Johannas Richteris ir Lietuvių kalbos seminaras Hallėje
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ACTA LINGUISTICA LITHUANICA
X L I V (2 0 0 1), 4 1 – 5 4
Johann Richter
et le séminaire de langue lituanienne à Halle*
VINCENTAS DROTVINAS
Université pédagogique de Vilnius
Cet article examine les circonstances de la fondation du séminaire de langue lituanienne à l’université de Halle et les activités du premier enseignant de ce séminaire, Johann Richter (1727–1728). À partir de documents provenant des archives de l’université Martin-Luther de Halle-Wittenberg, de nouveaux éléments biographiques concernant Richter sont établis, notamment le lieu où il a obtenu sa maîtrise (université de Wittenberg).
Le séminaire de langue lituanienne, qui a fonctionné à la faculté de théologie de l’université de Halle de 1727 à 1740, constitue, à côté de l’université de Königsberg, le deuxième foyer d’études lituaniennes en Allemagne. On y enseignait la langue lituanienne et c’est là que fut publié le premier « Dictionnaire lituanien-allemand et allemand-lituanien » en Prusse (1730). Franz Specht fut le premier à écrire sur le séminaire de Halle (Specht 1935); Eduard Winter en a présenté l’histoire de la manière la plus détaillée (Winter 1954). Dans le contexte de l’histoire de la linguistique et de la culture lituaniennes, Gertruda Bense, Vaclovas Biržiška, Kostas Korsakas, Leonas Gineitis, Jurgis Lebedys, Jonas Palionis, Domas Kaunas, Zigmas Zinkevičius et d’autres ont écrit sur ce séminaire. Parmi les études plus récentes, on peut citer les publications de Christiane Schiller (Schiller 1994, 1994a), ainsi que celles de l’auteur du présent article (Drotvinas 1998, 1998a). Cependant, l’histoire du séminaire n’a pas encore fait l’objet d’une étude exhaustive.
Dans cet article, nous tenterons d’examiner plus en détail les circonstances de la création du séminaire de langue lituanienne à Halle et ses conditions de fonctionnement, et de mettre en lumière quelques aspects de la vie, des études et de l’activité de Johann Richter, premier docent du séminaire.
Comme on le sait, la grande peste et la famine de 1709–1711 ravagèrent la Prusse, et tout particulièrement la Lituanie Mineure: environ 40% des villages et des petites villes furent désertés. Le roi de Prusse Frédéric Ier prit des mesures pour relancer économiquement et culturellement la partie septentrionale du royaume, peuplée de Lituaniens de Prusse. Conformément au plan de Retablissement (restauration), le roi ordonna, par son rescrit de 1718, la création de séminaires de langue lituanienne à Königsberg et à Halle. Cela est lié à Königs-
*L’article s’appuie sur des documents consultés dans les archives de l’université Martin-Luther de Halle-Wittenberg lors de mon séjour de recherche, en 2000, au Centre interdisciplinaire de recherche sur le piétisme de l’université de Halle-Wittenberg et des fondations Francke. Je remercie sincèrement la direction de la Fritz Thyssen Stiftung (Cologne) pour la bourse et les conditions de travail mises à ma disposition, ainsi que le directeur exécutif du Centre de recherche sur le piétisme, le professeur docteur Udo Sträter. – Im Artikel wird das Material verwendet, das im Archiv der Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg während meines wissenschaftlichen Aufenthalts im Interdisziplinären Zentrum für Pietismusforschung der Universität Halle-Wittenberg und der Franckeschen Stiftungen im Jahre 2000 zu finden war. Für das Stipendium und gute Arbeitsbedingungen möchte ich mich ganz herzlich bei der Fritz Thyssen Stiftung Köln und dem Geschäftsführenden Direktor des Interdisziplinären Zentrums für Pietismusforschung Prof. Dr. Udo Sträter bedanken.
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… de l’université, la réforme du professeur, inspecteur des écoles de Prusse-Orientale, Johann Heinrich Lysius (1670–1731), destinée à améliorer la formation des pasteurs et la catéchisation en Lituanie mineure. Le séminaire commença à fonctionner à Königsberg en 1723, et à Halle un peu plus tard, seulement en 1727.
Qu’était Halle au début du XVIIIe siècle, et pourquoi le Séminaire de langue lituanienne fut-il fondé précisément dans cette ville? Quelle était l’atmosphère politico-culturelle à Halle au cours des premières décennies du XVIIIe siècle, et quel était le système académique de l’université de Halle à l’arrivée de Richter et des premiers étudiants « ciblés » venus de Lituanie mineure?
Halle (dans le dialecte moyen-allemand, hal signifie « mine de sel ») est mentionnée pour la première fois en 806, lorsque Charlemagne fit construire une forteresse pour protéger les marchands de sel. Halle grandit et prospéra grâce à l’extraction du sel et à son commerce; au Moyen Âge, elle appartenait à la Ligue hanséatique et, à partir de 1680, aux électeurs de Brandebourg-Prusse. À la fin du XVIIe siècle, Halle devint une ville universitaire et une ville de garnison, administrée depuis Berlin et Potsdam.
En 1694, Friedrich III de Brandebourg fonda à Halle une université de réforme, en opposition aux universités strictement luthériennes de Wittenberg et de Leipzig, liée à l’émergence et au développement du piétisme. Le piétisme apparut dans la seconde moitié du XVIIe siècle comme un mouvement religieux opposé au rationalisme excessivement marqué du protestantisme, qui ne tenait pas compte des besoins mystiques et sentimentaux des croyants ni du caractère intime de la foi (Arnašius 1994: 53). Le théologien allemand Friedrich Jakob Spener (1635–1705) est considéré comme le fondateur de l’idéologie piétiste; à Francfort-sur-le-Main, il fonda en 1670 Collegia pietatis (« Collège de piété »).
Spenerio mokinys ir pasekėjas buvo vokiečių teologas Augustas Hermannas Francke (1663–1727), savo mokytojo pažiūras skelbęs Leipcige bei Erfurte ir už tai atleistas iš kunigo pareigų. Būdamas Hallės priemiesčio Glauchos parapijos kunigu, plėtojo socialinę jaunimo rūpybą ir ugdymą, 1695 m. įsteigė mokyklą varguomenės vaikams ir našlaičių (Waisenhaus, gr. Orphanotrophium), iš jų vėliau išaugo Francke’s fondo institucijos (Franckesche Stiftungen) kaip universiteto struktūrinis priedas. Besikuriančiame Hallės universitete 1691 m. Francke pradėjo dėstyti graikų ir rytų kalbas, buvo glaudus humanistinio mokymo Waisenhauso mokyklose šalininkas, planavo įsteigti specialų filologinį seminarą klasikinėms kalboms studijuoti. Be jo, Halėje dėstė žymus vokiečių filologas klasikas Joachimas Lange, kurio graikų kalbos gramatika, vadinamoji Waisenhauso gramatika, 1705–1821 m. buvo išleista 57 kartus, o lotynų kalbos gramatika per maždaug tą patį laikotarpį sulaukė 60 leidimų (Martens 1989: 167–168). Hallės universitetą garsino žymiausi to meto autoritetai. Iš jų minėtinas juristas, prigimtinės teisės propaguotojas Christianas Thomasius (1655–1728), bene pirmasis Leipcige (ir visoje Vokietijoje) 1687 m. pradėjęs paskaitas skaityti vokiškai, leidęs mokslinį žurnalą Mėnesinės naujienos (Monatliche Nachrichten). Thomasius įteisino vokiečių kalbą kaip universiteto paskaitų kalbą ir kaip priemonę mokslinei publicistikai (nors nenuneigė ir lotynų kalbos, kuria dar buvo rašomos disertacijos). Filosofas Christianas Wolffas (1679–1754), Gotfriedo Wilhelmo Leibnitzo pasekėjas, buvo vadinamas antruoju Vokietijos mokytoju (Praeceptor Germaniae), dėl savo pažangių pažiūrų 1723 m. ištremtas iš Prūsijos, 1740 m. pakviestas atgal į Hallę (Käthe, 1998: 19). Visi jie drauge su teologais Joachimu Justu Breithauptu ir Pauliumi Antonu atsisakė senojo universitetų idealo (Dramblio kaulo bokštas) ir grindė universitetų reformą principu „Mokslas turi tarnauti gyvenimui“. Todėl jie laikomi pirmųjų modernių-
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… furent les fondateurs des universités allemandes. Au XVIIIe siècle, l’université de Halle était appelée l’Athènes de la Saale (en allemand, Saal-Athen, d’après le nom de la rivière qui traverse la ville, Saale).
Francke lui-même était le théologien piétiste le plus éminent de Halle. Sa personne associait une stricte discipline pénitentielle à un système original d’enseignement et d’éducation. Francke fut l’initiateur d’établissements d’enseignement qui se répandirent ensuite en Allemagne et à l’étranger. Ce n’est pas un hasard si le roi Friedrich Ier chargea la faculté de théologie piétiste de l’université de Halle de former des pasteurs prédicateurs du piétisme pour les paroisses de Prusse, et en premier lieu celles de Lituanie mineure. Une entrée du journal de Francke, datant de 1718, en témoigne: « Le roi a envoyé un rescrit stipulant qu’ici, à Halle, doivent être formées des personnes (Schulleute) qui pourraient être directeurs d’école en Lituanie, puis prédicateurs » (Winter 1954: 44).
Bien que le roi ait pressé Francke de lancer rapidement les activités du séminaire de Halle, les choses n’avancèrent pas aussi vite que souhaité. Au départ, il était prévu de créer un séminaire pour 7 à 8 étudiants en théologie, qui apprendraient le lituanien avant de devenir prédicateurs en Lituanie mineure (Schiller 1994: 205)1. La disposition du rescrit visant à établir d’abord à Halle un « petit séminaire » fut mise à exécution à l’automne 1725, lorsque les neuf premiers étudiants en théologie arrivèrent à Halle depuis la Prusse-Orientale. Cette arrivée est mentionnée dans le rescrit royal du 17 novembre 1725. S’appuyant sur ce document, Winter tend à considérer cette date comme celle de la fondation du Séminaire de langue lituanienne (Winter 1954: 47) et conteste l’avis de Specht selon lequel le séminaire commença à fonctionner en 1727. Toutefois, les premiers étudiants du séminaire n’apprenaient pas encore le lituanien, car aucun enseignant n’avait été trouvé jusque-là. C’est pourquoi, dans ses rescrits des 2 et 26 mai ainsi que du 12 juillet 1727, le roi souligna encore l’importance qu’il attachait à trouver des professeurs de lituanien.
Malheureusement, la recherche de personnes qualifiées s’éternisa. Pour honorer cet engagement, Francke, chef des piétistes de Halle, s’adressa à ses coreligionnaires de Lituanie mineure pour leur demander de proposer des candidats au Séminaire de langue lituanienne dont l’ouverture était en préparation. Le doyen de Klaipėda (Erzpriester), Johann Arnold Pauli2, répondit à la demande de Francke. Dans une lettre du 26 janvier 1727, il recommanda à Francke deux candidats — Johann Richter et Friedrich Wilhelm Haack — et indiqua qu’ils recueillaient des mots lituaniens dans des ouvrages luthériens imprimés et préparaient un dictionnaire (Winter 1954: 48; Drotvinas 1998a: 84)3.
Richter est ensuite mentionné dans les décrets royaux. Les documents de la chancellerie royale à Berlin nous renseignent sur la confirmation de la candidature de Richter. Satisfait d’avoir trouvé un connaisseur du lituanien apte à travailler au futur séminaire de Halle, le roi, en 1727,
1 « … vous souhaiteriez qu’un petit Seminarium soit établi à Halle pour précisément 7–8 sujets… » (Schiller 1994: 205).
2 Johannas Arnoldas Pauli (1682–1741) gimė Johannisburge, 1698 m. studijavo teologiją Karaliaučiaus universitete, 1703 m. buvo pradžios mokyklos vedėjas, nuo 1708 m. visos Rusijos evangelikų karo kapelionas ir Peterburgo liuteronų parapijos kunigas inspektorius. Grįžęs į Vokietiją, 1712 m. Frankfurto prie Oderio universitete gavo teologijos daktaro laipsnį, buvo pakviestas į Karaliaučiaus universitetą ekstraordinarių profesorių. Šios vietos atsisakė ir buvo paskirtas Klaipėdos superintend entu (Krollmann 1967: 492). Paulis buvo vienas iš Heinriko Lysijaus redaguoto katekizmo lietuviško vertimo tikrintojų, pritaręs jam 1719 m. spalio 1 d. Domėjosi prūsų kilmės istorija, išspausdino straipsnį Kurzer Entwurf einer Weitläufigen Ausführung einiger Sätze von der alten Preussischen Sprache, Königsberg, 1754 („Kai kurių plačiai išdėstytų teiginių apie senąją prūsų kalbą metmenys“), žr. Biržiška (1963: 34).
3 Le contenu de la lettre montre qu’il s’agit de la réponse de Pauli à la lettre de Francke. Malheureusement, aucune lettre antérieure de ce dernier, qui attesterait le début de leur correspondance, n’a pu être retrouvée à ce jour.
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Dans un rescrit du 8 septembre, il informa Francke: « Je suis heureux que l’étudiant en théologie nommé Richter, qui maîtrise bien le lituanien, ait décidé d’enseigner cette langue à d’autres »4. Que Specht avait raison est confirmé par les mots du rescrit royal du 27 novembre 1727: « Je suis vraiment heureux qu’un séminaire de langue lituanienne ait été mis sur pied »5.
Au moment où le séminaire de langue lituanienne6 commença ses activités, la fondation Francke comptait 3 000 élèves, enseignants et éducateurs. En 1727, l’université de Halle accueillait 256 théologiens, 245 juristes et 44 médecins, soit 549 étudiants au total. Au cours de la décennie 1731–1742, Halle accueillit davantage d’étudiants que toute autre université d’Allemagne (Dreyhaupt 1755: 147). La bibliothèque, qui avait commencé avec 8 livres en six langues acquis grâce à des dons, comptait déjà 18 000 ouvrages achetés ou offerts en 1721; en 1728, des locaux spécialement conçus furent construits pour elle (Storz 1992). À cette époque, une imprimerie, une librairie, un centre d’édition de la Bible, une pharmacie et d’autres institutions commencèrent à fonctionner. Les conditions d’études des étudiants n’étaient toutefois pas des meilleures: les enseignants en théologie manquaient, et les cours de théologie et de philosophie avaient lieu dans une même salle de la bibliothèque de l’église Sainte-Marie (aujourd’hui Marienbibliothek); de nombreux cours se tenaient dans les appartements des professeurs. Ce n’est que plus tard que l’université obtint du magistrat des locaux destinés aux manifestations et cérémonies communes (dits Waage), voir Hertzberg (1891). Il est vrai que Francke accueillait lui-même des étrangers (Tchèques, Slovaques, Hongrois) et les aidait à former des sortes de cercles de traducteurs pour traduire la Bible et d’autres textes religieux dans leurs langues nationales. Diverses associations étudiantes, désignées par des noms pompeux — du moins à nos yeux —, étaient consacrées à l’étude approfondie de la Bible et, plus généralement, de la théologie.
Les renseignements sur Johann Richter, ses années d’études et son activité linguistique et pédagogique sont assez rares et laconiques. Richter7 naquit en 1704 à Klaipėda, dans une famille de marchands originaire de Lübeck. Il put donc apprendre un peu le lituanien dès son enfance à Klaipėda, où il reçut également son instruction élémentaire. Le 14 septembre 1722, il s’inscrivit à l’université de Königsberg, où il étudia la théologie; il y renforça probablement ses connaissances du lituanien au séminaire de langue lituanienne local. Ses études à Königsberg durèrent peut-être deux ou trois ans. Nous ignorons ce qu’il fit jusqu’à son invitation à Halle8. La lettre de Pauli à Francke mentionnée plus haut indique que son père autorisa son fils à poursuivre des études de théologie en Allemagne.
4 « En outre, je me réjouis qu’un étudiant en théologie nommé Richter, qui maîtrise la langue lituanienne, ait décidé d’enseigner cette langue à d’autres sur place » (Winter 1954: 48).
5 « Je suis très heureux qu’un séminaire lituanien ait été mis sur pied » (Winter 1954: 49).
6 Dans les documents d’archives de Halle, le séminaire est désigné de différentes manières: Seminarium Lithuanicum, Littauisches Seminar, Seminarium Theologicum Lithuanicum, Collegium Lithuanicum, Institutum Lithuanicum.
7 Dans l’historiographie lituanienne, Johann (Jonas) Richter est appelé Richter II (pour le distinguer de Johann Richter, également appelé Rikovius), voir Biržiška (1963: 66).
8 Dans une lettre à Francke, Pauli évoque le manque de pasteurs dans les paroisses lituaniennes et indique que trois pasteurs sont morts en quelques années. La situation est particulièrement difficile dans l’isthme de Courlande, où 55 familles vivent sur une étroite bande de terre entre la mer et le lagon; pour leur amener un pasteur, il faut parcourir 24 milles dans un sens puis dans l’autre. Bien qu’après la Réforme on ait promis d’affecter un pasteur, les paroissiens ne l’ont pas vu arriver pendant un siècle et demi. Il parle aussi de la mauvaise situation matérielle des pasteurs, lorsqu’un pauvre pasteur doit être entretenu par neuf autres pauvres. Faute de pasteurs, ce petit troupeau du Christ reste souvent quatre semaines ou plus sans entendre la parole de Dieu et risque facilement de retourner à l’état sauvage; il a besoin d’un meilleur accompagnement pastoral (Winter 1954: 202).
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Nous connaissons les études de Richter à l’université de Halle grâce à l’entrée d’immatriculation: le 15 septembre 1727: Joh. Richter Memela Bonuss dd Theol. (voir fig. 1). L’inscription, écrite de la main même du candidat, est minimale et peu informative. Une seconde date d’immatriculation est également indiquée: le 18 mai 1728 (Winter 1954: 48)⁹. À Halle, Richter étudia non seulement la théologie, mais fut aussi le premier lecteur du Séminaire de langue lituanienne. Hélas, nous disposons de peu d’informations sur l’enseignement du lituanien au séminaire. Les cours de lituanien, qui duraient probablement deux heures par semaine, comme au séminaire de Königsberg, nécessitaient des manuels, tout comme la traduction d’un texte ou la préparation d’un sermon en lituanien. Richter pouvait déjà utiliser au moins trois grammaires de la langue lituanienne publiées jusque-là par Daniel Klein et Sapūnas–Šulcas. C’est le professeur de l’université de Königsberg, le théologien piétiste Georg Friedrich Rogallis (1701–1733), qui les fournit au séminaire de Halle, comme le montrent ses lettres à Francke. Il était plus difficile de se procurer un dictionnaire lituanien: jusque-là, aucun dictionnaire n’avait été imprimé en Prusse. C’est pourquoi Rogallis envoya probablement de Königsberg un dictionnaire manuscrit lituanien-allemand, que Richter recopia. En témoigne un manuscrit anonyme de dictionnaire lituanien-allemand conservé aujourd’hui à la bibliothèque de la fondation Francke: sur sa dernière page (la 300e), la main de Richter a inscrit la date à laquelle il acheva sa copie – A. MDCCXXVIII die 18. Junij. Jusqu’à présent, beaucoup attribuent sans esprit critique ce dictionnaire à Richter (ce sujet fera l’objet d’un article distinct).
FIG. 1. ENTRÉE D’IMMATRICULATION DE JOHANN RICHTER
Quant aux livres religieux lituaniens, Richter n’arriva pas à Halle les mains vides. Il apporta et offrit au séminaire trois livres: la Postilė de Jonas Bretkūnas (1591), le Psalterą Dowido de Jonas Rėza (1625) et le Naująjį Testamentą (1727). Tous ces livres sont dédiés au Séminaire de langue lituanienne et portent les inscriptions de Richter: In usum Seminarii Lithuani consecravit Joh: Richter Memela Boruss (voir fig. 2 et 3). Ces textes de dédicace sont précieux à plusieurs égards: ce sont les premiers, authentiques…
9 Cette date est tirée des procès-verbaux du conseil de la faculté de théologie de l’université de Halle.
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2 PAV. JOHANNO RICHTERIO DEDIKUOTA JONO BRETKŪNO POSTILĖ (1591)
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3 PAV. JOHANNO RICHTERIO DEDIKUOTAS JONO RĖZOS PSALTERAS DOWIDO (1625)
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…signatures authentiques de Richter datant de la période de Halle. Comme nous le savons, le manuscrit du dictionnaire mentionné ne porte pas le nom de son auteur (ou de son copiste). La comparaison de l’autographe de Richter avec l’écriture du dictionnaire permet de constater clairement que Richter en a fait la copie. Enfin, il importe de souligner que les livres offerts par Richter au Séminaire de langue lituanienne furent les premières publications lituaniennes à Halle. On peut donc à juste titre considérer Richter comme le fondateur des fonds de lituanistique de la bibliothèque de la fondation Francke10.
Le 20 mars 1728, Francke informe en détail Rogallis des activités du Séminaire de langue lituanienne et du comportement de ses membres. Au sujet de Richter et de son collègue Haack, il écrit que M. Richter et M. Haack, qui enseignent le lituanien, ne dépassent pas non plus les limites du convenable et saisissent les occasions de progresser spirituellement. Il ajoute à propos de Richter que Paulis, afin de renforcer son intention d’étudier, lui a donné deux ducats destinés aux institutions lituaniennes (Winter 1954: 48).
Il est également indiqué que, le 30 avril 1728, à l’université de Halle (en réalité de Wittenberg, voir ci-dessous), Richter obtint le grade de magister artium et quitta Halle en août de la même année. À ce sujet, Francke écrivait à Rogallis dans une lettre du 3 septembre que, le mercredi, de nombreux Prussiens avaient accompagné M. Richter et M. Schraube lors de leur départ. De retour en Lituanie mineure, il fut ordonné pasteur le 13 décembre 1728 et reçut la paroisse de Katyčiai. À partir de 1736, il fut adjoint du pasteur lituanien de l’église Saint-Jacques de Klaipėda, puis diacre de l’église de la paroisse allemande; il fut en outre pasteur de l’isthme de Courlande (Nehrungspfarrer), voir Moeller (1968: 94). De 1744 jusqu’à sa mort, le 14 novembre 1754, il fut pasteur de la paroisse lituanienne de Klaipėda. Il ne rompit pas ses liens avec Halle. Dans ses lettres de Klaipėda de 1736–1738, il aborde des questions religieuses, ainsi que la construction d’une école financée par des fonds reçus du roi, entre autres11. Il ne participa pas aux activités de lituanistique.
Voilà sans doute tout ce que nous savons de Richter, le premier lecteur du Séminaire de langue lituanienne de Halle12. Il va de soi que l’existence même du Séminaire de langue lituanienne, qui ne dura en réalité qu’une quinzaine d’années (1727–1740), ne fut qu’un bref épisode dans la vie de la faculté de théologie de l’université de Halle dans son ensemble; il est d’autant moins probable de trouver des informations sur Richter, qui n’y travailla qu’un peu plus d’un an.
Ces dernières années, en m’intéressant davantage à l’histoire de Halle, j’ai trouvé des documents qui permettent de mieux éclairer la vie académique de l’université pendant les années d’activité du Séminaire de langue lituanienne. Dans les archives de l’université de Halle et de la fondation Francke, j’ai pu trouver quelques données nouvelles sur les études de Richter à la faculté de théologie. Je m’appuierai sur ces éléments pour tenter d’expliquer certains aspects de la vie de Richter à Halle.
Les études et la formation des futurs pasteurs étaient régies par le règlement intérieur de la faculté de théologie, fondé sur les méthodes d’enseignement et de formation de Francke. Le piétisme proclamait que chacun…
10 Franz Specht fut le premier à passer en revue les livres en lituanien offerts par Richter, puis acquis par le Séminaire (Specht 1935: 49). Gertruda Bense en a ensuite précisé la liste dans une notice bibliographique encore inédite, très utile aux spécialistes de lituanistique.
11 Archives des Franckesche Stiftungen, C 467: lettres 8, 11, 12.
12 Albertas Juška indique que les premiers enseignants du Séminaire furent A. Pottas et J. Richteris (Juška 1997: 573), mais il n’a pas été possible de trouver dans les archives de Halle un étudiant — et encore moins un enseignant — portant ce nom. Seul August Friedrich Pott (1802–1887), professeur à l’université de Halle à partir de 1833 et spécialiste des langues baltes, est connu.
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la possibilité pour l’être humain d’éprouver et de connaître Dieu par lui-même, la conquête personnelle du christianisme (« die Erringung des persönlichen Christentums ») et le dévouement à Dieu (« die persönliche Hingabe an Gott »). Le principe général de l’éducation – de cultura animi – doit préparer les élèves à une activité pratique utile par l’enseignement, par le développement de l’intelligence et par l’éducation au travail. Ces exigences sont exposées dans des instructions particulières de Francke: « 30 règles pour préserver sa conscience et bien se comporter dans les relations ou en société »; « Règlement auquel doivent se conformer les étudiants bénéficiant de repas gratuits à l’orphelinat de Glaucha, à Halle »; « La sagesse académique de l’étudiant chrétien en théologie, exposée en règles utiles, avec une annexe sur le modèle de l’étudiant en théologie »¹³. Dans son Projet universel (1704), Francke affirmait également que les universités devaient devenir de véritables pépinières et jardins de Dieu, où tout serait cultivé, perfectionné et fécond. Ces instructions soulignent que les étudiants en théologie doivent s’attacher à bien se préparer au soin des âmes et au service de l’Église; ils ne doivent donc pas faire étalage de leurs vêtements, ni transformer la nuit en jour et le jour en nuit. Ils doivent répartir judicieusement leur temps, consacrer les heures du matin au travail et accorder au corps suffisamment de repos nocturne pour préserver sa santé, etc. L’esprit de piété piétiste exigeait de se détacher du monde. Le théâtre, les spectacles de cirque itinérants et autres divertissements de masse étaient officiellement interdits dans toute la ville de Halle. Cela signifiait que les étudiants devaient s’abstenir de tout divertissement; en général, ils devaient considérer le théâtre, la danse et le tabagisme comme une frivolité dangereuse et ne pas se laisser séduire par la musique, l’art et la création au service de l’amour terrestre (Kawerau 1888: 90–97; Hertzberg 1891: 104; Martens 1989: 186).
Afin de soutenir matériellement les étudiants pauvres, pour la plupart venus de loin, fut instituée la « table » dite royale, autrement dit prussienne-lituanienne (Preußisch-littauischer Freytisch), c’est-à-dire une bourse donnant droit aux repas gratuits (déjeuner). La première table de ce type fut créée en 1704 pour dix étudiants. Il y eut pendant quelque temps jusqu’à 13 tables, puis leur nombre fut ramené à dix. En 1718, il y avait 8 tables, chacune pour 12 étudiants. Le nombre d’étudiants nourris gratuitement dépendait des collectes volontaires et des revenus des domaines (la table de la faculté de théologie était financée par l’administration des domaines prussiens). Les demandes de repas gratuits étaient examinées lors de l’assemblée des éphores (surveillants); les places vacantes étaient attribuées par tirage au sort, mais les étudiants peu assidus dans leurs études ou dont la conduite était inconvenante n’étaient pas admis. En cas de maladie, l’argent de la table n’était pas utilisé: trois pfennigs étaient déduits pour chaque semaine de maladie. Au début, on pouvait bénéficier de la table pendant trois ans; par la suite, avec l’augmentation du nombre de demandeurs, la durée fut réduite à deux ans, voire à un an. Chaque table avait un responsable (Senior), choisi parmi les étudiants qui réussissaient leurs études et étaient dignes de confiance à tous égards. Les tables étaient contrôlées par un inspecteur, qui tenait chaque lundi des conférences avec les seniors. L’ensemble des tables était administré par le conseil des surveillants (Collegium Ephphorum), composé de quatre professeurs (un par faculté), du questeur, chargé de toutes les finances, et de l’inspecteur. Les étudiants étaient également nourris à l’orphelinat.
13 « 30 Regeln zur Bewahrung des Gewissens und guter Ordnung in der Conversation oder Gesellschaft », Halle, 1689; « Ordnung so unter denen Studiosis die in dem Waysen=Hause zu Glaucha an Halle des Freyen Kost genießen, zu beobachten ist », Halle, 1699; « Akademische KLUGHEIT eines christlichen Studiosi Theologiae in einigen nutzlichen Regeln […] Idea Studii Theologiae, oder Abbildung eines Studiosi der Theologie […] » ertheilet von August Hermann Francke, Halle, in Verlegung des Waysenhauses, 1712.
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La première liste des membres de la table prussienne-lituanienne date du 2 janvier 1728. Après le responsable Straube y figurent Richter, Haack et d’autres, soit au total 11 membres du Séminaire de langue lituanienne14 (Drehyaupt 1755: 17).
Les actes de la faculté de théologie de l’université de Halle, les livres dits des procès-verbaux du conseil de la faculté de théologie15, apportent de nouvelles informations sur le parcours d’études et la conduite des étudiants (Juntke 1960: 7). Il s’agit des procès-verbaux des séances présidées par le doyen de la faculté, auxquelles assistaient plusieurs professeurs ou enseignants de théologie (certains procès-verbaux sont signés par le doyen et l’un des professeurs).
Les procès-verbaux du conseil rendent particulièrement visible la différenciation sociale des étudiants de Halle. Ceux-ci différaient par leur âge, leur statut social, leur niveau d’instruction et leurs opinions sur les études et la vie en général. Certains étudiaient pour la première fois et étaient les plus jeunes (16–18 ans); pour d’autres, âgés de 24 ans, voire d’environ 30 ans, les études n’étaient pas une première. Les étudiants vivaient soit à l’orphelinat, soit dans une chambre louée en ville; leur situation économique était également inégale: les uns étaient soutenus par leurs parents, tandis que les autres complétaient leurs revenus en enseignant dans diverses écoles de Halle, etc. Tout cela influait aussi sur leur comportement quotidien.
Le contenu des procès-verbaux indique les questions examinées lors des séances. Le nom et le prénom de l’étudiant sont consignés en premier; son lieu d’origine et son âge sont généralement précisés, ainsi que la durée de ses études à Halle. Son lieu de résidence (le nom de son hôte ou de son hôtesse) et celui de son colocataire (ils vivaient généralement à deux) sont également indiqués. Viennent ensuite, dans certains cas, des demandes ou des plaintes liées à la pauvreté, ainsi que d’autres souhaits ou recommandations émanant de personnes de rang supérieur. L’exemple suivant l’illustre: Christoph Liebe, Lituanien de Prusse, à Halle depuis 3 ans, ayant également étudié à Königsberg pendant cinq ans et demi, membre du séminaire local, réside et enseigne à l’orphelinat; âgé de 27 ans, il donne le bon exemple et demande un certificat (Testimonium), car il souhaite occuper un poste de prédicateur lituanien à Žiliai. Comme il est ensuite précisé que le professeur Francke le recommande, il sera certifié (entrée du 28 mars 1732). Les examens passés sont le sujet le plus fréquemment mentionné. Les entrées se terminent généralement par des appréciations laconiques traditionnelles, sortes de certificats: bonae mentis, bonae indolis, Excitatur ex acedia, promittit optima. Quod est factum, est per Schedulam, etc.
Comme le montrent les dates des séances, celles-ci se tenaient irrégulièrement, vraisemblablement selon les besoins. Au semestre de printemps 1728, elles eurent lieu au moins à plusieurs reprises. Une séance permettait d’examiner deux ou trois étudiants, voire une douzaine. Leur conduite était évaluée par les expressions suivantes: Videt ur bonae notas, aber blöde; nondum satis notus; bishier weiß man nichts gutes von ihm; Animi non mali, sed scrupulosi. Les procès-verbaux contiennent de nombreuses mentions de comportements étudiants contraires au règlement de vie des étudiants16. Certains étudiants s’opposaient publiquement aux études de théologie. Ainsi, le 10 août 1728, Gericke déclara publiquement qu’il ne voulait pas rester à la faculté; il se présenta devant le conseil du doyen vêtu de rouge et annonça avec beaucoup d’insolence qu’il n’avait pas
14 « [...] die Membra, die vorerst wegen ihren Wohlverhaltens dazu verwehlet worden: H.[err] Straube, als Senior, H. Richter, H. Haack, H. Haffenstein, H. Schöneich, H. Wolff, H. Preuss, H. Biermann, H. Grüneberg, H. Gerich, H. Ebenteder ».
15 Archives de l’Université Martin-Luther de Halle-Wittenberg, Rep: 27 B. 4. Tom 3 Nr. 1202 (couvre la période du 21 novembre 1721 au 14 juillet 1730).
16 Christian Friedrich Spener est accusé de ne pas avoir dormi chez lui pendant trois nuits à Noël, mais d’avoir déambulé dans la cour de la Paille (Schlafrock), vêtu de sa robe de chambre, dans la cour de la Paille (Strohhof). Il faudrait, dit-on, lui parler, ainsi qu’à son colocataire (Crusius), au sujet duquel Spener a déclaré que lui aussi, en robe de chambre et avec du tabac
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aucun désir d’étudier la théologie. Les étudiants venus de la Lituanie prussienne ne se comportaient guère mieux. Par exemple, dans l’entrée du 30 juin 1730, on lit que Johannas Gottliebas Perkūnas a écrit des lettres impies, qu’il est très insolent, qu’il a été admonesté pour sa mauvaise conduite, etc. Ainsi, la vie suivait son cours et la direction de l’université devait déployer des efforts considérables pour détourner les étudiants, en particulier ceux de théologie, des tentations de la vie.
Dans les registres des procès-verbaux du convent mentionnés ci-dessus, le nom de Richter apparaît quatre fois:
1) – entrée du 9 décembre 1727: Johannes Richter, Memel-Boruss., doit être envoyé au cachot pour une infraction; il loge chez Frau Gumbrachtin (?)17, voir ci-dessous;
2) Le nom de Richter figure dans la liste des participants au séminaire de langue lituanienne Freytisch susmentionné, datée du 2 janvier 1728. Elle énumère les étudiants choisis pour la « table » prussienne en raison de leur bonne conduite. Ainsi, par sa conduite et son autorité, Richter fut le premier membre du Freytisch;
3) – entrée du 26 mai 1728: Johannes Richter, Prussien de Klaipėda, loge chez M. Horn, relieur. [A réussi] la morale [scil. théologie], Hist. def. et Symb. [intitulé de la matière incertain – V. D.] d’après le livre d’Isaïe. Enseigne la langue lituanienne18;
4) – 27 août 1728: Joh. Richter, Memela Borussus. Ici depuis un an. Retourne en Prusse. Donne de l’espoir; ces derniers temps, il s’est amendé. Fut le premier docent du séminaire de langue lituanienne19.
On ne sait toujours pas quelle influence la peine de cachot a eue sur le destin de Richter, ni ce que signifient les mots bonae spei dans la caractérisation de Richter. « Ces derniers temps, il s’est tout à fait amendé » (ce qui signifie qu’auparavant tout n’était pas bonae spei?). Il faut revenir ici à l’entrée du 9 décembre 1727, qui indique que Richter a été puni du cachot pour conduite inconvenante. L’entrée ne précise pas quelle faute l’étudiant et enseignant du séminaire Richter a commise. Il n’a pas encore été possible d’établir si Richter a réellement été condamné au cachot et combien de jours il y a passé. Le statut de l’université (chap. 12) stipule que la faculté de droit surveille la conduite des étudiants, entretient des relations avec le prorecteur et les doyens, est habilitée à statuer sur les affaires civiles portant sur des sommes inférieures à 20 thalers et à juger les délits passibles d’une peine de cachot (Dreyhaupt 1755: 23). On connaît un cas où des étudiants furent sanctionnés pour avoir fumé la pipe, interdite, lors de sorties nocturnes (entrée du 6 février 1728). On sait que Joh. Andr. Jaeger, originaire de Magdebourg, se promène depuis longtemps en ville et converse avec des femmes (mit Weibes Volck conversire). Trois jours auparavant, M. D. Lange l’avait vainement cherché lui-même à midi, pendant le déjeuner. Sa conduite devait faire l’objet d’une enquête plus approfondie (entrée du 6 février 1728). C’est ce qui fut fait le 20 février. Johannas Konradas Rolandas, âgé de 21 ans et installé à Halle depuis six mois, reçut un avertissement parce qu’il ne respectait pas le règlement et sortait après le déjeuner avec un fusil, entre autres. Les procès-verbaux révèlent les aventures amoureuses de certains étudiants. C’est le cas de Christianas Gottliebas Gauke, qui loge chez sa propriétaire, Ehrbachin. Le 7 novembre 1727, il fut averti qu’il conversait souvent avec la servante. Il nia, affirmant que cette fille ne vivait plus à Halle. Il semble léger. Le 11 novembre, la servante (die Magd) fut trouvée tôt le matin dans son lit. Il expliqua qu’elle s’y était rendue en son absence, et le procès-verbal conclut: quod incredibile. Comme il avait amené cette fille contre la volonté de sa propriétaire, celle-ci ne voulait plus le garder. Le 19 décembre, Gauke voulut de nouveau bénéficier du Freytisch. Mais on l’accusa de s’être présenté sur le terrain de duel. Il nia et, devant le tribunal académique, s’exprima avec insolence. On lui conseilla de se retirer pendant un trimestre afin de pouvoir s’amender. Le 11 mai, Gauke passa ses examens (physique, exégèse, controverse); il s’était donc amendé.
17 « Le 9 décembre 1727: 3. Joh. Richter, Memel-Boruss.; mais peu après, pour cause d’Umfugs, il a été envoyé au cachot, loge chez Fr. Gumbrachtin (?) ».
18 « Johannes Richter, Memela Prussus, loge chez M. Horn, relieur. Morale, Hist def. et Symb. in Iesaiam. Enseigne en lituanien ».
19 « Joh. Richter, Memela Borussus. Ici depuis un an. Retourne en Prusse. Bonae spei; ces derniers temps, il s’est bien maintenu. Fut le premier docent du Seminario Lithuanico ».
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Lors d’une assemblée des états de Basse-Saxe, plusieurs personnes furent arrêtées et placées quelques jours au cachot (Kertscher 1996: 4). Ainsi, faute de connaître la nature et les circonstances de l’infraction de Richter, ainsi que l’importance de la peine, il est difficile de se prononcer plus précisément sur les conséquences de cette décision. On peut penser qu’elle n’eut pas d’effet immédiat, du moins dans les mois qui suivirent: comme nous l’avons mentionné, le 2 janvier 1728, sur la liste des membres de Freytisch, Richter est inscrit en premier après le doyen, ce qui signifie que, par son comportement et son autorité, il était en réalité le premier bénéficiaire de la « table ».
Le moment et le lieu d’obtention par Richter de son grade de magister artium n’ont pas non plus été définitivement éclaircis. Winter indique que le rescrit royal du 8 septembre 1727, déjà mentionné, parle du magister Richter, titre qu’il porte également dans la lettre de Pauli à Francke (Winter 1954: 48). Si tel était le cas, Richter n’aurait pu obtenir son grade de magister qu’à l’université de Königsberg. Toutefois, à en juger par les documents d’archives, Richter n’a jamais été appelé magister à Halle. Vaclovas Biržiška affirme que Richter a obtenu le grade de magister artium à Halle (Biržiška 1963: 66). Cela semblerait plausible, mais aucun document corroborant cette affirmation n’a été retrouvé dans les archives de l’université de Halle. Au contraire, le nom de Richter figure dans le registre des grades de la faculté de philosophie de l’université de Wittenberg, où l’on apprend que le professeur de grec Georg Wilhelm Kirchmaier conféra le grade de magister à 23 personnes le 30 avril 1728, parmi lesquelles Richter: XI. Jo. Richterus, Memela Borussus20. Georg Wilhelm Kirchmaier (1673–1759), fils de Georg Gaspar Kirchmaier (1635–1700), professeur de grec et d’éloquence à l’université de Wittenberg, succéda à son père à la chaire de grec après la mort de celui-ci. Sa principale préoccupation linguistique était de purifier la langue du Nouveau Testament des hébraïsmes (Friedensburg 1917: 592). Après avoir travaillé près de 60 ans à Wittenberg, Kirchmaier avait de nombreux élèves. On sait qu’en 1742, Kirchmaier fit don à la bibliothèque de l’université de Wittenberg de 2000 programmes, thèses de soutenance et brochures (Programme, Disputationen und Flugschriften), voir Friedensburg (1917: 536, n. 4). Jusqu’à présent, il n’a pas été possible de retrouver dans les archives de l’université de Wittenberg des informations plus précises, telles que le sujet et le contenu de la thèse, le directeur de recherche, les opposants, etc.
La question de savoir pourquoi les études de Richter et sa carrière pédagogique à Halle prirent fin si brusquement reste sans réponse. Pourquoi Richter, qui s’était illustré comme premier lecteur du Séminaire de langue lituanienne, dut-il quitter le Séminaire alors qu’il n’en était qu’à ses débuts, et prendre définitivement congé de Halle? Winter se contente de constater que Richter quitte Halle pour travailler dans sa patrie (Winter 1954: 54). Compte tenu de sa formation théologique (il avait étudié dans deux universités) et de son âge (24 ans), Richter pouvait être nommé pasteur. Étant donné le manque de pasteurs, c’est sans doute ce qui détermina son retour en Petite-Lituanie. D’autre part, un candidat était disponible pour diriger le séminaire: Haack.
* * *
Telles furent les premières années d’activité du Séminaire de langue lituanienne de Halle sous la direction de Richter. On ne sait pas comment la vie de Richter et l’activité de l’ensemble du Séminaire de langue lituanienne auraient évolué
20 „A.C. MDCCXXVIII PRIDIE KAL. MAII ORDINIS PHILOS. QVINTVM DECANO GEORG. G’IL. KIRCHMAIE-RO CONSILIARIV REGIO ET GRAEC. LIT. P. P. SAPIENTIAE ATQ. INGENVARVM ARTIUM MAGISTRI RITE CREATI SVNT TRES ET VIGINTI“. – Hallės universiteto archyvas Rep. 1, XXXV, 1, Bd. 4 (1714–1812), plg. taip pat Juntke (1960: 376).
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… du séminaire, si Richter était resté plus longtemps à Halle et avait dirigé le séminaire en qualité de lecteur. Il ne fait aucun doute que Richter, premier enseignant du séminaire, avait des projets et s’était engagé à préparer et à publier de la littérature piétiste en lituanien ainsi que des outils pédagogiques pour l’apprentissage du lituanien, mais il n’eut pas le temps de concrétiser quoi que ce soit en une seule année. On pourrait penser que Richter avait commencé à traduire l’ouvrage paru en 1729, Dawadnas Mokslas apie duszios Iszganima, mais que Haack l’acheva avec ses élèves.
Pirmuoju Seminaro laikotarpiu (1727–1732) jame dirbo du vedėjai ir docentai – Richteris (1727–1728) ir Friedrichas Wilhelmas Haackas (1728–1732). Jų veiklos rezultatus susumavo Augustas Gotliebas Francke Haacko žodyno (Halle, 1730) pratarmėje (Vorbericht) nurodęs, kad baigė studijas ir jau kunigauja 13 asmenų, o dar 10 studijuoja. Išleista pirmoji Hallėje lietuviška knyga – A. J. Freylinghauseno Ordnung des Heyls (Dawadnas Mokslas apie duszios Iszganimą, 1729), ir svarbiausia – pats žodynas. Galima manyti, kad Richteris buvo pradininkas tų darbų, kuriuos nudirbo jo įpėdinis, antrasis seminaro docentas Haackas. Čia ir yra Richterio indėlis.
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Vincentas Drotvinas
Gauta 2001 05 30
Vilniaus pedagoginis universitetas
Ševčenkos g. 31, 2009 Vilnius, Lietuva
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