Essai sur l'histoire des comices de Rome, des états-généraux de la France et du parlement d'Angleterre
Full text
;
ESSAI sVR L’HISTOIRE DES COMICES DE ROME, VÆS ETATS-GENERAUX DE LA FRANCE, ET DU PARLEMENT D’ANGLETERRE. TOME TROISIEME. PAR M. ***. 178^.
ESSAI Sur Thifloire des Comices de Rome ,des Etats-Gérieraux de la France, &du Parlement d'Angleterre. O TROISIEME PARTIE. Du Parlement jîngleterre, LIVRE PREMIER. Avant-propos. K. OME,en conquérant la terre ,avait donné àfes citoyens tout ce qu’on peut attendre des loix ;une confticution qui airurait leur vie ,leur liberté ,leur propriété ,qui procurait àchacunles moyens de développer toutes fes facultés ,qui laiffaic Phomme s’élever &parvenir à toute fa grandeur! Tome III. A
2DÜPA B r. EMENT En France ,au contraire ,il femble que le bien foie un fruit du climat. LéÉs, conftitution toujours flottante ,n’a ni corrigé les vices ,ni dirigé les événeméns. La Nation n’a même défriché foigneufement fes campagnes ,embelli fes villes ,couvert la mer de fes vailTcaux , cultivé les arts ,les fciences &les lettres que depuis fes derniers Etats-Généraux , depuis que Kichelieu ^Loiiis XIV&Louis XVy enfefanttaire les prétentions de l’orgueil, ont roisun peu d’enfemble dans cet Etat, compofé de tant départies diverfes. Jufqu’à leur régne ,dans un cfpace de douze cents ans ,la France n’avait brillé que par les armes ;fuccès vulgaire ,commun àtoutes les Nations. Car toutes fe glorifient de leurs victoires ,très-peu fe vantent de leurs arts ,prei'que aucune de leur conftitution. 'Cependant le Gouvernement aplus d’influence que le climat. La nature travaille encore au bord du Tybre , comme du temps des Scipioris. Mais les loix n’y veillent plus fur l’homme. Ce fol inculte aujourd’hui ,ne produit plus que des ronces jautrefois l’agriculture
d’ Angleterre. 5 le couvrait de fuperbes platanes ,dont les vaftes rameaux fufpendaient dans les airs les grappes de cent ceps dont ils étaient les heureux appuis. Mais li ces mœurs antiques parailTent trop étrangères ànos mœurs ;fi le temps qui nous en fépare ajette fur elles quelque chofe de magique ,qui femble les rendre purement idéales ;interrogeons le fiècle même où nous vivons yvoyons s’il n’efl: point quelque peuple que la Renommée nous indique, &dont elle vante la confhtution comme fimple Sc fage , comme aùurant la profpérité publique , Sc la félicité des familles. L’exemple inftruit mieux que le précepte. On ne doit imiter perfonne ,je le crois ;mais on doit être le diiciple de quelqu’un. Aujourd’hui que nous cherchons àformer notre conftitution ,c’efl; le moment d’étudier celle des Nations les plus célèbres de l’Univers. On adit depuis long-temps ,que nous inventons peu ,mais que nous perfectionons tour. Eh bien ,perfedionons ce qu’ont établi de meilleur les anciens Sc les modernes. Nous avons aboli la ferA2
ÏO X)VParlement fiefs étaient très-inégaux ,il yavait encore d’aflez grands Seigneurs. Ces Seigneurs avaient des vailaux &des arrièresvaifaux ;mais tous ces pofiefieurs de fiefs &d’arrières-fiefs étaient bien plus rapprochés les uns des autres qu’en France» Le Roi ,fuzerain de tant de fiefs incapables de lui réfîfter ,avait encore ordonné, afin d’accoutumer davantage les efprits àlui obéir ,que toutes les Cours de Juifices feigneuriales ,relèveraient de fa Juuice. Le Roi femblait devoir jouir, par ces précautions, d’une puilTance éternelle, &d’autant plus inébranlable ,qu’elle était fondée fur la faibleffe de tous. Ce fat préciféraent ce qui donna aux Anglais un génie &des préjugés tout contraires àceux de la France. pofition dcs deux peuples était bien feodUité en différente. En France ,les arrières-vafy-ance &en ^, Aagieterre. iaiix ,Ics vavaueurs, les vavafiins avaient àfe plaindre de ces grands Seigneurs, vaffaux immédiats de la couronne ,& affez puiiTans pour être injuftes ,Sc pour les opprimer; ils invoquaient le Roi. Le Roi appellait àfon Tribunal ,q^uand ii
îî d’ A NGrETEKRï. îe pouvait ,de tous les jugeroens des Juftices de ces Seigneurs ,&tous les efprits s’accoutumèrent àen appeller au Roi ,àinvoquer ie Ror ,ale regaraer comme le réparateur des torts ,ie vengeur public ,l’elpoir de tous ,le maître des Grands. En Angleterre les foixante mille Seigneurs &leurs vaffaux ,plus femblaoles àde grands Propriétaires de terre, qu’à des Seigneurs de Province ,ou de Cnâteaux forts, n’ayant point de Seigneurs fupérieurs qui les opprimalTent, point de vafte domaine qui leur fournît des reffources pour être indépendans ,&pour faire féparément la guerre ,ils s’accoutumèrent àne redouter que le Roi, àchercher des forces contre lui dans ie peuple , ëc àn’agir qu’en fe confédérant; car l’un ne craignait pas l’autre, &tous craignaient ie Roi. Ces Seigneurs étaient pour la plupart Normands ,ou iffus de Normands ,ou d’avanturiers étrangers. Mais le fond de la Nation était compofé de Bretons , d’Anglo-Saxons ,de Danois ,qui tous regardaient le Duc de Normandie com-
12 U: des des Bies. BU Parlement me leur ennemi ,qui tous regrettaient &voulaient leur wittena-Gcmot. Ainfi quand ces Seigneurs de fief voulurent fe foulever contre Guillaume ,ils trouvèrent tous les efprits dilpofés àles féconder. La chaffe occupait en France l’oifiveté de la Nobleffe ;Guillaume Sc fes fucceffeurs Finterdirent àla Nobleffe Anglaife. Elle n’employa plus fon loifir qu’à décrier les Rois. iiformité autre effet de cette révolution , ^Coutf ^Conquérant ,toute l’Angleterre fe trouva foumife àun régime uniforme ,àdes loix femblables, àune même manière d’être. Cette uniforraicé eût été le chef-d’œuvre de la politique &de la légiflatioa ,fi elle eût été fondée fur la juftice ,fur l’humanité, fur les intérêts &le plus grand bien de tous ;fi elle eût affuré la vie ,la liberté , la propriété de chacun :mais ,tendant uniquement àfortifier la puiffance du Monarque ,elle infpira àtous un défit égal de borner l’autorité du Monarque qui pefait fur tous. En France tout était contradictoire ,&chaque contradictioa fortifiait l’autorité Royale^
b’ AN«LETERRs. î3 En France ,la Couronne reliait touJours dans la même famille. Sous la Race des Capets ,par un bonheur inefpéré ,fîii«s dao* Sc qui n’a pas d'exemple ailleurs ,elle familles, pafla du père au fils ,pendant douze générations; &elle n’a encore paffe que deux fois àdes branches collatérales dans le cours de plus de fept cents années. La Couronne d’Angleterre au contraire flotta perpétuellement d’une famille àl’autre. Le peuple vit fréquemment pluficurs familles fe la difputer , êc toujours ces familles étaient étrangères. Il ne put s’attacher àaucune par goût ,par habitude ,par ancienneté. Deux fils de Guillaume legnèr&atCLiccefflvement, &moururent fans cnfans. Une fille de Guillaume porta la Couronne d’Angleterre ,non dans une famille Anglaife^ ou domiciliée en Angleterre ,mais dans une fécondé maifon Françaiie ,dans celle des Comtes de Blois ;&une petite fille de ce même Conquérant ,la porta dans une troifîeme maifon Francaife ,dans celle des Comtes dAnjou Plantagenet,
14 pü PARtEMEN^ Henry JJ, Comte d’Anjou, du chefde fon père ,Duc de Guienne par fa femme Eléonore ydevint Roi d’Angleterre &Duc de Normandie par fa mère.' Il fut un des plus puiifans Rois de l’Europe. Mais les Anglais fentirent que la puiffance que ictus Rois acquéraient en France ,diminuerait àieiii's yeux la valeur de leur pays, &réduirait leur ifle àn’être qu’une Province de ce Royaume continental dont leurs Rois étaient originaires. La Liberté jettefes premiers fondémens. L’autorité des Rois d’Angleterre était la feule alors qui fut étayée par des loix, &fur-tout par des loix uniformes. Pvlais n’étant foutenue ni par l’amour du Peuple, ni par le refpecl des Grands, ni par la Juftice qui feule ne révolte pas, il yeut, malgré la puiffance des Rois, &leur iégiiiatLon ,des troubles Ibus tous les règnes. Ces troubles ne produifrent rien d’utile, jurqu’au régne du Roi Jean ,frère &fucceîTcur de Richard-cmir-de-Lion, Ôc fils ,comme lui ,de Henri II.
c’ ANGnETER R E. I J Ce Roi Jean ,furnommé Sans-terre , ayant aflaffiné fon neveu ,&ayant été condamné par les Barons du Roi de France ,dont il était le vaflal ,fut forcé de traiter ,avec les Barons Anglais foulevés contre lui. La Cliartre qu’il leur accorda malgré lui, &qu’on appelle la grande Chartre,gnt' montre dans quel affervilTementJes peuples ,&même les Grands ,vivaient alors. Elle prouve fur-tout ce que nous avons dit ,qu’en Angleterre ,la Nobleffc &les hauts Barons ,au lieu de méprifer le peuple ,&de féparcr imprudemment leur caufe de la fîenne ,eurent le bon ^ efprit de s’unir avec lui ,&de facriner plufieurs de leurs droits au maintien des droits de tous. Iis forcèrent leurs Rois àrenoncer à pluiieurs privilèges de la féodalité ;mais ils yrenoncèrent eux-mêmes àl’égard de leurs vaiTaux. Ils flipuièrent dans cette Charrre , qu’un homme libre ne pourrait être emprifonné, ni dépouillé de fes biens, ni banni ,ni mis àmort ,fans un jugement légal de fes Pairs :qu’une veuve ne ferait Grande rtre fi* seniaxî.
i6DU Parlement pas forcée àfe marier malgré elle :que l'homme libre pourrait dilpofer àfa volonté de fes biens par fon teftament, &que s’il mourait fans tefter ,fes héritiers en jouiraient :qu’il pourrait fortir du Royaume &yrentrer quand il le voudrait :qu’aucun Shérif ou Baillif ne pourrait prendre, fans payer, ni chevaux, ni chariots pour porterie bagage du Roi, de que le Roi ne pourrait prendre ceux des Eclefiaftiques ,des Chevaliers ,ou des Dames ,ni couper leurs bois pour Ibn ufage ,fans leur confentement :que les Marchands auraient la liberté de faire toutes leurs affaires fans être fournis à des taxes arbitraires ;qu’il n’y aurait dans tout le Royaume qu’un poids êc qu’une mefure :&que le tribunal de la cour des Communs Plaids ne fuivrait plus le Roi, &: demeurerait fixe &fédentaire dans un même lieu. Cette Chartre ne contenait pas toutes les loix nécefiaires pour fonder &maintenir la liberté d’une grande Nation , mais elle en contenait le germe. Dès ce moment il yeut un accord tacite entre les Grands &le Peuple pour fe
d’Angleterre. fe défendre mutueliement contre tous ceux qui voudraient envahir leur liberté. Ce fut l’elprit général, &cet efprit était précifément l’oppofé de celui qui régnait en France, &qui ifolait tous les Ordres &tous les Grands. Ce n’était pas l’efprit de Rome &de ces Républiques anciennes, qui, en réfervant àquelques hommes les droits de Citoyen ,avaient livré le plus grand nombre àl’efclavage ;c’était un efprit beaucoup plus julle ,&c qui valait infiniment mieux. OPPOSITION DES ROIS. La Chambre des Communes s'établit. L’ignorance, le défaut d’idées abftraites ,celui d’expreffions concifes & claires, qui renfermaiTent colleéiiveraent beaucoup d’idées, en peu de mots, empêchèrent qu’on ne conlidérât ces droits comme ceux des peuples, comme inhérens àl’humanité ,comme fondés fur fes befoins, &comme lui appartenant par les loix de la Nature. On ne les regarda que comme des privilèges particuliers obtenus par la force ;les Rois ne virent Tome III. B
iS pu Paîii.emenï' en eux qu’une conceffion paffagère ,arrachée par des révoltés. Les Rois Il en'réfuita qu’en Angleterre ,les Rois s’oppofent ài t •i'jjo Il liberté, s’opposèrent ala liberté des vjrands oc àcelle du peuple ;tandis qu’en France les Rois appeiiaient le peuple àla liberté pour l’oppofer aux Grands. Les Rois, dans cette île, fe trouvèrent, pour ainfi dire, broyés entre le Peuple & les hauts Barons, tandis qu’en France ce furent les hauts Barons qui fe trouvèrent preffés entre les Rois &le Peuple. Le Roi Jean eût àpeine ligné la grande Chartre ,qu’il refufa de l’exécuter. Ses Barons le déposèrent ,appellèrent au trône Louis ,fils de PkiUppe -Augufie ^ Sc le couronnèrent àLondres. Pendant cette guerre, le Roi Jenw mourut. Les Anglais reconnurent pour Roi fon fils Henri ,enfant de dix ans. Ils lut firent jurer l’obfervation de la grands Chartre ,&ils forcèrent Louis àretourner en France. Lorique Henri III fut dans l’âge de i’oïgueil &de l’ambition ,il révoqua la grande Chartre :fes Barons reprirent les armes ,&le forcèrent àen jurer de nou-
d’Angleterre. 19 veau raccompliffement. 11 jura ,&ne tint point fon ferment. Un Français àqui Henri III ôta le us Birons ^|.liguent Gouvernement de la Guienne ^le ut le po^J. torcer chef des Barons ,ligués pour forcer le J’accompîif- „.,•.-.femer.t de la Roi atenir la parole. grande char. Ce Français était un fils de ce barbare tre. Simon de Memtfort ,le perfécuteur & rexterminateur des Albigeois ,que les dévots regardent comme un Saint ,& les fages comme un brigand. Ce Simon dt Montfort avait époufé une Comtefle de Leicefler. On fit àlà mort deux parts de les biens ;fon fils aîné prit poiielTion ae ceux qu il avait eus en France ;fon fécond fils ,de ceux que la mère avait eus en Angleterre. Il devint Comte de Leicejtzr. Ce Comte ,pour fe venger d’avoir perdu le Gouvernement de la Guienne, déclara la guerre àfon Roi, gagna labataille de Lewes ,fit prifonnier Henri III y &fon fils le Prince Edouard ,prefque toute la Famille Royale ,<Sc la piupart des Seigneurs attachés au Roi. ^Barons Il fe fervit du nom &de l’autorité de admettent le peuple dans ce Roi captif, pour faire remettre toutes i^urs ASem»
^6 EU PAEU E MsNT déciaraiît excemmunié quiconque entreprendrait de la violer. Cette lecture eft peut-être rinlîitution la plas fage qu on ait jamais faite. Il eft étonnant que les autres Légiüateurs n’ayent pas ordonné cet ufage ,qui feul fait connaître les loix ,qui les empêche de fe perdre dans l’oubli ,qui les imprime dans la mémoire de tous les jeunes gens ,Sc qui force les Magiftrats àles obferver, C’eft vraifemblablemcnt cette îeclurc qui rendit la grande Charcre un objet plus facré pour toute la Nation ,qu’une, multitude de loix qui font encore plus, avantageufes àla liberté, le Parte. Ainfi ,dès l’au lapd, le Parlement j^'^Vompof,- d’Angleterre était formé de deux ChamcLmbret& jccllc dcs Paûs &celle des Comïîie°p”r‘ des Elunes :les Bourgs nommaient euxmêmes leurs députés, La liberté publique était aiTurée par des Chartres :la loi défendait qu’on levât aucun impôt fans, le confentement des Grands, duPeuple» &de tout homme libre, La iimple Noblefle s’était confondue avec la Bourgeoifie pour être quelque chofe. En
b’ ANGLETERRE. ^7 France ,le Tiers-Etat ne formait pas encore un Ordre ,&n’envoyait pas des députés aux affemblées des Evêques & des Barons. Le Fadement acquiert de nouveaux droits. les Communes ,fous Edouard U, fils infortuné ,&peu digne d'Edouard 1, obtinrent le droit de joindre des demandes ,des pétitions au bill par lequel elles confentaient les impôts. Ce Monarque ,livré ades goûts honteux, fut détrôné par fa femme ,&alTafftné dans fa prilon. Il eut pour fils &pour fuccelTeur ,de fbn vivant, ce fameux Edouard I1.I, qui difputa la Couronne de France àPhilippe de Valois. Edouard III gagna la célèbre bataille viaoirMÎ -®.1Ica’Eaoaard de Crécy; il prit la ville de Calais.bon nls, m. furnommé le Prince Noir ,gagna la bataille de Poitiers ,&fit le Roi Jean prifonnier. L’ordinaire ,effet des conquêtes ,eft de rendre le peuple vainqueur aulS dépendant que le peuple conquis: le contraire arriva chez les Anglais jplus leur
2-8 DU PaREEMENT Roi gagnait ae viftoires, plus ils gagnaient de liberté. Edouard ne pouvait mettre un impôt fans affembler le Parlement. Epuifé fans ceiTe par fes guerres, il raffemblait fréquemment. Les Communes n’accordaient aucune fomme fans obtenir quelques conceffions ;&ces fommes étaient toujours trop faibles pour achever la conquête de la France. dnK'^e^cnt Parlement acquit fous ce Régne autorité plus régulière ,que fous tous les régnes précédens. La Chambre des Communes prit un nouveau poids. Le peuple mit une attention particulière bienchoiûr fes députés; 6c pendant pitifieurs Parlemens, ilrefufa d’y admettre aucun homme de loi. Cette fage conduite contint les Jurifconfuites ,Ôc les empêcha de chercher à former un Ordre particulier ,àféparer leurs intérêts des intérêts de la Naticm le ParteLc Parlement .d’Angleterre conçut » snenr cire les ^^37 Miniftres àCOIlîniC 3UtrCtOiS Ic pCUplc cîc RoniC^ "“que fes droits feraient nuis ,6c qu’ils tomberaient bientôt dans le mépris, fi ,au pouvoir légifiatif qu’il prétendait, il ns
I>’ ANGr, TE E RRE. 2^ joignait pas quelquefois le pouvoir exécutif. Il cita donc quelques Minillres du Roi àcomparaître devant lui, comme les Tribuns citaient les Confuls àcomparaître devant le petiple. Il les jugea jil fit entr’autres dépouiller de tous fes emplois le Lord Latimer ,Miniftre d'Edouard III, &il le condamna àdemeurer en prifon jufqu’à ce qu’il eût payé une .amende de vingt mille marcs. Hdéfendit àtoute femme de folliciter aucune alfaire dans les Cours de Judicature. Il engagea le Roi, par fes remontrances, àéloigner de lui pendant quelques temps fa maîtrelfe Alix Perrers :&immédiatement après la mort d'Edouard, il la bannit, & confifqua tous fes biens. Le Parlement exigea, que les crimes iidAermina de haute trahifon ,qu’on appelle en France de lèze-Majefté, fuffent déterminés par une loi poUtive ;&il n’en reconnut que trois :confpirerla mort du Roi: lever des troupes contre lui, àfe Lguer avec fes ennemis. Tout ce qui pouvait d’ailleurs bleifer la Majefié Royale ne fut regardé que comme des délits ordinaires.
50 DU Pari-ehient Le Parlement acquit ces droits fous un Roi conquérant ,qui garda le trône cinquante ans; &pendant cette même époque, les E;aLS-Généraux de la France, fous un Roi vaincu ,captif, abfent de fon Royaume, &fous la régence dun enfant ,au lî'iiieu des divificns quîciniinuaient encore fa faible ajitorité ,ne furent acquérir aucun droit ,quoiqu’ils aireclalTent toutes les prétentions ,& qu’ils approuvallent les fureurs de Marcel. Ctft que la France était plus vaüe que l’Angleterre ;qu’elle avait des moeurs , desloix, des coutumes ciiferentes; que les Députés arrivaient avec des opinions, des préjugés, desintérêts contradictoires ;qu’il yavait les Etats de la Langue d’Oyl, ceux delà Langue d'Oc, ceux de Bourgogne, ceux de Dauphiné, ceux de Bretagne ;qu’une Province accordait ce que l’autre refuiait ,&que l’Angleterre n’avait qu’une alTemblée , qu'un code ,qu’un régime ,qu’un ordre, qu’une manière uniforme d’agir, de penfer ,de procéder, en un mot, qu'une volonté, comme l’a très -bien remarqué W. de Iolme dans fon traité de la Conftitution d’Angleterre.
d’ Angleterre. Ce fameux Edouard III,ce vainqueur JfÏÏÿS de i’EcoiTe &de la France, qui fit pri-i-- fcnniers les Rois de ces deux Nations ,vat-on de la ,grande Cûarfut cependant obligé de jurer environne, vingt fois àfon Parlement, i’obfervation de la grande Chartre. Sermens qui prouvent ,comme dit Hume, qu’il ne l’obfervait point ,mais qui prouvent aulFi que les Anglais voulaient quelle fut pbfervée, &qu’ils veillaient perpétuellement au maintien de leurs loix. Sous le 51s d'Edouard J[ons RichardIIj les Communes demandèrent qu’on leur rendît compte des dépenfes de l’Etat. En vain on leur répondit ,au nom du Roi ,que ce n’était pas i’uiage 5elles l’exigèrent. OBSERVATION. Le Parlement avait déjà cité &condamnédes Juges, dèsle règne d’Edo/nrrif. Une remarque qui jette un grand jour Remarque fur l’Hiftoire d’Angleterre ,Ôc fans laquelle on n’en aurait qu’une très-fauffb idée ,c’eft que les Députés des Communes ,appelles un moment àpréfider
32 DU Parlëment àla légiflation ,fans acquérir de privilèges ,Sc rentrant immédiatement après dans l’etat de Amples particuliers ,expofés ,comme fujets ,au pouvoir du Roi , aux outrages des Grands ,aux iniquités des Juges ,eurent un foin particulier , prefque du moment où ils furent admis dans les Aüembiées des Evêques &des Barons ,àne pas fouffrir de prévarication de la part des Magiftrats ,ni de violences de la part des grands Seigneurs. Ils ne lailTèrent paffer aucune loi ,aucun ufage, aucune maxime de Jurifprudence, qui ne fût favorable ,non-feulement à la liberté publique ,mais principalement àlaiiberté particulière de l’homme ifolé, du petit &du faible. L’homme en place ,le Magiflrat ,le Juge ,fut toujours puni ,dès qu’il s’écarta des règles de la juftice ;peut-être même quelquefois ,quand ün’en fut que trop fortement foupçonné. C’eft ce qui n’eft arrivé qu’en Angleterre ,parce qu’il n’y aqu’en Angleterre feule ,où l’on trouve un corps de légiflateurs ,qui ,la loi portée ,redevienne de Amples fujets, fans diitindion ,fans privilèges ,fans exemption
d’ A NGr. ETËRRE. 35 exemption quelconque ,&fournis euxmêmes aux loix qu’ils ont faites. Cette furveillance des Communes fur les Juges ,fur les Miniftres ,fur les gens en place ,donne fouvent àTHiftoire d’Angleterre un air de trouble &de cruauté ,parce qu’on yvoit les principaux perfonnages de l’hiftoire ,palTer quelquefois de leur haut rang fur un échafaud ; ou fournis àdes amendes très-fortes , qu’ils payent avec une facilité qui prouvent leurs prévarications. Mais ces punitions de quelques hommes éminens , dont fort peu ont été injuftes ,provinrent de l’attention perpétuelle du Peuple, (Scalfurèrent fa liberté &faprofpérité ,même dans les temps où la fatalité des circonftances permirent àquelques Rois d’être des tyrans* Dans les autres Etats ,les gens conftitués en dignités ,échappent prefque toujours àlà punition ,ou en font quittes pour être déplacés. L’Hilioire n’y offre pas des exemples auffi fréquens d’une jullice auffi févère ,&les moeurs yfemblent plus douces ;mais fouvent l’apparence eft trompeufe. Tomi III, c
04 Parlement Dès (jue les Grands font fujets aune juilice rigourèufe ,les Tribunaux prennent un grand cara(9;ère de douceur ; point de torture ,point de aueftion ; point de fuppUces recherchés ,point de détention dans des cachots :tous les moyens de défenfes yfont ouverts ,& même prodigués à1accule. Si les crimes font avérés ,une mort douce les expie ÿle déshonneur ne s’étend point fur les familles. Ainfî ,même fous les tyrans ,le limplc peuple, c’eft-à-dire, prefquela totalité des habitans ,fut moins maltraité en Angleterre que partout ailleurs. Les excès du faïiatifme yvinrent beaucoup plus tard, &y durèrentbeaucoup moins.Les révolutions plus promptes ycoûtèrent moins defang, Sc dans les guerres civiles ,il yeut moins de villes incendiées. Ceux qui fe difputèrent le trône ,voulaient complaire au peuple ,tout en exterminant les principaux partifans de leurs adverfaires : ils ne ravageaient pas la contrée fur laquelle ils voulaient régner. Dans les guerres civiles des autres Nations ,où l’on ne fe battait pas pour le trône ,
D*ANGr.ETERRg, chaque parti ravageait les campagnes, incendiait les villes ,les villages ,les granges ,enlevait les troupeaux ,pillais les châteaux &les Egiifes ;agiffait comme en pays ennemi ,£c voulait s’enrichir aux dépens de la contrée où il était. Acet égard ,l’hiftoire d’Angleterre diffère encore des autres ;les guerres civiles yfurent plus nuifibles aux grandes familles qu’au peuple. Le glaive de la Juftice s’exerça plus qu’ailleurs fur les grands perturbateurs de la paix publique ; mais le flambeau de la guerre ,la rapacité de la chicane ,les extorfions de la Finance ydévaftèrent moins les villes, les villages ,les cabanes Sc les afyles du pauvre ,que dans tout le relie du monde. C’efl; ce que le Lecteur ne doit point oublier ,fur-tout en lifant les guerres des maifons de Lancaltre &d’Yorck. Abolition de la Servîtudt. ENFrance ,le fage Suger ,les Rois I,ouis-lc-Gros ,Louis-h-Jeune ^&leurs RévoUe fuccelTeurs ,abolirent ia fervitude autant qu’il fut en leur pouvoir. Malgré leurs Cz
Biîî contre ricfaçücs cia Cierge , 1495. 43 DU Parle MENï ferait àfes héritiers de mâle en mâle^- àTexclulion des femmes ;&dans le Parlement fuivant, il fut obligé de révoquer fa loi ,&de rendre aux femmes le droit d’hériter du trône. Les Anglais haïiTaient d’autant plus la Loi falique ,quelle avait empêché les Rois de leurs pays d’aifujettir la France. Ils prétendaient alors, qu’en fétabliffant, on éleverair des guerres civiles; que la fuccelTion était mieux réglée, plus fùre, &plus jufte en yappellant les filles Sc leurs defcendans. L’événement aprouvé le contraire t jamais aucune famille', fi on en excepte celle des Rois d’Angleterre ,n’a difputé- , ni pu difputer, en fuivant cette loi ,la couronne aux Rois de France, &vingt familles fe font difputé celles d’Angleterre en alléguant des droits. Les Communes, dès l’année 140^ , préfentèrent un Bill ,où elles fe plaignaient que le Clergé poffédât le tiers des terres du 'Royaume y&ne contribuât en rien aux charges de l’Etat ;où elles alTuraient que ces immenfes richelTes, ne fervaient qu’à l’empêcher d’exerces
d’Angleterre. 45 convenablement &décemment fes fonctions iacrées. Le Roide la Chambre haute rejettèrent ce Bill. Les Etats-Généraux de la France firent de fembiabies plaintes au fujet du Clergé, &maniLftèrent le même délit d’employer fes richefles au fervice de l’Etat , mais ce ne fut qu’aux Etats de Blois, en 1575, environ deux cents ans plus tard. -Ce fut fous le règne de ce même Henri, que pour la première fois ,on brûla un hérétique en Angleterre. C’était tm pauvre malheureux Curé d’une paxoilTe de Londres ,il s’appeliait Williams Sautre. Un Synode de Cantorbery le déclara hérétique &relaps. Des Seigneurs fpirituels &temporels le condamnèrent au feu en 1401. On avait commencé à brûler des hérétiques en France ,quatre cents ans plutôt :lorfque le Roi Robert fie brûler vif ,en fa préfence ,plufieurs Prêtres ,qu’on appellait Manichéens. Onyavait brûlé depuis, les Juifs &les Albigeois. Simon de Montfort , en ravageant le Languedoc ,avec l’acharnement d’un tigre ,avait fait jetter au feu
44 Parlemenî* les hérétiques par centaines, plus de deux cents ans avant que cette dcmence gagnât l’Angleterre . Ainfi cette üie ,qui eut plufieurs loix , protedrices de la liberté ,Sc un Parlement fi i'agement confticué .iong-iemps avant que la France s’occupât de ces grandes quefiions ,ne reçut que longtemps après elle les fureurs du fanatiirne^ Fureurs qui par-tout ont arrêté les progrès de l’efprit humain, l’étabiuiement de la liberté, Sc qui ont étouffé toute idée du bonheur public. Stnriiy. Le de ce Roi ,qui fut allez mal- ’ veut conque- ..^ rir la France, heureux pouf laiiTer iniioduire un celfar natifme ,Henri V , profitant de la haine des maifons d’Orléans éç de Bourgogne , delà démence du malheureux Charles F7, &du défordre général ,fe jecta fur la France, gagna la bataille d’Azincourc, fe ligua avec la Reine I/ahdle de Ba-^ vière ,Sc époufa fa fille Catherine ,pour avoir au trône de France un autre droit que le droit de conquête, ; Le fracas de fes arines étouffa la voix de fon Parlement. Ses victoires falcinèrent un mpraent les yeux de fa Nation ,qui
ï)' A ngleterrefemblait oublier le danger où la mettrait la conquête de la France. Ucontrafta des dettes ,obtint de l’argent par des moyens condamnés par la loi ,prit iouvent comme les anciens Rois ,des vivres ,des meubles ,oes chevaux ,mais l’efpoit de foumettre la France ,flattait fi vivement alors le Peuple Anglais ,qu’il n’exigeait pas de cemnce une exaéle obfervation des loix. Son règne fut court. Il laiffa un fils dans l’enfance ;un fils ne de Catherine ,Vnnctlïe yqui, félon ies Loix Anglaifes ,avait un droit légitime au trône de France ,mais qui ,félon les loix Françaifes ,n’y en avait aucun. Les deux Nations fe battirent pour ces droits ;mais Catherine plus fage ,ne fe prétendit point Reine ce Lrance ,elle xv. remaria àun fimple Chevalier ,appeilé Owen -Tudor. Henri Vavait donné la régence de la France àfon frère Jean yDuc de Bedfort yde celle d’Angleterre àfon autre frere Humfroy ,Duc de Glocejler. Le Parlement caiTa fon teftament ,-de donna ces deux régences au Duc de Bedjort fous le titre de Protedeur. Le Parle, caenc donne la rcgence au Dac ee Jiedfart.
4^ DU Farlsmeni' Ainfi donc il difpofait &du trône &de la régence. En vain le Duc de Bedfort déploya de grands talens ,&fit couronMr fon neveu Henri VI dans Paris ,fous le titre faftueux de Roi d’Angleterre &de France. Il ne put tenir contre les armes de la Pucelle d’Orléans ,ou plutôt contre la volonté des Français ,qui voulaient bien être divifés entr’eux ,mais qui ne voulaient point être conquis. Loi pour détcprminer quels feront les Electeurs des Députés du Peuple au Parlement. Nous avons obfervé que, chez les Anciens, le corps politique ne fe coïnpofait pas de tous les habitans du territoire; que, chez eux,le plus grandnombre vivait dans i’efclavage &dans la privation de tous les droits de 1humanité ;que le corps politique ,dont les membres s’appeiiaient Citoyens ,ne comprenait que les habitans d’une feule Ville ;&que quand 1Etat sétendait, on devait être aggrégé aux habitans cie cette Ville ,pour jouir de tous les droits de Citoyen,
d’ A NGLETERRs. 47 Nousavonsobfervé, que chez les modernes ,le corps politique ne fut longtemps formé que de Seigneurs de châteaux &d’Eccléfiaftiques,Seigneurs, pour amfi dire, d’Evêchés &d’Abbayes ;que les Peuples gémiffaient dans 1efclavaga de ces Seigneurs fpirituels &temporels; que les Rois de France appelièrent les Peuples àla liberté ,qu’ils les firent admettre dans l’Affemblée des Seigneurs , &qu’ils ne déterminèrent f>as ,comme les anciens ,quels feraient les membres du corps politique. Les idées abftraites , les expreflions métaphyfiques, employées alors jufqu’à l’excès enXhéologie &dans la Scholaftique ,ne s’employaient point encore àd’autres ufages. En x4ngleterre ,l’exiftence du Parlement ,l’éledion desDéputés du Peuple, PétablilTement de la Chambre des Communes ,les pafiioas des Seigneurs qm voulaient une Adminiftrauon ariftocraîique la politique des Rois qui voulaient une pure Monarchie, concoururent lement àdétruire le fyftême féodal. lecorosDoTout propriétaire, foit qu’il ne relevât eft fode perfonne ,foit qu’il relevât dun vafoonfcrit par
4§ DtxpARtËMENT. lal immédiat de la Couronne ,d’un fief dominant ou fervant ,quelque pauvre même qu’il fût ,prétendit &parvint à donner fa voix pour élire le Repréfentant du lieu qu’il habitait^ Cette multitude d’élecleurs eaufa des défordres. On pouvait faire comme les Roniains ,les divifer en claiTes ,relativement àleurs ricbelTes ,êc les fubdivifer ,relativement àleur nombre ,en centuries. Les Romains avaient imité ces divifions des Grecs. Le Parlement d’Angleterre prit unautre parti ;il ordonna que pour être élecJ4I00U1431. rii teur ,il faudrait pofiéder quarante fchellings de rente en fonds de terre ,libre de toute charge. Cette loi ne remplit pas entièrement le but qu’elle fe propofait ;elle diminua bien le nombre des éledeurs ,mais elle en laifîa toujours trop enfemble ,,poür n’avoir pUs de défordre 5&elle iaiffa trop d’inégalité dans les éiedions des dilrérens Comtés. Un Député était élu par cinq cents ,un autre par deux mille Electeurs. Elle eut un autre inconvénient ,que l’ignorance
d’ A NGLÉTKRKe. 4^ Î'îg'norance du temps empêcha de foup-* Gonner. La valeur numéraire change perpétuellement. L’or &l’argent baillent de prix ,en devenant communs :quarante fcheilings ne repréfentent plus aujourd’hui la fomme qu’ils fefaient alors. Le nombre des électeurs s’elt multiplié à mefure que l’or aperdu de fa valeur. Ainli ,la loi exilte ,6c fon efprit ne fubfifte plus. Cette loi indiqua,tacicement, quepour être un véritable Anglais ,un Citoyen d’Angleterre ,un membre du Corps politique ,jouiiTann des droits que l’Etat accorde àceux qui le compofent ,il fallait être propriétaire d’un fonds de terre rapportant quarante fcheilings, non ‘ grevés d’aucune charge. Tous ceux qui n’ont pas ce bien ,font fous la protedion des loix ;mais ils n’onc pas les droits dont jouilTent ces Propriétaires. Ainli, le Corps politique, qui n’elt point déterminé en France ,elf véritablement circonfcrit en Angleterre. CeCorps politique, par le peu bien qu’exige la loi, embralTe le plus grand nombre des habitans ,du moins de tous ceux qui Tome III. D
PVPAKLEJH ÊNt/ font pas avilis par une excejSlve inî^ '^ere. Elle yjoint le grand avantage de .làifFer àchacun l’cfpoir d’entrer dans le cosps politique ,dès qu’il le pidurra ,fans intrigues ,fans dépenfe ,fgfus avoir be- ’^oïp de faveur :c’eft un avantage imymenfe ,qui maintient en paix ,fans cha- ^tiis ,fans humiliation ,fans méconten- '-Sèment ,tout le petit peuple ,&qu’on n’a connu dans aucune République. PLAIDOYER des Maifons de Lancafire &d’Fbrck pardevant le Parlement ,pour leurs droits ala Couronne. Lorfque Richard ,Duc d’Yorck ,aidé du fameux Comte de IVampick. ,eut fait prifonnier le faible Benri VI^Sc forcé fon époufe la courageufe Margueriteà’kajou ,àprendre la fuite ,il coaduifit fon captif àLondres ,&il yconvoqua le Parlement. Richard esLc ttonc était vidc :Richard s’avança pofefes droits ia_.,.. aujPariement le ttonc ,ot mit la main fur le bras du fauteuil ,comme prêt às’y affeoir, L’Archevêque de Cantorbery s’en approchant ,lui demanda fi ,depuis fon ar-
t>’ AN<5 tÉTERRE. Jf rivée >il avait rendu au Roi fes.refpefts* Je ne connais perfonne ,lui répondit Richard Jàqui je doive ce titre. Il s’arrêtacependant ,&demeurant proche du trône ,il expofa àl’Aflemblée fes droits pour ymonter. Il defcendait, par les femmes, de Zîon~ nel ,Duc de Clarence ,fécond fils diEdouard III. La maifon de Làncafin ne defcendait que du troijîème fils de ce Roi ,&quoiqu’elle en defcendit de mâle en mâle, fes droits, difait-il, étaient plus iégitinies ,puifque fa branche était l’aînée ,&que la loi permettait que les enfans des femmes repréfentaflent leur mère ,&fuccédalTent àleurs droits. Les Lords gardèrent iRichard un peu déconcerté ,fortit de rAffemblée. Les Pairs, libres par fon abfence ,miBelle conrent en délibération la demande de ceiement. Prince ,comme une caiife ordinaire. Ils ne rairentpoint en doute ,qu’ils neuiTent le droit de difpofer du trône. Ils fe conduifirent avec une tranquillité &une fagelTe ,qui n’eut ,je Crois ,aucun autre exemple au inonde. La Chambre haute était feule Juge Da.
5^ Bü Parlement tendre l’aveu de ce Parlement, qui, vingt* cinq ans auparavant avait jugé avec tant de folemnité la caufe des deux familles. DU PARLEMENT, Sous les Rois de la Maifon de Tudor. .ncedc à. la fortune &au caraccere d& Henrl VIL Scrtri rJi On ne pouvait pas avoir des droits fondés par fa naiiTance^ fonpère, le pariemenr. duns le pays de Galles, était àpeine Gentilhomme ,fa mère Marguerite ComtelTe de Richemond ^était unique héritière dela maifon de Somraerfeti mais; cette maifon ne defcendait de Jean de Gand^ quatrième fils à'Edouard III^qne. par un bâtard ,&encore par un bâtard adultérin. Quoique Richard II eut légitimé ce bâtard ,on pouvait douter que cette légitimation lui eût donné des droits au trône. Il yavait en Efpagne ,en Portugal , en Allemagne dix ou douze Princes &L PrincelTes qui defeeadaient de ce même
d’ ANGLETEKRE. 59 Duc de Lancaftre ,dt Gand , en jy ligne légknne par les femmes. Si ces branches nées en pays étrangers étaient oubliées ou méconnues en Angleterre , elles n’en avaient pas moins des droits : la Loi ne les rejettait pas. Cette multitude d’héritiers étrangers eft un grand inconvénient de la fuccelîion a.u trône par les femmes. Plus les droits de Hen.ri de Kicliemont étaient faibles, m-oins il devait paraître douter de leur validité. Il fe fxt couronner fans attendre qu’on les difeutât; il promit d’époufer Elifabeth^ fille ^Edouard IV ;ce qui réunifiait les droits des deux maifons :&il convoqua un Parlement. Un grand nombre de ceux qui syPiriemer/î ^f r rf'n compofa en trouvèrent ,avaient etc prolcnts par un ^es acte du dernier Parlement. Henri lui-f;“_ même avait été condamné àmort fous le dernier Roi , fous ce Richard Iil qu il avait vaincu. Ces proferits ,encore fous le décret , pouvaient-ils fiéger en Parlement, &y fairç des loix ?Un homme condamné
6oduParlement àmoipt, comme traître &rebelle, pouvait-il régner f Etrange -Ls Pariement propofa ces queftions à Junlonfut" Jarifconfultes ,àla Chambre de TE- *** chiquier. Elle jugea que ceux qui avaient été condamnés ,devaient s’abfenter du, Parlement juiqua ce quhl eût examiné &révoqué TArrêt qui les prolcnvait ; que quant au Roi, il pouvait yaiîifter , attendu que la couronne enlève toutes les fautes ,efface toutes les flétriiTures , ôc rend nui tous les biils de proscription. C’était mettre le fait àla place du droit. Nulle loi n’avait confacré une pareille maxime ;mais les Jurifconfuites ne fervent prefque jamais qu’à cimenter pat leurs opinions le droit du plus fort. yaibieiTe du Ec PaLicmenL ne manqua pas de trou— ^ver innocens ceux que le dernierParlement avait jugé coupables. Ils rentrèrent dans la Chambre ,& fans décider du droit de Henri VII,iis déclarèrent que 1hérédité du trône relierait, demeurerait ,habiterait en lui ,&en fes defçendans. ‘- ^Fureurs de Jufqu’alors il n’y avait que de la faibielTei mais bientôt ce Parlement dd-^
D* ANGLETE R RE. St feloppa la ftireur de Feiprit de parti Qui l’animait ,en profcnvant ,&le dernier Roi ,tout mort qu’il était, èc ceux qui avaient combattu pour lui ,contre cet Henri de Pûchemcnd ^ qui alors n'avatt aucun droit au trône. Ces rigueurs ,fruit malheureux' des guerres civiles, produifirent des révoltes. Deux impoftears fe dirent de la Aîaifon d’Yorck ,&conteftèrent àHenri VII ^ fon titre par les armes :Fun &l'autre périrent fur l’échafaud itW, vainqueur, févère,mvare, ne manquant ni de foldats, ni d'argent ,fut nemenr de ^.,Hmn VIItoutcontenir,& aomina toujours tous les Fariemens qu’il convoqua, &qui, après tant de fang verfé ,ne pouvaient guère être compofés que des partiians du vainqueur. Il mit lin aux guerres civiles qui avaient tourmente fi longtemps iAngleterre; il réprima le pouvoir exhorbitant des Nobles. Smolett ^dit qu’il détruifit les tenures féodales ,qu’il exclut les Nobles de l’adminiilration &qu’il n’y employa que des Eccléliafliques &des Jurifconfülces :deiia: fortes de gens , sjoute-t-il ,qui nayant aucun intérêt Smolttt ^ UV. ch.L
<^-2 ï)ü Parle MENf commun avec la Nation ,fécondaient fes volontés avec plus de fele qu aucun autres Cette réflexion févère ,nous apprend qu’en Angleterre, corame en France ,les gens de loi ont cherché àfaire une clafle particulière ,&àle féparer par des privilèges du relie de la Nation. Si Henri VII ^nous dit Hume ^devint fi puiflant ,c’efl; qu’il parvint au trône après que la guerre civile eût fait périr toute la haute Nobiefle, &que le peuple, fatigué de tant de carnage, aimait mieux fouffrir quelques impofitions que de fe replonger dans ces calamités. LeiuxeconC’ell auflS ,fans doute ,ce qui rendit court amet- ,t, ,r- ^ tre de l’egaiiIcs Parlemcns II complaifans. Hume nous té dans les , ’,,.,rfortunes. apprend encore qu une loi portée fous Henri FiZ, permit àla Nobiefle de ne plus refpecler les fubftitutions qui l’empêchaient d’aliéner fes biens. Cette loi, ajoute-t-il, &le luxe qui commençait ànaître ,diflipèrent infenfîblement les immenfes fortunes des hauts Barons :la propriété du peuple s’en accrut ;l’Angleterre en devint plus adivm &plus riche. —On eût alors plus de Citoyens ,Sc
D’ÂNer-ËTEKEE. snoins de Seigneurs de châteaux ,de grands Seigneurs qui s’emparaient de tout ,qui mettaient toutes les terres dans leur domaine ,tous les hommes dans leur dépendance; qui fefaient porter leur livrée à tous les habitans d’une Province ,&qui, protégeant les plus méchans dans leurs déportenïens ,les trouvaient en récompenfe toujours prêts àles féconder dans leurs révoltes ,dans leurs débauches ,dans tous les ades de violence qt^ls voulaient commettre. Henri PII eût beaucoup de peine à détruire cet ufage. Malgré ces reftes de barbarie; malgré les guerres civiles ;malgré les vengeances £^‘1 du Roi ;malgré quelques extorfions qu’iH^ fe permit ,&malgré le peu de réllftance que le Parlement lui oppofa ,l’Angleterre était déjà le pays de l’Europe où le peuple fouffrair le moins de vexations. .,^..,..Mémoirede Philippe de Comw-ines , qui écrivait its pinUjipi de Mémoires lous ce noi, dit en term.es l. v,ch. 13. formels, pue de toutes les Seigneuries du monde ,dont il aconnaijfance ,l'Angleterre ejl celle oh la chofe publique ejl la mieuac adminifirée ,%oh l'on exerce le tmiu-s de violence contre le peuple.
^4 EU Parlement Ce fut pendant ce régne, que Chrijtophe Colomb découvrit TAmerique 5que Vajco de Gama doubla le Cap-de-BonneEfpérance, &c[ix Albukerquc parvint aux Indes Orientales. Henri VII, témoin de ces grandes découvertes ,fitauffi chercher de nouvelles terres. Il chargea de cette entreprife Ï49S. un Vénitien, Sébafiien Cabot, ce qui femble prouver qu’il n’y avait point d’Anglais qui fut encore capable d’entreprendre une navigation auin hardie* Sébafiien Cabot découvrit quelques terres au nord de l’Amérique feptentrionale, &n’établit aucune Colonie. L’Italie cultivait les beaux arts ;l’Imprimerie répandait Finftruélion ;l’Artillerie devenait en ufage ;la bouffole rendait les mers moins dangereufes; l’Europe prenait une forme nouvelle. DU PARLEMENT.
U* Angleterre. DU PARLEMENT, Sous Henri VIII. Il s'ahhaijfe àfervir les pajfions de ce Roi , &s'élève au-dejfas des fuperfiitions po~ ? piilaires. ' Henri VIT! reçut le trône àîa mort ijcj. de fon pète Henri VII yfans aucune conteftation :ii pouvait être heureux fans violence ;cependant il fouilla fon régne de cruautés inutiles ;il tint le Peuple, les Grands ,le Parlement mêmiC dans la plus entière foumiflion, &ne connut gueres d’autre loi que fon caprice. Sans Richard III ,il eût été le plus pervers des Tyrans qui ont fait haïr aux Anglais la puiiTance monarchique. Le premier Parlem.ent qu’il convoqua,lui accorda des impôts très-confîdérables. Dix ans après, il ordonna un arpentage général de tout le Royaume ;il fit un dénombrement des hommes ,de leurs -Iijîa. profeflions ,de leurs biens-fonds ,de Tome III, E
^-ÈtrPARLËMËNÏ' Emprunts leurs rcvenus ,<5c il trouva la Nauoa plus riche qu’il ne le croyait. Il exigea des hommes les plus opu-* lens ,de fortes fommes ,àtitre aemprunts ;&fous ce titre ,il mit une taxe |( 5«?. fmJe Clergé ,comme fur les Laïques. L’année fuivantc ,il affembla un Larlement; mais ce Parlement ne lui accorda qu’une très -petite portion des fubfides qu’il demandait. Henri VIIIavait été fept années fans •alTembier aucun Parlement ,&c il fat fi piqué du refus de celui-çi ,qu’il fut ïûiiS’rerîccfept autrcs années fans en convoquer. duParïentent ^qj ailémbla uprès ce long inîa Religion. J,: Je fg montra alïez fournis àfa volonté ,mais fort indifférent àl’égard de la religion. Luther venait d’arracher la moitié de TEurope àPEglife Romaine; l’Angleterre était mal foiiniife au Pape. Les ciifcullions yavaient déjà eleve les clpiits. Un Gentiliiomme ofa dire en pleine affemblée ,qu’il était abfolumentimpofilble àaucun homme, ôc encore moins au c. so. peuple, de rien comprendre aux diverfes opinions des Théoiogiens; qu’on ferait
B’ ANG£ETEKKEi. êj fagement de ne point juger ces vains objets d'éternelles difputes :qu’il fuffifait de croire en Dieu ,ôc de pratiquer une bonne morale ,pour obtenir fa protection. L’Angleterre était le feul pays du monde ,où alors on pût parler ainfi dans une aiTemblée publique. Le Cardinal Fb//iy ,aceufé dans la Loî \^,parrefpritdé Chambre haute ,fat ubien défendu dans parti, la Chambre baiTe, que fes ennemis, qui l’avaient perdu dans l’eiprit du Roi, ne purent le faire condamner. Cette Chambre qui réfîftait ainfi ,déclara cependant le Roi quitte de toutes les dettes qu’il avait Gontraftées depuis qu’il régnait. C’était une injaftice &une vengeance, . La plup art des créanciers dcHenri Vllly étaient partifans du malheureux Volfcy-y êc les Courtifans fe plaifaient aies humilier. Ceux qui cherchent àexeufer le Parlement,affarent qu’il ne voulait que décréditer cette manière illégale d’avoir de l’argent. Mais ne le pouvait-t-il pas par une loi ,fans lui donner un effet rétroaflif f Un autre Parlement que le Pioi conCompTai, TV 1fîliiccia Parf voqua deuxans apres ,eut autant de comlemect. E2
74 Ï5U Parle M£ N’? défendu Volfey ;elle défendit aulTi Tho^ mas Cromxs^el ,autre Miniftre que le Roi facrifia àfa. pafllon ,&qui fut décapité , fans qu’on lui imputât des crimes. C’eft encore ce Parlement qui abolit Le parlement en Angleterre l'Ordre des Chevaliers de gkterre i-'OrMalte. Lcuts oicns furent çonruques au vSÏ *“*'dè profit du Moi :il donna feulement à Malte. 1540. d’eux une penfîon de mille écus. Les démarches que dans un autre accîare temps on eut regardé comme déshonomariaJO îî aul ie mariage d’Hetri tantes ,nc coûtaient plus nen au ParÏId!^â:tes. lement ,il fervait de miniflre aux pallions du Roi. Les Pairs &les Communes fachant qu’il était dégoûté de fa quatrième époufe ,Anne de Cleves ,le prièrent de faire examiner fon mariage > &elles le trouvèrent nul. Anne de Cleves confentit aifément au divorce que le Roi délirait ,&vécut tranquille en Angleterre ,où elle paffa ie refie de fes jours. Eer-ri VIII Taudîs Qu’il la répudiait, il fe mariait époufe caenfecret -à Catherinedlowardyixicç. duDuc tnerine tio- * de Norfolk ,jeune perfonne dont il était devenu éperdument amoureux :mais cette palîion ne duraguères que deux ans. Il la dénonPdéiioHcer fou époufc au Parlement 3ordinaire inftrument de fa tyran-
d’ ANGI. ETEsRE. 75’ nie (I),comme Hums l'appelle. Le crimes de parlement fit interroger cette Pieine l’Archevêque de Cancorbery ,l’Evêque de ^ Weftminfter ,le Duc de Su^hlck ,&le Comte âc SoutliamptonÆïic l&ax avoua qu’avant fon mariage ,elle avait accordé fes faveurs àquelques hommes ;mais elle protefla toujours que ,depuis elle ne s’était permis avec aucun ,la moindre liberté. Le Parlement ,fur cec aveu ,non-feulement demanda au Roi qu’elle fût condamnée àmort ;mais ,ce qui efb incroyable ,&ce qui cil vrai pourtant ,c’efl qu’il demandaque le même fapplice fut infligéàfa grand'mère la DucheiTe douairière de Norforlk ,au Bime e ^,>1•/“ 'Srr.jUtC» pere ôc ala raere de cette mrortunce ; àIon oncle ,àla DucheiTe de Bnd~ gcvjater ,àLady B.ockfcrd ,qu’on difoic complice de fes débauches ,&à plufîeurs autres perfonnes qui avaient connu ,difait-on ,les déportemens de cette Reine. Tous furent condamnés àmort avec le confentementduRoi ,ét prefque tous furent exécutés. Le Parlement décerna la peine de mort contre tous ceux qui , (i)Tiie uûialiûflrumsncof hisTyranni. {tlum.c.^z.)
Reines r pudices € France. 7^? DU Pakuemknt connaiiTant rincondurte d’une Reine , n’en feraient pas une déclaration juridique au Roi ou au Confeil ,dans l’efpace de vingt jours :&contre toute j-eune perfonne ,qui ,recherchée en mariage par le Roi ,&n’étant pas vierge ,ne lut ferait pas confidence de fa faute avant de l’époufer. La tyrannie aquelquefois des accèa de démence ;celui-ci eft un des plus étranges qu’elle ait jamais eus. Unhomme eut rougi d’une telle indécence ,&n’eut pas rendu un tel arrêt ;mais les Corps ne rougiiTent point :voilà pourquoi leurs écarts font toujours pires que ceux des Princes. Le Sénat de Rome ,fous les Empereurs les plus dépravés ,ne fit rien d’aufii vil, ni d’auffi cruel. Nous avons eu en France fept Reines répudiées fous la troifième race de nos Rois. Robert ne répudia fa femme que malgré lui. Philippe J,en facrifiant fon époufe Berthe àfa MaîtrefTe Bertradt , ne lui imputa point de crimes :Eléonore ^ femme de Louis-h-Jeune ,fut foupçonnée d’adultère ,&prefque convaincue ; fon mariage fut déclaré nul ,&en lui rendit la Guienne ,dont elle était Dp-
©’ -A NGr, ETEKB. E. 77 cbefTe. Philippe Augi/fic répudia Ingerhurge ,qu'il éloigna de lui dès le lendemain de fes noces. Il époufa Agnès de Meranie ,qu’il fut forcé de répudier pour écarter des révoltes fomentées par des excommunications. Il reprit Ingerhurge. Il lui rendit le nom de Reine &non les droits d’époufe. Mais jamais il ne s’expliqua fur les caufes de l’éloignement qu’il avait pour elle :jamais iine i’accufa d’aucun crime ,ni même d’aucun défaut. Les malheurs qu’il éprouva, ne lui firent rien 'révéler ,qui fût défavantageux à cette Princelle. Loz/AA7/pIaida contre fa femme Jeanne ,àlaquelio il n’avait aucunreproche àfaire il fit déclarer fort mariage nui ,fous un vainprétexte de parenté. Marguerite de Valois ,femme. <ïHenri IV yavait vécu avec toute la licence des guerres civiles ,avant & après fon mariage ;mais fon époux fe refpedalui-même ;il ne lui intenta point de procès pour fes moeurs ;il l’engagea àconfentir au divorce ;le mariage fut annullé du confentement des parties. Les trois brus de Philippe ~leBel y furent aceufées toutes trois d’adultère. L’une fat étranglée dans fa prifen ,par
7^ Î3 ÜPA R i, ÉMÉN T i’ciret de ia colère de fon époux, pîiiS que par un jugement légal. Les deux autres iauvèrcnt facilement leur viu ; Fune ,enalléguant que fon mariage était nul ,parce qtfeiie était parente de fon mari ;Fautre ,en regagnant le cœur de fon époux ,qui confentit àla reprendre. Jamais les Etats-Généraux n’ontconnu de tels délits ,fur lefqaels l’honnêteté publique exige de jetter un voile ;& que la loi ,l’exemple du fondateur du Chriftianifnie ordonnent de traiter avec une extrême indulgence. Henri VIII devait avoir ,comme ia plupart des tyrans ,un profond mépris pour les hommes ,ôc fur-tout pour ces grands Corps ,dont ils font àlafois Finftrument de leurs crimes ,&le bouclier qu’ils oppofent àia vengeance publique. La Chambre étoilée ,le Confeii privé , le Parlement décrétaient ,pouriuivaient, fefaient périr ceux qu’il leur déhgnait, &il pouvait dire ,ce rfcll pas moi qui les immole. *54u Le Parlement nt des loix ,dont le fens était, au rapport du célèbre Hume^ qiLiî rJy ayait à!autre règle peur le fpV
fî’ANGLETERÎlSt 7^ fitutl comme pour le temporel ,que la vo-m lonté de leur maître (i). Enfin ,ce Parlement ordonna qu’on formerait un tribunal de neuf Confeil1ers ,pour punir tous ceux qui n’obéiraient pas aux ordres émanés du Roifeul. Jele répète encore, le Sénat de Rome, fous le règne des Tib'eres ,des Caligula , des Nérons ,ne fît rien d’auffi vil ;&ce qu’on nous en dit ,n’efl: pas auffi avéré. Cet ade du Parlement eft pourtant une preuve que beaucoup d’Anglais n’obéifîaient point aux ordres du Roi Henri VIII, Le Lord Mountjoy eut le courage de faire une protefîation contre cette loi. On ne peut fe défendre d’indignation ,en obfervant avec Hume ,que cette protefîation eft la feule qui fe foie faite contre tant de bills iniques dans le cours de ce long règne. Ce qui indigne fur-tout ,c’eft que le Parlement d’Angleterre n’était pas permanent comme le Sénat. UnCorps dont tous les membres font àvie ,une fois corrompu ,ou intimidé peut l’être pour (l) And had no ocfccr ruie ,in religioas ,as as temporals ,îhan the arbitrary wii of theii Aialler. ck,
8o Dû PAaL E mÈNT toujours ;les anciens membres tranfmerrent leur efpoir &leur crainte aux nouveaux ,àmeiure qu’ils arrivent. Mais ie Parlement, du moins les Communes, fe renouveilaient entièrement àchaque convocation. Cependant le même eC- •prit de fervitude Sc d’adulation s’y propageait toujours. Le Parlement de iÇ44 attribue, par un Titres que le parlement Pjp àcc barbare, teintdüfang des Nobles, Sccor^c 2U '* Roi. J541. de deux defesFemmes, des Moines &de ceux qu’il traitait d’Hérétiques, ie titre de Roi d’Angleterre,de France, d’Irlande; de défenfeur de la foi ,de chef fuprême de l’Eglife anglicane &irlandaife. Pourquoi n’ajouta-t-il pas &Francarfe'i Henri VIII n’avait pas plus de pouvoir en France fur le temporel que fur le rpiritu'el. Il rdgic Unouveau réglement pour la fucfuceeü.ôn. du trôiic. 11 la donmkEdasard, fils •de Henri VIII Sc de Jeanne de Seymour. A fon défaut ,les deux Princeffes ,Marie Sc Hlifuheth ,devaient regner ,quoiqu’elles euffent été déclarées bâtardes par les Parlemcns anrécédens. Mais il ne révoqua point les décrets qui les déclaraient illégitimes. II
»’ Angleterre. 8î II ordonna aufîi que tous les Sufets du ,_.*font trop produ Koi yabjureraient par ferment la fu* préiîiatie du Pape. Comme fi les hommes, reiigieu{e*- dit Hume ,pouvaient être liés pardesfer-’”*^'^' mens prononcés malgré eux. Toutes les Nations iffues de barbares > ont trop prodigué le ferment ;elles lui ont ôté fa force &fa fainteté. Tous les Parlemens qui fuivirent, & que Hume traite avec raifon de profil154,-, tués ,eurent la même baffelfe. Us lui accordèrent des fubfides, ils lui donnèrent les biens des Univerfités ,des Chapelles, des Hôpitaux. Ce qui contribua àrendre les Parle- ^^5 mens fi pufillanimes ,c’eft qu’ils furent peu fréquens. HenriVIIIyd^ns un régné de trente-fept ans ,n’en convoqua que dix. Ces Parlemens, que le Roi ale droit de fufperidre &de rappeller quand il le veut ,relièrent peu de tem.ps alTemblcs, puifqu’ils furent fulpendus vingt-trois fois, &qu’en fupputant les temps que dura chaque felfion ,on trouve qu’ils ne furent alTemblés que l’elpace de trois ans &demi. Chaque Député ,voué aux volontés du Roi ,8cdélirant de retourner prompTome ITT. F
IiC7in VIII meure apres avoir preique ro’ut c-Iiangi ^ans rHtat. g2 Dü?A K r. EMENT. tem£nt chez lui ,fe hatait de oecider ou plutôt de céder ,&d’abréger chaque ceffîon. Ce vice ,remarqué^par Hume , leur était commun a.vec les htats-Généraux de la France. Il eft toujours une preuve que les Députés manquent de liberté. Enfin la mort délivra l’Angleterre du poids de la tyrannie. Ce Roi, en déLiuifant l’autorité du Pape ,en abolifiant les Moines ,les anciens ufages ,les vieux préjugés ,les principaux dogmes , en fubilituant fes propres reves aux rêves anciens,auxquels le Peuple était accoutumé ,en variant dans fes propres opinions, en violant toutes les ioix ,en mettant l’arbitraire àla place de la règle ,en verfant jufqu’au fang de fes femmes ,rendit àl’Angleterre le fervice éminent de donner plus de liberté aux penfées ,de faire fentir la nécelTiié de récréer la Nation , de régénérer le Gouvernement ,de réprimer l’autorité des Rois. Il ne fubfiftait plus rien ,pour ainfi dire, des anciennes coutumes, que l’ufage de convoquer le Parlement :le Parlement qui ,heureafement, était l’unique Affemblée de la Nation.
Heureufement encore pour l’Angleterre, il AaiiTait fon trône àun enfant qui n’avait pu s’imprégner de fes vices &' s’enivrer du parfum empoifonné de la' tyrannie. DUPARLEMENT , Sous Edouard VL Sort de fon ajfoupijftmznt. Edouard^ âgé de neuf ans fut reconnu par le Confeil ,conformément au teflament dç. Henri VIH. Le Confeil nomma pour Lord proteéleur duRoyaume le Duc de Sommerfet, oncle du Roi. Ce Duc zélé partifan des réformaLaReUgioa .^^rerormee deteurs ,mit la religion Proteftante fur vient ceiieàa kA.,t? r » ., troue; il ne confia leducation da Roi qu’à des gens attachés àces nouveaux dogmes ;&il fut fortement fécondé parles gens qui avaient eu part àla dépouille des églifes &des monaftères. Il convoqua un Parlement. On s’apperçuî foudain de l’avantage d’avoir un aKoga Corps dont tous les Membres fe rehouranniq’ues client àla fois. Celui-ci ne fut point Vm/? infefté de i’efprit de fervitude qui avait, en quelque forte, paralyfé les derniers.
BU Paelement de rEgîife. Il la conjura ,pour prix de fon repentir ,&du deiTein qu'il formait d’abolir les fchifme criminel dont il avait été infefté ,d’intercéder pour lui ,&de le réconcilier avec le Saint-Fontife. le légat Elle accorda fa demande ;le Légat Pape, le Cardinal de la Pôle ^profkoyaame. parlement fous lierai VIII^ Sc rétabli par celui-ci, donna, au nom de la Sainteté ,rabfolution. aux deux Chambres ,&même au Royaume. Il leur impofa ,pour pénitence ,d’abolir toutes les loix contraires aux intérêts des Papes. Les deux Chambres reçurent cette abfolution àgenoux. Plus fidèle àfes propres intérêts qu’à fa foi ,ce Parlement abrogea les loix contraires aux dogmes catholiques; mais il flipula exprefiement que les biens du Clergé ne lui feraient point rendus, & qu’ils appartiendraient àceux qui les poiTédaient maintenant ,fans qu’il fût permis de faire aucune recherche àce fujet. t*vérânceTous CCS adcs étaient de la faibleffe, de la flatterie, de l’avarice; mais il eut la cruauté de renouveller tous les bills
23’ ANGLETER s E. qui permettaient de perfécuter 5c de ‘brûler les hcrétiQues :btlls que le Parlement ,tenu fous' Edeuard VI,avait Pavement annullés. OL’indifférence fur le culte &fur le dogme eit fouverît dans les Chefs d’un Etat, une diipofitiou favorable au bon- 'heur de l’humanité; mais être àla fois indifférent &intolérant ,c’eft la plus exécrable &la }dus lâclae de toutes les hipocrifiès. 'Le Pariement nomma Philippe ,Protefteur du Royaume, dans le cas où la Reine, en mourant, iaifferàit un enfant 'mineur. Marie eût voulu faire davantage pour fou époux 5c fon époux ,ambitieux , "eût acheté de tout l’or du Pérou, la Couronne d’Angleterre; mais les penfiôiis ,les prcfêns, n’arrachèrent jamais àce Parlement que ce qu’il voulut bien accorder ;Marié ne le trouvant point 'affez complaifant ,il fut encore diiTout, ’Il eft rare que les premiers ordres d’une Xàtion fe permettent des bafTeffes ,fans qu’il réfulte des crimes &des calamités publiques. Apeine ce Parleraent^fe fut
BIT Parlement fournis ala pénitence ,que les perféentions s’élevèrent contre les herétiques. On en trouva tant qu’on voulut; on immola fous ce nom ,tous ceux dont on délira fe défaire; les bûchers couvrirent toute la face de ce Royaume. Lorique la conduite d’un Parlement a caufé un grand fcandale en Angleterre, on peut être alTuré que le fuivant ne lui relTemblera pas ;que le peuple, irrité, n’élira guères ,pour Députés ,que des hommes qui partagent fon indignation , &qui font très-déterminés àne pas fléchir ;c’efi: le bien qui réfulte de la liberté de choilîr fes Repréfentans & de la nécefllté d’en tenir fouvent l’affemblée. Cefl ce qui arriva quand Tvîam convoqua un nouveau Parlement ;elle n’en put obtenir prefqu’aucun fubfide ,&fut obligée de le dilToudre. _Un autre qu’elle tint trois ans après , fe montra un peu plus complaifant ; mais le Peuple était las de fon régne , quand une hidropifie en délivra l’Angleterre.
5>5 r>’ A ngleterre. DU PARLEMENT, Sous la Reine Elijabezh. Lorfquela Reine Marie expira, le Parlement écart affemblé, Une_Députation du Confeil l’informa du décès de la Reine, aulîi-tôtles deux Chambresproclamèrent Elifabeth. Cette PrrncelTe, traitée de Bâtarde , vivant dans une retraite profonde ,loin de Londres ,preique prii"bnnière ,était Gautant plus aimée qu’elle était malheureufe ,&qu’on appréhendait pour fes jours. La joye fut univerfelie. Le Parlement la déclara légitime héritière du trône ,légalement defcenduc du fang Royal ,conformément àl’ordre ?°“,- de fuc^effion établi par Henri VIII. Ehgîtime àe la faoeth aédaigna de faire déclarer valide le mariage de fa mère, &d’entrer dans des queftions inutiles ,délicates &toujours dangereufes àtraiter. Le Parlement fi zélé Catholique fous xe parieMarie., fe trouva proteftant tout-à-coup, tant il mettait d’indiltérence aux dogmes. Il ordonna de fupprimer les Monaftères érigés depuis peu; il rendit kEÜfabsîh
pe. 54 sÜPARI,' EM;E 'N T les dixmes &les annates ,&le titre de chef de FEglife ,auxquels Marie avait renoncé. Ce n’était pas la Nation qui changeait de culte ,c’était le Monarque, Le Parlement ymettait moins d’importance ,qu’à' la volonté du Prince. Le Peuple était divifé en une multitude de fecles ,qu’ecliaulfaienc des Prêtres fanatiques. eft Parlement donna àla Reine le poul’Egîife ,&voir le plus étendu fur le culte &fur le atous les 1/1 ûroits da padogme ,&dcclara que tout homme qui refaferait de reconnaître la füprématie de la Reine ,ferait incapable de pofféder aucun office. Elle jouit de tous les droits du Pape. Enfin la melTe fut abolie ,tout le fyftême religieux fut changé ,fans trouble, fans tumulte, fans réclamations, parla volonté d’une jeune femme ,dont le titre àla Couronne paffaic pour douteux dans bien des elprits. Cette remarque eft de Hume, Les Communes lui accordèrent un' fubfide confidérable ,<Sc crurent la flatter en la priant en termes très-refpecleux de choifir un mari :eLe leur répondit qu’elie avait époufé le Royaume ,que chaque Elle refufe 4e lè marier. 4
d’ A KGLETE s Ri:. ’Ç) Anglais écaic fon fils -3c qu’elle défiraic qu’on ne mit fur fa tombe que ces mots : Ci git Elifahcth ^qui vécut Pleine ,&qui mourut Vierge. Dans fes Difcours &dans fa conduite Elifabeth aiFeda de fc montrer affable <Sc populaire ,de fiater &le Parlement & le Peuple. Elle eut foin de faire rendre la jufîice avec impartialité &d’admiiiiftrer avec ordre &avec économie. L’Angleterre avait été gouvernée avec tant de hauteur ,de caprices ,de dépenfes, dedéfordre de tout genre depuis cinquante ans, que fon adminiftration parut parfaitement fage 3c que les Anglais conçurent pour elle l’amour le plus ardent ,quoiqu’elle foutint fa prérogative royale avec tant de fierté ,qu’une telle adminiftration paraîtrait aujourd’hui tenir de la tyrannie. Dans un de ces débats où le Parlement prefîait Elifabeth de prendre un époux ,il lui remontra que Vordrefixe €’ inviolable de la fucceffion établis. en France ,était la principalefource de la tran.qiùllité habituelle &du bonheur de es Poyaume. Remarquez bien qu’alors le Parlement i.*
$6 duParlement ,quoiqu’il eût 'dépofé des encoredesafRois ,1upéentre les conteiidans àla fàjres de l’E- ^°j'ir'''! «t. Couronne ,donne la luprematie ala Reine, &changé plufieurs fois le culte x& le dogme ,ne fe croyait pas en droit de gouverner l’Etat ,de décider de la paix ,de la guerre ,des alliances ,des négociations avec les PuiiTances étrangères, &qu’il ne fefcandalifapoinrquand Elifabeth lui fit dire de ne fie pçint mêler des affaires d’Etat. Cependant les efprits s’élevaient &s'éclairaient chaque jour. Les querelles rhéologiques avaient produit le bien d’accoutumer àdifcuter ,àfoumettre à l’examen les matières les plus graves ,à ne plus s’en rapporter àla décilîon de fes Chefs. dma li^e' prérogative Royale fortifiée ,augfont contermentéc dc tout le pouvoir qu’on avait donné kEl\pibeth^comm& Cheffuprême de l’Eglife, paraiflait prête àtout envahir: &il yade quoi frémir quand on réfléchit, avec Hume que les femences de la liberté ne furent confervées que par la feule fecle des Puritains, dont les principes paraijfaient fi friyolcs ,&les habitudes
d^Anseetehre» ÿi taies fî ridicules ;ces fectateurs n’acqui- ' rent même ,dit-il ,la majorité dans le Parlement, que parce qu’alors on regardait cette place plutôt comme un fardeau que comme un avantage. Ce fut en effet le Puritain Peur ^57?? Wemworth ,qui ,al’ouverture du Parlement, en 157P, eut le courage de réclamer la liberté ,&de fe plaindre qu’on ofât dire en plein Parlement àceux qui pariaient librement ,que leurs difcours déplairaient àla Reine: que c’était une moquerie d’appeller une AlTemblée Parlement ,&de lui refüfer le privilège le plus elTentiel àfon être :privilège fans lequel il dégénérait en une vile école de diffimulation Sc d’efclavage :que les Rois n’étaient Rois que par la loi :que fournis àDieu &àla loi ,ils ne devaient pas prendre leur volonté pour règle. Ce difcours énergique, au lieu de relever le courage de la Chambre des Communes, ne lui caufa que des allarrnes. Elle tém(>igna àIVentworth une grande indignation de fon audace :elle l’envoya en prifon &chargea un Comité de lui faire fon procès. Tome ÏIL G
^8 BU Par.uk MENT Eltfaheth^ qui ne fe fouciait pas qu’oà agitât de telles quellions ,&qui n’ignorait pas que les rigueurs de l’autorité les font toujours difcuter avec plus de véhémence ,lui rendit la liberté au bouc d’un mois ,le rétablit dans fes fonélions &le renvoya au Parlement. Mais elle ht dire au Parlement ,qu’il n’avait pas la liberté de parier de tout ,qu’il prît garde de ne pas abufer de fa clémence &de ne la pas changer en févérité. mifiheth Lorfque par une rivalité de femme , Hefrfune elle eut réfolu de faire périr Mark Reine futufî?''^'d’-Ecoire, veuve d’un Roi de ^France, auffi inftruite qu’eiie ,douée de plus de beauté ,de plus de fenhbilké ,de plus de grâces ,fon héritière prefomptive , fon ennemie perfonnelle &fa prifonnière; elle trouva un Parlement allez fournis pour examiner la fentence portée contre cette Reine d’EcolTe ,&pour la conhrmer ,fans mettre en doute s’il avait quelque droit fur une Reine étrangère. Non feulement il confirma cette fen- -tence portée par vingt-quatre Pairs ;mais afin de mieux relïembler àces Sénateurs qmpriaient Néron d’être cruel, le Parie-
d’ ANGI. ETERKE. ment ne rougit pas de prier Elifahcth de faire mourir cette Reine. Elifahcth ,qui ne cherchait qu’a rejetter fur lui la. honte d’une atrocité qu’elle brûlait de commettre ,le renvoya avec des paroles équivoques ;&le Parlement récidiva fes honceufes follicications , qvL Elifabeth feignit de rejetter une fécondé fois. Mais les ordres étaient donnés ,&la tête de Marie tomba fous la hache d’un Bourreau ,lorfque le Parlement était encore aifembié. Les grands talens (EElifaheth ,la gloire de fon règne n’ont pu laver fa mémoire de la tache que ce meurtre lui imprima. Mais le Parlement &elle fuivaient en tout une politique contraire àleurs intérêts. Le Parlement d’Anp-leterre .en condamnant àmort, ou en connrmant il facilement des fentences de mort, accoutumait fes Rois àverfer du fang ,àle regarder lui-même comme une Affemblee de vils Courtifans ,toujours prêts àfervir leur tyrannie ;<Sc la hère EÜJaicth, en livrant àl’examen du Parlement, l’Arrêt qui condamnait une tête couronnée ,ne fefait qu’affaiblir le refpect G2
2o6 DU Parlement toujours continué às’en fervir ,quand ils avaient été plus prelTés par le befoin d'argent ,que contenus par la crainte du Peuple. On n’était pas, àbeaucoup près,auffi. maliieureux en France. On n’y connaiffait ni la haute Commiffion ,ni la Cour martiale ;les Parlèmens n’agififaient pas avec autant d’arbitraire que la Chambre étoilée. Qiland les Rois fe permettaient des violences ,ils ufaient de leur force ,Ôc non pas de leur droit. Hume ne compare le Gouvernement anglais qu’à celui des Turcs ;&il avoue que s’il eût duré , l’Angleterre ferait devenue fembla’ole à Maroc. L’Angleterre ffeurit cependant fous Elijabcth :la Turquie futauffi floriiTante fous piufieurs Sultans. La prolpéricé d’un tel Gouvernement appartient abiblument àl’habileté du maître ,&elle pane avec lui. Elle eiï fouvent deftruclive de la liberté. Si le Succefleur d’Af^^cr/z avait eu d’aufii grands talens ,la liberté eût été perdue pour pIuGeurs fiècles ,li elle ne l’eût pas été fans retour.
X)’ ÂNGI. ETERRE. ÏO’J DUPARLEMENTB'ANGLETERRE. LIVRE II, Je Parlement porte plupeurs loix qui ajfurent la liberté ,&la Nation laperd par le complot de quelques hypocrites. DU PARLEMENT. Sous Jacques 1. JACQ UJS S,déjà Roi d’Edoffe ,fuccéda ieH!ç a® àElifabeth fa parente ;il devint lans a® aEJfaobiîacle le Roi de ce peuple ,chez lequel fa mère ,après une captivité de vingt ans ,avait péri fur l’échaffaud par un jugement inique. P..oi d’Ecoffe dès fon enfance ,âgé de Defpte quarante ans ,inftruit dans cette fauffe feib!e par caérudition ,qui enlèigne àdifputer fur jndiiporeîous ces chofes inintelligibles ,qui apprend a étouffer fon jugement poux le foumettre àl’opinion d’autrui ,qui rend l’efprit étroit Sc inflexible ,il ne s’était iliuftré par aucune action -d’éclat. Trompe par fes flatteurs ,par fes Théologiens ,par
to8 -DU Parlement fa vanité ,par fa faibleiie même ,il crut gue la toute puiiTance était attachée au titre de Roi. La harangue qu’il fit au premier Parlement 'qu’ii tint ,jetta l’alarme dans toutes les fècles. Sans être tolérant ,il ymontrait quelque afFcclion pour la'Religion catholique ,que toutes les autres regardaient comme leur ennemie ;ôc il ytémoignait queiqu’éloignement pour celle des Puritains ,la plus aéhve &la plus fanatique de toutes les fecles. Elle dominait depuis quelque temps dans la Chambre des Communes. Les deux Chambres ,à ce difcours du Roi ,preflentirent fa faibîelfe <Sc fon embarras ;elles conçurent que fa main n’é" tait pas affez forte pour tenir les rênes par lefquelles Elifabeth les avait maîtrifés. ta Chambre Celle dcs Communcs,tcnuc jufqu’aiots ^es Coœmu* j^’i^^ jies prend dedans uîie lortc de dépendance oc parles la force. |\ois &par Les Lords, s’anima d’un nouveau courage. Elle réclama fes droits : par exemple ,le Chancelier s’était arrogé le droit de faire élire de nouveaux Députés àla place de ceux qui lui déplaifaient ;il fufïifaic qu’il allégât uii pré-î texte.
X)^ Aisr GI. ET1RKE. ÏO^ Ce Parlement ne' le foulFrit plus ;les Communes cafsèrentles décrets du Chancelier ,rétablirent les Députés quil voulait déplacer ,&maintinrent que nul Député ne pourrait être renvoyé, fans un décret de la Chambre. Ce fut le premier pas vers la liberté : nous ne les marquerons pas tous. Nous obferverons que peu de Rois ont été plus mal adroits que Jacques I. Il fe conduiût avec tant d’imprudence ,qu’en favorifant les Catholiques, fi mal traités &fi méprifés par Elijahuh^ les Catholiques confpirèrent contre lui ;&qu’ils imaginèrent de le faire périr lui &tout le Parlement ,en plaçant quelques barils de poudre àcation fous la falle où il devait s’affêmbler. N’aimant pas àfe montrer en public ,^ n’étant pas affable, careflant, populaire comme Elifabcth ,il ne fe fit point aimer de la multitude. Il forma le projet trèsgi^^rre, fagede réunir àjamais rEcOire& l’Angleterre ;il prit le premier le titre de Roi de la Grande-Bretagne, &il ne put vaincre l’averfion que les habitans de ces deux Royaumes avaient pour cette réunion.
tio DU PAKLEME^r'T. Jacques Toujouis cchou3.nt. dsns fcs projcts ^ ’feuka* par la faibleire de fon caradère, il eut ™i"d'îa maladrelTe d’écabiir ,dans fes difpOU\Ol! Qil ' J^* 1-»°°“' cours au Parlement, Sc dans quelques livres qu’il compofa ,des principes de delpotifrae, qu’ii était incapable de foutenir dans fa conduite. Il alla jufquà dire aux deux Chambres affemblées au Palais Sm,Jett,(ie Witelial ,«que la prérogative des I^annî »Rois relTemblait àla PuiiTance Divine ; «qu’à l’exemple de Dieu ,qui pouvait »àfon gré créer ou anéantir, les Rois «pouvaient donner la mort , ou accorwder la vie ;qii’ils avaient le droit de »juger chacun &tous, fans être jamais fjugés par aucun Difeutant ainfi fon autorité, il engagea le Peuple àla difeuter; &comme ces préjugés de la toute puiîTance d’un homme ne font fondés que fur des idées mal éclaircies ,ils perdirent tous leurs poids dans l’opinion publique. 11 eût mieux fait d’imiter tant d’autres Souverains ,qui, plus maîtres que lui, adoucilTent leur puiiTance ,par la genérofité de leurs diiçours, Sc qui, dans toutes les difeuffions ,n’en appellentqu’à
-t îl D* AN(3 r, E T E R SR E. fufage ,àla néceffité de maintenir l’ordre établi ,au danger de changer les antiques habitudes ,aux malheurs qui fuivent inévitablement les révolutions. Le Parlement fe plaignit du pouvoir de la haute Commiflion ;il nia que les proclamations &les édits du Monarque au® p'îîfl'üns i_que les lois. dulTenc avoir l’autorité des -loix. Il demanda que perfonne ne fût forcé de prêter de l’argent au Roi ;il prétendit qu’il avait le droit de s’occuper de tous les objets qui pouvaieirt intéreffer les habitans du Royaume :il fut diÛout. iei4. Un autre exigea qu’on lui rendît compte de l’emploi de l’argent que le Roi avait dépenfé. Le Roi fe hâta de le dilToudre, &même il envoya quelques Membres en priibn. Ces rigueurs ne firent que mieux fentir la nécefîité d’être libre. Malgré ces difpofitions &le génie naturellement altier des Anglais, Hume eft enclin àpenfer que fans le fanatifmc qui renverfa le trône ,jamais le peuple n’eût brifé les fers dont les Princes de la maifon du 7’«</ur avaient enchaîné fs liberté.
Kaiitii parti l'oppolitic î^2IDroît aaifîîince. 112 DU Pardemeîstt Le Parlement de 1621 eft célébré S de n. doit Têtre, pour avoir été le premier qui fe foit divifé en deux partis :l’un pour foutenir l’autorité des Rois ,&l’autre pour lui réfifter. de Les querelles s’échauffant ,Jacques eut l’imprudence de faire dire aux Communes, “qu’il avait le droit de punir »les fautes commifes pendant la celüon »du Parlement ,&qu’il punirait tout homme dont l’infolence l’offemerait”. Les Commvanes lui répartirent très-refpcdueufement, «^qu’elles tenaient de leurs »ancêtres le droit de parler avec li- »berté ,&de réprimander leurs propres Membres ». Jacques ,plus imprudemment encore, leur dit ,«qu’ils ne tenaient «leurs privilèges que de la condefcen- »dance des Rois ,fes prédéceffeurs Les Communes lui répartirent ,toujours avec refpeft ,«que les libertés ,franchifes ,privilèges, &Jurifdidions du «Parlement, étaient l’antique &le non conteftable droit de naiffance &l’hé- ’> ritage de tout Anglais Ces termes de droit de naijjance &Jhéritage étaient employés exprès ,parce qu’ils étaient les termes
D’ ANGLÈTËîl RE. 11^ termes confacrés dont le Roi fe fervaic pour exprimer fes droits àla Couronne, c’était fon droit de. naijfance ,fon héritage^ L’exprelTion des Communes était donc parfaitement jufle ,parfaitement noble, parfaitement adaptée àla circonflance , &entièrement déciiive. Jacques ,dans fa fureur ,fe fit apporter le Journal de la Chambre des Communes, &déchira de fa main ,en plein Confeil, le feuillet où fon avait infcrit ce paifage. IViais ce paiTage, cette expreiTion concife &Julie, était déjà gravé dans tous les cœurs ,il fut bientôt tfanicrit dans tous les livres, &répété par toutes les bouches. Le Roi fe hâta encore de difibudre par une proclamation ce Parlement altier. Il fit emprifonner Ccck ,Philips , Selden^ Pym, Sc Mallery qui avaient montré le plus de liberté dans la Chambre des Communes. Les principes de la liberté ,le droie du peuple ,avoué du Parlement ,fe trouvèrent dès-lors tout établis, &il n’y avait pas eu àcet égard dans tout Tomé III, H
Xe Roi trou vebon qiic-J< parkîiitnt fc mêle de toi: tes iCS 1^24. XeRoI doîi' îIA BU PÀRr, EMEN'î' X le Pioyaume ,une feule émeute ,une feule épée tirée. La force de la difcuffion ,l’evidence du principe, le généreux défit de la liberté ,avaient feuis produit cette révolution, .Le Roi fut obligé, trois ans après, de ^convoquer un nouveauParlement; mais, .'au lieu de foiitenif avec hauteur fa prérogative, comme il avait fait jafqu alors, il permit que le parlement prit connaillance de toutes les affaires. Son fils ,Charles, &fonMiniftre, le Buckingham, rendirent compte au Parlement ,du voyage qifils avaient rait àIVIaorid, des raifons, feintes ou vérita’bies, qui avaient retardé le mariage du Prince avec Flnfante d'Efpagne. Les Chambres demandèrent la rupture de ce mariage, qui leur paraiffait propre àmultiplier en Angleterre les Catholiques ,que les Puritains voulaient en bannir. Jacques leur demanda ,fi elles lui donneraient des fubfides affez conudérables ,pour foutenir la guerre que cette rupture occafionnerait ?Elles lui en promirentLe Roi ,afin d’obtenir une plus grande »A. w
DE Parlement Hcft doux de remarquer que tous ces droits s’acquéraient fans troubles, fans féditions ,par de fimpies débats parlementaires, &que le Peuple avait paffe de i’oppreuion àla liberté ,en vingt années. Les Romains avaient aulTi acquis leur liberté fans combats ,fans verlcr leur fang dans des guerres civiles ,uniquement par leurs débats dans les comices. Ce fut quand ils la perdirent ,que s’élevèrent ces guerres terribles, qui enfanglantèrent tout l’Empire. S’il n’eût été queflion que des droits de l’humanité, de la lioerté du Peuple, il eft vraifcmblabis que l’Angleterre n’aurait pas tiré le glaive ,&que ks Rois &les Miniftres ,qui feuls alors s’oppofaient àla liberté naiffante ,auraient été forcés de cederinfenfiblement àla volonté jufte &fage d’un Parlement, toujours ferme dans fes principes ,& toujours confiant dans fes projets. Mais le fanatifme des Puritains n’avak fait retentir, dans tous les coeurs, le .nom de liberté ,que pour tout écrafer «quand il aurait enchaîné les Rois.
I>’ ANGLETERREÏSJ ance mens ,était néceffairenient une perdue. plus le Parlement conteftait 1autorité du Roi ,plus le Roi les Miniflres ségaraient en vaines démarches ,dont tout l’effet était de produire du mécontentement ,du ridicule &des difcuffions , qui toutes tournaient àl'avantage ne la liberté. Cinq Gentilhommes emprifonnés avoir refiue de prêter de l’argent au Roi ,Pf ; eurent le ben efprit de faire un procès contre ceux qui les avaient arrêtés ,&fonner. de ioutenir qu’ils, avaient le droit d’être libres :qu’en n’avait ftipuié aucun crime dans l’ordre de les arrêter ;que par conféquent nul n’avait le droit de les tenir en prifon. Ce procès s’inftruilit àla Cour du Banc du Roi. On examina fi un ordre du Roi ou des Confeils fuffifait pour qu’un homme fut emprifonné, lorfqu’onne pouvait fpécifier contre lui aucuns délits. Il fat prouvé par la grande Chartre ,&par fix autres, qu’aucun homme libre ne pouvait être privé de fa liberté que par un jugement de les pairs ou par une loi exprefîe.
124 Parlement. La loi écait formelle, mais il était û évident que malgré la loi ,les Rois avaient toujours joui du droit d’empriibnner qui bon leur femblait ,que les Juges renvoyèrent ces cinq Gentilshommes en prifoa, fans vouloir décider entr’eux &le Roi. Mais lî les Juges tergiverfaient ,la Nation, attentive àcette afiaire, l’avait déjà jugée. 11 iicft pas furprenant que la Loi, les Juges &la Nation prononçaifent en faveur de ces cinq Gentilshommes :mais il 1efl oeaucoup qu’on ait trouvé un tribunal ,oul on ait pu intenter un tel procès* La Nation touchait déjà àla liberté. Un autre événement aigrit encore les cfprits. Une loi fage défendait de loger des tioupes par étape chez des particuliersordonnait de ne les placer que dans £.erre. jgg aubcrgcs &autiTS rtiaifons publiques. Cei.i.e loi était auiîi négugée, Sc on ne manqua pas de loger des troupes ,revenues dune expénition malheureufe en Efpagne ,chez ceux qui avaient refufé de prêter de l’argent au Roi. nés vexations fe multipliaient, &produuaienL fort peu: une guerre avec la France, que Charles entreprit iucoafidé-
d’Angletesrè. Î2jr fément, augmenta fes embarras, &l’obligea àconvoquer un troifième Parlement* TKOISIEME PARLEMENT. Le Peuple eut foin de nommer pour fes repréfentans des hommes éprouvés , du caradère le plus ferme ,de l’éloquence n' cïambf* la plus mâle, form.és aux affaires ,irdirüits par l’étu4e, échauffés par la lecture des Orateurs de iantiquité, par les grands exemples de dévouement àla Patrie qu’on -trouve dans l’Hiftoire Grecque & Romaine. Ce qui prouve que ces qualités n’écaient point rares alors ,c’eft qu’ils étaient tous riches: &qu’on remarqua avec étonnement que les mem’ores de cette Cham’ore des Communes poffédaient trois fois plus de biens que les membres de la Chambre haute. Ainfiffous tous les aipeds ,la Chambre des Communes était refpedabie. Elle adopta les principes des deux derniers Parlemens. Ces quatre conducteurs que le Roi avait écartés du dernier ,Edouard Coke^ François Seymour ,Robert Philips ,Thomas Wentworth, reparurent dans celui-ci, &ytinrent des difeours dignes de l’antiquité.
Î2^ DU PaRI-EMËNT Ces hommes déjà diftingués par leur conduite dans plufieurs Parleracns, joignaient alors àleurs talens naturels, une expérience que la fréquence feule des aifemblées avait pu leur donner, &qui les fefait regarder par toute la Nation, comme lès dignes défenfeurs de laliberté. lois contre Quoiqu’il yeût toujours dans les deux les c-.TtpnCjît. Chambres le narti du Roi ,elles prirent nemep.î aroi- *.ii traires &les une réfolution unaniiiie pour intercure les emprunts fot- ,,.cl «SS. emprifonnemens arbitraires, oc les emprunts forcés. Afin d’éviter toute équivoque, elles fpécifièrent ,perfonne ne ferait aVa.- venir arretéfans une caufe connue , &que tout prifennier^ arretépar ordre dit Roi ,jouirait du privilège de ïhabeas corpus^ c’eft-à-dire ,de fa liberté, en donnant une caution en argent: il n’y eut d’exception que pour ceux qui feraient accuies de crimes qui méritent une peine capitale. Elles fpécifièrent encore, que ,comme tout homme avait la propriété entière &abfolue de fes biens, huile taxe ne pourrait être impofee à perfonne,fous quelque dénomination que ce fût, par aucune autre autorité que celle du Parlement.
d’A ngleterbe. 127 Ces loix fages n’étant reflfet ni de la révolte, ni d’une mauvaife volonté ;les Communes accordèrentau Roi des fubfides beaucoup plus confidérables, qu’il ne l’efpéraic iui-même. Mais elles ne vulurent pas établir ces fiibüdes ,que le B.ci n’eût revêtu d’une forme legale ,par fon confentement, les loix qu’elles requéraient. Elles donnèrent àleur demande nom de pétition dz droite afin qu’on ne les taxât pas de nouveauté ,parce qü’en requérant la polTeffion de leur liberté perfonnelîe &de leur propriété, elles ne demandaient rien de nouveau. C’était ce que les anciennes Chartres leur accordaient, ce qu’elles appellaient/ezrrdroir de naijfance, ce qu’on appelle ailleurs les droits de Vhomme^parce qu’ils font antérieurs àtoute fociété ,&que les corps politiques qu’on appelle Etats ,n’ont été établis que pour les maintenir &non pour les abroger. Le Roi ne voulut point faire une loi de cette pétition de droit :il promit de i’obferver^ il attefta que jamais ni
Ï28 Dtf Parlément lui, ni Tes Miniftres ,ne feraient empfifonner perronne, ni n’emprunteraient à quelqu’un malgré lui :il aû'ura qu’on pouvait fe lier àfa parole. Les Communes répondirent qu’elles ne fe méfiaient point du Roi, mais qu’elles ne pouvaient prendre confiance qu’en des aétes revêtus des formes parlementaires. La Chambre haute ,toujours fage , appuyait auprès des Communes les demandes du Roi, propofait des plans d’accommodement ,Sc ne fe choquait jamais de les voir rejettés par les Communes. La modération delà Chambre haute, paraît plus admirable encore ,que la fermeté des Communes. L’altuce italienne, l’orgueil allemand ou la vanité françaife auraient brouillé toute, la conihtuiion :la fierté flegmatique des Anglais, la fauva &la perfectionna. ZapéîltLcn dt droit fut drefiee comme les Communesle voulaient; ils l’envoyèrent àla Chambre haute ;les Lords l’approuvèrent. Le Roi vint au Parlement,
d’AnGLETERRÉ. 12^ où, félon l’ufage, elle lui fut lue; il ns l’approuva ,ni ne la rejetta, fuivant l’ufage; il efîaya de lui donner un confgntement motivé, propre àen affaiblie l’effet. Alors les Communes reprirent l’accufarion portée contre Buckingham :le Roi, pour fauver ce Miniflre, qu’il aimait, revint au Parlement ,&donna àla pétition ,la forme de loi ,dansla forme accoutumée :la Chambre retentit d’acclamations. Peu de jours après, le Roi prorogea le Parlement. Jufqu’alors tout était bien : la Nation avait acquis ,par des ades confentis du Roi, toute la liberté quelle pouvait defîrer, perfonne n’y pouvait plus être opprimé :il ne s’agiffait plus que de maintenir l’exécution de la loi; on pouvait s’en repofer fur l’intérêt de tous, &fur la vigilance du Parlement. Ra Nation était libre &elle n’avait pas tiré l’épée :il n’y avait pas eu une émeute :le Peuple, le Parlement ,le Roi, euffent tous montré plus de fagelTe que la nature humaine n’en comporte ,fi le Parlement eut été fatisfait d’avoir obtenu Tome IIL I
î30 Paki-smext ce grand avantage, &fi le Roi, au lies de s’en trouver humilié, eut mis ia gloire àêtre le feul Roi qui régnât fur unpeuple, par des Loix protedrices de la liberté publique &individuelle. Maiheureufement alors de fi grands caiifs ùe la intérêts étaient mêlés àdes opinions ridicules; les efprits senivraient de diiptites théoiogiques ,qui rendent l’ef- -prit faux &le cœur dur. On bravait le martyre ,mais on perfécutait. On mettait en précepte la morale la plus auftère, mais on fe livrait âla haine, au menfonge, à la fourberie ;on calomniait &on affallinait fes adverfaires en invoquant Dieu, ôc en ayant toujours àla bouche Sc fon nom&eelui du ChriJiSc celui du 5. Efprit^ par qui ces fanatiques fe vantaient d’être infpirés. Buckingham fut afialfiné par le fanatique Felton^ qui difait ne l’avoir tué que par excès de piété. Dans ce défordre d’imagination ,le Parlement fitla faute derégler la croyance en Théologien, au lieu de tolérer toutesles opinions en homme d’Etat, li voulut profcrire les Jéfuites &les Ar-
d’Angleterre. 131 jniniens, au lieu de les dédaigner. Hn’étaic pas encore aflez inftruic pour lavoir que le dédain ed: l’arme qui tue toutes les querelles eccléliaftiques. Ce Parlement Mars fut encore diflbut. Olivier Cromwel prit place dans ce Parniei?br«^'du lement ;maisil étaitalors unieune homme parlement -*font cinpriy fans conuderation. .fonn^s. Le Roi fit la faute d’envoyer quelques membres de ce Parlement en prifon, ce qui était violer formellement la loi. Il eut Imprudence de faire citer Jean Elliot ,Hollis &Valentin ,au Tribunal du banc du Roi. Ils rcfufèrent de comparaître devant ce Tribunal ,inférieur àcelui dont ils étaient. Iis furent condamnés àdemeurer en prifon jufqu’à ce qu’ils euffent payé des amendes :ils refulerent de les payer. ElUotj qui mourut dans la prifon, fut regardé comme le martyr des loix, &de la liberté. Charles In’était pourtant pas un tyran ;il foutenait fa prérogative :mais il eut defîré de la foutenir fans violence; homme de bien ,mari tendre ,ami zélé > dpoifédait toutes les vertus qui peuvent I2
*3^ DU Parlement faire aimer un particulier :&quoiqu’il eût eu l’imprudence de faire mettre en piifon quelques chefs de parti ,qu’il n’y pouvait garder long-temps, il nefe ferait jamais permis les fourberies, les menfonges ,les violences mêmes que les chers des partis &des feâes fe permettaient au nom de Dieu &de la liberté. Thomas Tkomas W^entworth avait fans doute Went-p^orth _•, ab.:ndonn:;îe p^r un pufzclc pour la liberté ^quand Suis' en avait défendu les intérêts dans le S^vec tantdechaleur.il voulait de' slrSo?r le Peuple fût libre; mais il ne voulait pas qu’abufé par un vain nom, il fût le jouet &l’efclave de quelques démagogues hypocrites,, quiparlantunjargonmydique, citant fans ceiTe l’ancien &le nouveau teflament, ne cherchaient qu’à renverfer la Monarchie pour faire triompher leur parti. Ce fut dans le dernier Parlem.ent qu’il apprit àconnaître ces hommes dangereux. Les manières ridicules des Puritains le révoltèrent de le déterminèrent à changer départi. Dès lors il s’attacha au Roi, &vraifemblablement ,cet homme, d’une vertu févère, d’une fortune conûdérable, àqui
d’ ANGLETERKE. 1 la tête de larniée dans le Comté dTork. Le Roi ,qui avait befoin de fa grande capacité, &qui fe croyai tencore piûffant ,le retint ,&l’aifura que le Parlement n’abattrait pas feulement un cheveu de fa tête. Malheureufement pour l’un Sc pour l’autre ,Strafford lé crut. Cependant le Parlement ,qui s’était ii efi »». aflfemblé le trois Novembre ,dès le''^"'’ onzième du même mois ,c’eil; àdire , neuf jours après, décréta Strafford^ ^ envoya fon décret àla Chambre Haute où fîégeait ce Comte. La Chambre reçut ce bili ,&Strafford fut arrêté. Déjà, dans ces fortes de Procès, la. Chambre Baife fefait la fonction d’accufatrice ,&la Chambre Haute celle de Juge. Laud^Archevêque de Cantorbery, Autres aefut aufîi décrété, aceufé &arrêté comme Straffford crime de haute trahifon ,pour avoir voulu renverfer la loi & la religion du Royaume. Le Lord Garde des Sceaux, P/i/zcA, fut aulTi aceufé: mais comme on ne l’efti- «tait pas autant que Straffvrd &que
140 Du Parlement Laud ,les Chefs de parti qui le redoutaient peu ,lui laiflerent le temps &la liberté de s’enfuir ^il fe réfugia en Hollande. W'mdebank ,Secrétaire d’Etat ,s’enfuit en France. Tous ceux qui avaient obéi aux ordres du Roi ,foit en levant des taxes ,foit en remplilTant quelques fonctions défavouées par la loi ^furent accufés ôc traduits en jugement. On chaifa de la Chambre des Communes tous ceux qui avaient obtenu du Roi des privilèges pour des monopoles. Ceux que le Roi avait fait mettre en prifon ,en forcirent., &furent ramenés dans Londres aux acclamations de tout le Peuple. Le ParîeNon feulement la Chambre Haute rncnc ti £co{” ^^f,»«ij fs au ne le fepara point de la Chambre des dï-ngktcrre. Communcs ,maîs les EcoiTais qui avaient alors un Parlement particulier , &qui avaient déclaré la guerre à Charles s’unirent avec le Parlement d’Angleterre ,&firent caufe commune avec lui.
r>’ AXGr, ETERRE. 141 Charles fe trouva fans pouvoir dans fes deux Royaumes ,&il put connaître que rautorité des Rois neft fondée que fur l’aiTentiment du plus grand nombre. Prefque tous fes partifans l’abandonte pari*, nèrent 5ceux qui lui relièrent attachés ,pume. n’ofaient rien tenter pour le fervir : Charles manquait d’argent ,le Fadement en trouva ;il avait le droit d’impofer , &il s’en fervit pour mettre une taxe très-légère :le faefoin preflait trop pour qu’il attendit ce fecours ,il emprunta :ceux qui avaient refufé de prêter au Roi, prêtèrent au Parlement fur le crédit particulier des Mera’ores de la Chambre des Communes. Il ordonna que les fublides ne feraient ndéfend plus payés au Roi ,mais àdes CommiftbéT' ÏÏ faires qu’il nomma. Ce qui mit l’argent dans les mains du Parlement. Les Communes pailerent un bill qui défenaait atout ecclefialîique d’exercer aucun emploi civil. L’elfet de ce bill eut été de chaffer tous les Evêques de la Chambre des Pairs. Leur place dans cette Cham/bre était donc regardée comnie un emploi civil.
142 r>ü Parlement La Chambre des Pairs rejetta ce biil. Les Communes firent abattre les Croix , les Images ,les Autels ,ôc toutes les figures que les Catholiques expofent à la vénération des Chrétiens. Le Roi s’elForçait de regagner l’affedion du Peuple ,en acceptant tous les bills que le Parlement lui préfentait, LE PARLEMENT Devient d’abord triennal^ ^enfuite pet~ manent ,vicieux- &opprejfcur de la liberté publique. Ce qui avait toujours confervé l’efprit de liberté chez les Anglais ,c’elt que les Membres du Parlement ,rentrant immédiatement après fa diffolution, dans la foule des Citoyens, étaient expofés comme fujets ,aux loix qu’ils avaient portées comme Membres du Corps légiflatif. Ils avaient donc un grand intérêt àn’en point faire qui puffent retomber fur eux ,foit en attaquant la liberté publique ,foit en attaquant la liberté individuelle. Cet intérêt était d’autant plus pref-
d’ ANGr. ETsKEI. hnt, qu’en réliûant dans la Chambre des Communes àla volonté des Miniftres &àla prérogative des Rois ,ils fe fêlaient des ennemis puiiTans dont la vengeance pouvaitles pourfuivre, lorfque le Parlement dilTout les lailTait ifolés &fans défenfe. Ainû chaque membre averti par la pofition ,s’appliquait à augmenter la liberté de chaque citoyen, &àla mettre àl’abri de toute atteinte. Mais ,lorfque ce long Parlement, comprindi r, r'P'®*® poie anypocrites ,de fanatiques ,d’encbannemis de la royauté ,de l’épifcopat ,de iïuLki? l’ordre civil ,aulR-bien que de l’ordre eccléfiallique ,fut entraîné &fubjugué par quelques chefs fecrets ,il fongea à faire des loix plus relatives àfa {)ronre sûreté ,qu’à celle du peuple. Ses fcntilïiens changèrent avec fa fituation. Il porta û’abord un bill pour rendre, le Parlement triennal. Une loi faite fous r^ndîdennai, EdouardIII , ordonnait de convoquer le Parlement tous les ans ,* mais aucun P\oi ue s’était conformé àcette loi. Pym ,Hambden ,Vanrs Ôc les. autres chefs des Communes en firent une nouvelle quienjoignaitauChancelier d’écrire
Le ment fuit î eès de ford. 144 DU Parlement tous les trois ans ,au mois de Septembre j des lettres de convocation ,qui ,àfon défaut ,chargeait les Pairs de ce foin; les Shérilts au défaut des Pairs; &qui, enfin ,fi tous manquaient àce devoir , ordonnait aux élefteurs de s’alTembler , comme s’ils avaient été convoqués ,& de procéder aux éleélions. La même loi défendait au Roi de diffoudre le Parlement ,ou même de le proroger avant cinquante jours, àmoins qu’il n’y confentît. Charles ,non fans regret ,donna aulîi fon confentement à ce bill. Les deux Chambres lui en rendirent des grâces folemnelles ,tout le peuple en témoigna fa joie par des réjoLiiflânces publiques ,&pendant quelques momens ,le Roi &la Nation parurent reconciliés. Mais ce n’était pas l’intérêt des Chefs pourCommunes :ils fe fervaient de la siraf. crédulité du grand nombre pour fe maintenir. Ils voulaient perdre Strafford ^Sc pour le punir d’avoir quitté leur parti, Sc fur-tout de peur qu’il ne gouvernât encore l’Etat :ils fuivaient fon procès avec ardeur ;jamais ils ne purent lui
b’ ANGrETEKKË. Î45 trouver ni un crime de haute tranifon, ni un délit grave :mais ils lui trouvèrent ies faiblefîes dun homme fenfible ,Sc quelques abus d’autorité ,qu’il eft peutêtre impoflible qu’un horutne en place ne commette pas 5on lui fit un crime de quelques termesqui lui étaient échappés ,en donnant fon avis dans le confeil ;&d’un jugement rendu par an Tribunal militaire contre un militaire. La Chambre des Communes porta contre lui un bill de profcnption. Il était vraifemblable que la Chambre haute refuferait ce bill ,il était certain, que le Roi le rejetterait. Les Démocrates foulevèrent la populace ,exeiterent des émeutes ,firent afiiéger la Chainbre des Lords par le bas peuple ,rugiiiant de fureur ,&armé d’outils ôc dinfirumens deftinés aux plus groffiers travaux. De quatre-vingt Pairs qui avaient fuivi ce procès avec exaclitude ,àpeine quarante-cinq osèrent affilier àfon jugement. Dix-neuf eurent le courage de braver la fureur populaire &la rage des fanatiques, en rejettant ce bill. VingtGx épouvantés, ou léduics ,ou pervers, Tome IIL
DV Vains eil de poaf fil fon Mini \ Le ?i ment fs ciare pcrr ncnt. 145 Pa ELEMENT eurent la lâcheté ce iaccepter oc de perdre Fliomirie innocent ,4*-^ devaient jüftifier. Le fanatifme ,rh3/ppocniic ,Fefprit de parti ,l’ambition ,employèrent encore plus de manœuvres ,pour forcer le Roi àconfencir àce meurtre revêtu des formes juridiques. Charles ,défefpéré ,fefait effort fur jvl’ efforts pour faiiver fon Miniftre ;il sadreffait aux Lords ;il donnait des places aux chefs des Communes ;il accordait tous les bills que les Communes lui préfentaient jil reuftait aux prières ue fon époüfe ,qui n’aimait pas Serafford, aux alarmes de tous ceux qui lui étaient dèles. Les Communes impofaient des taxes qui ne fuffifaient point ;elles voulaient emprunter :en rcfafa de prêter àun Corps qui pouvait être diffout dun moment àl’autre. !eAlors ,elles imaginèrent de porter à ala hâte un bdl qui conftituait le Parlement perpétuel ;elles le préfemèrent a la Chambre des Pairs -, il yfut accepte; eu le port‘wt*cïit cicî 5treni-- J
d’An Gr, Eter RS. 147 blant pour Straffbrd ^Sc fe flattant tou- • jours d’appaifer leur colère ,donna fon confentement àce bill ,qui rendait permanente ia puilTance de les ennemis. Ses ennemis alors trouvèrent tout l’argent qu’il leur fallait pour lui nuire. Les Communes ne fe laifsèrent pas fléchir. Elles répandirent contre Charles ,les bruits les plus injurieux ;elles firent entourer fon Palais par un Peuple qui demanaalt la tête de Straffbrd. Strafford apprenant les dangers du Roi, StT^ffhrî lui écrivit du fond de fa pnfon ,&put ^oLftLlIfa la générofîté de le prier de confentir à fa mort» Enfin Charles céda ;Straford fut décharUs j capité :il mourut avec le flegme de fon pays ,le calme d’une ame pure ,&les regrets d’une ame fenfible ,qui ,tranquille fur foi ,s’alarme fur le fort de fa femme ,de fes enfans ,de fes frères, & même de fes domefliques. Ce meurtre rendit les Communes toutes puiflantes. Il n’y avait plus de liberté en Angleterre; quelques Démocrates ,maîtres de la Chambre des Communes ,yrégnaient la liberté eft perdue 5 avec Pâuîorirté Ka
148 BUPAKLEMENT en fouverain ,Sc feiàient exécuter leurs cruautés avec des formes juridiques plus odieufes par le faux refped qu elles affeélaient pour les loix ,en les violant , Que ne peuvent Ferre toutes les contraventions des Rois àdes loix qu ils fe croyent en droit de ne pas fuivre àla riuueur ,êc dont ils s’écartent avec franO. A chife. Beaucoup d’Anglais fuyaient en Hollande ,en France ,en Efpagne ,ce qui n’était point arrivé fous les Rois :les Pairs n’ofaient voter dans leur Chambre, félon leur confcience ;dans les rues , dans fa famille ,on n’ofait montrer des fentimens oppofés àceux du parti dominant. Les Prédicateurs qui avaient prêché de payer des impôts au Roi ,les Auteurs qui avaient écrit en faveur de fa prérogative, furent ou punis oupourfuivis par le Parlement :on ne pouvait ni paiier, ni écrire ,ni prêcher que ce oui convenait aux Puritains ou accs Démocrates. La populace enivrée de fanatifme &de faction, charmée qu’on fouitrlt qu’elle s’aiTemblât en tumulte iquelle infukac
D"’ AK G I. ETEKRE. cune manière aux Parlemens de la France. Ce qui eil vraiment mémorable ,c’ell: qu’en aboliffant les hautes Cours de Judicature ,les Anglais ont confervé foigneufement la royauté. Dans tous les pays où l’on afait le contraire ,on a paiTé fous l’efclavage ariftocratique ;Sc prefque tous les peuples qui fc difent Ib bres, ont commis cette faute. Les Anglais en tout genre fe font éloignés des idées communes. La hxièrae caufe eft ,ea sagesse q.u’eürent toujours les Grands ,les Pairs ,les EvÊq.ües ,la Chambre HAUTE DE NE POINT MEPRISER LES COMMUNES ,de facrifier leurs droits particuliers aux droits de tous, de s’unir avec elles pour être libres. Ces caufes uniques Sc particulières a la feule Angleterre ,ont produit àla fin ce Gouvernement unique ,où chaque Citoyen, jouiiTant de tous fes droits ,& libre d’y déployer tous les taiens qu il a reçus de la Nature-, ne peut être vexe , ni par un plus puûTant ,ni par un hlagiftrat ,&çft sûr qu’en toute cfuece %
©tr Parlement d’affaire ,il fera jugé publiquement sans AUCUN MÉLANGE d’aS.SITRAIRE (i). DELA CONSTITUTION ^ANGLETERRE. De la compcjition du Corps politique. Le Corps politique, celui qui forme lé Peuple Sc la Nation proprement dite , n’eft pas compoié, en Angleterre, de tous -(f) JViîck &Sayr font Tun &l’autre îa preuve ic cîtte liberté :ces deux homnaes eulTcnt été perdus dans tout autre pays ,par les ennemis cu’ils s’éiaient attirés; mais ils n’avaient violé aucune loi. On les arrêta ,on les accula ,on leur intenta un procès criminel :jamais l'autorité ne put ni les faire périr, ni les retenir en ptifon. On n’eut pas la dureté d’interdire àMadame Sr.yr l’enttée de la tour de Londres , où fon mari érair enfermé. Elle pailaavec lui lesjournées entières ,tant qu’il fut détenu ,&il ne le fut que trois ou quatre jours. Rforât fous caution. Il était Banquier. Né dans les colonies révoltées ,& très-attaché àces colonies, un brave militaire l’avait acculé d’avoir tramé une conjuration pour en'evcr le Pi.oj. Qtund. le Aliniftre l’interrogea ,ii lui répondit; Je fais bien ce qu’un Roi peut faire d’un Banquier; mais ;e ne fois pas ce qu’un Banquier peut faire d’un Roi. Ce mor jetta for ccîte aâaite le ridicule qu’cüe ffiéritaîr.
r.’- AKGLE'TE B. jR. £. 253 les habkans du territoire; il eft, pour aiiifi dire, circonfcrit, comme il Fêtait chez les anciens ,comme il Fcfl: dans toutes les Républiques ;mais les Anglais ont porté dans cette circonfcription un efprit dnumanité &de jultelTe ilipérieur àce qu’on apratiqué par-tout ailleurs. Pour avoir droit de furTrage dans les affembiées, où l’on élit les repréfentans des Bourgs &des Comtés, il eft indifpenfabie d’avoir quarante fclielings de revenu en fond de terre libre de toutes charges. Quiconque n’a pas ce bien, vit fous la protection des loix ,mais n’a aucune parc au Gouvernement, ëc n’eft pas même repréfenté dans i’Affemblée Nationale. La première fonction du Citoyen ,eft de donner fa voix dans l’affemblée da peuple; n’avoir pas ce droit, c’eft n’êcre pas Citoyen. Pour être élu Membre du Parlement, il faut avoir beaucoup plus de bien (i), enforte que la plupart de (i) li faut pofîSéer fis ceats lirres ilerling de rente pour être repréfentanc d’un Comté ,environ treize à' quatorze mille livres argent de France. Un’en faut que trois cents pour repréfenterisne Viîlc.
û'^4 ôüParlement ceux qui ont droit d’élire, Sc qu’on ap*» pelle Électeurs ,n’ont pas droit d’être élus. Voilà donc en Angleterre, comme à Rome &àAthènes ,des claffes dilFércntes &dillinguées uniquement par le plus ou le moins de fortune. Mais ,comme en Angleterre ,celui qui agagné le bien preferit pat la loi, fouit immédiatement des avantages qui yfont attachés ,perfonne ne fe trouva exclu formellement ;il femble qu’on n’en foit privé qu’accidentellement par une efpèce de maladie, &qu’on exercera fon droit dès qu’on fera guéri. Ainii ,l’on n’y éprouve point les inconvéniens que les fimples natifs ont caufé dans d’autres Républiques; on n’y voit point ces divinons qui régnent ailleurs, entre les habitans qui ont tous des droits ,&les habitans qui n’en ont aucun, quoiqu’ils foient plus nombreux, &qu’ils foient nés dans les mêmes murs. Perfonne n’y eft opprimé, parce que l’homme qui n’eft pas aujourd’hui du Parlement, peut yentrer demain; ou que fon frère, fon parent, fon ami, fo»
d’ A NGI. îTERiR E. 25J %'Oifin yfiégeront, &demanderont juf~ tice de Toppreffeur quel qu"il foir. BE LA PUISSANCE LÉGISLATIVE. Les anciens,quand ils ont placé lapuiffance légifladve dans le peuple, ne lont jamais placée que dans les habitans dune feule ville, &de quelques hommes agrégés àces habitans; encore regardaient-* ils ,comme étrangers ,tous ceux qui , nés dans cette ville, nétaient pas incorporés au petit nombre qifils appellaient Citoyen. Faire repréfenter tout un peuple par les députés des provinces^ eft une idée moderne; elle ne fut grande &utile qu’en Angleterre, parce qu’en Angleterre feule, îesEvêaues &les Seigneurs de châteaux , eurent la fagelTe de ne pas humilier les députés du peuple, &de ne pas dégoûter l’homme de bien de paraître dans leur aiTemblée. Les Anglais ont formé leur affemblée nationale des députés du peuple ,élus dans les provinces, des Evêq^ues &des
2<6 DU PAS. XEMENT -/ Pairs ,&du Roi, enforte qu’elie embraffe ia toraliçé du corps politique. C’eft dans cette alïemblée que réfîde la puiilance légifiâtive ;on peut la comparer aux Comices de Rome affemblées aiix Champs de Mars ,où les Confuls, le Sénat, les Patriciens, les Plébeyens réunis, difcutaient les affaires, écoutaient leurs Orateurs ,&fefaientdesloix qui affujettiiTaient tont FEmpire. On ne peut, en aucune forte, les comparer aux Etats-Généraux de la France. Les Etats-Généraux ont trois Ordres, qui tous trois yviemaent par députés ,le Clergé ala prcféance ,les Nobles n’y tiennent que le fécond rang, &le Peuple que le troifième. 'Le Roi, les Princes du Sang, les perfonnes accompagnant le Roi, comme le remarque le Préfident lîénault ^ne font point partie de Faffeniblée des Etats; ils' n’y opinent .pas, n’y délibèrent pas, n’y donnent pas leurs. voix, &ne débattent pas leur opinion avec FaiTemblée ;ils viennent, &s’en vont avec le Roi, & les débats nont lieu que quand ils n’y font plus. I
b’ ANGLETERRE. Si les Députés en Angleterre fonc comme en France ,des hommes nés dans des Provinces différentes ^ces Provinces nont pas des mœurs, des coutumes &des loix différentes, des privilèges particuliprs ,qui féparent leurs intérêts, davec les intérêts des autres,, qui les ifolent. Les Députés habitués aux mêmes ufages ,arrivent avec les mêmes opinions ,&avec un intérêt commun. Chacun ydélibéré librement, àhaute voix ,en pleine Chambre ,ôc ne cherche point às’envelopper du fentiment de fa Province ,de fa Ville ou de fon Comté. 11 n’a que faire d’une telle couverture jil peut dire fon opinion fans rifque. . Les loix les mettent àl’abri delà vengeance de ceux àqui leur opinion déplairaient ;non qu’elles leur aient donné des privilèges ,qui ,àla longue ,euflenc diminué en eux l’elprit public ,mais elles ont obligé chacun àrefpeéler la liberté d’autrui. Il yad’autres différences encore: les Députés des Provinces de France reçoivent de leurs coramettans des infTome III. R
258 ®PAîl tEMEN"f tructions ,foit pour rédiger le' câhief des dolé-aeces de leurs Provinces ,foie pour voter far les dilFérentes affaires pour lefquelles ils font convoqués ;du moins ils ont allégué plufieurs fois ,¬amment aux Etats de Blojs de ijyd, ce défeiit d’inftriiclions 5d’autres fois ils fe font partagé d’avis ,Sc ont agi comme n’ayant pas les mêmes intérêts ;les Députés de quelques Provinces ont accordé des fubfidcs ,que ceux des autres Provinces refufaient de payer. EnAngleterre ,les Députés des Bourgs êc des Comtés, arrivent fans autre inftruffion que de voter félon leur confcience. Cette liberté,^ qui femble d’abord un grand mai ,&qui rend la corruption plus facile ,àde grands avantages. Premièrement ,elle nourrit l’elprit de liberté dans la Chambre des Communes; fecondement ,elle permet aux Députés de former une volonté générale, ce qui eft impoffible àdes repréfentans chargés d’inftructions différentes ;elle oblige de fe foumettre àla pluralité des voix ; elle force les Provinces à fuivre le voeu
d’ A î.' sL s TERKE.- du pRrlemeat ,Sc elle prévient ces divisons, que nous avons vu entre la Lan->- gLie d’Oyl ,&la Langue d’Oc ,âc quelquefois entre les diverfes Provinces d’une même Langue. On fait que la réfolution du Parlement eft celle du Royaume ,quelle eft une loi impérative Sc refpediée par-tout. Le Parlement d’Angleterre fait des loix; les iitats Généraux ne font que des doléances ,d’après lefquelles le Roi fait des loix ,ou refufe d’en faire , félon fon bon plai£r. Chaque. Membre du Parlement d’Angleterre efl fournis aux loix ,fans au-r cane rellriâion ,dès i’inflant où elles font portées; le Parlement accorde les fubfîdes ;mais chacun de fes Membres les paie dès le moment qu’ils font impofés ;.perfonne n’aiiègue de honteux privilèges pour fe foufiraire au fardeau, Sc pour le. rejetter tout entier fur autrui. Voilà pourquoi les loix yfont douces ,Sc les impôts faciles àpayer. , Alais la grande ,l’importante différence, c’eft qu’il yadeux Chambres ,Sc qu’il n’y aqu’un feui ordre d'hommssi 'Ra
26o-du Parlement Les Pairs ,les EYcques ,défignés par le nom de Seigneurs temporels «5c fpirituels ,font des hommes confiitués en dignité ;les uns ,par le droit de leur naiflance ,les autres ,par Féminence des places eccléfiaftiques qu’ils occupent ; mais ces Pairs &ces Evêques ne font pas plus ou moins nobles ,que les Députés de la Chambre des Communes; leurs frères ,leurs fils ,leurs coufins fièrent foLivent dans la Chambre baffe , mêlés avec les Députés non nobles ,& élus comme eux àla pluralité des voix, pour repféfentans des Bourgs &des Comtés. -Ces fils-, ces frères fuccéderont un jour âdeurs Pairies ,&pàffcront d’une Chambre dans Fautre'; le moins noble de ces Députés, sll rend des fervices éminens , peut devenir Lord ,&s’affeoir parmi les pairs ;ainfi point de différence humiliante ,point de ces petiteffes que la vanité enfante ,qui diviferoutes les claffes ,<5c qui rend néceffaire àtous la foumiffidrî "a\in maître. -Cohfondre ,fous le même nom ,Faffembléede là Nation Anglaifè ,&‘le^
d’ Â î? Gr, ETER R E. blll àla Chambre des Pairs ,&qu’il eil rejeîté, on n’envoye point de réponfe a la Chambre des Communes ,perfonne n’en parle; le Veto des Pairs s’explique par leur filence. ^ Quand un bill eft accepté par les deux Chambres, <Sc qu’elles lehfent au Roi, sil le rejette, il Te contence de leur dire, qu’il l’examinera, &il n’en ell: plus qucttion. Cette politeiTe règne par-temt ,&eft garante delà liberté, que les exprefiions dures concourraient bientôt àdétruire, car elles font elles-mêmes une forte de defpotifnie. Des grandesprécautions prifes pour maintenir la Confiitution. Parmi la foule de précautions que la fageiTe Anglaue aimaginées ,pour maintenir l’équilibre entre les trois pouvoirs , il en eft deux fur-tout qui paiïent l’effet de la prudence ordinaire. La première, eft le droit qua le Roi de fufpendre ,de proroger ,&enfin de diiTcudre le Parlement quand il ie veut, &au moiTieat où il le veut.
2€8 Dir Parlement Les diiTenüons deviennent-elics trop vives ;rcfprit de parti l’emporte-t-il fur laraifonf le Roi fufpend rafîembiée ,& donneauxpaflîonsie temps de fe calmer; ces paffions s’irricent-eiles par robilaclc, paraiiTent-elIes plus vives dans une nouvelle ceffion ,eR-on prêt àprendre un parti funefte fle Roi dilfout le corps légiflatif. Cette diuolution avertit toute la Nation, tout le Corps politique ,de s’inftruire des caufes de cette rupture, de juger entre les Députés &le Roi. Approuve-t-on le Roi fon lui envoyé des Députes plus difpofésàfe conformerà fa volonté ;le blâme-t-onf on lui en choiüt de plus déterminés àlui réfilter, ou Oiî lui renvoyé les mêmes. Le Parlement dillbut pouvait être mû par un efprit de parti ;le Parlement nouveau eft certainement la voix de la Nation; s’il atort, s’il eft palïlonné, c’eft le tort ,c’eft la paffion publique, c’eft le Torrent générai. Ce droit étonnant ,ce droit de diiToudre àvolonté le Corps légiflatif ,ce droit que nul Maglftiat n’a eu dans le
b’ ANGrETERRE. zêf monde entier, ni chez les anciens, ni chez ies modernes ,eft un moyen hûr de CONNAITRE LA VOLONTÉ GÉNÉRALE, &le feu! moyen peut-être de la bien connaître chez un peuple qui ne s’alTembie que par Tes repréfèntans. Ce droit de proroger &de diiToudre le Parlement eü né dans les temps barbares où les Rois fe croyaient maîtres de leurs peuples ,comme de leurs befliaux , je le lais; mais j’en admire d’autant plus la profonde fageiTe du Parlement ,qui , dans le temps oùil aboliiTaittant de droits abufifs ,alailTé fubhlter celui qui femblait n’être fait que pour lui réfifer ,que pour impofer des bornes àfa propre volonté. Quand on dit que le Parlemmnt était triennal, qü’il eft devenu feptenaire, ce n’ell pas qu’il doive durer fept ans ;le Roi peut le diiToudre &le convoquer plus fréquemment; mais il ne peut pas confervëf lé même plus de fept ans. La fécondé précaution ,c’eft qu’à la mort dé chaque Roi ,ies conceffions que le^Parlement lui avait accordées, telle'que l’immenfe penfîon qu’on appelle la lifte civile ,meurent, Sc s’éteignent aveclui ;
272 DU Parlement fe vendent. On doit en croire les Anglais quand ils s’accufcnt àla face de TEurope. Oui ,fans doute ,beaucoup fe vendent. Mais ouvrons Thiftoire ,confultons les faits ,non les déclamations de l’elprit de parti. Quand fe vendent-ils .? Dans les temps de profpérité ,où ,tranquilles fur le falut de l’Etat ,ils fe confient dans l’habileté du Pilote ,ôc s’enivrent au bruit du fillage. Alors ,fi on élit les membres d’un Parlement ,&fi dans un Comté tous les afpirans àl’honneur d’être élus ,font égaux en mérite ou en incapacité ,s’ils font tels que jfélon le proverbe français, on en donnerait le choix pour une épingle ,les Eledeurs Anglais en donnent 'lé choix pour un -pot de bierre ;&ils accordent leurs fuffrages àcelui qui enivre le;raieux les Votans ,ou qui les foudoye le plus. Mais ce <ju’on ne dit pas ,&ce qui -eft vrai ,c-’eft que le jour où il s’élève un homme tranfeendant*^ où il s’agite une queftion importante ^la bierre ,le vin , l’or font fans effet. Le peuple boit ,Sc rit
t>Angleterre. 273 rît des vains efforts cu’on fait pour ie corrompre, li donne foufuifiage àriiemme de mérite, ou au député qui réfoudra la queflion ala rantatiie. .îSous avons Vu dans ces dernteres aimées ,le Rot lui-même échouer dans fes projets malgré une énorme dépenfe ,&ne pouvoir faire élire l’homnie qu'il délirait placer dans le Parlement. Ce qu’on ne dit pas encore ,c’eftque le defir d’être élu ,ou de voir un jour élire fon fils ,defir qui meut toutes les familles dont la fortune eft aifée ,empêche qu’aucun propriétaire ne tyrannife les campagnes ,ne batte ou ne vexe aucun payian ,n’infuke fa femme oufa fille, c’elî que celui qui fe permettrait une telle iiifolence ,ne ferait jamais ie repréfentanc de fon Comté :c’efl que dans l’intention d’obtenir cet honneur ,chacun cherche àcapter par fa bienfaifaüce ,& par fon affabilité l’amour &Peifime du pauvre :c’efl que les riches ,dans cec efpoir, deviennent les protecteurs des infortunés :c’ell que de-là il s’élève entre eux une émaladonde générofité ,ii fe forme un efpric générai de bienveillance Tome III. S
2-^ DU PaÈDE^IEK^T qui tourne tout entier àl’avantage dit payfan, dont la chaumière eftune maifon commode ,dont le fort eft celui dun patriarche :cet eiprit anime l’agriculture ,les arcs méchaniques ,les manufactures 5il fait la profpénté des campagnes en Angleterre. Mais fi cette forte de vénalité aplus d’avantage qued'inconveniens, comment jurdfier ces mem’nres du Parlement ,qui n’ont acheté l’honneur d’y prenare place, que pour le vendre aux rniniftres ? Ces députés du peuple font livrés àla vénalité, comme le peuple, &ils raifonnentprécifément commelui. Ils acceptent des préfens &des penfîons ,mars ils ne font pas corrompus. Quelques-uns fe vendent ,mais non pas la totalité ,non pas le plus grand nombre ;ils fe vendent, mais àcondition que l’Etat prefpérera ,que les projets des Miniflrcs tendront àfa gloire ,qu aucun deux natta querala liberté ;en unmot,ils fe vendent poux voter félon leur conicience ,les Miniftres les acheteur ,non pas pour qu’ils trahiffent l’Etat ,mais pour qu iE ne les arrêtent pas d^ns des projets uti-
ANG£ETÊRRE. â75 ks par de vaines chicanes ,pour qu’ils ne leur faffent pas perdre un temps pré^ eieux. lin 7apas enAngleterre un feul exemple dun Miniftre qui ait pu garder fa place après une grande faute ,un grand revers, ou une légère injuliice. On m’alTure qu’un jour ,RcUrt Valpôle eut i’infoîence [de dire en pleine Chambre ,en fefant le gehe d’un honime qui compte ue iargent ,jefais ce que vous valei :mais on n’ajoute pas ,que quand Robert Valpole tint ce propos ,il était d’autant plus déplacé, qu’il éprouvait une grande réfudance de la part de ces gens ,qifil croyait avoir achetés , quil neut pas pour lui ia majorité ,& qu’il perdit fa place. Si le Parlement fe vendait ,eft-ce qu’il naurait pas fait des ioix injuHes, deftruéhves de la liberté fÛoute-t-on que les Rois ,lesMinillres n’euifent payé le double ,le triple ,le quadruple pour ODtenir de telles loix ?Doute-t-on que cent Rois étrangers, &jaloux de l’honneur &de laprofpérité des Anglais ,n’euffent fourni aleur Roi de quoi acheter S2
ii"j6 DU Parlement l’efclave de la Nation ^fi ce Parleraenc eut été corruptible ? Quelques hommes fe -vendent donc pour appuyer les projets des Miniftres, quand l’Etat profpère ,pour faire obtenir au Roi des fubfides un peu plus con* fiüérables ,quand il en fait un bonufage; mais il n’y en apeut-être pas un feu! qui fe trouve vendu, quand il sagit detCompromettre l’atilicé publique ,la gloire de la Nation, ou la liberté d’un feul Anglais. Il yades loix formelles pour écarter de la Chambre des Communes ,tour homme fufpea de fe vendre &d’être vendu :tous ceux qui, par leurs places, font dans la dépendance de la couronne , ne peuvent yêtre admis. J. J. Roujjeau aobfervé dans le Contrat fodal^zsfQC fa profondeur ordinaire , la volonté particulière, tend parfa nature aux préférences ,&la volontégénérale h l'égalité. Or ,le pays où tout le monde eft fournis aux mêmes loix ,aux mêmes formes ,aux mêmes impofidons ,où les hommes font traités avec le plus dégalité ,eft néceffairement le pays où la volonté générale fe fait le plus entendre ,
e’ AKGr. ETERRE. 277 cù la volonté particulière ale moins d’influence ,&où par conféquent le corps légiflatif eflle plus àFabrî de la crainte , de lafédudion &de la vénalité. PREMIER EFFET DE CETTE Constitution. Amour extrême de la Confiitution„ Refpcct pour les Lcix. Le premier effet qui réfulte de cette heureufe Conftitution ,efl une paffion pour elle qui tient de TivreiTe. Les Anglais font de tous les peuples celui qui voyage le plus ,&celui où il s’efl fait peut-être le moins d’émigrations ;fi l’on en excepte celles qu’ils ont faites dans les colonies de l’Amérique , lorfque ces colonies leur appartenaient. Ce n’était pas fortir de chez eux. Ils font de tous les peuples celui qui obferve le plus ,&qui tire de fes voyages le fruit le plus fain. Plus ils ont obfervé les autres Nations ,plus ils ont vu que rien ne relTerable dans FUnivers àleur Conftitution ;que chez les peuples où la liberté nationale eft: la plus refS3
278 BU Parlement pedéc, fouvent la liberté individuelle i’eft très-peu, &ils font revenus dans leur ifle avec plus d’amour encore pour leur Conftitution. < Ils font profondément inftruits ,& leurs études ont produit fur eux le même effet. Ni àRome, ni àSparte, ni chez les Athéniens ,où le peuple en corps réunifiait quelquefois toutes les puiffances, le Citoyen ne vivait avec une pareille liberté ,&ne jouifiait d’une auflî grande fécurité ;&même chez tous ces peuples anciens fi célèbres,les plus belles inftitutions étaient fouillées fans cefie par l’afped de l’efclavage. Un autre effet qui en réfulte ,eft un profond refped pour les loix: par-tout ailleurs on les élude, &on les interprète. On ne fait ni l’un ni l’autre en Angleterre: le Juge &le Citoyen fe foumettent également àla lettre jle rang n’ea difpetafe perfonne.
D* ANGLETERRE. Nation affemblée qu’elles fe paflent :on n’obtient fes fufFrages que par des talens, des vertus ou de vaftes connaiffances :fi quelquefois le vice ofe s’y produire, il a befoin d’être enveloppé par tant de qualités éclatantes, qu’on efl tenté de lui faire grâce. Là, l’homme inepte, ou ignorant, ou négligent, ne peut guère occuper une grande place: &comment difcuterait-il les affaires, devant tant de gens inftruits , éclairés ,pénétrans, avides de découvrir fes défauts ,&prompts àles mettre en évidence ? CINQUIEME EFFET CE CETTE Constitution. Facilité de payer les impôts. De toutes les Nations de l’Europe , l’Angleterre eft la plus endettée ,après la France ;mais aulTi ce font les deux Nations qui ont fait le plus de chofes, &le plus de grandes chofes ;Rome feule en a fait davantage. En Angleterre, les objets de dépenfe font bien moins nombreux quen rrance.
iSô’ BU Parlement elle na point de Villes fortes, point de citadelles ,elle n’a nul befoin d’une ar-» niée de terre ,&la Frante abefoin d’une. puiÜance maritime aufîi refpedable que celle des Anglais :tout le régime intérieur du Royaume yell bien plus difpendieux, Sc il ferait pollible qu’un calculateur exad &févère trouvât que toute proportion gardée, la France amoins dépenfé que l’Angleterre depuis cent ans. On adit ,dans plufîeurs Livres ,que l’Angleterre payait autant d’impofîtions que la France. U'auteur de Vadminijtration des jznances de ta. France ,aréfuté cette erreur. Il croit que l’Angleterre paye cent foixante millions de moins par an. Il n’évaluait fes impofitions en 1784, qu’à la fomme de quatre cents vingt-fept millions ,&par conféquent celles de la France àcinq cents quatre-vingt-fèpt millions, (i) (i) Ce chapirre far la diflerence des impeft'ons en France &en Anglereriè ,eft très-carieux ,rrès-inf tractif, très-iœportanr ;j’Invîce roas Lcâeurs àle lire dans ce moment oi les Etats G-énéraux vont s’occuper ces fubSdes,
b’ ÂNQr. ETÉRsE. 287 Les Anglais ,chez qui les manufaftu*- ïes ,le commerce ,le foin des beftiaux font un objet plus^conlidérable peut-être que 1agriculture ^femblent avoir préféré les impôts indirects ,quoiqu’ils foient beaucoup plus difpendieux àprélever , êc qu’ils coûtent bien davantage au peuple. L’Auteur du Traité de l’adminiUration des iiinances ,nous apprend qu’ils font répartis de manière ,qu’ils portent ' fur les riches ôc les gens aifés ,beaucoup plus que fur les autres ,qu’crz ny connaîtpoint toute cette partie aggravante de Vimpôt ,qui tient aux fixations &aux interprétations arhitraires. Ce fyitême des impôts indirecls ,s’il ne tient pas àdes caufes locales ,peut tenir aux anciens préjugés du temps où l’on acommencé àétablir des impôts , &où les Barons ne fouffraient point qu’on en mît de directs fur les productions du fol. Mais de quelque manière qu’on les établiffe, ils repréfentent une partie aliquotc du revenu des propriétaires. Si l’on ajoute aux impofitions de l’An-
DU Pari-emekt 2pO SIXIEME EFFET DK CETTE CoKSTITUTION, Impanialité dans les Jugemens. Douceur des Loix Criminelles. Caufe de Vefprit public €’ de la félicité nationale. La Couronne n’ayant pas befoin d’armes pour fe foutenir, le Roi étant chargé feul du pouvoir exécutif ,tout fe fefant en fon nom dans les Tribunaux, il aun befoin effentielque la Juftice foitadminiftrée avec fagefle, &avec la plus parfaite impartialité (i); car fl fa perfonne eft facrée ,cependant elle répond en quelque forte de tout ;fon honneur eft compromis. C'eft la grande raifon pour laquelle un homme -fait toujours moins d’injufticc qu’un Corps où perfonne ne répond de perfonne ,&n’eft r-epréhenfible pour les fautes qui s’y commettent. (i) «L’êïpérience amontré qu’il ne peur réiuitcr 3) aucun grand ipconvénient de permertre au fujcc 33 la liberté qu’il aacqui cpar i’abo’rltion totale de 33 tous Ttibuna'ux, arbitraires quant aux macicres crimi33 nclles. 33 hoïme^ Conji. c”Angl, ,T. 11,chap. tj. X
X> ANGL ETïft RK. net, après avoir défalqué tous les frais de culture ;c’eft un travail particulier à faire, &qui pourrait rendre l’impôt plus confidérable qu’il ne paraît ,quand on le compare au produit brut. Le principe n’en eft pas moins vrai, la maffe des impôts aun rapport connu ou inconnu avec la maiTe des produclions du fol :cette proportion afes bornes. Si ce rapport était connu ,les impôts fe payeraient facilement fans murmure. L’augmentation du prix des denrées ,en augmentant toutes les dépenfes ,ne détruirait pas la proportion des revenus publics àla malfe des produftions, comme cela arrive aujourd’hui. Le propriétaire vendant fes denrées plus cher ,payerait toujours fa quote-part;ce quin’arrive pas aujourd’hui, où vendant plus cher il paye la même fomme numéraire ;fomme^qui n’eft plus dans la proportion où elle était quand l’impôt aété établi ,&qui ne repréfente plus la même quantité de denrée :je crois que la connaiffance de cette proportion n’épargnerait pas moins d’embarras à l’Angleterre qu’à la France. Tome JIL T
2C52 VVPaRI-EMEWT des Magiftrats vertueux ,&contre la volonté formelle d’eux tous, uniquement par l’effet inévitable de la fituation des chofes. Le principe ell donc ûmple, lumineux &évident. Que les membres du corps légillatif foient fournis aux loix, &elles feront fages; que ceux qui impofent les taxes les payent, &elles feront légères; que ceux qui jugent ne faiTent point corps, ne puiifent interpréter la loi ,Sc puiilent être jugés fans privilèges comme les autres, &les jugeraens feront fains. SEPTIEME EFFET DE CETTJE Constitution’, Sort heureux de la. NobleJJc. En Angleterre la Loi ne donne le titre de noble (^nobleman) qu’aux Pairs & aux Evêques. Les Pairs &les Evêques font membres conftitutifs de la Chambre Haute. La Pairie &l’Epifcopat obligent àdes fondions &apportent de la fortune. Ainfî, la Nobleffe yeft réelle, &non pas idéale. Nul n’y jouit d’un tiue fiffif qui
d’Angleterre. 293 eontrafte avec fon oiûveté ,fon inutilité , &fon indigence. Les fils des Evêques n’héritent point de la dignité de leurs pères. Les fils des Pairs ,àl’exception de l’aîné, n’héritent point de la NoblelTe ,&l’aîné même ne l’obtient qu’à la mort de fon père. Ces places, très-éminentes, parties effentieiles du Corps politique, n’évedlent ni la vanité, ni l’envie ;n’engendrerrt ni la haine, ni le mépris entre les diverfes dallés de l’Etat-, parce qu’elles ont un objet réel ,ôc qu’el|es font eiientielles. Ce qui bielTe par-tôut ailleurs , c’ellde voir riautilité ,l’oiiiveté, Fincapacicé envahir les difliactions ,en créer d’idéales ,les exiger comme un droit, & ravaler tout ce qui efl: ut:le. En Angleterre, les pareas des Pairs Sc des Evêques ,toutes les Familles qui en dcfcendent ,ou celles qui leur font alliées ,confondues par loi avec le refie de la Nation, en font diftinguées par l’uiage &par la policeûc ,on leur donne le nom difiindif de Gentry :on les iionore d’autant plus volontiers, que ce fentimeac eil i’elîec à’une counoijie naT3
^94 ^Paslement tionale ,&non ceiui d’un droit qu’ils prétendent. Ils ont mérité cette diftindion ,parce qu’au lieu de ié iéparer du Peuple, pour fc rendre àla faveur ,ils s’en font rapprochés, &fe font fait les défenfeurs de fa liberté. Iis n’ont point dédaigné de partager fes utiles travaux ,&de fe livrer à des profeflions lucratives qui maintiennent leurs Familles dans l’opulence ou dans l’aifance. Us n’ont point connu ces mots de déroger &de fe méfaliier ; mots peftiférés que l’orgueil ainventés pour ia deftraâion &réteraei appauvriffement de tant de Familles infortunées , qui ont le malheur d’être nobles dans des pays où les préjugés forcent la raifon àfe taire, lis ne font point tombés dans cette faulTe polîtion ,où prefque partout ailleurs ,fe trouve la pauvre NobleiTe. La pauvre Nobleffe ,qui, prefféc entre la vanité qui la rend oifive,& la pauvreté qui l’avilit, ell forcée de mendierde l’éducation pourfes fils, des cloîtres pour fes filles, du fervice pour les jeunes-gens, des penfîons pour les pères ;eft réduite à' vivre auxdépens des impôts publics, &à en fomenter fans cefife l’accroiiTement.
d’AnGI^ETERK E* LaNobleiTe Anglaife n’étant ni oifive, ni àcharge àl’Etat, peut fe multiplier fans inconvénient. Elle avu donner fans jaloulîe le nom de Gentleman àtous ceux qui ne font pas de la clalTe infortunée du petit Peuple, Elle voit conférer avec joie le titre de Chevalier àdes Artifles, àdes Savans ,àdes Médecins; ces titres qui n’exigent ni ne donnent une NobleiTe héréditaire ,comme 1Ordre de S. Michel ,en France ,ne produifent pas une Famille d’ennoblis &d’oiûfs, toutes les fois que le Roi en décore un homme de méritCi Ce font des diftinébions pu— Fement perfonnelles ,qui excitent 1émulation &non la vanité. Il réfulte de cette pofition fage &fondée enraifon ,que la NoblelTe Anglaife , foit la Nobleffe légale, foit celle de courtoifie, eillafeule NobleiTe dumonde qui ,exempte de préjugés ,foit libre , riche &favante. La richeiTe des Lords apailé en proverbe dans toute l’Europe :c’eft le fruit du commerce. Par fa pofition, la Nobleffe Anglanc eft fans jaloufie; elle afouffert que la perte T4
zÿS DU Parlement des grandes dignités ,même celle de la Pairie, fût ouverte au mérite dans quelque rang qu’il ait pris naiiTance. Cette Page concurrence atourné au profit de la J’atrie ,&au fien même. Elle a été obligée de s’mftruire. Je ne crois pas qu’en Europe aucune Nation ait produit un auni grand nombre de Gens qualifiés qui fe foient livrés àla littérature. Il n’y en acertainement aucune qui ait produit autant d’Orateurs. Il n’ell permis àperforine d’être ignorant. La Noblefle Anglaife partagea avec îe Peuple le fardeau des impôts; elle, paya en proportion de fes biens :&elle Je défendit des taxes arbitraires. Le Peuple, en reconnaiîTance, ne fouffrit pas que le Noble &le Lord fanent exilés ou renfermés au gré des caprices du Prince ou de la colère des Miniftres. Eh! quel fouhait peut-on faire après les biens phyfiques ,tels que la vie ,la force ,la fanté quels biens le Gouverrn en tpeut-il procurer aux plus grands des huir ams ,qu’une liberté certaine ,un iav cir éminent, des richeffes àl’a’nri de tome ufurpation, des dignités toujours delfinecs au mente tranicendant ^
machine aeroftatique le détroit qui fépare l’Angleterre de la France. DIXIEME EFFET DE CETTE Constitution. Elle eji créatrice Æun grand &neuveau Eeuple . Enfin, cette conditution, qui porte fi fortement aux grandes cliofes ,&qui développe fi vivement l’intelligence de l’homme, adéjà donné àl’Aiigieterre un fiècle de gloire &de proipérité. Les fîmples germes de cette ednfiitution ,dès les temps barbares ,avaient écarté de fon peuple une foule de vexations qu’on fe permettait ailleurs. Cette conflitution la fait jouir dans les Nations étrangères, d’une confidération qui ne tient point àfes forces, àfon territoire, bien moins vafle que les grands Etats de l’Europe, àfa population, bien plus faible que celle de cesEtats. On confidère la vafte étendue de l’empire de Rufiie ;on admire la beauté du ciel, la variété des fites ,les chefs-d’ceu-
304 T) VPARLEMiNT vres des arts ,les refies de l’antiquité en Italie. On s’étonne des forces ,des richeffes , des reffources inépuifables de la France , de la fécondité de fon fol; en Angleterre ce n’efl rien de tout cela :c’efl la Nation ,ce font les hommes que l’on confidère <Sc que l’on yva voir; c’efl la beauté des loix ;la fageffe de la conflitunon qu’on yvient admirer. Les Anglais ont fait la conquête de l’Océan, comme les Romains avaient fait celle du Continent; mais cette conquête , toujours fugitive ,efl toujours incertaine ; elle demande une vigilance perpétuelle , eUe efl fans repos :l’Efpagne ,la Hollande la lui ont difputée ;mais fans la France, qui place fur toutes les mers fes pavillons àcôté des Cens ,qui oferait aujourd’hui lui en contefler l’Empire? Des cinq grandes Nations maritiracs qui ont embraffé le globe entier, par ces grandes navigations ,que les anciens ne pouvaient entreprendre ,aucune n’a manqué d’envahir des territoires dans les quatre parties du Monde; d’y tranfplanter des Colonies, &de fonder au moins
'AN«LETEîl RE. 50^ des comptoirs dans les Etats qu’elles n’ont pu fubjuguer. Ces Colonies ont été plus ou moins fioriiTantes ,mais aucune u’a donné naïf-* lance àun grand peuple ,comme les Colonies Anglaifes de l’Amérique Septentrionale ;aucune n’a eu des villes telles que Bofton &Philadelphie •aucune n’a produit des hommes tels que Franklin ^ Washington yPénn ,&plufieurs autres. Ces Colonies fondées par les Anglais, n’ont point été formées uniquement d’Anglais ,mais d’émigrans qu’ils ont tirés de toute l’Europe ;iis recueillaient ,pour ainfi dire ,les malheureux ,les opprimés de soutes les Nations ;ils les conduifaienc dans leur Ifle ,ils leur yfefaient relpiter l’air reftaurant de la liberté ,&leur donnaient un afyle inviolable dans le nord de l’Amérique ,fous l’abri de leurs pavillons. Il yades villes compofees, toutes entières, d’Allemands, &où l’on ne parle que leur langue ;il yen ad’autres où l’on ne parle que Français. Les peuples n’y font pas encore mélangés. Tous ces infortunés ralTemblés de vingt T9tw III, Y
^àê t> VParlement nations diiFéretites ,réfiéchiflant fur les caufes de ieurs malheurs ,n’ont plus voulu être alTervis aux préjugés de l’Europe. Ils avaient v^u des tyrans ,ils nont plus voulu de Rois ;ils avaient éprouvé en Germanie l’orgueil &i’opprellion des nobles, &ils ont défendu toute efpèce de noblelTe ;ils avaient gémi dans plu* fieurs républiques ,fous i’ariftocratie des Magiftrats ,ils ont établi les jugemens par Jurés; ils avaient fouffert en France, en Angleterre ,en Allemagne les perfécutions des fecles dominantesdls ont permis la liberté de confcience ,ils ont fenti que rhomme libre devait lailïer la liberté aux autres pour confervcr la fienne. Ils ont établi avec la liberté de confcience ,la liberté civile &politique ,la liberté de la prelFe ,la liberté du commerce ,la liberté des profeffions ôc de l’induflrie; ils ont alfeâié de montrer à i’univers ,qu’une grande Nation pouvait fe palfer de toutes ces corporations politiques qu’on croit ûnéceffaires dans notre Europe. Ces Colonies ayant treize alfemblées, ont formé treize Etats différens Si un
^’AngH EÎERR E. 50^ Congrès ,au lieu d’un Parlement. Elles nauront jamais, dans leurs réfolutions, la vigueur &la célérité du Gouvernement Anglais yelles auront plus de peine àle défendre de toute elpèce d’arifJocratie , fans avoir plus de liberté intérieure que l’Angleterre :elles ont bien fenti que leurs dividons ne leur permettaient ni de Sunir fous un Roi ,ni de donner du crédit àune alTemblée generale. Cette création d’un grand peuple, qui occupe un territoire plus grand que la moitié de l’Europe ,qui avingt villes fioriiTantes dans des endroits où l’on né trouvait pas une cabane il yacent ans, qui, en moins d’un dècle ,adéfriché ce vafte fol ,élevé ces cités ,creufé ces ports, cultivé tous les arts, établi un commerce iramenfe ,fondé des académies, fait de grandes découvertes, mis un frein au tonnerre, repouffé les Sau-' vages ,&forcé fa métropole àle reconnaître pour une Nation libre &indépendante ;cette création, dis-je, n’eft pas un des moindres prodiges qui ait été. produit par le génie des Anglais.
3o8 du Parlement ONZIEME EFFET X> ECETTECONSTITUT1OK. Zes Loix yfuivcnt leur ordre naturel. Encore une chofe unique ,&plus extraordinaire que tout ce que nous avons dit. Je vais la rapporter dans les termes de M. de io/me, qui l’a trèsbien développee. Confl.ê'An. “I^ans toutes les Monarchies ,en un gUt^^rc,t.li, mot, Vautorité du Gouvernement ejl „fuppojée illimitée, tant qu’il n’y apoint »de bornes vilibles (de loix )qui la »gênent ;au-delà &en-deça de ces J) bornes gît toute la liberté des fujets. »En Angleterre c’eft tout l’oppofé, ce »n’eft pas l’autorité du Gouvernement , „cejl la. liberté dufujet qu'onfuppoje illimitée. Toutes les adions de l’individu »paffent pour légitimes, jufqUaee qu’on »cite la loi qui leur donne une autre dé- «nomination ;Vonus prohandi pafle ici J» du fujet au prince ;le fujet n’eft pas »obligé en tout temps de juftifier fa Vconduite. Quand le Souverain, quand
d’ Angleterre. 309 hle Magiftrat trouve àpropos d’ufer tt d’autorité ,il faut qu’il exhibe la loi ») fur laquelle il fe fonde dans fes dé- «marches, &qui l’autorife àpublier fes Kdéfenfes contre les fujets Ainfî ,les loix qui ,par-tout ,ont été faites pour foumettre le peuple aux Magiftrats, &le plus grand nombre au petit, ont été faites en Angleterre pour maintenir la liberté du grand nombre, Sc reftreindre l’autorité du petit, qui fait exécuterles loix^mais qui ne peut qu exécuter les loix ,fans yajouter la moindre d® fes volontés. Voilà pourquoi tout ce qui n’eft pas défendu àla lettre, fe trouve permis en Angleterre ;&c’eft auffi pourquoi les loix yfont établies félon leur ordre naturel. C’efl: un fruit du génie expanfif de leur légiflation ,&ce génie n’appartient qu’a la feule Angleterre. CONCLUSION. Les trois Nations dont nous venons d’examiner les aiTemLiées générales ,font V3
BU Parlement lans contredit, celles qui ont ie plus brillé fur la terre par l’étendue de leur puiffance ,par la fplendeur de leurs \^îles , par la beauté de leurs arts ,par i’immenûté de leurs connaifTances ,par la force ne leur population, enfin par leur félicité ;car fi les hommes yont éprouvé les malheurs auxquels la nature humaine eft partout alTujettie, ils yont eu des dédommagemens ,dont ailleurs on n’a pas même l’idée. Celle qui ale moins fait pour obtenir tous ces biens ,&celle qui en apeut-être le mieux joui ,eft la Nation Françaife ,dont la gloire &; la félicité ont commencé àla fin de la guerre de la fronde ,comme celle de l’Angleterre n’a commencé qu’à la grande révolution, qui abanni Jacques JI, Replacé Guillaume III fur le trône. Mais, comme laNation en corps n’a rien fait pour acquérir &pour fixer tant de profpérité ,cette profpérité ypourrait être plus précaire qu’aiileurs ;nous l’avons obtenue par l’adivicé &la bonté du caradère que la Nature aimprimé àchaque individu ^caradère qui ,dès qu’il aété
e’ ANGLETERRÈ. débarraffé des chaînes de la féodalité > des langes de la fuperftition ,de Fhorreur des guerres civiles ,amarché de lui-même vers la profpérité publique. La Kation qu’il animait ,fécondée par ua fol fécond ,par une pofition avantascufe entre deux mers, n’a eu befoin que d’un peu de travail pour être riche ,& pour parer àla plupart des inconvéniens auxquels l’expofe fans celTe fon défaut de Gonftitution. Les Romains avaient pris, au contraire, beaucoup de foins pour devenir une grande Nation 5nés fous un ciel heureux, où la Nature infpire peu de befoins ,où elle donne des mœurs voluptueufes ,où elle incline àla pareffe ,ils corrigèrent tous les vices de leur climat par leurs inftitutlons ,ils furent laborieux ,ils eurent long-temps de l’âpreté dans leurs moeurs ,ils donnèrent beaucoup au tréfor public, ils s’appliquèrent àplacer leur conffitutîon dans un ordre naturel. Le fardeau des impofitions yétait porté par ceux qui jouiifaient des avau-
312 DU Parlement tages de ia fociété ;le pauvre en était entièrement affranchi. Ladéfenfe de l’Etat yétait confiée à ceux qui avaient le plus d’intérêt àle défendre; tout foldat était propriétaire; la défertion, la misère &tous les vices qu’elle amène ,étaient inconnus àces ibldats citoyens. Les loix yétaient faites ,ou du moins acceptées par le peuple ,qui en portait le faix. Les chefs étaient élus par ceux qu’ils devaient gouverner ,ou commander. Nul ne pouvait prétendre àdevenir l’un des chefs de l’Etat fans avoir fervi dix ans dans l’Infanterie ,ou feize ans dans la Cavalerie ,fans avoir montré publiquement fon intelligence dans le barreau ,fans être connu avantageufement du Public; enfin ,fans avoir obtenu les fuffrages du Peuple. Toute magiftrature ,toute charge , tout emploi n’était qu’un état 'd’épreuve qui conduifait àun plus grand ,fi l’on fc montrait digne d’y parvenir. Les Prêteurs &leurs Tribunaux chan-
d’Angleterre. 521 par îefquels nous nous éloignons de cette Nation fière &fage ,chez oui toutes les portes font ouvertes au mérite. Ainfi, tandis que dans nos converfations ,où l’on décide de tout fans rien lavoir, on dit que nous devenons Anglais ,&qu’on en juge par l’habit ridicule qu’ont pris nos jeunes gens ,autrefois lî élégamment vêtus ,&par la dangereufe voiture du Wisky, que les Anglais font bien d’employer dans leurs routes fablonèufes, mais qui ne convient que là :Il elttrop vrai que, bien loin de les imiter, nous nous éloignons chaque jour dans nos inftitutions ,des inftitutions firaples & feges de ce peuple penfeur &fortuné. Il eh: prefque impoffible qu’au milieu de tant de vanité, de préjugés, d’erreurs 5 que parmi tous ces grands corps anciens &nouveaux qui ifolent chacune de nos Provinces, les Etats Généraux aquièrent autant de crédit que le Parlement d’Angleterre, qui efl abfolument tout feul, fans contrepoids &fans contradicteur ;il faudrait ,pour qu’ils obtiniTent un tel crédit, que les Rois, les Princes ,les Minillresj les Aflemblées des pays d’ncats , Tome III. X
32.3 BU PaRLBME KT les AlTemblées Provinciales ,tous lés Parlemens &tous les Confeils Souverains , fe conduififfent toujours aveclaplus parfaite fagelTe, fans que jamais les pallions, les préventions ,l’efprit de corps, les intérêts particuliers ,eulfent la moindre influence fur aucun d’eux, Hillorien, j’ai dit ce qui s’eft fait; j’ai offert le tableau des trois Nations qui ont joué le plus grand rôle fur la fcène du Monde ;j’ai marqué la véritable pofition de chacune ;c’eft àl’homme d’£tat àjuger ce qu’il peut faire avec les inftrumens que les circonflances lui préfentent. Je crois les Etats Généraux d’autant plus nécelfaires ,qu’eux feuls peuvent mettre un peu d’enfemble dans un Etat compofé de tant d’aflemblées diverfes , qui ,fans eux ,pourraient dégénérer en petites olygarchieSjdontle pouvoir d’un Monarque ,n’eft pas toujours le maître , commeles événe'mens, qui fe font écoulés depuis 1770, ne l’ont que trop prouvé. Si une fagelfe fuprême peut préfider aux Etats Généraux ,prévenir les divilions des trois Ordres,empêcher qu’il ne s’élève entre eux &le Monarque des diûenfions
ï>^ànglètês.ïî.&, 5^5 qui déterminent àne les plus convoquer^ ils feront l’intermédiaire le plus naturel entre le Roi &les Affemblées provinciales. Alors ,les Etats Généraux ,fortifiés par fautorité du Roi^ &le pouvoiri-du Roi, fi on oie le dire, devenu plus faint, pat la fandion donnée àfes volontés ,dans une telle aflemblée, les loix prendront un caractère facré qu elles n’ont jamais eu en France. Les diverfes affemblées jau lieu de dilputer d’une puiliance qui sarachera toute entière au Roi ,de aux Etats Généraux ,n’auront plus que la noble émulation de faire régner la juftice dans leut teffort, ou de veiller avec plus de foin à i’adminiltration particulière de leur Province, Ce ne fera ni le Gouvernement des Romains, quoique Rome eut des affemolées provinciales ou l’on réglait les affaires de chaque province ,affemblées qui n’avaient aucun rapport àcelles des Comices,ni al’adminiftration dela République» Ce fera moins encore le gouvernement des Anglais ;ce fera un GouverneKient plus paternel jles loix poutiont à
32't? Mais fi les Etats Généraex rte doivent s’alTenihler qu’une fois ,au lieu de ces biens que le temps feul peut mûrir, on îi’aura que les inconvéniens attachés à ces grandes alTemblées ,des efpérances avortées, une effervefcence inutile ,femblabie àces rayons qui ,lancés fur le fable, n’y apportent qu’une chaleur ftérile, &ne produifent aucune végétatioru Fim l
52? TABLE DES CHAPITRES ET DES SOMMAIRES MARGINAUX. TROISIEME VOLUME. LIVRE PREMIER. A.VAN TPROPOS. I De rAnpleterre avant Guillaume le Con~ iy quérant, S -Site de l’Angleterre :inâeence da climat furies tabitans. î Les Bretons furent plus fouveritfubjagucs «jue les Gaulois. 5 Conquête de l’Angleterre par Guillaume ,Duc de Normandie. 7 Grande révolution occafionnéc par laconquetej 7 De la féodalité. ^ Guillaume éta’nlit le Gouvernement féodal en Angleterre. ^ Effets diflérens de la féodalité en France &en Angleterre. Vniferirité des lobe &des coutumes,X4 I»
328 TABLE La couropne o’^Angleterrc eft portée par Jet filles dans dincrenres Familles. 15 itz liberîe jettefes premiersfondemens. Grande Chartre. 12 1y. ly Oppofition des Rois ;la Chambre des Communes s'établit, ies Rois s’oppofent àla liberté. ig Les Barons fe liguent ponr forcer lesRoîs àobfcrver la granie Cbartre. 19 Les Barons admettent le peuple dans leurs affemblées. Le Parlement d’Angleterre eft formé long-temps avant les Etats Généraux de la France. ai Observation, la Chambre des Communes prendfa véritableforme. 2.2 AfFaiblilTement des grandes Baronies. 22 Abolition du fcrvice perfonnel. 2j Les Anglais poiTédaient tous lesports de la Gaule fur l’Océan. 23 La Chambre des Gommants prend fâ vraie forme. 24. 'Bdoaardl eft oblige de jurer onze fois l’obferva^ tion de la grande Chartre. 25: Le Parlement était déjà compole des deux Chambres ,&la liberté établie par des loix ,ea2â le Parlement acquiert de ncuveauac droits, 27 Victoires ^Edouard III. 2,7. J.’autorité du ParlementdeYÎent j>luî r^oHère.
DES CHAPIT REs. 325? LePirlcmentcrte les Minières àTon Tribunal. iS Il détermine par une loi «quels Ibnt les crimes de haute trahifcn. 'Edouard JII eft obligé de jurer vingt fois l’obferva.ion de la grande Chartre. 31 Observation. 51 Remarque importante. 3 1 Abolition de lafervitude. 3$“ Révolte des Payfans en France. 3y Révolte des Payfans en Angleterre. 3S Du Parlementfous les Rois de la Maifon de Lancaftre. Grand principe qui main~ tient Vefprit public ;premiers hérétiques brûlés. 3^ Fe défaut d’un principe fixe fur rherédité du trône, produit plufîeurs guerres. 38 Principe fondamental de la liberté. 41 Les Commun-es acquièrent le droit de ne pas accorder de fubfîdes ,que Le Roi n’ait accordé leurs demandes. 41 Loi qui exclut les femmes dutrône d’ Angleterre» elle efi: bientôt révoquée. 41 Bill centre les richelTes «lu Clergé. 41 Premier hérétique condamné au fe'i 4.3 Henri 'V veut conquérir la France. .44 Le Parlement donne la Régence aa Duc de Bedfort. 4y Zqî pourdéterminer quelsferont les Elec-
33® ^TABLE leurs des députés du Peuple au Parlement. 45 Le corps politique cft fagetnent circoafcrit par la loi. 47 plaidoyer des Maijons de Lancafire Ù dYork pardevant le Parlement ypour leurs droits a. la Couronne. Richard eipafe fes droits su Parlement. Belle conduite du Parlement. Plaidoyer pour Henri VJ Sc Richard, Jugement. Défaite. &mort de Richard. 50 ïo Sî fi îî Du ParlementJfous les Rois de la Maîfon d'York. EdouardIf^Ÿteaàla. couronne fans confiiker le Parlement. yg Richard ^Duc de Glocefter ,fe fait Roi fans l’aveu du Parlement. jy» Du Parlementyfous la Maifon de Tudor. Il cède àla fortune &au caractère de Henri VU. 58 Henri VUfe feit Roi fans confulter le Parlement. yg Parlement compofc en partie de gens profcrits. y9 Etrange déciSon des Jurifconfulcs, éa EaiblelTc du Parlement. 6ci Fureurs de l’elpric de parri. lEpoScurs punis, CX
des chapitres. 53* Fermeté du Gouvernement de Henri VII. Le luxe concourt àmettre de regaiité dans les fortunes. Témoignage de Fkilippe de Comines en faveu$ des Angltâs. J)u Parlement, fous Henri VIIL 6$ Arpentage du Royaume ,&dénombrement da Peuple. Emprunts forcés. IndlFérence du Parlstmcnt au fujet de la ReliéS gion. X.oi dicîcs i>ar Fefp^iî d-^ parti. Complaifar.ee du Parle.ment. ^7 Le Clergé donne au Roi le nom de Chef fuprêmc de RSglife d’Angleterre. '«S Le Parlement abolit Pautoritc du Pape. Le Paiiement déclare nul le mariage de Heure Vni ,&de Catherine d’Arragon, Le Parlement détruit les Monaileres. 7® Henri VIII aceufe fa femme, Anne de Boulen, (flncefte ,&la fait décapiter. 7» Honteufe faibleffc du Parlement. 7^ Le Parlement détruit la cenftItutioB. 7$ Crimes da Parlement. La Chambre des Communes rclîfte un peu. 7î Le Parlement abolit en Angleterre TOidre des Chevaliers de Malte. 74 Il déclare nul le mariage de Henri VIH 5c SAune de Cleves. 74 Heari VIII époufe Catherine Howard. 74
532 TABLE Il la dénonse au Parlement. BaiTelIc &crime» de ce Parlemcnr. Reines répudiées en France. 71? Tkrcs que le Parlement accorde au Roi. 80 Il règle la fucceffion. 80 Sermons. Ils font trop prodigués pour être ohfcrvés religieufcment. 80 Les Parlemens furent peu fréquens fous cerègne. 80 Henri VIII meurt après avoir prefque tout changé dans l'Etat. 8î, Dit Parlement ,fous Edouard VL IIfort de fon affoupîjfement. 85 La Religion réformée devient celle du Roi. Le Parlement abroge les loix tyranniques portées fous Henri VIII. 83" Jeanne Gray accepte le trône malgré elle.. 8y Du Parlement ^fous la Reine Marie, H s'avilit juf qu’à recevoir Vabfoliition. 26 La Religion Catholique redevient celle du Gouvernement. 8^ Le Parlement n’a de religion que celle de la Reine. 86 Mefle au Saint Efprir. 86 Le Patlement légitime la naîdànce de la Reinei. 87 Le Parlement abolit les loix portées contre les. Catholiques. 87 Jeanne Gray Sc fon mari font décapités. 8S Maris époafe l’Archîduc Philippe. 8%
DES CHAPITRES. m Renouveilcmcnt de la guerre civiLc. ï?» Cromwell chaire &détruit le Parlement. 19 1 Cromwell fc trouve ,fans titre ,le maître ablola du Royaume. ^3* Prétendus Parlemens élus ,chajfés ,rc~ faits ,&diffouspar Cromwell. 193 L’Angletetre eft gouvernée comme Alger. 19? Cromwell choliît àfon gré les membres d’un Parlement. ISî, Il force le Parlement àfc dilîôudre, 19 î Il fait chaffer ,parle Colonel IVhite, les membres du Parlement qui ne veulent pas fe diilbudrc. Le Confell milttaire nomme Cromwell Proteereur. I9Î Cromwell fait élire un. Parlement par le peuple. 195 Il cft obligé de dLIoadre ce Parlement. 198 Il en fait élire un autre. 1.99 Cror.nveU eft mécontent de fes Officiers. aoo Il effays de former une féconde Chambre, zoo Ildiffout encore ce Parlement. 101 11 meurt. aoi. Les deux fils deCromwell abdiquenr. zoz Le fils de Cromwell convoque un Parlcmeat, zoz Les Officiers le forcent àle ddfoudre. zoz RieAuru &{bâfrer6' Henri abdiquent plutôt que 4.Ç commettre des. meurtres, Z03
TABLE livre 11 L 340 Nouvelle révolution. 204 Merck feint de fcr\?ir le Parlement. loj Les OlEciers s’emparent de l’autorité :Monck les difperfe en s’approchant de Londres. lop Parlement de 1660. Charles II efl rappelle ,• le Parlement reprend fes principes. 206 Parlement libre ,élu légalement. zoS Un enroyc du Roi ,fils de tharks J, fe préfente au Parlement, aoj Il eft reçu ,&le droit de Charles II eft reconnu. 107 La joie eft ariverfelle. 107 Les Pairs reprennent leurs places dans leur Chambre. loS Charles II revient en Angleterre. 108 Premier Parlement convoqué fous Charles II. 210 E.efte d’intolérance. Ho Le Duc iiYork fe fait Catholique. m Le Parlement étîblit le ferment du Tefî. ni Préjugés, intolérance. 2.13 Querelles entre les deux Chambres étouft'ées par la fagefle du Roi. 11 p Second Parlement. 2ip Le Roi ordonne àfon frère le Duc à’Yoïk de fQrÿr du Ro^-aiime. üQ
des ChaPITRE5. £4* TrqisiexMe Parlement. ^^4 Le Duc ÿYork cft déclaié cxc’u de la couronne gar un bill que rejettent les Lords. 1^4 Dernier fangrerfe par i’intokrance. i-4 Quatrième Parlement. Dufeul Parlement tenu fous Jacques IL 225 Jacques TI, àpeine fur le trône ,va en pompe àla Meile ,&veut rétablir la Religion Ca1.• 22.5’ tnolique. il convoque un Parlement. “"7 Il défait fon neveu, le Duc de Monmouth ,Sc aC x2i fait décapiter. lé’Sj. ibid^ Jaca-ses 11 prétend avoir le droit de difpenfcr d'obéir aux loix. ioîL La Chambre haute paraît moins docile que celles des Communes. ’^^ Effroi que la nouvelle de la révocation de indiç de Nantes canfe en Angleterre. liid, Jacques s’obftine àdilpenfer les Catholiques de la loi da ferment. i II térablk la Cour de la haute Commlffion. 13 5 Ilfe livre au confcil des Prêtres Sc des Moines* &afFiibli: fon autorité, Coiidaite du Ptincc SOrange. Effroi de Jacques IL , Jacques II eft abandonné de fon armee &ne Tes enfans. -
542 TABLE Le Parlement d’Angleterre n’a point de part s cette révolution. zjS Assemblée nationale. Elle traite avec^ le Prince d’Orange. Requêtes adreflées au Prince Orange. ibid. Le Prince ÿGrange convoque une AlTembléc nationale, Janvier 1^89. 23 S Le Parlement décide cu'il yaun contrat originel entre le peuple &le Roi. ibid. Le Parlement nomme pour Rois Marie te Guil~ laume. 2.39 II annexe àl’aâe qui leur donne le trône »une notice des droits de la Natioa. z4o Du Parlement depuis la révolution ;& de deuac événemens mémorables. Depuis la révolution ,tous les règnes ont été glorieux. ibid Le Parlement d’Ecofle eft réuni au Parlement d’Angleterre. 145 Les Colonies Anglaifcs de l’Amériqas feptentrionale fe féparent de l’Airgleterrc. z4S Résumé. •pE LA Constitution d’Angleterre.. De ta compojîtion du Corps politique. De la Puissance législative, 255 Delà Puissance exécutive. 2Ô2 De la Püiss.ance tribunitjenne. 26^.
DES CHAPITRES. 341 Xles grandes précautions prifis pour maintenir la Conftitution. 2.6’J Premier effet de cette Constitution. Amour extrême de la Conftitution, Refpect pour les Loix. 277 Second effet de cette Constitution. La Monarchie Anglaife ejt lafeule qui je foutienne fans troupes. ^19 Troisieiæe effet' de cette Constitution. Les difpuzes yfont fans danger ^fans fiel. 281 Quatrième effet de cette Constitution. hommes cLEtat. 284 Cinquième effet de cette Constitution. Facilité de payer les impôts. 28^ SIXIEME EFFET DE CETTE CONSTITUTION. Lmpartialité dans les Jugemens, Douceur des Loix Criminelles. Caufe de Vefprit public &de la félicité nationale. 2po SEPTIEME FFFET DE CETTE CONSTITUTION. Sort heureux de la Noblejfe. 2^2 Huitième effet de cette Constitution. Excellence de VEducation.
344 TABLE DES CHAPITRES. NEUVIEME EFFET DE CETTE CoNSTiTO-* TloN. Progrès des Sciences &de la littérature. ~99 Dixième effet be cette Constitution. Elle efi créatrice d'un grand & nouveau Peuple. 3*^3 ONZIEME EFFET DE CETTE CONSTITUTION. Les Loix yfuivent leur ordre naturel. 3®^ CONCLUSION. 3^9 Fin de la Table des Matières.