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Les travaux d'Antonio Agustín, à la lumière de lettres inédites à Lelio Torelli

Ferrary, Jean-Louis

Abstract

The correspondence between Antonio Agustín, his associate Jean Matal and the Florentine jurist Lelio Torelli, partly preserved in Pesaro and unpublished unti1 1992, provides us with a lot of informations about Agustín's activities during the years 1542-1553, mainly on his work concerning Greek constitutions, the first redaction of his De legibus, the beginning of his interest for Varro and Festus, and a work on the structure of the Praetor's Edict which was never to be published. Agustin's correspondence is all the more important as his main projects were not carried out but very slowly and partially.

Full text

Jean-Louis Ferrary Paris. École Pratique des Hautes Études ABSTRA CT The correspondence between Antonio Agustín, his associate Jean Mata1 and the Florentine jurist klio Torelli, partly preserved in Pesaro and unpublished unti1 1992, provides us with a lot of informations about Agustín's activities during the years 1542-1553, mainly on his work concerning Greek constitutions, thefirst redatcion of his De legibus, the beginning of his interest for Varro and Festus, and a work on the structure of the Praetor's Edict which was never to be published. Agustin's correspondence is all the more important as his main projects were not carried out but very slowly and partially. Les premiers travaux d' Agustin sur le texte du Digeste, les Emendationum et opinionum libri quattuor et 1'Ad Modestinum liber singularis publiés h Venise en 1543, établirent sa célébrité de faqon éclatante, alors qu'il n'était agé que de 26 ans. Un séjour h Florence en compagnie de son fidble collaborateur Jean Matal, en novembre-décembre 1541, lui avait permis de collationner le célbbre manuscrit des Pandectes Florentines, et i1 avait m&me conGu le projet d'en donner une édition critique, mais la crainte d'Ctre rappelé en Espagne par sa famille l'avait obligé h limiter son arnbitionl. Cette difficulté h réaliser ses projets ne fit que croitre avec les hon- * Le texte de cet article est issu de celui d'une communication faite B Tarragona le 7 octobre 1988, dans le cadre d'un Acte acadkmic d'homenatge a la figura de Josep Finestres i de Monsalvo. Le Professeur Marcos Mayer, qui avait eu l'idée d'associer Agustín B l'hommage rendu B Finestres, m'a ensuite proposé de publier ces pages dans la revue Faventia. Je lui suis reconnaissant de cette double invitation. ' Emend., I, praej (= Opera omnia, 11, p. 5-6):meque id tantum cogitabam, quod pro certo putarem Florentina emendatione mutandum esse conscribere, sed quod in Florentinis ipsis libris mancum aut mutilum aut incertum esse existimarem, et, ut uno uerbo dicarn, omnes L Pandectarum libros ad illorum scripturas a quibus orti sunt reducere. Sed me de cursu nostrorum studiorum illustrissimi uiri Fernandi Cardonensium Ducis sororis uiri iussu et mihi carissime rum fratrum preces, quibus ego nihil negare possum, domum reuocant et nostra cogitata praecipitare cogunt. Accidit tamen percommode, quod hi ipsi libri Laelii nostri opera qui in neurs qui lui échurent bientat, et avec les charges qui en étaient la contrepartie : auditeur ?i la Rote en 1545, nonce en 1555 et 1558, éveque d'Alife en 1557, visiteur envoyé par Philippe 11 en Sicile en 1559, éveque de Lérida en 1561, archeveque de Tarragone, enfin, en 1576. Malgré les 8 volumes que représentent ses Opera omnia (Lucques, 1765-1774), l'importance d'Agustín ne peut pleinement etre appréciée que si l'on considkre les projets qu'il conqut, et dont la réalisation, lorsqu'elle aboutit, fut presque toujours partielle et retardée. Ces projets, heureusement, sont dans l'ensemble assez bien connus griice ?i une correspondance abondante mais disperde. Une publication en fut assez activement préparée dks la fin du 17bme sibcle, par Pedro Valero Diaz, Nicolás Antonio et Diego Domer2. Repris par Gremaximis occupationibus maxima tamen diligentia et ante nostram lectionem et postea usus est, quamprimum in oculos manusque omnium uenient. Itaque nos Laeliano munere contenti maximos illos minutatim singula expendendi labores in aliud tempus reicimuss. Sur l'histoire de la publication des lettres d' Agustin, on trouve un certain nombre d'indications dans I'introduction de C. Flores B son Epistulario de Antonio Agustín (désormais citi Epist.). J'apporte dans cette note et dans la suivante quelques informations complémentaires. P. Valero Díaz (71700) occupa de 1656 ?i 168 1 des charges importantes dans le royaume de Naples, avant de revenir en Espagne et de finir sa carribre comrne Justicia Mayor de Aragón. L'idée de réunir et de publier avec un commentaire la correspondance d'Agustín semble lui ttre venue en 1667, par réaction B l'édition des lettres de L. Latini (cf. Madrid, B.N., ms. 9913, f. 41r, cité par C. Flores, Epist., p. 22). De ses recherches, témoignent les lettres qu'il envoya en 1678 B Antonio Magliabechi (A. Quondam, M. Rak, Lettere dal Regno ad Antonio Magliabechi, Naples, 1978, no 1034-1042), mais surtout les textes réunis dans le manuscrit 9913 de Madrid. On notera cependant que les copies de deux lettres d'Agustín B Diego de Rojas (Epist., no 50 et 61), envoyées par Valero i Magliabechi le 27 septembre 1678, sont accompagnées de notes en latin qui donnent une idée de ce qu'aurait été l'édition que projetait Valer~ : recherches sur la chronologie, identification des personnes citées, assez longs développements sur l'histoire de la littérature espagnole quand l'occasion s'en présente (Florence, B.N., Magl., 11, lV, 533 ). On notera aussi que le manuscrit 9913 de Madrid ne contient pas le texte de toutes les lettres rassemblées par Valero. Y manque par exemple, mtme si elle est signalée B plusieurs reprises (ff 18OV, 181r, 3537, une lettre d'Alciat B Agustín (Epist., no 101) dont Valero envoya une copie i Magliabechi le 22 novembre 1678 (Horence, B.N., Magl., Viií iv, 1, f. 133; cf. Quondam -R&, no 1039). I1 semble par ailleurs que, si Valero découvrit un recueil semblable i la troisibme partie de l'actuel manuscrit 101.9 de la Bibliotbque Capitulaire de Tolbde, son ami Nicolás Antonio (1617-1684). agent général des Espagnes i Rome de 1654 21 1678, avait de son cBté découvert un recueil semblable aux deux premieres parties du mtme manuscrit (cf. Bibliotheca Hispana, 1672, I, p. 97, 102 et 106, faisant référence aux lettres Epist., no 81,52 et 106): or aucune de ces lettres, dont Valero dut au moins avoir connaissance par Antonio, ne figure dans le ms. 9913. Nous savons aussi par Mayáns (O O., II, p. LXXXEí) que Valero, trop pris par ses fonctions judiciaires, décida en 1683 de confier la réalisation de son projet i D .J. Dormer (1649-1705), qui venait en 1680 de publier la correspondance entre Agustín et Zurita dans ses Progressos de la Historia en el reyno de Aragón. C'est ce que confument les lettres d'Antonio B Dormer publiées par E . Julil Martinez d'aprbs le ms. 8395 de Madrid (Revista de la Biblioteca, Archivo y Museo, Ajuntamiento de Madrid, 1935, p. 59-88). Elles nous apprennent que c'est Antonio qui fit connaitre Dormer B Valero (lettres no 35 et 37), et font allusion au désir qu'on avait en France de voir paraitre cette conespondance (lettre no 48, du 18 juin 1683: aque tanto se desea en Francia per estampar>>). De fait, Etienne Baluze gorio Mayáns y Siscar, ce projet fut partiellement réalisé dans l'édition des Opera omnia3. D'autres collections de lettres furent ensuite publiées, notamment par J. Andrés4, puis par F. Miquel Rose115, et un nouveau projet d'édition générale a été récemrnent entrepris par Monsieur Candido Flores Sellés. Le premier volume de son Epistolario de Antonio Agustin (Salamanque, 1980), seu1 paru 2 ce jour, couvre les années 1537-1558. I1 comprend notamment un important échange de lettres entre Agustin et Lelio Torelli, premier auditeur puis premier secrétaire du duc CGme I de Florence, et (1630-1718) venait d'écrire fi Valero, le ler mai: c<iamdudum ausculto de epistolis Antonii Augustini, quas fama erat te uulgaturum ... Oro te, uir illustrissime, nomine eorum omnium qui bonas literas amant, ne diutius protrahas expectationem nostramn (Paris, B.N., Baluze, 354, ff. 204-5). Baluze n'avait pas seulement réédité et annoté le dialogue d' Agustin De emendatione Gratiani (en 1672); une lettre fi Magliabechi du 3 mai 1680 nous apprend qu'on lui avait aussi proposé d'en éditer les lettres, qu'il avait donné son accord, mais que ce projet avait été ruiné par celui de Valero (Florence, B.N., Magl., VIII, lV, 4, ff. 4-5 ; lettre publiée par L.-G. Pélissier dans Annales du Midi, 1891, p. 50-52). il serait intéressant de savoir d'oh venait la proposition faite a Baluze, mais nous n'avons trouvé aucune indication dans ce qui est conservé de sa correspondance fi la B.N. de Paris. I1 y eut en tout cas une assez intense activité autour des lettres d'Agustin dans les années 1660-1680. Le projet le plus avanci, celui de Valero Diaz et de Dormer, n'aboutit pas, mais i1 servit beaucoup, un sibcle plus tard, fi Gregorio Mayáns. La publication de la correspondance entre Mayáns et Pérez Bayer (Mayans, Epistolario, VI, éd. A. Mestre, Valencia, 1977) foumit un certain nombre de renseignements intéressants. Francisco Pérez Bayer (171 1-1794) avait séjourné en Italie de 1754 fi 1759. C'est grsce i lui que Mayáns fut informé en 1762 du projet éditorial de G. Rocchi, et i1 proposa aussitbt de le compléter grsce aux textes dont i1 disposait, ou dont Pérez Bayer et Manuel de Roda (1708-1782), alors agent générai des Espagnes i Rome, avaient pris ou prendraient une copie (Mayáns fi Pérez, Ep., VI, no 137, du 3 mai 1762). Pérez Bayer, pendant son iter Italicum avait notamment signalé i Mayáns les lettres d' Agustin fi Panvinio conservées fi Milan (Ep., VI, no 116), puis les lettres conservées & la Vaticane (Ep., VI, no 128). Roda en 1762 promit sa collaboration (Ep., VI, no 139), et ce n'est qu'en 1765 qu'il quitta Rome, pour devenir ministre de Charles EI. On ne trouve pourtant pas dans les O. O. toutes les lettres dont Mayáns, Pérez et Roda connaissaient l'existence: manquent ainsi les lettres i Panvinio, celles de l'actuel ms. 94 de laBibl. Univ. de Barcelone, que Mayáns avait espéré publier dbs 1734 (Vida, dans Obras completas, I, éd. A. Mestre Sanchis, Valencia, 1983, p. 194; cf. Ep., VI, no 138; C. Flores, Epist., p. 16), ou encore les lettres fi P. Chacón que fit copier Roda, et qui sont actuellement conservées & Saragosse (C. Flores, Epist., p. 2425). Mais Pérez tenait de Roda la copie de lettres conservées i la Vaticane (Ep., VI, no 139 : peut-Etre l'actuel Scor. J-II-22), notamment d'une importante série de lettres fi Orsini, et Mayáns put utiliser, parmi les textes réunis par Valero, l'actuel ms. 9913 de Madrid alors possédé par son ami Femando Jose de Velasco (cf. O.O., II, p. C ; ex-libris de Velasco sur le f 347" du ms.). Pourtant, de mEme que le ms. 9913 ne contient pas toutes les lettres qu'avait réunies Valero, l'édition des 0.0. ne publiera pas toutes les lettres du 9913: manquent les lettres Epist., no 140,142 et 143. J. Andrés, Antonii Augustini archiepiscopi Tarraconensis epistolae latinae et italicae nuncprimum editae, Parme, 1804. Essentiellement les lettres i Panvinio de l'dmbrosienne, et 106 lettres de et fi Agustin conservées dans un manuscrit redécouvert i Rome en 1776 par Gaetano Marini, custode de la Bibliothkque Vaticane, et actuellement conservé & la Bibliothbque capitulaire de Tol&de (ms. 101.9). F. Miquel Rosell, Epistolaxio de Antonio Agustin. Ms. 53 de la Biblioteca Universitaria de Barcelona, Anal. Sacra Tarraconensia, 1940, p. 121-202. surtout auteur, avec son fils Francesco, de la grande édition des Pandectes Florentines imprimée par Torrentinus en 1553. Deux lettres d'Agustín et neuf de Torelli avaient été publiées dans les Opera omnia6, vingt-cinq autres lettres d'Agustín le furent par Andrés en 1804', et ce sont ces lettres, connues d'aprbs des copies conservées B Tolbde et B Madrid, qu'a rééditées C. Flores. I1 lui a échappé en revanche que la Biblioteca Oliveriana de Pesaro conserve les originaux de 41 lettres d'Agustín B Torelli, dont 29 inédites8, ainsi que de 12 lettres de Matal au m6me orelli^, qui complbtent souvent les indications fournies par celles d'Agustín: B Rome, notarnment, i1 arrive que Matal écrive au nom d'Agustín, trop occupé par ses activités. Toutes ces lettres restent non reliées et non numérotées, la critique interne permettant seule de dater celles d' Agustín, oii l'année n'est jarnais indiquée. On trouve par ailleurs, au bas ou au verso d'un certain nombre de ces lettres, des minutes de réponses de la main de Torelli, difficiles B déchiffrer mais fournissant elles aussi un certain nombre de renseignements interessants. Les lettres ont do entrer B la Biblioteca Oliveriana avec le fonds Giordani: Torelli avait marié sa fille Giovanna B un membre de cette noble famille de Pesaro, et ce Camillo Giordanilo dut hériter d'une partie des papiers de son beau-pbre. La correspondance entre Agustín et Torelli, augmentée des lettres inédites conservées B Pesaro, va de 1542 B 1553, une période cruciale pour les travaux d'Agustín, et elle est particulibrement dense dans les années 1542-1546: la fin de son séjour B Bologne et les débuts de son séjour B Rome, oii i1 arriva le 23 octobre 1544. C'est 21 la lumibre de cette docuLes deux lettres d'Agustín sont Epist., no 95 (la partie de cette lettre imprimée en the du De militiis ex casu de Torelli) et 145 (original conservé dans le ms. 5755 de Madrid). Je montrerai ailleurs que les mss. 5754 et 5755 de Madrid, ainsi que le ms. 946 de la Bibl. Univ. de Giessen sont des membra disiecta d'un intéressant manuscrit composé de pibces réunies par les Torelli, qui devint la propriété d'Ant. Magliabechi, fut transport6 en Espagne par Valero Diaz en 1681, et démembré dans la premibre moitié du l8bme sibcle. Des copies de ces 2 lettres, ainsi que des 9 lettres de Torelli, se trouvent dans le ms. 9913 de Madrid réuni par Valero Díaz et utilisé par Mayáns. D'aprbs une copie de l'actuel manuscrit de Tolbde, faite par Marini. Les lettres d'Agustín B Torelli appartiennent Bla premibre partie du ms. Elles constituent une collection apparernment complbte, mais qui s'arrgte le 20 octobre 1543, un an avant qu'Agustin quitte Bologne pour s'établiu 21 Rome. Les lettres de Torelli 1 Agustín appartiennent B la troisibme partie, cahier détaché d'une collection toute différente B l'origine; elles vont du 18 mai 1543 au 13 aoDt 1547; le texte du ms. 9913 de Madrid est sensiblement inférieur B celui de Tolbde; ou i1 n'en est qu'une copie, ou tous deux dérivent d'une mEme copie déjB fort défectueuse. Je reviendrai plus longuement sur ces problbmes de tradition manuscrite dans ma publication des lettres de Pesaro. Pietro Raffaelli, bibliothécaire de 1820 B 1852, a séparé les lettres déjB éditées par Andrés (ms. 1571, fasc. XVII) des lettres inédites (id., fasc. XVIII), dont i1 a également fait une copie. Ms. 1571, fasc. XV. 'O Camillo I Giordani (1517-1585), auditeur B la Rote de Sienne, auditeur du cardinal Del Monte, légat de Bologne, conseiller du duc d'Urbin Guido Ubaldo II, lieutenant général de justice dans les Marches. mentation, dont j'ai maintenant presque achevé de préparer une édition comrnentée, que je me propose d'évoquer et de préciser quelques aspects de l'oeuvre d' Agustín. Dans sa préface 2I trois opuscules publiés dans les demiers jours de 1542, et dont le dernier était un responsum 21 une consultation d'Agustín sur les militiae ex casu, Torelli put annoncer qu' au terme d'une double collation i1 disposait d'une copie fidble des Pandectes Florentines, dont l'impression ne dépendait plus que du bon vouloir du Duc CBme I. Cette nouvelle surprit manifestement Agustin, et l'obligea i avertir Torelli de ses propres travaux, les Emendationes et 1'Ad Modestinum, <cquod te subrustic0 nescio quo pudore celauerarn>>ll, I1 lui envoyait en mCme temps le texte des livres I, I1 et IV des Emendationes (le livre IV avait été écrit en premier, le livre I11 le fut en dernier), s'en remettant 2I lui quant au sort qui devait leur Ctre réservé, mais suggérant une publication comrnune de leurs travaux: les Emendationes seraient comme un complément i l'édition des Pandectes Florentines. Ce qui aurait pu Ctre une rivalité conduisant 2I une rupture scella au contraire l'amitié entre les deux homes. Torelli couvrit d'éloges les livres d'Agustín et lui conseilla vivement de les publier au plus tBt, ce qui ne ferait que rendre le public plus impatient de disposer de son édition. La formule n'était pas de pure politesse, mais i1 est permis de penser qu'il songeait surtout au parti qu'il pourrait tirer de l'émotion suscitée par l'ouvrage d7Agustin pour persuader le Duc de l'urgence d'une publication des Pandectes Florentines. Torelli savait bien en effet 2I quelles difficultés se heurterait son entrepise, mCme s'il ne prévoyait sans doute pas qu'elles la retarderaient pendant dix ans12: i1 était hors de question qu'un texte aussi prestigieux que les Pandectes, jouissant surtout auprbs des Florentins d'une aussi extraordinaire valeur syrnbolique, ne fGt pas édité sous l'autorité du Prince; mais i lui faudrait, pour obtenir que CGme s'engagest vraiment, vaincre ce qu'il qualifie lui-mCme de cccunctatio quaedam insita, etiam in his a quibus non est alienus,,13. C'est Tore- 'l Epist., no 108, du 17 février 1543. l2 Sur l'histoire de cette édition, cf. la récente étude de G. Gualandi (Per la storia della editio princeps delle Pandette Fiorentine di Lelio Torelli, dans Le Pandette di Giustiniano. Storia e fortuna di un codice illustre, Florence, 1986, p. 143-198). Les lettres inédites conse~ées B Pesaro foumissent un certain nombre d'indications nouvelles. il apparait notamment que Torelli, ayant appris en mars 1545 que Francesc0 Priscianese projetait de quitter Rome pour Naples, chargea Agustín de lui proposer & nouveau de venir ?I Florence (mais Priscianese préférait Naples, et sa mauvaise santé I'emp&cha de toute fa~on de continuer ses activités d'imprimeur), et que d8s octobre 1546 Arnoldus Arlenius jouait un r61e dans les négociations engagées avec Laurentius Torrentinus. l3 Minute de réponse de Torelli & une lettre d' Agustín du 15 mars 1544 7 ~Neque augurora, ajoutait Torelli, <<illum uelle ab alio quam se auctore Pandectarum editionem fieri. Cui sic occursurus sum ut, ubicumque gentium opus cudatur, se auctore futurum id existimet,. C'est en lli en tout cas qui prit les premiers contacts en vue de l'impression des Emendationes par Giunta B Venise. Agustin, cependant, tenait aussi B ce que Torelli lui fit des remarques critiques qui lui permissent d'améliorer son texte. Seules nous sont parvenues les observations de Torelli concernant 1'Ad Modestinum, qui n'étaient sans doute pas les plus intéressantes, dans la mesure oii Torelli n'avait qu'une médiocre connaissance du grec. Du moins avons-nous la chance de conserver aussi la copie que Torelli avait fait faire du manuscrit dYAgustín (Madrid, B.N., ms. 5755, ff. 53-82), et pouvons-nous ainsi comparer le texte primitif d' Agustin, les remarques de Torelli, et le texte imprimé aprbs réception de ces remarques. Un autre document fort intéressant est conservé B Pesaro, parmi les lettres inédites d'Agustín : i1 s'agit de sa réponse B une premibre série de remarques de Torelli sur les livres I B I11 des Emendationes, notes qui durent Ctre jointes B une lettre du 16 avril 154314, Si 1' on ajoute les remarques d' Agustin sur le De militiis de Torelli (lettre du 9 décembre 1542, Epist., no 100, dont l'original conservé B Pesaro est sensiblement plus complet que le texte connu depuis 1804), nous pouvons nous faire une idée de l'importance et de la nature des corrections apportées par chacun des deux amis sur les conseils de l'autre. Je me limiterai B deux observations. La premikre est qu'Agustin se montre B la fois plus soucieux que Torelli d'elegantia, de classicisme dans le choix des mots et l'expression latine15, et plus respectueux d'une tradition juridique qui allait d' Accurse Zasius et Alciat, en ne condamnant que les Bartolistes attardés: i1 fut de ce point de vue l'un des meilleurs représentants de ceux qui, un sibcle aprbs la polémique de Lorenzo Valla, cherchaient a réconcilier totalement esprit humaniste et tradition juridique. Ma seconde remarque concerne la conception que se faisaient Torelli et Agustin d'une nouvelle édition des Pandectes. Agustin ne doutait pas de l'éminente supériorité de la littera Florentina, et Torelli parvint B le convaincre que tous les manuscrits conservés du Digeste dépendaient de celui de Florence. Mais Torelli voulait donner une sorte d'édition diplomatique des Pandectes Florentines, et i1 est significatif qu'il ait eu tendance B privilégier le texte primitif, aux dépens mCme des corrections anciennes de ce manuscrit. "Vt uero ueterem semper scripturam sequaris, non probo>>, lui objecte Agustin16 ; <<essent - aotit 1546, B l'occasion d'une proposition de Gryphius pour laquelle le juriste et diplornate Ernilio Ferretti sernble avoir joui un r6le important, que le Duc déclara clairement son refus de toute irnpression hors de Florence (Epist., no 149), minant ainsi, en m&me temps que celui de Ferretti, le projet d'Agustín de faire imprirner les Pandectes B BUe sous le contr6le de Matal. l4 Epist., no 114. La lettre et les trois pages de remarques intitulées <<de his quae me humanissime admones, ita sentia, ont d'ailleurs le rn&me filigrane. l5 La lettre du 9 décernbre 1542 contient toute une série de critiques formelles de ce genre, qui ont été volontairement laissées de c6té dans la copie du rns. de Tolbde. l6 Dans les remarques signalées dans la note 14. enim ornnia addita aut emendata abicienda, quod nemo ferret. Vtriusque scripturae lectores admonere tuum munus esse arbitror. Haec de ueterum emendatione existimo, sed recentem abiciendam esse non dubito)). Agustín au contraire accordait grand intérCt aux corrections anciennes, et y voyait la preuve des irnperfections du manuscrit de Florence: cc(menda) quae ablata sunt ostendunt ad alicuius libri exemplum eos libros emendatos; quae adhuc deprehenduntur indicant non ut singulare quoddam iuris monumentum, ut nunc merito habentur, initio habitos eos libros>)17. C'est pourquoi l'édition qu'il aurait voulu donner aurait été une édition critique, et non diplomatique, des Pandectes Florentines; c'est pourquoi i1 ne fut pas totalement satisfait par l'édition de Torelli18; et c'est pour cette raison aussi que les Emendationes n'ont pas perdu tout intérCt aprbs 1553: la critique de l'édition Haloander de 1529 était désormais inutile, mais non les considérations crítiques sur les Pandectes Florentines elles-mCmes. Aussitet aprbs l'achbvement des Emendationes, Agustin commenga B se consacrer B une collation des collections canoniques19, mais les Novelles et les constitutions grecques du Code ne tardbrent pas B Ctre également, et pour longtemps, l'objet de son attention. Lors de son premier séjour B Florence, déji, i1 s'était intéressé B un manuscrit des Novelles alors conservé B la bibliothbque du couvent de San Marco (l'actuel Laur. LXXX.4), et avait constaté qu'il était plus complet que l'édition donnée par Haloander en 1531. Aussi, dbs sa premibre lettre ?i v orelli^^, lui demande-t-i1 une copie des formules des préfets du prétoire alors inédites, qui se trouvaient B la fin. I1 eut vent par ailleurs du manuscrit de Bessarion conservé B la Bibliothbque ~arcienne-de Venise (Marc. gr., 179): Viglius déjB avait pu le consulteren 1533, par l'entremise de Bembo, et ses notes avaient été utilisées dans l'édition hervagienne de 1541. Matal, envoyé en éclaireur en novembre 1542, ne put le voir. C'était pour Agustín une raison de plus d'aller luim&me B Venise surveiller l'impression de ses Emendationes, et ce séjour (juin-septembre 1543) lui permit de disposer d'une collation rninutieuse du Marc. 17921, de se procurer aussi une copie de l'épitomé latin des Novelles " Emendationes, 1,l (= 0.0.. 11, p. 9). Is Assez proche de la position d'Agustín était celle de son ami et collaborateur Jean Matal, telle qu'elle ressort des remarques envoyées 2i Torelli aprBs lecture des toutes premisres épreuves de son édition: dn quibus dissentiam ab editione Florentina in pnmo Pandectarum ternione, quem solum tantum uidi, (Giessen, Bibl. Univ., ms. 946, ff. 6265 ; texte édité par Fr. G. Osann, Pomponii de origine iuris fragmentum Giessen, 1848, p. 109-121). l9 Epist., no 114. 20 Epist., no 82, du 4 février 1542. Remarquons que la lettre commence bien, dans la copie de TolBde, avec <<scripsissemx (Andrés) et non ascripseram* (Flores). C'est donc la premiBre qu' Agustín envoya 2i Torelli, un mois environ aprks son retour de Florence. 21 Collation d'un exemplaire de l'édition Haloander (Escorial, impr. 82.V1.4) et copie manuscrite des novelles non éditées par Haloander (Scor. I$. 1.7): cf. C. Flores Sellbs, Antonio do h l'antécesseur J~lianus~~, Dans les mois qui suivirent, Matal collationna le Julianus d'Agustin avec un manuscrit appartenant h Alciat, tandis qu' Agustin demandait de nouveau B Torelli de lui faire obtenir une collation du manuscrit de Florence. Bien qu'on eOt découvert B cette occasion que les feuillets contenant les formules des préfets du prétoire avaient disparuZ3, et qu7Agustin eQt dQ les copier h Bologne d'aprhs une copie du manuscrit de Florence faite par Bolognini, i1 finit par obtenir que le manuscrit de Florence lui fOt envoyé B Bologne, oh i1 put le confronter avec les collations déjh faites B Venise, et vérifier que l'édition de Haloander n'en dépendait qu'indirectement, i travers la copie de BologniniZ4. Tous ces travaux auraient dQ aboutir B une nouvelle édition des Novelles réunissant un texte grec fondé sur la consultation directe du Marcianus et du Laurentianus, l'épitomé de Julianus, et enfin 1'Authenticum (le texte latin seu1 connu jusqu'i l'édition de Haloander). Une longue lettre h Diego Hurtado de Mendoza datée du ler aoQt 1544~~, qui aurait pu devenir l'épitre dédicatoire d'une édition imprimée, donne m&me l'impression que le manuscrit était alors achevé, et qu'une copie en fut envoyée h Mendoza. Mais une lettre inédite B Torelli datée du 27 aoQt montre qu'en fait le projet n'avait pas encore été réellement meni B bien. <cEgo hasce nouellas, arbores non satis excultas, reliqui, quas malui hoc tempore siluescere quam, si eas nimium festinanter incidissem, brumae frigoribus exarescere,,, écrit Agustín, et i1 précise qu'il n'a pas encore achevé la collation du manuscrit de Florence avec les notes prises h Venise: ccsed tamen Marcianum hunc librum abs te missum cum nostro ad Venetum exemplar emendato contuli magna ex ~arte,,'~. A cette date, en Agustin y las Novelas de Justiniano. Una frustrada edición, Proc. 6th Intern. Congr. of Med. Canon Law, Vatican, 1985, p. 56-8. 22 Epist., no 129, du 20 ociobre 1543. 23 Les folios dérobés au Laurentianus LXXX.4 sont finalement parvenus la Bibl. Univ. de Leiden (Perizonianus F.35), oh ils n'ont été que récernment identifiés (K.A. De Meyier, Scriptorium, 6, 1952, p. 89-91). 24 Lettre inédite du 7 juillet 1544: aeodem die quo Marcianum librum accepi, rescripsi litteris tuis, ut certior quam primum fieres eum esse ad me delatum ... Quod ad eum librum attinet, omni cura liber esto. Est enim apud me eo loci quo dignus est. Nam, ut ad te scripsi, quamuis Praefectorum formae fuerint ab eo ablatae post peregrinationem illam Ethruscam meam, tamen rnihi ualde est carus, propterea quod ex eo Bononiensem, quem Haloander descripsit, sumptum esse uideo. Formas autem illas, item recentium aliquot Impp. Nouellas, ex hoc Lud. Bolognini descripsi*. 25 Epist., no 137. 26 Un exemplaire de l'édition hervagienne de 1541 (Escorial, impr. 118.1V.20) fut utilisé pour cette double collation, avec les collations déjB faites B Venise et avec le manuscrit de Florence. En cas de désaccord entre les le~ons des deux textes, Agustin les identifie en indiquant respectivement VEN. et F%. Mais i1 appara3 aussi qu'il était all6 moins loin qu'il voulut le faire croire ?i Torelli, s'interrompant au début de la novelle 39. C. Flores Sellés a eu le mérite de signaler ce volume, sans pourtant I'interpréter correctement (Proc. 6th Intern. Cong. Med. Canon Law, p. 57-8). tout cas, Agustin avait décidé de laisser morir son édition des Novelles, et se consacrait B son De legibus: ccnunc est in manibus, quod Metellus noster inchoatum uidit, de legibus opus nescio quod~. La raison principale de cette interruption fut sans doute l'espoir de découvrir de nouveaux textes dans les bibliothbques de Florence, et surtout dans celles de Rome oii i1 allait bient8t se rendre, de retrouver en particulier d'autres novelles ainsi que les constitutions grecques du Code, autre lacune de l'édition Haloander du Corpus Iuris Ciuilis, sur la piste de laquelle i1 avait été mis B Venise déjh, par la découverte dans le Marcianus de la constitution C., 8,10,12 : ccneque enim dubito>>, écrit-i1 dans la lettre B Mendoza, ccalios extare ueteres Nouellarum codices>>; et i1 signale dans la m&me lettre l'intéret, pour la découverte non seulement de novelles mais aussi de constitutions grecques du Code, que devrait avoir le texte des Basiliques, ccquod Romae esse audio>>. Les recherches confiées ZI Matal dans la Bibliothbque Laurentienne puis dans les bibliothbques romaines lui permirent de découvrir notamment les constitutions conservées, intégralement ou résumées, dans la collectio XXV capitulorum et la collectio tripertita, ainsi que dans d'autres textes byzantins27, Le ler février 1546, Agustin envoyait B Torelli la traduction latine des constitutions redécouvertes, précédée d'une lettre qui retra~ait l'historique de ses recherches2*, mais i1 savait que d'autres textes restaient 2 trouver, et faisait copier B cette fin tous les textes juridiques byzantins disponibles. Pour avoir le texte des livres 28 et 29 des Basiliques, i1 n'hésita pas B envoyer Manuel Provataris B Florence, dans l'autornne 154729. A Rome, i1 n'était pas moins actif. I1 obtint que le cardinal Ridolfi lui laissiit faire une copie de son manuscrit des livres 45 B 48 des basi li que^^^, et fit venir de Palancia un ma27 Sur les recherches de Matal dans les bibliothques de Florence puis de Rome, cf. A. Hobson, The iter italicum of Jean Matal, Studies in the Book Trade in Honour of Graham Pollard, Oxford, 1975, p. 33-61. La collectio XXV capitulorum copiée B Florence d'aprbs le Laur. LVI.13 est actuellement contenue dans le Vat. gr. 1185, ff. 314-347. Matd eut recours aux services de J. Mauromatis, qui devait dors se trouver B Florence avec Arnoldus Arlenius (cf. Epist., no 142: gillud uirgula quadam, ut aiunt, diuina contigisse, ut Jacobus Mendoza legatus cum graecis scriptoribus Arlenium huc mitteret: itaque homm tum moribus, tum importunitate (namque eas descripserunt) euenisse ut litteras reditum quoque ... in Vrbem meum morarentur)) I1 faudrait comger le texte de la copie de Tolbde, Mata1 ayant sans doute écrit <<opportunitate)), et en tout cas <<moris,). Les autres compilations byzantines furent copiées B Rome. 28 Madrid, B.N., ms. 5755, ff. 1-52. Pour la lettre, Epist., no 145. 29 Lettres inédites h Torelli du 11 septembre et du 5 novembre. Le manuscrit copi6 par Provataris est le Laur. LXXX.ll ; la copie (no 178 du catalogue des mss. grecs d'Agustin = Scor.Z.I.7) a disparu. Provataris avait déjh copié pour Agustin le Vat. gr. 1184 et une partie du Vat. gr. 1185. Cf. i3 son sujet P. Canart, Les manuscrits copiés par Emmanuel Provataris (1546-1570), Mél. E. Tisserand, VI, Studi e Testi, 236, Vatican, 1964, p. 173-287. 30 Cf. Epist., no 151 (13 aoíit 1547).