scieee Science in your language
[fr] (orig)
1
Decoding Antisemitism
Second rapport d’analyse discursive
Projet pilote
Decoding Antisemitism:
Une étude par IA du discours et
de l’iconographie de la haine
en ligne
Principal Investigator:
Dr. Matthias J. Becker
Centre de recherche sur l’antisémitisme, TU Berlin
Co-Investigator:
Dr. Daniel Allington
Department of Digital Humanities, King’s College London
Équipe TU Berlin:
Dr. Laura Ascone
Dr. Matthew Bolton
Alexis Chapelan
Dr. Jan Krasni
Karolina Placzynta
Marcus Scheiber
Hagen Troschke
Chloé Vincent
Project Manager:
Prof. Uffa Jensen
Centre de recherche sur l’antisémitisme, TU Berlin
Financé par Alfred Landecker Foundation
Août 2021
Coordination de projet :
Dr. Susanne Beer (Coordinatrice de projet)
Jonas Greiner (Secrétaire)
TU Berlin
Zentrum für Antisemitismusforschung (ZfA) (Centre de recherche sur l’antisémitisme)
Kaiserin-Augusta-Allee 104–106
10553 Berlin
Contact: info@decoding-antisemitism.eu
Web: decoding-antisemitism.eu
Conseil consultatif
Prof. Johannes Angermuller, Discourse, Languages and Applied Linguistics, The Open University, Royaume-Uni
Dr. Ildikó Barna, Department of Social Research Methodology, Eötvös Loránd University, Budapest, Hongrie
Prof. Michael Butter, Histoire littéraire et culturelle américaine, Eberhard Karl Universität Tübingen, Allemagne
Prof. Manuela Consonni, Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism, Hebrew University, Israël
Prof. Niva Elkin-Koren, Faculty of Law, Tel Aviv University, Israël
Prof. Martin Emmer, Institut de la communication et des médias, FU Berlin; Weizenbaum Institute, Allemagne
Prof. David Feldman, Birkbeck Institute for the Study of Antisemitism, University of London, Royaume-Uni
Dr. Joel Finkelstein, Network Contagion Research Institute, Princeton University, États-Unis
Shlomi Hod, HIIGs AI & Society Lab, Berlin, Allemagne
Prof. Günther Jikeli, Institute for the Study of Contemporary Antisemitism, Indiana University Bloomington, États-Unis
Dr. Lesley Klaff, Department of Law & Criminology, Sheffield Hallam University, Royaume-Uni
Prof. Jörg Meibauer, Institut allemand, Johannes Gutenberg Universität Mainz, Allemagne
Dr. Andre Oboler, Online Hate Prevention Institute, Autriche
Prof. Martin Reisigl, Institut de linguistique, Universität Wien, Autriche
Prof. Eli Salzberger, Minerva Center for the Rule of Law under Extreme Conditions, University of Haifa, Israël
Dr. Robert Schwarzenberg, Centre de recherche allemande pour l’intelligence artificielle (DFKI), Berlin, Allemagne
Dr. Charles Asher Small, Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy, États-Unis; St Antonys College, University of Oxford,
Royaume-Uni
Dr. Abe Sweiry, Home Office, Royaume-Uni
Prof. Gabriel Weimann, Department of Communication, University of Haifa, Israël
Dr. Mark Weitzman, Simon Wiesenthal Center, États-Unis
Prof. Harald Welzer, Norbert Elias Center for Transformation Design & Research, Europa-Universität Flensburg; Futurzwei, Stiftung Zukunfts-
fähigkeit (Fondation pour la durabilité du futur), Allemagne
Dr. Juliane Wetzel, Centre de recherche sur l’antisémitisme (ZfA), Technische Universität Berlin, Allemagne
Michael Whine MBE, UK & Bureau Member, European Commission Against Racism and Intolerance, Council of Europe, European Jewish
Congress, Belgique
Prof. Matthew L. Williams, Criminology, HateLab, Cardiff University, Royaume-Uni
Table des matières
Résumé 4
1. Introduction 5
2. Définition de lantisémitisme et son opérationnalisation 7
3. Analyses qualitatives 9
3.1. Conflit Hamas-Israël, mai 2021 9
3.1.1. Royaume-Uni 9
3.1.2. France 12
3.1.3. Allemagne 14
3.1.4. Résumé 18
3.2. Déploiement du vaccin contre le covid-19 en Israël 19
3.2.1. Royaume-Uni 19
3.2.2. France 22
3.2.3. Allemagne 24
3.2.4. Résumé 27
3.3. Trois études de cas indépendantes 28
3.3.1. Laffaire Miller au Royaume-Uni 28
3.3.2. Laffaire Dieudonné-Soral en France 31
3.3.3. Laffaire Maaßen en Allemagne 34
3.3.4. Résumé 37
4. Analyses quantitatives 39
5. Résumé et perspectives 44
Annexes 45
Références 48
Sources 49
Advertisement
Sources p
4
Résumé
Pour le deuxième rapport d’analyse discursive sur le projet
pilote «Décoder l’antisémitisme», l’équipe de recherche a
étudié en détail plus de 15000commentaires, la plupart
issus des profils Facebook de grands médias du Royaume-
Uni, de France et d’Allemagne.
En ce qui concerne les réactions en ligne à la dernière
escalade du conflit israélo-arabe en mai, les résultats
confirment que ce conflit attise l’expression de propos anti-
sémites de façon très nette. Même dans le contexte de dis-
cours politiques modérés, la présence de topoï antisémites
est de12,6% dans le jeu de données français, de13,6%
dans le jeu de données allemand et de plus du double dans
le jeu de données anglais, avec26,9%.
Lanalyse des commentaires en ligne sur la campagne de
vaccination israélienne (et sur l’accusation selon laquelle
les Palestiniens en ont été exclus) laisse à penser, là encore,
que même les informations médiatiques relatant des succès
logistiques israéliens sans aucun rapport avec le conflit
deviennent vite l’occasion de formuler des idées et des
stéréotypes antisémites. Comme avec l’escalade du conflit,
l’analyse démontre que l’antisémitisme apparaît bien plus
fréquemment dans les débats sur les réseaux sociaux bri-
tanniques que dans leurs équivalents français et allemands,
mais révèle également une différence marquée dans les
types de stéréotypes régulièrement employés dans chaque
pays.
Trois autres événements discursifs à l’échelle nationale
consistaient en des accusations d’antisémitisme contre trois
individus influents issus de milieux politiques et profes-
sionnels variés: David Miller, Dieudonné M’bala M’bala
et Hans-Georg Maaßen. La minutie avec laquelle les
internautes ont examiné ces cas et dont ils ont fait preuve
dans leurs réactions montre le caractère remarquablement
adaptable de l’antisémitisme. Dans le même temps, l’anti-
sémitisme, dans ce contexte, s’intègre à un processus plus
large de construction d’images ennemies, ciblant les rivaux
électoraux, les élites politiques ou du monde des affaires
ainsi que certaines minorités.
Les jeux de données codés pour ce rapport serviront de
premiers supports de formation pour les classificateurs lors
du déploiement de la phase d’apprentissage automatique
de notre projet. Le développement continu de tels jeux de
données catégorisés permettra d’augmenter la précision
des algorithmes testés.
Résumé
Sources p
5
Introduction
Ce rapport est le deuxième d’une série de six rapports d’analyse discursive,
publiés au cours de la phase-pilote du projet de recherche transnational et
interdisciplinaire «Décoder l’antisémitisme». Depuis l’été 2020, ce projet
pilote de trois ans financé par la Fondation Alfred Landecker est basé au
Zentrum für Antisemitismusforschung (Centre de recherche sur l’antisémi-
tisme/ZfA) de l’Université technique de Berlin et mené à bien avec le sou-
tien du King’s College London (KCL)1.
Le projet étudie en détail les concepts constitutifs de l’an-
tisémitisme et la façon dont ils sont exprimés linguistique-
ment et visuellement. Le résultat de cette analyse donnera
un aperçu complet de la diversité de l’antisémitisme en
ligne, et formera surtout la base d’un algorithme qui per-
mettra, à l’issue d’une phase d’essai, d’identifier automati-
quement les contenus antisémites dans les textes publiés en
ligne. Le projet est complété par des analyses quantitatives
basées en partie sur les résultats des analyses qualitatives
et assistées par IA. La conception de la recherche en plu-
sieurs étapes reflète la complexité du sujet 2.
Au vu de l’amplification par le Web interactif de la radica-
lisation relayée par les médias comme par la recherche,
l’analyse de l’antisémitisme en ligne représente plus que
jamais un enjeu fondamental. Lobjet de nos enquêtes est
constitué par les espaces de commentaires des médias
traditionnels représentant les principaux courants poli-
tiques. Ce pan de la vie sociale est au centre du projet car
nous voyons un danger fondamental dans la normalisation
rampante de la dévalorisation et de l’exclusion antisémites
au sein de milieux politiques modérés bien établis dans la
société: les schémas antisémites (parfois codés) se voient
conférés l’apparence d’une opinion acceptable par le
contexte dans lequel ils sont transmis, car ils sont souvent
portés dans le discours par des personnalités publiques
qui ont valeur d’autorité –quand ils ne sont pas parés dès
le début de l’aura de l’innocence car produits au sein de
milieux modérés. En raison des conséquences que pourrait
avoir la normalisation d’un antisémitisme du centre sur la
vie des juifs d’Europe, ces schémas doivent faire l’objet
d’un examen scientifique approfondi.
En plus d’une étude transsociale, les manifestations et la
diffusion de l’antisémitisme au-delà des frontières natio-
nales seront analysées –les expressions/manifestations
antisémites dans les pages en ligne des médias conven-
tionnels et leurs canaux de médias sociaux en Allemagne,
France et Royaume-Uni. Une équipe de chercheur·ses est
compétente dans chaque pays. À l’issue de la phase-pi-
lote, l’objectif est d’élargir l’analyse aux discours d’autres
pays européens.
En plus d’apporter un éclairage scientifique précis sur l’objet
de l’étude et l’évolution de la recherche sur l’antisémitisme
en ligne, le projet vise à rapprocher la politique, les médias
et la pédagogie. Dans ce contexte, nos rapports d’analyse
discursive résument et font connaître notre activité scienti-
fique, ils donnent une impulsion à l’élaboration de mesures
préventives et d’interventions. De même, notre recherche
assistée par IA aura une application pratique puisque le
projet vise à développer un outil en accès libre pour affi-
cher en toute transparence les possibilités et les limites de
la modération par IA actuelle et fournir des suggestions
d’amélioration -qui sera mis à la disposition des modéra-
teurs des contenus des plates-formes ou sites d’actualités.
* – Le rapport a été traduit par
Claire Debard et Anais Gerber.
1 – Pour plus d’informations, v.
le site web de TU Berlin et Alfred
Landecker Foundation.
2 – Pour une présentation de la
conception, v. le premier rapport
d’analyse discursive.
1. Introduction*
Advertisement
Loading more pages...