Intégrales stochastiques de processus anticipants et projections duales prévisibles
Abstract
We define a stochastic anticipating integral µ with respect to Brownian motion, associated to a non adapted increasing process (µt ), with dual projection t. The integral µ (u) of an anticipating process (ut ) satisfies: for every bounded predictable process. We characterize this integral when µt = supts1 Bs . The proof relies on a path decomposition of Brownian motion up to time 1.
Full text
Publicacions Matem`atiques, Vol 43 (1999), 281–301. INT´ EGRALES STOCHASTIQUES DE PROCESSUS ANTICIPANTS ET PROJECTIONS DUALES PR´ EVISIBLES C. Donati-Martin et M. Yor Abstract We define a stochastic anticipating integral δµwith respect to Brownian motion, associated to a non adapted increasing process (µt), with dual projection t. The integral δµ(u) of an anticipating process (ut) satisfies: for every bounded predictable process ft, EfsdBsδµ(u)=Efsusdµs. We characterize this integral when µt= supt≤s≤1Bs. The proof relies on a path decomposition of Brownian motion up to time 1. 1. Introduction Soit (Xt;0 ≤t≤1) un mouvement brownien r´eel issu de 0, et (Ft;0≤t≤1) sa filtration naturelle. Pour une large classe de processus (ut;0≤t≤1) mesurables pour F1⊗B([0,1]), l’int´egrale de Skorohod (par rapport au mouvement brownien X) du processus u, not´ee δ(u), est caract´eris´ee par la formule de dualit´e suivante: Pour toute variable Fde carr´eint´egrable, d´erivable au sens de Malliavin, (1.1) E(Fδ(u)) = E1 0 DtFutdt. La formule (1.1) est due `a Gaveau et Trauber [6] qui ont identifi´e l’int´egrale δd´efinie par Skorohod en [14] comme l’adjoint de l’op´erateur de d´erivation D. Nous renvoyons `a Malliavin [8] et Nualart [10] pour la d´efinition de l’op´erateur Det les notions de calcul des variations sur l’espace de Wiener. Keywords. Stochastic anticipating integral, dual projection, path decomposition, balayage formula.
282 C. Donati-Martin, M. Yor Nous nous proposons de d´efinir une (ou plusieurs) int´egrales stochastiques de processus (ut) suppos´es seulement F1⊗B([0,1]) mesurables, `a partir de la remarque suivante. Consid´erons dans le terme de droite de (1.1) non pas les termes dt,DtFet utindividuellement, mais plutˆot la mesure al´eatoire DtFdtd’une part, et le processus (ut) d’autre part. Le fait que l’int´egrale de Skorohod δ(u)co¨ıncide avec l’int´egrale d’Itˆo que nous noterons ici (u):=1 0usdXslorsque uest pr´evisible, provient de ce que la projection duale pr´evisible de la mesure DtFdt est E(DtF/Ft)dt, c’est `a dire la mesure ftdt,o`u(ft) est l’int´egrand pr´evisible qui figure dans la repr´esentation d’ItˆodeF(∗), i.e.: (1.2) F=E(F)+1 0 ftdXt. Ainsi, lorsque uest pr´evisible, E1 0 DtFutdt=E1 0 ftutdt=EF(u). Cette remarque ´etant faite, nous pouvons associer `a tout processus croissant (µt;0≤t≤1) dont la projection duale pr´evisible, not´ee µ(p) test t, une int´egrale stochastique (µ)δd´efinie de la fa¸con suivante: D´efinition et Th´eor`eme 1.1. A tout processus (ut;0≤t≤1) tel que (1.3) E1 0 u2 sdµs<∞, on associe sa projection hilbertienne, not´ee uµ, sur L2(dµsdP ;P),o`uP d´esigne la tribu pr´evisible. Cette projection satisfait: 1. E1 0(uµ s)2ds<∞, 2. pour toute v.a. F∈L2(F1), (1.4) EF(uµ)=E1 0 ftutdµt, o`uftest l’int´egrand pr´evisible figurant dans la repr´esentation d’ItˆodeF. Dans la suite, on notera l’int´egrale ainsi d´efinie: µδ(u)=(uµ). (∗)Cette repr´esentation de l’int´egrand fassoci´e`aFest connue sous le nom de formule de Clark-Ocone [3], [11]. Ocone ´etablit (1.2) avec ft=E(DtF/Ft)`a partir de l’identit´e δ(u)=(u) pour uprocessus adapt´e.
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 283 Par d´efinition mˆeme de uµ,l’´egalit´e u=uµa lieu dans L2(dµsdP;P) si et seulement si uest pr´evisible. En particulier, µδet co¨ıncident sur l’espace L2(dµsdP;P)≡L2(ds dP;P). Plus g´en´eralement, on a, pour tout processus pr´evisible born´e h: (1.5) (hu)µ=huµ. D´emonstration du Th´eor`eme 1.1: La propri´et´e 1) est imm´ediate; en ce qui concerne 2), on a: pour tout processus pr´evisible f, E1 0 ftutdµt=E1 0 ftuµ tdµt=E1 0 ftuµ tdt=EF(uµ). La premi`ere ´egalit´e provient de la d´efinition de uµet la deuxi`eme de l’hypoth`ese: µ(p) t=t(fuµest pr´evisible). Nous donnons dans la proposition suivante, une premi`ere r`egle tr`es g´en´erale de calcul du processus uµ. Proposition 1.1. Soit (ut;t≤1) un processus mesurable tel que: (1.6) E1 0 u2 tdµt<∞. Alors, le processus Zµ t(u)=Et 0usdµs|F test une quasi-martingale, dont on note la d´ecomposition canonique Mµ t(u)+Uµ t(u),Uµ t(u)d´esignant la partie processus pr´evisible `a variation int´egrable. On a alors: (1.7) Uµ t(u)=t 0 uµ sds. D´emonstration: Soit τ={0=t0<t 1<t 2<··· <t n=1}une subdivision de [0,1]; on note Vτ(Zµ(u)) = n−1 i=0 E|E(Zµ ti+1 (u)−Zµ ti(u)/Fti)|. Alors, Vτ(Zµ(u)) ≤E1 0|us|dµs≤E1 0 u2 sdµs 1 2 <∞, prouvant la propri´et´e de quasi-martingale de Zµ(u).
284 C. Donati-Martin, M. Yor Soit (hs) un processus pr´evisible ´el´ementaire born´e de la forme hs= H1]a,b](s) avec H∈F a. E1 0 hsusdµs=EHb a usdµs =E(H(Zµ b(u)−Zµ a(u))) =E(H(Uµ b(u)−Uµ a(u))) =E1 0 hsdUµ s(u). On obtient donc (usdµs)(p) s=dUµ s(u), c’est `a dire uµ sds =dUµ s(u). La D´efinition 1.1 n’aurait bien entendu aucun int´erˆet si l’on ne pouvait exhiber des processus croissants “int´eressants” µtv´erifiant µ(p) t=t. Or, de telles constructions ont ´et´e faites pr´ecisement en [1] par int´egration des r´esultats correspondants pour les temps locaux d’une martingale. De fa¸con pr´ecise, on a la Proposition 1.2 (Az´ema-Yor [1]). Soit (Mt;t≥0) une martingale continue, de carr´e int´egrable, dans une filtration (Gt;t≥0). Alors, le processus croissant (Mt;t≥0) est la projection duale pr´evisible de chacun des deux processus croissants (non adapt´es): µ(+) t=(I0−M∞)2−(It−M∞)2 µ(−) t=(J0−M∞)2−(Jt−M∞)2 o`uIt= sup s≥t Ms,Jt= inf s≥tMs. Dans cet article, pour rester “concrets”, nous appliquerons seulement la proposition ci-dessus `a Mt=Xt∧1,avec(Xt;t≥0) mouvement brownien r´eel; ainsi, on a: µ(+) t=(I0−X1)2−(It−X1)2o`uIt= sup t≤s≤1 Xs. Nous noterons (+)δpour µ(+) δ(resp. (−)δpour µ(−)δ); ainsi que u(+) (resp. u(−) ) la projection de usur L2(dµ(+) tdP;P) (resp. L2(dµ(−) tdP;P)) ; cette projection ´etant not´ee Π(+), resp. Π(−).
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 285 Le paragraphe 2 est consacr´e`al’´etude des propri´et´es de l’int´egrale (+)δ en particulier, alors que dans le paragraphe 3, nous montrons comment cette int´egrale peut ˆetre d´esint´egr´ee suivant les temps locaux browniens; dans le mˆeme esprit, nous montrons, au paragraphe 4, quelques relations entre notre construction et la formule de balayage. Enfin, au paragraphe 5, nous consid´erons un autre exemple d’int´egrale µδ,tr`es li´e au th´eor`eme de repr´esentation, dˆu`a J. Pitman, du processus de Bessel de dimension 3 comme (2St−Xt;t≥0) o`u St= sups≤tXs. 2. Quelques propri´et´es de l’int´egrale µδ Nous pr´esentons deux propri´et´es importantes de (+)δ. Proposition 2.1. Soit (ut)un processus mesurable tel que E1 0 u2 sdµ(+) s<∞. 1. Si ϕ:[0,1] ×R→Rest une fonction born´ee mesurable, alors: (ϕ(·,I ·)u)(+) =ϕ(·,X ·)u(+). 2. Si uest un processus r´etrograde, i.e. utest Ftadapt´e, o`u Ft=σ{Xs−X1;s≥t}, alors u(+) est d´eterministe. D´emonstration: 1) Pour toute variable F∈L2(Ω), EF(uϕ(·,I))(+)=E1 0 fsϕ(s, Is)usdµ(+) s. Or, la mesure dµ(+) sest port´ee par {s;Xs=Is}; ainsi, le membre de droite de l’´equation pr´ec´edente est ´egal `a E1 0fsϕ(s, Xs)usdµ(+) s.On utilise alors (1.5). 2) D’apr`es la Proposition 1.1, t 0u(+) sds est la partie `a variation int´egrable de la quasi-martingale Z(+) t(u)=Et 0 usdµ(+) s|F t =E1 0 usdµ(+) s|F t−E1 t usdµ(+) s|F t.
286 C. Donati-Martin, M. Yor Or, si uest r´etrograde, le processus 1 ·usdµ(+) sest ´egalement r´etrograde, 1 tusdµ(+) sest donc ind´ependant de Ftet t 0 u(+) sds =−E1 t usdµ(+) s. Nous allons maintenant appliquer la Proposition 1.1 au calcul de u(+) lorsque us≡Φ variable al´eatoire F1mesurable, telle que E(Φ2+ε)<∞, pour un ε>0, ce qui assure: E(Φ2µ(+) 1)<∞. Dans ce cas, il existe une fonctionnelle Φt(ω,ω) qui est mesurable en (t, ω, ω) telle que pour tout t≤1, Φ=Φ t({Xs,s≤t};{Xs−X1;s≥t}). On peut alors ´ecrire: E(Φµ(+) t/Ft)=E(Φ(I0−X1)2/Ft) −EΦt({Xs,s≤t};{Xs−X1;s≥t})(It−X1)2/Ft. La partie `a variation born´ee de cette quasi-martingale est celle de la quasi-martingale: (2.1) Ψt(Xs;s≤t) := −ˆ EΦt{Xs,s≤t};ˆ Xs−ˆ X1;s≥tsup s≥t (ˆ Xs−ˆ X1)2, o`uXet ˆ Xsont deux mouvements browniens ind´ependants et l’esp´erance, not´ee ˆ Eest prise par rapport `a ˆ X. Nous donnons maintenant quelques exemples explicites de calculs de la quasi-martingale figurant en (2.1). Nous montrerons par une autre approche que celle d´evelopp´ee dans les exemples ci-dessous, la formule g´en´erale suivante: Π(+) s(ϕ(X1)) = ˆ Eϕ(−√1−sˆ R1+Xs) o`uˆ R1d´esigne la valeur `a l’instant 1, d’un processus de Bessel de dimension 3, ind´ependant de X, l’esp´erance ´etant prise par rapport `a la loi de ˆ R(voir Proposition 3.1).
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 287 Exemple 1. Φ=X1. −E(X1(It−X1)2/Ft)=−XtE((It−X1)2)+E((Xt−X1)(It−X1)2) =−Xtˆ E(ˆ S2 1−t)+ ˆ E(ˆ X1−tˆ S2 1−t) =−Xt(1 −t)+ ˆ E(ˆ X1−tˆ S2 1−t) o`uˆ Xuest un mouvement brownien et ˆ Su= sups≤uˆ Xs. Or, ˆ E(ˆ X1−tˆ S2 1−t)= ˆ E1−t 0 ˆ Xud(ˆ S2 u)=2ˆ E1−t 0 ˆ S2 udˆ Su=2 3ˆ E(( ˆ S1−t)3), ˆ E(ˆ X1−tˆ S2 1−t)=2 3(1 −t)3 2E(|B1|3)=2 3(1 −t)3 22√2 √π. Avec les notations de la Proposition 1.1, U(+) t(X1)=t 0 Xsds +4√2 3√π(1 −t)3 2, et donc: u(+) s=Π (+) s(X1)=Xs−2√2 √π(1 −s)1 2. Exemple 2. Φ = exp(λX1). −E(exp(λX1)(It−X1)2/Ft)=−exp(λXt)E(exp(−λ(Xt−X1))(It−X1)2) =−exp(λXt)ˆ E(exp(−λˆ X1−t)ˆ S2 1−t). Notons fλ(u)=E(exp(−λXu)S2 u). La partie `a variation born´ee de la quasi-martingale pr´ec´edente est: t 0f λ(1 −s)−λ2 2fλ(1 −s)exp(λXs)ds. D’apr`es la formule d’Itˆo, exp(−λXt)S2 t=−λt 0 exp(−λXs)S2 sdXs +2t 0 exp(−λXs)SsdSs+λ2 2t 0 exp(−λXs)S2 sds, et fλ(t)=2Et 0 exp(−λXs)SsdSs+λ2 2t 0 fλ(s)ds.
288 C. Donati-Martin, M. Yor Notons gλ(t)=2Et 0exp(−λXs)SsdSs; alors, d’apr`es l’´egalit´epr´ec´edente, on a: f λ(t)−λ2 2fλ(t)=g λ(t). Or, par d´efinition de gλ,ona: gλ(t)=2Et 0 exp(−λSs)SsdSs =2Eexp(−λSt)−1 λSt−1 λ2+1 λ2 =2Eexp(−λ√tS1)−√t λS1−1 λ2+1 λ2. En cons´equence, g λ(t)=ES2 1exp(−λ√tS1)=EX2 1exp(−λ√t|X1|)=ϕ(λ√t), o`u l’on a not´e: (2.2) ϕ(x)=EX2 1exp(−x|X1|)=E(exp(−xR1)) o`u(Rs,s≥0) d´esigne un processus de Bessel de dimension 3 issu de 0. On a ainsi obtenu: (2.3) Π(+) t(exp(λX1)) = exp(λXt)ϕ(λ√1−t) o`uϕest d´efinie par la formule (2.2). Exemple 3. Φ=Xn 1,n∈N∗. Soit λ∈R, (2.4) Π(+)(exp(λX1)) = ∞ n=0 λn n!Π(+)(Xn 1). Or, d’apr`es l’Exemple 2, Π(+) t(exp(λX1)) = exp(λXt)ϕ(λ√1−t), avec ϕ(x)=E(exp(−xR1)) = ∞ p=0 (−1)pxp p!αp,
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 289 o`uαp=E(Rp 1). Ainsi, Π(+) t(exp(λX1)) = ∞ k=0 λk k!Xk t∞ p=0 (−1)p(λ√1−t)p p!αp =∞ n=0 λn n!n k=0 (−1)n−kCk nαn−k(1 −t)n−k 2Xk t. En identifiant la derni`ere formule avec le membre de droite dans l’´equation (2.4), on obtient: (2.5) Pour tout n,Π (+) t(Xn 1)= n k=0 (−1)n−kCk nαn−k(1 −t)n−k 2Xk t, avec αp=E(Rp 1)=E(|X1|p+2). D´efinissons les polynˆomes (2.6) ˜ hn(x)= n k=0 (−1)n−kCk nαn−kxk=E((x−R1)n), et ˜ Hn(x, a)=an/2˜ hn(x/√a) pour a>0; ˜ Hn(x, 0) = xn. La formule (2.5) s’´ecrit encore: Π(+) t(˜ Hn(X1,0)) = Π(+) t(Xn 1)= ˜ Hn(Xt,1−t) ou encore (2.7) (+)δ(˜ Hn(X1,0)) = ˜ Hn(X·,1−·). Remarques. i) Les polynˆomes ˜ hnintroduits en (2.6) peuvent ˆetre d´efinis au moyen du d´eveloppement en s´erie exp(αx)ϕ(α)= ∞ n=0 αn n!˜ hn(x), o`u la fonction ϕest donn´ee par (2.2). De plus, cette suite de polynˆomes satisfait `a la relation: d dx(˜ hn(x)) = n˜ hn−1(x),pour tout n≥1.
296 C. Donati-Martin, M. Yor 4.3. Relation diff´erentielle liant les op´erateurs ˜ Π. Soit Φ une variable F1mesurable telle que E(Φp)<∞pour un p>2etΦ tune semi-martingale continue, appartenant `a Hpde variable terminale Φ (par exemple, on peut prendre E(φ/Ft)). Zt=Φ t(Xt−a)+ satisfait les hypoth`eses d’int´egrabilit´e du paragraphe 4.2; ainsi, pour tout processus pr´evisible f, (4.2) EΦ(X1−a)+fga=E1 0 fga sdVs, o`u, si Φt=Mt+Ct≡t 0ϕsdXs+Ct, avec (Ct) processus continu `a variation born´ee, est la d´ecomposition canonique de (Φt), on obtient: dVs=1 2ΦsdLa s+(Xs−a)+dCs+1 (Xs>a)ϕsds. On suppose dor´enavant: Ct=t 0csds,eton´ecrit: (4.3) dVs=1 2ΦsdLa s+(Xs−a)+ηsds, o`u (4.4) ηs=cs+1 (Xs>a) ϕs Xs−a. Alors, on a: (4.5) EΦ(X1−a)+fga =1 2E1 0 fsΦsdLa s+1 0 dsE fga sηs(Xs−a)+. Par d´efinition des projecteurs ˜ Π(a),s, on a les relations: EΦ(X1−a)+fga=1 2E1 0 dLa tft˜ Π(a),1 t(Φ) (4.6) et Eηs(Xs−a)+fga s=1 2Es 0 dLa tft˜ Π(a),s t(ηs).(4.7) En combinant les relations (4.5), (4.6) et (4.7), nous obtenons la relation entre les op´erateurs ˜ Π: (4.8) ˜ Π(a),1 t(Φ) = Φt+1 t ˜ Π(a),s t(ηs)ds dLa tdP p.p.,
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 297 ou, plus g´en´eralement: (4.9) ˜ Π(a),u t(Φu)=Φ t+u t ˜ Π(a),s t(ηs)ds dLa tdP p.p., pour t≤u≤1. Pour mieux comprendre la relation (4.8), consid´erons les deux exemples suivants: i) Φ = φ(X1)o`uφest une fonction de classe C2, ii) Φ = exp 1 0h(u)dXu,h∈L2([0,1]). Choisissons alors Φtde la fa¸con suivante: i) Φt=φ(Xt), ii) Φt= exp t 0h(u)dXu. On obtient, d’apr`es (4.4): i) ηs=1 2φ(Xs)+φ(Xs) Xs−a1(Xs>a) def =ψ(Xs), ii) ηs=1 2Φsh2(s)+Φ sh(s) Xs−a1(Xs>a). D’apr`es le Th´eor`eme 3.1, formule (3.4), on a: i) ˜ Π(a),1 t(Φ)= ˆ Eφ(Bt(ω)+ ˆ R1−t)=ˆ Eφ(a+ˆ R1−t)dLa tdP p.p., ˜ Π(a),s t(ηs)= ˆ Eψ(Bt(ω)+ ˆ R1−t)=ˆ Eψ(a+ˆ R1−t)dLa tdP p.p. . ii) ˜ Π(a),1 t(Φ) = Φtˆ Eexp(1−t 0 h(t+u)dˆ Ru), ˜ Π(a),s t(ηs)=1 2Φtˆ Eexp(s−t 0 h(t+u)dˆ Ru)+h(s)Φt... ... ˆ E1 ˆ Rs−t exp(s−t 0 h(t+u)dˆ Ru). Dans les deux cas, on v´erifie ais´ement la formule (4.8) apr`es application de la formule d’Itˆo au processus φ(a+ˆ Ru), resp. exp(u 0h(t+v)dˆ Rv). On prend ensuite l’esp´erance des deux membres, dans la formule ainsi obtenue, consid´er´ee au temps u=1−t.
298 C. Donati-Martin, M. Yor 5. Un exemple d’int´egrale anticipante li´e au processus de Bessel Soit (βt;t≥0) un mouvement brownien r´eel et Rle processus de Bessel de dimension 3, solution de (5.1) Rt=βt+t 0 ds Rs . D’apr`es le th´eor`eme de Pitman [12], si l’on note Jt= infs≥tRs, (5.2) 2Jt−Rt=Bt, o`uBest un mouvement brownien r´eel. (5.2) s’´ecrit encore: Rt=2St−Bt, o`uSt= sups≤tBs≡Jt. Notons (Rt), respectivement (Bt), la filtration naturelle de R, resp. Bet insistons sur l’inclusion stricte: (Rt)⊆ (Bt). Nous pouvons appliquer les r´esultats de la Section 1 au processus croissant µt=J2 tdont la projection duale pr´evisible (sur la petite filtration (Rt)) est t. Ainsi, `a tout processus u(Bt) adapt´ev´erifiant: E∞ 0 u2 sd(J2 s)<∞, on peut associer l’int´egrale stochastique anticipante par rapport au mouvement brownien β, not´ee δJ(u) qui v´erifie: (5.3) E∞ 0 fsdβsδJ(u)=E∞ 0 fsusd(J2 s) pour tout processus (fs)R-pr´evisible. Dans ce cas, il est facile de calculer le processus u(µ)associ´e`aupar la D´efinition 1.1. En effet, il existe une fonctionnelle mesurable Φ telle que (5.4) us=Φ({Ru;u≤s};Js); alors (5.5) u(µ) s=Φ({Ru;u≤s};Rs) en utilisant le mˆeme argument qu’en 1) de la Proposition 2.1. Exemple. δJ(B1[0,t])=δJ(S1[0,t])=t 0 Rsdβs. (Bet Sont la mˆeme projection, `a savoir R.)
Int´ egrales stochastiques de processus anticipants 299 Quelques remarques. 1) L’int´egrale stochastique t 0usdβsa un sens comme int´egrale d’Itˆo dans la filtration B, puisque βest une B-semimartingale de d´ecomposition dβt=−dBt+2dSt−dt Rt . L’int´egrale anticipante et l’int´egrale d’Itˆo dans la filtration grossie ne co¨ıncident pas. 2) L’int´egrale ainsi d´efinie δJ(u1[0,t]) est une Rmartingale. Or, une autre martingale li´ee au processus croissant µapparaˆıt naturellement, `a savoir: (5.6) Mt(u)=pt 0 usdµs−t 0 usdµs(p) ;µs=J2 s o`upXd´esigne la projection pr´evisible du processus Xpar rapport `ala filtration R. Quelques calculs explicites. a) u≡1, Mt(1) = E(J2 t/Rt)−t=1 3R2 t−t=2 3t 0 Rsdβs. b) Remarquons que Mt(u)=Mt(u(µ))o`uuet u(µ)sont reli´es par les formules (5.4) et (5.5). Nous allons calculer Mt(u) lorsque u(µ) sne d´epend que de Rs, i.e. u(µ) s=ϕ(Rs). Et 0 usdµs|F t=2Et 0 ϕ(Rs)RsdJs|F t =2t 0 ϕ(Rs)RsdsE(Js|F t). Or, un calcul simple montre que pour s≤t, E(Js|F t)=Jt s−1 2 (Jt s)2 Rt
300 C. Donati-Martin, M. Yor o`uJt s= inf s≤u≤tRu. Et 0 usdµs|F t=2t 0 ϕ(Rs)RsdJt s−Jt s Rt dJt s =2t 0 ϕ(Jt s)Jt sdJt s−Jt s Rt dJt s =2Rt 0 ϕ(x)xdx−1 RtRt 0 ϕ(x)x2dx =Φ(Rt) o`uΦ(z)=2 z 0 ϕ(x)xdx−1 zz 0 ϕ(x)x2dx. Finalement, on obtient: Mt(ϕ(R)) = t 0 Φ(Rs)dβs avec Φ(z)= 2 z2z 0 ϕ(x)x2dx. Exemple. i) ϕ≡1, on retrouve Mt(1) = 2 3t 0Rsdβs. ii) ϕ(x)=x,Φ (z)=z2 2d’o`u Mt(B)=Mt(S)=1 2t 0 R2 sdβs. R´ef´erences 1. J. Az´ ema et M. Yor, En guise d’introduction, Ast´erisque 52-53, Temps Locaux (1978), 3–16. 2. J. Az´ ema et M. Yor, Sur les z´eros des martingales continues, S´em. Prob. XXVI, Lecture Notes in Math. 1526, Springer (1992), 248–306. 3. J. M. C. Clark, The representation of functionals of Brownian motion by stochastic integrals, Ann. Math. Statist. 41 (1970), 12821295.
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