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Syntagmes à l'Ablatif aprépositionnel : une enquête dans Pline le Jeune, Lettres, IV

Lavency, Marius

Abstract

As shown in a previous article, syntagms based on nouns at nonprepositional Ablative can be accurately accounted for by refering to a series of parameters : syntagmatic complexity, incidence point and paradigmatic status of the gouverned term, lexical type and liberty or constraints in occurrence of the constituents. The aim of the present article is first to apply these data to Pliny, Letters, IV, and test on this corpus their efficiency and then to point out possible applications and necessary adaptations at a pedagogic level.

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Abstract As shown in a previous article, syntagms based on nouns at nonprepositional Ablative can be accurately accounted for by refering to a series of parameters : syntagmatic complexity, incidence point and paradigmatic status of the gouverned term, lexical type and liberty or constraints in occurrence of the constituents. The aim of the present article is first to apply these data to Pliny, Letters, IV, and test on this corpus their efficiency and then to point out possible applications and necessary adaptations at a pedagogic level. Key words: linguistics, pedagogy; latin, Pliny; commutation, prototypical use, nominal/adverbial complement(ation), modality; double analysis. Dans un article paru dans Latomus , j’ai à propos des syntagmes basés sur des noms à l’Ablatif en latin classique proposé un classement où interviennent et se combinent divers paramètres1. Je voudrais ici d’abord appliquer à un ensemble de textes — le quatrième livre des Lettres de Pline le Jeune — la grille explicative que j’ai établie ; je voudrais montrer ensuite les applications possibles et les adaptations nécessaires qu’à des fins pédagogiques cette description peut selon moi suggérer. 1. «Conditionnement et valeurs des syntagmes à l’Ablatif en latin classique», Latomus, 2000, p. 819-841. Voir aussi «L’Ablatif latin : moyen et/ou manière», Euphrosynè, 28, 2000, p. 407-419; «L’Ablatif de modalité dans les Lettres de Pline», à paraitre dans Hommages à C. Deroux. Pour vérifier les données méthodologiques qui fondent l’analyse présentée ici, on consultera Vsus, Grammaire latine, description du latin classique en vue de la lecture des auteurs, dans Bibliothèque des Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain, n° 88, Louvain-la-Neuve, 1997, 358 p. Faventia 23/2, 2001 73-85 Syntagmes à l’Ablatif aprépositionnel: une enquête dans Pline le Jeune, Lettres, IV Marius Lavency Université Catholique de Louvain-la-Neuve Place des Peintres 4/002. B-1348-Louvain-la-Neuve Data de recepció: 20/12/2000 Sommaire Syntagmes à deux constituants solidaires Syntagmes à un seul constituant obligatoire Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 73 L’examen de nombreuses occurrences de tels syntagmes m’a dans l’étude précitée amené à reconnaître pour la définition et la mise en place des classes d’emploi la pertinence des données suivantes : — présence / absence de préposition, la préposition étant, quand elle intervient, toujours créditée de l’essentiel du sens2 ; — complexité syntagmatique de la construction : syntagmes à deux constituants solidaires / syntagmes à un constituant éventuellement complété. Exemple : l’Ablatif absolu est obligatoirement constitué de deux termes solidaires ; — point d’incidence du complément : complément de verbe, de nom, d’adjectif, de syntagme verbal, de proposition. Exemple : l’Ablatif absolu est complément de proposition ; — type de paradigme syntaxique : complément adjoint / complément conjoint, le complément conjoint étant, par définition, situé dans un paradigme définissable par un élément simple — (pro)nom, adjectif, adverbe — choisi comme prototype. La distinction adjoint / conjoint est fondée en ceci qu’elle répond à une différence dans le degré d’intégration du complément au terme complété : le complément conjoint est toujours perçu comme plus proche de l’élément régisseur que le complément adjoint; le complément (pro)nominal est toujours senti comme plus lié au terme complété que le complément adverbial 3. Exemple : l’Ablatif absolu est un complément adjoint de proposition ; — type de lexèmes nominaux concernés : noms d’inanimés / noms d’animés, noms quelconques / noms appartenant à des séries sémantiquement apparentés. Exemple : le nom sujet de l’Ablatif absolu peut être un nom quelconque ; — conditions d’occurrence des lexèmes : emploi en occurrence libre, c’est-à-dire sans restrictions définissables en termes positifs / emplois conditionnés, soit par le recteur seul, soit par le terme régi . Dans cet ordre d’idées, on note, pour l’Ablatif absolu, la contrainte selon laquelle le nom sujet dans l’Ablatif absolu ne peut être anaphorisé dans le sujet de la proposition superordonnée. La place du syntagme peut livrer des indices sur l’incidence du complément, mais le rôle qu’elle peut jouer est très restreint. Je crois que la prise en compte de ces divers paramètres permet de définir à suffisance les multiples emplois des syntagmes à l’Ablatif, qu’elle situe à suffisance la description des constructions à un niveau d’abstraction adéquat, évitant 74 Faventia 23/2, 2001 Marius Lavency 2. Ne m’occupant pas systématiquement ici du syntagme constitué d’une préposition et d’un nom à l’Ablatif, je ne discute pas plus avant du problème de la répartition du sens entre les deux composants et je renvoie sur ce sujet à l’excellent article de Pedro Manuel SUÁREZ MARTÍNEZ, «El valor de los casos en los sintagmas preposicionales latinos», Faventia, 21/ 2, 1999, p. 65-74. Au vu du système prépositionnel des langues modernes, je serais moins généreux que mon collègue dans l’attribution de valeurs aux cas quand ils sont repris dans ces constructions. 3. Pour éviter tout malentendu, je précise que par le terme «adverbial» se trouve désigné ici un type de complément, à savoir un complément défini par sa commutabilité avec un adverbe, qui en est le prototype. En Pline, Lettres, IV, 9.9, le complément horis tribus dans Egeram horis tribus est un complément «adverbial», commutable avec hoc tempore en réponse à une question Quamdiu ? Il en va de façon analogue pour les autres compléments conjoints, (pro)nominaux ou adjectivaux. Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 74 une intrusion indue de la sémantique dans un domaine où elle sévit souvent sans contrôle. La cohérence de la description proposée sera éprouvée dans la mesure où la possibilité de double classement pourra, là où elle se présente, être justifiée par référence aux seuls critères précédemment définis. Je veux sans attendre dire que tout ceci n’implique en rien une méconnaissance du rôle que la sémantique des éléments en présence est autant que le contexte général appelée à jouer dans la fixation des fonctions syntaxiques dans une phrase donnée. En 4.2 4, le complément tribunatu dans Hunc rogo semestri tribunatu splendidiorem facias ne doit pas être rapporté au comparatif splendidiorem et la phrase se comprend «je te demande de grandir l’éclat de cet homme grâce au tribunat de six mois». En 23.3, (Leges) maiorem annis otio reddunt , «les lois rendent à la vie privée l’homme d’âge avancé», le terme annis n’est pas complément du comparatif (et otio n’est pas à l’Ablatif). En 2.6 Vexat ciuitatem insaluberrimo tempore, le contexte, qui fait connaitre le sujet de la proposition , donne à tempore la valeur d’un complément adverbial localisant le procès dans le temps (Question Quando ?) ; en un autre récit, où le sujet de la proposition serait Iuppiter, le lecteur opterait vite pour faire de tempore un complément adverbial d’un autre type, où il répond, dirons-nous, à la question Quomodo ? 5. Voici maintenant dans un premier temps, ordonnés selon les classes d’emploi que j’ai reconnues, les types de compléments à l’Ablatif aprépositionnel que j’ai trouvés attestés dans le quatrième livre des Lettres de Pline le Jeune . SYNTAGMES À DEUX CONSTITUANTS SOLIDAIRES Trois types de syntagmes sont rangés sous cette rubrique : l’Ablatif absolu, l’Ablatif que je choisis d’appeler «Ablatif d’association» et l’Ablatif de qualité. 1. Ablatif absolu Syntagme à deux constituants solidaires, sujet et prédicat, formant une proposition complément adjoint de proposition pour signifier le cadre dans lequel s’inscrit l’évènement rapporté dans la proposition superordonnée. Sa place privilégiée est avant la proposition complétée. Des valeurs sémantiques — cause, opposition, mais jamais but — sont souvent inférables du contexte, voire explicitées par un lexème particulier (tamen, quasi), mais elles ne sont pas signifiées par le syntagme. Syntagmes à l’Ablatif aprépositionnel Faventia 23/2, 2001 75 4. Je conviens d’omettre désormais la mention «Pline, Lettres» devant les références à cet ouvrage et le chiffre IV dans les références que je ferai à ce livre . 5. Je tiens à citer ici le texte, très riche et apparemment peu connu de H. Lausberg, dans Romanische Sprachwissenschaft, Coll. Göschen, Berlin - New York, 1972 (2e éd.), t. III, p. 14 : «Der lat. Ablativ drückt eine Trennung, aber auch eine Werkzeugsfunktion aus. Hierbei ist der Satz als semantischer Kontext selbst ein Signal dafür, welche Funktion einer Flexionsform gemeint ist. Somit wird der Satz nicht nur durch die Flexionsformen bestimmt, sondern die Flexionsformen werden semantisch ebenso vom Satz bestimmt. Das Satzganze zeigt eine Interdependenz seiner Teile, indem nicht nur die Teile das Ganze konstituieren, sondern auch das Ganze die Teile aktualisiert». Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 75 Etant donné que cette construction convient surtout au style historique, où elle est éminemment apte à ouvrir un nouvel épisode narratif, on ne s’étonnera pas de la voir relativement peu représentée dans notre corpus. On en trouve des exemples certains, avec participes prédicats, au parfait en 9.22: Misso Senatu, Bassus exceptus est, «la séance du Sénat étant terminée, Bassus fut accueilli» (de même : 15.5 Quibus ille despectis; 9.14 inlatis lucernis; 16.8 expulsis uirtutibus aliis), au présent 10.4 Moretur in libertate, sinentibus nobis, «qu’il conserve sa liberté avec notre consentement» (de même 11.7 qua sacra faciente; 19.4 non artifice aliquo docente; 26.1 te exigente), avec nom ou adjectif «attributs», le verbe esse étant défectif au participe, 12.3 Caesar auctore, «sur les conseils de César» , et 9.16 salua dignitate, «ses titres étant conservés». On hésitera dans l’analyse là où jugé omissible, le participe peut être lu à l’instar d’une proposition relative comme épithète d’un nom, celui-ci étant alors jugé incident à un terme de la proposition. On a ainsi 13.5 Collata pecunia conducere praeceptores, «avec l’argent qui a été récolté prendre à gages des maitres» ( collata participe épithète de pecunia, complément conjoint de conducere praeceptores) ou «une fois l’argent récolté, prendre à gages des maitres» (collata pecunia, Ablatif absolu complément adjoint de conducere praeceptores ). De même : 30.8 aduersantibus uentis obuioque aestu; 9.10 iterato labore; l’homonymie des formes de Datif et d’Ablatif compliquant encore la décision en 7.2 Adhibito ingenti auditorio recitat et 5, 1 Petentibus Rhodiis legisse. 2. Ablatif d’association Pour éviter toute confusion avec des types d’emploi reconnus dans d’autres analyses, je choisis de désigner sous ce titre, en raison de ses caractéristiques spécifiques de forme et de sens , un complément adjoint de proposition, constitué d’un nom dérivé d’adjectif ou de verbe, régulièrement déterminé ou qualifié, jamais en tête de phrase, alternant avec une construction prépositionnelle en cum et décrivant un effet extérieur attenant à un évènement accompli. On a ainsi en 9.22 Bassus magna hominum frequentia exceptus est, «Bassus fut accueilli au milieu d’un public nombreux», et en 27.1 Audiui recitantem Sentium Augurinum cum summa mea uoluptate, immo etiam admiratione, «j’ai entendu la lecture faite par Sentius Augurinus et j’y ai pris un vif plaisir et même conçu une vive admiration». De même 20.2 opus spatiosum et cum magna tua gloria diffusum, «une oeuvre d’une belle ampleur et dont la diffusion t’apportera beaucoup de gloire». On rangera sous la présente rubrique summis clamoribus de 5.1 Aeschinem aiunt legisse orationem suam, deinde Demosthenis, summis utramque clamoribus, considérant la détermination implicite de clamoribus par un terme comme populi : on trouvera un exemple parallèle en Cicéron, Phil., II.85 Tu diadema imponebas cum plangore populi, ille cum plausu reiciebat. On observera qu’étranger à la question Quomodo ?, incommutable avec hoc modo ou avec sic, le syntagme Ablatif d’association , complément adjoint, ne dit pas le «comment» de la réalisation d’un procès. Ainsi interprétés, les compléments à l’Ablatif en 16, 2 Dixi magno cum labore, maiore cum fructu et en VII, 11.3 Correliam cum summa reuerentia diligo, seront classés sous la présente rubrique. 76 Faventia 23/2, 2001 Marius Lavency Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 76 3. Ablatif de qualité Bien connu dans la tradition grammaticale, l’Ablatif de qualité comporte obligatoirement un nom et un adjectif et constitue un syntagme capable d’assumer toutes les fonctions et toutes les valeurs (y compris la nominalisation) d’un adjectif qualificatif. En fonction d’épithète, l’Ablatif de qualité est toujours postposé au nom complété. Je n’ai trouvé dans le corpus considéré aucun Ablatif de qualité en fonction d’attribut (type Suétone, Nér., 51.1 Nero fuit ualetudine prospera, «Néron eut une santé de fer»), ni de complément prédicatif (type Cicéron, Déj., 27 , Is ea aetate saltauit ?, «cet homme, à l’âge que vous lui voyez, a-t-il dansé ?», ni en position de nominalisation (type Liv., III, 57.9 Emeritis etiam stipendiis praesto fuere, «même des hommes déchargés d’obligations militaires se montraient diponibles». Une seule fois intervient un syntagme au Génitif de qualité : 2, 1 Erat puer acris ingenii. A l’Ablatif de qualité, seule la fonction d’épithète est attestée. Je lis ainsi en 15.10 un Ablatif de qualité rapporté au nom quaestor : Quaestor, patre praetorio, propinquis consularibus, «un questeur dont le père est sénateur prétorien, dont les proches sont des consulaires». Exemples moins nets. En 27.4 Canto carmina uersibus minutis, on verra dans le syntagme à l’Ablatif un Ablatif de qualité dans la mesure où on le rapportera comme épithète à carmina pour signifier «je chante des poèmes faits de menus vers», de même qu’en 16.2, dans des conditions analogues Adulescens, scissis tunicis, SYNTAGMES À UN SEUL CONSTITUANT OBLIGATOIRE C’est dans les types d’emplois répertoriés sous ce titre que l’on observe au mieux le jeu combiné des paradigmes qui ont été reconnus ci-dessus : compléments adjoints / conjoints, emploi libre / emploi conditionné, lexèmes quelconques / lexèmes spécifiques. 1. Ablatif complément adjoint Actualisé par un nom d’inanimé, un tel syntagme n’est, par définition, pas insérable dans un paradigme adverbial, par exemple celui de sic, et il complète librement des syntagmes fort divers. Il s’agit de formations qui échappant à toute systématisation relèvent en définitive essentiellement du lexique, dans des ensembles où formes aprépositionnelles et formes prépositionnelles à préposition incommutable alternent sans qu’on puisse à leur propos décrire des régularités nettes et sans que d’une langue à l’autre la transposition soit assurée. César écrit en Gall., II, 19.2 consuetudine sua et en I, 52.4 ex consuetudine sua , ce que le français rend par « selon / à son habitude». À meo iudicio (Cicéron, Br., 32) répondent le français « à mon avis», l’anglais «in my opinion», le néerlandais «mijns inziens». Je relèverais dans le corpus concerné ici des exemples comme 8.1 iure gratularis, «tu as raison de me féliciter»; 15.9 more maiorum; 15.10 iudicio eorum; Syntagmes à l’Ablatif aprépositionnel Faventia 23/2, 2001 77 Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 77 16.1, publico nomine; 29.1 fiducia mea et 11, 8 ex fiducia mea. En 13.11 ea lege ut doit bien sûr être traité comme une expression lexicalisée. 2. Ablatif complément conjoint On identifie ici des constructions en occurrence libre et des emplois conditionnés positivement. 2.1. En occurrence libre . Type hoc modo : Ablatif de modalité C’est le type d’emploi dominant : 98 occurrences sur 224 exemples sûrs de noms à l’Ablatif du corpus. On le rencontre avec des effets de sens très divers dans des contextes fort variés. On a ainsi 17.8 Cum plerique me laudibus ferrent ; 1.6 [Diem] epulo celebrare constituit ; 11.10 Cum in comitio uirgis caederetur ; 1.4 Me patronum cooptauit tanto maiore studio quanto minore iudicio ; 2.4 Conuenitur ad eum mira celebritate ; 8.2 Dignitate propemodum paria ; 3.1 Sanctitate, auctoritate, aetate princeps ciuitatis ; 11.6 Nec minore scelere quam quod ulcisci uidebatur absentem damnauit. Le syntagme constitué d’un nom d’inanimé (comptable ou non comptable) à l’Ablatif fonctionne ici en occurrence libre comme complément conjoint adverbial répondant systématiquement à la question Quomodo ? / qui ? , commutable avec la forme prototypique hoc modo, rapporté à divers types de recteurs (propositions, adjectifs, voire noms) , pour signifier la «modalité» attribuée à un procès bien défini par ailleurs. Il désigne ainsi la chose ou la propriété présentes au début ou au cours de la réalisation de tel procès. La question Quomodo ? et la réponse prototypique hoc modo qu’elle entraine couvrent bien ce vaste domaine sémantique. Pour ne prendre que quelques exemples repris à diverses époques de la latinité, citons : Plaute, Mil., 96 Id uolo uos scire quomodo ad hunc deuenerim et 461 Quomodo dissimulabat ! ; Cicéron, Lae., 9 Quomodo mortem filii tulit ! ; Tacite, Ann., II, 40, 5 Percunctanti Tiberio quonam modo Agrippa factus esset, respondisse fertur « quomodo tu, Caesar». La liberté d’occurrence de pareil complément peut être utilement mise en évidence par détachement du syntagme et sa réinsertion dans une séquence incise en dépendance d’une périphrase du type id geritur, à la façon de Liv., V, 28.13 Ira magis quam uirtute res geritur. On aurait ainsi 17.8 Cum in comitio uirgis caederetur , paraphrasé en Cum in comitio caederetur (res uirgis gerebatur). De même 3.1 Sanctitate princeps ciuitatis, autorise la paraphrase Princeps ciuitatis (id accidit sanctitate). Le contexte autorise divers effets de sens , notamment les valeurs de cause, de moyen, de manière que la tradition assigne volontiers à ces syntagmes. Il faut bien 78 Faventia 23/2, 2001 Marius Lavency Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 78 voir que la distinction entre «moyen» et «manière» , mal assurée dans le dictionnaire, qui renvoie d’une notion à l’autre, n’est pas assurée dans le système des oppositions formelles de la langue latine. Que dirait-on d’un maître de français qui prétendrait distinguer un «avec de moyen» («prendre avec une pince») d’un «avec de manière» («prendre avec douceur») ? Et l’opposition, souvent posée entre magno gaudio / cum gaudio n’est pas systématique : on trouve chez Pline , III, 1.3 Haec orbe circumagit; III, 11.1 Praedicatione circumfert; IX, 7.1 Aedifico ratione ( et 9.17 non sine ratione); VI, 21.19 Noctem spe ac metu exigimus; 30.3 Auctibus et diminutionibus crescit decrescitque. A silentio en César, Gall., VII, 81.1 répond cum silentio en Cicéron, Qu. fr. , II, 1.1. En fait, le latin oppose systématiquement une expression indifférenciée (Ablatif de modalité) et des expressions prépositionnelles qui spécifient telle ou telle relation, notamment celle en cum, qui signifie l’accompagnement et exclut, à l’époque classique, la relation de moyen. En I, 12.5 Cum senectute ingrauescentem morbum peut dans ces conditions précises s’opposer à senectute ingrauescentem morbum. On observera ainsi l’expression indifférenciée de la modalité en 3.2 Seueritatem istam pari iucunditate condire, «tempérer la gravité qui est la tienne avec / par une égale amabilité»; 1.5 Templum pecunia mea extruxi. De même 19.1 pari caritate diligere; 15.1 arta familiaritate complecti; 25.2 magno clamore comprecari.; 17.8 Grauitate quam noras. On notera l’expression spécifique de l’accompagnement (et l’exclusion du moyen) en 30.3 Cum summa uoluptate deprehenditur; avec sine, contre-partie de cum : 5.5 sine aemulationis gratia. D’autres prépositions concurrencent l’Ablatif seul et, opposables à lui, spécifient chaque fois une relation sémantique particulière. Relation d’origine avec ex : 9.4 [Ornamenta] ex generis claritate et ex periculis ipsis magna, «titres d’honneur importants tirés de l’éclat de sa famille et de ses malheurs mêmes»; 17.4 Ex admiratione diligere; 19.5 His ex causis; 22.1 Ex cuiusdam testamento. Ob spécifie une relation de cause : 7.7 Te ob hoc delectat auguratus meus. Dès lors que n’est pas immédiatement, directement inférable du sens des éléments associés le rapport qui peut unir le référent du nom à la réalisation de l’action signifiée, la préposition intervient : 2.2 Ex moribus hominis loquebantur, «les gens parlaient en songeant au mode de vie de l’individu»; Copia studiorum ad te ex admiratione ingenii tui conuenit; 14.2 Accipies cum hac epistula. En ce qui concerne le syntagme à l’Ablatif aprépositionnel, les données contextuelles, le sens , le statut référentiel, le type de détermination des noms impliqués dans la construction permettent avec plus ou moins de clarté de distinguer deux sous-classes d’emplois et c’est à ce niveau que l’on trouve les valeurs de «moyen» (le complément est commutable avec hac re) et de «manière» (le complément appartient au paradigme de sic). Dans sa relation avec le terme qu’il complète, le nom à l’Ablatif en 21.4 Magno fomento dolor meus acquiescit est aisément crédité d’une valeur de «moyen», et en 2.4 Conuenitur ad eum mira celebritate, le syntagme de même type est interprété comme «complément de manière». Référentié, explicitement ou implicitement, par un complément déterminatif , comme en 6.2 Me studiis (= studiis meis) excolo , le terme à l’Ablatif sera rangé dans la série hac re , Syntagmes à l’Ablatif aprépositionnel Faventia 23/2, 2001 79 Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 79 prototype de la sous-classe de ‘moyen’, comme on le voit par les textes de Plaute, Mil., 458-9 - Ecfer machaeram. - Quid facies ea ?, «Sors le coutelas. - Que vas-tu en faire ?» et de César, Gall., I, 53, […] nauiculam […] nactus ea profugit . Qualifié, lu génériquement, comme en 9.11 Ignem assidua concussione custodiunt, il sera placé dans le paradigme de sic, modèle de la sous-classe «manière». L’indécision subsiste souvent . Ainsi en II, 16.1 Non sunt confirmati testamento : confirmation n’est pas donnée par un testament bien déterminé (lecture hac re), confirmation n’est pas donnée par (un) testament (lecture sic). Là où deux compléments de modalité interviennent en séquence, comme il arrive souvent pour les compléments adverbiaux, c’est à nouveau le sens et le statut référentiel des mots mis en rapport qui commande la répartition des valeurs . Ainsi en III, 7.2 Cuius (= claui) taedio ad mortem irreuocabili constantia decucurrit, où taedio est rangé dans la sous-classe ea re et constantia dans la série représentée par sic . Autres exemples de pareille séquence : VII, 4.6; IX, 13.2; 33.10. 2.2. En emploi conditionné On relève d’une part des syntagmes nominaux et d’autre part des syntagmes adverbiaux, liés chacun à des types différents de conditionnement, le statut du terme recteur étant décisif pour les premiers, la classe lexicale du terme régi intervenant pour les seconds. 2.2.1. Compléments nominaux conditionnés par le terme recteur On distingue deux modèles selon l’ampleur de l’inventaire des termes régis, soit les noms d’inanimés (type hac re), soit tous les noms (type hac re / hoc homine). a) Type hac re Sont répertoriés ici le complément d’agent inanimé du verbe passif et le complément indirect d’une série de verbes que l’usage faits connaître. — Complément d’agent inanimé La construction est bien connue : le complément d’agent du verbe passif est marqué par l’Ablatif seul s’il est actualisé par un nom d’inanimé (modèle hac re), mais par ab + Ablatif si entre en jeu un nom d’animé ( modèle ab hoc homine). Comme exemples sûrs dans notre corpus, on peut citer : 1.2 Incredibili quodam desiderio uestri tenemur; 12.6 Gloria famaque ducuntur; 15.4 Voto primum, deinde bono quodam omine adducimur; 6.1 Tusci grandine excussi.. L’analyse peut hésiter entre Ablatif de modalité et Ablatif d’agent : 19.3 discreta uelo. Le critère décisif de l’option pour l’agent sera la commutabilité avec ab + un nom d’animé, autrement dit l’impossibilité d’ajouter à la construction un tel complément : dans la mesure où est rejetée une séquence comme discreta uelo ab aliquo, le terme uelo sera lu comme complément d’agent. Pareil rejet , assuré par la présence de l’adjectif personnel tuis en 19.6 Tuis manibus educatam, tuis praeceptis institutam, est à divers degrés perçu comme probable ou possible en 9.12 Priore actione incitati; 5.3 Ipsis orationum uirtutibus excitabantur; 9.5 (Crimen) quo 80 Faventia 23/2, 2001 Marius Lavency Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 80 premebatur; et en pas mal d’autres contextes : 9.16 Lege teneri; 11.6 Eiusmodi exemplis inlustrari; 11.13 Gaudio prodi; 14.8 Metri lege constringi; 5.2 Comparationis aculeis excitari; 16.1 Stipatione teneri, etc. L’analyse est aussi plus assurée lorsque le nom d’inanimé peut se trouver en fonction de sujet dans une version active de la construction : 21.2 Angor infantium sorte répond ainsi à V, 5.2 Angit me casus istius. — Complément indirect d’une série de verbes6 Deux séries sémantiquement plus ou moins homogènes de verbes et les lexèmes apparentés à ces verbes font attendre inséré dans leur valence lexicale un complément indirect à l’Ablatif. Selon le principe en vertu duquel un élément a dans l’usage synchronique d’une langue d’autant moins de poids sémantique qu’il est attendu, prévu ou contraint, l’Ablatif est ici avant toute chose marque essentiellement syntaxique de dépendance. L’imprévisibilité de la préposition avec laquelle , dans nos langues, le complément indirect est construit est signe du manque de valeur sémantique : le français dit «regorger-de», mais «abonder-en»; au français «approcher-de» répond l’italien «avvicinarsi-à» et, plus encore, le français «dépendrede» traduit l’anglais «to depend-on». Il s’agit d’abord de verbes et d’adjectifs signifiant l’état (verbes intransitifs) ou la création d’un état (verbes transitifs) d’abondance ou de disette. On a ainsi des verbes intransitifs : 9.9 Vti relisquis (horis); 24.3 Frui otio; 15.12 Perfrui laetitia; 1.3 Fungi officio; 11.3 Carere iure togae; 14.4 Verbis nudisabstinere; 29.2 Opus uenia fuit, et de leurs correspondants trnasitifs : 3.3 Complere floribus, et des adjectifs apparentés : 21.2 Parentibus orbatae et 22.5 Luminibus orbus. Il s’agit ensuite de verbes de sentiment : 1.4 Profectionibus angitur, honoribus gaudet; 12.7 Necesse est laudis suae spatio et cursu et peregrinatione laetetur; 14.2 Gaudio adfectus; 19.3 Gaudio adficitur; 21.1 Adficior dolore. On ajoutera à la liste l’expression fixée par l’usage attestée en 11.3 Aqua et igni alicui interdicere. La limite est ici labile entre le complément (pro)nominal indirect de type hac re, prévu dans la valence du terme recteur et motivé syntaxiquement et le complément adverbial de modalité de type hoc modo, en occurrence libre et à motivation sémantique. De là, en 3.3, l’adverbe ita de ita certe sum adfectus, le passage du pronom neutre à l’adverbe étant là aussi aisé que dans les constructions id facere / ita facere , id respondere / ita respondere. C’est que selon les affinités sémantiques que l’analyste peut reconnaître aux éléments associés dans la construction, le nom concerné peut être lu soit comme constituant un complément de statut adverbial rapporté à un syntagme verbal saturé sémantiquement et définissant le «comment» de la réalisation du procès (hoc modo res geritur), soit comme un éléSyntagmes à l’Ablatif aprépositionnel Faventia 23/2, 2001 81 6. Complément (pro)nominal inclu comme lui dans la valence du verbe, le complément indirect du verbe est distinct du complément direct en ceci qu’il ne commute pas avec eum, eam, id. Sur les problèmes de la valence et des marques qui les actualisent, on dispose aujourd’hui du magistral ouvrage dirigé par J. FEUILLET, Actance et valence dans les langues de l’Europe, Berlin - New York, 1998, avec notamment les articles de A. CHRISTOL, Typologie des langues anciennes, p. 753-767, et de G. BOSSONG, Le marquage différentiel de l’objet dans les langues de l’Europe, p. 193-258. Faventia 23/2 001-179 23/11/2001 15:44 Página 81