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Le mariage de Julie : comédie en un acte et en prose

Saurin, Bernard-Josep, 1706-1781

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LE MARIAGE DE JULIE, COMÉDIE IT>f0Lr/r ?.•- rTf 7~i'T '- K**•'-1 1 *t”V-J-*- *f^^ gN UN ACTE ET EN PROSEj Tir M. Siu»în, de l’Académi* Erançoile. APA. lu IS3 Chez la Veuve Duchesse ,Libraire ,rue Sains Jacques, au-delFous de la Fontaine faint-Benoit» au Temple du Goût. M» PÇ*Q LSaiL M. DURVAL,riche Financier. Madame DURVAL.fi Femme. s Mademoifelie JULIE, leur Fille. M. DE SURMON, Frere de M. Durral LA COMTESSE D’ALTIN, Sœur de Madame Durval. LA MARQUISE DE SAINT-BON. LE MARQUIS DE SAINT-B ON, fon Fils, XJ NMÉDECIN. J. GATHE,une -des femmes de Madame Durval. DUMONT, Maître d’Hôtel, Mari d’Agathe, £ La Scène tfi dans le Sallon dune Malfoît de Canqfr gne de M> Puryal, irèwoifim de PcrjatlM* cM le mariage de JULIE. COME’ DIE. SCENE PREMIERE. DUMONT, AGATHE. (Ilsfortent chacun dyun appartement oppoje. DUMONT, riant. AH,ah,ah. AGATHE, pleurant. Hun, hun. ,_ DUAl ONT. Pourquoi pleures-tu r AGATHE. De quoi ris-tu ? DUMON T, gaiement. De l’humeur de Moniteur. AGATHE, tnfiement. De l’humeur de Madame. DUMONT. Il demande mes comptes je les lui uCTn^f. fe prend àmoi de ce que Madame fa tpde tkpen qu’il ne voudroit. ^AGATJI E. Madame m’i demande iQSk ïrmcir ,}~:u-a-' u-uC * 4LE MARIAGE DE JULIE 5c elle fe prend àmoi de ce qu’elle yvoit des traits qui ne font pas ceux de fa fille. DUMONT. Ils font plaifans ,nos Maîtres. AGATHE. plaifans !très-fâcheux. DUMONT. Tu n’y penfes pas ,mon enfant ;tant pis pour eux. S’ils ont de l’humeur. AGATHE. Tant pis pour nous :c’ell fur leurs gens que fe paife l’humeur des Maîtres. Entendre toujours crier.... DUMONT. Le bruit des cloches ;on s’y fait. AGATHE. C’efl une cloche bien aigre que Madame. .DUMONT. Allons, allons; tu as de bons profits ;c’eil l’efientiei ;5c puis nous nous aimons, ma chere Agathe, ceiaconloie de tout. AGATHE. Il eil vrai ,mon cher Dumont;le mariage ne nuiî apas guéris de cette maladie ,comme ils l’appeiioient. DUMONT. Oh !des gens comme nous 1II nous conviendroit fcren d’imiter nos Maîtres !Cette maladie nous durera, il n'y amariage qui tienne. AG AT HE. On fera bien -tôt celui de la fille delamaifGn, de Mademoifelle Durval :c’eft pour cela qu’ils l’ont retirée du Couvent: je parierois bien d’avance, que ce mariage-là ne fera pas fi heureux que le nôtre. I) UMONT. _ _Ce feroit dommage :Mademoifelle Julie cil fi aimable !AGATK Oui ,fi douce ,fi ailes àfervir 1une figure charmante, de la naïveté ,de l’efprit. DDM ONT. ,Iis n’°nt point d’autre ZüUM 3oi éüe paffe PSB? piusri-L‘' s. COMÊDI \G.A THE. te mal eft qne ces héritièresLà ,on longe pins a faire de grandes Dames qu'à en iaire ues iemm & heureufes. DUMONT. On dit que Monfieur lui deftine ce jeune homme-» là.... qui ala phyfionomie fi baffe. AGATHE. Monfieur Dutour ? DUMONT. Tuftement. Il eft extrêmement richeAGATHE. Je le crois :il al’air fi mfolent ! DUMONT. . Cela eft dans l’ordre: mais c'eft un homme qui eit bien félon le cœur de Monfieur. A^A^HE En revanche ,il n’eft gueres félon le cœur de Madame. ^ DUMONT. ; Mon enfant ,cela eft encore dans l’ordre. Je crois quelle avue pour notre Demoifelle le Marquis de Saint-Bon, qui depuis hier eft acette maifon de campagne avec Madame la mere: onneclnap s de celui là qu’il ala phyfionomie baffe :ceft ^pius noble ,la plus intéreffante ,&aes maniérés fi honnêtes avec tout le monde 1 DUMONT. C’eft aces manières-là qu’on reconnoit les gens - qualité. ^\^HE Madame dit que ià-defi'ous il yaquelquefois mende la hauteur ;mais je ne crois pas ceia au ma*qa*aair eil fi franc »fl 0 ^ve ümont. Il n’eft pas difficile de devinerpour qui doit panes» le cœur de notre jeune lylaîtreiie. Je ne pui? p-aî Vî dife ynco* -uSii‘* i* 6LE MARIAGE DÊ JULie, mais je puis bien te répondre qu’elle^ hait Monfieur Dutour de tout fon cœur. Pour lui déplaire fouverainement ,il n’a eu quà fe montrer. Oh 1c’ell un homme qui va vice en befogne. DUMONT. Malheureufement ,Madame n’eft guère en poiïeflion de faire changer d’avis àMoniieur. AGATHE. Et as-tu vu Monfieur en faire changer àMadame; îl faut avouer que nous avons des Maîtres bien étranges: Monfieur &Madame Durval logent fous le même toit ;ils n’ont ,d’ailleurs ,rien de commun :leur* heures, leurs goûts jleurs foeiétés différent: Monfieur dîne, &Madame foupe; quand l’un fe leve, l’autre fe couche ;&s’ils ne fe donnoient ,quelquefois ,rendez-vous, Madame pour demander de l’argent àfon mari, Monfieur pour quereller Madame ,on croiroit qu’il yaun mur de réparation entr’eux. DUMONT. S’ils étoient ,du moins ,heureux ,chacun de îeuf coté... mais bon !Monfieur va tous les foxrs porter ion ennui chez une petite perfonne àqui il paie bien cher le droit de commander chez elle ,6c d’être fa dupe. AGATHE. Madame ,de fon côté ,donne d’excellens foupers ou elle ne mange point ;elle ades amis quelle naime point, une loge àtous les Spectacles, &du plaint nulle part. DUMONT. Leur mal eft d’avoir trop de ce qui manque aax autres. AGAT HE. Oui; mais Madame ad’ailleurs ,au fond de iame, un chagrin qui la fuit par-tout. DUMONT. Quel ef ce chagrin ? AGATHE. ^Un chagrin.... Oh 1tu ne l’imagmerois jamais*" «hagrin,,,. qui xaowü de rire. *COMÊDIB f DUMONT. Comment donc ? AGATHüC’eft que tout-d’un-coup Madame pleure comme fi elle avoit perdu tous fes parens f&on ne fait pas pourquoi .... Je le fais pourtant bien, moi. 'DUMONT. Parbleu c’eft quelle eft folie. AGATHE. A-peu-près :Madame fe défoie de ce qu’elle n’eft pas femme de qualité :elle enrage de voir fa fœut Comteffe ,elle s’en meurt de douleur. DUMONT. Mais cette fœur manque de tout. AGATHE. Madame voudroit être Comteffe, &manquer de tout comme elle. Il eft vrai que celle-ci, qui, de Ion côté, pourtant, envie les grands biens de la fœur, aiair de la protéger; elle regarde Madame du haut de fa grandeur ;&,ce qu’il yade plaifant ,çeft qu il nyapas ïufqu’àfes femmes qui dédaignent de faire notre partie. iHDUMONT. Te ne fais comment cela fe fait :on cliroit qu ii ya une malédiction fur ces gens riches. Quand on les voit de près ,ils font plus de pitié que denvie. Ma foi fi je pouvois troquer moniort contre celui ae no» Maîtres ,je crois que j’y regar^erois adeux lois. A. GATHE. Je ne voudrois point de leur ennui :mais je voudras bien des belles robes de Madame, de .es diamans, de fes dentelles. ^_ DUMONT. Bon Itu as bien befoin de tout cela !Va ,ma cnere amie ,les ncheffes font pour quelques-uns, &le bonheur pour tout le monde. Tiens ,il yaune ch*.: qu qui dit ••• . LE MARIAGE DE JULIE, SCENE IL M. DURVAL,en robe de chambre, AGATHE-, DU MONT. M. DURVAL. U’elRce que cette chanfon? Je forme, ôc perfon» ne ne vient. Qu’avez-vous donc àchanter ,vous autres, &àêtre fi gais dès le matin ?Je ne vois pas ce que la vie ade ii planant, &fur-tout pour de pauvres diables comme vous. DUMONT. Je dirai àMoniieur, que de pauvres diables comme nous ont bon appétit ,le portent bien ,dorment bien, s’aiment bien.... M. DURVAL. Et fervent mal. On chante ,au lieu d’ecoüter quand je fonne ,S’aiment bien '. n’êtes vous pas honteux de vous aimer encore? Aquoi 1èreil donc qu on vous ait mariés? DUMONT. Aquoi cela fert, Moniieur ?Voyez un peu le joli minois d’Agathe. AGATHE. C’eft un. effet de votre honnêteté ;mon eues Dumont. DURVAL. M. Depuis le temps que vous êtes mari &femme .... "il" VT MONT. ~-—** y------ ~j^———j— — :plaifir abrège les heures ;l’ennui ies compte. M. DURVAL. Oh !Moniieur mon frère ,c’eft un Philofophe :« fait des phrafes ;mais qu’il porte cela àla bourfe ,« rerrz çç que cela vaut ;Allez ,Pumest ,aUezvousAea COMÉDIE. $ en de ma part favoir s’il eft jour chez la Mareuife de Saint-Bon ,comment ede apafîe la nuit ,&fi elle n’a befoin de rien :vous ,Agathe ,dites àma fille que je veux lui parier. SCENE lIL M. DURVA^ L,feul. CZ'Es faquins-là ont l’infolence d’être plus heureux que leurs Maîtres. Nous avons les richefl'es, de ils ont les plaifirs. Sans la vanité qui foutient, on feroit renté de leur porter envie. S’aimer après fix grands mois de mariage SAu bout de fix jours ,je ne pouvois foufirir me femme. SCENEIV. M. DURVAL,M. DE SURMON. DURVAL. M. AH1Monfieur de Surmon ,vous voilà de bonne he:ure M. DE SURMON. C’efl que j’ai àvous entretenir, mon trere. M. DURVAL. De quoi s’agit-il donc i_T MDE SUR MON. D’un parti pour ma nièce, d’un homme dont la haute naiffance.... ___ .T M. DURyAL. -r *frèr° •c'eil ,vraifemblableTe vous arrête, mon “5ry. Tn» t-nr mer. tcelui dont la Comtefie dAlun ,ma belL-lceur, m’a déjà parlé *un de ces hommes fans principes ,ae ”s riuS 1= bonne compagnie que perlonne n’eftime &que tout le mor,_e recherche. V. de surmon. Eh: non, mon frère :s’jl «oit queftron dun çreJ r’»__upro.,î pas: celui dont usagit^ iu;et, je ne men meiero-» ^ ïS LE MARIAGE DE JULIE MDE SURMON. Comment don ,Mademoifelle r MademoifeUe DURYA^ L« Te croyois trouver ici des parens qui saimaient ,à qui je ferois chere ,que j’aimois déjà de tout mon cœur ,àqui je brûLois de le prouver ;leur iroid accueil m’a glacee:iis ne m’aiment point &ils fe haiiTent : concevez-vous cela ,mon oncie rDes époux le haïr l M.' DESURMON. En effet, cela eil fi rare ! MademoifeUe DUR YAL. Mon pere ne me parle jamais de fa femme que pour m’en dire du mal ,ma mere ne me parle jamais de Ion mari que pour le tourner en ridicule: la Comtelie, ma tante fe moque de tous les deux :tous les deux dilent qu’elle elt une impertinent: chacun veut que je due comme lui; &parce que je ne veux pas jouer un il vilain rôle, on trouve que je ne fuis quune pente M. DESU R MON. Continuez de même ,&foyez iure qu’en finira par vous en ellimer davantage. Convenez dailleurs que m maifonde vos parens elt le rendez-vous de tous les plaifirs. t_,, .r Mademoifelle DURYAL- - Tous les plaifirs yfont ,&jamais le plaifir :1ennui fe peint fur les viiages &on dit en baillant q réjouit fort :on veut, iur-tout, le per.ua- .cr très :je fuis pourtant bien contente *quand m me mene aux Français dans ia petite loge£«- _Qn fi intéreifee, fi émue. Cette pauvre Za.it ~ oncle !Mais ma mere ne celle de eaufer ,^ je fuis àpleurer de tout mon cœur ,elle al^ d’interrompre mes larmes ,en fe moquant de » en me diiant que tout cela n’efi pas vrai. M. DÉ SURMON. Pauvre petite 1T^Tr .T Mademoifelle DUjR YAL- *;eu Au retour ,un grand fouper ntnfte, &pu . ‘ d’ enfer où l’on s’égorge poliment entre COMÉDIE- ; encore pour des Proverbes, quand c’eft M. Previlb quilesjoue.^ D£ sxj rMON. \ Vous êtes difficile, Mademoiselle :mais apres tout, dans votre Couvent... .T Mademoifelle DuE. VAL. V y étois heureufe 6c tranquille ,ce je ne P^is ,ans Soupirer ,Songer aux doux momens que j>p* avec une amie... _,, ^XT M. DESURM ON. Quelle eSt donc cette amie r__ .T Mademoiselle DURJA• Une Dame retirée du monde ,“VarnaiTdl long -temps vécu, une parente dû Ma.qui. Saint-Bon. __ .. ^w M. DESURMON. . Ah! fort -bien.... Et le Marquis allott von fa parer-tC ?Mademoifelle DURVAL. Oh'.fouvent sURMON. Et vous le voyiez chez elle ?C’eft un homme charmant Mad eemoifeu1' DURVJf Oh! oui, un hongre infiniment eft Q^ Ma niécef ^commence àcomprendre votre goût pour le Couvent. uRyaL. Mad.emciSv.-L m’étoit bien chere. JY ai laifle une amie qui met mq^ Momiecar -t .„ouS avez du moins Mais le Marquis eft ici ,ce •uS le plaîfir de lui parler de cette amie q fi chère. ,dURVAL. Mademoifelle u^ Bon ’. mon père ne ma-t u^ le Marquis Fctj pvMON. Monfieur Dû 5uoermst. En revanche, votre mera-a. -, ï8msu MARIAGE DE JULIE , Mademoifelle DURVAL. Et en pareil cas ,ne penfez-vous pas, mon oncle ,qu’une fille doit obéir àfa mcre par préférence ?Monfîeur DE SUR MON. Si je crois cela, ma nièce ? Mademoifelle DURYAL. Mais ,oui :une fille n’eft-elle pa plus particulièrement fous la conduite de fa mere ? Monfîeur DE SüRMON. Affurément ,&,en lui obéifiant ,vous ne voudriez parier au Marquis qu’à cauie de cette parente.. Y Mademoifelle DURYAL. Oh îça ,mon oncle ,n’ayez donc pas comme cela l’air de vous moquer de votre pauvre nièce ? Monfîeur DE SURMON. Pour l’amour de cette même parente ,ma pauvre nièce fe feroit la violence d’époufer le Marquis ,fi on l’en prloit bien fort: le malheur eft que votre pere, qui ne connoît pas cette parente ,aen vue un certain M. Dutcur.... Mademoifelle DURYAL. Oui ,un homme bien défagréabie :oh je fens qu’il me feroit impoffible de l’aimer. Monfîeur DE SURMON. Vous auriez moins de peine àaimer le Marquis, n’di-ii pas vrai ?Yous foupirez. Mademoifelle DURYAL. N’allez pas nie trahit ,mon oncle ;vous avez lair îi bon !DE SU RMON. ,je veux vous fervir ;mais vous favez M. sontrair: ms de votre pere j Au les de Mademoifelle DURYAL. Ah 1mon oncle ,avec pitié de votre nièce ;J01~ gnez-vôus kma mere ,pour empêcher qu'on ne me lacrifie :l’exemple de mes parçns me fait trembier - Oeue c’eft une choie cruelle que le mariage, guar. il tourna de cette façon, <5c qu’une union uS“ COME DIE. ^*9 croit être fi douce ,dégénéré en une querelle de toute la vie 1 M. DE SURMON. Mon enfant ,j’ai déjà parlé, &je parlerai encore; mais j’ai peu de crédit fur mon frere :il n’a jamais fait cas de mes avis ,parce qu’il dit ironiquement que je fuis un fage. Il fait encore moins de cas de ceux de fa femme ,parce qu’il dit férieufement quelle eft une folle. Eflavez,ce que pourront fur lui vos prières &vos larmes :on abeau être dur ,on eft toujours pere. Au revoir ,ma mece. ;SCENE VIE Mademoifelle DURYAL, feule. JAime &je refpefte mon pere ;il me fera cruel de lui rcfifter ;mais ce M.Dutour meit odieux..... Que vois -je ?Le Marquis. Ah irentrons Je dois lui cacher Je ne pourrois jamais Les jambe 11m tremblent.SCENE VIH Mlle DURVAL,LEMARQUIS de SAINT-BON. LE MARQ. UIS. -Rrêtez ,belle Julie. Eh quoi lvous me fuyez? Mademoifelle DLNvAMuien_ ne fuis point ,Monfieur ;}Q 1TL>- r°-u féance ne veut pa^.. ^RuT _c. % ' Je ne dirai rien qui la bleffe :fiez vous-en amon refpeét ,Mademoifelle. TT-*T Mademoifelle DuR•., '.r« "'v 1CPt fi Mais moi ,Moniteur ,je cr fmdrois de la blefter. ,i je reftcis feule ici avec vous sL *b LE MARIAGE DE JULIE, LE MARQUIS. Te fais qu’il m’eft contraire, &que je ne devrois avoir l’honneur de vous voir &de vous entretenir que lorfque tout feroit convenu entre vos pareils £c les miens; mais c’eft cet ufage ,belle Julie, qui fait tant de mauvais mariages :on fonge àtout aiîorfr,hors les perfonnes ,&on s’époufe en attendant qu’on fe connoiffe. Madame votre mere confent que je vous entretienne ;elle me l’a permis ,&cet entretien eft fl effentiel pour vous &pour moi, que j’oie vous prier inftamment de vouloir bien ne vous ypas refufer. SCENE IX. LE MARQUIS, Mademoifeîïe DURVAL, AGATHE AGATHE. MOnfîeur votre pere ,Mademoifeîïe ,maordonné de vous dire qu’il avoit avous parler. LE M'A RQUIS. Je vous arrêterai peu, &je nai rien avous dire que Mademoifeîïe Agathe ne puiffe entendie. Mademoifeîïe DURVAL. Voyons donc, Monfieur, parlez. CAvart. )U que le cœur me bat. LE MARQUIS Vous n’avez pas oublié ,Mademoifeîïe ,que }2\ eu plufîeurs fois l’honneur de vous voir avotre Couvent ;vivement frappé de vos charmes ,Ln” vous ai laiffé voir que mon refpeét ;je ne me ulS pas permis de vous faire connoître des œnnmens que vos parens pourroient ne pas approuver .U cru que l’amour quelque violent qu il fut > voit jamais autorifer la réduction. Aujourct nui AnMadame votre mere veut bien me flatter^ de poir d’être àvous ,je croirois manquer ace |e yous dois ,àce que je me dois àmoi-meme s^iw COMÈDI£•^si îne livfois àcet efpoir ,fans yi être autonfé par votre aveu. Pardonnez moi donc ,beue June ,il jo*e interroger votre cœur ,&vous demander ,non su xn’eft favorable ,je n’ai encore rien mit pour celai mais fi du moins il ne m’eft pas Contran e. Mademoifelle DURVAL,embarrajfée &<Tun* Voix tremblante . Moniteur _TT Tc LEMARQUIS. Expliquez-vous ,mademoifelle ;j’attacixe ma vie au bonheur de vous poffeder;. mais ce bonheur feroittrop acheté, s’il en coutoit quelque choie au vôtre. Parlez donc ,daignez m’eftimer allez pour me déclarer vos fentiœeas, &fi vous avez quelque éloignement pour moi.... r Mademoiieiie DERvAL> De l’éloignement pour vous ,Monneur . AGATHE. Cela ne feroit pas naturel. Mademoifelle DURTA,- Un procédé fi noble !des fentimens fi deucats .je ne les mériterois guere ,fi Tc LE MARQUIS. Si..... achevez, belle Julie. JULIE. On eft afiez ,Monfieur :je founaite que vous engagiez mes païens àm’ordonner de vous eu atre davantage. AGATHE. Oui, oui, Monfieur; faites-nous ordonner de vous aimer ,&vous verrez comme nous ppenons. SCE Mlle DURVAL, Y NEX. EMARQUIS ,LA MARQUISE, agaiHEUISE,allant aJulie. Enez, que je LAMARQ vous embrafîe ,mon Ange ,} * S2 LE MARIAGE DE JULIE pere bientôt vous appeller d’un nom plus cher hmon coeur vous rougilïez ?Si je ne me trompe ,cette rougeur r/eit pas de mauvais augure pour mon fils.... Marquis ,c’eit qu’elle eft d'une beauté ravriiante 1 Mademoifelle DURVAL. Madame- ,épargnez-moi, de grâce ;&pardonnez fi je vous quitte. Je ne puis me difcenfer d’aller trouver mon pere. CElle fort. J LAMARQUISE, /æ regardant aller. Elle eft faite àpeindre. gagaass SCENE XI. LAMARQUISE,LE MARQÜIS* LEMARQUIS. ^HiMadame ,ce n’eft rien que fa figure :fi vous connoiffiez fon efprit fon caradere.... LAMARQUISE. Langage d’amant sabrégez ,mon fils :on fait tout cela par cœur. LE MARQUIS. Non, ma mere:je n’ai rien vu qu on punie lui comparer ;&fi je ne l’obtiens pas.... LA MARQUISE. Mon fils :vous avez la tête romanefque. Que vous épofiez la fille de ces gens-là ,fyconfens :la îortune fera immenfe. Je vous aurois pourtant mieux Chevalier de Malte ;mais en perdre la tete '• vo~ êtes auffi trop étrange ,&il faut qu’une bonne je vous dife les travers que vous vous donnez mierement ,Monfieur ,vous lie faites pas niiez \- cour. LE NI ARQUIS, Le tems où , £me rendre digne de le fervtn ..... „V&mnloiS tems ou je ne vois pas mon maître , -COMEDIÊ. 23 LA MARQUISE. Tort bien :mais ce n’eft pas comme cela qu’on s’avance. LE MA RQU IS. Pardonnez-moi ,Madame; cen elt îa voie tapius honnête. LAMARQUISE. Je ne vois pas ,d'ailleurs ,ce que vos livres vous apprennent :voyez votre grand coufin ,il ne lit jamais ;cependant.... LE MARQUIS. Je fais ,Madame ,pour m’exprimer noblement , pifil excelle ci conduire un char dans la carrure. 1la marquise. Ce nef pas par-laque je l’eftime je voudrois, furtout, qu’on n’écrafât perfonne :mais, du moins ,il r/a. p2.s comme vous ia. manie ci écrire 7de compoier . an homme de votre nom! LE MaRQUIs. Mais Céfar ,ma mere ;mais Frédéric! Ces nomîlà font allez nobles &valent bien le nôtre ,>«• crois. „^ LA MAR. QUISE. /_ Pour comple de ridicule ,vous voilà ferieufement amoureux de cer enfant; &je parireois bien, que vous l’adorerez, quand elle fera votre femme. LE marquis. Oui Madame. Px.emplir les devoirs de mon état , cultiver mon efprit, époufer une femme que )aime, ne m’occuper que du loin de la rendre heureuie , voilà ce que je me propofe :jaurai le Iront da voir des mœurs àla face dun monde corrompu que je ne prends point pour moiaexe. LAM, ARQUISE. Vous ne voulez reffembler àperfonne ,ala tonne heure. Soyez fi extraordinaire qu il vous plaira , mais terminons: ces bourgeois mexcédent je voit, en avertis; &fi je vous aimois moins ,j.n auto pas eu la complaiiance daher en gran S~ Cl ,C Madame Durvai ,d’être ^de fes foupers ,&. uir-.c.. 24 LEMARI AGEDÉ JULIE, de venir àfa campagne. De grands airs ,&un ton fi bourgeois! Et la iœur la Comtefie ,fi fortement fiere d’un rang auquel elle ne fe fait point, dont eUe eil toute empêtrée ôc toute ridicule 1 LEMARQULS. Au moins ,vous conviendrez ,Madame ,que Ma« demoiieile Durval.... LA MARQUIS E. Oui, elle n’eft pas mal: mais cela fie fendra toujours.... Laifïez-mci faire ,je la formerai ,je la formerai. _», LE MARQUIS. Ah* mamere, ne la formez pas, elle eft fi bien 1 LAMARQUIS E. Paix, voici Madame Durval. ^ SCENE XII. LA MARQUISE, LE MARQUIS, Madame DURVAL. J Madame DURVAL. jEviens de votre appartement ,Madame ;je voulois m’informer moi-même comment vous aviez pa ig la nuit &fi rien ne vous manquoit. LA MARQUISE. Je fuis très -fenfible àvos attentions ,Madame , mais on afoin de me prévenir fur tout. Madame DURVAL. Prenez-vous quelque c'nofe le matin. LAMARQUIS E. j’ai demandé du chocolat. Ufait le P’ aJ. "A tems du monde, j’ai déjà £nt un tour de L-r‘î j’ai prié qu’on m’apportât îe cnocoiat dam ce ' au frais. ._ Madame DUKVAL. . J’y prendrai avec vous mon cane a~ ÇAu Mxrquis,') &vous, î/iQUiieur. ^g COMEDIE» H LE MARQUIS. Moi, Madame ,il faut que je voye le Miniilre: nous femmes àla porte de Verfailles ,j’y vais faire un tour ,&je ferai revenu pour le diner. t Madame DURVAL. Il elt de bonne heure ;déjeûnez avec nous ,Mon» fleur le Marquis :vous partirez enfuite. LE MARQUIS, après avoir regardé fa montre. Je prendrai donc un peu de chocolat. CVendant ce dialogue un Officier aapporté du chocolat &du café quilfert ;figathe ef eniree &fe tient auprès de fa maitrejfe.) Madame DURVAL. Alfeyonsnous. CLe Marquis dit un mot àVoreille de fa mere. ) LA MARQUISEMademoifelle Durval ne déjeune-c-elle pas ,Maç|ame PMadame DUR V AL, Aqathe ,que fait ma fille ? AGATHE. Elle elt chez Monfieur. Madame DURVAL. J’en fuis fâchée ,Madame ;mais elle elt chez fon pere. LA MARQUISE, ddemi -las àfon fils. Il faut vous en palier ,mon fils. CMMadame Dorval. )La tête lui en tourne au moins. Madame DUR\AL. Ma fille n’a rien d’alfez extraordinaire.... LE MARQUIS, vivement . Ah \que dites-vous. Madame? *LA MARQUISE. En effet ,on n’efl pas mieux que ceia :celt qu elle eil tout votre portrait ,Madame. Madame DUR"V AL. Vous me flattez ,Madame.... Comment trouvezYOUS le chocolat ?P 33 LE MARIAGE DE JULIE; Madame DUR\AL. Je compte auffi reprendre mes pillules :ne me la confeillez-vous pas ? LE DOCTEUR. Gardez-vous en bien ,je vous le défends. Madame DU R VAL. Ah !ah !cher Dodeur ,vous voulez donc que je ne mange ni ne dorme ? LE DOCTEUR. Allons ,allons ;mais rien qu’une ou deux :vous faites de moi tout ce que vous voulez :ah, ah, ah. Madame DURVAL. Ne paffez-vous pas un moment chez mon mari? L E DOCTEUR. Seroit-il incommodé ? Madame DURVAL. Oh! jamais. Quelque indigeftion par-ci, par-la; mais c’eft que vous lui parlerez de M. Dutour ,ec que, fans faire femblant de rien, vous lui en ferez un portrait.... _„„ T.F. DOCTEUR. Je ne le connois pas. Madame DURVAL. Qu’importe? je le connois moi, &je vous îuis caution de tout le mal que vous en direz. LE DOCTEUR. Ah, ah, ah. Allons, allons. SCENE XVIIMadame DURVAL,feuleXl eft délicieux, mon Dodeur ;point entete furtout :c’eût ce que j’en aime ;un peu médiiant avec cela ;oh !c’eft un homme divin !....Eon !ne ms Voilà pas mais la Comteife icrT-vî? COMÈDI 32 SCENE XVIII. La Comteffe D’ALTIN, Madame DUPvV AL^ La Comteffe-D’ ALTIN. 'M \fœur je viens prendre congés de vous. Il by a;aS moyen de demeurer avec votre mari ; c’eft un homme mai n’aime que les gens de fa for- ^je lui avois propofé, pour la fille, un très-grand mariage ,le fore d’un homme titre: il ma retufée ,mais très durement. Madame DURAAL. Celui que vous propofiez ,ma four ,eft un homme perdu de dettes ,un joueur. La Comteffe DALii«. Qui vous dit que non, fans ce aMademoifelle Durval feroit-elle un paru pour lui . Madame DURVAL. On dit qu’il aeu d'indtgnes procédés avec des femme5, La Comteffe D’ ALTIN. Des femmes.... de la Vide. Madame DCR^A•, Je vous admire ,ma faur :des femmes de la Jille valent bien.... ffe ‘ryALTIN. Mon Dieu 1mille pardons :vous me voyez coufufe; i’oublkùW^ DuRyAL. Ceque vous avez été ,ma iœur. La Comteffe l>> AL TINOh! j’ai tort, j’ai tort: >e . n , eç?lS j“TplS m’arm’eft échappé devant VGU y,' '£’ er rpans chez le iof0rck“v”^ous Sions ce fort avergtîesfr.l yaq^Çue tlmps que nous n’y avons ete , il ftut bien faire fa Cour» ^ \ 34 LE MARIAGE DÉ JULIE; Madame DURVAL. C’ell un grand aflujemiTement ,ma fœur ,une grande dépendance que celle de la Cour ,&je vous plains bien, de n’ètre pas en état de vous en palier. La ComtelTe D’ ALTIN. Cette dépendance -là ell honorable ,ôc met àportée des grâces :M. le Comte foupe dans les cabinets, je fais la partie de.... Madame D U RVAL. Fort bien ;mais, je refte chez moi où l’on fait la mienne. Il-eft vrai que tout le monde ne peut pas te111Fune maifon. La ComtelTe D’ ALTIN. Tout le monde peut encore moins être admis à l’honneur... Madame DURVAL. Ma fœur, c’ell acheter bien cher cet honneur, que de relier les trois quarts de l’année dans un vieux: château délabré pour avoir de quoi figurer quinze jours àla Cour. La ComtelTe D’ ALTIN. Mais pendant ces quinze jours, ma fœur, on voit meilleure compagnie, que ceux qui n'y peuvent aller n'en voient toute leur vie. Madame DUP. VAL. LailTons cela ,ma fœur ,•je veux vous montrer mes diamans, je les ai fait monter dans un goût nouveau, ils font d’un éclat, d’une beauté... La ComtelTe D’ ALTIN. Je les verrai une autre fois :je compte même vous les emprunter pour le bal paré qu’il doit yavoir; comme vous ne pouvez pas en être... Madame DURVAL. Je vGudrois que vous ypuinez joindre une robe comme celle que je me fais faire ;c’ell l’étoffe la plus riche, la plus fuperbe; mais cela ieroit trop cher... Je me luis auffi donné une voiture d’une élégance... tOMÈDÎ 3£ La ComteiTe D!ALTINJe vous approuve fort ,ma fœur. Quand on na -oas le bonheur de porter un certain nom ,il lauc avoir de tout bêla :avec de l’argent chacun, peut ie contenter ;car tout eft li confonau 1 Madame DURVAL. Pas fi confondu. Il yapeu de gens qui puihent atteindre àde certaines chofes ;par exemple ,je fuis en marché d’un bijou unique :la Pnnceüe Amélie l’a trouvé trop cher :mais j’en ai la tentailie, &je la pafferai. La ComteiTe 13’ ALTIN. Adieu ,ma fœur ,je vous quitte avec bien da regret. Quand on s’aime ,comme nous faifons ,il elt cruel de fe leparer... Mais vous pourriez ms 'venir voir ;il yaura des fêtes ,&je me lerois urt plaiiir de vous taire bien placer. Madame DUR V AL. Je fuis fi bien chez moi ,ma fœur I&puis je n’aime les fetes que quand je les donne. CElle s’embrasent ,&la Comtejfe fort. > SCENE XIX. Madame DURVAL, feule. Oüf. CElle fonne. )je n’en puis plus; CEllefonne encore ,&fe jette dans un fauteuil.j) me voila ma migraine, au moins, pour vingt-quatre heures. a forte 1Ln l’embraffant, fi je ne metois contrai..^ , je i’aurois... On ne vient point ,&je luis dans un état. .LÙ 3gLÉ MARIAGE DE JULIE; SCENE XX. Medame D U RVAL,AGATHE. Madame DURVAL. C!3ù êtes-vous donc, Mademoifelie ?Je me trouve mal ,horriblement mal ,&perfonne ne vient... Mon eau de Luce... On auroit ie temps de mourir. Tinirez-vous ,Mademoifelie ? AGATHE, tirant un JLacon. Ah îje l’ai dans ma poche... Je fuis li troublée de voir Madame comme cela... Qu’ell-ce donc qu’a Madame FMadame DURVAL. Ce que j’ai ?N’as-tu pas vu fortir la ComtelTe ? AGATHE. Je viens de la voir partir dans le plus vilain équipage &avec les plus mauvais chevaux. Madame DURVAL. Elle n’a pas le fou, &elle elt d’une impertinence !AGATHE. Bon !c’efl qu’elle porte envie àMadame. Qu’ellce qu’un grand nom ,quanq on n’a pas de quoi ie foutenir FMadame D U RVAL. Je donnerois tous ce que j’ai pour être àfa place. AGATHE. Madame n’y penfe pas. Qu’elle confidere que -a Comtelïe ne fera jamais riche comme elle ;&qui Tait fi Madame ne deviendra pas Comteffe ;Madame ed beaucoup plus jeune que Moniteur ,ôc sil uxrivoit de certaines choies.... ; COMÉDIE. 17 Madame DUR VA Te ne fouhaite pas qu elles arrivent ,ma pauvre Agathe, j= ne ApuLite pas; &, grâce au crel, mon mari eit dune iante... AGATHE. Il me femble ,àmoi ,quelle fe dérange beauMadame DUR\AL. Trouves-tu, ma chere enfant r AGATHE. Mais oui, beaucoup. Madame DURVAL. Tu tnallarmes... en vérité... tu m’allarmes... A propoUAgirhe ,il yalong-tems que ,e ne ta. rierfdonné ,prends la robe que )avois hier. AGATHE. Bien des grâces àMadame :mais voici Monfieur s voyez comme il ale vifage enflamme . Madame DUR"V AL. Il paroît en colere :mais je me fens d’une hutaeur... Tu vas voir. SCENE XXL Madame DUR T AL,M. DURVAL, AGATHE. Monfieur DUR"V AL. M-Adame, vous inftnrife* bn bien votre fille, VOUS lui donnez de jolis conieiL . Madame DURLAI. Te lui donn- ,Monfieur ,ceux que je voudroiS Jon m’eût donnés ,lorfqu’il eto.t question de me marier ;je tâche de lui épargner u*. x^peut- 3* LE MARIAGE DE JULIE, M. DURVAL. Oh !Madame ,le repentir eff de l’effence dec mariages. Le meilleur eft celui où l’on fe rep^nt le moins :mais ce neft pas le nôtre ,vous y tez bon ordre. Madame DURVAL. En effet, j’ai grand tort de vouloir que ma fille ^vec le bien qu’elle aura, n’époufe pas un Monteur Dutour ,un petit homme tout bouffi de la morgue financière ,qui n’eftime &qui n’aime que 1argent 1 M. DURV A L. Eh !que Diable voulez-vous dont qu’on aime? Madame DURV A L. Madame Dutour !le beau nom !oh 1je vous réponds que, fi^ )avois eu la dixième partie du bien qu aura ma fille ,je n’aurois jamais été Madame Durval. .M. DURVAL. Madame îMadame DURVAL. Ce mariage-là n’elt pas fait; &puis le Doéleur m’a dit des cnoles de Moniteur Dutour 1 M. DURVAL. Quoi ?Que vous a-t-il dit ? Madame DURyAL. Oh !des choies... je ne puis pas bien vous dire ce que cetoit, il ne le favoit pas trop lui-même... mais... M. DURVAL. Voua qui efit clair. Madame, &puis c’efl une grande autorité que votre Doéleur. Ah ,ah ,ah-. CAle contreja.it. )fi j’avois voulu l’écouter.... Madame DURyAL. Ce^qu il ya^de très-clair. Moniteur ,c’ell que, jce ne ^eroiî; que pour rabbattre les grands fnl ue ma la Comteffe ,je veux que ma 3$ OMÉDIE. M. DUR VAL. Rîi moquez-vous de ces airs ,Madame :vous êtes en état d’acheter trente comtés comme le Tien. Madame DURVAL. En ferois-je plus grande dame ?Elle va àla Cour , elle fera de toutes ies fêtes. M. DURVAL, Et, pour yparoître d’une façon àpeine convenable > il faudra qu’elle fe prive du néceffaire. Sçavezvous ce que vous défirez ,Madame ?l’indigence & la fervitude ;mais extravaguez fi vous vouiez ,perdez-vous dans des defirs infenfés ,enviez ceux qui vous envient ;moi qui fçais qu’on eft tout quand on eft riche, je n’envie perfonne. Madame DURVAL. Tout cela eft bel &bon ,Monfieur :mais ,fi ma fille n’époufe le Marquis, ma réfolution eft prife » je me fepare de vous. M. DURVAL, ironiquement. Mais ,vraiment iMadame ,voilà une menace terrible I ii. ... .iIM—r—i. .i n-F.T^wwiy SCENE XXII. MDURVAL, Madame DURVAL, Mlle DURVAL, AGATHE. M. DU R VAL. • .Â.H! vous voilà, Mademoifelle !avez-vous fait vos réflexions ?êtes-vous ,enfin ,dilpoiée àm’obéir P Mademoifelle DURYAL,tombant au pieds de fonpere. Mon pere ,vous aimez votre fille ,vous ne voulez pg.s fon malheur ,vous ne pouvez-pas le vouloir; & vous le feriez infailliblement en. me donnant un époux que je ne pourrois aimer. 4© LE MARIAGE DE JULIE; M. DURYAL. Vous êtes un enfant. Que parlez vous d’aimer ' Demandez àMadame li c’elt pour cela qu’on fe marie rLevez-vous. Mademoifelle DURVAL. Mon pere î• M. DUPv VAL. Levez-vous, vous dis-je, &finiffez une fcene..; Mais que veut mon frere avec cet air empreffé? SCENE XXII I. Les Aéfeurs précédens, M. DE SURMON. M. DE SURMON. »H bien !mon frere ,une autre fois prendrez-vous de mes almanachs ? M. DURVAL. Que voulez-vous dire avec vos Almanachs ? M. DE SUR MON. Attendrez-vous encore ,pour ycroire ,que j’axe fait une fortune comme la vôtre ?J’avois pourtant raifon, <5c M. Dutour... M. DURVAL. Eh bien ?M. Dutour... M. DE SURMON. Quoi !ignorez-vous fon aventuture r M. DUR YA, L> Quelque hiitoire ridicule, fans doute? Madame DURVAL. Il faut favoir ce que c’efl. M. DE SUPv MON. Rien qu’une bagatelle: c’eft que M. Dutour depuis trois mois efl marié en fecret avec Mademoiiede Lucile. Madams D U RVAL. M3gl.é 1î-r1 1 Mademoifelle COMÉDIs* 4® Maderaoifelie DU,R:VAL. Plût au Ciei M. DURVAL, Plaifantez-vous ,mon frere ? M. DESURMON. Point du tout :les parens de la Demoifelle Pont furpris avec elle hier au foi" ;&,comme on lui a propoié une façon de fortir qui n’étoit point de fon goût ,il adéclaré le mariage. Madame DURVAL Ce fera là ce qu’on avoir dit au Docteur. M. DUR V AL. Mon frere ,pouvez-vous donner dans un pareil conte ?M. Dateur qui doit époufer ma filie ,&à qui je cède, pour cela, ma place.... M. DE SURMON. .Ajoûtez que ,pour en obtenir l’agrément, vous lui avez prêté le plus honnêtement du inonde les cent mille francs qu’il afallu donner :auffi dic-on que , fans la circonftance qui l’y aforcé ,fon defîein étoit de ne découvrir fon mariage ,qu’après sêtre bien mis en poffeiTion de votre place. M. DURVAL. Et moi ,je n’en crois rien :on aime àrépandre de mauvais bruits fur les g*ns riches. Le public ,qui leur porte envie ,eft dilpofe àtout croire fur leur compte. M’emprunter mon argent pour fe faire donner ma place ,cela fuppofe plus de projet &plus d’efprit que je n’en comtois àM. Dutour. M. DS SURMON. Appeliez-vous cela de i’efprit ,mon frere? M. DURVAL. Pourquoi, d’ailleurs, auroit-ii epoufe Lucile qu on fçait d’humeur àne pas défefpérer les gens I M. DE SURMON. Pourquoi ,mon frere rparce que ,quoi que vous en penîiez yles lors ne le contentent pas de dire des focales ,que trèj-fouyenç ils en font-