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Le discours sur l'identité nationale de Nicolas Sarkozy

Placencio Alcántara, Gabriela

Abstract

Grado en Lenguas Modernas y sus Literaturas

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Les indices péritextuels.................................................................................................. 13 3.1.1 Le discours à Besançon 2007......................................................................................... 13 3.1.2 Le discours à La Chapelle-en-Vercors 2009.................................................................. 17 3.1.3 Le discours à Saint-André-lez-Lille 2016...................................................................... 20 3.2. L’analyse linguistique des discours.............................................................................. 22 3.2.1 Le discours à Besançon 2007....................................................................................... 22 Le système énonciatif et la deixis................................................................................. 22 Les verbes et les modalités............................................................................................ 27 La progression thématique............................................................................................ 30 L’argumentation............................................................................................................ 34 3.2.2 Le discours à La Chapelle-en-Vercors 2009.............................................................. 37 Le système énonciatif et deixis..................................................................................... 37 Les verbes et les modalités........................................................................................... 40 La progression thématique........................................................................................... 42 L’argumentation........................................................................................................... 45 Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 2 3.2.3 Le discours à Saint-André-Lez-Lille 2016................................................................ 47 Le système énonciatif et deixis...................................................................................... 47 Les verbes et les modalités............................................................................................. 50 La progression thématique............................................................................................. 52 L’argumentation............................................................................................................. 55 Conclusion............................................................................................................................. 58 Bibliographie......................................................................................................................... 60 Table de figures..................................................................................................................... 67 Annexes : CD Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 3 Introduction Ce Trabajo de Fin de Grado a pour but l’analyse et l’approche de la compréhension d’une question polémique et d’actualité dans la société française : l’identité nationale. Le travail a été motivé par une énorme curiosité pour la société contemporaine française, tout au long de ces dernières années d’études supérieures, et par l’impossibilité de couvrir tous les aspects sociaux de la vie en France dans le programme d’études. Le choix de ce sujet s’inspire de la lecture d’un article en ligne de la revue i-D sur une étude sociologique concernant la double appartenance tant à la culture de française comme à celle de l'Algérie des enfants d'immigrés d'origine algérienne, un thème qui s’est avéré inconnu de notre part (i-D, 2016 : en ligne). A cela s’ajoute, le bouleversement politique en France et en Europe qui influence énormément le contexte de ce mémoire. En effet, l’analyse des discours politiques est une discipline d’actualité et très importante, en plein essor. Les matières d’Expresión escrita en seconde année et de Análisis lingüístico de textos, en quatrième année, ont été d’un soutien extrêmement précieux pour nous initier dans l’analyse linguistique textuelle en profondeur, et dont on a besoin afin d’acquérir des capacités d’opinion et de critique personnelles. L’homme politique que l’on s’apprête à étudier dans ces pages est M. NicolasSarkozy, ancien Président de la République française et dont la trajectoire politique et médiatique a fait polémique en raison de ses propositions gouvernementales à l’égard de la question identitaire, qui ont divisé constamment la vie publique dans l’Hexagone. Pourtant, cette expression, identité nationale, a toujours été considérée comme un thème des partis de droite, mais en réalité elle surgit à gauche, d’abord dans les années 1970, pour intégrer les idées de diversité du Parti Socialiste français (Sciences Po, 2016 : en ligne). Cependant, d’autres facteurs impulsent ce débat politique. En effet, la perte de pouvoir de la langue française au détriment de la langue anglaise, l’entréedanslascène politique de l’extrême-droite avec le Front National, l’immigration et la musulmanisation de la France l’ont mis en relief dans les espaces médiatiques et politiques nationaux. Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 4 En plus, l’usage de cette expression en tant qu’instrument de défense nationale a été davantage renforcé du fait de la politique menée par les gouvernements de gauche afin d’insérer toute la population immigrée qui avait décidé de rester en Franceaprèsla reconstruction du pays à cause de la II Guerre Mondiale dans les années 1980. Plus tard, la peur que Jean Marie le Pen ait pu accéder au pouvoir lors des élections présidentielles en 2002 où il s’est affronté à Jacques Chirac, étant ce dernier qui les a emportées grâce au soutien de la gauche, n’ont fait que le débat continue à s’accentuer dans la société française . Néanmoins, c’est à cause de Nicolas Sarkozy que la question identitaire prend une énorme place dans les débats politiques depuis quelques années en France (France Info, 2016 : en ligne). Par ailleurs, si nous essayons de donner une définition moderne du terme nation, l’historien français Gérard Noiriel dans son ouvrage État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir explique que « pour sa racine latine, le mot « nation » désigne une communauté dont les membres ont une même origine » (Noiriel, 2001 : 88). Mais, en fait, c’est seulement au cours du XVIIIesiècle que le terme nation commence à acquérir son sens moderne, c’est-à-dire, politique. Entre les années 1770 et les années 1830, le mot « nation » s’est imposé comme l’un des concepts essentiels du discours politique révolutionnaire. Au XIXème siècle, l'hégémonie culturelle française et l’Empire napoléonien conduisent à « l’éveil des nationalités » en Europe, surtout en Écosse, en Italie et en Allemagne. A partir de ce contexte historique, des linguistes, des juristes, des grammairiens et des folkloristes, jouant le rôle de porte-parole en faveur de la cause nationale, ont développé leur propre définition de nation, mise au service de l’État (Noiriel, 2001 : 88-91). Il nous semble essentiel de considérer d’abord le parcours personnel de Sarkozy; c’est pourquoi, une courte biographie de l’ex-Chef d’État est présentée dans le premier chapitre où on exposera son évolution politique et quelques traits de sa vie privée en liaison avec notre sujet proprement dit. Ensuite, la méthode acquise pour l’approfondissement dans l’étude linguistique du corpus de discours de Sarkozy s’explique au deuxième chapitre, et son application se met toute de suite en pratique dans la troisième partie. Enfin, notre conclusion Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 5 de l’état de la question est proposée tenant compte de l’analyse contextuelle et linguistique des discours étudiés. 1. Nicolas Sarkozy Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa est né le 28 janvier 1955 à Paris. De profession avocat, cet homme politique commence sa carrière à une jeune âge, à 22 ans, lorsqu’il devient conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine jusqu’à ce qu’il devienne maire de la même ville en 1983. Figure 1. Portrait de Nicolas Sarkozy pour Le Figaro (Reitzaum, 2012) Il s’inscrit dans l’idéologie conservatrice de droite, héritier de Charles de Gaulle. Jacques Chirac va être son « maître en politique » de 1976 à 1995, moment où il choisit de soutenir la campagne du Premier Ministre Édouard Balladur. Il prend le pouvoir de l’UMP en 2004 même si pour Jacques Chirac, il n’était pas le candidat de son choix (INA, 2007 : en ligne). Il a, en outre, occupé plusieurs postes ministériels. D’abord, de 1993 à 1995, il est Ministre du Budget et de la Communication. Puis, il détiendra la fonction de Ministre de l’Intérieur pour les années 2002/2004, et par la suite il assume la responsabilité du Ministère de l’Économie pour la période 2004 à 2005. Finalement, il devient encore une fois Ministre de l’Intérieur avant de devenir candidat à l’élection présidentielle en 2007 (L’Élysée, s.d. : en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 6 Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy est proclamé le VIème Président de la Cinquième République après avoir battu au deuxième tour la socialiste Mme. Ségolène Royal (L’Élysée, s.d. : en ligne). Il va diriger le pays de 2007 à 2012 et va être en tête de la politique européenne aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel, notamment sur le plan économique lors des années de crises et sur le champ migratoire (Toute l’Europe, 2017 : en ligne). L’idéologie conservatrice prend une dimension encore plus large car il s’intéresse au débat sur l’identité française et les conséquences de l’immigration massive, qui peut être seulement égal à la prise en considération faite par le Front National dès les années 1980. Sarkozy crée le polémique Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Développement Solidaire qui va être dirigé d’abord par Brice Hortefeux et puis par Éric Besson (Le Figaro, 2010 : en ligne). Le ministère avait échoué dans sa tâche en 2009 losrqu’Eric Besson avait promu une série de débats sur l’identité nationale partout en France et sur Internet. Finalement, l’aboutissement de ce débat en janvier 2010 conduira à la fermeture du ministère car, des 55.000 contributions, 63,1% des participants l’ont trouvé « pas constructif et que la notion d’identité nationale est encore floue dans les esprits des Français. Pour eux, c’est l’histoire de France (92 %), puis le droit de vote (91,3 %) et le drapeau tricolore (89,9 %) qui définissent le mieux la France. » (20 Minutes, 2010: En ligne). Figure 2. Caricature de Besson et Sarkozy à l’époque du débat (Placide, 2009) Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 7 En 2012, après avoir été battu aux présidentielles face à François Hollande, Nicolas Sarkozy se retire de la fonction publique pendant quelque temps pour revenir en tant que Président du parti Les Républicains en 2015. Enfin, il échoue en 2016 à se faire proclamer de nouveau candidat aux élections présidentielles de 2017, lors des primaires au sein de sa formation politique, contre François Fillon, qui les emporte (Toute l’Europe, 2017 : en ligne). Par ailleurs, il n’est pas anodin de mentionner les origines de l’ex-président français. En effet, il est née de l’union entre Pál Sarkozy, un homme originaire de la petite bourgeoisie hongroise qui s’installe en France en 1948 « fuyant la dictature hongroise et le communisme » (L’OBS, 2010 : en ligne) et Andrée Mallah, une jeune fille de Paris. Son pèreles abandonne quand il avait cinq ans, alors Nicolas et ses deux autres frères, Guillaume et François, ont été élevés par leur mère et leur grand-père, le Docteur Benedict Mallah, un homme d’origine séfarade qui avait fui Salonique et qui a épousé Adèle Bouvier après s’être converti au catholicisme. Effectivement, l’ancien mandataire est le descendant direct des juifs séfarades qui ont été expulsés pendant la reconquête des Rois Catholiques (El Confidencial, 2007 : en ligne). Enfant, il adorait son grand-père qui l’emmenait aux discours du Général de Gaulle (INA, 2007 : en ligne). L’écrivaine Yasmina Reza a suivi Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle entre 2006 et 2007. Elle publie alors L’aube, le soir ou la nuit (2007) un portrait personnel et politique de Sarkozy qui nous donne déjà des indices liés à notre problématique (Delorme, 2016 : en ligne). Dans son œuvre, nous retrouvons un passage où Sarkozy s’exprime dans un discours à Tours à propos de ses origines : « Oui, je suis un enfant d’immigré. Oui, je suis le fils d’un Hongrois et le petit-fils d’un Grec né à Salonique… Oui, je suis un Français de sang mêlé qui pense que l’on est français en proportiondel’amour qu’on porte à la France, de l’attachement que l’on porte à ses valeurs d’universalité » (Reza, 2007 : 134). Finalement, pour clore ce profil de l’ancien président de la République, ilest intéressant aussi de signaler ce que le sénateur de Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, avait affirmé dans un reportage sur Sarkozy. Apparemment, « le fait de ne pas être l’héritier d’une grande tradition familiale française » a façonné son caractère ambitieux pour devenir Président de la République (INA, 2007: en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 8 Ce portrait nous dessine un profil d’un homme ambitieux et avec une projection médiatique très importante, ce qui détermine la large diffusion de ses interventions publiques. 2. La méthodologie La méthode suivie dans l’analyse linguistique des textes que ce mémoire propose, résulte d’une recherche et d’un apprentissage approfondis dans le domainedel’analyse linguistique des discours. Cette pratique transversale peut être considérée de création récente, depuis les dernières décennies du XX ème siècle. En France, elle commence à être développée à partir des années 60 et s’oriente vers la linguistique influencée par le marxisme et la psychanalyse. De nombreuses définitions ont été attribuées à l’analyse du discours comme discipline, parmi lesquelles nous avons suivi deux auteurs. D’abord, celle de Dominique Maingueneau qui la définit comme une discipline qui s’intéresse à « l’usage réel » de l’acte de parole dans des domaines tels que la linguistique, sociolinguistique, la conversation ou la psychologie, et toujours en accordant une attention au « lieu » où se déroule cet acte de parole (Maingueneau, 1996 : 10-12). D’autre part, G.E. Sarfati défend le caractère dynamique de l’analyse du discours parce que dès le début cette discipline admet diverses approches d’étude dans les sciences du langage. D’après ses études, il considère l’analyse du discours comme un ressort du Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure, et la définit comme « un domaine qui prend pour objet d’étude une entité linguistique où le langage est mis en action en fonction de paramètres, des conditions de production sociales et idéologiques qui permettent d’en contextualiser l’interprétation » (Sarfati, 2007 : 7, 8, 13, 14, 16). Après avoir lu et travaillé les différentes méthodes d’analyse proposées par des linguistes français s’inscrivant dans ce domaine d’étude, nous avons décidé d’organiser notre analyse en quatre chapitres qui, à notre avis, permettent de découvrir l’intention communicative du texte, de dévoiler le message, tenant compte de tous les facteurs qui contribuent à construire le sens et la signification d’un texte. La première section est dédiée au traitement des indices péritextuels en utilisant exclusivement la méthode de Sarfati contenue dans son ouvrage Éléments d’analyse du Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 15 Figure 3. Le candidat lors du meeting à Besançon (Faget, 2007) Sarkozy essaie de rassembler tout type d’électeur, soit de la gauche ou de la droite traditionnelle. La ville adhère historiquement à la gauche et elle est effectivement gouvernée par le socialiste Jean-Louis Fousseret depuis 2001 (Besançon, s.d. : en ligne). On aperçoit qu’avec ce discours identitaire, il va essayer aussi d’attirer des votants de l’extrême-droite du fait que ce débat avait été récurrent au sein de cette position politique, surtout chez le Front National (dorénavant Rassemblement National) dès les années 1980 : « je continuerai donc de parler de l’identité nationale parce que c’est un sujet qui concerne tous les Français, parce que je ne veux pas laisser le monopole de la nation à l’extrême-droite ». Ce texte est écrit à l’aide du conseiller spécial politique Henri Guaino, qui va être à ses côtés dès 2006 jusqu’en 2012, et qui sera à l’origine des allocutions les plus importantes de Sarkozy, dont le discours controversé à Dakar en juillet 20071(Babelon, Backouche, 1Allocution faite par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l’Université Cheik Anta Diop de Dakar, Sénégal s’adressant à des professeurs et étudiants où Sarkozy juge que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. » Cette expression et bien d’autres du discours ont suscité une énorme polémique car on accuse le Président de la République d’avoir négligé et nié partiellement les Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 16 Duclert et James-Sarazin, 2011 : en ligne). En outre, il faut tenir compte du lieu où fut réalisé le discours par rapport aux thèmes dont le locuteur s’entretient. Besançon est une commune historiquement culturelle et possède depuis 1986 le label “ Ville d’Art et d’Histoire ”, accordé par le Ministère de la Culture et de la Communication2, et une citadelle faisant partie du patrimoine de l’UNESCO depuis 2008. Selon le site internet de la ville, à Besançon le culte chrétien est très présent. Ici siège une des quinzes provinces ecclésiastiques en France, mais on parle également d’une ville où cohabitent d’autres expressions religieuses telles que l’islam ou le judaïsme. Par ailleurs, des personnalités liées au monde de l’art, de la culture y sont nées (Victor Hugo, les Frères Lumières, Tristan Bernard), et la littérature joue un rôle important grâce à cette richesse culturelle. Du point de vue économique et sociale, la ville de Besançon et sa région ont été considérées comme des pôles industriels très importants en France. Notamment, se développe à Besançon l’industrie horlogère et textile. Pourtant, à partir du choc pétrolier en 1973 plusieurs entreprises dédiées à ces domaines industriels ont fait faillite et des mouvements de lutte sociale ont eu lieu. Actuellement l’industrie s’est redirigée vers d’autres domaines techniques : « les entreprises du Grand Besançon fortes de leur savoir-faire et de leur compétences dans ces domaines travaillent pour l’horlogerie, le biomédical, la télésanté, l’aéronautique, la sûreté, les TIC, l’énergie, l’environnement et toutes les filières sources d’innovations » (Besançon, s.d. : en ligne). Dans le discours, Sarkozy met l’accent sur le besoin de cette ville de se transformer et de transférer son secteur économique principal industriel vers les nouvelles technologies. Il devrait avoir une sorte de lutte et protection de la conséquences de la colonisation européenne au XIXesiècle sur le continent africain (Huffington Post, 2012 : en ligne). 2Ce label qualifie des territoires, communes ou regroupements de communes qui, conscients des enjeux que représente l'appropriation de leur architecture et de leur patrimoine par les habitants, s’engagent dans une démarche active de connaissance, de conservation, de médiation et de soutien à la création et à la qualité architecturale et du cadre de vie [...]. Cet engagement s’inscrit dans une perspective de développement culturel, social, et économique et répond à l’objectif : assurer la transmission aux générations futures des témoins de l’histoire et du cadre de vie par une démarche de responsabilisation collective (Ministère de la Culture, 2015: en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 17 France contre la mondialisation et contre les pays où les industries bisontines ont été souvent délocalisées : Aux ingénieurs qui subissent eux aussi la concurrence des ingénieurs de l’Inde ou de la Chine, je me refuse à dire que tout est fini [...] Je veux leur dire que rien n’est perdu. Un métier qui disparaît, un village qui se vide, un bassin industriel qui s’effondre, c’est un drame. [...] Ici à Besançon il y a une culture du travail, une culture ouvrière qui fut longtemps celle du textile et de l’horlogerie qui a été durement frappée par la crise. Cette culture n’est pas morte, il ne faut pas qu’il meure. (Annexe 1 : 8) En conclusion, traiter le sujet de l’identité nationale vaut à Sarkozy un énorme succès, autant durant sa campagne présidentielle que durant son intervention à Besançon, car il est estimé que dix mille personnes y sont allées (Le Monde, 2007 : en ligne) et qu’il a obtenu un grand écho dans la presse nationale. En plus, sachant à quel moment l’on se trouve, il est certain que son objectif était celui de viser l’électorat jeune et des votants de l’extrême-droite. 3.1.2 Le discours à La Chapelle-en-Vercors 2009 Ce document est cette fois-ci une déclaration faite par le Président de la République le 12 novembre 2009 à La Chapelle-en-Vercors à propos du sujet principal de ce travail : l’identité nationale. Ce discours se tient justement le lendemain des cérémonies du 11 novembre3auxquelles Sarkozy participe avec la chancelière allemande Angela Merkel. Cette journée fut un peu particulière parce que c’était la première fois qu’un chef de gouvernement allemand participait à ces commémorations. Il faut tenir compte que l'Allemagne a été l’ennemi principal de la France historiquement et lors de plusieurs conflits. Le discours à Vercors a été encore une fois écrit par Henri Guaino, ce qui nouspermet de prévoir qu’au moins certaines déclarations et certaines idées seront similaires à celles du discours antérieur, surtout en ce qui concerne l’histoire de la France. En effet, pour élaborer 3Le 11 novembre 1918 c’est la date du armistice entre la France et l’AllemagnequimetfinàlaI Guerre Mondiale. Cette date marque aussi la défaite de l’Allemagne dans la Guerre. Le 11 novembre est un jour férié en France depuis 1922 afin de « se souvenir de ceux qui sont morts pour leur patrie, de ceux qui ont combattu, de ceux qui ont été blessés. Ces commémorations ont lieu dans toutes les communes de France, autour de monuments aux morts sur lesquels sont inscrits les noms de ceux qui ont perdu la vie lors des combats » (INA, 2009 : en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 18 son discours, Sarkozy traite des sujets de l’histoire de la France sur la chrétienté au Moyen Âge, en passant par la bataille de Valmy ou les maquis du Vercors : Notre conscience nationale, elle s’est forgée dans l’épreuve. Depuis la Guerre de Cents Ans jusqu’aux maquis de Vercors, de Corrèze ou des Glières, depuis Valmy jusqu’au Chemin des Dames depuis Lazare Ponticelli le dernier poilu engagé à 16 ans [...] la France a vécu d’abord dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui avaient le sentiment de lui devoir tant qu’ils étaient prêts à se battre pour elle et peutêtre à mourir. (Annexe 2 : 25) Durant cette allocution, le Président se dirige « à un millier de personnes, dans une pièce ornée de drapeaux européens et tricolores » (Paris Match, 2009 : en ligne). La Chapelle-en-Vercors, l’endroit où se déroule ce discours, est une commune qui se situe dans le département de la Drôme. D’après son site internet, c’est un département qui a un poids important dans l’histoire de la France (Brochier, Bois, Planchon, Vernin et Bouchardeau, 2008 : en ligne) . D’abord il contribuera pendant la Révolution Française « àlacréationdela première Fédération de France » et soutiendra la Convention de 1793. Mais aussi, de nombreux participants à la Résistance à Vercors vont être assassinés pendant la II Guerre Mondiale (La Chapelle en Vercors, s.d. : en ligne). Sarkozy est, au fait, le premier président qui a rendu hommage aux maquis dans le Mur de fusillés à la Chapelle-en-Vercors : « le Vercors a payé cher son engagement dans la Résistance [...]. Le Vercors devint le point de ralliement de ceux qui ne voulaient pas subir. Un instant, le cœur de la France se mit à battre ici ». Figure 4. Le Président en face du mur des fusillés du Vercors (Desmazes, 2009) Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 19 Parmi ces victimes, beaucoup avaient des origines différentes, que le Président même reconnaît : « l’immigré italien, espagnol ou polonais qui entra en résistance et qui se sentait tellement français qu’il interdisait à ses enfants de parler une autre langue que le français ». Pourtant, ce qu’il fait en réalité à Vercors, c’est opposer le passé et l'héritage chrétien français à la culture islamique présente en France de nos jours, même s’il parle de la laïcité de l’État : Le Français qui ne croit pas en Dieu n’imagine pas la France sans le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris ou la cathédrale de Reims, ni son village sans le clocher de son église qui le surplombe depuis dix siècles. Pas un libre-penseur, un Franc-maçon, un athée qui se sente au fond de lui l’héritier de la Chrétienté qui a laissé tant de traces profondes dans la sensibilité et dans la pensée. [...] La France est un pays où l’Église est séparée de l’État, où les croyances de chacun sont respectées. Mais la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa, où il n’y a pas de place pour l'asservissement de la femme. (Annexe 2 : 27, 30) Ainsi, voit-on que le Chef de l’État n’a pas arbitrairement choisi la commune de Vercors pour parler sur l’histoire et la nation, si l’on retient les jours pendant lesquels ces événements ont eu lieu. Il est là pour défendre les valeurs de la France où il n’y aurait pas de place pour la religion et la culture islamiques. Ensuite, du point de vue économique, cette commune est principalement dédiée au tourisme et à l’agriculture. L’agriculture biologique est à l’ordre du jour et dans ce département elle commence à se développer dans les techniques de récolte. Au fait, le président était censé parler de l’agriculture lors son intervention, mais il a bien détourné le sujet vers l’identité nationale (La Dépêche, 2009 : en ligne). C’est parce que les élections régionales4s’approchaient et qu’il était en baisse dans les sondages; il a choisi donc ce thème récurrent durant sa campagne présidentielle et qui lui a valu tant de popularité. Il s’agirait d’une stratégie politique pour attirer les électeurs les plus à droite de son parti et des électeurs du Front National. On pourrait aussi indiquer que l’identité nationale est traitée à Vercors parce que c’est la zone où le Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale, Eric Besson, est né et parce 4Les élections régionales françaises du 14 et 21 mars 2010 ont entraîné une défaite pour la droite et pour l’UMP de Sarkozy favorisant le PS et le FN. Avec une forte abstention (53,6% des voix), ce fut le pire des scrutins obtenus par la droite sous la VeRépublique (Le Monde, 2010 : en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 20 que quelques jours auparavant, il voulait relancer le débat national sur la question identitaire. Cependant, le ministre n’a pas obtenu le soutien de la gauche (Libération, 2009 : en ligne). Finalement, d’après l’analyse péritextuelle de ce texte, certains traits similaires au meeting à Besançon sont présents, comme la défense de la culture de la France et le public visé, en l’occurrence des votants de l’extrême-droite. Toutefois, le débat sur l’Islam et la laïcité en France commence à être plus défini, bien que la religion ne soit pas encore vue comme une menace aux valeurs de la République. C’est une introduction à ce qu’on va sûrement retrouver dans le dernier discours. De toutes façon, ne soyons pas surpris des idées du président, étant donné l’idéologie conservatrice chrétienne qu’il représente. 3.1.3 Le discours à Saint-André-lez-Lille 2016 Ce dernier texte est un discours donné le 8 juin 2016 par Sarkozy dans la commune de Saint-André-lez-Lille. On ne parle plus du Président de la République française, mais, à l’époque, du candidat de l’opposition et Président du parti redéfini en 2015 comme Les Républicains (Libération, 2015 : en ligne). Du point de vue idéologique, lepartin’apas vraiment changé, mais Sarkozy a voulu changer le nom du parti après une affaire de corruption entre une agence de communication et la formation politique : l’affaire Bygmalion5(L’Express, 2017 : en ligne). L’ex-Chef de l’État traite inépuisablement le sujet de la nation, l’immigration et l’identité nationale devant quelques milliers de personnes, avant d’être proclamé officiellement candidat aux primaires de son parti, dans une ancienne usine reconvertie en salle d’exposition, La Filature, près de la métropole lilloise. Au fait, plusieurs bâtiments industriels de la zone ont subi des renouvellements (Les Hauts de la Filature, s.d. : en ligne). Sachons que le Nord de la France subit actuellement une forte crise de désindustrialisation. 5L’affaire Bygmalion est un cas de financement illégal de la campagne présidentielle en 2012 de Nicolas Sarkozy. Bygmalion étant une agence de communication proche du numéro trois de l’UMP, JeanFrançois Copé, aurait surfacturé à la formation de droite 16 millions d’euros pour des services qui ne se sont jamais effectués. L’affaire a provoqué la mise en examen de l’ex-Chef de l’État et d’autres 13 hauts responsables du parti (Le Point, 2018 : en ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 21 Certains aspects sont différents dans cette apparition. Henri Guaino n’est plus l’écrivain plume de Sarkozy. Cette allocution a été apparemment écrite uniquement par l’ancien président français (Le Parisien, 2016 : en ligne). En plus, il y a un élément important qui change le contexte politique : les attentats terroristes que la France avait souffert quelques mois avant, en 2015, et à partir desquels Sarkozy met l’accent sur l’Islam etl’islamisme radical. De ce fait, on constate que Sarkozy fait aussi allusion dans son intervention à l’ancien ministre de l’Économie et des Finances pendant la période 2011-2012, François Baroin : « chacun a le droit de vivre sa religion, les musulmans commes les autres, mais, cher François Baroin, dans la conformité stricte aux principes de laïcité et dans l’harmonie avec le mode de vie français » et à l’actuel Ministre de l’Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin : « cher Gérald Darmanin, nous devons urgemment fixer les règles d’un nouvel Islam de France, sinon notre société courra de grands risques d’affrontement ». On devine clairement un détournement vers cette religion perçue comme un danger contre les valeurs de l’Hexagone car l’Islam, du point de vue historique, ne fait pas partie de la France et que, constituant une minorité, il est en train d’être imposé à la société française par la gauche. Les conditions dans lesquelles s’est produit ce discours avec la montée du terrorisme islamiste, la sensation d'insécurité en France et la perte de pouvoir du peuple au profit des minorités remarqués par le candidat et qu’il transfère à ses interlocuteurs n’ont pour but que d’accentuer la peur du destinataire du discours contre tous ces éléments. Après avoir étudié ces analyses péritextuelles, le contexte nous permet de nous consacrer à la partie suivante de l’étude pour déterminer si l’horizon de lecture et les hypothèses que le contexte nous permet de prévoir, se confirment linguistiquement. Ces connaissances contribuent à une meilleure compréhension des conditions dans lesquelles le texte a été énoncée qui constitue le cadre de notre analyse linguistique pour dégager les conclusions globales de ce mémoire. Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 22 Figure 5. Sarkozy aux côtés de G. Darmanin et F. Baroin (Huguen, 2016) 3.2 L’analyse linguistique des discours Nous préférons analyser les éléments discursifs en son ensemble pour chaque discours afin de ne pas perdre le fils conducteur de la problématique et de mieux construire notre opinion personnelle. Nous continuons à suivre l’ordre chronologique des interventions de Nicolas Sarkozy en vue de repérer le maximum d’éléments linguistiques en mettant en pratique la méthodologie déjà expliquée dans le deuxième chapitre, et qui vont finalement, avec les indices péritextuels, servir à dégager une conclusion globale de la question. 3.2.1 Le discours à Besançon 2007 Le système énonciatif et la deixis Pour ce premier discours, le pronom personnel de première personne du singulier est présent dès le début. Le je est employé pour indiquer que Sarkozy est candidat aux présidentielles françaises et les raisons pour lesquelles il était venu à Besançon en tant qu’aspirant à l’Élysée : «je veux parler de la France parce que je suis candidat à la présidence de la République Française. [...] Je suis venu vous parler de la culture au sens le plus large du terme. Je suis venu vous parler de tout ce qui concerne les valeurs, la morale, le rapport aux Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 23 autres et le rapport à la vie »; pour déclarer ses vœux : « je veux défendre la liberté de l’esprit. Je veux défendre la justice. Je veux défendre l’égalité de l’homme et de la femme. [...] Je le dis. Je le ferai. Je ne vous décevrai pas. Je ne vous trahirai pas »; et pour se décrire lui-même àproposdesesvaleurs:«je ne crois pas à la politique qui ne dit rien [...] je veux être sincère, je veux être honnête. [...] je suis convaincu que le capitalisme ne peut pas survivre sans une éthique [...] Pour moi, il n’y a pas qu’une seule culture ».Cette répétition du pronom “je” de façon juxtaposée est traduite en une claire affirmation du je. Le discours est absolument personnalisé et le récepteur identifie ainsi les valeurs de la République avec ce je. L’emploi du pronom de troisième personne du singulier, elle, a pour but d’expliquer ce qu’est la France pour ses habitants : « Merci d’être venus [...] pour témoigner que la France ce n’est pas fini, que la France veut continuer de vivre, qu’elle continue de vivre dans le cœur d’une multitude de Français qui comme vous tous, espèrent en elle, croient en ses valeurs ». Le pronom on a plusieurs sens dans ce discours. Il peut avoir une valeur de substitut des gens qui ne se sentent pas français : « [...] car on cherche rarement à s’intégrer à ce qu’on a appris à détester»,« à force d’abaisser la nation, c’est la République que l’on abîme, c’est la démocratie que l’on met en péril, c’est la solidarité que l’on détruit ». D’autre part, ce pronom a une valeur d’indéfini : « si j’ai souhaité parler de culture ici à Besançon plutôt que dans les lieux habituels où l’on en parle », « [...] c’est dire que je suis venu vous parler ce soir seulement de la culture au sens que l’on donne à ce mot quand on parle du Ministère de la Culture ».Ce qui est important, c’est de signaler que la critique des ennemis de la République est exprimé par un “on” qui rend une pluralité étrange à ce “on”, équivalent de nous, les français. La première personne du pluriel est aussi appliquée en faisant référence à la France et à l’ensemble de ses habitants qui s’identifient avec elle: «il y a une identité française, une identité nationale dans laquelle nous nous reconnaissons »et pour introduire le problème identitaire : Nous ne savons plus qui nous sommes parce que nous n’avons plus le droit de parler de ce que nous sommes. [...] certains indépendantistes qui veulent en finir avec l’unitéfrançaisequenousavonsmissi Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 24 longtemps à construire et qui reste le bien le plus précieux mais aussi le plus fragile que nous ayons à léguer à nos enfants. (Annexe 1 : 2, 17) Grâce à la deuxième personne du pluriel, il délimite les gens qui font partiedela République : « La France, c’est vous [...] » et il y a un vous pour indiquer les personnes présentes lors de son intervention : « Certains d’entre vous se souviennentpeut-êtredu discours si émouvant de Malraux pour la commémoration de la mort de Jeanne d’Arc ». Donc, Sarkozy utilise les deux personnes du pluriel qui constituent des déictiques pour délimiter l’image de la francité : le nous collectif du présent et le vous collectif du passé. En ce qui concerne les adjectifs possessifs, il y a une claire abondance de latroisième personne du singulier, mais avec certaines nuances. Sarkozy les utilise en parlant de la France: « Mais cette France qui n’est jamais tout à fait la même, ne cesse jamais en réalité d’être fidèle à elle-même, à sa promesse de civilisation, [...] à son exigence d’égalité, à son amour de la liberté, à son besoin de fraternité [...]. »,« son identité, son passé, son histoire, son temps, sa contribution, sa culture, ses langues régionales »; en parlant de la langue : « Le Français c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté... », des Français : « son identité, son propre pays, sa propre existence… ». Ce sont les éléments qui construisent l’idée qu’il se fait de la France. D’autre part, nous trouvons aussi leur emploi pour parler des immigrants : «La France n’a jamais demandé à personne d’oublier ses origines, son histoire, ses souffrances [...] ». Il en va de même pour la troisième personne du pluriel : « leur intégration réussie, leurs origines, la couleur de leur peau, leur religion ». Au contraire, ces caractéristiques ne font pas partie de la France. Ensuite, un autre possessif qui prolifère dans le texte c’est la première personne du pluriel, souvent en allusion aux problèmes de la jeunesse française (nos enfants, notre école, notre propre identité, notre prospérité, notre force créatrice, notre pays, notre génie national…). Par contre, la première personne du singulier est très peu utilisée (ma conception de la politique, mon pays et ma jeunesse) ». Cela est dû à sa préférence de l’emploi du pronom sujet je à la place du possessif afin de se définir comme un agent actif. Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 31 de l’identité nationale est en lien avec l’immigration. De là, Sarkozy consacre son propos au concept de la France éternelle, mais qui est en constante évolution. Donc, il y a un champ lexical par rapport au changement du pays (ouverture, évoluer, enrichir, transformer, se métamorphose). Ensuite, en emploi anaphorique de la construction verbale je veux défendre, il énumère une suite de substantifs abstraits qui se correspondent aux valeurs républicaines : la liberté d’esprit, la justice, l’égalité de l’homme et de la femme, la neutralité, la laïcité, la liberté, la république, la démocratie... Le propos de l’immigration est repris par la suite avec un champ lexical négatif, comme il est souvent associé à ce sujet. Alors, lessubstantifsliésà l’immigration sont : intégration, communautés, tribus, bandes, prédateurs et haine.Des verbes qui décrivent les conséquences de l’immigration : abaisser la nation, abîmer, détruire, sous-estimer, ignorer, dépérir, se désintégrer... A partir d’une citation de Lévi-Strauss s’initie la deuxième partie du discours avec le thème central : la culture. Ce propos met en évidence une progression à thème divisé en sousthèmes (en arbre). En effet, Sarkozy parle de différents types de culture (culture ouvrière, culture paysanne, culture des artisans, etc), cultures qui ont un rapport avec la Nation. Le premier sous-thème relié à la culture, c’est le travail. D’abord, il parle du capitalisme, qu’il voit d’un bon œil parce que ce système économique représente des valeurs auxquelles il adhère, mais le capitalisme a besoin d’une culture classique pour continuer à réussir dans la société : « Il faut rééquilibrer le capitalisme par la culture ». Il existe toujours une opposition entre les propos de Sarkozy, et en l’occurrence la mondialisation. Ici se retrouve une référence déictique à l’Inde et à la Chine, des pays concurrentiels contre la France. Nous retrouvons des verbes synonymes en relation à la perte économique que la France souffre : disparaître, se vider, s’effondre. Ensuite, il expose le besoin de protéger la tradition industrielle à Besançon (le textile et l’horlogerie), mais en envisageant une évolution vers les nouvelles technologies : soutenir, encourager, aider, transformer, investir. Son but est d’utiliser la culture de travail contre la mondialisation. Enfin, il soutient que le travail entraîne une culture et des valeurs communes. Nous voyons donc qu’il faut progresser ses arguments du plus général à la réalité urbaine de ses auditeurs, et, dans ce cas, le lexique choisi est positif. Il oppose la menace aux solutions qu’il apporte. Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 32 Le deuxième sous-thème est l’éducation à l’école et la jeunesse. Ce discours vise notamment la jeunesse car elle constitue l’avenir du pays. Leur éducation passe par la culture commune et par la transmission des valeurs par des figures qui ont une autorité sur eux : les hommes politiques, les fonctionnaires, les juges, les policiers, les parents. Sarkozy propose deux voies pour l’éducation de la jeunesse : la punition et l’excellence. De son point de vue, les valeurs qui devront représenter l’école sont le travail, l’effort et le mérite, mais celles-là sont en train d’être oubliées par les jeunes. La jeunesse vit à présent une crise morale et il faut lui montrer de l’autorité. La punition « contre ses caprices et ses fautes » comporte bien sûr des sanctions. Il s’exprime à l’aide d’adjectifs qualificatifs qui ont une appréciation éthique : « Il faut être juste mais il faut être sévère » (Charaudeau, 1992 : 327). L’excellence s'atteint à l’école par le dépassement des comportements négatifs (l’héritage de mai 68, le refus de toute autorité, le relativisme culturel et moral, le nivellement par le bas, la dévalorisation des diplômes et l’inculture). Le contraire, ce sont les objectifs à atteindre par la jeunesse à travers l’effort. Des verbes qui s’opposent supprimer, alléger, àaimer, comprendre, s’engager et affronter car cela les rendra des libres-penseurs. Des jeunes soutenant Sarkozy à Besançon (Faget, 2007) La culture passe aussi par une éducation artistique dont les étudiants n’ont pas bénéficié. Il liste d’abord les enseignements artistiques auxquels ils doivent tous avoir accès Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 33 (le théâtre, la musique, la danse, l’opéra, la peinture, la sculpture, le cinéma) et la nécessité d’une bonne entente entre l’Éducation Nationale et l’administration culturelle de l’état, parce que finalement l’administration ne veille qu’à protéger le patrimoine culturel. On continue à constater la progression thématique à thème linéaire parce qu’à partir du patrimoine, Sarkozy incorpore le sujet de la langue française, l'héritage le plus important. Il la personnifie en faisant d’elle un être humain : « Le Français disait Rivarol ce n’est plus la langue française, c’est la langue humaine ». La personnification de la langue construit un réseau lexical à base de substantifs abstraits qui incarnent les valeurs républicaines : « Le Français, c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté ». C’est à remarquer qu’à l’écrit, le français devient un nom propre (le Français). En cette situation, la particularité du nom propre est « qu’il permet d’exprimer l’intention d’identifier de façon unique et propre l’être désigné, par opposition au nom commun qui inclut dans un ensemble tous les êtres de la même espèce ». (Charaudeau, 1992: 21-22) Autrement dit, il met en valeur l’unicité de l’idiome national. En plus, il promet de protéger et de promouvoir le français face à l’anglais, notamment à l’étranger et dans les institutions internationales (dans les instances européennes et à l’ONU). Par ailleurs, Sarkozy reconnaît l’importance des langues régionales, mais ces langues ne seront jamais à la même échelle que le français et il refuse par la suite la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires6. Un changement de personne y s’est produit, on passe de la première personne du singulier au pluriel : « certains indépendantistes qui veulent en finir avec l’unité française que nous avons mis si longtemps à construire [...] ». Enfin la dernière partie du discours est consacrée au thème de la création dans tous les domaines : l’économie, les sciences, les technologies de communication, l’art, etc. Le champ lexical de l’innovation est particulièrement riche (l’investissement, la création, l’innovation, 6La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires est un traité signé par des États de l’Europe en 1992 qui « vise à protéger et à promouvoir les langues régionales ou minoritaires en tant qu’aspect menacé du patrimoine culturel européen et à favoriser leur emploi dans la vie publique et privée » (Toute l’Europe, 2014: En ligne). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 34 le mélange, l’essaimage, le métissage, l’échange, la fécondation réciproque des cultures, le génie français). Il en est de même pour les verbes utilisés pour encourager cette innovation et le temps du futur qui vise l’avenir incarné par la jeunesse (inventer, créer, entreprendre, préserverons, regagnerons, jaillira). Au fait, il fait un acte de foi pour que la jeunesse entreprenne : «je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro ». L’allocution finit, d’un côté, spécifiquement, par le relancement du problème urgent de l’identité nationale et de la crise morale française : « Il faut bien prendrelamesuredu danger : l’identité nationale ne résistera pas longtemps à l’effritement de la cohésion sociale », et d’un autre côté par déclarer l’ensemble de ses vœux qu’il s’engage à tenir:«Sijesuisélu je tiendrai les engagements que j’ai pris ». Pour finir, du point de vue de la progression thématique, nous voyons que le discours en son ensemble présente une progression à thème linéaire, mais la progression à thème divisé s’applique aux passages où le candidat décrit les diverses culturesàBesançon.Enplus, le lexique est plutôt positif, mais, à plusieurs reprises, il est accompagné d’un élément négatif en opposition, mettant ainsi de l’urgence pour que l’auditeur parle à son tour de la crise d’identité. L’argumentation Les éléments qui permettent de construire le système argumentatif dans ce discours sont principalement les connecteurs logiques. Ces mots servent à faire le lien entre deux énoncés et dans ce discours, le connecteur le plus employé tout au long du texte est la conjonction d’opposition mais. En opposant une proposition, il met en valeur une autre : « il faut respecter l’identité de ceux qui viennent mais ceux-ci doivent respecter l’identité du pays qui devient leur ». Étant donné que du point de vue thématique, les réseaux lexicaux nous montrent ce choix de description négative de la situation du pays (le danger) et des solutions qu’il propose, il est bien compréhensible que l’opposition domine le texte. La cause s’exprime par la conjonction de subordination parce que qui contribue à expliquer les raisons pour lesquelles il insiste sur le débat identitaire : « Je continuerai donc à Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 35 parler de l’identité nationale parce que c’est un sujet qui concerne tous les Français, parce que je ne veux pas laisser le monopole de la nation à l’extrême-droite, [...] parce que je n’ai pas à m’excuser d’être Français, [...] parce que j’aime la France [...] ». En donnant ses raisons, il explique aussi une origine qui le pousse à parler d’identité. Le stratégie a aussi pour objectif d’attirer des votants du Front National. La répétition rhétorique de nouveau est une stratégie orale de réaffirmation. La modalité interrogative employée avec le pronom interrogatif quoi sert à Sarkozy pour mettre en question la fonction de la politique : « A quoi sert la politique si on ne peut rien faire sur rien ? A quoi sert la politique si la seule loi qui s’impose est celle de la rentabilité à court terme ? A quoi sert la politique si elle se contente d’accompagner une sorte de sélection naturelle qui fait triompher le fort et anéantit le faible, [...] ? ». Ces questions lancées aux auditeurs cherchent à les convaincre de l’importance du vote en mettant l’accent sur l’emploi négatif que “les autres” font de la politique. Enfin, la locution de cause grâce à est utilisée en allusion à la culture de travail qui est perçue de façon positive : « Ce sont les valeurs grâce auxquelles la France peut se redresser, grâce auxquelles elle peut relever les défis de la mondialisation ». A partir de ces connecteurs, nous continuons à constater l’usage de l’anaphore dans certains passages du discours, ce qui le rend très emphatique, et lui permet de maintenir l’attention du public et de mieux faire comprendre sa cause. Cette répétition est très bien exemplifiée par la locution prépositionnelle à force de. En plus, elle signale une conséquence très négative pour la nation, justement à cause de la tendance répétitive des actions menées pour nuire le pays : [...] à force de dénigrer la France, à force de la mettre en demeure d’expier son histoire, à force de cultiver la repentance, [...]. A force d’abaisser la nation on rend l’intégration impossible. A force d’abaisser la nation c’est la République que l’on abîme. A force de sous-estimer la crise d’identité, à force d’ignorer la perte du sens et de repères et les souffrances qui en sont les conséquences, à force que l’immigré se sente rejeté et que celui qui l'accueille se sente dépossédé de son identité et de plus en plus étranger dans son propre pays, on prépare la haine, non la fraternité. (Annexe 1 : 5) Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 36 D’autres connecteurs comme pour que, qui exprime le but, détermine les résultats de son projet politique : « pour que l’école contribue de nouveau à réduire les inégalités, pour que le fils d’ouvrier et le fils d’immigré aient de nouveau le sentiment d’être des citoyens à part entière [...], pour qu’ils se sentent libres de choisir leur destin ». Dans ce même domaine de l’éducation, et à l’aide de la locution conjonctive à condition que, Sarkozy établit les directives à suivre si la société ne veut pas que les jeunes échouent : « À condition que nous ayons le courage de tenir à la jeunesse. A condition que nous construisions une école pour faire des adultes et non de grands enfants ». Les conditions sont associées au “nous”, l’engagement pour améliorer et transformer l’éducation, selon lui, concerne toute la société. Finalement, la préposition contre a un sens d’opposition et de lutte à l’encontre de l’échec scolaire : «contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation des diplômes, contre l’inculture, il n’y a pas d’autre choix que l’excellence » et sert à exprimer les problèmes à combattre. La modalité déclarative et le procédé d’emphase de l’extraction sont les plus utilisés dans ce texte, en plus, l’adverbe bien renforce l’énoncé, comme on le voit dans l’exemple : «J’ai bien compris que parler de l’identité nationale, ce n’était pas convenable. J’ai bien compris que c’était un sujet tabou [...] ». Le discours dispose d’une large référence historique à des personnalités de la culture française, que Sarkozy admire profondément, par le biais du discours rapporté. La plupart sont des citations encadrées entre guillemets. Parmi les auteurs rapportés en discours direct, se retrouvent Marc Bloch, le comte de Rivarol ou Georges Victor Hugo, qui naît à Besançon et dédie des poèmes à la ville dont Sarkozy s’en sert. D’autres personnages cités dans son discours apparaissent à plusieurs reprises dans les discours à Vercors et à Saint-André-lezLille, et c’est sur eux qui s’appuie l’idéologie de l’ancien président. D’abord, Jean Jaurès, un homme politique socialiste qui prônait la paix en faisant allusion à la France éternelle et accueillante : « Jean Jaurès disait qu’elle « n’est pas résumée dans une époque ni dans un jour, ni dans le jour d’il y des siècles, ni dans le jour d’hier, mais qui est tout entière dans la succession de ses jours, de ses siècles, de ses aurores, de ses crépuscules ». Nous comprenons alors que Sarkozy veut dire qu’il est aussi ouvert, mais il l’exprime à travers l’énoncé d’un autre. D’autre part, André Malraux, politique très proche du Général de Gaulle et écrivain qui Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 37 s’est consacré à la diffusion de la culture de France partout dans le pays : « Malraux avait proposé un jour comme devise à la jeunesse : « Culture et courage ». Il est cité plusieurs fois lors de son allocution. D’autre fois, en discours indirect : « Malraux disait que la culture ce n’était pas connaître les grandes artistes, c’était les aimer ». Claude Lévi-Strauss, que Sarkozy estime être le plus important anthropologue du XXème siècle, défend la diversité culturelle, mais en sauvegardant chacune la sienne, ce qui légitime chez Sarkozy la défense de la France face aux ailes politiques qui croient que la protection de la nation est mauvaise : « Il est souhaitable que les cultures se maintiennent diverses, seulement il faut consentir à en payer le prix : à savoir que les cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes; et que cette disposition est saine, nullement -comme on voudrait croirepathologique ». (Annexe 1 : 6 ) Il est intéressant de se demander quelle est l’intention de Sarkozy avec ces citations puisque ce discours est largement dirigé à la jeunesse dont il se peut que le niveau intellectuel ne soit pas capable d’assimiler ces messages : ces auteurs appartenant à un registre de haute culture servent à Sarkozy pour se présenter dans une filiation culturelle et idéologique; cependant, la citation comme argument d’autorité, accomplit sa fonction si le récepteur est capable de reconnaître cette autorité, ce que, dans le cas d’un public jeune, n’est pas toujours le cas. 3.2.2 Le discours à La Chapelle-en-Vercors 2009 Le système énonciatif et deixis Le discours de La Chapelle-en-Vercors est une déclaration centrée sur les valeurs de la France. Puisqu’il parle de la transmission de la culture, des traditions et des valeurs françaises, sur le plan des pronoms personnels, on voit clairement que le pronom sujet et COI nous prévaut en alternance avec on. Quand il utilise nous ce sont toujours les Français, s’incluant lui-même : « A force d’abandon, nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions. [...] C’est pourquoi j’ai voulu que nous discutions ensemble, que nous réfléchissions ensemble »; « Nous ne serions pas ce que nous sommes sans ce que nous ont Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 38 donné et continuent à nous donner les cultures provençale, bretonne [...] »; « [...] nous avons sapé l’égalité des chances parce qu’en donnant la même chose à tout le monde, on a renoncé à corriger les inégalités [...] ». C’est donc une identité plurielle, le système énonciatif permet d’associer les auditeurs à une responsabilité commune. Ensuite, on apprécie aussi la référence à ces gens qui se sont battus pour la France lors de la II Guerre Mondiale, les maquis et leurs prouesses : « Ils avaient tellement envie d’être fiers de leur pays. (...) Ils aimaient leur patrie (...) Ils aimaient les hommes et les femmes qu’ils étaient devenus grâce à elle ». De ce fait, on constate un lien par lequel Sarkozy associe les actions des maquis avec l’idéedecequ’estêtreFrançais: [...] La France a vécu d’abord dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui avaient le sentiment de lu devoir tant qu’ils étaient prêts à se battre [...]. Si on le leur avait demandé chacun aurait sans doute donné sa réponse qui eût été bien différente de celles des autres. Le pêcheur de l’Île de Sein ou le paysan du Vercors n’aurait pas répondu la même chose que Jean Moulin ou d’Estienne d’Orves. Tous pourtant avaient le sentiment de se battre pour la même chose. C’est cela l’identité nationale. (Annexe 2 : 25) Cette définition d’identité nationale est très importante: c’est le combat commun pour une cause et contre un ennemi, mais cette fois l’ennemi, c’est un autre. Du côté des possessifs, c’est l’emploi tout au long de ce discours des adjectifs possessifs de première personne du pluriel, notre et nos, qui priment largement. Sarkozy est toujours en train de lister tous les aspects qui sont propres à la France et aux français : « notre culture, notre peuple, notre identité, notre civilisation, notre langue, notre génie national, notre histoire, notre modèle républicain, nos enfants, nos lycées, nos universités, nos valeurs, nos libertés », etc. Il semblerait alors que tout ce qui n’est pas dans ce socle commun ne serait pas français non plus. Même s’il reconnaît aussi les différences entre les français qui feraient la richesse du pays, pour lui c’est clair que, où qu’un Français aille, il restera toujours français. Là, on voit l’emploi des possessifs de troisième du singulier : « Si, en France, chacun asathéorieetsa doctrine, si chaque ville a sa personnalité, [...] si chaque région a son climat, son ambiance ses traditions, un Français reconnaît d’instinct une pensée française, une région française et il Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 39 s’y sent chez lui ». Puis, en utilisant ce possessif, il énumère encore une fois les atouts de la France : « ses artistes, ses entrepreneurs, ses savants, ses ouvriers, ses agriculteurs, ses artisans, ses ingénieurs ». La troisième personne est utilisée pour décrire la France dans sa pluralité mais dans une pensée unique. A la fin de cette allocution, remarquons comment il utilise le pronom possessif le vôtre pour désigner ce débat. C’est-à-dire, il cherche à engager les participants à son sujet. L’identité nationale française est le débat des Français : «Il vous appartient maintenant, mes chers compatriotes, de vous emparer, de ce débat pour qu’il soit réellementlevôtre» .Il s’agit d’un appel direct à adhérer à son discours sur l’identité. Les déictiques spatiaux, n’étant pas si nombreux dans le texte, font référence à un espace principal : Le Vercors7. Pour lui, les maquisards du Vercors représentent bien les valeurs d’identité française dont il fait toujours mention. L’adverbe ici s’utilise pour exalter cette zone : « Un instant, le cœur de la France se mit à battre ici », « Ici, [...], les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité avaient cessé pour eux d’exprimer une devise abstraite pour devenir la plus authentique et la plus profonde des expériences humaines ». L’hyperbole domine toujours cette personnification de l’espace comme centre de renaissance de la France lors de la II Guerre Mondiale. La deixis temporelle est plus présente que la deixis spatiale dans le discours. Sarkozy se situe dans le présent actuel de la France en employant l’adverbe aujourd’hui et regarde vers la construction d’un meilleur avenir pour le pays. Voilà que le déictique demain prolifère. Il croit que la pays traverse une profonde crise identitaire et que cette crise, c’est à cause d’un manque de culture de la part de la jeunesse. Il construit des phrases hypothétiques en emploi anaphorique de l’adverbe demain : « Si demain nous voulons que la France continue de signifier quelque chose pour nos enfants, il nous faut permettre à chacun d’accéder à la culture », « [...], nous devons travailler à ce qu’il y ait encore demain une pensée, une science, 7« Le Massif du Vercors, véritable forteresse naturelle, abrita de nombreux maquisards au cours de la Seconde Guerre Mondiale et constitua un haut lieu de la Résistance en France. Encerclé et attaqué de tous côtés par l’ennemi en juillet 1944, il fut un piège mortel pour nombre de combattants et civils ». ( Histoire pour tous, 2009 : en ligne ) Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 40 une création artistique, une littérature françaises ». L’avenir est toujours identifié à la jeunesse et à l’enfance, faisant ainsi appel aux sentiments populistes, facilement transmissibles. En plus, la construction de cet avenir concerne les Français, tous ensemble, comme à l’époque de la Résistance : « Demain comme hier, nous n’accomplirons de grandes choses que si nous somme unis [...] ». En outre, il existe dans le texte une référence non-déictique temporelle envers l’histoire et les traditions intrinsèquement chrétiennes de la France qui font de nos jours parti de son héritage culturel. L’adverbe depuis y est évoqué: Dans ce vieux pays où depuis si longtemps « ceux qui croient au ciel » se disputent avec « ceux qui n’y croient pas », il n’y a pas un seul homme, pas une seule femme qui ne reconnaisse dans les cathédrales une expression de ce génie français auquel il a le sentiment de participer. Le Français qui ne croit pas en Dieu n’imagine pas la France sans le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris ou la cathédrale de Reims, ni son village sans le clocher de son église qui le surplombe depuis dix siècles. (Annexe 2 : 27) Le passé chrétien est un trait identitaire français que Sarkozy veut faire ressortir : la grandeur artistique est un sentiment partagé par tous, l’appartenance culturelle qui dépasse les croyances, construit cette identité nationale. En conclusion, la place qu’occupent les pronoms tant personnels que possessifs est toujours relevante car ils mettent en relief la pluralité de l’identité, surtout avec la première personne du pluriel et la troisième personne du singulier des possessifs. La deixis spatiale gravite autour du Vercors et celle temporelle permet au locuteur de viser l’avenir de la jeunesse, mais en référence aussi au passé, qui est un exemple de valeurs historiques françaises. Les verbes et les modalités Dès le début de son intervention, ce sont les temps du passé qui dominent avec l’imparfait, le passé composé et le passé simple. Une grande partie du discours est à la Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 47 3.2.3 Le discours à Saint-André-lez-Lille 2016 Le système énonciatif et la deixis Dans ce dernier texte de notre corpus, on se retrouve face à un système d’énonciation semblable à celui qui apparaît dans les autres textes, avec une forte présence du pronom je, qui prouve le caractère intime et subjectif que ce discours possède. Effectivement, il était en l’occurrence candidat à la présidence des Républicains, donc il cherche à convaincre les membres de son ancien parti, de le soutenir comme le meilleur aspirant à cette fonction. Par contre, on souligne la première phrase qu’il prononce devant la foule qui est allée l’écouter : « Je suis Français, vous êtes Français, nous sommes Français ». Dès cette première phrase il capte l’attention des récepteurs et fait une déclaration d’intention. Cette allocution sous forme de sentence marque une tonalité solennelle sur le principe même de l’identité. Le pronom nous rapporte à plusieurs référents en fonction des auditeurs auxquels il s’adresse. Ce nous peut être les Français : « nous sommes Français », les États membres de l’Union Européenne: « Dans le même temps où l’Europe produit ces milliers de normes, nous affaiblissons la croissance européenne [...] », ou encore son parti politique face aux engagements qu’il prend : « Le peuple veut l’autorité de l’État, nous la rétablirons ». Le pronom ils est utilisé pour parler de ce que Sarkozy appelle « les élites », c’est-àdire, la gauche qui veut imposer les minorités à la majorité du peuple français : « Ils ont trahi la grande promesse du XVIIIème siècle, celle de la Révolution française, par un extrémisme des droits individuels, des droits communautaires, du triomphe des minorités ». En fait, il mélange les minorités et l’Europe comme les grandes trahisons à la Révolution, c’est à dire la protection du plus faible et la solidarité entre les pays. Quand il critique les droits individuels, il semble critiquer le libéralisme, qui en réalité préside la politique de la droite. Ensuite, on dirait qu’il y a deux emplois différents du vous. Il y a d’abord un vous indéfini lorsqu’il parle du politiquement correct imposé par la gauche : « Et si vous dites qu’il y a des Molenbeek dans les banlieues françaises, le politiquement correct , c’est de dire : vous jetez de l’huile sur le feu ». Ainsi obtient-il inclure son public, maisens’excluantdece discours de la gauche avec lequel il est complètement en désaccord. Puis, ilyaunvous qui Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 48 fait référence aux immigrés d’origine musulmane, cette minorité qui, d’après Sarkozy, s’impose en France : « Nous allons vous prendre comme vous êtes ». On est toujours employé dans sa valeur de pronom indéfini : « [...] des médecins à qui l’on refusait le droit de s’occuper de femmes dans nos quartiers [...] », et il est aussi employé en substitut des gens qui voulaient parler d’identité nationale et qui étaient fortement critiqués; dans ce cas-là on parle de la droite modérée dessinée par Sarkozy et son parti:«Ilyapeu, quand on parlait de contrôle de l’immigration, quand on parlait d’identité, quand on parlait de déchéance de nationalité, on se faisait traiter de fasciste », cet emploi deOn s’identifie à Nous. Pour ce qui est des possessifs, il emploie la première personne du pluriel pour nommer des éléments qui appartiennent à la France : « notre identité, notre territoire, notre langue, notre culture, nos us, notre tradition, nos compatriotes de confession juive [...] ». Dans ce discours, c’est clairement la personne qui indique la collectivité qui domine, puisqu’il s’adresse à ses camarades de parti, il ne personnalise pas autant en employant le Je. Cependant, en raison de la mauvaise situation économique et surtout sociale dans laquelle se trouve la France, c’est la raison pour laquelle Sarkozy retourne en politique. Il se présente comme le sauveur de la Nation, de la République : « C’est le ressort de mon engagement. C’est la raison de mon retour parmi vous dans ce combat pour la renaissance delaFrance». Finalement, en utilisant la troisième personne du singulier, Sarkozy parle de plusieurs identités que la France a, et donne de cette manière une représentation chrétienne historique au pays, dans laquelle il s’inscrit lui-même étant donné qu’il est chrétien : « [...] l’histoire de la France, son identité culturelle, son identité morale, et même son identité spirituelle, car la France, c’est un corps, c’est un esprit, c’est une âme ». Comme on peut voir, Sarkozy choisit une anaphore qui rappelle le discours religieux de la Sainte Trinité. Il fait toujours appel à l’esprit français et à la morale en tant que sauveur, il a un discours messianique. La deixis spatiale est toujours moins abondante que la deixis temporelle. Il y a comme déictique spatial l’adverbe ici. Dans le texte, il tient deux usages distincts. Dans un premier temps, il considère que le déclin qui subit actuellement la France commence à partir de Mai 68 : « L’esprit de renoncement, c’est un long mouvement commencé il y a près d’un demisiècle, [...]. Ici a commencé à germer le désastre ». Ce déictique sert à rapprocher cette Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 49 époque de l’interlocuteur, à l’actualiser. Et finalement, il annonce à Saint-André-lez-Lille sa lutte contre les problèmes existant en France, ce qui montre son engagement avec le peuple français, mais aussi avec cette commune en particulier : « C’est ce que nous ferons, de toute notre force, de tout notre cœur, j’en fais ici le serment ». Son engagement, il le prend dans un lieu et espace concret, cet emploi rend les interlocuteurs témoins d’un acte de parole qui engage solennellement (serment) le locuteur. Les déictiques temporels dans ce discours se rapportent au présent linguistique parfois avec une projection vers le futur, et non pas au présent de l’énonciation du locuteur. Ce sont des phrases ayant une valeur de complément circonstanciel de temps introduites par des prépositions. Il focalise toute l’attention sur les élections présidentielles 2017 : « Cette question est essentielle car elle constitue le véritable sens des échéances politiques qui nous attendent dans moins d’un an ». Il se questionne l’avenir de la France : « Dans les années qui viennent, la France restera-t-elle la France ? ». Il veut transmettre l’urgence dans l’avenir à travers cette valeur inminente que procure le présent de l’indicatif dans cet emploi. En outre, d’une part, le déictique aujourd’hui est employé pour critiquer la mauvaise gestion de la gauche en France ces dernières années : « On voit le résultat de cette idéologie, aujourd’hui, dans ce climat de désordre et de perte générale d’autorité ». Puis, il utilise des phrases exclamatives pour mettre en évidence cette mauvaise gestion : « Aujourd’hui, quel gâchis! ». Et il arrive même à faire un clin d’œil à une célèbre expression dite par De Gaulle, à qui il tient beaucoup : « l’autorité contre la chienlit et la pagaille d’aujourd’hui où la CGT voudrait imposer sa loi contre la majorité ». Il cite ce que le général avait dit lors des événements de Mai 68 critiquant le chaos et le désordre causés par cette révolte. Du coup, la référence est une analogie entre ce qui s’est passé à cette époque-là et la situation actuelle dans le territoire. La deixis temporelle est toujours présente avec des phrases ayant une valeur de complément circonstanciel de temps, mais avec une rétrospection vers le passé de la France. On distingue les moments où les problèmes actuels du pays commencent : « Depuis plusieurs années, le doute a commencé à naître en nous. », « [...] nos concitoyens, qui depuis trop d’années, souffrent de ne pas être entendus [...] », « depuis des décennies, les militants du Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 50 parti pédagogique, [...] se sont échinés à détruire méthodiquement le respect de l'autorité [...] ». Sarkozy signale le moment où ces problèmes s'aggravent : « Cette part d’ombre a perdu dans la rue et dans les urnes mais elle a gagné progressivement dans les têtes et elle a trouvé un puissant relais, au tournant des années 80, dans le combat communautariste et la société multiculturelle ». Sachons que pendant ces années, c’est l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, qui à son tour, avait régularisé massivement des immigrés sans-papiers. Et c’est aussi la montée du Front National, l’autre parti promoteur du débat sur l’identité nationale en France. En définitive, les pronoms personnels ont toujours une grande valeur . Le Je confère au discours un caractère subjectif et intime. Les autres pronoms personnels prennent distinctes valeurs selon l’interlocuteur à qui il s’adresse. Les possessifs sont liés aux traits caractéristiques attribués à la France. Le seul déitique spatial à remarquer est ici.Ladeixis temporelle continue toujours à dominer dans le texte en se projetant vers le futur ou en se rapportant au passé pour marquer les débuts des différentes crises nationales. Les verbes et les modalités En ce qui concerne les caractéristiques des modalités énonciatives choisies, avec la première personne du singulier, on ressent que la modalité allocutive de l’injonction est très accentuée, particulièrement dans la dernière partie du discours. Dans certaines situations, il s’agit d’une injonction « masquée » sous la forme déclarative (Charaudeau, 1992 : 582). Cela se produit lorsqu’il pousse ses interlocuteurs à sauver le pays : « Le réveildelaNationauquel je vous appelle de toutes mes forces ». Les autres configurations de l’injonction sont faites avec des verbes à l’impératif. Il exhorte le peuple à défendre tout ce que constitue la France : «Levons-nous, battons-nous ». Parmi les actes élocutifs, la modalité de la déclaration apparaît en tant que variante de la confirmation dans la première phrase du discours : « Je suis Français, vous êtes Français, nous sommes Français ». La confirmation est exploitée lorsqu’il « demeure encore un doute ». Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 51 Alors on dirait qu’il rassure ses interlocuteurs parce que « c’est une chance et un privilège d’être Français », chance que la population nationale néglige en l’oubliant assez souvent. Un autre exemple de confirmation se trouve lorsqu’il déclare : « Je suis chrétien. [...] Mais je suis Français », c’est-à-dire que, mise à part sa confession, il est tout d’abord représenté par les valeurs qui définissent la nationalité française. Par ailleurs, autre variante de déclaration que l’on trouve dans le texte, c’est l’affirmation pour constater que la nation va mal : « j’affirme que l’équilibre entre les droits et les devoirs [...] sont en passe d’être rompus » et pour montrer de la considération aux gens qui ne pensent pas comme lui : « Je respecte la liberté, je respecte la contradiction, je respecte le débat ».Il utilise l’affirmation pour constater les dangers de la nation et, de cette façon, critiquer le passé mais en même temps la première personne est employé pour répéter anaphoriquement le verbe respecter, et atténuer la critique. La modalité du refus montre encore une fois ce caractère autoritaire de Sarkozy, même si dans cette situation il fait preuve de tolérance envers les musulmans français et qu’il ne partage pas les idées de l’extrême-droite : « Jamais je n’accepterai que les Français de confession musulmane soient stigmatisés. Jamais je n’accepterai la moindre complaisance avec les dirigeants du Front National, et avec leur idéologie ». Ces énoncés sont renforcés par l’adverbedenégation jamais. La promesse est finalement l’autre acte élocutif utilisé par Sarkozy. Il s’engage avec le peuple pour lutter contre ces éléments qui menacent l’identité nationale: « j’en fais ici le serment ». En plus, cette promesse est renforcée par l’emploi du déictique ici qui désigne Saint-André-lez-Lille. L’autre lutte à laquelle il s’engage concerne la liberté d’expression des médias en France, dû aux attentats terroristes islamique contre le journal satirique Charlie Hebdo en 20158: « je me battrai pour qu’on ait le droit de faire ces caricatures ». En conclusion, les deux modalités énonciatives que nous retrouvons dans letexte émannent de la première personne, le pluriel pour les actes allocutifs où l’interlocuteur est 8Charlie Hebdo est un hebdomadaire satirique français dont son siège souffre un attentat terroriste le 7 janvier 2015 perpétré par les frères Chérif et Saïd Kouachi et assassinent douze personnes suite à la parution d’une série de caricatures du prophète Mahomet ( RTL, 2018 : en ligne ). Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 52 engagé dans le propos du locuteur et le singulier où le locuteur garde la parole étant le seul à réagir, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, qui se présente comme le sauveur de la France. La progression thématique Dans l’introduction de ce discours, l’aspirant des Républicains rentre directement dans le sujet fondamental qui nous occupe, l’identité nationale, il s’interroge sur l’avenir de la France car il semblerait que l’on est en train d’oublier ce qu’elle représente. Tout au long du texte, ce que nous allons constater, c’est une gradation, normalement ascendante, des groupes de mots dans le but d'exalter ses idées et ses sentiments : « La France n’est-elle pas en train de se dissoudre, de s’effacer, de disparaître à coup de renoncements, de lâchetés, de reculs, de démissions ? ». A partir de cet état dans lequel Sarkozy a plongé son interlocuteur, nous pourrions établir que le texte présente une progression thématique à thème divisé, ayant trois parties bien définies. La première partie inclut deux sous-thèmes. D’abord, il explique les raisons du problème identitaire de nos jours (affaiblissement économique, la crise de valeurs, la perte d’idéal et surtout le renoncement), qu’il compare à une maladie. Il la présente comme « la maladie du renoncement » causée par les élites et c’est le peuple qui en subitles conséquences (la victime expiatoire). Commence ainsi un réseau lexical négatif lié aux élites (la nouvelle idéologie dominante, ce climat de désordre, la confusion, le chaos).Ilfaut savoir que l’on ne parle pas d’élites ayant un certain pouvoir économique, mais une forte influence dans la société. Sarkozy marque le début de leur influence en mai 68 par l’élan de la gauche qu’il qualifie de «mondaine ». En fait, Sarkozy ne sympathise pas avec le mouvement historique de protestations (Ici a commencé à germer le désastre). D’ailleurs, les élites n’ont plus d’intérêt pour la Nation dans son ensemble : « Une partie de nos élites n’aiment pas la communauté nationale ». Le mot élite n’est pas très bien défini dans son discours, il fait référence à la gauche mais l’on ne sait pas s’il s’agit d’élites intellectuelles, médiatiques ou autres. Ensuite, le deuxième sous-thème est dédié à la République en tant que « bien commun». Pourtant, pour les élites, les droits individuels prévalent en dépit du bien commun Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 53 (toujours moins d’autorité de l’État), et ils ont désacralisé la Nation constituée par le Peuple. Le lexique utilisé pour décrire la République se compose de noms collectifs et abstraits (souveraineté, communion, unité, volonté), et d’adverbes qui évoquent l’union (vivre ensemble, se réunir fraternellement). Le contraire aux principes de la République est la reconnaissance « du milieu social, de l’origine ethnique ou de la confession religieuse ». De plus, il y a une reprise du thème de la gauche en disant que son but est celui de «dominer les esprits, imposer ses vues »,mais le Peuple ne se laisse pas contrôler par la gauche qu’il décrit encore une fois par une gradation d’adjectifs qui évaluent les qualités de l’opposition (réactionnaire, frileux, sécuritaire). Dans la deuxième partie du discours, Sarkozy s’occupe de parler des minorités qui se sont imposées dans plusieurs domaines de la société et qui sont soutenues par la gauche. Le vocabulaire utilisé a une connotation très négative. Il y a des verbes synonymes par rapport à la soumission à ses minorités (on vénère, on professe, on se prosterne). Et des substantifs : tyrannie, des résignations, problème d’immigration, de communautarisme, de sécurité, le recul de la République, l’abandon de l’État, l’extrémisme de droits individuels et communautaires. Paradoxalement, comme on le voyait déjà, une première “minorité”, c’est L'Union Européenne, la solidarité supranationale, contre les intérêts de la France. De son point de vue, cette institution est déviée de son projet initial. L’Europe met en place beaucoup de normes superflues pour ses états membres, mais elle ne réagit pas aux menaces de l’islam radical. Il emploi des adjectifs pour signaler la complexité de l’Europe (un espace vide de légitimité démocratique, impersonnel, anonyme, technocratique). A cause de cette qualification si négative de la construction européenne, Sarkozy décide de revenir à faire de la politique afin de renouveler la Nation (notre Nation se relève, renaisse, la renaissance de la France). La seconde minorité qu’il dénonce est déterminée par l’immigration et l’islam radical qui ont déclenché « le réveil de la conscience nationale ». Cela s’attribue à l’acceptation sans aucun type d’objection des immigrés d’origine musulmane qui ne dérangent pas les élites (nous adapter à vous). Le lexique est péjoratif par rapport au portrait qu’il fait de l’islam radical instauré en France et qui s’oppose à sa tradition chrétienne (l’immigration massive, le Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 54 communautarisme, Islam identitaire, Islam militant, Islam prosélyte et intégriste, ces mœurs si contraignantes). Cependant, il met toute de suite en valeur les musulmans français qui se sont battus pour la France, en particulier les Harkis9(le sacrifice, le sang versé, la dette). Par l’usage d’un adverbe d’intensité, l’ex-Chef d’État veut établir des règles pour cette religion : « nous devons urgemment fixer les règles d’un nouvel Islam de France ». En plus, il ajoute que la société individualiste de la gauche et une contre-société islamiste ont accentué les problèmes de la République (la dissolution de nos liens, l’affaiblissement de nos institutions, la remise en cause de nos modes de vie). Dans la dernière partie, il traite « le réveil de la Nation ». Sarkozy se démarque du modèle de société proposée par la gauche (une société multiculturelle) et l’extrême-droite (une société isolée, repliée, sclérosée). Ce réveil national se soutient par les valeurs républicaines (liberté, tolérance, fraternité, solidarité, laïcité). Il appelle donc à la défense de la Nation, thème introduit par le champ lexical de la lutte : « l’identité nationale contre le communautarisme, l’autorité contre la chienlit et la pagaille, restaurer la représentativité, réformer notre démocratie sociale, défendre nos us et coutumes […], revendiquer notre culture et notre histoire ». Cette lutte porte sur plusieurs secteurs que l’on cite. Le premier porte surla revendication de la chrétienté de la France : « Un pays d’églises, de cathédrales, d’abbayes, de calvaires, des penseurs chrétiens »,le deuxième concerne la lutte contre l’islamisme à l’égard de la femme : « interdire aux jeunes filles de porter des pantalons ou des jupes, refuser de leur serrer la main, imposer le port du voile ». Puis, la lutte comporte la défense de la liberté d’opinion : « faire des caricatures, critiquer les religions », la conservation de l’école que les élites ont voulu changer sousprétexte de l’intégration : « le conservatoire de la culture française, des valeurs de la 9Harki: ce furent des militaires auxiliaires servant aux côtés de l’Armée française pendant la Guerre d’Algérie (1954-1962). Après l’indépendance de l’Algérie, quelques milliers d’entre eux se sont installés en France dans des camps précaires. Aujourd’hui, la population descendante de ces musulmans rapatriés s’estime à 400.000 personnes. (Larousse, s.d.: en ligne) Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 55 République, du savoir-vivre français » et la restauration de l’autorité (revendiquer l’autorité), parce qu’il pense que l’autorité donne de la liberté. On remarque aussi un lexique en relation à la délinquance créée à cause de l'absence des lois : « le casseur ou le braqueur fracasse, le petit voyou terrorise, les bandes de bons à rien empêchent et intimident, une poignée de gauchistes séquestrent, une poignée de salafistes répandent ». On établit trois points pour la fin de cette allocution. D’abord, Sarkozy critique les politiques économiques menées par les socialistes : « quel épouvantable gâchis!, taux d’intérêt aussi bas, une croissance si faible, un taux de chômage si élevé ». Ensuite, il déclare les qualités dont on a besoin pour être un bon Président : « se tenir au niveau de l’Histoire, il faut de la lucidité, du courage, de l’autorité ». Enfin, il place au premier plan la défense des intérêts du Peuple : « Hommage au Peuple Français », de manière injonctive pour impliquer ses interlocuteurs dans cette lutte. En conclusion, le texte, coupé en trois parties, présente une progression thématique à thème divisé et il possède le champ lexical le plus négatif et péjoratif de notre corpus de textes en relation aux minorités qui sont en train d’être imposées en France par les élites, même si finalement, Sarkozy propose des solutions aux problèmes sociaux de l’Hexagone. L’argumentation Sachant que les thèmes principaux dans l’allocution sont le risque de perdre l’identité française et la tyrannie des minorités dont l’islam fait partie, l’argumentation va se construire bien évidemment autour de ces thématiques. La comparaison se fait tout au début du texte. En relation à l’identité : « elle nous accompagne comme l’air que l’on respire », c’est-à-dire qu’aux yeux de Sarkozy, elle représente quelque chose d’essentiel pour l’être humain et sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, comme l’air. Contrairement aux deux autres discours, Sarkozy fait beaucoup plus attention à la ponctuation qui se traduit à l’oral par des figures rhétoriques. Il recourt à l’interrogation rhétorique pour poser une question à laquelle il donne déjà la réponse, ainsi la problématique Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 56 est introduite de la façon suivante : « Pourquoi la question de la France et de son identité se pose-t-elle maintenant ? Parce que la France est de nouveau menacée par cette maladie qui la rattrape de loin en loin et que le général de Gaulle avait appelée « le renoncement ». Ensuite, il développe cette problématique au moyen du connecteur explicatif car : «car cette maladie du renoncement n’est pas la maladie du Peuple », de telle manière qu’il peut blâmer son adversaire, la gauche qui n’aime pas le Peuple : « Car le Peuple est réactionnaire à ses yeux ». Donc, par rapport à l’interrogation, la modalité interrogative et exclamative se concentre dans un seul paragraphe, la question est posée avec des verbes à l’infinitif et la réponse exclamative s’appuie sur des déterminants. Le but n’est pas de questionner le sujet, mais l’objet : Obliger les enfants à apprendre ? Mettre des notes ? Quel esprit répressif ! [...] Considérer ques les enfants doivent respect aux professeurs ? Quelle conception archaïque de la relation pédagogique ! Expliquer que les femmes et les hommes, quoiqu’égaux, sont différents ? Quelle docile soumission à la construction sociale des genres ! (Annexe 3 : 42, 43) Il exploite aussi l’ironie avec ces modalités insinuant l’incapacité de la gauche à gérer l’économie à l’époque de la crise ni la crise d’autorité actuelle non plus : « Heureusement que les socialistes n’étaient pas aux manettes en 2009 ! Que serait devenue la France?». L’opposition est faite encore une fois avec la conjonction mais. Premièrement, même s’il reconnaît une sorte d’importance de Mai 68, il critique fortement le mouvement de protestation dû aux mauvaises conséquences pour l’avenir : « Mais s’il y a une part de lumière dans l’esprit de 68, il y eu une part d’ombre [...] ». Deuxièmement, la gauche s’oppose à l’union nationale bien qu’elle défende la communauté musulmane : « une partie de nos élites n’aiment pas la communauté nationale [...] mais elles adorent les communautés particulières ». Et troisièmement, Sarkozy a beau prôner la laïcité de la France, le territoire ne demeure que chrétien, au moins dans sa tradition : « Mais c’est un pays chrétien dans sa culture et dans ses mœurs [...] ». Toujours dans la ligne de critique de Mai 68 et de la gauche, il rapporte directement des énoncés appartenant à la manifestation estudiantine, tels que les célèbres slogans : « Gabriela Placencio Alcántara Universidad de Valladolid 63 Hacot, V. (2016). « Meeting de Sarkozy à Lille: tiens, revoilà l’identité ! ». Récupéré en 2019, mars 17, de Le Parisien.Siteweb:http://www.leparisien.fr/politique/tiensrevoila-l-identite-09-06-2016-5867465.php « Harki » (s.d.). Récupéré en 2019, juin 20, de Larousse [ version électronique ]. Site web : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/_harki/39104 « Histoire » (s.d.). Récupéré en 2019, mars 21, de La Chapelle en Vercors. Site web : http://www.lachapelleenvercors.fr/426/ Huguen, P. (Photographe). (2016, juin 8). French former President and French rightwing Les Republicains (LR) party president Nicolas Sarkozy (C), flanked by Mayor of the city of Tourcoing Gerald Darmanin (R) and President of the Association of the Mayors of France (AMF) Francois Baroin (L), reacts on stage as he greets the audience at the end of a LR party meeting on June 8, 2016 in Saint-Andre-lez-Lille. [image numérique]. 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