Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 75 Anaquel de Estudios Árabes ISSN: 1130-3964 https://dx.doi.org/10.5209/anqe.75294 ARTÍCULOS L’évolution des dialectes arabes : étude sociolinguistique et quantitative (le cas de l’Algérie) Nassima Kerras1 et Moulay-Lahssan Baya Essayahi2 Recibido: 5 de abril de 2021 /Aceptado: 14 junio de 2021 Résumé. Cette étude a pour but d’analyser l’arabe algérien, qui, malgré sa constante évolution comparée à la langue arabe standard et la langue française, n’est toujours pas reconnu comme langue officielle, mais plutôt comme langue maternelle. De ce fait, il est essentiel de réaliser une étude descriptivequantitative, afin de comprendre cette réalité linguistique. Ce travail de recherche vise, donc, à contextualiser la sociolinguistique d’une part mais aussi à réaliser une étude d’analyse à travers un questionnaire de recueil des préférences linguistiques des algériens. Les résultats obtenus nous permettent d’identifier les domaines dans lesquels l’arabe algérien est le plus utilisé et à proposer des recommandations pour la planification de la politique linguistique en Algérie. Mots-clés: arabe algérien, sociolinguistique, politique linguistique, planification linguistique. [es] La evolución de los dialectos árabes: un estudio sociolingüístico y cuantitativo (el caso de Argelia) Resumen. El presente estudio pretende analizar el árabe argelino que experimenta una constante evolución, en comparación con la lengua árabe estándar. El árabe argelino es la lengua materna de un porcentaje importante de la población argelina, pero no es la lengua oficial; por ello, consideramos imprescindible la realización de un estudio descriptivo-cuantitativo que permita acercarnos más a esta realidad lingüística. Por un lado, haremos una presentación sociolingüística, y por otro, presentaremos los resultados de un cuestionario que recoge las preferencias lingüísticas de los argelinos. Los resultados obtenidos nos permitirán identificar los ámbitos en los que se utiliza más el árabe argelino y ayudarán a contribuir a mejorar la planificación de la política lingüística en Argelia. Palabras clave: árabe argelino, sociolingüística, política lingüística, planificación lingüística. [en] The evolution of arab dialects: sociolinguistic and quantitative study (the case of Algeria) Abstract. The purpose of this study is to analyse the Algerian Arabic language, which, despite its constant evolution compared to the Arabic language and the French language, is not recognized as an official language, but rather as a dialect. Thus, a descriptive-quantitative study has been carried out in 1 Institución: Universidad Pompeu Fabra Email: [email protected] ORCID: 0000-0002-9700-8257 2 Institución: Universidad de Granada Email:
[email protected] ORCID: 0000-0002-3066-8082
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9876 order to understand this linguistic situation. This research work therefore aims not only to contextualize sociolinguistics but also to carry out an analytical study through a questionnaire to collect the linguistic preferences of the Algerian people. The results obtained allow us to identify the areas in which the dialect is most used and help to improve the planning of language policy in Algeria. Key words: Algerian Arabic, sociolinguistics, linguistic policy, linguistic planning. Sommaire: 1. Introduction. 2. Sociolinguistique. 3. Méthodologie. Étude quantitative. 4. Conclusion. Cómo citar: Kerras, Nassima et Baya Essayahi, Moulay-Lahssan (2022), « L’évolution des dialectes arabes: étude sociolinguistique et quantitative (le cas de l’Algérie) », Anaquel de Estudios Árabes, 33, 75-98 1. Introduction L’usage de la langue mère en Algérie est en constante évolution. Chose qui suscite notre intérêt aujourd’hui et nous pousse à étudier et analyser cette émergence linguistique. Une étude sociolinguistique se réalise afin d’observer l’évolution de l’arabe algérien au sein de la société. Ce dernier a existé depuis l’arabisation initiale, mais l’évolution de l’écriture est un fait récent (Mansouri)3. Dans cet article, on s’intéresse à l’usage de l’arabe algérien dans la société algérienne en comparaison avec l’usage de la langue arabe standard, qui est considérée comme officielle, ainsi que la langue française qui reste omniprésente dans ce pays. En effet, il est intéressant d’étudier la possibilité de la planification linguistique en Algérie et les politiques linguistiques de ce pays. Pour ce, la sociolinguistique est définie en premier lieu afin d’étudier la relation entre la société et l’usage de la langue, suite à quoi la méthodologie de ce travail est définie et une étude pratique est réalisée via un questionnaire, dans le but d’analyser la préférence linguistique des algériens. À cet effet, deux volets sont pris en considération : la théorie et la pratique, afin d’arriver à expliquer les enjeux politiques et le manque de planification linguistique en Algérie. 2. Sociolinguistique La langue arabe est reconnue comme langue officielle dans la Constitution algérienne et ce depuis son indépendance, cela dit, la langue utilisée quotidiennement par la majorité des algériens est l’arabe algérien, une langue qui témoigne du brassage culturel et patrimonial de ce pays. Cependant, ce parler est considéré comme un dialecte à ce jour et n’a pas encore gagné sa place officielle à côté de la langue arabe, et ce, à cause d’un manque de planification linguistique dans le pays, un manque de recherche et surtout l’absence 3 MANSOURI, Nabil, (2020) “Algérie : quand les mouvements de contestation libèrent le dialecte algérien”, Maghreb Emergent [En ligne]. Disponible : https://url2.cl/kzlIf [consulté le 27/01/2020].
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 77 de coordination entre les chercheurs et les politiciens ; ce qui crée par conséquent une discrimination linguistique. La langue transmet une littérature, une culture, une religion et définit également le pouvoir du pays. L’arabe algérien est présent dans pratiquement toutes ces sphères, néanmoins, il n’est pas reconnu par le pouvoir algérien. Comme le souligne Moreno Cabrera4 : “la force linguistique est basiquement la force politique ”. Selon l’auteur, la langue affirme sa force grâce aux puissances (l’usage par les marins, les aviateurs ou les créateurs de bombes atomiques ; sans oublier l’extension de ses interlocuteurs). L’arabe algérien est une langue présente dans ces domaines et partagée par près de 43 millions d’utilisateurs, dont 15 millions sont amazighs, en plus de la diaspora dans plusieurs pays, dont le nombre est estimé à plus de six millions. C’est la langue naturelle que les algériens ont acquis dès la naissance, une hérédité génétique, et un fait biologique et culturel. S’intéresser aux variantes linguistiques maternelles (Hamdi et al.5) est devenu une nécessité permettant de comprendre les enjeux d’une discrimination linguistique. Dans cette analyse, nous observons les contextes d’usage de cette langue. Le système phonétique de l’algérien est bien différent de la langue officielle (l’arabe). Il en est de même pour la morphologie et la syntaxe (Kerras et Baya6). Cela est dû à l’influence des langues qui ont existé dans ce pays, notamment la langue française qui jouit d’un statut particulier et la langue amazighe qui est aussi reconnue comme langue officielle du pays après une longue revendication des militants amazighs. En plus des autres langues qui ont côtoyées l’arabe7, principalement l’espagnol et le turc, qui ont laissé des couleurs variées et visibles dans l’arabe algérien, ce qui fait que le système phonétique soit plus ample en comparaison avec l’arabe standard. L’arabe algérien a des variantes consonantiques qui n’existent pas dans l’arabe standard ainsi que des variantes vocaliques très riches, et ce grâce au contact avec la langue amazighe qui existe depuis des siècles, ces variantes sont aperçues principalement au niveau syntaxique et morphologique. L’Algérie a vécu depuis l’aube des temps un métissage culturel et linguistique important dont l’impact reste à ce jour vivant. Cela est présent dans les pratiques linguistiques et culturelles des citoyens (Salhi8 ; Chachou9) qui utilisent une langue hybride. C’est une langue utilisée par un nombre élevé d’utilisateurs dans la majorité des sphères de la vie et est considérée comme dialecte de nos jours, ce qui crée une discrimination envers la langue mère, et nous pousse à nous poser la question suivante : Existe-t-il une préférence entre les deux langues qui justifierait la non-officialisation 4 MORENO CABRERA, Juan Carlos, La dignidad e igualdad de las lenguas, Madrid 2016, p. 59. 5 HAMDI, Ahmed, et al, “Un système de traduction de verbes entre arabe standard et arabe dialectal par analyse morphologique profonde”, TALN-Récital (2013), pp. 395-406. 6 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “L’arabe standard et l’algérien : une approche sociolinguistique et une analyse grammaticale”, Ikala 24,3 (2019), pp. 651-665. 7 BENALI, Ismaël, “La Prosodie du focus dans les parles algérois et oranais”, Actes de la conférence conjointe JEP-TALN-RECITAL 1 (2016), pp. 554-562. 8 SALHI, Salah Eddine, Aproximación a un estudio paremiológico: similitud y equivalencia entre el refrán español y el refrán argelino, Oran, 2010. 9 CHACHOU, Ibtissem, “Repenser le champ conceptuel de la sociolinguistique maghrébine à la lumière des impératifs du terrain : le cas du concept de citadinité”, Revue d’Histoire de l’Université de Sherbrooke 4.1 (2012), pp. 1-18.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9878 de l’arabe algérien ou juste l’absence de coordination entre chercheurs et politiciens qui crée ce délaissement ? Moreno Cabrera définit les critères d’une langue comme suit : 1. Des mécanismes linguistiques pour décrire et raconter des événements. 2. Des mécanismes linguistiques pour souligner les relations entre les interlocuteurs et leurs environnements. 3. Des mécanismes pour exprimer des raisonnements. 4. Des mécanismes pour exprimer l’imaginaire, le rêve. 5. Les langues qui permettent l’éloquence, les jeux de mots, les procédures rhétoriques. 6. Les langues qui permettent l’excellence esthétique des messages. 7. Les langues qui associent le sens formel d’un mot avec des significations (connotations)10. L’arabe classique ne s’est pas beaucoup altéré au cours des siècles (Khelef11), en revanche, l’arabe algérien continue à évoluer constamment. Il est évident que plusieurs variantes coexistent dans le même pays, mais cela a toujours existé et dans tous les pays du monde, une standardisation est possible afin de choisir le dialecte de la capitale, par exemple, qui est compris par la majorité des interlocuteurs, grâce aux médias. Comme le souligne Rau12, chaque pays a une diversité de variantes linguistiques et c’est le cas de l’Algérie : Un des traits les plus remarquables de la Grèce antique est le degré extraordinaire de la diversité dialectale qui est attestée pour la langue grecque, telle qu’elle était parlée en Grèce, en Asie Mineure, dans la mer Egée, et plus largement dans la mer Méditerranée13. L’arabe algérien peut atteindre un certain prestige social et académique s’il est considéré comme langue officielle. À partir de ce moment, une récolte littéraire peut être entamée et une production en même temps afin d’enrichir cette langue qui transmet un héritage historique, une richesse culturelle et l’identité de son utilisateur. Il est primordial de citer l’importance de la langue amazighe et ses variétés en Algérie. Le kabyle, le chaoui, le mozabite, le targui et le tachelhit constituent un panorama complexe et intéressant du point de vue sociolinguistique. Baktache14 atteste que le territoire algérien présente une multitude de variétés linguistiques dont la langue berbère, qui a été marginalisée durant des années, et qui a gagné du terrain petit à petit jusqu’à son officialisation en 2016. Les variétés de la langue amazighe ont une importance au sein de la société, pratiquée par des interlocuteurs de plusieurs régions en Algérie. Néanmoins, cette analyse se concentre sur l’arabe algérien, laissant la langue amazighe pour un travail postérieur étant donné que c’est une langue à part entière qui exige une analyse profonde. Son importance est palpable compte tenu du contact quotidien avec l’arabe algérien et son influence sur le vocabulaire en termes de lexi10 MORENO CABRERA, Juan Carlos, La dignidad e igualdad, p. 59. (Traduction de l’espagnol). 11 KHELEF, Fatma, “Evolution ethnique et dialectes du Maghreb”, Synergies 8 (2011), pp.- 19-32. 12 RAU, Jeremy, “ Dialectes et histoire de la langue grecque”, École Pratique des Hautes Études 149 (2018), pp. 428-430. 13 RAU, Jeremy, “Dialectes et histoire”, p. 428. 14 BEKTACHE, Mourad, “Officialisation de la langue amazighe en Algérie : impact sur les attitudes et représentations sociolinguistiques de quelques locuteurs algériens”, Multilinguales 10 (2018), pp. 1-9.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 79 cographie (Kerras & Baya15). Même si des lacunes existent au niveau de l’aménagement linguistique en Algérie, l’amazigh a effectué un grand pas vers sa normalisation (Aït Mimoune & Chalah16). Les variétés berbères ne sont pas les seules variétés marginalisées, puisque plusieurs langues ne sont pas officialisées dans le monde et sont considérées comme irrégulières. On a toujours considéré les variétés linguistiques comme irrégulières par rapport à la langue officielle, mais cette explication ne se base pas sur des faits scientifiques, car plusieurs dialectes de langues diverses sont devenus lettrés une fois reconnus par les politiciens, comme le souligne Moreno Cabrera17 » On définit le dialecte ou la variété linguistique comme inculte, par rapport à la langue, illettrée, variable, irrégulière, quand la langue est considérée comme culte, lettrée, constante et régulière «. Cette définition est une considération volontaire, une fois qu’on la considère comme langue officielle, le dialecte devient lettré. Le dialecte est régulier même sans être la langue officielle, du point de vue phonétique, morphologique, syntaxique et sémantique. L’un des problèmes linguistiques rencontrés en Algérie est la guerre déclarée entre les défenseurs de l’amazighisation, les défenseurs de l’arabisation et les défenseurs de la darijisation, minorité naissante (El Maadani18). L’auteur la considère comme minorité, alors que les utilisateurs sont une grande majorité, et cela se constate dans les manifestations qui se sont déroulées en 2019 en Algérie afin d’exprimer le désir d’un changement politique et l’espoir d’une éventuelle reconstruction du pays, en utilisant la langue qui leur parle particulièrement. Nous constatons dans ce cas-là que la préférence tend vers l’algérien (Sidi Boumedine19) et les langues amazighes dans les régions berbères. Effectivement, les slogans chantés et les pancartes portées par les algériens dans cette étape décisive de leurs vies sont majoritairement écrits en arabe algérien, et cela prouve l’importance et la nécessité de transmettre les sentiments en langue maternelle. Par conséquent, il est évident que le l’arabe algérien s’écrit et permet aux interlocuteurs de communiquer leurs connaissances et expériences ; et grâce à l’écriture la langue évolue et impose encore plus le besoin de définir des règles grammaticales (Kerras et Baya20), ainsi que la création de dictionnaires. Même si les règles grammaticales de l’arabe algérien sont définies depuis longtemps, il est primordial de réaliser des recherches afin d’accompagner leurs évolutions. Dans ce même sens, Moreno Cabrera21 atteste que la capacité de transmettre la culture la rend immense et cela est possible grâce à l’écriture et la création de dictionnaires. Et même si on remarque déjà la naissance de quelques dictionnaires ces dernières an15 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “A Sociolinguistic Comparison between Algerian and Maltese”, European Scientific Journal 13 (2017), pp. 38-39. 16 AÏT MIMOUNE, Ourida et CHALAH, Seïdh, “L’enseignement de la langue » tamazight/berbère « (en Algérie de 1995 à 2011) et ses effets/conséquences sur l’insécurité linguistique des apprenants”, Éla 175 (2014), pp. 303-316. 17 MORENO CABRERA, Juan Carlos, La dignidad e igualdad, p. 73. (Traduction de l’espagnol). 18 EL MAADANI, Selma, L’évolution des parlers au Maroc : le dialecte marocain progresse, mais reste à Standardiser. Rabat 2015, p. 6. 19 SIDI BOUMEDINE, Rachid, Aux sources du Hirak, Algérie 2019, pp. 31-35. 20 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Langue et identité algérienne : étude et analyse du texte audiovisuel et le sous-titrage”, Dirasat : Human and Social Science (2020), pp. 457-470. 21 MORENO CABRERA, Juan Carlos, La dignidad e igualdad, p. 198.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9880 nées : Dictionnaire algérien-français (Tadjir22), Dictionnaire des locutions de l’arabe dialectal algérien (Aziri23), Dictionnaire pratique arabe – français : arabe maghrébin (Beaussier et Ben Cheneb et Lentin24), Dictionnaire arabe algérien – français : Algérie de l’ouest (Madouni-Lapeyre25), une carence persiste dans nos librairies. L’évolution de la langue est tout à fait normale, toutes les langues ont eu un processus d’avancement et la langue arabe en est une autre réalité, fruit d’un processus légitime. Un constat s’impose : La langue peut-elle évoluer au cours de l’histoire au point que l’on ne soit plus capable de reconnaître la première version écrite (Pruvost26). C’est le cas de la langue française, si on remonte aux siècles précédents, il est clair que la langue a évolué constamment, et cela est naturel car la langue suit l’évolution de la société. La langue française est en grande partie issue du latin parlé (Pruvost27). Une évolution qui a eu besoin de révolution afin d’être reconnue comme telle, au même titre que d’autres langues qui se sont alimentées de plusieurs autres idiomes ou dialectes. Chose qui nous pousse à confirmer que les emprunts de la langue algérienne n’est pas un frein, car toutes les langues s’enrichissent d’autres cultures : A la suite des invasions des vikings en Normandie (Xs.) et de la constitution de l’Empire arabe, porteur d’une civilisation très avancée qui a exercé son influence du VIII au XIV siècle, la langue française s’est enrichie en empruntant des mots qui lui manquaient28. L’emprunt dont on fait souvent référence est un fait ordinaire dans une société en contact avec d’autres langues. En effet, chaque pays a son histoire et cela se reflète dans les pratiques langagières. Le frottement des idiomes a toujours existé comme l’explique Khelef : » La pertinence de l’emprunt est justifiée par le dessein de combler un vide linguistique ou par le souci d’une économie de langage ou encore pour exprimer des raisons psychologiques (exotisme, snobisme, ...) «29. Ferrando30 considère que les variantes sont indépendantes de l’arabe standard, même si elles témoignent de la descendance commune d’un hypothétique ancêtre, le proto-arabe. Est-il possible de considérer l’arabe algérien comme langue irrégulière car on ne décline pas les mots ? Peut-on la décliner et la considérer comme une déformation de la langue arabe ? Ou cela est juste une évolution comme l’ont vécu d’autres langues : Le français a continué d’évoluer aux XIII et XIV siècles, les déclinaisons disparaissant peu à peu. Rappelons, qu’héritées du latin, les déclinaisons correspondent 22 TADJIR, Said, (2012) “Dictionnaire algérien-français”, Lexilogos [En ligne]. Disponible https://url2.cl/lbD3Z [consulté le 01/01/2020]. 23 AZIRI, Mohamed Nazim, Dictionnaire des locutions de l’arabe dialectal algérien. Algérie 2012. 24 BEAUSSIER, Marcelin et BEN CHENEB, Mohammed et LENTIN, Albert, Dictionnaire pratique arabe – français : arabe maghrébin. France 2006. 25 MADOUNI – LAPEYRE, Jihane, Dictionnaire arabe algérien – français : Algérie de l’ouest. France : 2003. 26 PRUVOST, Jean, La langue française : une longue histoire riche d’emprunts. France 2018, p. 1. 27 PRUVOST, Jean, La langue française, p. 2. 28 PRUVOST, Jean, La langue française, p. 5. 29 KHELEF, Fatma, “Evolution ethnique”, p. 29. 30 FERRANDO, Ignacio, Introducción a la lengua árabe. Nuevas perspectivas. Espagne 2001.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 81 à un changement de forme du mot dans sa terminaison selon sa fonction grammaticale, mais aussi suivant le genre et le nombre du mot31. Les déclinaisons deviennent progressivement inutiles. La langue se simplifie avec le temps. L’évolution des langues est palpable au niveau phonétique et syntaxique, et c’est le cas de l’arabe algérien. Une fois que le dialecte est reconnu comme une langue par les états, il pourra se stabiliser et mener à la création de dictionnaires permettant de préserver la richesse linguistique d’un pays, tout en créant des néologismes, et en établissant une grammaire justifiée. C’était le cas de la langue maltaise (Kerras et Baya32) qui a été standardisée après un long combat, étant considérée comme the language of the kitchen jusqu’à l’acquisition de son statut officiel. Pruvost explique de ce fait cette évolution ainsi : « Les romantiques ouvrent tout grand le vocabulaire à de nouveaux horizons, en libérant la langue des cadres rigides imposés par le classicisme, puissant dans l’histoire, dans les autres civilisations, et dans tous les registres, de nouvelles formes lexicales « 33. La variété linguistique va toujours du rigide vers la forme la plus simple de l’usage linguistique, cela est constaté dans plusieurs langues, entre autres, l’arabe et ses variétés (El Maadani34). Donc, on ne parle pas de régularité de la langue, mais d’une évolution historique qui a touché les diverses parlures. Pour cette raison, il est possible de croire que l’arabe algérien est une langue à part entière (Kerras et Baya35), et il est primordial de recompiler la littérature algérienne antique et moderne, la littérature orale de Touggourt (Moscoso García36), les chants nationaux et la poésie de ce pays, ainsi que les dictons et les proverbes (Kerras et Baya37) cela est le commencement d’une discipline de la langue, comme l’explique El Maadani : L’histoire des langues a prouvé qu’avant d’atteindre le statut de langue véhiculaire des savoirs, une langue passe par des productions littéraires et artistiques, puis didactiques, comme l’élaboration de manuels de grammaire, de dictionnaires. L’avantage serait d’éradiquer l’alphabétisation qui sévit encore38. Ce n’est pas un travail compliqué, car les cours en Algérie se font partiellement en algérien. La langue véhiculaire en classe est l’arabe algérien, même si le professeur doit donner son cours en arabe standard au primaire. L’arabe algérien reste un pont de communication surtout à l’école primaire et au secondaire. L’étape primordiale est de fixer la grammaire et préparer un corps d’enseignant afin de transmettre ces bases (Kerras et Baya39). De ce fait, la standardisation de 31 PRUVOST, Jean, La langue française, p. 6-7. 32 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay, Lahssan, “A sociolinguistic comparaison between Algerian and Maltese”, European Scientific Journal 13, 2 (2017), p. 38. 33 PRUVOST, Jean, La langue française, p. 16. 34 EL MAADANI, Selma, L’évolution des parlers, pp. 3-4. 35 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “L’arabe standard et l’algérien”. 36 MOSCOCO GARCIA, Francisco, Literatura oral de Touggourt, México 2015. 37 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Les proverbes algériens et les proverbes arabes : une étude sociolinguistique et parémiologique”, Paremia 27 (2018), pp. 187-200. 38 EL MAADANI, Selma, L’évolution des parlers au Maroc, p. 41. 39 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “L’arabe standard et l’algérien”, p. 664.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9882 l’algérien commence par l’élaboration d’outils pédagogiques nécessaires. La collecte des traditions orales (comptes, chansons, chants, etc.) est importante également, même si on est en constant contact avec celles-ci depuis des générations. Il est nécessaire de créer un vrai débat national maintenant que les révolutions politiques ont commencé, cela donne l’espoir de faire cette révolution linguistique par la suite, tout en lançant un projet pédagogique entre chercheurs et professeurs linguistes afin de présenter les résultats aux politiciens, qui ont d’autres préoccupations empêchant que le souci linguistique soit en premier plan. La langue du patrimoine est vivante et doit le rester, car c’est l’identité des interlocuteurs en Algérie. Albalawi40 mentionne Martinet dans ces recherches en désignant la relation rigide entre l’évolution de la langue et l’évolution intellectuelle : Martinet (1991 : 173) semble adhérer lorsqu’il déclare : l’évolution d’une langue est sous la dépendance de l’évolution des besoins communicatifs du groupe qui l’emploie. Bien entendu, l’évolution de ces besoins est en rapport direct avec l’évolution intellectuelle, sociale et économique de ce groupe41. Cette évolution n’est pas unique, car toutes les langues passent par cette difficulté. Néanmoins, il n’est pas impossible de standardiser une langue, comme le souligne Pruvost42 : “La presse en plein développement standarise peu à peu la langue française à l’échelle du pays tout en accompagnant l’évolution quotidienne du lexique au contact des nouvelles réalités”. La presse est en train d’utiliser l’arabe algérien timidement en parallèle à l’arabe standard, un pas en avant qui aide l’usage de cette langue dans les sphères officielles de l’état. C’est un pas crucial qui démontre l’importance de l’usage de cette langue. Il est possible de comparer notre situation à la langue luxembourgeoise qui était la langue véhiculaire de toutes les couches sociales. Elle a été introduite en 1912, toutefois seulement de façon marginale, comme matière dans l’enseignement primaire. Le but était la conservation d’un patrimoine culturel qui d’ailleurs n’était pas encore standardisé et reconnu comme tel par les gens éduqués (Rau43). Cela, démontre que la standardisation se fait graduellement. Une fois que l’arabe algérien a sa place dans les médias, une fois que les chercheurs font pressions pour démontrer la nécessité d’enseigner la langue mère, elle sera certainement introduite comme matière secondaire, puis, essentielle, afin d’enseigner la culture et la littérature de ce pays. Enfin, la diffusion se fera petit à petit à l’échelle nationale. Pour que l’enseignement devienne efficace, il est primordial de modifier nos attitudes envers la langue, car l’usage et la maîtrise d’une langue mère est une obligation dans un pays. Il est nécessaire de décoder la langue et de créer un débat entre chercheurs afin d’établir les règles orthographiques et grammaticales. On cite comme exemple le publicitaire Noureddine Ayouch44 qui offre à l’arabe marocain ses lettres 40 ALBALAWI, Ibrahim, “Evolution de la langue arabe : étude sociolinguistique”, Synergie 4 (2007), pp. 123-139. 41 ALBALAWI, Ibrahim, “Evolution de la langue arabe”, p. 121. 42 PRUVOST, Jean, La langue française, p.17. 43 RAU, Jeremy, “Dialectes et histoire”, p. 2. 44 AIT AKDIM, Youssef. “Noureddine Ayouch, l’homme qui offre à l’arabe marocain ses lettres de noblesse”, Le Monde (2017).
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 83 de noblesse en publiant le Dictionnaire de la Darija en graphie arabe. L’auteur lutte contre l’abandon scolaire et l’analphabétisme et son initiative consiste à encourager l’utilisation de l’arabe marocain comme langue maternelle et composante du patrimoine linguistique du pays. Cette nécessité la souligne Saadane et al. Ainsi : L’absence de convention orthographique standardisée est une difficulté possible à gérer par les chercheurs en établissant un aménagement linguistique claire. L’algérien est une langue apparentée à l’arabe standard, un point qui nous facilite la standardisation des règles tirées de l’arabe classique, elle est apparentée au français également ce qui nous aide à comprendre son fonctionnement. Il est important de souligner aussi qu’elle provient également de l’espagnol, de la langue turque et de bien d’autres langues héritées des colons qui sont passés par l’Algérie durant plusieurs siècles45. La langue est socialement soumise à l’évolution et son étude ne peut s’opérer indépendamment des déterminismes régissant de phénomènes, comme l’exprime Albalawi46. Les critères sociaux, idéologiques, politiques et économiques définissent les langues ; et ces critères sont en mouvement dans la société algérienne, cela peut faire évoluer l’arabe algérien en parallèle, puisque les changements sociaux affectent les aspects linguistiques. Le critère social, culturel, idéologique, politique et économique définit les valeurs phonologiques et sémantiques de la langue. Prenons comme exemple l’usage du mot “vendredire” qui a fait son entrée dans l’arabe algérien en février 2019. Le mot “vendredire” est une modification du mot français “vendredi”, créant un verbe qui désigne le fait de sortir tous les vendredis manifester en Algérie. Un verbe inexistant dans la langue française, qui a été créé par la jeunesse qui sort manifester ce jour-là, et qui est devenu populaire de nos jours. Créé afin d’exprimer la marche de manifestation que les algériens ont adopté depuis le début de la révolution du sourire, ce mot accompagne un changement social en Algérie. Cette créativité lexicale démontre que l’identité du groupe est bien différente de l’identité d’un autre pays. Pour ces raisons, une étude quantitative s’impose afin d’analyser le taux de préférence linguistique en Algérie dans plusieurs domaines de la vie. 3. Méthodologie La méthode quantitative est la méthode de recherche appliquée à ce travail. Elle est fondée empiriquement sur les résultats des statistiques linguistiques, en vue de décrire, expliquer le choix de la langue de communication quotidienne en Algérie. La collecte des données vise à observer le comportement linguistique par le biais de questionnaires qui permettent d’établir des corrélations et d’aborder les attitudes par rapport à la langue parlée, l’usage de la langue, et la diversité sociale (Coupland47). 45 SAADANE, Houda, et al. “Une approche linguistique pour la détection des dialectes arabes”, TALN 2 (2017), pp. 242-250. 46 ALBALAWI, Ibrahim, “Evolution de la langue arabe”. 47 COUPLAND, Nicolas, “Style: Language Variation and Identity”, Applied Linguistics 30.1 (2007), pp. 144-147.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9890 Graphique 7. La langue utilisée dans la vie quotidienne Quant aux interactions dans le secteur bancaire, il est démontré que le dialecte algérien est le plus répandu dans ce domaine (74%-75%), suivi de la langue française (58%-59%), et que la langue arabe est utilisée par une minorité des interlocuteurs (5%) (Voir graphique 8).
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 91 Graphique 8. La langue utilisée dans le secteur bancaire Il est observé de la même manière que les interactions dans le secteur marchand mettent en évidence que le dialecte algérien est le plus répandu (53%-54%), suivi de la langue française (15%), et que la langue arabe est utilisée par une minorité des interlocuteurs (3%-5%) (Voir graphique 9).
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9892 Graphique 9. La langue utilisée dans le secteur marchand En ce qui concerne, les interactions amicales, il est constaté que le dialecte algérien est le plus répandu (91%-93%), suivi de la langue française (53%), et que la langue arabe est utilisée par une minorité des interlocuteurs (3%) (Voir graphique 10).
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 93 Graphique 10. La langue utilisée dans les interactions amicales Pour finir, les résultats concernant la langue la plus utilisée dans les interactions formelles affirment que la langue française (65%-70%) est la plus utilisée, suivi du dialecte algérien (51%-56%), et enfin l’arabe standard en dernier lieu (15%- 20%) (Voir graphique 11).
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9894 Graphique 11. La langue utilisée dans les interactions formelles En résumé, ces statistiques indiquent que la majorité des intervenants utilise l’arabe algérien pour les interactions quotidiennes, suivis d’un grand nombre qui utilise le français surtout pour les interactions formelles, médicales et académiques. La langue officielle est, quant à elle, moins utilisée en comparaison aux deux langues mentionnées. La méthode comparée démontre la forte utilisation de l’arabe algérien dans tous les domaines. Plusieurs secteurs favorisaient le français durant les années mil neuf cent quatrevingt-dix-neuf pour les interactions, alors que l’arabe algérien est le plus souvent utilisé ces dernières années (Kerras et Baya52) et ce dans quasiment toutes les sphères de la vie. De ce fait l’arabe algérien peut être décrit comme une langue hybride qui résume l’histoire du pays, ainsi qu’une richesse qui fait partie de la réalité de ses utilisateurs. 52 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Langue et identité algérienne”.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 95 5. Conclusion La discussion logique qui découle de notre étude dans ces pages est la forte utilisation de l’arabe algérien dans tous les domaines de la vie. Une langue qui est en constante évolution et dynamisme, que les chercheurs doivent préciser davantage. La langue est malléable au niveau phonétique et syntaxique grâce aux frictions avec les autres langues qui l’ont côtoyé (arabe, amazighe, français, espagnol et turc principalement), et grâce à l’usage volontaire ou involontaire des interlocuteurs. Cette réalité se reflète dans l’usage linguistique qui engendre une forte relation entre la langue et la culture dont Humboldt fait référence. Le questionnaire réalisé dans cette recherche démontre la forte utilisation de l’arabe algérien en comparaison avec l’arabe standard et la langue française. Il est à préciser que la langue amazighe n’a pas été prise en considération étant donné la complexité de ses variantes, d’où la nécessité de lui consacrer un chapitre à part. Neufs secteurs ont été pris en considération afin d’observer la langue la plus utilisée en Algérie. Premièrement, les langues utilisées dans le secteur médical démontrent que la langue française (79%-84%) est fortement utilisée, suivi de l’arabe algérien (56%-62%). Le deuxième exemple illustre les langues utilisées à l’heure de la communication dans les administrations et comme résultat il est constaté que l’arabe algérien est le plus pratiqué (94%-94.8%) suivi de la langue française (27%- 32%). Les institutions académiques quant à elles révèlent l’usage de la langue française en premier lieu (68%-70%), suivi de l’arabe algérien (56%-57%) et pour finir l’arabe standard (37%-50%) qui obtient un pourcentage important également. Le résultat est inversé dans le domaine professionnel où l’arabe algérien dépasse les deux autres langues (74%), même si le français le suit de justesse (67%-70%). Ainsi, les statistiques révèlent que les citoyens algériens utilisent fortement l’arabe algérien (91%-96%) pour les interactions quotidiennes. De même il en est pour le secteur bancaire (74%-75%) : même si le français reste présent (58%-59%), le secteur marchand prouve également que l’arabe algérien est utilisé par la majorité des membres de la société (91%-93%). Ce pourcentage est similaire aux résultats obtenus pour les interactions amicales où l’arabe algérien est prédominant (91%-93%), même si les locuteurs utilisent les autres langues à des degrés différents. Pour ce qui est des interactions formelles, il est habituel d’utiliser la langue française (56%-70%) jusqu’à nos jours même si l’arabe algérien est présent (30%-56%). L’étude pratique démontre la forte utilisation de l’arabe algérien dans tous les secteurs de la vie quotidienne et ce par un pourcentage élevé de locuteurs (Il est à noter que la diaspora n’a pas été prise en compte). L’arabe algérien pour sa part est fortement utilisé par les migrants et sa transmission dans le foyer est primordial, ainsi, il est indispensable de préserver la langue et l’identité au sein du cercle familial algérien dans tous les pays du monde (Ouhassine53). L’apprentissage de cette langue est nécessaire pour la communication au sein de la famille même si les utilisateurs appartenant à la troisième génération dominent d’autres langue comme le français, par exemple. De même, le questionnaire n’a pas atteint la totalité des citoyens vue qu’il a été transmis en ligne et a donc touché que l’échantillon maitrisant 53 OUHASSINE, Chahrazed Meryem, “La transmission familiale de la langue d’origine en contexte d’immigration : le cas de l’arabe algérien”, Insaniyat 77,78 (2017)75-90.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-9896 l’outil informatique, malgré ces contraintes les résultats prouvent nettement l’utilisation de cette langue dans tous les domaines, ce qui souligne la nécessité de l’étudier et la reconnaitre comme langue nationale et officielle. Des recherches et dictionnaires doivent être établis afin de démontrer son dynamisme. Même si une planification linguistique est absente dans un pays où d’autres priorités règnent, il est nécessaire de la part des chercheurs de se mobiliser afin de créer des débats, décoder la langue, et créer des dictionnaires. De cette manière, la seule tâche qui reste aux politiciens est de créer une loi pour définir sa mise œuvre et lui donner un caractère officiel, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique, et ce, afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle (El Hadrati54). Peu de négociations ont été faites et aucune politique linguistique n’a été établie ; même si l’ancienne ministre de l’Éducation Nationale (Nouria Benghebrite) a pris des initiatives dans ce sens-là ; la porte n’a pas été ouverte à ses propositions durant son mandat (Kerras et Baya55). La promotion et le développement de l’arabe algérien sont patronnés principalement par les utilisateurs algériens dans le pays. Les programmes culturels sont présentés en arabe algérien et sont suivis par un pourcentage élevé des citoyens. Pour ces raisons, la recherche dans ce domaine est importante et permet de contribuer à la préservation de cette langue si riche qui fait partie du patrimoine algérien. Pour ce fait, une coordination entre chercheurs est primordiale au sein du pays. Nous insistons sur l’institutionnalisation de la langue algérienne, pour lui donner un aspect officiel, un caractère légal, et surtout pour permettre l’enseignement d’une langue mère en parallèle avec l’arabe standard. Malgré les variantes régionales en Algérie la langue est homogène, elle mérite une rationalité. Il est donc important d’assurer un aménagement linguistique et de dépasser ce malaise linguistique. Pour finir, il est rappelé que l’arabe est une langue tout aussi importante et nous devons la maitriser parallèlement à la langue mère. La langue arabe standard peut coexister à côté de la langue mère et son statut symbolique peut persister, comme a toujours été le cas jusqu’à nos jours. Il ne s’agit pas d’éliminer une langue et la remplacer par une autre. Il s’agit de reconnaître la langue nationale ou la langue mère comme langue officielle, et cela permet de diminuer le taux d’analphabétisme et de suivre le cours sociolinguistique de la société en question. Références bibliographiques AIT AKDIM, Youssef. “Noureddine Ayouch, l’homme qui offre à l’arabe marocain ses lettres de noblesse”, Le Monde (2017). AÏT MIMOUNE, Ourida et CHALAH, Seïdh, “L’enseignement de la langue « tamazight/ berbère « (en Algérie de 1995 à 2011) et ses effets/conséquences sur l’insécurité linguistique des apprenants”, en Éla 175 (2014) 303-316. 54 EL HADRATI, Latifa, Le plurilinguisme, quel avenir pour les jeunes marocains ? Maroc 2010, p. 1-35. 55 KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Reflexión sobre el uso de la lengua argelina: análisis de la situación sociolingüística en tiempos de coronavirus”, Tonos Digital, p. 1-22.
Kerras, N.; Baya Essayahi, M.-L. Anaquel estud. árabes 33 (2022): 75-98 97 ALBALAWI, Ibrahim, “Evolution de la langue arabe : étude sociolinguistique”, en Synergie 4 (2007) 123-139. AZIRI, Mohamed Nazim, Dictionnaire des locutions de l’arabe dialectal algérien, Algérie 2012. BEAUSSIER, Marcelin et BEN CHENEB, Mohammed et LENTIN, Albert, Dictionnaire pratique arabe – français : arabe maghrébin, Paris 2006. BEKTACHE, Mourad, “Officialisation de la langue amazighe en Algérie : impact sur les attitudes et représentations sociolinguistiques de quelques locuteurs algériens”, en Multilinguales 10 (2018) 1-9. BENALI, Ismaël, “La Prosodie du focus dans les parles algérois et oranais”, Actes de la conférence conjointe JEP-TALN-RECITAL 1 (2016) 554-562. CHACHOU, Ibtissem, “Repenser le champ conceptuel de la sociolinguistique maghrébine à la lumière des impératifs du terrain : le cas du concept de citadinité”, en Revue d’Histoire de l’Université de Sherbrooke 4, 1 (2012)1-18. COUPLAND, Nicolas, “Style : Language Variation and Identity”, en Applied Linguistics 30, 1 (2007) 144-147. EL HADRATI, Latifa, “Le plurilinguisme, quel avenir pour les jeunes marocains ?” in [En ligne]. Disponible en : https://tinyurl.com/ntjb4jtm [consulté le 27/01/2020]. EL MAADANI, Selma, L’évolution des parlers au Maroc : le dialecte marocain progresse, mais reste à Standardiser, in [En ligne]. Disponible en: https://tinyurl.com/wkbam7sm [consulté le 25/01/2020]. FERRANDO, Ignacio, Introducción a la lengua árabe. Nuevas perspectivas, Zaragoza 2001. HAMDI, Ahmed, et al, “Un système de traduction de verbes entre arabe standard et arabe dialectal par analyse morphologique profonde”, TALN-Récital (2013) 395-406. https:// url2.cl/lbD3Z [consulté le 01/01/2020]. KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “A Sociolinguistic Comparison between Algerian and Maltese”, en European Scientific Journal 13,2 (2017) 36-50. KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “L’arabe standard et l’algérien : une approche sociolinguistique et une analyse grammaticale”, en Ikala 24, 3 (2019) 651665. KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Langue et identité algérienne : étude et analyse du texte audiovisuel et le sous-titrage”, en Dirasat : Human and Social Science 47, 3 (2020) 457-470. KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Les proverbes algériens et les proverbes arabes : une étude sociolinguistique et parémiologique”, en Paremia 27 (2018)187-200. KERRAS, Nassima et BAYA ESSAYAHI, Moulay Lahssan, “Reflexión sobre el uso de la lengua argelina: análisis de la situación sociolingüística en tiempos de coronavirus”, en Tonos Digital 40,1 (2021) 1-22. KHELEF, Fatma, “Evolution ethnique et dialectes du Maghreb”, en Synergies 8 (2011) 19-32. LEROUX, Jean, “Langage et pensée chez W. Von Humboldt”, en Philosophiques 33, 2 (2006) 380. MADOUNI – LAPEYRE, Jihane, Dictionnaire arabe algérien – français : Algérie de l’ouest, Paris 2003 MANSOURI, Nabil, (2020) “Algérie : quand les mouvements de contestation libèrent le dialecte algérien”, in Maghreb Emergent [En ligne]. Disponible en https://url2.cl/kzlIf [consulté le 27/01/2020]. MORENO CABRERA, Juan Carlos, La dignidad e igualdad de las lenguas, Madrid 2016.
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