Synonymy and Polysemy in Latvian Philosophical Terminology
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LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI, XXXI (1994)
KALBOS NORMALIZACIJOS KLAUSIMAI
ZAIGA IKERE
PROCESSUS DE SYNONYMIE ET DE POLYSÉMIE DANS LA TERMINOLOGIE PHILOSOPHIQUE LETTONE
La terminologie philosophique, en tant que l’un des sous-systèmes de la langue, est soumise, dans une plus ou moins grande mesure, à tous les processus lexico-sémantiques qui agissent dans le lexique de la langue littéraire. Nous nous pencherons ici sur les plus importants d’entre eux, à savoir la synonymie et la polysémie.
La synonymie comme la polysémie sont des phénomènes qui, lors de la normalisation des termes, sont classés comme négatifs et nuisent à la précision scientifique de la langue. Toutefois, malgré cela, tant dans le domaine de la consignation des termes (c’est-à-dire dans les dictionnaires spécialisés) que dans celui de leur fonctionnement, nous rencontrons aussi bien différents noms désignant un même phénomène que des termes polysémiques.
La présence et la persistance de ces processus lexico-sémantiques dans la terminologie philosophique peuvent, dans une certaine mesure, s’expliquer par les facteurs extralinguistiques suivants. Premièrement, par l’automouvement et la différenciation des concepts dans le processus de pensée. Ce phénomène se manifeste à tous les niveaux de la langue et se reflète également dans ce sous-système linguistique particulier qu’est la terminologie philosophique. Deuxièmement, la philosophie est un produit de la culture. Résultat de l’activité spéculative de l’humanité entière, la philosophie est profondément internationale et n’est pas libre — et ne peut l’être à cet égard — des influences des langues étrangères. Le lexique philosophique est le produit des contacts et de l’héritage entre de nombreuses cultures. Le national et l’international y sont étroitement entrelacés. Troisièmement, la philosophie n’est pas du folklore, mais le résultat de la pensée théorique de personnalités particulières et des écoles nées sous leur influence. Une personnalité singulière peut trouver, pour un concept invariant au sein d’un même système, une autre forme d’expression, différente, ou bien raviver un mot déjà oublié dans la conscience populaire, ainsi que conférer une nuance de sens différente à un mot existant.
Si, au niveau de la langue, on peut considérer comme synonymes des mots appartenant à une même partie du discours, proches ou identiques par leur sens et exprimant un seul et même concept, mais se distinguant par des nuances de sens ou par leur coloration stylistique, alors, au niveau de la terminologie, c’est-à-dire dans le système terminologique d’une science donnée, les synonymes sont des mots identiques par leur sens.
Comme le fait remarquer la linguiste lettone A. Laua, « les termes n’ont généralement pas de synonymes, sauf dans les cas où des désignations internationales et lettones sont utilisées en parallèle »1.
Cette constatation sera incontestablement valable pour la grande majorité des systèmes terminologiques, mais le système terminologique de la philosophie possède ses particularités, qui se manifestent également en matière de synonymie.
1 Laua A. Latviešu leksikoloģija. Rīga, 1981. 191. lpp.
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La pensée est un processus. La pensée ne s’exprime pas seulement à l’aide du mot: elle prend forme dans le mot et se perfectionne. Cette idée, exprimée dans les années trente de notre siècle par le psychologue russe Lev Vygotski, concerne non seulement certains phénomènes linguistiques, mais aussi le rôle et l’importance de chaque langue nationale dans la pensée des représentants de cette nation.
Le lien entre la pensée et la langue retient l’attention des philosophes, des psychologues et des linguistes. C’est précisément dans la terminologie, couche lexicale spécifique, que le lien étroit entre le concept et les moyens d’expression linguistiques se manifeste avec le plus d’éclat. Le philosophe lituanien R. Plečkaitis, examinant cette relation, écrit: « La langue dans laquelle un concept donné est formulé fait également partie de la structure de sa formation. C’est précisément pourquoi, lorsque nous élaborons des dictionnaires terminologiques nationaux, la comparaison des termes nationaux avec leurs équivalents russes est une condition nécessaire, mais pas toujours suffisante. Si, par exemple, un concept a été formulé pour la première fois en anglais, il faut également analyser le terme anglais correspondant. Ce sera précisément l’un des aspects de l’approche historique en terminologie2. » La pensée de R. Plečkaitis souligne une nouvelle fois le lien étroit entre le monde conceptuel et celui de l’existence verbale. La langue n’est pas seulement un moyen d’exprimer quelque chose, elle est aussi la matière dans laquelle cette chose advient. C’est précisément pourquoi l’enracinement de la langue nationale touche des couches plus profondes de l’existence d’une nation que les seules manifestations strictement linguistiques.
Au fil du développement de la pensée théorique, plusieurs signes linguistiques apparaissent pour exprimer un seul et même concept. À une période donnée se constituent des séries de synonymes pour désigner des concepts invariants. La synonymie dans la terminologie philosophique lettone peut être examinée aussi bien du point de vue synchronique que diachronique.
L’apparition et le développement de la pensée philosophique lettone sont liés aux années 1860-1880 du siècle dernier et à l’activité des Jeunes-Lettons. Kaspars Biezbārdis est l’un des Jeunes-Lettons les plus remarquables à avoir popularisé les écrits philosophiques. C’est précisément à son nom que sont associées les recherches d’une expression philosophique lettonisée. Les efforts visant à trouver une manière de s’exprimer appropriée en letton et une désignation lettone pour un concept conduisent inévitablement à l’apparition de désignations synonymes au stade où la terminologie se forme et se développe. Ainsi, par exemple, au début de l’élaboration terminologique, K. Biezbārdis désigne le concept d’« organes sensoriels » par les synonymes suivants: « esprits extérieurs », « esprits extérieurs de la sensation », « esprits de la sensation », « facultés de la sensation ». Dans les années 1920 et 1930, une autre série de synonymes désignait ce concept dans le lexique philosophique letton, à savoir: « sens », « sens », « organes du sens », « organes sensoriels », « organes de perception ».
L’apparition de plusieurs termes importants en philosophie dans la littérature philosophique lettone peut être représentée ainsi: pendant une période donnée, il existe une série de synonymes (ce sont des mots de la langue littéraire employés au sens terminologique pour désigner et exprimer un concept philosophique déterminé). Un mot particulier se détache de cette série comme désignation la plus fréquemment employée pour un concept donné. À partir de ce terme peut ensuite se former une famille terminologique, signe de son enracinement dans le système de la terminologie philosophique. Dans le lexique philosophique letton contemporain, deux termes de la dernière série de synonymes se sont maintenus et sont employés: « organes sensoriels » et « sens », dont
2 Плечкайтис Р. О выявлении понятий в связи с терминологической работой // Вопросы разработки научно-технической терминологии. Рига, 1973. С. 129.
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le second a acquis la priorité dans l’usage, tant dans la sphère du fonctionnement que dans celle de la fixation. Il est prioritaire parce qu’il s’agit d’un seul mot, qui peut être utilisé dans des modèles de formation des mots et donner naissance à une famille terminologique. Par exemple, le dictionnaire de termes philosophiques mentionne les termes suivants: sensoriel, sensibilité, sensible, caractère sensible, existence sensible, existence sensorielle, contemplation sensorielle, perception sensorielle.3. « Sens » et ses dérivés sont inclus dans des termes composés tels que: monde sensible, vie sensible, image sensible, êtres sensibles, objets des sens, forme extérieure de la contemplation de la sensibilité, forme pure de la sensibilité, forme de la contemplation sensorielle4.
Un autre exemple est celui du terme philosophique « compréhension ». Dans le dictionnaire de Mīlenbahs-Endzelīns, ce mot est signalé comme un néologisme. Au moment de la rédaction du dictionnaire, la série de synonymes suivante existait dans le lexique général: saprašā, saprata, saprašana, sapratne, izpratne, ainsi que saprate dans l’usage de l’écrivain A. Upītis5.
Taču 1922.g. publicētajā zinātniskās terminoloģijas vārdnīcā vārdi „sapratne“ un „sapratisks“ jau iekļauti filozofijas terminu sarakstā6. Mūsdienu filozofijas terminoloģijas leksikā šis termins izveidojis noteiktu terminoloģisko ligzdu: sapratne, iepriekšsapratne, praktiskā sapratne, spekulatīvā sapratne, vērojošā sapratne, subjektīvā sapratne, sapratisks prāts, sapratnes filozofija.
L’emprunt de mots internationaux est l’une des sources de synonymie dans le lexique philosophique. La question des internationalismes occupe une place particulière dans la terminologie philosophique, car la philosophie, en tant que science, résulte des contacts entre les cultures de différentes nations. L’analyse des internationalismes dans la terminologie philosophique mériterait un examen plus approfondi; nous nous contenterons donc de constater qu’en 1987, dans le dictionnaire russe-letton des termes de philosophie et d’éthique, 30 des quelque 1 200 termes répertoriés étaient traduits en parallèle par un mot international et une désignation lettone.
Quelques mots encore sur les synonymes qui diffèrent sur le plan morphologique, mais sont identiques sur le plan conceptuel. C’est le cas, par exemple, de « pieredzes » et « pieredzisks », de « līdzesamība » ou « līdzdzāsesamība ». Cette dernière forme se rencontre dans l’usage et son apparition a, semble-t-il, été influencée par le modèle existant en letton: « līdzāspastāvēšana ».
Les termes composés et les termes syntagmatiques existent également comme synonymes. Actuellement, la terminologie philosophique emploie simultanément « monde extérieur » et « extérieur-monde », « compréhension du monde » et « vision-du-monde ». De même, on trouve côte à côte « existence présente » et « présence », ainsi que « conception du monde » et « conception-du-monde ». La langue lettone étant très souple dans la formation syntaxique de composés déterminatifs7, ce phénomène se reflète également dans le lexique philosophique. On observe une tendance à passer du terme syntagmatique au terme composé, car ce dernier permet de former plus facilement un terme
3 Voir: Konsultants // Palīglīdzeklis valodas praksē. 6e fasc. Riga, 1987, p. 5–33. Ci-après: Konsultants.
4 Voir: Kants I. Traduit de l’allemand par R. Kūlis. Riga, 1990.
5 Sk.: Upīts A. Vēstules. Rīga, 1977. 83. lpp.
6 Zinātniskās terminoloģijas vārdnīca. Rīga, 1922. 3. lpp.
7 Mūsdienu latviešu literārās valodas gramatika. Rīga, 1959. 1 sēj. 200. lpp.
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niche. Par exemple, les termes « idéaux de vision du monde » et « catégories de la vision du monde » sont dérivés du composé mentionné, « vision du monde ».
Examinons l’autre processus lexico-sémantique majeur: la polysémie. Certains linguistes estiment que la polysémie n’est pas pertinente lors de la normalisation des termes; elle existe néanmoins et constitue une manifestation des lois naturelles de l’évolution du lexique.
L’exigence d’univocité des termes est également une question d’actualité dans la terminologie philosophique. Ainsi, le philosophe allemand W. Leibnics exigeait que les termes philosophiques soient aussi précis que les symboles mathématiques. Cette aspiration n’a toutefois pas abouti, car certaines régularités s’opposent à cette tendance.
Pour comprendre les particularités de la polysémie dans la terminologie philosophique, il faut saisir le système conceptuel qu’elle reflète. Deux points sont ici importants: premièrement, la philosophie est une science historique. Elle n’est pas née seulement avec l’instauration d’un ordre social déterminé, et ses concepts ne sont pas apparus au cours d’une période particulière, mais résultent de l’évolution historique de l’existence sociale. Deuxièmement, la philosophie n’est pas une science homogène: elle se compose de courants multiples et variés. Chaque courant philosophique reflète un phénomène déterminé dans le système des conceptions humaines. Ainsi, au XXe siècle, il existe aussi bien la philosophie marxiste que la philosophie analytique, l’herméneutique et la philosophie morale. Par conséquent, non seulement au niveau diachronique, mais aussi au niveau synchronique, un même signe linguistique se voit attribuer des contenus différents.
Prenons comme exemple l’un des termes centraux de la philosophie: « existence ».
La première conception philosophique de l’existence fut avancée par les philosophes avant même Socrate; Platon et Aristote se penchèrent ensuite sur ce concept. Pratiquement tous les courants philosophiques ont abordé les rapports entre le monde objectif et la conscience et ont, par conséquent, proposé leurs propres interprétations de ce concept. Si nous examinons uniquement les définitions du XXe siècle, nous constatons des différences d’interprétation, par exemple entre la philosophie marxiste et la philosophie analytique. Cette dernière considère l’« existence » comme une propriété inhérente à tout ce qui existe. Dans la philosophie marxiste, le terme « existence » a deux sens. Le mot « existence » au sens d’« existence effective » apparut à la fin du XIXe siècle dans la publication des Jeunes-Lettons « Pūrs ».12
Pour plus de clarté, comparons d’abord la sémantique du mot « existence » en tant que mot du lexique courant — telle qu’elle est présentée dans le dictionnaire littéraire contemporain de la langue lettone — et en tant que terme.
La polysémie du terme « existence » invite à évoquer un phénomène intéressant qui se dessine en letton. Le terme « existence » exprime l’un des concepts fondamentaux de la philosophie; la pensée humaine cherche donc ici à éliminer toute ambiguïté. À l’heure actuelle, on observe en letton une tendance à employer un mot distinct, « esība », pour désigner le sens d’« existence en général » du mot « esamība ». À l’heure actuelle — au début des années 1990 —
8 Voir: Konsultants. p. 14.
9 Sk.: Kūle M. Ceļš saprašanas labirintos. Rīga, 1989. 21. lpp.
10 Даниленко В. П. Русская терминология. М., 1977. С. 180.
11 Sk.: Lacey A. R. Dictionary of Philosophy. London, 1976. P. 16.
12 Voir: Baltiņa M. Esamība, esība, esme, esotība. Dans: Questions de culture de la langue lettone. 13e fasc. Riga, 1977. p. 46.
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Existence
Lexique général
Terminologie
1. Philos. Le monde objectif, la matière, qui existe indépendamment de la conscience.
1. Notion philosophique désignant le monde objectif, la matière, qui existe indépendamment de la conscience.
2. Existence, fait d’exister13.
2. La notion la plus générale et la plus abstraite, qui désigne l’existence de quelque chose en général14.
Existence et être
Lexique général
Terminologie
1. Philos. Le monde objectif
1. Le monde objectif
2. Existence, fait d’exister = être → 2. Existence, fait d’exister en général
Dans ce cas, ce phénomène ne se manifeste qu’au niveau de la langue et n’a pas acquis un statut strictement terminologique.
Dans la langue littéraire lettonne, le mot « esība », au sens d’« existence, fait d’exister », était déjà employé dans les années 1920 et 1930. On trouve alors aussi ce mot dans les écrits des philosophes lettons, comme synonyme de « esamība » au sens d’« existence en général ». Par exemple:
Le travail d’un homme témoigne de lui, et pour une femme, c’est son existence, sa personnalité. La femme est comme la lumière. « La lumière n’a pas à faire d’effort pour briller, et pourtant, dans ses rayons, les choses s’épanouissent dans toutes leurs couleurs. Ainsi, la femme exerce son influence sans effort, en rayonnant simplement son être autour d’elle »15.
Le fait que le mot « esība » cherche à acquérir le statut de terme est attesté par son apparition non seulement dans la sphère de l’usage, c’est-à-dire dans l’emploi des philosophes, mais aussi dans celle de la fixation des termes. Voici des exemples de l’emploi de ce mot au sens d’« existence en général » dans des écrits de caractère philosophique:
En vérité, le Cosmos est en nous et nous sommes en lui. Mais seul celui qui prend conscience de cette indivisibilité est capable de s’intégrer à l’être cosmique dans toute sa plénitude.
Dans son œuvre, H. Rēriha tente de trouver des réponses aux questions fondamentales de l’existence de l’humanité16.
L’épopée, écrit Šacs-Aniņš, restitue poétiquement l’agencement plastique des phénomènes et la symétrie de l’existence humaine17.
13 Mūsdienu Latviešu literārās valodas vārdnīca. Rīga, 1973. 2 sēj. 509. lpp.
14 Filozofijas vārdnīca. Rīga, 1964. 111. lpp.
15 Mauriņa Z. Sievišķības ideāls pagātnē un tagadnē. Grām.: Pārdomas un ieceres // Eseju krājums. Rīga, 1934. 10. lpp.
16 No Helēnas Rērihas vēstulēm (1929.—1938.) // Sieviete, 1990. Nr. 2. 4. lpp.
17 Mauriņš A. Lāčplēsi — spaciistu vai temporalistu? // Literatūra un Māksla. 1989 g. 23. decembrī.
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Quant à la sphère de la fixation, le dictionnaire russe-letton des termes de philosophie et d’éthique déjà mentionné donne les équivalents suivants: субъективное ничтожество — subjectīvā neesība, ничтожность в себе — neesība par sevi, ничтожество, ничтожность — neesība, niecība18.
En écrivant sur la sémantique du mot « esība », on ne peut manquer de mentionner une autre particularité de ce mot, qui se reflète dans une nuance de sens distincte, à savoir « l’existence en tant qu’existence subjective individuelle ». Notre poète national Imants Ziedonis a perçu et consigné cette caractéristique du mot:
Le sentiment de l’être chez l’homme est le tout premier thème de l’art. En letton, le mot « esība » acquiert une intensification particulière du sens, car le sens du mot « būt » coïncide avec celui du mot « es ». Ces mots, se projetant l’un sur l’autre, confèrent au mot « esība » une profondeur polysémique: je suis de même que tout est; tout est avec moi, tout peut apparaître à travers moi19.
À l’heure actuelle, cette nuance de sens n’est pas consignée dans les dictionnaires; elle n’est perceptible que comme un trait, une tendance susceptible de s’évanouir. Toutefois, en raison de cette nuance, pour traduire en letton les œuvres de G. Berkeley, idéaliste subjectif anglais, il a fallu rendre l’anglais « being » précisément par « esība », et non par « esamība », qui, dans la langue contemporaine, implique le caractère objectif de l’existence20.
La langue est un phénomène en constante transformation et permanence. La terminologie philosophique, en tant que sous-système de la langue, évolue et se transforme elle aussi, reflétant l’évolution de la pensée théorique et la vision du monde de certaines personnes. Au niveau linguistique, ces changements se manifestent sous la forme des phénomènes de synonymie et de polysémie propres à la terminologie philosophique.
SYNONYMIE ET POLYSÉMIE DANS LA TERMINOLOGIE PHILOSOPHIQUE LETTONE: PROCESSUS
Résumé
La terminologie philosophique, en tant que sous-système de la langue générale, est soumise aux mêmes processus lexico-sémantiques que le lexique de la langue générale. L’article passe en revue les principaux d’entre eux: la synonymie et la polysémie.
L’apparition de la synonymie et de la polysémie peut s’expliquer par le fait que la philosophie, en tant que science, intègre non seulement les acquis d’autres disciplines scientifiques, mais constitue aussi un domaine où se développent les capacités cognitives humaines et la pensée scientifique. « La pensée ne s’exprime pas seulement, elle s’incarne aussi dans le mot », écrivait dans les années 1930 le psychologue russe Lev Vygotski. Ce phénomène psychologique est lié non seulement aux problèmes de synonymie et de polysémie dans la langue, mais aussi au rôle de la langue maternelle dans la pensée humaine.
Le développement d’une pensée philosophique et socio-politique progressiste et l’apparition d’ouvrages philosophiques en letton sont liés à l’activité des Jeunes-Lettons dans les années 1870-1890. Kaspars Biezbardis, l’un des plus éminents Jeunes-Lettons, expliquait les concepts philosophiques aux lecteurs lettons.
La confrontation des moyens d’expression linguistiques et des concepts, ainsi que la recherche du mot approprié pour exprimer un concept au stade de création et de formation de la terminologie, rendent la synonymie inévitable. Quelques phénomènes linguistiques
18 Consultant. p. 16.
19 Ziedonis I. Garainis, kas veicina vārīšanos. Rīga, 1976. 70.lpp.
20 Voir: Berkeley, G. Traité sur les principes de la connaissance humaine. Trois dialogues entre Hylas et Philonous / trad. de l’anglais par Z. Ikere. Riga, 1990.
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La présence d’expressions désignant une seule notion est souvent même inévitable à ce stade lorsqu’il s’agit de la philosophie, domaine complexe et abstrait de la pensée scientifique. Par exemple, au cours de la formation du lexique de la philosophie lettone, la notion d’« organes sensoriels » était désignée par les synonymes suivants: ārējie prāti, ārējie jūšanas prāti, jūšanas prāti, jūšanas spēki.
On peut distinguer les étapes suivantes dans la formation et l’évolution d’une partie des termes de la philosophie lettone: il existe une série de synonymes dont se détache un mot, le plus souvent employé comme terme; sur la base de ce terme se forme un nid terminologique. La constitution d’un tel nid est un indicateur de l’intégration du terme dans la terminologie philosophique lettone.
La notion d’« organes sensoriels » (dans les années 1930-1940 de ce siècle) était exprimée par la série de synonymes suivante: jutekļi, jūtekļi, jutekļa orgāni, maņu orgāni, sajūtu orgāni. Dans le lexique actuel de la philosophie lettone, seuls deux termes de cette série de synonymes sont encore employés: sajūtu orgāni et jutekļi, le second étant le plus fréquent. C’est précisément sur ce dernier que se fonde la formation du nid terminologique.
L’emprunt est l’une des sources de synonymie. Les internationalismes, qui ont des équivalents dans la langue propre et fonctionnent comme des synonymes absolus, font également partie de la terminologie philosophique. La liste des termes de philosophie et d’éthique russes et lettons publiée en 1987 compte environ 1 200 termes, dont une trentaine sont traduits à la fois par des synonymes de la langue propre et par des synonymes internationaux.
Outre les synonymes absolus déjà mentionnés, il existe des termes qui ne diffèrent que morphologiquement, par exemple: ārpus-pieredzisks | ārpuspieredzes « non empirique », līdzesamība | līdzāsesamība « événement ». Parfois, un mot composé et un syntagme sont employés comme synonymes pour désigner la même notion, par exemple: ārējā pasaule | ārpasaule « monde extérieur », pasaules uzskats | pasauluzskats « vision du monde ».
Bien que la terminologie exige l’univocité, la polysémie est également d’actualité dans la terminologie philosophique lettone. Cela incite à créer un système de termes philosophiques dans lequel les termes seraient semblables à des signes mathématiques parfaitement logiques. Cette idée a été avancée par le philosophe allemand G. W. Leibniz. Cependant, cet objectif n’a pas été atteint, et le terme philosophique demeure polysémique: il associe un signe linguistique unique à plusieurs définitions. Cela peut s’expliquer par des facteurs extralinguistiques. En effet, premièrement, la philosophie est une science historique. Elle ne commence ni ne s’achève avec l’instauration d’un ordre social donné. Et, deuxièmement, la philosophie reflète le parcours de l’évolution de la pensée humaine, composé de nombreux courants très différents.
L’article examine le terme esamība « être ». La première conception philosophique de l’être a été formulée par les philosophes présocratiques, et cette notion était employée différemment dans les diverses écoles. Si l’on examinait les sens dans lesquels elle est employée aujourd’hui, on constaterait que les représentants des différents courants philosophiques l’emploient encore de nos jours dans des sens différents. Dans la philosophie marxiste, le terme būtis a deux sens: 1) une notion philosophique désignant le monde objectif, la matière, indépendamment de la conscience humaine; 2) la notion la plus générale et la plus abstraite, désignant l’existence de quelque chose en général.
Toute discipline scientifique exige de la précision, laquelle ne peut être atteinte que par une définition claire et univoque. En letton, on tend à désigner le second sens du terme būtis par un mot distinct, esība, c’est-à-dire esība « existence, fait d’être en général ». Ce mot du fonds lexical commun acquiert progressivement, par son sens usuel, le statut de terme dans la terminologie philosophique lettone.
La langue évolue constamment. Le lexique philosophique se développe lui aussi, en tant que sous-système de la langue standard. Cette évolution se reflète dans les processus actuels de synonymie et de polysémie au sein du lexique philosophique.
SYNONYMIE ET POLYSÉMIE DANS LA TERMINOLOGIE PHILOSOPHIQUE LETTONE
Résumé
La terminologie philosophique, qui constitue une strate du système linguistique, subit les mêmes processus lexico-sémantiques que la langue en général. Le présent article porte sur deux de ces processus, à savoir la synonymie et la polysémie dans la terminologie philosophique lettone.
La philosophie traite du développement de la pensée abstraite. Le mot n’est pas simplement un véhicule technique de communication des idées. Les idées mûrissent au sein du mot — comme le soutenait le psychologue russe
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Lev Vigotsky. Le processus même de la pensée et la recherche de la manière la plus adéquate de désigner un concept philosophique donné sont à l’origine de l’apparition de dénominations synonymes pour celui-ci.
On trouve des termes synonymes tant à la période de formation de la terminologie philosophique lettone qu’à son stade actuel. Lors de l’élaboration de la terminologie philosophique lettone (à partir de la seconde moitié du XIXe siècle), certains concepts possédaient un groupe de dénominations synonymes. En règle générale, dans la série de synonymes existante, un mot était employé le plus fréquemment et acquérait progressivement les qualités d’un terme spécialisé. Par la suite, d’autres dérivés et syntagmes ont été formés à partir du terme le plus fréquemment utilisé pour exprimer des notions associées au concept initial.
L’emprunt est une source bien connue de synonymes. Des mots internationaux et des mots autochtones coexistent comme termes synonymes dans la terminologie philosophique. Un autre groupe de termes synonymes comprend des termes qui diffèrent morphologiquement, par exemple pieredzisks| pieredzes (empirique); il s’agit d’un adjectif et d’un nom au génitif. Un autre groupe de synonymes est formé de termes — mots composés et termes — syntagmes, par exemple pasauluzskats| pasaules uzskats (vision du monde).
Un terme philosophique peut exprimer plusieurs concepts. La polysémie est donc présente dans la terminologie philosophique. Cela s’explique par le fait que la philosophie possède une longue histoire et se compose de divers courants. Le présent article propose l’analyse de l’un des termes fondamentaux de la philosophie, à savoir « esamība » (être), comme exemple de terme philosophique polysémique.
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