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Le Résistance, Radio Londres et leurs messages codés: « Ici Londres…Les Français parlent aux français».

Llorente Jiménez, Ana Belén

Abstract

Grado en Lenguas Modernas y sus Literaturas

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GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS TRABAJO FIN DE GRADO LA RÉSISTANCE, RADIO LONDRES ET LEURS MESSAGES CODÉS : « ICI LONDRES…LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS ». Presentado por: Dª Ana Belén Llorente Jiménez Tutelado por: Dª Beatriz Coca Méndez Año: 2020-2021 1 RÉSUMÉ Le 22 juin 1940. Après une campagne dans laquelle l’armée française ne parvient pas à faire face à la supériorité allemande, Philippe Pétain signe l’Armistice qui divise le pays en deux : la Zone Nord, occupée par les Allemands, et la Zone Libre, dirigée par le Maréchal, qui deviendrait un état collaborationniste. Quelques jours auparavant, le jeune général Charles de Gaulle, exilé à Londres, se dirige vers les Français via la BBC. Ce fait inaugure le début de la Résistance, qui fera face à l’envahisseur et participera à la Libération du territoire aux côtés des Alliés. Nous ferons un tour à travers son histoire, en remarquant le rôle des républicains espagnols dans ce mouvement, en plus de traiter la clandestinité résistante, fondamentale pour la survie du mouvement. Enfin, nous essaierons d’expliquer les moyens de communication entre Londres et la Résistance Intérieure, dont l’outil principal, Radio Londres et ses messages personnels, seront une forme de communication codée très efficace et encore étudiée par les historiens actuels. Mots-clés : Résistance, Messages codés, Occupation, Seconde Guerre Mondiale. RESUMEN 22 de junio de 1940. Tras una campaña en la que el ejército francés no logra hacer frente a la superioridad alemana, Philippe Pétain firma el armisticio que divide el país en dos: la zona norte, ocupada por los alemanes y la zona libre, dirigida por el Maréchal, que acabaría convirtiéndose en un estado colaboracionista. Unos días antes, el joven general Charles de Gaulle, exiliado en Londres, se dirige a los franceses a través de la BBC. Este hecho inaugura el comienzo de la famosa Resistencia Francesa, que hará frente al invasor y participará en la liberación del territorio junto a los Aliados. Haremos un recorrido a través de su historia, destacando el papel de los republicanos españoles en este movimiento, además de tratar la clandestinidad resistente, fundamental para su supervivencia. Finalmente, trataremos de explicar las formas de comunicación entre Londres y la Resistencia Interior, cuya herramienta principal, Radio Londres y sus llamados mensajes personales, será una forma de codificación muy eficaz que aún sigue siendo estudiada por los historiadores actuales. Palabras clave: Resistencia Francesa, Mensajes codificados, ocupación, Segunda Guerra Mundial. 2 TABLE DES MATIÈRES 1. JUSTIFICATION ............................................................................................ 3 2. CONTEXTE HISTORIQUE : LA FRANCE DÈS L’ENTRE-DEUXGUERRES À L’OCCUPATION ................................................................... 4 3. LA RÉSISTANCE INTÉRIEURE ................................................................ 11 3.1. Les débuts de la Résistance Intérieure.......................................................... 11 3.2. Étrangers dans la Résistance ........................................................................ 14 3.2.1. Les Espagnols dans la Résistance Intérieure : ces héros oubliés….. 15 3.3. La Résistance s’organise : l’unification des mouvements ............................ 18 3.3.1. 1943 : les maquis et la STO ............................................................. 19 3.4. Les guerriers dans l’ombre. : la clandestinité des résistants ........................ 20 4. RADIO LONDRES ET LES MESSAGES CODÉS ..................................... 22 4.1. La création de Radio Londres ...................................................................... 22 4.2. Les messages personnels : cette arme à ondes ............................................. 24 4.2.1. Les jeux de mots : la codification des messages .................................. 26 4.2.2 Les messages de Jean Moulin ................................................................ 28 4.2.3. Juin 1944 : les messages du débarquement qui changera le monde…. 28 5. CONCLUSION .............................................................................................. 31 6. BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................... 33 Remerciements............................................................................................... 37 7. ANNEXES .......................................................................................................... 38 3 1. JUSTIFICATION La Seconde Guerre Mondiale est une période très romanisée, très étudiée par les historiens et très suivie par de nombreux amateurs d’histoire, dont moi-même. C’est lors d’un échange culturel en 2014 avec le Collège Guillaume de Normandie de la ville normande de Caen que j’ai commencé à m’intéresser au sujet. Les visites aux plages du Débarquement, au Cimetière Américain, au Point d’Hoc, à Arromanches-les-Bains... ont suscité mon intérêt pour cette période de l’histoire, notamment pour la guerre en Europe. J’ai commencé à m’informer sur le sujet : j’investissais et je continue à investir mon temps à lire des livres, à regarder des films, et de nombreux documentaires concernant cette période historique, ce qui m’a amené à avoir beaucoup de connaissances à ce thème. Mon intérêt pour la Résistance s’est concrétisé en 2017, à Toulouse, lorsque j’ai rencontré un vétéran résistant et que j’ai eu l’occasion d’avoir une conversation avec lui, ce qui m’a inspiré à faire ce travail. C’est pourquoi j’ai décidé de faire ce travail de recherche, dans lequel j’aborderai la période de l’Occupation en me concentrant sur la Résistance, en traitant de son histoire et de ses caractéristiques, en plus d’établir un lien entre l’Espagne et la France à travers la participation des Exilés Républicains espagnols dans ces mouvements résistants. Enfin, je me concentrerai sur la création de Radio Londres et de ses messages codés, où je traiterai à la fois des différentes formes de codification et des événements de la guerre où leur utilisation a été décisive pour la victoire des Alliés. 4 2. CONTEXTE HISTORIQUE : LA FRANCE DÈS L’ENTRE-DEUXGUERRES À L’OCCUPATION Le 11 novembre 1918, après la demande d’armistice de l’Allemagne, le monde ne serait plus ce qu’il était. Le monde allait rencontrer Woodrow Wilson, président américain, et ses Quatorze points proposés à la Conférence de Paris aux autres puissances victorieuses. Les fameux Quatorze Points de Wilson, dont s’inspirent les traités de paix de Paris, se fondaient sur la défense de la démocratie, la reconnaissance du Droit à l’autodétermination et à la création d’une Société des Nations afin de servir de médiateur dans des conflits internationaux. À son tour, les thèses de Clemenceau, président français qui prétendait imposer de dures conditions de paix à l’Allemagne, ont été prises en compte afin que le pays du Kaiser ne puisse plus mettre en danger les autres territoires. Des nombreuses réunions ont abouti à plusieurs traités de paix et ont donné naissance à un nouvel ordre mondial, parce que l’Empire austro-hongrois et l’Empire turc ont disparu. Toutes les puissances perdantes seraient privées de plusieurs de leurs territoires au profit des puissances gagnantes. Cependant, le traité qui a eu le plus d’impact a été le traité de Versailles (18 juin 1919), dont les conditions très dures ont été imposées à l’État allemand : le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France et la création du couloir de Dantzig, qui permettait à la Pologne d’avoir un accès direct à la mer. De plus, la démilitarisation de la Rhénanie interdisait à l’armée de la République de Weimar de s’établir sur ce territoire, afin de protéger la France, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas de la menace allemande. Enfin, des clauses économiques, comme le versement d’une indemnité qui a surtout profité à la France, ont été établies. Ces compensations de guerre seront si coûteuses que l’Allemagne ne finira de les payer qu’en 2010. La France sort victorieuse de la Grande Guerre. L’euphorie de cette victoire se répand sur tout le territoire français : défilés, commémorations et exaltations à la patrie se sont succédé. Mais la réalité n’était pas si heureuse qu’il n’y paraissait : plus d’un million de morts et trois millions de blessés étaient le coût de la victoire. Les gueules cassés inondaient les rues. Une grande partie de la France avait été détruite pendant la Grande Guerre. C’était alors que commençait l’époque de la reconstruction du pays. Cependant, face au manque de moyens, le gouvernement a trouvé une solution facile : il a eu recours aux prêts aussi bien intérieurs qu’extérieurs : les États-Unis ont occupé la première place en termes de montant emprunté. 5 En 1919, le bloc national –coalition de centre et de droite– le remporte aux élections législatives. Ce gouvernement s’est concentré sur une politique de louange à la patrie et une lutte contre le bolchevisme. De son côté, la gauche commence à se démembrer à partir du Congrès de Tours en 1920 : elle s’est divisée en la SFIC, Section Française de l’Internationale Communiste, partisans d’une révolution, et la SFIO, Section Française de l’Internationale Ouvrière, dirigée par Léon Blum, plus proche du socialisme réformateur. Pendant ce temps, le gouvernement de droite devra faire face aux contestations ouvrières, quant à la situation économique d’une France lourdement endettée. Il faut souligner que face à l’impossibilité de l’Allemagne de payer les lourdes taxes après sa défaite, le gouvernement, dirigé par Poincaré, misera avec des troupes belges, entre le 11 janvier et le 23 février 1923, sur l’occupation de la Ruhr, riche région minière allemande. En 1923, le bloc national se désagrège : les Radicaux se séparent de la droite et s’allient à la SFIO de Léon Blum, créant ainsi le Cartel de gauche; arrivant au pouvoir en 1924. Edouard Herriot devient alors président du conseil. Ce gouvernement doit accepter le plan Dawes américain de 1924, qui prévoyait une réduction des taux de guerre à l’Allemagne et entre ces mesures, l’abandon de l’occupation franco-belge de la Ruhr, qui a finalement eu lieu en 1925. En économie, l’inflation a augmenté de manière notoire. Le gouvernement a planifié de nouveaux impôts sur les fortunes, ce qui a provoqué une fuite massive de capitaux. En raison du désaccord entre radicaux et gauchistes, la coalition disparaîtra finalement au moment où les radicaux se reforment avec la droite en 1926. Poincaré redevient président du conseil, imposant des mesures d’austérité qui entraînent une réduction de la dette publique. Cela permettra à l’union de Radicaux et de droite d’obtenir une large majorité dans les législatives de 1928. La prospérité revient à l’Hexagone, alors que les États-Unis subissent la plus grande crise de leur histoire en 1929 : le Crack de Wall Street. Il est à noter que 1929 est l’année où l’on décide de construire la plus grande ligne défensive jamais construite en France : la ligne Maginot, qui servirait à protéger le territoire français de futures attaques extérieures. Néanmoins, les effets de la Grande Dépression commenceront à se faire sentir dans la République après la dévaluation de la Livre Sterling, ce qui déstabilisera davantage le commerce et, donc, le Franc. Le chômage de masse apparaît et les entreprises commencent à faire faillite : Citroën tombe faillite en 1934. Les gouvernements et les 6 mesures, comme celle de Laval en 1934, qui se succéderont tout au long de cette grande crise, seront incapables de la combattre, voire de l’atténuer. Le pays est, donc, confronté à une grande dépression économique qui bouleverse tous les aspects de la société française. Cette grande crise économique mondiale s’accompagne d’un autre grand fléau : la montée des totalitarismes. En 1922, Staline monte au pouvoir en Union Soviétique et Mussolini prend le mandat italien ; ce n’est qu’en 1933 qu’Hitler sera nommé chancelier allemand par P. Von Hindenburg, le dernier président de la République de Weimar. La France n’échappe pas non plus à la montée de ces mouvements extrémistes. L’instabilité politique et socio-économique est plus qu’évidente et encourage l’apparition de différents mouvements extrémistes. L’affaire Stravinsky en est un grand exemple : la découverte de son cadavre en 1934 fait tomber le gouvernement de Chautemps. Cet événement s’accompagne de la montée de la xénophobie et l’extrémisme dans la société française. C’est alors que les mouvements d’extrême droite, tels que l’Action Française, le Mouvement Franciste ou la Ligue des Croix de Feu, entrent en scène. Cette dernière sera la raison de la démission d’Edouard Daladier en 1934, laissant la place à Gaston Doumergue, qui créa un gouvernement d’union nationale avec Edouard Herriot et André Tardieu. Face à l’extrémisme de droite, la gauche se réorganise : la gauche unie, appelle à des contre-manifestations dans lesquelles socialistes et communistes participent afin de faire face aux ligues de droite, comme le remarque Georges Duby: « les frères ennemis défilent ensemble ; la force du réflexe unitaire, de la mystique républicaine implantée par près d’un demi-siècle d’école laïque pèse d’un grand pois […] » (1977 : 540) . À cette alliance entre les deux courants de gauche s’ajouteront les Radicaux en 1935, formant ainsi le Front Populaire, parti vainqueur des législatives de 1936. Après une grève qui paralyse tout le pays, Léon Blum forme le gouvernement le 4 juin 1936, et signe les accords de Matignon le 8 juin, qui prévoyaient une augmentation du salaire, le paiement des congés et la réduction de la semaine de travail. Cependant, ces mesures ne font qu’aggraver la situation économique du pays, cette instabilité économique conduit à la chute de Léon Blum et donc à la fin du Front Populaire. 7 C’est en 1938 que Daladier forme un gouvernement avec la droite, qui encore une fois dévalue le Franc. Ce gouvernement ne réagit pas aux aspirations expansionnistes de l’Allemagne et garde silence à propos de l’annexion de l’Autriche ou Anschluss. Il signe les Accords de Munich de 1938, dans l’espoir d’apaiser les tensions et d’éviter une guerre prochaine, et il est reçu à son arrivée à Paris comme le sauveur de la patrie, parce que la France n’était préparée ni physiquement ni mentalement à une autre guerre. Au début de 1939, les tensions s’accroissent : la guerre était plus qu’imminente. Cependant, la France n’était pas encore prête à subir un autre conflit des caractéristiques semblables à la Grande Guerre. Or, le gouvernement français planifie une stratégie belliqueuse adaptée aux circonstances démographiques, ce qui empêchait le pays d’entrer directement au combat, car il ne disposait ni d’hommes suffisants ni d’armes en raison des lourdes pertes que La Der des Ders a occasionnée. L’idée était, donc, d’entrer en conflit deux ou trois ans après sa déclaration, afin de pouvoir récupérer les effectifs aussi bien humains qu’armements et d’assurer la protection du territoire avec la ligne Maginot. Le 1 septembre, la course des événements se dégrade : les troupes d’Hitler envahissent la Pologne. Le 3, la France joint la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Allemagne. Malgré la déclaration de guerre, l’armée française ne dépasse pas ses frontières, en se repliant sous la protection de l’infranchissable Ligne Maginot. Cependant, il n’y a eu qu’une timide intervention dans la Sarre, en réponse à la demande d’aide du gouvernement de la Pologne déjà en chute. Cet immobilisme de guerre a été appelé Drôle de guerre. L’armée allemande a commencé sa grande offensive dans le but d’occuper la France le 10 mai 1940, quand elle a attaqué les Pays-Bas et la Belgique avec la tactique connue sous le nom de Blitzkrieg ou guerre éclair. Ce fait a forcé les deux pays à abandonner leur position de neutralité et à rejoindre les Alliés, ce qui a compliqué encore l’organisation du combat contre les troupes nazies. En quelques heures, les deux pays sont tombés dans les mains des troupes allemandes, ce qui a ouvert à l’armée du Führer une entrée en France par les Ardennes, contournant ainsi la ligne Maginot et encerclant l’armée franco-britannique L’artillerie française a défendu son territoire lorsque les Allemands ont franchi la frontière franco-belge et qu’ils ont retenu leur armée à Sedan. Cependant, cette situation va changer lorsque les troupes d’Hitler ont disposé de l’appui aérien de la Luftwaffe. 8 Après des défaites successives, le gouvernement britannique a évacué des milliers de soldats à Dunkerque, tandis que l’armée française a été obligée de se replier vers Bordeaux, où Pétain a décidé qu’une demande d’armistice était inévitable face à une telle avancée allemande. La défaite était proche. Cet armistice, signé le 22 juin 1940 à Rethondes, a été célébré dans le même wagon de train où la reddition allemande avait été signée en 1918, de sorte que l’humiliation était évidente. La France avait été occupée. La supériorité tactique, des armes et des soldats allemands s’était manifestée, comme l’a affirmé Marc Bloch dans L’étrange défaite : Les Allemands ont fait une guerre d'aujourd'hui, sous le signe de la vitesse. Nous n'avons pas seulement tenté de faire, pour notre part, une guerre de la veille ou de l'avant-veille. Au moment même où nous voyions les Allemands mener la leur, nous n'avons pas su ou pas voulu en comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées d'une ère nouvelle. Si bien, qu'au vrai, ce furent deux adversaires appartenant chacun à un âge différent de l'humanité qui se heurtèrent sur nos champs de bataille (1990 : 67) La France est divisée en deux. D’une part, le nord devient la Zone Occupée, administrée par l’Allemagne nazie. D’autre part, la Zone Sud est devenue la Zone Libre, approuvée par l’Allemagne, dirigée par le maréchal Pétain et Vichy pour capitale. Par ailleurs, le général Charles de Gaulle quitte le pays le 16 juin, avant la chute de la France et s’installe à Londres, proclamant le Gouvernement de la France Libre depuis son exil, et tout en refusant de reconnaître la souveraineté du gouvernement de Vichy. Paris est occupé par les Allemands le 14 juin 1940. Les drapeaux de la République Française sont remplacés par les drapeaux rouges avec la croix gammée ; les hauts responsables nazis s’installent dans de différents palais parisiens. Ils s’emparent du contrôle total du territoire. La censure s’impose et s’empare de la culture et la presse est censurée. Tout prend des airs allemands : les heures, la monnaie, le mode de vie. Les soldats allemands fréquentent la nuit parisienne, même si le couvre-feu est en place. La peur est dans l’environnement. Les tortures et les répressions politiques commencent, surtout contre les Juifs, qui seront déportés dans des camps de concentration où beaucoup d’entre eux mourront, loin de leur patrie. L’Occupation a eu un impact plus important sur l’économie du pays que sur l’occupation militaire. Un contrôle absolu de l’économie de l’Hexagone a été imposé par l’envahisseur, profitant ainsi du potentiel français au profit des intérêts allemands. C’est 15 3.2.1 Les Espagnols dans la Résistance Intérieure : ces héros oubliés Cantando espero a la muerte, que hay ruiseñores que cantan encima de los fusiles y en medio de las batallas. Vientos del pueblo me llevan, vientos del pueblo me arrastran, me esparcen el corazón y me aventan la garganta Miguel Hernández Il s’avère également indispensable de rappeler le rôle des Espagnols dans la Résistance, comme l’affirme Jorge Semprún dans le prologue de l’œuvre d’Evelyn Mesquida, La Nueve. Los españoles que liberaron París: Puedo afirmar que los republicanos españoles en la lucha francesa, integrados en las filas de los ejércitos aliados o en los grupos de guerrilleros que luchaban por toda Francia, no fueron en ningún momento “un puñado de hombres”, como algunos pretenden. Fueron decenas de miles los que lucharon en todos los combates donde luchó el ejército francés y en las numerosas agrupaciones de guerrilleros que combatían junto a la Resistencia francesa por todo el territorio, desempeñando un papel principal, y que tuvieron como corolario las deportaciones de muchos de ellos a los campos nazis, donde miles y miles murieron. Algunos se preguntan todavía qué es lo que esos españoles aportaron a la lucha francesa… los españoles aportaron a todos los niveles. Primero, su experiencia de combate y su preparación militar y política. Todo lo que hacía de ellos luchadores diferentes de los demás, más politizados, más enérgicos y más combativos. (2019: 8) Plus de 300.000 soldats de la République espagnole traversent la frontière après la défaite face aux troupes de Franco. Dans la soi-disant retirada, des soldats expérimentés, qui avaient combattu dans le front républicain malgré leur manque d’armes, se sont réfugiés en France. Ce seront les grands héros qui rejoindront la Résistance une fois que la France a été occupée par les forces allemandes. Mais ces soldats, ainsi que des femmes, des personnes âgées et des enfants seraient internés dans des camps de réfugiés sur la côte Méditerranée. Ces camps d’internement ne connaîtront ni hygiène ni eau. Surveillés par la police, la violence policière ne sera pas non plus absente et beaucoup d’entre eux ne pourront forcément rejoindre la Résistance. Le gouvernement français va exercer une très forte pression sur les réfugiés espagnols, à tel point de convaincre certains d’entre eux de retourner en Espagne. Ceux 16 qui y sont restés, ont été utilisés comme main-d’œuvre dans les Compagnies de travailleurs Etrangers ou CTE ; en revanche, d’autres ont été obligés d’intégrer la Légion française ou des bataillons composés uniquement d’Espagnols : beaucoup d’entre eux vont périr dans la bataille de France de 1940, en essayant de faire face à l’envahisseur nazi. Au début de l’Occupation, les travailleurs espagnols se sont unis en groupes selon leurs idéologies et se sont occupés d’aider les nouveaux compatriotes qui arrivaient du front, en leur fournissant de faux-papiers. C’est le cas du réseau Ponzan, crée par Francisco Ponzán, connu comme « François Vidal » (2020 : 18) qui, selon Evelyn Mesquida « se convirtió en una de las redes de evasión, información y correo más importantes de la Segunda Guerra Mundial. ».(2020 : 36) Cette organisation a aussi été l’un des réseaux d’évasion, qui, avec les services secrets britanniques, l’Intelligence Service, a aidé de nombreux militaires et fugitifs à rejoindre l’armée de Gaulle. Mais là où les Espagnols se sont distingués, c’est dans l’organisation des maquisards, lutte de guérilla, où les Espagnols avaient de l’expérience, et à laquelle ils ont participé activement, en commettant des actes de sabotage et d’assaut. Il est convenable de remarquer que dans le plateau de Glières, en Haute-Savoie, ont participé 56 maquisards espagnols, en même temps qu’ils sont parvenus à replier les troupes de Vichy et qu’ils ont combattu courageusement les 8000 soldats allemands, et dans lequel une dizaine d’Espagnols sont morts : certains ont péri au combat et d’autres lors de la torture qu’ils ont subie après leur arrestation par l’armée nazie. Parmi ces Espagnols, il est possible de citer Félix Belloso, Patricio Roda, Pablo Fernández, Avelino Escudero, Manuel Corps, Florián Andújar, Gabriel Reines, Victoriano Ursua et Paulino Fontava…, entre autres, et auxquels Jose Ángel Valente consacrerait le poème intitulé Cementerio de Morette-Glières : No reivindicaron más privilegio que el de morir para que el aire fuese más libre en las alturas y los hombres más libres. Ahora yacen, con su nombre o anónimos, al pie de Glières y ante la roca pura 17 que presenció su sacrificio. Hombres de España entre los muertos de la Alta Saboya: ellos lucharon por su luz visible, su solar o sus hijos, mas vosotros sólo por la esperanza. La nieve aún dura prodigiosamente viva en el aire mismo donde morir fue un puro acto de fe o de supervivencia. ¿Quién podría decir que murieron en vano? Al cielo roto y a la tierra vacía, a los pueblos de España, a Hervás, a Mula, a todas las islas Baleares, a Mendavia, Viñuelas, Ambrán, La Almunia, Terrecampe, Tembleque, devuelvo el nombre de sus hijos: Félix Belloso Colmenar, Patricio Roda, Gabriel Reynes o Gaby, Victoriano Ursúa, Pablo Fernández, Avelino Escudero, Paulino Fontava, Florián Andújar, Manuel Corps Moraleda. Otros duermen tal vez bajo una cruz desnuda, lejos de su país, de su memoria, donde todos los muertos son un solo cuerpo ardiente: carne nuestra, palabra, historia nuestra que no conocimos, sangre sonora de la libertad. Poemas a Lázaro (1960) Enfin, la participation et l’héroïsme des Espagnols à la libération de la France et à la lutte contre l’invasion nazie n’a été étudiée que bien après la première décennie des années 2000. C’est pourquoi je voudrais rendre ce petit hommage à tant de compatriotes qui ont donné leur vie avec courage et sans rien demander en contrepartie. 18 3.3. La Résistance s’organise : L’unification des mouvements. À partir de 1942, les mouvements de la Zone Sud retirent la confiance au gouvernement de Vichy. Cela est dû à l’entrée des partis politiques, comme le Parti Communiste ou le Parti Socialiste. Malgré la reconnaissance du rejet de Vichy par les mouvements de la Zone Libre, il y a des divergences entre les mouvements de la Zone Nord, réticents à placer leur confiance dans les mouvements du sud en raison du soutien donné au maréchal Pétain antérieurement. En 1942, le général de Gaulle montrera également sa volonté de s’approcher de la Résistance Intérieure ; c’est pourquoi se succèdent les entretiens entre le gouvernement de la France Libre et les résistants comme Emmanuel d’Astier ou Christian Pineau. Par ailleurs, le 2 janvier 1942, Jean Moulin atterrit en France dans le but de « rallier les mouvements de zone sud à la France Libre, contrôler les forces militaires de la Résistance et réaliser dans la zone sud l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. » (2000 : 93). Ce qui ne se produira pas avant novembre, quand il parvient à rallier les mouvements du Sud : Combat, Franc-Tireur et Libération-sud à l’organisation des Mouvements Unis de la Résistance. Ce fait, ainsi que les victoires sur le front de l’armée de la France libre ont contribué à la reconnaissance de l’autorité de Gaulle comme représentant de la France Libre par les forces Alliées. En 1943, deux événements ont marqué le triomphe de la Résistance : son Unification et le soutien de la société française. L’union de la Résistance Nord et Sud se concrétise à travers le Conseil national de résistance ou CNR, dans lequel Jean Moulin a joué un rôle fondamental. Il y aura, cependant, encore des divergences entre les mouvements : les meneurs des mouvements du sud sont en désaccord avec le commandement unique de Charles de Gaulle. En résumé, le premier Conseil National de Résistance, célébré à Paris le 27 mai 1943, réunira des mouvements résistants, des partis politiques et des syndicats, avec Jean Moulin comme coordinateur sous les ordres de Charles de Gaulle. Dans ce conseil, on reconnaîtra de Gaulle comme unique président de la France, en plus de coordonner les mouvements résistants au combat en France. Cependant, cette réunion sera considérée par les mouvements de droite comme fortement influencée par la gauche, puisque les représentants du Front National ont joué un rôle très important dans ce conseil. Cette 19 situation sera apaisée lorsque Georges Bidault, résistant de droite, prendra le pouvoir en juin 1943 après l’arrestation et la mort de Jean Moulin par les Allemands. Après la formation du CNR, les chefs des organisations se réunissent et s’organisent pour préparer les batailles sous l’approche d’une Libération imminente. Pendant ce temps, de nouveaux mouvements résistants différents surgiront, mais avec le même objectif : lutter contre l’envahisseur. Ainsi, des mouvements apparaissent comme le Mouvement national des prisonniers de guerre, formé de prisonniers évadés, l’ORA ou organisation de Resistance Armée, formé de soldats de l’armée de l’armistice, désormais disparu. 3.3.1 . 1943 : Les maquis et la STO « La vie au maquis était très dure… mais très exaltante. » Henri Prades, membre des maquis (2000 :309) Le 17 février 1943, le gouvernement de Pétain vote une loi qui, sans le savoir, serait le début d’un nouvel élan pour la Résistance : LA STO ou Service du Travail Obligatoire, c’est-à-dire la mobilisation des jeunes travailleurs vers l’Allemagne, et destinés à des différents secteurs professionnels. Face à cette situation, la population réagit. Diverses manifestations, d’une certaine manière de résistance, se voient dans la société : faux-papiers, dissimulations, défis à l’autorité... Les bien appelés réfractaires sont nombreux dans toute la France et font chanceler le Gouvernement de Vichy. Le STO sera un grand avantage pour la Résistance, récemment unifiée par Jean Moulin, qui verra les nouveaux maquisards grossir leurs rangs de réfractaires. Selon H.Roderick Kedward, Sauckel –politicien nazi– « est ironiquement célébré comme le principal officier recruteur des unités de maquisards, rendant ainsi cette insurrection possible. » (2000 :312) , et Olivier Wieviorka, dans son Histoire de la Résistance affirme : « le STO provoqua un choc dans l’opinion publique que les mouvement s’hâtèrent d’exploiter »(2018 :292). En effet, cette déportation a provoqué une fuite en masse des jeunes appelés au STO, qui se réfugient dans les villages agricoles en devenant clandestines, et s’enrôlaient dans le mouvement maquisard qui les donne du refuge, 20 même si le mouvement des maquis est considéré « comme une folie par la génération aînée des résistants eux-mêmes. » (2000 : 321) Cependant, non seulement les Français étaient en fuite : des juifs, des communistes, des Espagnols, des antifascistes de toutes nationalités étaient recherchés par la GESTAPO. Ceux-ci se réfugiaient dans la France rurale et dans les villages isolés ou dans les montagnes : c’était une Résistance rurale qui n’était préparée pour le combat ; sans armement et sans ravitaillement. Ils dépendront de l’aide extérieur pour subsister, sans presque de l’aide, ce qui les amène à se sentir abandonnés et isolés. Ce ne sera qu’en 1944 que les maquisards entrent au combat grâce à l’armement venu de l’Angleterre, car une mission de récupération du territoire français était proche. C’est à ce moment que les membres du mouvement commencent à réprimander des actions de guérilla proprement dites et le sabotage comme action principale. C’est pourquoi ils sont durement réprimés par les forces d’Occupation. Cependant, ils seront un élément qui aidera les Alliés à avancer après le Jour-D, avec lesquels ils combattront main dans la main jusqu’arriver à la Libération. 3.4. « Les guerriers dans l’ombre ». La clandestinité des résistants S’enrôler dans la résistance sous un régime d’occupation ou de collaboration avait ses risques et ses conséquences. Selon Georges Duby, « les hommes de nuit » doivent apprendre à vivre dans la dangerosité, à être toujours aux aguets. « Ils sont à la merci d’un hasard, d’une imprudence, d’une dénonciation. » (1977 : 552). Ces risques les obligent à changer de habitudes et à sortir du quotidien. Si certains mènent une double vie —il s’agissait généralement de diffuseurs de presse clandestins ou de résistants ponctuels—., d’autres seront obligés de se réguler dans l’anonymat total, laissant leurs vies et même, dans certains cas, leurs familles. Cet anonymat se réalise grâce aux faux papiers. Pour cela, il y aura les faussaires : des professionnels de la contrefaçon et qui seront décisifs pour le maintien de la clandestinité résistante. Les résistants deviennent, donc, une autre personne sous un nouveau nom de guerre, munie d’une nouvelle adresse et un nouveau métier... Comme l’affirme Olivier Wieviorka : « Le clandestin vivait dans des appartements modestes et 21 mal chauffés. Louant ici une chambre de bonne ou un meuble, là un lit chez l’habitant. Il changeait fréquemment de domicile pour échapper au zèle des services répressifs ». (2018 : 167) Plus la zone dans laquelle ils se trouvent sera dangereuse, plus grandes seront les mesures de sécurité : c’est pourquoi, dans la Zone Occupée, la discrétion et l’hermétisme seront essentiels au développement des activités. Les membres ne se connaissent pas entre eux, ils ne connaissent que leur alter ego : leur identité sera cachée sous un pseudonyme que chaque résistant choisira méticuleusement. Comme l’explique Olivier Wieviorka, certains choisissent des pseudonymes liées à leur fonction comme résistant — Vélin pour André Bollier, imprimeur— ; certains sont liées à l’histoire ou bien à la géographie — Kléber pour Jean-Jacques Chapou. Vercors pour Jean Bruller— ; ils choississent même le nom des stations de métro —Le Colonel Passy pour André Dewavrin— ou pour la géométrie, comme hypoténuse, Polygone ou Circonférence — . (2018 : 168-169). Le contact entre les membres ne pouvait pas, évidemment, se faire de manière ordinaire. Les moyens par lesquels les messages étaient transmis étaient divers et fantaisistes, dans le cas d’être transportés dans les poussettes ; mais la plupart de messages a été déposé dans des boîtes aux lettres de faux domiciles, dans l’espoir de ne pas avoir de répercussions sur l’anonymat d’aucun agent. Leurs réunions se déroulaient dans des lieux secrets, loin de leur domicile ou de tout lieu susceptible de les compromettre, toujours sous un mot de passe ou un détail prouvant qu’ils appartenaient à l’organisation. Bref, l’anonymat que les résistants ont connu était très difficile à porter pour certains. C’était laisser leur famille de côté ou se mettre en danger, ne pas avoir de domicile fixe, ne pas même avoir une identité. C’était avoir faim et froid, ne pas pouvoir dormir la nuit, certains prenaient même des pilules fournies par les forces alliées pour dormir. La solitude s’emparait de certains d’entre eux, de même que l’idée d’une persécution sans cesse et la peur constante d’être arrêtés. C’est ce qui affirme le résistant Claude Bourdet dans l’œuvre d’Olivier Wieviorka : « Cependant, la plupart du temps, je circulais avec un pistolet caché dans la manche de ma veste : l’expérience montrait que des camarades avait dû leur salut au fait d’avoir su tirer le premier. » (2018 : 171). Être résistant n’était pas aussi facile que ça en a l’air. 22 4. RADIO LONDRES ET LES MESSAGES CODÉS. 4.1 La création de Radio Londres. « Sur tout le territoire, avec ferveur, la France écoutait Radio Londres. » Charles de Gaulle L’Armistice avait déjà été annoncé par Pétain à Radio Paris ; L’Occupation devenait réalité. À ce temps-là, de Gaulle rencontrait Churchill à Londres, qui lui permettait de s’adresser aux Français via le micro de la BBC. Le célèbre Appel du 18 juin 1940 marquera un avant et un après dans l’histoire de la France, non seulement parce qu’il est le déclencheur de la Résistance, mais aussi parce qu’il est le début de Radio Londres, qui s’oppose aux radios de la France occupée et collaborationniste comme Radio Paris, en plus de servir de voie de communication entre le Gouvernement de la France Libre et la Résistance Intérieure, C’est ainsi que Charles de Gaulle inaugure la guerre des ondes : Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte.Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire de notre malheureux pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes 23 ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres. La célèbre radio britannique propose aux exilés français d’établir une émission intitulée Ici la France, de 20 h 30 à 20 h 45, dont l’émission commence le lendemain de l’Appel du général de Gaulle. L’émission radiophonique sera inaugurée par l’ambassadeur de France au Royaume-Uni, Charles Corbin, dont le discours reflète Aurélie Luneau dans son œuvre Radio Londres 1940-1944 : Vous savez maintenant qu’un étant fidèles un autre rendez-vous quotidien vous vous trouverez chaque soir en France. Dans une France Libre de parler clair, libre de parler haut. Dans une France qui est maîtresse de son âme, dans une France qui, malgré tous les revers, malgré toutes les cruautés de l’heure présente, est maîtresse de son destin. Mesdames, messieurs, nous sommes une petite équipe de Français à qui la BBC a confié le soin d’apporter la vie dans notre heure française. C’est un honneur dont nous sentons parfaitement toute la gravité, toute l’importance. Nous avons l’ambition d’être dignes de la confiance qui nous est faite. Chaque soir, nous férons tous nos efforts pour que notre caillou soit lancé bien droit. Vous comprenez bien, n’est-ce pas ; c’est un lien, un lien de vous à nous, de nous à vous, que nous voulons créer. Un lien d’ondes qui n’a de la fragilité que l’apparence ; puisque aussi bien aucune rage, aucune violence, aucune volonté pernicieuse n’est le pourrait détruire. Nous avons décidé aujourd’hui d’être ensemble, nous les Français, tous les Français, ceux qui sont libres, comme ceux qui ne le sont pas. C’est que nous avons des choses à nous dire, tant de nouvelles à nous apprendre, tant de tristesses à nous confier, tant d’espoir à nous crier. Et ce sera justement notre moyen à nous d’être ensemble que de nous retrouver chaque jour sur les routes mystérieuses des ondes libres. (2010 : 60-61) Trois jours après son lancement, le gouvernement de Vichy interdit sa diffusion ; il ne sera pas un obstacle à la poursuite de l’émission, qui continuera à l’émettre, même sa durée sera prolongée à une demi-heure. Michel Saint-Denis, chef de la section française du ministère de la propagande anglaise, connu sous le pseudonyme de Jacques Duchesne, sera le précurseur de la création de Radio Londres à la BBC, qui commence leurs émissions le 14 juillet 1940 et qui se prolongent jusqu’au 25 octobre 1944. Radio Londres se compose alors de six espaces d’information et de deux émissions, qui commençaient à 20h15 avec le bulletin d’information qui durait dix minutes, dont les nouvelles, comme le remarque Aurélie Luneau, « sont dans les premiers mois écrits par les Britanniques. » (2010 :63). Ces nouvelles étaient bien sûr soumises à la censure du gouvernement britannique. Les Français s’emparent peu à peu du bulletin, 24 jusqu’à ce qu’en 1942 des Français comme Geneviève Brissot soient chargés de donner les nouvelles. À 20 h 25, commence Honneur et Patrie, présenté par Maurice Schumman, porteparole de la France Libre jusqu’à 1944. Dans ce programme, Charles de Gaulle ne s’adressera aux Français que soixante-sept fois, face aux adresses quotidiennes de Schumman. C’était le programme gaulliste de Radio Londres, souvent considéré par le gouvernement londonien comme de la propagande. Malgré tout, il aura un grand succès auprès de la société française. Immédiatement après, le programme Ici la France sera émis, plus tard renommé Les Français parlent aux Français, et connaîtra un véritable succès. Dirigé par Jacques Duchesne avec son équipe — dont les plus connus sont les journalistes Jean Marin, Pierre Bourdan, Pierre Lefèvre , Franck Bauer et l’humoriste Pierre Dac— , il était connu pour ses colloques, sa créativité et ses sections hebdomadaires comme la Discussion des trois amis ou La petite Académie, qui rendaient la vie dans la France Occupé plus supportable. D’ailleurs, cette émission était le plus grand exposant de propagande antiallemande, menée avec une grande ironie et humour par des participants au programme comme Jean Oberlé et sa mélodie célèbre « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemande. » ; outre la transmission de messages codés destinés aussi bien à la Résistance Intérieure comme aux agents de la SOE sur le territoire français. Même si les deux émissions sont françaises et destinées aux Français, leurs idées sont opposées, puisque Les Français parlent aux Français prend parti du côté de Giraud et de l’alliance avec les États-Unis en étant sous la supervision du gouvernement britannique. Tout cela sera résolu quand, à la fin de la guerre, les deux programmes seront fusionnés par André Gillois, présentateur de radio connu pour être le précurseur du succès du Chant des partisans. 4.2 Les messages personnels : cette arme à ondes « (po-po-po-pom) Ici Londres, veuillez écouter, tout d’abord, quelques messages personnels ». C’était la phrase avec laquelle Franck Bauer commençait le lancement de messages codés dirigés à la Résistance Intérieure et aux soldats des services secrets anglais sur le sol français. Ces messages échangés sont susceptibles d’être codés en morse: trois coups courts et un long, ce qui en morse se traduit par (...-), c’est-à-dire le V 31 5. CONCLUSION Comme le montre notre travail, la Résistance a été un outil fondamental pour les Alliés et a contribué à la libération de la France. À ses débuts, la Résistance s’est manifestée dans des mouvements désorganisés, isolés et divisés. Mais en 1943, elle sera unifiée et, en même temps, elle sera la voie des jeunes opposés au STO pour s’évader. À partir de 1943, la popularité du mouvement a contribué à créer un mythe –voire, une mythologie– dans la France d’après-guerre ; une société divisée entre les résistants et les pétainistes, qui étaient tous les deux une minorité. La majorité de la société a eu une attitude très passive après l’Occupation, heureuse de la fin de la Guerre et de la signature de l’Armistice en étant nul son engagement. Pour faire face à ces fractures sociales, le gouvernement provisoire fondateur de la Quatrième République s’est proposé l’unification d’une société qui avait vécu une véritable guerre civile, afin de remonter le moral et de faire renaître le pays des cendres d’une guerre dévastatrice. À ce temps-là, les fidèles au général de Gaulle et les communistes ont contribué à représenter le mouvement résistant comme un mouvement de masse, uni et avec toute la société française faisant face à l’envahisseur. C’est ainsi que se succèdent de nombreux hommages à cette Résistance mythifiée, comme celle du mont Valérien, le plus grand symbole du mythe résistant qui s’est forgé autour du général de Gaulle. Mais il a aussi servi à masquer le collaborationnisme de la France de Pétain. Les victimes du collaborationnisme ont été oubliées et les collaborateurs eux-mêmes masqués. Un voile serré entourait la collaboration : l’objectif était de montrer à l’Europe l’image d’une France unie, qui a lutté contre les nazis pour la liberté. Avec l’arrivée à la présidence de Charles de Gaulle, la mythification connaîtra un grand essor, au point qu’en 1964 les restes du résistant Jean Moulin seront transférés au Panthéon de Paris. Jean Moulin était le plus grand représentant de la Résistance, homme unificateur, créateur du CNR, dont le visage est devenu le symbole de la Résistance tout à côté de la Croix de Lorraine. Malgré cette politique de louange nationale, une partie de la société commencera à dénoncer cette dissimulation et à montrer le visage amer de la France occupée. C’est ainsi qu’en 1956 est interdit le documentaire d’Alain Resnais intitulé Nuit et brouillard, dans lequel le réalisateur de la Nouvelle Vague montre les horreurs des camps de concentration nazis. 32 Ce résistancialisme —terme inventé par l’historien Henry Rousso— trouvera son apaisement dans les années 70 et quand les Trente Glorieuses finissent par éclater dans une grande crise économique et à laquelle a contribué la chute de Charles de Gaulle ; cela a mené les Français à une crise d’identité nationale, dont le point culminant a été la publication de l’un des livres que j’ai utilisés pour mener à terme cette recherche : La France de Vichy de Robert. O. Paxton. Cette œuvre a marqué un avant et un après quant à la connaissance populaire de ce qui s’est passé durant l’Occupation dans le territoire sud gouverné par Pétain : répression, collaboration, soumission et antisémitisme. Les Français connaissaient, donc, le côté obscur de la guerre, ce que le gouvernement de Charles de Gaulle avait essayé de camoufler par ses louanges à cette Résistance française et uniquement française. Ce ne serait pas avant 1995 que l’État reconnaîtrait la responsabilité de la France dans les horreurs de la guerre, lorsque Jacques Chirac prononcera dans son discours les mots « folie criminelle ». C’était la première fois que l’État français reconnaîtra les crimes de guerre sans les camoufler sous le mythe résistant. À l’heure actuelle, la Résistance est encore un objet d’étude, en plus d’être le fétichisme d’une majorité de réalisateurs, d’écrivains et de personnes qui aiment l’Histoire. Et parmi eux, me voilà. Nous pouvons facilement voire comment la Résistance a donné lieu à une vaste production artistique, tandis que la France de Vichy, bien que de nombreux experts s’y intéressent déjà, elle est encore taboue parmi la société française. Il suffit de regarder chaque défilé militaire à la Fête nationale, où l’on rend hommage aux résistants et où l’on chante le Chant des Partisans tous les 14 juillet, ou les innombrables musées de la Résistance dans chaque ville, le tourisme de masse autour des plages du Débarquement... La mémoire historique a encore un grand chemin à parcourir. Bien sûr, la dissimulation des horreurs de l’Occupation ne veut pas dire que la Résistance ait été superflue et qu’elle n’ait eu aucun rôle dans la Guerre : son importance est exposée dans ce TFG. En fait, la Résistance a sauvé plus de la moitié des Juifs français, ce qui est admirable. Le courage de cette minorité d’hommes et de femmes qui ont affronté une armée titanique comme la Wehrmacht, cette lutte entre David et Goliath, est vraiment admirable. Comme Charles de Gaulle a bien affirmé dans l’Appel du 18 juin « Quoi qu'il arrive, la flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ». 33 6. 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Je t'en serai très reconnaissante. 38 7. ANNEXES 1. CARTE DE L’OCCUPATION Gaba, E. (2008). Carte de France : les zones françaises occupées pendant la Seconde Guerre mondiale, version française. Répéré de https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_occup%C3%A9e#/media/Fichier:France_map_Lamb ert-93_with_regions_and_departments-occupation-fr.svg 39 4. COUVERTURE DU JOURNAL COMBAT (AOÛT 1942) Gervais, F. (2009) . "COMBAT". UN MOUVEMENT, UN JOURNAL, UN HOMME: HENRI FRENAY. Répéré de http://ufacbagnolet.over-blog.com/article-33535747.html 40 5. LES MAQUIS ESPAGNOLS DE GLIÈRES Mesquida, E. (2020) Españoles rindiendo homenaje a Morel, en Glières.