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Fragmentation des États et unités transnationales : le cas de la Galice et du Nord du Portugal

Fernández Pasarin, Ana-Mar

Abstract

Fernández Pasarin, Ana-Mar

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Fragmentation des États et unités transnationales. Le cas de la Galice et du Nord du Portugal ANA-MAR FERNÁNDEZ PASARÍN Universitat Autònoma de Barcelona WP núm. 228 Institut de Ciències Polítiques i Socials Barcelona, 2003 2 L'Institut de Ciències Polítiques i Socials (ICPS) [Institut des Sciences Politiques et sociales] est un consortium créé en 1988 par la Diputación [Conseil général] de Barcelone et l'Universitat Autònoma [Université autonome] de Barcelone, cette dernière institution étant celle à laquelle il est attaché à des effets académiques. “Working Papers” est l'une des collections publiées par l'ICPS, spécialisée dans la publication –dans la langue originale de l'auteur– de travaux en élaboration d'investigateurs sociaux, dans le but de faciliter leur discussion scientifique. Leur inclusion dans cette collection ne limite pas leur postérieure publication par l'auteur qui préserve l'intégrité de ses droits. Ce travail ne peut être reproduit sans l'autorisation de l'auteur. Edición: Institut de Ciències Polítiques i Socials (ICPS) Mallorca, 244, pral. 08008 Barcelona (España) http://www.icps.es © Ana-Mar Fernández Pasarín Dessin: Toni Viaplana Imprimerie: a.bís Travessera de les Corts, 251, entr. 4a. 08014 Barcelona ISSN: 1133-8962 DL: 3 Introduction Cette réflexion est née d’un constat: les États-nations ne sont pas des constructions homogènes. La diversité régionale est un élément intrinsèque aux États quelle que soit leur structure ou leur histoire. Différences démographiques, économiques, politiques et parfois même culturelles amènent à relativiser l’un des fondements de l’État moderne: le principe d’unité à l’intérieur des frontières politiques. Ainsi, par exemple, le Portugal. Bien que les auteurs de l’historiographie nationale aient souvent considéré l’espace portugais comme un ensemble indifférencié, la diversité régionale constitue l’une des caractéristiques majeures de la réalité portugaise. Comme l’a souligné Pierre Birot, si l’on essayait d’établir un portrait bien défini du portugais “type”, cet exercice aurait quelque chose d’artificiel. “Comment pourrait-on, en effet, y faire entrer à la fois, l’Alemtejano austère, le Minhote, qu’on dit le Flamand de la Péninsule, et l’homme d’Algarve, si semblable à l'Andalou?”1. Le Portugal est une terre de contraste. Contraste démographique entre un littoral à forte concentration de population et un intérieur en voie de dépeuplement où, sur un peu plus du quart de la surface totale (la zone s’étendant de Braga à Setúbal), vivent deux tiers de la population. Contraste économique également entre une frange côtière qui concentre les quatre cinquièmes du PIB, les neuf dixièmes de la production industrielle et des services et où se trouvent situés les principaux pôles de développement portugais (l’axe Porto-Lisbonne) et un interland confronté aux blocages des régions de vieille tradition agraire. Contraste politique enfin entre un Nord globalement conservateur où l’Eglise reste une puissance sociale fondamentale et un Sud progressiste où le taux de naissances hors mariage reste l’un des plus élevés d’Europe. Dans le cadre de la péninsule ibérique, le cas de l’Espagne est tout aussi représentatif. Les zones périphériques concentrent environ deux tiers de la population sur moins d’un tiers du territoire national. Phénomène 4 ancien que les évolutions démographiques récentes ont tendu à confirmer et qui révèle une claire sectorialisation de l’espace, une accentuation des inégalités spatiales entre des zones centrales de croissance commerciale et industrielle et des zones périphériques où il existe une dévitalisation poussée et une prédominance du travail agricole de faible productivité. Comme au Portugal, seules les capitales de l’intérieur et, en particulier, le pôle madrilène, sont parvenues à contrer l’ampleur de ce phénomène. En 1985, les cinq provinces les plus développées du pays (Madrid, Barcelone, Biscaye, Guipuzcoa et Valence) fournissaient approximativement 42% de la production totale et 55% du revenu national2. Les données observées aujourd’hui sont le résultat de données complexes de l’histoire économique et politique du pays. Le développement du commerce maritime, le processus d’accumulation capitalistique dans quelques pôles urbains, la politique d’industrialisation et d’infrastructure publique (notamment la construction des principaux axes de communication) qui s’accéléra à partir des années 60 et, surtout, l’intensification des flux migratoires internes qui ont secoué le pays depuis les années 1940, mouvements nourris par un exode rural important, sont autant d’éléments qui ont contribué à l’essor des zones littorales au détriment de l’arrière-pays. Cette hétérogénéité de type économique et sociale se double d’un contraste sur le plan politique. L’unité politique, réalisée au début des Temps Modernes, a rassemblé dans le même ensemble étatique des régions très différentes de par leurs traditions historiques, leur culture et, dans certains cas, leur langue. Malgré les efforts centralisateurs de la monarchie, notamment sous la dynastie des Bourbons, les tendances régionalistes à l’autonomie, voire même à l’indépendance, y furent toujours très vives, notamment dans les régions périphériques: Pays Basque, Catalogne et dans une moindre mesure la Galice. Dans ces deux premières régions, le mouvement autonomiste voire séparatiste est si fort qu’il modèle des systèmes de partis tout à fait particuliers. Dans ces “centres économiques distincts et en conflit avec le centre politique”, le développement économique et la périphérisation politique ont eu comme 5 effet de mobiliser une importante partie de la population en vue de la réalisation d’un projet nationaliste3. De tous temps, l’histoire de l’Espagne a porté l’empreinte de cette opposition4 que rappelle cette célèbre formule “Espagne, État-Nation ou État de Nations”: la tension récurrente entre un centre mû par le souci de constituer un État espagnol unitaire et, d’autre part, une périphérie désireuse de faire valoir un particularisme historique longtemps muselé. C’est dans ce cadre qu’il faut appréhender l’actuel Régime des Autonomies5. Mis en place en 1978, cet arrangement constitutionnel représente un compromis juridique entre les partisans du maintien d’un pouvoir central fort et les tenants d’un véritable fédéralisme. Une fois adoptés les Statuts des trois nations dites historiques (Pays Basque, Catalogne et Galice), les Pactes Autonomiques de 1981 ont étendu le principe d’autonomie territoriale à l’ensemble du territoire national. Malgré l’important flot de critiques soulevées par la généralisation du processus, notamment en ce qui concernait la délimitation administratives des Communautés Autonomes (CC.AA) nouvellement créées6, le Régime des Autonomies n’en demeure pas moins un processus continu dans lequel la décentralisation administrative s’est accompagnée d’importants transferts de compétences et de ressources ainsi que de la création de véritables consciences régionales. Désormais, les CC.AA ont une capitale politique, siège du Parlement et du Gouvernement autonomes. L’administration s’est trouvée rapprochée des citoyens et de leurs problèmes et une classe politique s’est constituée qui est devenue crédible auprès de citoyens dont elles traitent les problèmes quotidiens. Pour reprendre la formule utilisée par Michel Drain, “L’Espagne moderne a cessé d’être invertébrée”, elle y est parvenue par l’obtention d’un équilibre entre un pouvoir central fort et un pouvoir régional qui ne cesse de s’affirmer7. Fragmentation des États et existence d’unités transnationales Cette diversité qu’Emmanuel Todd qualifie d’anthropologique dans 6 son important ouvrage intitulé L’invention de l’Europe, n’est pas spécifique à la Péninsule Ibérique. Elle se reproduit dans la majeure partie des pays européens. Et ce faisant, elle nous rappelle que les États sont des constructions politiques forgées au fil des siècles et des avatars historiques. Les processus d’édification étatique et nationale ont rassemblé en leur sein des territoires et des peuples distincts de par leur culture, séparant, dans le même temps des ensembles adjacents dont la proximité géographique avait contribué à forger une certaine communauté de culture, de langue, socio-économique et même politique. Résultante de ces deux phénomènes, par ailleurs corrélatifs: l’existence simultanée d’ensembles étatiques fragmentés et, d’autre part, de socles homogènes qui débordent les cadres nationaux8. Cette double constatation amène à s’interroger sur le pouvoir des frontières politiques: dans quelle mesure celles-ci peuvent-elles effacer une unité géographique, anthropologique et culturelle liée au temps long? Dans quelle mesure, les démarcations politiques parviennent-elles à différencier du fait de leur intégration dans leurs cadres nationaux respectifs, des régions limitrophes au départ similaires? Etude de cas: la Galice et le Nord du Portugal Notre choix pour tenter de soupeser cette idée s’est porté sur deux régions géographiquement voisines mais appartenant à deux États distincts: la Galice, région du Nord-Ouest de l’Espagne et le Nord du Portugal, région portugaise située au sud de la Galice. Située à l’extrême nord-ouest de la Péninsule Ibérique, la Galice tire son originalité de son appartenance au domaine du climat atlantique et d’une certaine parenté culturelle avec les civilisations celtiques ainsi que par l’usage d’une langue propre dérivée du galaïco-portugais, le galicien. Région dont l’étendue est comparable à celle d’un État comme la Belgique, divisée depuis 1833 en 4 provinces (La Coruña, Pontevedra, Lugo et Orense), elle est, depuis 1978, constituée en Communauté Autonome. A la différence de l’Espagne, le Portugal n’a pas de régions clairement délimitées. Mis à part les archipels atlantiques dont l’éloignement de la 7 métropole a contribué à les pourvoir d’une autonomie reconnue par la Constitution de 1976 et, dans une moindre mesure, l’Algarve (demeurée jusqu’au début du XIXème siècle un petit royaume autonome jumeau du Portugal), seule région du continent dont les limites ne sont pas mises en cause, aucune autre région portugaise n’est susceptible d’une définition incontestée. En 1989 furent, néanmoins, constituées cinq régions de programme sur le continent. Les critères de leur découpage firent l’objet de nombreux débats portant moins sur les identités territoriales en jeu que sur des problèmes d’aménagement ou d’équilibre politique. La solution finalement adoptée consista en l’association du littoral et de l’arrière-pays pour les régions Nord et Centre et en la distinction d’une zone économiquement dynamique, celle de Lisbonne-Val de Tage, d'une aire déprimée, celle de l’Alentejo. Ces démarcations n’ont pas servi de cadre à l’établissement d’un véritable pouvoir à l’échelon régional. Pour le moment, ces structures administratives, outre le fait de présenter des disparités importantes, demeurent des émanations du pouvoir central sans de véritable représentativité9. Le découpage administratif ne bénéficiant pas d’une réelle représentativité, nous avons choisi de nous baser sur un critère historique pour déterminer les “frontières” du Nord du Portugal. Aussi avons-nous décidé de porter plus spécialement notre attention sur le territoire correspondant à l’ancien Comté de Portucale. Outre son caractère historique, cet espace présente une certaine unité géographique, économique, culturelle et politique, distincte de celle du Sud portugais. Aujourd’hui cet espace comprend globalement les neufs districts suivants: Viana do Castelo, Braga, Vila Real, Bragança, O Porto, Aveiro, Viseu, Guarda y Coimbra Notre démarche a consisté en une étude comparée de ces deux régions –Galice et Nord du Portugal tel que nous l'avons défini– d’un point de vue historique, culturel, socio-économique et socio-politique. L’objectif recherché par cette approche est double. En premier lieu, déterminer dans quelle mesure ces deux régions participent d’un socle anthropologique et 8 culturel commun. En deuxième lieu, analyser dans quelle mesure l’appartenance à deux ensembles étatiques distincts a produit une différenciation au sein de ce substrat, à l'origine, commun. La Galice et le Nord du Portugal ou l’existence d’une unité transnationale • La Galice et le Nord du Portugal, une unité géographique La Galice et le nord du Portugal participent tout d’abord d’un ensemble géographique relativement homogène qui les différencie, au gré de transitions infinies (surtout dans le cas du Portugal) du reste de la Péninsule Ibérique: un relief fragmenté et compartimenté, un climat méditerranéen tempéré par la proximité de l’océan, une végétation boisée, etc. Dans tous ces domaines on retrouve les mêmes traits de structure, la même opposition, le même contraste entre les régions côtières et les régions intérieures, le même contraste entre le Minho et le Tras-os-Montes, qu’entre la Galice occidentale et orientale. Ce phénomène s’inscrit néanmoins dans un cadre plus large, celui de la similitude géographique entre régions des confins: le Portugal présente une géographie qui prolonge les grands axes péninsulaires. Ceci est également valable dans le Sud du Portugal, où l’on retrouve la même affinité entre la Beira Baixa et l’Alentejo et, l’Estrémadure espagnole. • La Galice et le Nord du Portugal, une histoire commune jusqu’au XIIème siècle Au-delà de ces ressemblances géographiques, la Galice et le Nord du Portugal ont connu une histoire commune jusqu’au XIIème siècle. Outre l’appartenance parfois mythifiée à la civilisation celtique qui, culturellement, unissait étroitement la Galice et le Nord du Portugal à l’Irlande, le pays de Galle et la Bretagne, il existe depuis l’époque romaine un facteur d’unité entre les différentes populations réunies dans le territoire créé au IIIème siècle PCN de la Gallaecia, province administrative de l’Empire romain, et qui plus tard serait appelée à couvrir le territoire de la future Galice et du Nord du Portugal. Unité nourrie par deux éléments: d’abord l’usage d’une 9 langue commune. C’est en effet à cette époque que s’est formé dans le nord-ouest de la Péninsule, le galaïco-portugais, langue particulière à cette région du territoire ibérique. Le deuxième élément est la création, lors de cette organisation progressive du territoire, d’un réseau de chaussées romaines (à des fins militaires d’abord, commerciales, ensuite). Ces grandes voies de communication qui reliaient les principales villes du nordouest ibérique ont facilités les contacts et échanges entre ces deux peuples, longtemps restés isolés du reste de la Péninsule Ibérique. La chute de l’Empire romain ne marqua pas le terme de cette histoire commune. La Monarchie suève (433-455) qui s’installa dans les régions les plus occidentales de la Péninsule Ibérique et l’éphémère royaume de Galice (1065-1072) dont l’étendue arrivait jusqu’aux rives du Mondego constituent les prochaines étapes de cette histoire en parallèle qui trouva finalement son terme au XIIIème siècle avec la formation du royaume du Portugal et l’intégration de la Galice dans le royaume de León. Il faut noter à cet égard, le rôle joué par les Eglises de Braga et Saint-Jacques de Compostelle. La lutte intense qui opposa l’évêché de Compostelle à celui de Braga pour l’octroi de la condition de siège métropolitain du fragile royaume de Galice constitua l’un des facteurs déterminant de l’élan du Portugal vers son indépendance. • Galice et Nord du Portugal, la similitude des activités productives traditionnelles a. Un système agraire tourné vers l’autoconsommation Malgré une évolution politique divergente depuis le XIIème siècle, la Galice et le Nord du Portugal ont conservé des traits communs. Dès le XVIIème siècle, l’activité économique prépondérante dans ces deux régions, surtout dans les zones côtières, sera une agriculture basée sur un système de polyculture à haut rendement. Ce type d’économie n’est pas le fruit spontané du milieu, mais résulte d’apports successifs10, le plus décisif ayant eu lieu à la fin du XVIème siècle avec la révolution du maïs et l’introduction de l’haricot. Il consiste en une production ininterrompue et poursuit deux objectifs principaux. D’une part, trouver un système qui 16 population active employée dans ce secteur. En 1991, le secteur agricole reste à la fois prédominant puisqu’il rassemblait encore le tiers des actifs (30,2%) et même plus de 40% dans les provinces orientales, et résiduel puisqu’à la même date les deux tiers des actifs avaient plus de 55 ans. Les répercussions socio-économiques du manque de naissances seront spécialement accusées dans les zones intérieures où le taux des personnes de plus de 65 ans dans le monde rural est passé de 9,46% en 1960 à 14,92% en 1970. A l’intérieur même des ensembles provinciaux, des différences existent: ainsi alors que les plus de 60 ans représentaient 16,50% de la population du Concello de Lugo en 1975, dans l’ensemble provincial la même année le pourcentage s’élevait à 22,38%. Le processus de vieillissement de la population, la progressive inversion de la pyramide des âges aura nombre de conséquences: baisse de la productivité, faiblesse des innovations techniques, dépendance accrue vis-à-vis de la sécurité sociale agraire, plus grande pression sur la population active et prégnance du conservatisme socio-politique. Souvent considérée, comme nous disions, la partie active et développée du Portugal, le Nord du Portugal demeure cependant encore éminemment rural. La répartition de l’emploi par secteurs témoigne du maintien de l’importance du secteur primaire (agriculture, sylviculture et pêche) dans le Nord du pays: cinq districts du nord atlantique et intérieur – Vila Real (53%), Viana do Castelo, Bragança, Viseu et Guarda (44%) connaissaient en 1981 un taux d’emploi dans ce secteur très supérieur à la moyenne nationale (28%) avec une population agricole dont la moyenne d’âge se situait aux alentours des 58 ans. Ce phénomène de vieillissement de la population tend à s’expliquer tant en Galice comme dans le Nord du Portugal par l’important flot émigratoire qui a frappé ces régions depuis la fin du XVIIIème siècle. La Galice et le Nord du Portugal, contrées d’émigration L’émigration de type économique qui frappa la Galice et le Nord du Portugal dès la fin du XVIIème siècle acquit une telle proportion que certains auteurs y virent même le destin de deux peuples. Au départ, l’émigration était saisonnière. Les galiciens et les minhotes 17 allaient couper le blé en Castille, en Andalousie ou en Alentejo. Les causes de cette émigration étaient essentiellement à rechercher dans les blocages d’une structure socio-économique où l’importante augmentation de la population n’était pas suivie par les investissements nécessaires qui auraient rendus possible une plus grande productivité. Environ 30.000 galiciens, principalement en provenance de l’intérieur (Orense, Lugo et Saint-Jacques de Compostelle) se dirigeaient ainsi annuellement vers la Castille. Au XIXème siècle, le phénomène de l’émigration perdit son caractère temporaire et acquit une portée sans précédents. Difficilement quantifiable en raison de l’absence de statistiques valables, l’émigration transocéanique –premier de ces grands mouvements migratoires– est le phénomène migratoire le plus important que la Galice ait jamais connu. Entre 1850 et 1900, on évalue à près de 500.000 le nombre de personnes qui ont émigrés vers le continent américain. Entre 1911 et 1970, ce taux s’élève à 1.187.247 galiciens, soit 34% du total espagnol. Cette première vague d’émigration massive et, bien souvent définitive, a surtout concerné les provinces occidentales: entre 1911-1964, 1.105.786 départs ont été enregistrés depuis les ports de La Coruña et de Vigo. Buenos Aires (600.000 galiciens en 1930), Caracas, Montevideo et le Brésil seraient les principales destinations de cette émigration essentiellement d’hommes en âge de travailler. A partir des années 1960, l’émigration massive vers l’Europe industrialisée prit le relais du mouvement transocéanique. L’appel de main d’oeuvre pour les usines allemandes, belges, françaises, etc. en plein essor économique après la Seconde Guerre Mondiale attira les couches paupérisées de la Galice et du Nord du Portugal. On calcule ainsi que les émigrés provenant de Galice représentaient 23,26% du total des immigrés espagnols en Europe. La province la plus touchée par le phénomène émigratoire étant celle d’Orense (39,45% du total galicien), suivie par celle de La Coruña (34,01%). L’émigration portugaise vers les autres pays européens, principalement du centre, réunit, pour sa part, un certain nombre de traits 18 spécifiques dont son arrêt tardif ainsi que son extraordinaire importance relativement à l’ensemble de la population portugaise. Selon Neto, près de 5 millions de portugais auraient émigré entre 1855 et 1979, essentiellement en provenance de la région Nord où 5 districts (Braga, Leiria, Porto, Viana do Castelo, Castelo Branco) rassemblent plus de la moitié des émigrants portugais. On évaluait à 859.438 le nombre de Portugais en France au 1er janvier 1983, soit 21% de l’ensemble de la population immigrée. Ici encore, il s’agit d’une émigration principalement masculine et qui touche essentiellement les districts du nord intérieur: près d’un quart des portugais vivant en France sont originaires du Tras-os-Montes18. Dans aucun autre État de L’Europe méditerranéenne, l’émigration ne fut aussi massive. Selon Drain, ces proportions considérables, qui ne sont d’ailleurs que des évaluations compte tenu de la difficulté d’évaluer l’émigration illégale, s’expliquent en partie par l’allongement du service militaire lié aux guerres coloniales qui incitait plus que jamais les jeunes à quitter leur pays mais aussi parceque la crise qui affectait le Portugal touchait villes et campagnes et que seule Lisbonne et, dans une moindre mesure, Porto, étaient en mesure d’absorber une partie de l’exode rural19. Les effets d’un tel bouleversement furent considérables sur la démographie, les mentalités et la structure de l’économie. En ce qui concerne la population du Portugal, le recensement de 1970 accusa, pour la première fois depuis 1864, un arrêt de la croissance. En dépit de l’arrivée en 1974 et 1975 de plus d’un demi-million de portugais des anciennes colonies, cette croissance ne devait plus jamais retrouver son rythme antérieur. D’autre part, le caractère sélectif de l’émigration, essentiellement des hommes en âge de travailler, aura des conséquences sur la structure par âge, par sexe et professionnelle de la population20. La substitution de la main d’œuvre masculine par celle des femmes a été très nette dans le secteur primaire. En l’absence du mari, du père ou du fils aîné, de nombreuses femmes ont dû prendre en main la survie de l’exploitation familiale. Aujourd’hui, les galiciens et les portugais du nord n’émigrent plus mais 19 la femme reste toujours l’un des piliers de l’exploitation familiale. D’après l’enquête sur la population active de 1986, les femmes représentaient en Galice en 1984, 51,35% de la population active occupée dans le secteur agraire. Au Portugal, en 1980, 35,2% des femmes actives “avec profession” travaillaient dans l’agriculture21 • La Galice et le Nord du Portugal, fiefs conservateurs? En Espagne, les élections législatives de 1977 et 1979 instaurèrent un système à quatre composantes: de gauche à droite: le PCE (Partido Comunista Español), le PSOE (Partido Socialista Obrero Español), l’UCD (Unión de Centro Democrático) et l’AP de Manuel Fraga Iribarne (Alianza Popular). Lors de ces premières élections, les préférences électorales se dirigèrent vers le parti modéré de centre-droite UCD, formation politique démocrate-chrétienne issue de l’aile dite “libérale” de l’ancien appareil franquiste et selon Duverger et Van Laer, bien dans la ligne de l’adaptation de la droite espagnole au processus de transition démocratique22. L’alternance politique qu’impliqua la victoire du Parti Socialiste (PSOE) en 1982 confirma de facto le caractère démocratique du processus amorcé en 1977. Les socialistes se maintinrent au pouvoir pendant près de quatorze années jusqu’au retour à la Présidence du Gouvernement lors des élections législatives de 1996 –retour confirmé en 2000– de la droite incarnée par le Parti Populaire et l’affirmation, comme autrefois de l’UCD, de son caractère centriste. Comme l’ont souligné Duverger et Van Laer dans leur importante étude consacrée à la géographie électorale européenne, l’analyse des comportements politiques portugais dévoile quant à lui, une autre facette du contraste existant entre le Nord et le Sud du pays. A un Nord croyant, attaché aux valeurs familiales et à la tradition répond un Sud globalement athée, sans réelle attache, ni terre, ni famille. Cette opposition se manifeste également dans la vie politique: le Nord a toujours été plus proche des partis conservateurs, de la droite dite classique, PPD-PSD (Partido Social Democrata) et CDS (Partido de Centro 20 Democratico Social). Le Sud plus progressiste a, pour sa part, traditionnellement été enclin à voter pour les partis de gauche (Partido Socialista) et d’extrême-gauche (Partido Comunista portugues). Aujourd’hui, les deux seuls partis disposant d’une assise réellement nationale sont le PS et le PPD-PSD. Le relatif affaiblissement du catholicisme politique et du communisme montrent qu’à l’heure actuelle les Portugais également ont délaissé les extrêmes pour reporter leurs voix sur les deux partis qui se veulent le centre de l’échiquier électoral, le PPD-PSD (centre-droite) et le PS (centre-gauche). Par définition, des partis qui essaient d’avoir une base électorale la plus large possible comme le démontre l’hétérogénéité et la mobilité de leur électorat. Le cas du Parti Socialiste est, dans ce sens, particulièrement clair. Depuis 1975, il présente une géographie équilibrée, sans véritables zones de faiblesse. C’est le seul parti ayant des élus dans tous les districts. Il s’épanouit, comme en France, dans les zones de transition séparant les bastions catholiques conservateurs des forts communistes. L’exemple de cette réalité est la zone centrée sur le Tage, qui constitue une véritable fracture idéologique entre deux ‘nations’. Dans cette région intermédiaire, non dominée par un des blocs durs, le PS frôle la majorité absolue sur la zone de transition proprement dite pour diminuer de part et d’autre dans les fiefs communistes ou conservateurs23. Lors des élections législatives du premier octobre 1995, les socialistes conduit par Antonio Guterres remportèrent 43% des suffrages (109 sur 230 sièges), s’imposant ainsi comme première force politique du pays, suivis par les sociaux-démocrates du Premier ministre Silva avec 34% des voix, et des conservateurs du CDS-PP de Manuel Monteiro qui avaient recueillis 9% des suffrages. L’avancée socialiste s’est trouvée confirmée lors des élections législatives d’octobre 1999. Au milieu de ce panorama péninsulaire, la Galice et le Nord du Portugal apparaissent comme deux fiefs conservateurs. La prédominance des partis dits de la droite classique est une constante de tout le nordouest ibérique. La droite (Partido Social Democrata et Centro Democratico Social dans le Nord du Portugal, Parti Populaire en Galice) y est 21 traditionnellement majoritaire, seulement concurrencée par les socialistes dans les zones fortement industrialisées du littoral galicien et nordportugais (La Coruña, Ferrol, Vigo en Galice, Porto, Aveiro, Braga dans le Nord du Portugal) où l’importante concentration ouvrière et la présence de professions à forte tradition de solidarité (par exemple, les pêcheurs), ont créé les conditions favorables à l’extension du vote socialiste. Dans les zones rurales, en revanche, la domination des partis de droite est particulièrement bien établie. Les partis conservateurs ont trouvé leur terreau dans les campagnes galiciennes et nord-portugaises caractérisées, comme nous l’avons vu, par la micro-exploitation, par des liens familiaux qui restent très forts malgré les fréquentes séparations dues à l’émigration, où l’Eglise reste une puissance sociale fondamentale et le poids des notables sur les esprits, considérable. Finalement, il s’agit d’une société complexe faite d’un tissu complexe de relations sociales diverses fondées sur des coutumes ancestrales encore très vivantes du fait d’un conservatisme latent encore largement dominant. L’orientation politique du Nord du Portugal se traduit globalement par une prédominance des partis de droite, incarnés, comme nous l’avons précisé antérieurement, par le CDS et le PPD-PSD. Créé en juin 1974 par un groupe en majorité issu des milieux universitaires proches à la fois de l’ancien régime salazariste et de certains milieux catholiques conservateurs, le CDS se pose en défenseur des valeurs traditionnelles de la société portugaise. Parti relativement faible et non hégémonique (au niveau national il n’a jamais dépassé 16% des suffrages, résultat atteint en 1976), le CDS couvre essentiellement le Nord du pays et plus spécialement les régions du Nord-Est (Guarda, Bragança et Viseu). Néanmoins depuis 1985, le déclin du CDS s’est entamé de façon drastique. Dans ses trois fiefs principaux, le CDS n’obtenait plus en 1995 que 9,37% des voix à Bragança, 11,47% à Viseu et 9,93% à Guarda. Cet important recul s’est essentiellement réalisé au profit de l’autre parti de droite, le PPD-PSD. Indépendamment du sigle PSD ajouté à une époque où selon Pihno de Campos “le balancier de la vie politique penchait fortement à gauche”24, 22 le PPD-PSD, formation qui appartenait à l’aile dite libérale du parti unique du régime dictatorial renversé le 25 avril 1974, est un parti de centre-droite et d’une bonne partie de la droite électorale25. Son assise électorale sur le continent a longtemps varié aux alentours des 25-30%. Seulement en 1987, son électorat, dont la mobilité est particulièrement notoire, a fait un bond spectaculaire passant à plus de 50% des suffrages, pourcentage encore accru lors des élections législatives de 1991 qui virent la victoire du parti social-démocrate d’Annibal Cavaco Silva avec 51% des suffrages (135 sièges sur 230). Traditionnellement, ce parti concentre la majorité de son électorat dans le Nord et Centre Nord du Portugal. Ainsi, en 1983, il obtenait 43,7% des suffrages à Vila Real et 37,9% à Viseu. En 1987, on passe dans ces mêmes districts à, respectivement 64,6% et 65,9% des suffrages. Selon Todd, l’existence d’un secteur déchristianisé suffisamment vaste semble y expliquer en partie le développement de la social-démocratie. Dans le Nord du Portugal où le CDS a longtemps incarné tout le poids réactionnaire, le PPD-PSD serait en effet apparu comme l’alternative de gauche du conservatisme. Ceci est d’autant plus intéressant que ces deux partis, qui ont gouverné ensemble de 1980 à 1983 (dans la coalition Alianza Democratica), partagent une idéologie plus ou moins similaire, la dénomination libérale attachée au PSD n’étant en effet souvent qu’une question de langage tant ils sont proches des conservateurs26. De même qu’en Galice, la victoire aux élections législatives des socialistes en 1983 n’altéra pas le poids spécifique de la droite dans l’intérieur nord du pays. Uniquement dans les zones urbanisées et industrialisées qui longent la frange côtière de Porto, Braga, Coimbra ou Aveiro (plus Lisbonne et Sétubal au centre du pays) et dans les capitales régionales situées le long des grands axes de communication de la vallée du Douro, le Parti Socialiste parvient à concurrencer l’addition des deux partis de droite27. De même, dans les banlieues ouvrières de Porto ou lors de concentrations massives d’établissements industriels tels ceux que l’on trouve dans les villes de Viana do Castelo, Covilha et surtout Marihna Grande, important centre verrier situé dans la forêt de pins de Leiria, le 23 Parti Communiste dispose d’une certaine assise: 15% dans l’agglomération de Porto, 40% à Marihna Grande. En dehors de ces quelques zones, le poids du clergé, la structure foncière et le conservatisme ambiant, caractéristiques du Nord, marginalisent un Parti Communiste qui dépasse, dans cette région du pays, rarement les 10% (5% dans l’intérieur)28. Depuis 1977, date des premières élections législatives démocratiques après la période franquiste, la droite domine l’espace politique galicien. Catholique, conservatrice et encore éminemment rurale, la Galice est (avec la Communauté Autonome de Castille et Léon) l’une des régions espagnoles où le vote de centre-droite reste le plus important. Depuis 1977, les partis conservateurs se sont succédés à la tête du gouvernement galicien. D’abord, l’UCD de Fernández Albor qui dirigera l’Exécutif galicien jusqu’en 1981. Ensuite, l’Alianza Popular de Manuel Fragua, formation nettement plus conservatrice qui amorcera son évolution vers le centre-droite du spectre politique en 1987, à travers un changement de dénomination (Alianza Popular devient le Partido Popular) ainsi que de direction (José María Aznar –Président du Gouvernement depuis 1996– prend le relais de Manuel Fraga à la tête du principal parti de droite) et qui, aujourd’hui encore se maintient comme première force politique de la Galice surtout dans les zones rurales de l’intérieur galicien où prédominent la petite propriété paysanne et les fidélités traditionnelles, parti seulement concurrencé dans les zones industrialisées du littoral et quelques enclaves de l’intérieur. • La particularité galicienne: la donne régionaliste La forte implantation des partis conservateurs est une constante de tout le nord-ouest ibérique, il existe cependant un trait original qui distingue la Galice du Nord du Portugal, comme par ailleurs, l’Espagne du Portugal: la donne régionaliste Dans le panorama des mouvements autonomistes en Europe, l’Espagne s’impose immédiatement par sa multitude de consciences régionales. Les nationalismes basque et catalan sont cependant les seuls à disposer d’une assise réellement importante. Dans ces deux régions, “centres économiques distincts et en conflit avec le centre politique”29, le 24 développement économique et la périphérisation politique ont donné lieu à la mobilisation d’une importante partie de l’électorat en vue de la réalisation d’un projet nationaliste voire séparatiste. Ce faisant, le clivage centrepériphérie a contribué à modeler un système de partis tout à fait spécifique30. Dans le cas basque, ce projet a même conduit une partie du mouvement nationaliste à la violence, engendrant, selon Duverger et Van Laer, l’un des plus importants partis “anti-système du monde occidental (Herri Batasuna rebaptisé en 1999 Euskal Herritarokk)31. Au milieu de ce panorama, la Galice représente un cas particulier. Considérée avec le Pays Basque et la Catalogne comme l’une des trois nations historiques de l’État espagnol, la Galice prend conscience de sa particularité comme unité différenciée à l’intérieur de l’État espagnol au XIXème siècle. L’idée de cette différenciation –fait essentiellement d’un groupe d’intellectuels galiciens– germe très rapidement dans les années 1840 après la consolidation de la révolution libérale et de ce qu’elle implique: progressive uniformisation et homogénéisation de l’Espagne d’un point de vue économique (création d’un marché national), politique (administration centralisée et division provinciale) et culturelle (alphabétisation obligatoire en castillan). Cette première prise de conscience (le caractère le plus visible étant l’usage d’une langue propre) inaugure un courant idéologique et une pratique politique qui se prolongent jusqu’à l’heure actuelle et qui tendent à être définis dans l’historiographie galicienne des dernières années de “galeguismo”. Ce mouvement a évolué avec le temps. Deux étapes bien marquées sont généralement différenciées, la première s’étendant de 1840 à 1916. Dans la lignée des révolutions romantiques du XIXème siècle, cette première étape se définit comme régionaliste, exalte les particularités de la région et prône son affirmation contre l’avalanche uniformisatrice des États libéraux mais ne parviendra cependant pas à élaborer un projet politique qui défende effectivement cette différenciation. Une seconde phase de formulation théorique et de mise en pratique d’un mouvement politique spécifiquement galicien s’amorce en 1916 avec 25 le création des Irmandades da Fala et du groupe Nós, groupes d’intellectuels concurrents mais surtout avec la création en 1931 du Partido Galeguista. Ce parti constitue la première tentative historique de conversion du nationalisme galicien en un projet politique de masse et interclassiste. La guerre civile interrompra néanmoins cette dynamique socio-politique qualitativement différente. Pendant les presque 40 années de dictature franquiste (1939-1975), durant lesquelles toute expression régionaliste tant culturelle que politique sera muselée, la Galice suivra une évolution comparable à celle d’autres zones de l’État espagnol: passée rapidement sous contrôle nationaliste en 1936, la Galice a globalement appuyé le régime. Malgré cela, depuis les années 60, les importants changements socio-économiques (diminution progressive du poids du secteur agraire –qui même ainsi se maintient à un niveau supérieur à celui du reste de l’État espagnol–, augmentation de la population urbaine et des activités secondaires et tertiaires, etc.) qu’expérimente la Galice, dans la lignée du mouvement général de développement de l’État espagnol à cette date-là, ont favorisé l’essor de l’opposition politique clandestine, et surtout du mouvement ouvrier. À ce sujet, il faut noter que, depuis le début de la guerre civile et jusqu’aux années 1950, les guérillas avaient été les principales manifestations de cette opposition. Elles connaîtront leur apogée dans les années 1944-1951 grâce à la direction politique du parti communiste et à la collaboration des couches paysannes de certaines banlieues galiciennes à longue tradition de lutte agraire (Mariñas, Chantada). Par la suite, l’opposition au régime prendra une forme et utilisera des moyens plus spécifiquement politiques via le développement d’un activisme, toujours clandestin, de partis, syndicats, d’associations culturelles et estudiantines. Durant les années 60, le nationalisme galicien reprend force avec un contenu politico-idéologique cependant très différent: principalement de gauche, doté d’une organisation politique structurée et dirigé tant à la population rurale qu’urbaine, les revendications ne sont plus autonomistes mais indépendantistes. Les années 60 voient ainsi l’éclosion de partis politiques qui tentent de recueillir l’héritage du nationalisme d’avant-guerre en y ajoutant toutefois une nuance de taille, l’autodétermination. Ainsi 32 blocages dus à la vieille civilisation agraire, essentiellement tournée vers l’autoconsommation, et qui deviendra bientôt un facteur de régression et d’appauvrissement. L’émigration massive hors des frontières sera dès lors bien souvent considérée comme la seule issue possible. Organisation sociale et économique auront des conséquences sur le plan des mentalités. La population galicienne et nord-portugaise est réputée particulièrement conservatrice, les liens familiaux restent très forts malgré les fréquentes séparations dues à l’émigration. L’Eglise reste une puissance sociale fondamentale et le poids des notables considérable. Cette mentalité se reflète également dans la prégnance de comportements politiques traditionnellement conservateurs. La droite y trouve les bases régionales de sa domination. Seuls les socialistes et, en Galice, le parti nationaliste de gauche –BNG– parviennent à concurrencer, principalement dans les zones industrialisées du littoral, l’hégémonie de la droite. Les nombreuses similitudes ne doivent cependant pas occulter les différences qui, elles aussi, sont bien réelles. Elle sont liées à l’insertion spécifique de ces deux régions dans leur ensemble national. On ne peut comprendre la Galice qu’en la replaçant dans son système global, l’État espagnol. Pays complexe, présentant des disparités socio-économiques importantes et, resté, malgré des frontières anciennes, culturellement hétérogène, l’Espagne doit simultanément faire face à deux phénomènes, par ailleurs liés: la croissance des inégalités spatiales, d’une part, l’exacerbation des forces centrifuges menaçant son intégrité, d’autre part. C’est dans ce cadre bien particulier qu’il faut replacer la Galice. L’évolution tant économique que politique de cette région ne peut se comprendre qu’en intégrant la dimension centre-périphérie, clivage qui, en Espagne, prend toute sa signification. L’économie de la Galice et, en particulier, son industrialisation restent largement dépendantes des structures et investissements de l’État central. Si le nationalisme n’y a jamais été très puissant et n’a rien de comparable avec l’ampleur des phénomènes basque et catalan, la conscience régionale y est cependant bien réelle. Il suffit pour s’en convaincre de voir à quel point cette question a influencé les programmes des différents partis nationaux, en particulier 33 du Parti Populaire, ainsi que la croissante réceptivité de l’électorat aux propositions de coupe nationaliste. La situation du Nord du Portugal est bien différente. Berceau de la nation portugaise et noyau actif de l’économie portugaise, c’est à partir de cette région, à partir de l’ancien Comté de Portucale que s’est opéré le peuplement du sud du pays et la construction de l’État portugais. Contrastes géographiques, démographiques, économiques mais aussi culturels et politiques existent également au Portugal et permettent, audelà des différences géographiques et des découpages administratifs de distinguer globalement deux grands ensembles, deux Portugal fort différents qui trouvent leur expression la plus pure respectivement dans le Minho et l’Alentejo. Ces deux régions peuvent, de façon très simplifiée, être considérées comme une représentation caractéristique du nord et du sud du Portugal. Cependant, en dépit de ces grands contrastes régionaux, il n’existe pas de parti régionaliste au Portugal. Aux yeux des Portugais, leur pays est une seule et même région. Unifié à l’intérieur de frontières qui ne furent guère modifiées depuis le milieu du XIIIème siècle, le Portugal présente en effet une identité nationale si forte qu’elle va de soi. Il s’agit là d’une différence essentielle entre les deux voisins de la péninsule ibérique, différence qui a marqué et, d’une certaine façon, différencié la Galice et le Nord du Portugal, en tant qu’entités à replacer dans un cadre plus large, celui de leur État respectif. Ceci permet peut-être de mieux comprendre pourquoi, dans les faits, les tentatives de rapprochement entre ces deux régions restent bien souvent à l’état déclaratoire. L’adhésion simultanée de l’Espagne et du Portugal aux Communautés Européennes a ouvert la voie à de nouvelles formules de relations interrégionales45. Un certain nombre de programmes et de réseaux de coopération transfrontalière aux objectifs divers ont été mis en place46 sous les auspices de la Comission Européenne. La “Comunidad de Trabajo Galicia-Norte de Portugal” a également été créée. Toutes ces tentatives semblent vouloir répondre au défi lancé par l’intégration européenne et son volet ‘Europe des régions’. Dans les faits, cependant, et au-delà des gestes et discours politiques, la volonté de voir 34 s’établir et s’exprimer “l’identité commune galaïco-portugaise”, pour reprendre les termes de Manuel Fraga Iribarne, est loin de faire l’unanimité. La Galice n’est pas la simple continuation du Nord du Portugal, ni le Nord du Portugal la prolongation de la Galice. Ces deux régions se ressemblent sur bien des points; il existe des régularités liées au temps long, des traits de structure qui se reproduisent de part et d’autre de la frontière, cependant, ces deux régions ont chacune une identité bien particulière, forgée par leur appartenance à leurs États respectifs, identité qui empêche de les réduire ou même, de les assimiler, l’une à l’autre. Figure 1 Résultats des élections au Parlement de la Galice en nombre de sièges (1981) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice AP 9 5 5 7 26 UCD 5 6 7 6 24 PSdeG-PSOE 6 3 3 4 16 Coalic. Bloque-PSG 1 1 0 1 3 PC de Galicia 1 0 0 0 1 E.G. 0 0 0 1 1 Sièges 22 15 15 19 71 Sigles: AP: Alianza Popular; UCD: Unión de Centro Democrático; PSdeG-PSOE: Partido Socialista de Galicia-Partido Socialista Obrero Español; Coalición BloquePSG: Coalición Bloque-Partido Socialista Gallego; PC de Galicia: Partido Comunista de Galicia; E.G.: Esquerda Galega Source: Parlement de Galice (http://www.parlamentodegalicia.es) Figure 2 Résultats des élections au Parlement de la Galice (1985) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice Coalic. Pop. de Gal. 10 8 7 9 34 PsdeG-PSOE 8 4 4 6 22 Coalic. Galega 2 3 4 2 11 P. Soc. Galego-EG 1 0 0 2 3 BNG 1 0 0 0 1 Sièges 22 15 15 19 71 Sigles: Coal. Pop. de Galicia: Coalición Popular de Galicia (AP+UCD); Coalición Galega; BNG: Bloque Nacionalista Galego Source: Parlement de Galice 35 Figure 3 Résultats des élections au Parlement de la Galice (1989) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice PP 11 8 8 11 38 PSdeG-PSOE 10 5 6 7 28 BNG 2 1 0 2 5 CG 0 1 1 0 2 Sièges 24 15 15 21 75 Source: Parlement de Galice Figure 4 Résultats des élections au Parlement de la Galice (1993) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice PP 13 9 9 12 43 PSdeG-PSOE 6 4 4 5 19 BNG 5 2 2 4 13 Sièges 24 15 15 21 75 Source: Parlement de Galice Figure 5 Résultats des élections au Parlement de la Galice (1997) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice PP 13 9 8 12 42 BNG 6 3 3 6 18 Coal. PSdeG-PSOEEU-EG/Os Verdes 5 3 3 4 15 Sièges 24 15 14 22 75 Sigles: EU: Esquerda Unida Source: Parlement de Galice Figure 6 Résultats des élections au Parlement de la Galice (2001) Provinces/Partis La Coruña Lugo Orense Pontevedra Galice PP 12 9 8 12 41 BNG 6 3 3 5 17 PSdeG-PSOE6 3 3 5 17 Sièges 24 15 14 22 75 Source: Parlement de Galice 36 Figure 7 Résultats des élections au Parlement de Galice (1981-2001) Partis/élections sièges 1981 1985 1989 1993 1997 2001 PP 26¹ 34 38 43 42 41 PSdeG-PSOE 16 22 28 19 15³ 17 BNG 3² 1 5 13 18 17 1En 1981 et 1985, le PP était AP 2En 1981, coalition BNG-PSG 3En 1997, coalition PSdeG-EU-EG-Os Verdes Source: Parlement de Galice Évolution du vote au Parlement de la Galice (1981-2001) 26 34 38 43 42 41 16 22 28 19 15 17 31 5 13 18 17 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 1981 1985 1989 1993 1997 2001 date des élections autonomes sièges obtenus PP PSdeG-PSOE BNG Évolution des principaux partis portugais (1975-1999) Figure 8 Évolution du Parti Communiste Portugais (PCP-PEV) Élections Formation électorale votes (en %) Nombre de sièges 1975 (A.C) PCP 12,52 30 1976 (A.C) PCP 15,29 40 1979 (A.R) APU 19,51 47 1980 (A.R) APU 16,92 41 37 1983 (A.R) APU 18,20 44 1985 (A.R) APU 15,55 38 1987 (A.R) CDU 12,18 31 1991 (A.R) PCP-PEV 8,84 17 1995 (A.R) PCP-PEV 8,61 15 1999 (A.R) PCP-PEV 9,02 17 A.C: Assemblée Constituante A.R: Assemblée de la République PCP: Partido Comunista Portugues APU: Aliança do Pobo Unido CDU: PCP+PEV PCP-PEV: Partido Comunista Portugues-Partido Ecologista-Os Verdes Figure 9 Évolution du Parti Socialiste Portugais (PS) Élections Formation électorale votes (en %) Nombre de sièges 1975 PS 37,56 115 1976 PS 36,73 106 1979 PS 28,20 73 1980 FRS 27,13 71 1983 PS 36,35 100 1985 PS 20,82 56 1987 PS 22,30 59 1991 PS 29,25 71 1995 PS 43,85 111 1999 PS 44,00 112 FRS: Frente Republicano Socialista Figure 10 Évolution du Parti Social Démocrate (PPD-PSD) Élections Formation électorale votes (en %) Nombre de sièges 1975 PPD 26,38 80 1976 PPD 25,23 71 1979 AD (PPD+CDS) 43,47 118 1980 AD (PPD+CDS) 44,40 123 1983 PSD 27,04 73 1985 PSD 29,79 86 1987 PSD 50,15 145 1991 PSD 50,43 132 1995 PPD-PSD 34,00 85 1999 PPD-PSD 32,32 80 PPD: Partido Popular Democratico AD: Aliança Democratica CDS: Centro Democratico Social PSD: Partido Social Democratico 38 Figure 11 Évolution du Parti de Centre Démocratique Social (CDS-PP) Élections Formation électorale votes (en %) Nombre de sièges 1975 CDS 7,65 16 1976 CDS 16,71 41 1983 CDS 12,38 29 1985 CDS 9,74 21 1987 CDS 4,34 4 1991 CDS 4,38 5 1995 CDS-PP 9,09 15 1999 CDS-PP 8,38 15 CDS-PP: Centro Democrático Social-Partido Popular Figure 12 Évolution comparée des résultats électoraux des principales formations politiques portugaises (1975-1999) 1975 1976 1979 1980 1983 1985 1987 1991 1995 1999 PCP-PEV 12,52 15,29 19,51 16,92 18,2 15,55 12,18 8,84 8,61 9,02 PS 37,56 36,73 28,2 27,13 36,35 20,82 22,3 29,25 43,85 44 PPD-PSD 26,38 25,23 43,47 44,4 27,04 29,79 50,15 50,43 34 32,32 CDS 7,65 16,71 AD AD 12,38 9,74 4,34 4,38 9,09 8,38 AD: en 1979 et 1980, coalition électorale formée par PPD+CDS Évolution du vote aux élections législatives portugaises (1975-1999) 0 10 20 30 40 50 60 1975 1976 1979 1980 1983 1985 1987 1991 1995 1999 dates des élections nombre de sièges PCP-PEV PS PPD-PSD CDS 39 Notes Ce working paper est basé sur le mémoire de fin d’études en Sciences Politiques élaboré par Ana-Mar Fernández sous la direction du Professeur Christian Vandermotten et défendu en juin 1997 à la Faculté des Sciences Politiques de l’Université Libre de Bruxelles. La présente version a été révisée en juin 2003. 1. BIROT, Pierre: Portugal: étude de géographie régionale. Paris, Armand Colin, 1950. 2. CAZES, Georges et alii: L'Espagne et le Portugal aux portes du Marché Commun. Montreuil, Bréal, 1985. 3. DUVERGER, Maurice; VANLAER, Jean: 200 millions de voix. Atlas géographique des familles politiques européennes. Bruxelles, Université Libre de Bruxelles-Société Royale Belge de Géographie, 1984. 4. DUBOSQ, J-B.: “La région dans tous ses états: une analyse critique du processus autonomique espagnol (1977-1987)” en BIDART, P. (coord.): Régions, Nations, États: composition et recomposition de l’espace national. Paris, Publisud, 1991, p. 165. 5. Sur l’état actuel de développement du système autonomique espagnol, voir MORATA, Francesc: “El Estado de las Autonomías: veinte años de rodaje” in ALCÁNTARA, Manuel; MARTÍNEZ, M. Antonia (eds.): Política y Gobierno en España. Valencia, Tirant lo Blanch, 2000. 6. Si les quatre régions historiques (La Catalogne, le Pays Basque, Galice et Andalousie) n’éprouvèrent globalement aucun problème à délimiter les provinces devant former leur territoire, la situation était plus délicate pour celles n’ayant pas de véritable conscience régionale. Dans ce cas, le découpage des frontières et les associations provinciales se sont réalisés en fonction de contraintes géographiques, démontrant ainsi parfois l’aspect sinon artificiel du moins hasardeux de la généralisation du processus. Ainsi par exemple à la fin du processus de mise en place, six des dix-sept Communautés Autonomes sont uni-provinciales, ce qui amènera à s’interroger sur l’intérêt de la création et de la superposition d’une nouvelle administration. 7. DRAIN, Michel: Géographie de la Péninsule Ibérique. Paris, PUF, 1993, p. 15. 8. TODD, Emmanuel: L’invention de l’Europe. Paris, Seuil, 1990, p. 18. 9. Il est à noter que, dès 1969, le gouvernement portugais a instauré sur le continent six commissions de planification dont les compétences furent élargies et redéfinies 10 ans plus tard. Les actuelles Commissions de Coordination Régionale, au nombre de 5, sont des régions de programme qui, en 1989, furent considérées comme des unités de second degré dans la nomenclature européenne des unités territoriales à des fins statistiques (NUTS). 40 10. BIROT, P.: Op. cit., p. 63-65. 11. DA SILVA E COSTA, Manuel: Religion et idéologie dans l’instauration de la paysannerie parcellaire au Nord du Portugal. Louvain-la-Neuve, Université Catholique de Louvain, 1985, p. 24. 12. Institut National de Statistiques. site: www.ine.es 13. BOURDIEU, 1962, p. 58 cité par BRANDÃO, Fátima: “Práticas de herança no concelho de Vieira do Minho (1870-1930), Les campagnes portugaises de 1870 à 1930: image et réalité, Op. cit., p. 143. 14. TODD, E., Op. cit., p. 29 et 31-32. 15. DESCAMPS, P.: Le Portugal. Paris, 1935, cité in LIVI-BACCI, M.: A Century of Portuguese Fertility. USA, Princeton University Press, 1971, p. 52. 16. BARREIRO FERNÁNDEZ, Xosé Ramón: Historia de Galicia: edade contemporánea. Vigo, Galaxia,1981, tomo IV. 17. DRAIN, M.: Op. cit., p. 18. 18. NETO, Félix: A migração portuguesa vivida e representada: contribução para o estudo dos projectos migrátorios., Porto, Secretaria de Estado das Comunidades Portuguesas, 1986. 19. DRAIN, M.: Op. cit., p. 17. 20. SAPELLI, Giulio: Southern Europe since 1945: Tradition and Modernity in Portugal, Spain, Italy, Greece and Turkey, London, Longman, 1995, p. 39. 21. Il faut rappeler, pour interpréter correctement ces caractéristiques structurelles, que ce taux d’activité se rapporte à la définition portugaise de la population active “avec profession”, qui ne correspond pas à la définition de la population active d’un grand nombre de pays qui inclut un groupe d’actifs qui, dans le cas portugais, appartiendraient à la catégorie de la population active “avec occupation”. En ce qui concerne la population masculine, les modifications revêtent relativement peu d’importance, mais dans le cas de la population féminine les différences sont de taille étant donné le fait que sont classées dans la population active “avec occupation” les paysannes non salariées. En les additionnant aux femmes classées dans la catégorie population active “avec profession”, le taux d’activité féminin dans le secteur primaire s’élève de façon considérable. Ainsi la grande augmentation observée dans le nombre de femmes employées dans le secteur agraire entre 1970 et 1980 (on passe de 17,7% à 35,2%) est seulement apparente. Elle résulte du fait qu’à partir de 1977, les femmes travaillant dans le secteur primaire se déclarent actives alors qu’auparavant elles se considéraient et donc comptabilisaient comme femmes au foyer. Ainsi des précautions sont de rigueur lorsqu’on analyse les séries statistiques, surtout celles concernant le secteur agraire. Le fait que la Galice présente des taux de chômage exceptionnellement bas dans le secteur primaire (2,8% de chômage masculin contre 14,8% dans le reste de l’Espagne, 0,6% de 41 chômage féminin contre 10,5% dans le reste de l’État espagnol en 1985) ne peut se comprendre que si l’on tient compte du fait qu’en 1985, sur le total de la population active, nous avons 45,7% de personnes travaillant dans le secteur agraire, que de ces 45,7%, 53,2% étaient des femmes et que, parmi elles, 52,2% se déclaraient comme “aides familiales” (travailleurs familiaux, dans la grande majorité des femmes, non rémunérées qui aident à exploiter un négoce et/ou au travail d’une exploitation appartenant à l’un des membres de sa famille. Pour être considérées comme “aides familiales”, elles doivent travailler au minimum un tiers d’une journée normale de travail). Au Portugal, 28,9% du total de la main d’oeuvre féminine avec profession dans le secteur agraire se déclaraient comme aides familiales. Ainsi, si le secteur primaire –et en particulier l’agriculturen’est pas traditionnellement un secteur de chômage déclaré, il reste cependant une importante poche de chômage occulte: le volume des aides familiales non rémunérées est un indice de cette situation. Cfr. IV Xornadas Agrarias Galegas, A Muller na Agricultura, A Coruña, Castro, 1988, p. 168 et sqq. 22. DUVERGER, Maurice; VANLAER, Jean: Op. cit., p. 27. 23. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 54. 24. DE PINHO CAMPINOS, Jorge: Le régime politique du Portugal, p. 407. 25. Cette qualification tout à fait classique en terme de politologie européenne comparée, a été fortement critiquée par les dirigeants du PPD-PSD. Notons qu’aujourd’hui, le PPD-PSD appartient à l’Internationale libérale et ses députés européens ont intégré le groupe libéral, démocratique et réformateur. 26. TODD, E.: Op. cit., p. 364. 27. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 54. 28. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 41. 29. VANDERMOTTEN, Christian: Géographie politique. Bruxelles, Presses de l’Université Libre de Bruxelles, p. 134. 30. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 27. 31. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 59-60. 32. Cité par GONZÁLEZ ENCINAR, José Juan: Galicia: sistema de partidos y comportamiento electoral 1976-1981. Madrid, Akal, 1982, p. 220. 33. LOYER, Barbara: "Nations, État et Citoyens en Espagne", Hérodote, n. 72-73, 1er et 2ème trimestres 1994. 34. “Fraga logró el mayor triunfo electoral desde 1977”, El País, 19 octobre 1993. 35. La faible implantation du parti communiste (EU) en Galice semble avoir incité le syndicat qui traditionnellement lui est lié, CC.OO, à réorienter les votes des ouvriers sur le BNG. 36. DUVERGER, M.; VANLAER, J.: Op. cit., p. 74.