l es
de prononciation et anecdotiqu eme nt par ce qu e nous pouvons a p pele r des "rudiments"
grammaticaux, ensemble de règles phonétiques, morphologiques, voi re s y nt axiques
extrêmement réduit.
Une dernière catégorie sera composé e des œuvres non classables dans les trois
précédentes.

4. 1. Grammaires

Le s œuvre s de notre corpus que nous classons dans la caté g o rie gra m maire
présentent, en mo y e nne, t rois c ent pages environ. Si nous considérons les extrêmes, elles
peuvent all er de soix ante-deux (Meurier) à n euf c ent quatre-vingt-quatorze pa g es
(Vayrac). Elles contienn ent toutes, au moi ns, une partie de prononci ation et une autre de
morphologie dans laque lle sont expli quée s de f açon plus ou moin s s y s tématique les
parties du discours (dont l e nom bre p eut varier selon l es grammaires). Voici la liste, dans
l’ordre chronologique et avec leur ex tension en n ombre de pa ges entr e p arenthèses, d es
vingt-sept grammaires de notre corpus :

• Sotoma y or (91)
• Pérez del Castillo (48 p. conservées)
• Meurier (62)
• Corro (126)
• Sumarán (645)
• Cisneros (330)
• Fabre (276)
• A. Lacavalleria (138)
• Billet, 1672 (92)
• Billet, 1673 (347)
• Jaron (85)

132

• manuscrit anon y me (134)
• Guilla Rubí (127)
• Va y rac (994)
• Courville (83)
• Torre y Ocón (378)
• Núñez de Prado (298)
• Grimarest (654)
• Galmace, 1748 (345)
• Roca y María (400)
• Dacosta (301)
• Rousseau (126)
• Contaut (542)
• Chantreau (615)
• Martínez Saavedra (183)
• La urés de Ma y rán (173)
• Boyer (89)

Ce g roupe représente plus de la moitié des œuvr es de notre corpus et, selon un
critère form el, i l possèd e une homogénéité relative. En effet, nous t enons à si g naler
premièrement que les ouvrages de Meurier (1568) et de Sot omayor (1565) sont
principalement des conjugaisons, a grémentées d e quelques indi ca tions phonétiques et
morphologiques supplé mentaires, plutôt que des grammaires proprement dites, mais il
nous a s emblé que nous ne pouvion s pas les classer ailleurs. Il nous a été é g alement
difficile de ranger S umarán (1621) et Fabre (1626) dans ce groupe : le p remier présente
quatre ou cinq lan g ues à la fois (en 1626), et l e lex ique occupe une pl ac e d’importance
dans s on œuvre ; le second, propose également un ouvrage plurilingue (tr ois lang ues),
plutôt confus et souvent t rè s élémentaire. Dans tous les cas, ces ouvrages sont plus
proches de la classe grammaire que de n’importe quelle autre de notre cla ssement.
En ce qui concerne la pl ace d e l’espagnol comme métalangue, nous vou drions
également opérer qu elques distinctions. P renons tout d’abord les gra m maires de Cis ner os
(1624) et de To rre y Ocó n (1728). Celles-ci se dif fér encient du reste parce qu’elles sont
doubles : la première partie de l’œuvre est une grammaire de français rédigée en
espagnol ; la se conde est une g r ammaire d’ espagnol rédigée en f rançais. Ce s deux parties

133

sont parfa itement séparées, chac une s’adressant à un public diff érent. Dan s l’œuvre de
Meurier (1568), bie n que celle-ci ne soit pas séparé e en deux tomes distincts, la situation
est simil aire puisque ch aque l angue est expli quée par l’aut re d ans la « Breue Instruction »
(prononciation et morphologie e spagnoles) d’ab ord, et dans son équiva lent français
ensuite. Sotomayor p ropose la même sép ara tion dans ces parties empruntées et traduites
de Meurier (1558), mais il ajout e une t ra duction française des ex plications en
morphologie verbale, c el le-ci d evenant superflue da n s son œuv re, où il aurait fallu une
explication en français des verbes espagnols, et non pas des verbes français comme c ’est
le cas.
La situation e s t encore différente chez Corro (158 6) et Contaut (1763). L e titre de
leurs œuvres promet l ’apprentissage des deux langues. Pourtant, non seulement il n’existe
pas de séparation nette en tre celles-ci, comme chez les auteurs précédents, m ais encore l a
métalangue très majoritaire e st l’espagnol, et ell e sert à donner des e xplications du
français, ce qui e s t atten du, et de l’e s pagnol, ce qu i est m oins compréhensible. Contaut
ne justifie à aucun moment cette incongr uité. Il n’em ploie pratiquement j amais le français
pour donner des explications, et quand il en fait us age , c’est également sans
discrimination (194) : il emploie le f ra nçais po ur expl iquer aussi bien l ’e s pagnol que le
français. Mais, quand c’est le cas, il propose toujours une version d es explications en
espagnol également.
Chez Corro, la si tuation est un peu différente. Tou t d’abord, il ne traduit pas les
explications données en français ; de plus, celles-ci ne font pas toujours référence aux
deux langues. En effet, q uelques commentaires épars (85, 89, 93-94, 97, 101, 106, 108)
rédigés en f rançais font uniq ueme nt référence à c ette même l angue . Mais l e français est
surtout ut ilisé pour ex p l i quer la s y nt axe des deux l ang ues (123-126), et également pour
donner « qu elques obseruations des verbe s tant en langue F rançoise qu’ Espaig nole »
(109-115). Ce n’ est qu’à cette dernière occasion que l’auteur justifie un te l chan g em ent
de métalan g u e, en argumentant sur le fait que l e lecteur espagnol, à ce s tade du li vre ,
devrait avoir un niveau suffisant pour pouvo ir lire les ex plications en français
parfaitement ; par ail leurs, il affirme qu e les règles en lan g ue française peuv ent é g alement
bénéficier aux francoph ones, qui ont b esoin de les connaître
151
. Seulement, cette

151
Voic i, littérale m e nt, ce q ue dit Corro : « Po ur ce q ue i’esti m e que le lecteur Esp aignol sera desia si
advance que pourra ente n dre ce que nou s e scrirons en Fra nçois. Et p arlleiment [ sic ] aussi que le lecteur
françois á gra nd besoin d es r egles, q ue no us mettrons c y d essus. Ia y ad u ise que sero it le meilleur de las
[ sic ] m ettre en langue Fra nçoise, qu’e n Espai gn ole » ( 1586 : 109).

134

justification est partiellement incongrue. Premièrement, il est à peine rec eva bl e que le
lecteur esp agnol profite de règles grammaticales du français écrites en fr ançais ; mais il
est encore plus difficile de comprendr e l’autre justi fica t ion. Cela signifie rait-il que
l’auteur ne s’est pas donné la peine de rédiger les règles précédentes de l’espagnol en
français, comme il le fait maintenant, parce qu ’elles n’étaient pas aussi i mportantes pour
les francophones ? Ou faut-il comprendre que l es règles dont il est question sont
uniquement celles de la langue française ?
Quoi qu’il en so it, dans une métalangue ou dans une autre, l’œuvre de Corro est
bien plus une g rammai re de l’espagnol que d u français. I l est moins évident de
comprendre quel était l e public vi sé par l’auteu r. Concernant la r éimpression de son
œuvre de 1590, tra dui te en anglais cette fois- ci, c e sera différent. En effet, le publ ic en
était bien pl us défini : des anglophones désireux d’apprendre l’espagnol surtout, et
accessoirement le français.

Dans la grammaire de D ac osta (1752), dont le titre, Gramática nueva francesa y
española , annonc e é g alement une grammaire do uble, toutes les ex plications sont en
espagnol et en fra n çais, les versions étant disposées en c olonnes parallèles. Mais seule la
langue française est exp li quée, en deux métalangues différentes, l’un e d’ entre elles moins
utile pour le l ecteur. La fonction de cette tr aduction du texte espa g nol , à l a l imite, pourrait
résider dans la comparai son permanente des deux langues. Quant à Laurés de Mayrán
(1799), il est plus h onnête que se s préd écesseur s e n ce qui c oncerne le titre de son œuvre ,
dont une une partie est également disposée en colonnes. Cela n’empêche pas que nous
retrouvions la même m éta langue f ra nçaise (inut ile ?) pour expliquer le français dans la
colonne de droite, mais pas tou t au long de l’ ouvrage, contrairement à ce que nous
trouvons chez Dacosta. En fait, Ma y rán ré alise une copie et un e traduction de l’ Abr égé
de Restaut (1745), mais celui-ci est accompagné de parties originales uniquement en
espagnol : la pr ononciation (3-23) et l a morphologie des verbes i rréguliers (99-166). I l
est vrai également que quelques ex plications en espa g nol, possiblement l e fruit de la
réflexion de l’auteur espagnol, apparaissent parfois entre l es colonnes tirées du
grammairien français dan s un souci de fournir à l’usager hispanophone des informations
plus spécifiques, plus adaptées.

135

4. 2. Œuvres de tradition m édiévale

Ces œuvres de t radition médiévale, surtout en vo g ue à la Renaissan ce , mais qui
perdurent des centaines d’années, ne comportent pas de section d e m orpholog i e
proprement dite présentant s y stématiquement les par ties du discours. Celle-ci se résume,
le plus souvent, aux conjugaisons et à des list es d’ adverbes, de préposit ions et/ou
d’expressions, mais ne présente aucune explication à leur sujet. Cette morpholog i e
basique est normalem ent complémentaire d’une lis te de vocabulaire, d e dialogues et de
modèles de lettres. Dans ce groupe nous avons clas sé les œuvr es suivantes :

• Berlaimont (277)
• Le del (111)
• P. L acavalleria (229)

En fait, nous pourrions considérer que ce groupe n’est form é que d’une s eule
œuvre, remanié e, augmentée ou ad aptée . Nous ver rons plu s avant dans le détail les
changements survenus d ans l’hist oire de ses rééditions, surtout en ce qui concerne la
partie de prononciation.

4. 3. Œuvres réduites

4. 2. 1. Rudiments

Nous ne t rouvons dans cette section que l a p roduction de Guigou (d éb. XV III
e
).
C’est un livret qui réunit toutes les parties d’une g r ammaire, mais atteint s ept pa g es en
tout et pour tout. L es ex plications y sont extrêmement rudimentaires, f ait que justifie
l’auteur en re prochant la trop grande quantité d’i nformations q ue proposent « los A rtes
franceses, que h asta aqui han s alido à luz » et qui découragent les appr enants, comme
nous l’avons déjà mentionné. Cette affirmation est renforcée par une espèce de dicton
avec lequel il clôt son livret : « Peu d e pr éceptes, et beaucoup, d’vsage » .

136

4. 2. 2. Règles de prononciation

Ce groupe se compose de sept ouvr ages d’ex tension variable, m ais présentant tous
uniquement des rè g l es o u des exercices p our apprendre la p rononciation et la lecture.
Voici les ouvrages en question :

• Galmace, 1745 (80)
• Soldevila (39)
• Sarrió (34)
• Tallés (12)
• González Cañaveras (142)
• La borda (29)
• Pelleport (7)

Parmi c es œuvres, il en est deux qui ar b ore nt un t itre trompeur pour l’acheteur. C e
sont les Rudimentos bre ves y claro s para apr ender a leer y a escribir en f rancés d e
Soldevila (1767) et les Rudimentos de la lengua lengua francesa de Sarri ó (1768). Le
premier n’inclut que q uelques expl ica tions d ’or thog r aphe qui pourraient c orr espondre à
la compétence de produc tion écrite du franç ais, mais aucune ex plication de m orpholog i e
ni de s y ntaxe, pas plus que Sarrió, qui ne précise pas que son œuvre se borne à la
prononciation. C’est t out le contraire chez Tallés (
2
1773), Cañaveras (1781), L abo rda
(1784) et Pelleport (f. XVIII
e
), qui annoncent clairement le contenu dès le titre. Galmace
(1748), pour sa part, s’appuie sur la gra m maire de Núñez de Prado (avant de l anc er l a
sienne) et a ffirme d ans le titre que l’on peut « leer, entender y h ablar » la l angue française.
Le terme Adicion es laisse su pposer qu’il ne s ’agit pas d’une grammaire complète ; l e titre
est donc en accord avec le contenu.

4. 4. Autres

Deux œuvres composent cette classe hétérogène :

• Reixac (452)
• Jovellanos (68)

143

de nombreus es œuvres littéraires et savantes d e qualité. C e g oût pou r le français,
nécessaire pou r les gens cultivés, débouche sur une situation inédite : le français
s’enseigne comme matière secondaire d ans certai nes institutions, à commencer p ar le
Real Seminario de Nobles de Madrid. Les œuvres publiées par les maît res exerça nt au
sein de c elles-c i vis ent pri ncipale ment les élèves sc olarisés. Ce sera l e cas de la grammaire
de Núñez de Prado (1728), dont le titre est explicite à ce sujet
157
, et des Adiciones à ce tte
dernière de Galmace (1745), un nouveau venu sur le marché des manuels de français qui
profite d’un succès édito rial pour vendre ses règles de bonn e le cture / prononciation du
français aux us ag ers du modèle. Dans le derni er qu art du siècle, des rè g les similaires, plus
réduites, s er ont publiées pour les élèves de l’ins titution m adr ilène dans le même but.
Le urs auteurs, Tallés (
2
1773), Laborda (1784), Pelleport (f. XVIII
e
) et L aur és de Ma y rán
sont quatre maîtres de français appartenant à ladite institut ion.
Mais celle-ci n’est pas la seule à proposer le françai s par mi ses enseignements. À
Valence, Ca rlos Sarr ió (1768) e xerce au Colegio A ndresiano et compose son œuvre pour
les nobles qui y f ont leur s études. González Cañ averas (1781) rédige la si enne pour les
élèves de la Real Acade mia y Seminario de C adix, Martínez Saavedra (1791) pour ceux
du Real C olegio de S an Telmo de Sévill e et J ovellanos i nclut ses rudimen ts de français
au s ein d e son Cur so de Humanid ades Castellanas adressé aux élèves du Real Instituto
Asturiano. L ’ œuvre de Chantreau (1781 ), quant à e lle, est publi ée a u dé part pour ceux d e
la Real E scuela Militar d’ Ávila, mais sa qualité et s on succès l a projetteront au rang de la
grammaire de français l a plus importante du dernier quart du XV II I
e
en Es pag n e, ce qui
lui a certainement valu un publi c e x trêmement plus étendu.

À côté du contex te scola ire, l’engouement pour le français s e fait aussi se ntir au
niveau de l’enseignement particulier et de nombreux maîtres de français publient leur
propre production, leur public étant certainement composé majoritairement de leurs
élèves. Guigou (déb. XVIII
e
) s ’adresse à des début ants, de même que Cour ville (1728),
Soldevila (1767), D ac osta (1752) ou Bo y e r (1799). Bien que leurs ou vrage s soi ent
sensiblement différe nts – plus volum ineu x , sur t out Contaut, et pl u s complex es –,
Rousseau (1754) et Cont aut (1763) dé clar ent é g al ement s’adresse r aux néoph y tes, et plus
particulièrement à la jeunesse en ce qui concerne le se cond. G almace (1748) ne fait
aucune référence précise à son public de la Llave nuev a , Roca y M aría (1750) déclare que

157
R a ppelons le titre de cette grammaire : Grammatica de la Lengu a F ra ncesa dispuesta par el v so de l
Real S eminario d e Nobles .

144

sa grammaire « podrà ser util à toda suerte de Pe rsonas, aun a los Doctos » et Grimarest
(1747) vi se toute p er sonne qui voudrait se cultiver, en disant de la lan g ue française qu e
« no a y suge to, por m ediano nacimiento que tenga, si n hablar d e la ge nte del comercio
por sus correspondencias, que no apetezca saberla hablar » . Notons qu e le militaire de
Pampelune f ait référence à l’atout que représente la conna i ssance d’une langue étr angère
pour le commerce, argument que les auteurs du XV III
e
siècle emploient très peu.
Va y rac (1714) et Tor re y Ocón (1728), pour l eur part, semblent s ’adresser à d es
usagers beaucoup plus av er tis. L’abbé français pré cise pourtant l a si g nificati on de certains
termes grammaticaux car, au sein de son prolog ue, il suppose que « h avra muchos de los
que han de leer esta Ob ra que no han estudiado el La tin » ; quant à Torr e y Ocón, il ne
précise pas l a nature d e ses usagers, faisant un iquement référence à plusi eurs reprises à
« los Es pañole s » . La différence entre les d eux auteurs réside dans l ’a daptation du contenu
au publ ic esp agnol : ils puisent tous deux leurs explications dans l es g r ammaires de
Buffier et de Régnier-Desmarais, mais l’ecclésiastique français c onnaît moins bi en,
forcément, les besoins des hispanophones apprenant le français. Selon Bruña C ueva s, « l a
méthode de l’abbé, tr ès peu adaptée à ses destinataires esp agnols, n’est pratiquement
qu’une transposition de celles de Régnier-Desmarais et Buffier » (1999b : 101).
Reixac (1749) est un auteur particulier au sein de notre corpus puisqu’il co mpose
une œuvre à l’adresse des enfants cat alans. Seul P. L a ca valleria (1642) avait emplo y é le
catalan comme métalangue.

6. Sources

De façon pr éalable , nous tenons à signaler qu e s euls huit auteurs de notre corpus
sur trente-neuf mentionnent les sources réelles da ns lesquelles ils ont puisé pour rédiger
leur par tie de pronon ciation. Cela repr ésente un cinquième des auteurs, une proportion
qui révè l e une cer taine tendance à oc culter ses so urc es, plutôt qu’à l es revendiquer. Cette
attitude est compréhensible dans la mesure où les sources pr incipales sont des auteurs de
grammaire de français p ubliées en Espagne. En effet, l es concurrents qui lançaient l eur
production sur le marché, voulant se différenc i er de celles d éjà publ iée s, n’avaient auc un
intérêt à citer leurs auteurs, si ce n’est pour les critiquer. En revanche, les œuvres qui
citaient des grammairiens frança is, comme Torr e y Ocón, Va y r ac o u Chantreau, entre

145

autres, avaient t out intér êt à l e faire dans la mesure où cela donnait un e autorité à leu rs
explications, sans avoir à recourir à des auteurs rivaux.

6. 1. Les premières œuvres

Le s premières œuvres à servir de sources sont les manuels de Berlaimont et de
Meurier. Une possible source de Berlaimont est Fabri, qui a écrit une œuv re publiée en
1521 : L e grant et vray art de pl eine Rhetoriq ue . C e sont c ertains ex emples
158
très
particuliers de la non prononciation du s intérieu r qui nous permettent d’émettre cette
hypothèse. Dans tous les cas, la prononci ation du fra nçais ori g i nelle compri se dans cette
série de manuels a été r ep rise en par t ie pa r trois d e nos auteurs : Ledel, A. Lacavalleria et
Reixac
159
. Dans les trois cas la section a subi une réduction. L e pr emier a p eut-être réalisé
une tradu ction en espa gnol d’un tex te latin ou italien ; le deuxième a tou t simplement
copié la version du premier ; le troisième a traduit en catalan une partie de la version
comprise dans la grammaire de l’imprimeur.
Quant à Meurier (1558), l es s péc i alistes l ui attribuent différentes sour ce s sel on ses
ouvrages : d’après Dichtl (1998 : 27), il aurait puisé chez Robert Estienne
160
(1550) pour
confectionner s es dictionnaires ; en ce qui concer ne la grammaire de 155 7, il aurait été
influencé par Dolet et P alsg r ave (De Cl ercq, 2000 : 262, 264) ; enfin, pour Sevilla Muñoz
(1992 : 119), nombre des p rove rbes d e 1568 trouveraient leur source c hez Hernán Núñez
(1555) . Si nous ne savo ns rien en c e qui concerne les indications de p rononciation
française, en revanche A. Alonso (1951 : 8 ) assur e que ses i ndications de prononciation
espagnole sont directement ti ré es de Nebrij a.
Celles-ci apparaissent tra duites chez So tomay or
161
(1565) et donc copiées chez A.
Lacavalleria (1647). De nouveau, R eixac ( 1749) profite de la grammair e de 1647 pou r

158
En 1 527, nous relevons, entre autres, les exemples suivants à l’explicatio n d u S ef fectivement prono n cé
précé dé d e O : « le ro y / coste / postule / destre / poste e t / ap ostole / apo stolicque /o stine / ostinatio n » (s.
n.). Chez Fabri (1 521, tome 2 : Vr), les exemples qui pourra ient être ceux d’origi n e sont l es su i vants : « le
roy coste : a uec sa poste p ostulante ».
159
P our plus d’i nf o rmations sur l’histoir e d es règles de pro nonciation française de Berla im ont, voir Viémon
(sous presse).
160
P érez del Castillo a é galement p ris co mme so urce pr incipale Robert Estienne : non pas son dictionnaire,
comme Me urier, mais sa gra mmaire (15 69).
161
Aya nt détecté des différence s notables entre M eurier (1 558) et Soto mayor (1 565) et ap rès avoir délaissé
d’autres hypothèses, Corcuera Manso & Gaspar Galán (2 015 : LXXIII -LXXVI) e n a rrivent à l a conclusion
qu’il a d û ex ister « una ed ición híbrida entre Meurier y Ber laimont a nterior a 15 65 q ue incorporab a ya el
texto incluid o en el Dictio nnaire , Collo ques ou Dia logues en Qu atre Langu es d e 1568 […] y que hab ría
servido d e fu ente d e inspiració n a Sotomayor » . Suso López (2012 : 5 22) évalue égaleme nt les différences
entre la versio n de Meurier et la traduction de Sotomayor.

146

reprendre en p artie les i ndications du maître anversois et l es traduire e n catalan. P.
Lacavalleria avait aussi tr aduit cette partie de prono nciation en 1642 dans son dictio nnaire
trilingue. Cette tradu ction est différente de l a v ersion de Sot omay or : l’ho mme du XV I
e

siècle proposait une version espagnole de l’éditio n originale ; près d’un siè cle plus tard,
c’est p ar l e biais d’un Berlaimont de six , sept ou hui t lan gue s qu e l’i mprimeur av ait
récupéré les inform ations. Nous cro y ons être en mesure d’affirmer que l a source de
Lacavalleria est postérieure à 1583. Vo y ons plutôt la démonstration suivante.
Au sein des indica tions phonétiques de l’espagnol chez L a ca vall eria, il manque
des expl ications concernant les lettres C, D, G et H par rapport à son original. Or, en 1583,
chez Henr icium, les explications omises chez Lacavalleria app ara i ssaient e ncore à l eur
place d’origine. Elles correspondaient à la d euxième page de la prononci ation espagnole
telle qu’elle était disposée chez Meu rier . Que s ’est-il donc passé pou r qu’un e pa g e enti ère
disparaisse ?
Il faut savoir qu’im médiateme nt avant la pr ononciation espagnole se trouvait la
prononciation italienne, et que le début d es ex plications de l’espagnol apparaissait sur la
même page que la fin des explications de l ’italien. Si nous e x aminons à présent l ’é dition
d’Hovium, de 1589, nous remarquons qu e la deuxi ème page manquante apparaît cette
fois-ci im médiatement avant la pa ge d e la toute fin des rè gle s de prononciation sur la
langue italienne, qui est également, rappelons-le , celle du début des explications de
l’espagnol. Ainsi, par une permutation involontaire des deux premières pages de
l’espagnol, la deux ième s’est r etrouvé e intercalée d ans la p rononc iation italienne. Com me
l’erreur s’est maintenue lors des rééditions succe ssives, L a ca valleria, qu i n’a pas fait
attention à ce détail, a pu util iser n’ importe laquelle de ces éditions.
En ce qui conc erne Ant onio del Corro (1586), s elon García Bascuñana ( 2010 :
207-208), il s e sera it inspi ré de Dubois (1531) et de Ramus (1572) pour ce qui est de sa
présentation d es « diphtongues » . Quant à son traitement des partitifs, il serait proche de
celui de Maupas (García Bascuñana, 2010 : 213). Sumarán (1621), enfin, a ura it connu les
ouvrages de Levinus Hul sius et de Girolamo Vi ttori (Corvo Sánchez, 2008 : 123). Mais
ces sources font ré fé rence à la partie de lexicographie de la Nomenclatura de 1634.
Comme pour Meurier, la source des indications de prononciation nous reste inconnue. I l
se pourrait qu’elles soient l e f ruit des observations personnelles du maître de langues.

147

Cisneros (1624, 1635), fi nalement, s’est g randement inspiré de Théodore d e Bèze
(1584)
162
et quelque peu de Charles Maupas (1607) (Bruña Cuevas, 2000b : 7 7).

6. 2. La tradition des grammairiens jésuites

Au XVII
e
siècle, La uren t Chi flet publie une grammaire, Ess ay d’une parfai te
Grammaire de la Langue Françoise (1659), q ui jouira de plusieurs rééditions pour
atteindre le premier quart du XV I II
e
siècle. Billet (1673) et J aron (1688) pourraient être
les premiers à avoir subi l’influence de la g ramma ire jésuite.
Nous ana l y sons l’influ ence du jésuite chez Billet dans le point 6. 3., qui lui est
réservé. Qu ant à J aron, il cite Richel et
163
dans s on Arte mais il fait également référence
aux « RR. PP. J esuitas » et aux « Colegios de Sorbona » au sein de s a morphologie
verbale (1688 : 18v). Il a sans dou te connu la gramm aire de C hiflet. Et c ’est probablement
le cas de Guilla Rubí éga l ement, puisqu’il fait référence à la « Si ntaxis de los
Reverendisimos Padres de la Compañia de Jesvs e n Fr ancia » (1707 : 74).
Va y rac (1714), po ur sa part, est l’auteur chez qui l’influence de Chi flet est la plus
importante, influence, par ailleurs, fla g rante. En effe t , notre auteur re prend des
paragraphes entiers du grammairien du XVII
e
siècle, cer tainement tirés de la ré édition de
1708 intitulée Nouvelle et parfaite grammaire f rançoise , et les traduit tout bonnement en
espagnol
164
. Vayrac a également reçu l’influ ence d e Rég nier-Desmarais et – en moindre
mesure – de Buffier. Finalement, l’auteur cite d ’autres grammairiens
165
; cependant, ceux-
ci n’ont pas s er vi co mme source mais plut ôt à démontrer un e certaine culture
grammaticale.
Quant à Da costa, il se pourrait aussi qu’il ait consulté l’une des r é éditions tardives de
Chiflet, comme l’a démontré Buña Cuevas (1998 : 533) à propos de sa des cr iption du R

162
Co m parer , pa r exe m p le, les sections « De consonantib us q uiescentibus » et « De encliticis dictionibus »
chez Bèze ( 1584 : 63 -73, 8 0-81) et, re spectivemen t, « De las letras, q ue no se pro nuncian » et la sixiè m e
règle accent uelle sur les « dict iones encliticas » chez Cisneros ( 1624 : 14 -18, 20).
163
À l ’ explica tion d u R, p ar exemple, il cite textuelle ment d eux phrases app araissant c hez Richelet (168 0 :
246 ), elles-mêmes tirées de la trad uction d es Dialog ues de L ucien par d’Abla ncourt. Elle s se mblent êtr e
des phrases mn é motechniq ues pour r appeler à l’ usager que le R f inal n e se pr ononce presque pas : « L’ r , se
plain t, que l’ i , et l’ e , l’on si fort a foiblie à la fin des mots, q u’on n e l’ e ntend presqu e plus aller, n i venir.
Nous ord onnons à l’ r , de filer dou x quand elle sera la derniere, sur pein e d’être Cha ssèe » (16 88 : 5r-5v).
164
C’est le cas, parmi tant d’aut res, d e la sectio n intitulée « La prononciatio n des vo y elle s, & l’ usage des
trois accents » (1 708 : 1 83-185), r eprise inté g rale m e nt c hez Va y r ac so us le nom – tro m p eur – d e « De la
pro n unciacion de la letr a a con el uso de los tres acce nt os agudo , grave, y cirunfle xo » ( 1714 : 5-8). Nous
aurons l’occa sion de commente r plus am p lement cette section au sein du troisième chap itre de notre thèse.
165
Vay rac, dans son prolo gu e (171 4 : x xv) cite, entre autres, Port-Royal, Mauconduit, Ve n eroni, Billet,
Jaro n.

148

(1752 : 35), mais il s’est s ans doute inspiré de Ro ca y M ar í a ég ale ment
166
. Enfin, bien que
le système d e question-réponse emplo y é d ans sa grammaire soit similaire à celui
qu’utilise Restaut, il ne semble pas l’avoir copié.
Mais c’est su rtout l’œu vre de Claude Buffier, du début du XVIII
e
si èc le,
Grammaire Françoise sur un plan nouveau (1709), qui va marquer les grammaire s de
français à venir. En effet, c’est sur lui que se base nt – en partie – les ouvrages de Torre y
Ocón (1728)
167
et, surtout, Núñez de Prado (1728). En effet, Torre y Ocón s’ est éga l emen t
beaucoup inspiré de Régnier-Desmarais (1706)
168
. Torr e y Ocón a lui-même exercé un e
légère influ ence , mais rien qui soi t comparable à celle de Núñez, dont la gra mmaire a été
rééditée maintes fois et dont l’influence s ’e st fait largement ressentir en Espagne, à
commencer p ar son continuateur, Galmace
169
(1745, 1748), auteur d’une grammair e
rééditée également en de nombreuses oc casions. Rous sea u
170
(1754), Cont aut
171
(1763 ),

166
Comparer les e xemples fourn is p ar Dacosta (17 52 : 19) à l’explication de la « diphton gue » IE e t c eux
de Roca y M aría (17 50 : 93) au même ite m.
167
Tor re y Ocón (1 728 : 25) cite précisément l’éditio n princeps (1709) d e la gramm a ire de Buffier.
168
Co m parer , par exemple, les e xplications d e Régnier -Desmarais (1 706 : 3 9-41) et de Torr e y Ocón (17 28 :
14-16 ) sur le N.
169
Gal m a ce cite dans se s œuvre s Núñez de P rado (17 4 5 : 36 ; 17 48 : 335, 3 37, 3 3 8, 33 9, 340, 341, 342,
343 , 3 44) et T orre y Ocón (1748 : 337, 3 39), m ais il cite également C hiflet (17 48 : 332), Buffier (1 748 :
335 , 336, 337, 33 8, 339, 340, 341 , 342, 343, 34 4 ; 1754 : 18), Restau t ( 1748 : 341, 3 42) ou le dictio nn a ire
de l’A c adémie française (175 4 : 2 5, 32). Il cite égal m e nt « el Autor de los J uicios s obre las nuevas Obras »
(17 5 4 : 20) , m ais ce qu’il fait, en réalité, c ’ est traduire presq ue littérale m e nt Restaut, sur trois paragrap hes,
à p ropos de la non e xistence de triphtongue s en français et c’est Re staut (17 49 : 18-19) qui fait r éférence
aux J ugements sur les O uvrages n ouveaux de P ierre-François Gu y ot Des f o nt aines p ubliés e n 17 44. Ce n’est
pas la prem ière fois que Ga lmace cop ie certaines de ses s ourc es. À p art les e xplications de Nú ñez de P rado
dont il s ’inspire d irectemen t, no us te nons à sig naler que la « Coleccio n de la s falsa s r eglas q ue se enc uentran
en al gunas Gra m at icas Francesas » de Gal m ace (1 748 : 329-345 ) a é té presque intégral ement copié e et
traduite de la section i ntitulée « Preservatif s contre les fa usses r égles échapp ées en p lusieurs Gr ammaires
Françoises impri mées de notre tems » qui se tro uve à la fin de la grammaire de B uffier, dans l ’ édition d e
172 9 (524-533). Les seules di fférences exista ntes sont les s uiv ante s : en plus de C hiflet, De La To uche e t
Mauger, Buffier cr itiquait Re gn ie r-Des m ar ais, puis ter m i nait par son autocr itique ; G almace conserve les
trois premiers te xtes, mais re m p lace le quatriè m e (Re gnier) par Grim a rest, pour des raisons évidentes de
concurrence. Nous analysons cette polémique p lus en dé tail un peu plu s loin. Av ançon s d ’ ores e t déjà,
cependant, q u e le fait d ’av oi r co pié littér alement B uffi er, en ce qui co ncerne la critiq ue d e cer taines
grammaires, peut laisser penser que Galmace n ’a p as l u les g ramm air es e n question. En f ait , ces rem arq ues
préalab les ne ser ven t qu’à i ntroduire de façon insidieuse les c orrections virule nt es adressées à son
concurrent.
170
B ruña Cue v as (1 999b : 108) affir m e q ue Ro usseau (17 54 : 62-63 ) s’est i nspiré de Buffier (17 11 : 28 -
32) en ce qui concerne la m éth ode à suivre par les débutants p our traduire.
171
Il se peut q ue Co ntaut ait ég alement suivi B uffier m ai s p our certaines rè gles d e morpho logie verbale
cette fois-ci ( Lépinette Leper s, 20 00b : 228).

149

Soldevila
172
(1767), S arrió
173
(1768), C añaveras
174
(1781), C hantreau
175
(1 78 1),
La borda
176
(1784), Jovellanos
177
(1794), Laurés de May r án
178
(1799) ou Boyer
179
( 179 9)
sont autant d’a ut eur s qui ont été influencés plus ou moins largement par la tradition
jésuite.

6. 3. La postérité de Billet

Avec la tradition jésuit e, Billet (1672, 1673 ) est l’un des auteu rs qui a le plus
influencé le XVIII
e
si ècle. C e P ar isien, comme il aim e à le r appeler sur l a p age de titre d e

172
Soldevila, d ans ses pr éliminair es, cite Núñez d e P rado po ur c ritiquer sa grammaire. Mais, i n directe m ent,
il lui est redevable d e certains ex emples et surtout de l’ o rdre de présentation des lettres/sons : voyelle s,
diphtongues et triphtongues, co ns o nnes. P ar a illeurs, co mme chez le jésuite, J et V sont placés à la fin d es
consonnes, to ut co m me l’exp lication sur les voyelles nasale s [ ɑ  ] e t [ ɛ  ], Enfin, Sold evila aj oute une sectio n
sur « l’ortho graphe » directe ment inspiré e de Núñez de P rado.
173
Sarriò (176 8 : 20) ne cite que Vaugelas, à l’occasion des r ègles qu’ il pro pose sur le H aspiré. Mais p our
certains e xemples, l’influence jé su ite est p alpable. Par moments il semble s uivre B uffier ( 1729 : 354)
directe m e nt, p our le H aspiré, par exem p le (17 68 : 21-25 ). En d’autres occasion s, comme lors d e la
descrip tion de X (1 768 : 33-34) , il c opie presq ue littéralement T orr e y Ocón (1 728 : 26-27). Il s’est p eut-
être inspiré égale ment de Ta llés – la pr emière éd ition, d ont no us ne co nnaissons pas la d ate –, mais
uniquement dans la dispositio n d es co ntenus, pas dans les contenus propr em ent dits, à moins, bien entendu
que ce ne soit Tallés qui se soi t inspiré de Sarrió.
174
Si l’on c ompare les page s 1 9-20 de Galmace (17 80) avec les pages 9 1-93 d e G onzález Cañaveras (17 81),
nous retrouvons les mê mes exe m ple s pour les combinaiso n s graphique s s uivantes : IAU ( « miauler,
cord iaux , matéria ux »), IOU ( « c hiour m e » ) , OUE ( « fouet » ) , O UI ( « Louis, se rej ouir » ) , IEN ( « Or ient,
patient, exped ient »), OIN (« loin, beso in, moindre » ).
175
Chantrea u (178 1 :
V
-
VI
) c ite Núñez et G alm ace, entre autres, ménageant le pr emier et attaquant le
deuxième. C’est donc la pre uve qu’il a lu leurs ouvrages. P ar ailleurs, sa prése n tation d es voyelles ( 1781 :
4-5) r appelle grandement celle de Núñez de Prado.
176
Pour certains aspects, Labo rda s’inspire d irectem e nt de Núñez d e Pr ado. À la prononciat ion de B, par
exemple, il a ffirme que « nunca d ebe confundirse ésta c on la v conso nante como suced e en castellano, p o r
un abuso y a dificil de corregir » (17 84 : 4-5). L e j ésu ite, pour sa p art, prétendait déjà en 1 728 (42) que
« ja m as se conf un d e la v co ns onante c on la b co m o sucede en Castellano por un a buso dificil ya d e
corr egir » . En ce qui qui concerne la p rononciaton de H asp iré, par contre, il a certaineme nt pris sa source
chez Gal m ace. Mais il a égale m e nt dû consulter T allés. En eff et, la dispo sition en colonnes de la
« Pr onunciacion de las voc ales co m p uestas » c hez Labor da rapp elle for temen t celle d e son pr édécesseur,
par la t y p ographie et l’usa ge d e la p rononciation fig urée, mais aussi p ar cer tains exe m p les. E nfin , il
semblerait q u e Labord a c onnais sait Cha nt rea u et s’en soit inspiré po ur sa présentation d es consonnes
accompagnée s des cinq vo y elles A, E, I, O, U ( cf. deuxième p artie de notr e thèse).
177
Jo vellan os s ’inspire de Núñez de Prado p our ce qui est des voyelles. D’ailleurs la gra mm a ire du j ésu ite
faisait p artie de sa bib liothèque per sonnelle (Lépinette Leper s, 2000b : 97). Mais il se p ou r rait aussi qu ’ il
ait copié Cha ntreau q uand il dit q ue C se prononce G co mme dans « seco nd, cicogne, secr et » et lorsqu’il
donne des pa ires minimales pour [v]/[ b] et p our [s]/[z]. Au vu d e sa d escription ariculatoi re de B (1858 :
156 ), il avait peut-être égale ment lu González Cañaveras (1 791 : 136).
178
Laurés de Mayrán se mble avo ir consulté é galement Gonzále z Caña v eras p uisqu’il do nn e une explica tion
de R ( 1799 : 8 ) similaire à ce lle de ce d ernier (1 781 : 1 40-141), ex plication b ien p articulièr e à ces d eux
auteurs pui squ’ils sont le s seuls à en do nner deux pro nonciatio ns, une « s uave » et une a utre « f uerte ». En
ce q ui concer ne l’explicat ion d e V (179 9 : 9), il se m ble rait q ue Laurés d e Ma yrán s ’inspire de Chantreau
(17 8 1 : 38) , et p ourquoi pa s de Sar rió (1768 : 33), vu q u’ il donne le m ê me exe mple de p aire minimale :
bœuf/veu f.
179
Boyer critique lar gem ent G almace, mais aussi C hantreau, pre uve q u’il a lu les œuvres des deu x
grammairie ns . Nous ab orderons ce point e n d étail au sein de la section déd iée aux différentes polé miques
et disputes s urvenues entre a uteurs de notre corpus.

150

chacune de ses œuvre s, a lui-même reçu des influence s. Bruña Cuevas a établi que Billet
s’était inspiré d e Maup as, et de Richelet
180
pour c e q ui est de la deux ième édit ion de sa
grammaire (2000 : 81) ; par ailleurs, cet auteur a également récupéré ses définitions des
concepts de vo y elle et de consonne, mais aussi les explications sur E et O au sein de la
Grammaire générale (16 60) d’Arnauld et Lancelot. De plus , Bruña C ueva s indique que
la « Breve instruction sur les regles de la Poësie Françoise » qu e Claude Lancelot a inclus
dans sa grammaire latine est la source de son « Art e poética » .
Signalons, finalement, q ue, dans sa grammair e de 1673, Billet a peut-être été
influencé pa r Chiflet (1664). Nous le verrons, cette œuvr e est similaire, par certains
aspects, à celle de 1672
181
, mais elle s’e n démarque tout de même s uff isamment pour qu e
nous la classions à p art et non pas comm e une r éé diti on de celle-ci. L’une d es n ouvea u tés
essentielles en 1673 est le classement tripartite des E du français. En effet, c’est la
première fois, dans l’his toire des ouvra g es consti tuant notre corpus, qu’un auteur décrit
un E ouvert en plus des E traditionnellement appelé s masculin et féminin. Ce dernier
correspondait à [ ǝ ] et l’autre englobait souvent [ e] et [ ɛ ], ces deux sons étant
indifférenciés. Ainsi, Billet déclarait que « l a E varia en tres modos , aunque otros le dàn
hasta quatro » (1673 : 2r ). Or, voici ce qu ’affirmait Chiflet au sein de sa grammaire :
« Nostre langue a trois sortes d’ e & non pas quat re , comme à [ sic ] voulu subtili ser vn
Grammairien, quo y que d’ailleurs ass ez sçavant » (1664 : 177). Le s d eux commentaires
se ressemblent étr angement. Il s e pourr ait donc que la modernité à l aquelle nous avons
fait référence ait été puisée par Billet chez l e jésuite français. Ceci ét ant dit, nous
considérons que l’œuvre de notre auteur possédait une identité propre.
La méthode aisée pour bien apprendre l a langu e françoise , manuscrit anonyme
du début du siècle, reprend toute la prononciation de Billet (1673), avec de légères
modifications : les explications sont abrégées, même si parfois nous trouvons quelques
exemples supplémentaire s. P ar ailleurs, les exemples qui étaient tous tradui t s chez Billet
le sont seulement en partie dans la Méthode et l’introduction « D e las l etras en general »
a été retranchée.
Au début du siècle, c’est Mateo Fr anc isco Guigou qui s’inspire fortement de
Billet. P uis, pl us tard, Courville (1728) reprend é galeme nt une p ar t ie de sa prononciation,

180
L épinette Lepers (19 97 : 225) af firme que le « P aralelo de la eloquencia » de l’édition de 170 8 d e Billet
adop te le m ê m e systè m e d e s ym boles graphique s q u e celui q u’ e m p loie Richele t d ans so n d ictionnaire de
1680.
181
Signalo n s égale ment une po ssi ble i nfluence de C hiflet (1 66 4 : 216) da ns la gra m maire d e B illet d e
167 2 (7-8), en ce q ui concerne l’explication d u CH français.

151

mais il puise aussi chez V eneroni (Bruña Cu evas, s ous presse). Enfin, l’influ enc e de Billet
s’étend j usqu’a u m ilieu du siècle puisque nous retrouvons certaines d e se s explications
chez Reix ac, dont l ’œuvr e est publiée en 1749 ; d’ailleurs, Billet est cité à la toute fin de
la prononciation (440). Le Catalan, qui avait récupéré des fragments dans la prononciation
de la gra m maire d’ A. La cava l leria (1642), est influencé du point de v ue p édagogique pa r
le Traité des études (1726) de Charles Rollin (L ép inette L ep ers, 2000b : 40, 86-87, 281).
Par a illeurs il cite plusieurs autre s ouvr ages comm e l a Gramática francesa y española de
Sobrino, pour savoir conj ug u er les verbes esp agnols (365) m ais aussi pour l’ appre n tissage
du franç ais (440). I l rec ommande également s on dictionnaire bilingue (439-440) et L e
dictionnaire des commençans François, et Latin pour ceux qui devraie nt apprendre le
latin (440).
Signalons, finalement, q ue nous retrouvons la des cription de [ y ] de B illet (1673 :
3v) chez Gui lla Rubí (1707 : 2), Galmace (1745 : 6 ; 1754 : 9) et Roca y María (1750 :
73-77).

6. 4. Restaut

Deux de nos auteur s, Martínez Saavedra (1791) et L au ré s de Ma y r án (1799 ), ont
tout simplement copié l’ Abrégé de Re staut, de l’édition de 1745 ou postéri eure. En effet,
les éditions antérieure s ne comportent pas le m ême chapitre sur l’ortho gr aphe française,
inclus chez les deux auteurs. Le premie r a traduit Restaut, en partie ; le deuxième l’a
également traduit, en modifiant quelque p eu la partie d e pronon ciation et de
l’orthographe, mais en maint ena nt la partie française parallèle à la versi on espa g nole.
Ajoutons que L aurés de Mayrán tr ansmet les idé es de Restaut concernant l’ éducation d es
jeunes filles, ce qui est inédit dans notre corpus.
Il existe cependant une différence majeure ent re Restaut et nos maîtr es de
français : ce s derniers ont tous deux inclus au sein de leurs œuvres un chapitre de
prononciation, tandis que le g rammairien français n’en proposait pas da ns son Abr ég é
182
.
En effet, en c e qui concerne M artínez S aa vedra, la partie de pronon ciation est un
résumé d es pages 6 à 11 d e Chantre au. En outre, il s ’est également inspiré du même auteu r
pour ce qui est de la morphologie verbale.

182
Au se in d es Principes d e la Grammaire Fra nçaise (17 32), Resta ut avait b ien inclus un chapitre d e
pro n onciation, m a is Martínez Saavedra et Laurés d e Mayrán ne se m b lent pas s ’ en êtr e inspirés.

152

Quant à Laurés de Ma y r án, nous l’avons vu, i l avait sans doute consul té Galmace,
qu’il déf end f ace a ux attaque s de Chantreau (1797 : 3 ; 1799 : 57). Par ailleurs, L épinette
Le pers (2000b : 272) affirme que la li ste d’exp re s sions du Compendio est similaire à celle
de Núñez de Prado.

S’il est vrai que Martí nez S aa vedra et Laurés de Ma y rán sont les auteurs qui ont
puisé le pl us ostensibl eme nt chez Restaut, rappelons également que G almace s’était aussi
inspiré du grammairien, concr ètement de son édition de 1749, puisque les parties qu’il
traduit (cf. not e 169) pour les incorporer à la refonte de la Llave nueva de 1754
183
éta ient
absentes dans l’édition des Principes de 1740.
Chantreau, qui conna issait bien Wailly , connut aussi l’ouvrage de R estaut, dont
s’était inspiré W ailly lui-même, bien que ce dernier l’ait cr itiqué dans sa préface (1772 :
XXXII
-
XXXIII
). Par exemple, pour ex pliquer l a liaison en poésie, le maître d’Ávila (1781 :
32) reprend les vers suivants apparaissant déjà ch ez Restaut (1770 : 547), m ais non chez
Waill y :

O que d’escrits obscurs, de livres ignorés,
Furent en ce grand jour de la poudre tirés !

Jovellanos est le dernier auteur chez qui nous avons retrouvé des traces évidentes
de Restaut. Tout d’abord, le fondateur du Real Insti tuto d’Oviedo déclare, à propos des
voyelles longues et brèves que « la sola re gla para distinguirlas es el uso y el eje mplo de
aquellos que hablan pu ramente » (1858 : 157). Or, nous t rouvons chez R estaut le
commentaire suivant à ce sujet : « -D. Quelle regle s uivrez- vous pour savoir si une voyelle
est longue ou b rev e dans un mot ? -R. L a seul e regle de l’usage , & l’exempl e des
personnes qui parlent p ure ment » (1770 : 13). Jovellanos, nous le voyons, traduit
littéralement sa source.
Mais ce n’est pas le seul indice de la présence de Restaut. À la fin de ses courtes
explications de prononciation, Jovell anos reproche aux P arisiens leurs « abusos d e
lengua » . Il formule d es critiques sur la m aniè re de prononcer L mouillé et les g roup es
OU, EU, AOU et GN (1858 : 157). En réalité, R estaut signala it déjà ces « vices » , dans

183
Nous verrons au sein d e notre troisième p artie que Galmace s’est égaleme nt in spiré de Restau t pour ce
qui est de la terminologie et cl assificatio n phonétiq ue.

255

tiempo de abrir los labios » (1781 : 136), et celle d e Jovellanos, certaine me nt inspirée de
celle de l’auteu r précédent p uisqu’il écrit cette fois -c i « arrojando el alient o al tiempo de
desunir los labios » (1858 : 156).
En définitive, ce qu’il est important de si g naler, à part la p répondérance du trait
labial pour l a re connaissance d ’un mode occlusif, c’est la parti cula rité de Ro ca y Ma ría
qui se dém arque grandement des autres auteurs par une certaine reconnaissance du
caractère occlusif de trois consonnes pour l’articulation desquelles l es l èvr es ne
participent justement pas : trois apicoalvéolaires, deux orales, [ t] et [ ɾ ], et l’autre
oronasale, [n].

3. 2. 1. 2. 2. Voisées / non voisées

Ce t ra i t articulatoire n’es t reconnu comme tel par auc un de nos auteurs, et pour
cause. Les grammairiens français du XVIII
e
siècle commencent tout jus te à l’entrevoir.
Et encore, ce qu’ils décrivent réellement c’est un t rait de force ou de rudesse, c’est-à-dire
de tension, face à un aut re de f aiblesse ou de do uceur , qui correspond parfois à notre
opposition actuelle sourdes/sonores, mais pas toujours (Auroux & Calve t, 1973 : 79).
Ainsi, le critèr e de description n’est pas pur ement a rticulatoire, mais audio-articulatoire ;
c’est pourquoi nous reparlerons de cette op position en t ermes de tension plus ou moi ns
forte à la section des DAA.

3. 2. 1. 2. 3. Orales / nasales

Comme nous l’avons signa lé lorsque nous avon s abordé la question du point
d’articulation, seul Roca y María (1750 : 54) fait référence au tr ait nasal po ur décrire l es
consonnes de cette sorte. Les autre s aute urs, quand ils évoque nt le fait que l’ air passe par
le nez ou reste dans le n ez lors de la prononciation d’un son, le font pour ex pliquer les
voyelles nasales. Mais b eaucoup confondent consonne nasale non prononcée et vo ye l le
nasale. C’est l a raison pour laquelle, même si les auteurs parlent de consonnes, nous
rece nsons et évaluons c es explications au sein des vo y elles.
Remarquons, au p assage, que le p rocessus de d énasalisation d u français est en
cours pend ant n otre période d’étude et que les expli ca t ions de nos auteurs peuvent
refléter, parfois, des états transitoires. Mais nous aborderons ce point plus en détail au
sein de notre troisième partie.

256

3. 2. 1. 2. 4. L’aspiration

L’aspiration du H est une dénomination archaïque qui ne correspond pas à la
réalité puisque cette le ttre, lorsqu’elle était prononcée en français, se réalisait par le biais
d’une expiration. De plu s, l’ « aspiration » , si elle est citée dans vingt ouv rage s, ce qui
représente la moitié de notre corpus, n’est en r evanc he réellement expl iquée comme
articulation que chez Vay r ac, qui prétend que « l a h aspirada es aque lla que se pronuncia
con aspiracion, y con un sople que se haze en la g arganta » (1714 : 73), et chez Sarrió
(1768 : 29), pou r qui cette consonne possède la « fuerza gutural qu e le dan los
Andaluzes » ; Ch antreau, quant à lui, évoqu e un so n « algo gutural » (1781 : 17). Certains
auteurs défend ent même l’idée que ce t te lettre n’est pas une v éritable cons onne. C’est le
cas de G almace (1754 : 32), qui affirme que cett e consonne « debe dàr [á] la vocal el
sonido gutural, ò forma do en la garganta » , mai s que « d e ni ngun modo, como no se
distingan estos sonidos guturales del sonido de l as vocales [considera] que la h pueda
llamarse letra, sino solo señal de aspiracion » . Ce la ne l’empêche pas pou r autant de lui
reconnaître un certain son. P ar aill eur s, beauco up d’auteurs reconnaissent son rôle en
phonétique syntaxique
339
.

3. 2. 2. Les voyelles

3. 2. 2. 1. Ouvertes / fermées

À notre époque d’étude, l es termes d’ « ouv er t e » et « fermée » sont à prendre avec
précaution, car ils peuvent désigne r une toute autre réalité ar ticulatoire qu e celle qu’on
veut bien leur prêter actuellement
340
. À ce sujet, Millet (1933 : 25) nous met en garde :

Quand il s rapportent l’enseignem ent des gramm airi en s du XVII e et du
XVIII e sièc l es sur l e s voyelles dénomm ées ouvertes et fermées, les
auteurs modernes ne prennent point toujours garde au sens d e ces
expressions qui a varié su ivant les époqu e s e t les gram mairiens .

339
Nous rep rendrons ces explica tions au sein d es explications sur les RL.
340
Les voyelles o uvertes et fer mées sont act uellement classée s selon leur aperture. Selo n la définition de
Carton (1997 : 22), l’ aperture est « la distance minimale entr e l’organe qui ar ticule et le lieu d’articulatio n
du point d ’ applica tion », en l’ occurrence, la d istance entre l a langue et le pa lais.

257

Selon Millet (1933 : 30), il faut faire la diff érence entre l’aperture dé signée par la
« cavité » (la langue) et cell e désignée par l’ « orifice » (les lèvres). Ma rtinet (1969 : 159),
lui, nous rappelle que, chez Vaudelin (1713), « e instable est indiqué comm e vo y e lle
"mo y enne", p ar oppositi on à é , qui est "ouvert", et eu , qui est "fermé" » et qu’ « "ouvert"
veut dire naturellement "à lèvres rétractées", et "fermé " "à lèvres arrondies" » ( id .). Il
déclare ensuite que « pour l es n on arrondies que Vaudelin appelle "ouv ertes", comme
pour les a rrondies qui reçoive nt l’épithète "fermées", la l iste est dres sée par ordre
d’aperture d écroissant » (1969 : 160). Ainsi, d’ après c e lin guiste, indépendamment de
leur degré d’aperture, nos étirées actuelles po uvaient parfois être décrites comme
« ouvertes » , et les arrondi es comme « fermées » , c e qui peut perturb er, au départ, le
lecteur moderne.
Nous devons donc en déduire que plus les lèvres son t étirées, et plus l’auteur
considère que la vo y ell e est « ouve rte » , et vice-versa. Le problème se pose lorsque nous
trouvons, chez un auteur, deux O di ff érenciés par les dénominations « abi erta » et
« cerrada » . Le s deux O é tant labialisés, sur quel critère se base leur oppo sition ? Et s i
« cerrada » si g ni fie « avec une dis position des lèvres plus ar rondie » donc plus exiguë,
peut-on en déduire que l’opposi tion « O cerrada » / « O abi erta » de l ’époque, basée su r
la c onfiguration de s lèvres – [ ɔ ] semble se prononcer avec les l èvr es moins a rrondies que
[o] –, coïncidait par hasard avec notre opposi tion actuelle, basée sur la position de la
langue ? D ifficile à dir e. Nous ve rr ons qu e, chez Billet, par ex emple, elle ne coïncidait
pas.
Dans tous les cas, au sein de notre corpus, il nous faudra séparer les d escriptions
des voyelles « cerradas » ou « abiertas » arrondi es de celles qui ne le sont pas,
l’arrondissement des l èvres étant souvent associé à la fermeture, qu e ce s oit de façon
absolue ou lors d’une comparaison avec une vo y e lle non labiale.

La référence à un e ouverture ou à une fermeture, c ’est-à -dire à un passage d e l’air
plus ou moins grand, est généralement évoquée par les auteurs grâce aux termes
« abierta » ou « ce rra d a » – faisant référence à l a prononciation de l a voy elle, ou à la
voyelle elle-même – et/ ou à une d escription : très majoritairement d e la bouche p rise
grossièrement ou des dents , c’est-à-dire plutôt de l’écartement des deux mâchoires ; très
rarement de la l angue, c’est-à-dire de la distance entre celle-ci et la voût e du palais.
Somme toute, une a perture plus extérieure et une aut re plus intérieure , même si elles sont
liées. Quant aux DAR qui évoquent une ouv erture des l èvres, nous les anal y s ons dans la

258

section concernant l’opposition entre les écartées et les arr ondies, pour les raisons
énoncées plus haut.
Le s t er mes « abierta » ou « cerrada » et les DAR qui leur s ont associés
apparaissent généralement lors de la description du couple [e] / [ ɛ ]
341
, et très rare m ent d e
[o] / [ ɔ ] ou de groupes vocaliques isolés représen tant le plus souvent l ’un de ces quatre
sons
342
. Nous avons déjà é voqué le fait que les arrondies seraient traité es de manière
séparée ; nous reviendrons donc sur les O plus tard. Pour ce qui est des différents E,
signalons tout d’abord q ue les dénominations « abierta » et « c errada » so nt t rè s courantes
(dix-neuf auteurs en font usage), m ais que très p eu fournissent une DAR expl icite sur
l’aperture de la vo y elle. Ainsi, il n’est pas clair que ce s auteurs emploient forcément ces
deux terme s pour fa i re réf é rence à l’ ape rtu re, ou seulement de façon dénominative,
comme on dirait « e masculina » face à « e femenina » pour faire référence à chaque son
du couple [e] / [ ǝ ]. E n ce qui concerne la lettre d e r éfé rence E, ils sont tout de même neuf
à proposer le type de précision sui vante
343
:
• [e] : « al pronun ciar , se abre algo menos la boca, es tan poca la diferencia, que se
puede r eputar por ning u na » (Núñez de Prado, 1728 : 2) ; « bo ca casi cerrada »
(Boyer, 1799 : 10).
• [ ɛ ] : « L a e es mas abierta » ( Va y rac, 1714 : 21) ; « abriendo la boca algo m as que
lo preciso, par a pronunci ar un a e » (Núñez de Pr ado, 1728 : 2) ; « abrid bien la
boca » (Roca y M aría, 17 50 : 48) ; « se deve pronu nciar abie rtame nte » ( Dacosta,
1752 : 7) ; « s e forma abriendo la boca al g o m as de lo preciso para pronun ciar una
e » (González C aña veras, 17 81 : 62) ; « su pronunciacion ex ig e u na grande
abertura de boca » (Laborda, 1784 : 6) ; « pide un a abertura de bo ca mas grande
» (J ovellanos, 1858 : 156) ; « Es la que suena de un modo mas pleno que el de la

341
Nous ne prenons en compte ici q ue les descrip tions d e la lettre E, car selon la logique g raphop honétique
des auteurs de l’époque, les autres g raphies représen tant ce s sons sont normale m ent traitées à part. Il en est
de mème po ur la lettre O.
342
Nos auteur s ne reconnaissen t jamais deux type s de EU ([ œ] et [ø] ).
343
Nous trouvons égaleme nt tr ois descriptio ns sur l es différen tes apertures de la lettre E que nous po u vons
difficilement c lasser d ans le co uple [e] / [ ɛ ]. La p remière es t de Pére z del Castillo (2 011 : 296 ) : « E n los
particip ios femeninos sie mpre es br eue, y se pr onun ç ia çer rando la boca al fin dellos, de solee , contee ,
frustree , lo qual es al contrari o en los del genero masculino, que siempre e s luenga : desole y d esespere ».
Il se m b lerait q ue la moindre ap erture so it associée à [ ǝ ], face à [e] . Ces indications sont ti rées d e Rober t
Estienne, sa source, qui ne dit pourtant pas exacte m e nt la mê m e chose : « Auncunes fois d’vn son lon g et
eslevé, co mme Aimé , e n ouurant la b ouche po ur le p rononcer long […] . Quelq ues fois il ne se pr ononce
qu’à demi son, et e n r ef er mant la bouche, et la syllabe de d euant e st longue » (1 569 : 6 -7). Va y rac rej oint
la p osition de P érez del Castillo, sans p our auta nt me n tio n ner la lon gueur, lor squ’il prétend que po ur
pro n oncer [e] « es menester a brir necessaria mente la bo ca un po co mas que par a la e fe menina » (171 4 :
23) . La tr oisième descr iption e st de Roca y María ( 1750 : 31 ) , m ais elle e st trop générale pour savoir à quoi
il fait référe nce : « [la e ] se pr onuncia entreabie ndo la bo ca, y expeliendo el aliento ».

259

e . castellana, ab riendo un poco mas la boca ; sin gesto alguno » ( L a urés de
Mayrán, 1799 : 22) ; « [ para p ronunc iar E a bierta breve] se abre mediana m ente la
boca habi endo de ser su aber tura vertical como de unas quatro lineas » ( B o y er,
1799 : 22) ; « [ E abierta larga ] se profiere con mas abertura de boca y mas
descanso que la breve » (Bo y er, 1799 : 22).

Remarquons, premièrement, que c’est l ’ouve rture de la bouche, à chaque fois, qui
est décrite pour diff ér encier [ ɛ ] de [e] ; aucun autre or g ane n’ est cité. Deuxièmement, le
degré d’ap er ture de la bo uche est beaucoup pl us s ouvent signalé d ans le cas de [ ɛ ] que de
[e], ce qui est log ique puisque ce dernier est censé avoir son correspondan t en espagnol.
C’est donc l’ouverte qui est marquée. Signalons également que Bo y er est le seul à prend re
en considération d eux degrés d ’aperture différents selon la qu antité vo calique d e E
« abierta » ; chez cet auteur, la description de [ ɛ ] bref est aussi la plus précise de celles
que n ous a y ons recensées. Notons, au passage , l’association degré d’ aper ture-quantité
vocalique réalisée par Boyer , qui n’est pas le seul à mettre ces deux concepts en
relation
344
.
En effet, dans le cas des O, Billet déc l are : « L a O es abiert a, ò c er rada, qu e es lo
propio que lar g a, ò breue, larga, como en côte , cuesta, ò costi lla y hôte , huésped, &c.
cerrada, ò breue, como en cotte , guardapiés, sotte , necia, & c. » (1673 : 3r). Au vu d es
exemples, il est c lair que l’auteur utilise l’opposit ion ouv er t e/fermée pour désigner une
autre r éalité qu e l’actuelle, du moins e n ce qui con cer ne les deux t y pes de O. Ainsi B i llet
se diffé rencie de Boyer doublement : d’abor d, il n’oppose pas deux O ouverts par leur
longueur associée à leur degré d’aperture, mais un O ouvert face à un O fermé ; ensuite,
la correspondance entre aperture et longueur est inversée. En effet, en terme d’aperture
actuelle, chez Bo y er, l a longue est plus ouverte al ors que ch ez Billet, c ’e st la brèv e qui
est plus ouverte (ou « cerrada » , selon la terminologie de l’époque).
Même si c’est très rare, Billet n’est pas le seul à s ig nale r un O « ouvert » fac e à
un O « f ermé » : [o] fac e à [ ɔ ]. Pelleport déclare également que « l a o se pronuncia como
en c ast ellano, una s v eces abierta, y otras cerrada » (f. XV II I
e
: 5 ). Sig n alons, par ailleurs,
la descript ion de AU de Vayrac, qui est le seul à décrire à l’aide d’un o rgane, la bou che,
l’articulation plus ou m oins ouverte du O : « ambas se pronun cian co mo una o sol a,
abriendo un poquito mas la boca, que qu ando o està sola » (1714 : 12). Q uand il parle

344
Nous reve nons sur ce phénomène da ns notre tro isième partie.

260

d’ouvrir un peu plus l a bouche , Va y r ac fait sans doute ré férence au fa i t que AU se
prononce av ec les lèvr es plus arrondies que O, c’est -à -dire plus fermé en terme d’aperture
actuelle.

D’autres items jouissent aussi de pr éc isions articulatoires en ce q ui concerne l e
degré d’aperture. Com me pour les DAR précédentes, le trait réellement dé crit est celui de
la plus g r ande aper t ure. Voici les voy e lles ou co mbinaisons vocaliques p lutôt ouverte s
pour les auteurs :
• AI : « abierta la boca » (P ére z del Castillo, 2011 : 299).
• AU : « Se pronuncia siempre como ao , la bo ca hueca […] pronunciando la a,
escuramente que suene poco , los di entes un poco apretados » (Cisneros, 1624 :
9)
345
.
• OUAI : « hiriendo abiertissimamente las dos » (Ro ca y María, 1750 : 109).
• A : « abriendo la bo ca s in t oca r al pal ada r con la lengua, ni t ampoco à l os dientes »
(Vayrac, 1714 : 3).

En résumé, de f aç on généra l e, l es auteurs ne s’arrêtent que su r la D AR de
l’aperture (au sens a ctuel) plus grande de [ ɛ ] face à [e], quelles qu’en soient les g raphies,
ou, anecdotiquem ent, de [ a]. L’emploi des mots « abierta » ou « cerrada » , chez l es autres,
fait ré fé rence à l ’arrondissement des l èvres de [ ɔ ] e t de [o ]. Le coupl e [ø] /[œ], quant à lui ,
est tot ale ment pass é sous silence. Signalons toutefois la de scription de [ y] chez Soldevila
(1767 : 8) ; il faudr ait le prononcer « comprimi endo el ayre con l a len g ua al paladar, y
circulando los l abios » . Ce qui nou s intéresse plus particulièrement ici, c’est l a description
de la position de la langue, qui pourrait bien décrire intenti onnellement une voy elle
fermée, ce qui est extrêmement rar e. De plus, la plupart du temps, c’e st la bouche qui est
évoquée, et non la langue.

3. 2. 2. 2. Écartées / arrondies

Comme dans le cas de l’aperture, un t ra it est marqué par rapport à l’autre. Dans
ce cas, c’est lo g iqu eme nt le t ra it arrondi qui est majoritairement re connu
346
, même si, b i en

345
Nous c lassons ici cette descrip tion car nous cro yons que l a « boca hueca » pe ut faire référence à la
position b asse de la langue.
346
Le trait étiré n’était même p as reco nn u c hez Beauzée ( Rey, 201 1 : 174).

261

sûr, il n’était pas nommé comme tel. Pour décrire le plus souvent le [y ] et plus rare ment
/O/ ou / Œ/
347
, les auteurs font normalement appel à la p osition des lèvres, mais pa s
toujours. Vo y ons les d escriptions qui font référence à la labialit é de certaine s articulations
vocaliques :
• [ y ] : « quando es vocal, se pronuncia leuantándo vn poco los dientes de arriba, y
retirando el la bio ba jo azia si, la le ngua cayda sobre los dientes, y vn poco re t irada
adentro, como u » (Cis neros, 1624 : 4) ; « c errando la boca y enco g i endola hazia la
mitad para que passe el sonido » (Billet, 1672 : 17) ; « cerrando los labios àcia l os
lados, y adel antandolos vn poco » (Billet, 1673 : 3v) ; « s e debe sa car los la bios vn
poco afuera, y ac e rca ndo el vno al otro formarlos vn poco en circulo » ( Tor re y Ocón,
1728 : 25 ) ; « se ha n de f runcir los labios algo m as, y abanzarlos al g o m enos que par a
pronunciar la u castell ana » (Núñez de Pr ado, 17 28 : 11) ; « s aca ndo los labios un
poco afuera, y acercando el uno al otro, formarlos un poco en circulo » (Galmace,
1745 : 6, 1754 : 9) ; « apretar los l abios por los lados ; echandolos àzia fuera, de modo
que queden abiertos solo en medio, como soplando y silvando bax ito » (Grimarest,
1747 : s. n.) ; « s ac ando l os labios un poco a rruga dos, como quien quiere sil var »
(Roca y M ar ía, 1750 : 76-77) ; « ap reta ndo los labios » (Contaut, 1763 : 15) ; «
comprimiendo el ay re con la lengua al paladar, y circulando los labios » (Sol devila,
1767 : 8) ; « poner los labios en la mis ma disposicion que para pronunciar una u
castellana ; y al tiempo d e pronunciar e s ta u, s e pronuncie, teniendo en tal d isposicion
los labios, una i » (Gonz ález C aña veras, 1781 : 63) ; « recogiendo los labios sin
movimiento alguno, dex ando un pequeño interva lo entre ambos, y como echa ndo el
aliento fuera de la boca sin mover de ningun m odo, ni l a lengua, ni los labios » (Laurés
de Ma y rán, 1799 : 12) ; « No se p rofiere la u fra nce sa como la u castellana con l a
lengua suelta en medio de la boca, ni suena como ou francesa ; en la pronunciacion
de esta vo cal s e extiende la lengua en m edio d e la boca, viniendo a pa rar entre las
muelas, sus extremidades l ater al es algo apretadas, m ientra s la punta hier a los dientes
de abaxo, y que los l abios recogidos, un poco fruncidos, y nada ex tendidos hacia
fuera, hacen un pequeño circulo, como quien quiere silbar » (Bo y er, 1799 : 18).

347
Les combinaisons g r aphiques actualisant ce t archipho nème n e sont g é néralement pas déc rites po ur deux
raisons : la pre mi ère, nous l’ avons vu lorsq ue nou s avons anal ys é l ’utilisation de la MC, est que beaucoup
d’auteurs renvoie nt à la lettre « U francesa » ; l’a utre v ient du fait que c’est l’un des items le plus souvent
évités par le recours à l’emplo i de la VV.

262

• /Œ/ : « poner los labios como quando se quiere silvar » (Guilla Rubí, 1707 : 2) ;
« abriendo los labios » (Contaut, 1763 : 14) ; « P rofiriendose con las mismas
operaciones que señalam os para la u ; con sola la dife rencia que el circulo de los l abio s
fruncidos con que se pronuncia la u se abr e mas acia arriba qu ando se profiere el
diftongo eu » (Bo y er, 17 99 : 22-23).
• /O/ : « S e pronuncia en el fin escu rame nte, l os labios mu y po co abiertos, quasi
como, u, à la Hespañola » (Cisneros, 1635 : 5).
• OY : « labios abiertos » (Pérez del Castillo, 2011 : 300).

Remarquons tout d’abor d que les d eux derniers it ems se dist ing uent des deux
premiers par le fait que la position des lèvres est décrite avec très peu de précision : elles
sont juste ouvertes ou très peu ouvertes. Si l’on omet l es descriptions de [y ] et de /Œ/ de
Contaut, toutes les autres DAR do nnent des détails sur le « dessin » qu e forment les
lèvres. P ar ex emple, les auteurs font parfois appel à la position labiale très graphique du
sifflement. C’est le cas d e Guigou, Grimarest et R oca y María. D’autres, comme Torre y
Ocón, Galmace, qui le copie, Soldevila ou Bo y er , évoquent text uellement la for me d’un
cerc le.
L’idée l a plus récurrente est que les lèvres sont serrées sur l es c ôtés et qu’elles
laissent un passage au milieu pour laisser circuler l’air. Certains aute urs précisent
néanmoins une des caractéristiques importantes du trait de labialité : le f ait que les lèvres
doivent ressortir un t ant s oit peu. L e pr emier à sp écifier c e dét ail est Billet (1673) ; les
autres DAR iront généralement dans c e sens. Il f aut prononcer « adelantandolos vn poco ;
sacando l os labios un poco afuera ; echandolos àzia fuer a ; sacando los la bios un poco
arrugados » ou « sacar los labios un poco afu era ; abanzarlos ; pon er lo s labios en la
misma disposi cion que para pronunci ar una u castellana » . À ce sujet, l a description de
[ y ] de C isneros semble quelque peu contradictoire, car i l affirme qu’il faut prononcer
« r etirando el labio bajo azia si » , tout comme ce lles de L au rés de Ma y r án e t de Boy e r,
pour qui le [ y ] se prononcerait respectivement « recogiendo los labios » et « l os labios
recogidos, un poco fruncidos, y nada ex tendidos hacia fuera » .
Il est vrai que « f runcidos » donn e une certaine indication dans l e s ens de la
labialité, mais qu’il dise que les lèvres ne ressor tent pas du t out n’a pas dû aider les
usagers. S ig nalons, par ailleurs, que le froncement des lèvres e st aussi s ouvent déc rit soi t
grâce au verbe « fruncir », soit g râce à « arrugar ».

263

Trois descriptions se démarquent des autres. Cel le de Rousseau, qui prétend que
« b asta echàr la respiracion, teniendo la boca e ntreabierta, sin movimiento alg uno de
labios, ni de lengua » (1754 : 9-10), est la plus singulière de toutes puisqu’elle af firme
que les lèvres ne participent pas. González Caña veras, lui, est remarquable par sa
modernité. Q uant à Boyer, no us allons pa rler de la particularité de s a DAR de [ y ] dans l a
section dédiée au trait d’antériorité.
Citons, finalement, une obscure des cription de EU de la part de Núñez de P rado,
qui préte nd que cette combinaison voca lique se prononce « como dex ando el a y re dentro
del pecho » (1728 : 16). Signalons, également dans les descriptions d iffic ilement
anal y s ables, la DAR de [ ǝ ] de Roca y Ma ría, pour qui « se p ronuncia àzia de ntro » (1750 :
37).

3. 2. 2. 3. Orales / oronasales

Le trait nasal est reconnu plus souvent qu’on ne p ourr ait le pe nser. Pourtant, la
plupart du t emps les auteurs ont du mal à se détache r de l’écrit et décrivent souvent une
consonne prononcée d e façon spé ciale pour d épeindre les vo y elles n asales. En effet, il s
sont neuf à présenter le phénomène de nasalisation de la sorte :
• « [ M y N] en el fin de dict ion, o s y ll aba pronuncian con m ucha suavidad, sin cerrar
los labios, como en Castellano » (Cisneros, 1624 : 6-7).
• « [ N final] No se pronuncia tan r ec io, como en Castellano » ( Billet, 1672 : 10) ;
« La N final no se pronuncia con tanta fuerça com o en romance » (Billet, 1673 :
6r).
• « …si la n no comiença l a s y l aba , ni es seguid a de vna vocal, ni lleva despu es otra
n , se debe pronun ciar algo obscura, ò con un a pronunciacion algo d e la nariz.
Quando es letra final d el vocablo, algunas vez es se pronuncia con su propia
pronunciación, que es vn poco fuerte » (Tor re y O cón, 1728 : 14).
• « [ N] final, [ ...] unas veces se pronuncia fu erte, com o si estuvi er a doble, y ot ra s
no [ …], c on un sonido mu y obsc uro » (Galma ce, 1745 : 27) ; « Naritica es la n
final, quando no se pro nuncia ; porque aunque parezca al o ido tener sonido
alguno, es tan débil, y oscuro, por salir d e las narices, qu e apenas se puede
percibir » (Galmace, 175 4 : 38).

264

• « Quando la n acaba la sylaba, se pronuncia de u n sonìdo medio partido y en la
nariz » (R oca y María, 1750 : 54).
• « Vo cales nasa les, son las precedentes unidas à la m , ò n , cu y o sonido algo
gangoso, l as hace ll amar nasales: de la voz latina nasus , nariz. Adve rtencia : Esta
pronunciacion ne ce sita oirse de la voz vi va del Mae stro, observando sobre todo,
que el sonido d e la m , ò n nasal , no debe equivocarse con el de la m , ò n clara
castellana, porque causarí a los ma y or es equívoco s : v . g. Si se pronunciára bon ,
bueno, sin atend er al soni do nasal de la n , se daría à entender que se ha dicho
bonne , buena » (Chantreau, 1781 : 9).
• « Distinguimos dos clases de n, una consonante y ot ra nasal ; la consonante es
aquella que empiez a dicc ion ó sílaba, ó la final seguida de vocal […]. Pero la n de
an, en, in, on, un, seguida de consonante es nasal » (L aborda, 17 84 : 14).
• « Sin razon, algunos han definido la n. : es la que saca su sonido de las narices :
pero es evidente que la n . de qualquiera e s pec i e que sea sa ca su sonido de alli :
mas en efecto lo qu e las dis ting ue en su sonido ; es el que el soni do de la n. nasal
se ha d e quedar dentro de l as narices ; y la n. conso nante no dá su ve rda dero so nido
sino sale de las narices » (Laurés de Ma y rán, 1799 : 8).
• « Es regularmente nazal la pronunc i acion de m y n quando estas dos letras van
precedidas de voc al y s eguidas de consonante ; ó quando precedidas de v ocal se
hallan en fin de diccion. Entonces la m se convierte en n , y esta se ex plic a sin
esfuerzo alguno, con un sonido nasa l del modo que sigue : Al p roferirla s e ace rca
á l as n arices la raiz d e l a len gua , mientras sus l ados ex tendidos hieren en l as
muelas superiores, qued andose su punta suelta y como s uspensa en medio de la
boca. La m na zal no se profie re juntando los labios, ni la n hi riendo la punta de la
lengua en el paladar ; de que resulta que m y n, quando se pronuncian na riticas se
suavizan tanto, como que casi no se profieren » (Bo y er, 1799 : 24).

Malgré la perception d’un son différent, aucu n de ces auteurs ne sembl e
reconnaître l’exis tenc e d e vo y elles nasales. C’est, à ch aque fois, un e modif ication de [ n]
ou de [m] qui est décr i te, par fois en leur donnant un nom particulier : on parle des lettres
N et M comme pouvant être « nariti ca s » ou « n asales » . Et même quand les auteurs
ressentent le f ait que ces sons pouvaient avoir totalement di spar u, i ls expliquent que la
consonne ne se prononça it pas ou très peu, m ais ils étaient, pour la plupar t, incapables d e

271

« liquida » (ou le verb e « liquidar » ) et, en moi ndre mesure, celui de « mojada » (ou
« mojado » ) , généralement pour faire référence au L pal atal [ ʎ ], mais pas seulement
354
.
Nous tenons à rappeler que sont considérés comme DAA toutes l es descriptions
se rapportant à un point ou un mode articulatoire, mais où sont emplo y és des termes
auditifs ; ce sont des termes, en fait, qui ne désignent pas directe ment un organe ou une
zone articulatoire et qui p ourtant s’ y ra pportent. I l pe ut paraître choquant de considér er le
terme « liquide » , traditionnell eme nt associé à l’ impression auditive, comm e étant un
terme audio- articulatoire ; cependant, nous allons voir qu’au s ein de notr e corpus, il ne
fait presque jamais référence aux « liq uides » traditionnelles [ l] et [ ɾ ] (et encore m oins à
[n] et [ m]
355
) – plutôt dé signées de l a s orte, d’ailleurs, de par leurs propriété s
combinatoires qu’à cause de l ’impression auditive qu’elles causaient –, m ais à des
articulations palatales dans l’im mense major ité des cas :
• « Delante d e dos l l , l a i , no se pronunçia, y sirve para haz er l as liquidas » ( B illet,
1672 : 8 -9) ; « [ L ] Dob le, se pronunci a como las ll liquidas de las lengua
Castellana » (Billet, 1673 : 5v).
• « La a , la e , y los di tongos de e u , y ou , que estàn seguidos de la i , y que estàn
seguidos de l , ò ll , hacen la dicha l , ò ll , li quidas, ò mojadas » (Courville, 1 728 :
8).
• « …pero si precede una i , assi la l simp le, como l as dos ll se pronuncian con el
sonido liquido de las dos ll Castellanas » ( Núñez de Prado, 1728 : 30).
• « Una l , ò dos l l juntas, y precedidas de dos vocales, cu y a segunda es i , se
pronuncian como l as ll liquidas de l a lengua Castel lana » (Galmace, 1745 : 25) ;
« [ L] Simple, ò doble suenan liquidas e n las vo ces sig ui entes » ( Galmace, 1 754 :
31).
• « Quando antes de la l hay ai , ei [ L ] se ha ce li quida, ò se pronun cia como ll
Española, y lo mismo, s i son dos ll ; lo que l os Franceses llaman l moui llée l
suavizada » ( Grimarest, 1747 : 40).

354
Soldevila (17 67 : 11-12 , 18, 22) et B oy er (17 99 : 29, 3 1) em p loient le ter me « liq uido » po ur désigner
le son palatal [ ʒ ] ; Galm ace ( 1754 : 30), pour sa par t, est le seul à q ualifier [ ɲ ] de « liquid a » ; Chantrea u,
enfin, consid ère également q ue Y ([ j]), dans le groupe AYE, « tiene algo de liquido » (1 781 : 6).
355
Dans leur i mmense majorité, les auteurs n’emploie nt pas « liquide » dans ce se ns pour fair e référence à
L ([ l]). De plus, du moment que no m bre d’entre e ux con sidèrent qu’un I placé devant L « liq uida » (du
verbe « liquidar » ) le L, c ’est que cel ui-ci n’est pas nat urellement liquide, c’e st-à-dire, p alatal. La
descrip tion d e Pellep ort (f. XV III
e
: 2 ), que nous e xposons dans la liste, nous c onfirme d ans cette id ée. Nou s
verrons, au sein d e notre tro isièm e par tie, les auteurs qui ont e m p loyé le terme d e « liquide » pour faire
référence à autre chose qu ’à un son palatal.

272

• « …las ll dobles despue s de la i , toman un soni do mojado : porque es p reciso
mojar el paladar con la lengua para pronun ciarlas bien » (R oca y M aría, 1 750 :
48).
• « [ L] S imple, ò doble suena como s imple, menos quando la precede una i , que
entonces la i se suprime, y solo si rve pa ra liquid ar la l, ò ll » (Soldevila, 1 767 :
18-19).
• « En las sí labas ail , ò ail le , eil , ò eille , euil , ò euille , ille , ouille , s e s uprime la i
(menos en la terminacion ille ) y se pronun cia la l ò dos ll con el sonido líquido
de ll castellana » (Chantr ea u, 17 81 : 18).
• « Se p ronuncian las dos ll como una sola, á m enos que no s ean líquidas, q uiero
decir, á menos qu e no se pronuncien como ll caste l lana » (Pelleport, f. XVIII
e
:
2).
• « E. i. se guida de dos l. l. se pronuncia ell . S uprimiendo la i. l a qual no sirve
entonces mas que para liquidar las dos l. l. » (Lau rés de Ma y rán, 1799 : 17 -18).
• « La l final se moja pronunciandose como l l castellana » ( Boyer, 1799 : 32) ;
« Con esto se v e quan errado va Chantrea u p. 18. Quando dice g en era lmente que
en la terminacion ille dos ll no tienen l a pronunc iacion liquida del castell ano »
(Boyer, 1799 : 33).
La description de Roca y María nous semble ê tre révélatrice du sens articulatoire
que nos auteurs attribuent aux termes « li quida » ou « mojada » ( et leurs dérivés).
D’autres encore emplo ient des de scriptions uniques
356
. Pour Sotomayor (1565) ,
par ex emple, le L palatal se cara ctér iserait par une certa ine « grossura » . Meurier (1558 ),
chez qui Sotoma y or av ait puisé et traduit son explication, affirmait que ce L palatal était
« assez mal aisé a ux Allemans e t Anglois à prononce r, pour telle grasseur » . I l semblerait
donc que « gras » ou « é pais » aurait pu désigner une articulation palatale. Or, rappelons
qu’il existait – et e xist e encore – le v erbe français « grasse y er » qui actuellement signifie
« parler en articulant avec l a partie postérieure de la cavité bu cc ale » (C NRTL ). C ette
définition neutre ne précise pas que parler « gras » ou « en grasseyant » est souvent
considéré comme une prononciation déviante, un défaut, qui, en espa g no l, pouvait se
traduire à l ’é poque comme « c ecear » . Le double sens du m ot « grasseyer » et sa
traduction en espag ol ex pliquerait que Dacosta (1752 : 32), pou r s a part, décrit, en

356
Par descriptio n unique, nous entendons « descriptio n propre à un seul auteur » , que l’o n ne retr ouve
nulle par t ailleurs, tel un hap ax.

273

français, que l e L « doit se moui ller » lo rsqu’il est palatal, et qu ’en espagnol i l
recommande de le « zacéar » (1752 : 32 ) ou de le p rononce r « z acéando » (1752 : 33). Ce
terme rappelle bien celui de « ce ce o » m ais ne faisait certainement pas référence à la
confusion de [s] dorsovélaire et [ θ ] interde ntale.
Ajoutons également, pour en revenir au de g r é de force , l a DAA d e Gui lla Rubí ,
qui prétend à propos d e L ou LL que I « sirve solamente pa ra darle, ò darles la fuerça »
et que sans I , « a unque s ean dos l as ..ll. . se pronun cian como vna sin f uerça » (1707 : 8) ;
ou celle d e Grimarest (17 47 : 40), allant à l’inverse de son prédécesseur puisqu’il qualifie
cette lettre/son de « suavizada » .
Un c as particulier s e déta che au sein de nos auteur s, celui de Soldevila : i l semble
utiliser l e verbe « liquida r » dans un autre sens que celui de « rendre palata l » , ou plutôt,
dans un sens dérivé du premier par influence graphoph onétique. En voici l’explication.
À propos du digramme « ea » , S oldevila déclare : « Si la e de ea, no tiene acento,
y la precede un a c, ò g, e ntonces la e se suprim e, y solo sirve de liquidar la c, ò g, con la
a, ù o, v. g. comenceames-començam es, mangeons-manjons » (1767 : 11-12).
« Liquidar » l e G, c’est donc dire passer d e [ g ] à [ ʒ ] . Or, rappelons-le, [ ʒ ] est un son
déclaré « liquido » pa r l’ auteur. I l reste donc da ns la logique associa nt les sons liquides à
la zo ne d’articulation palatale. C epe nd ant, dans le même cas qu e [g]-[ ʒ ] apparaît le coupl e
[k] - [ s ] , ce dernier son n ’étant pourtant pas palat al, même pas prépalatal, du moins en
français. Dans ce cas, « liquidar » ne peut plus s’int er préter comme un changement de
prononciation vers la zone palatale (bien qu’il faille avancer l a z one de contact de la
langue pour passe r d’un [k] à un [s]), m ais plutôt comme l e changement d’une consonne
momentanée pour une continue.
Ainsi, ce qui, selon nous, a incité Soldevila à mettre les deux couples dans l e même
sac d esc riptif, c ’est le ur comportement graphique similaire : aussi bien C que G suivis de
A, O, U changent de valeur s i un E s’intercale. Pourquoi, alors, ne pas les décrire de la
même manière ? Un C va donc « être li quidé » tout comme un G qui « est li quidé » , c’est-
à-dire, qui devient p ala tal, lorsque un E est placé entre cette consonne et une vo y elle autr e
que E ou I.

Grâce aux DAA, les auteurs différencient qu elquefois également l’arti culation
vélaire de [x ] fac e à la palatale de [ ʒ ]
357
; le pl us souvent, les termes a uditifs s on t

357
Bien entendu, cette o pposition n’existe qu’à partir d u m o ment où l’articulation véla ire [x] devient plus
répandue q ue [ ʃ ] , c’e st-à-dire, au plus tar d, au m ilieu du XVII
e
siècle. Il se p ourrait donc q ue Cisneros, avec

274

accompagnés de ter mes purement articulatoires (« gutural » ou « gaznate). Par ailleurs,
notons que cette oppositi on repose uniquement s ur un critère g r aphique, sans corrélation
sonore entr e les deux it ems opposés, puisque la m ise en reg a rd de ces deux sons est basée
sur les lett re s G (+ E, I) ou J , qui s e lisent simplement de façon différente en français et
en espagnol. Voici les DAA que nous en relevons :

• fricative vélaire sourde [x] / fricative postalvéol aire sonore [ ʒ ]
o G + E, I : « s e pronuncia casi como la ch Francesa [...] y pronunciandola
con mas s uavidad que la g Española que ti ene algo d e la pronunciacion
gutural » ( B illet, 1673 : 5r) ; « Mas suave que en Es pañol […] no de
gaznate » ( Guilla Rubí, 1707 : 4) ; « mas blanda q ue en Castellano, porque
esta letra es gutural entre los Españoles » (Vay rac, 1714 : 70 ).
o J : « Mas suave que en Español [ …] no de g aznate » ( Guilla Rubí, 1707 :
4) ; « j ó g suav e » face à « x ó g fuerte » española (Chantrea u, 1781 :
V
).

Enfin, nous recensons chez quelques auteurs des DAA qui pourraient opposer les
sifflantes selon leur point d’articulation :

• Zone interdentale / zone dentale / zone alvéolaire
o C + E, I ; Ç : « [ Ç] S e pronuncia como z , pero mu y mas dulcemente que
suéna como s » (Cisn eros, 1624 : 5) ; « [ C + E, I ; Ç + A, O, U] ti ene un
sonido mas firme que en romance, que lo t iene algo ceceoso » (Billet,
1673 : 4r) ; « [C] , con cedilla, y antes de e , y de i suena no tan cerrada
[como en cast ellano], sino como un m edio e nt re c , y s » ( Núñez de P rado,
1728 : 26); « [ Ç] s e h alla en ambos i diomas, sonando en Francès como una
s clara, y en Castellano como una s ceceada » (Contaut, 1763 : 1 0)
358
.
o S: « El Francès no la pron uncia [la s ] con tanto silvo [ como en castellano] ,
sino con al go de ceceo ; esto es, como un medio entre c , y s » (Núñ ez de
Prado, 1728 : 35); « sea simple, ò doble suena m ucho mas blanda que en
Castellano » (Sol devila, 1767 : 19).

les explications « [GE + A, O, U se prononce] ja , jo , ju , pero m as dulce m e nte, que suena co m o ya , yo , yu
» (162 4 : 6) e t « [J] se pr onúncia como la jo ta en Hespañol, a u nque mas d ulcemén te » (16 24 : 3), ne fasse
pas référence à l’opposition [ x]- [ ʒ ], m ai s [ ʃ ]-[ ʒ ].
358
A u sein de l’œuvre de Contaut il est éc rit « s cedeada » , mais c’est une erreur qu’il c orrige dans la « Fee
de er ratas » .

275

o SS : « se pronuncia como ce ceando » ( Billet, 1672 : 12) ; « con vn genero
de ceceo, casi como la z española, antes de vocal » (Billet, 1673 : 7r).

Plusieurs auteurs, nous le voy ons, abordent les différences d’a rticulation entre les
sifflantes françaises et espagnoles.
Cisneros, qui prononçait certainement enc ore l e Z plus dental qu’interdental
359
et
le S apicoalvéolaire, a pe ut-être voulu également r approcher Ç français, qui se prononçait
[s] prédorsodental, de cette consonne f ricative (Z espagnol), car elle était similaire au
niveau du point d’articulation. P uis il déclare que Ç est plus dou x que Z , à la m anièr e de
S. I l est bien possible que, dans ce cas, il fasse réf ére nce au S français, qui se prononçait
comme Ç (en français), et dont le son était certainement moins avancé que celui d e Z (en
espagnol).
Seuls Billet et Contaut se mblent également abo rder la différence d e ti mbre d e C/Ç
puis S S entre l e français et l’espag n ol. Avec sa première description, Billet paraît attribuer
au [s] prédorsodental du C/Ç français une certaine « f ermeté » face au C/Ç espagnol, qui
se prononce certainement déjà [ θ ], donc interdenta l. Contaut a l’air d’aller dans le mêm e
sens, m ême si, pour sa part, il attribue au Ç le son du S « clair » , c’est-à- dire [s]
prédorsodental. Dès lors qu’il avait peut-être ap pris l’espagnol à C adix, il n’est p as
étonnant q u’il ait considéré que les Esp agnols prononçaient le Ç com me « una s
ceceada » .
Le s ex plications de SS de Billet, cette fois-ci, nous semblent plutôt faire r éférence
au fait que SS en français s e prononçait [ s] pré dorsodental, comme Ç, alors que S ou S S
en espagnol septentrional s e prononçait [s] apicoalvéolaire. Ainsi, comme le [s] frança i s
était plus proche articulatoirement parlant de [ θ ] interdental, écrit aussi Z en espa g nol, l e
digramme « SS se pronuncia como ceceando » po ur Billet.
En ce qui concerne l es deux descriptions de Núñez de Prado
360
, nous constatons ,
de nouveau, qu e l’aut eur décrit le [ s] prédorsodental français et l’op pose au [ s]
apicoalvéolaire espagnol. Ce qui nous semble révélateur, c’ est l’emploi du terme « silv o »
qui, selon nous, décrit le sifflement très perceptible du [s] septentrional espagnol, et qui
est absent du [ θ ], d’où le mélange proposé par le jésuit e.

359
Il est p robable qu’au XVIIe siècle le / θ / ne s’artic ulait pas encore co mm e l’interd entale moder ne m ais «
menos dela nt era y con ti m bre menos cic eante » ( A . Alonso, 1 951 : 25 ) .
360
A. Alonso (195 1 : 3 2) signalait le fait que Núñez d e P rado « es el p rimero q ue de nuncia un a diferencia
entre la s castella n a y la fran cesa ». Mais nous avons v u q ue Billet (1672 : 12 ; 1673 : 7r) était déjà au
courant de cette différence.

276

L’emploi de ce terme, « silvo » , n’est pas exclusif de Núñez de P ra do. En effet,
Roca y María l’ emploie également, à sa DAA de S et de Z. [s] aurait un « sonido como
de silvo » (1750 : 67), e t Z ([z] ) est décrit de l a faç on suivante : « el pr incipio de su
pronunciacion es como si lvando, y el fin seco » ( 1750 : 82). I l est évident, cependant, que
sa sig nification n’est pas exactement l a même que chez N úñez, puisqu’il ne fait pa s l a
différence entre les [s] f rança is et espag nol. Roca y Marí a ne perce vait peut-ê t re pas cette
différence, qui, p ar contr e, semble êt re perçue et décrite chez Soldevila. À notre avis, il
est difficile d’interpréter la description de ce dernier de façon différente ; et m ême si c’est
bien moins clair que chez Núñez de Prado, ils per ce vaient peut-êtr e tous d eux une sorte
de chuintement dans le [s] apicoalvéolaire qu’ils décrivaient chacun à leur f aç on.

3. 3. 2. 2. Oppositions habituelles de mode

L’une des caractéristiques des DA A, c ’est qu’une même terminolo g ie p eut ne pa s
être p as emplo y ée par les auteurs de l a même façon . Vo y ons pl utôt l’affirmation de Maux -
Piovano (2012 : 292) à ce propos :

Les gramm air iens pour étrang ers pr o p ose nt d onc bien une
ébauche de métalangag e visant à pe rmettre la des cription
phonétique de l a lan gue enseignée. Nous parlon s
d’ « ébauche » car cer tain s termes sont t rès empiriques et
approxim atifs […]. D’autres sont poly s ém ique s, et le public
apprenant dev ait certainem ent fournir assez souvent u n effort
d’imag ination pour compre ndr e à quoi ils se r éféraient.

Ainsi, l’opposition la plus emplo y ée, celle qui met en regard la force ou la rudesse
de t elle ou telle articulat ion, face à la faiblesse ou délicatesse d’une autre
361
, revêt de
nombreuses si gnific ations différentes et renvoie le plus souvent à des o ppositions de
mode. Certains termes désignent quand même d es opposi tions identiques chez divers
auteurs. C’est c e que nous constatons dans les DAA suivantes, que nous avons classées
selon la proportion d’utilisation plus ou m oins éle vée sur le nombre total d’auteurs :

361
Parfois, la forc e est opp osée à un trait d’obsc urité, plus pro pre aux DAU des voyelles. C ela arrive, par
exemple, lors d es explicatio ns sur les conson nes nasales non prononcées.

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