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The Balto-Slavic dative complement with the verb ‘to be’

William R. Schmalstieg

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ACTA LINGUISTICA LITHUANICA LI (2004), 45 – 48 Le complément au datif balto-slave avec le verbe « être » WILLIAM R. SCHMALSTIEG Pennsylvania State University Cet article avance l’hypothèse que le complément au datif employé avec le verbe « être » dans les propositions infinitives baltes et slaves remonte en définitive au datif de finalité indo-européen, également attesté en vieil indien et dans d’autres langues indo-européennes. Holvoet (2004: 80 and passim) demonstrates that in such a Latvian sentence as: (1) Lūgsim viņu arī šodien būt mūsu viesim. « Demandons-lui également aujourd’hui d’être notre invité DAT » Le complément au datif de būt « être » est étymologiquement plus ancien que l’emploi possible de l’instrumental dans des propositions syntaxiquement similaires en lituanien (et en slave). Je propose que, sur le plan étymologique, cette construction lettone reflète un sous-type du « double datif » ou du « datif de finalité ». Cette phrase pourrait alors être interprétée comme signifiant à l’origine: « Demandons-lui afin qu’il puisse devenir notre invité aujourd’hui aussi. » Considérons quelques autres exemples proposés par Holvoet: (Jean 1:12) … ἔδωκεν αὐτοῖς ἐξουσίαν τέκνα θεοῦ γενέσθαι est traduit en vieux-slave ecclésiastique comme suit: (2) …dastъ imъ vlastъ čědomъ bъžьemъ DAT byti (Codex Marianus) « …il leur donna le pouvoir de devenir les fils de Dieu… » (traduction de la version du roi Jacques). Notez que γενέσθαι « devenir » est traduit par le vieux-slave ecclésiastique byti, qui conserve ainsi le sens indo-européen de la racine *bhū- « devenir, venir à l’existence, commencer à exister ». J’interprète également la construction vieux-slave ecclésiastique comme un « double datif » ou un « datif de finalité »; on pourrait aussi la traduire par: « il leur donna le pouvoir afin qu’ils puissent devenir fils de Dieu ». Notez également l’expression en vieux russe: (3) Ona že učaše syna svoego byti xristijanu which Holvoet (2004: 80), from whom I have the example, translates as: ‘She, however, taught her son ACC to be a Christian DAT’. I could understand this also as ‘She taught her son, so that he might become a Christian’. Le double datif ou datif de finalité est largement attesté dans de nombreuses langues indo-européennes et, selon Ambrazas (1981: 20–21), constitue un reflet du double 46 | WILLIAM R. SCHMALSTIEG dative with verbal abstracts. Haudry (1977: 105) writes: „Le type indrāya pātave (‘pour qu’Indra boive’) est constitué d’un substantif ordinaire (la plupart du temps, mais non obligatoirement, un nom personnel) et d’un nom verbal (nom d’action ou infinitif); le lien entre le premier et le second est celui d’un sujet à un prédicat: indrāya pātave.“ Concerning the Old Indic type vṛtrāya hántave ‘pour tuer Vṛtra’ Haudry writes (1977: 105–106): „...mêmes constituants, le substantif ordinaire étant quelconque; le lien est celui d’un objet à un verbe transitif... Naturellement, cet exemple peut être interprété hors contexte selon le type précédent ‘pour que Vṛtra tue’: l’expression est donc ambiguë.“ Similar grammatical ambiguity exists in Lithuanian. Thus: (4) Jis nupirko liūtą karvėms ėsti formellement, cela pourrait signifier l’une ou l’autre des choses suivantes: (4a) « Il a acheté un lion pour manger les vaches DAT OF GOAL » or (4b) « Il a acheté un lion pour que les vaches DAT SUBJ mangent. » De même, la phrase (5) Jis nuvedė Joną banginiui ėsti (5a) « Il a amené Jonas pour manger la baleine DAT OF GOAL » ou (5b) « Il a amené Jonas pour que la baleine DAT SUBJ le mange. » Selon le prof. Vytautas Ambrazas, dans sa lettre du 1996-03-19, l’ambiguïté ne peut être résolue que par le contexte. Un datif accompagné d’un infinitif (Lith.) būti, (Latv.) būt, (Slavic) byti signifiant « devenir » pourrait maintenant être compris soit comme le sujet, soit comme le complément. Le sens originel du datif de but est illustré dans les phrases (1), (2) et (3) ci-dessus, et peut-être aussi dans les exemples lettons supplémentaires donnés par Holvoet (2004: 79): (6) kas aiskawe manni kristitam tapt « qu’est-ce qui m’empêche ACC d’être baptisé DAT », que je pourrais comprendre comme « qu’est-ce qui m’empêche afin que je puisse être baptisé », et (7) un wiņsch pawehlela teem kristiteem tapt eeksch ta Kunga Wahrda « et il leur ordonna DAT d’être baptisés au nom du Seigneur » que je pourrais interpréter comme « et il ordonna qu’ils soient baptisés (afin de les baptiser) au nom du Seigneur ». THE DATIVE COMPLEMENT WITH ‘TO BE’ 47 At some point the dative spread from the purpose clauses to become what Holvoet (2004: 77–78) terms ‘a syntactic default’ case in such sentences as Latv. (8) Patīkami ir būt rakstniekam « Il est agréable d’être écrivain » et (9) Valodās viņi centās atrast cits cita vājākās vietas, kas tos piespieda būt uzmanīgiem. « Dans leurs conversations, ils essayaient de découvrir les points faibles les uns des autres, ce qui les obligeait ACC à être prudents DAT. » C’est peut-être sur la base de phrases comme (9), qui peuvent presque être interprétées comme une proposition de but (« afin qu’ils soient prudents, pour qu’ils soient prudents, dans le but qu’ils soient prudents »), que s’est répandu le datif étymologique de but au-delà de ses limites sémantiques originelles. Il convient en outre de remarquer que l’emploi de l’instrumental dans des constructions similaires en lituanien a été vivement critiqué par Jablonskis. Les gardiens de la langue soutiennent généralement le maintien des normes antérieures; on peut donc supposer que Jablonskis encourage une construction syntaxique plus ancienne. Piročkinas (1986: 193) donne plusieurs exemples où Jablonskis corrige l’instrumental en datif, par exemple: (10) patarìu būti atsargiais INSTR = atsargiems DAT « Je conseille à (quelqu’un) d’être prudent »; (11) bet studentams reikia būti ir sveikais INSTR = sveikiems DAT « mais les étudiants doivent aussi être en bonne santé »; (12) Kareiviui nederà būti žiauriu INSTR = žiauriam DAT « Il ne convient pas à un soldat d’être cruel »; (13) Didė viltį duoda noras geresniu INSTR tapti = geresniam DAT tapti « Le désir de devenir meilleur donne un grand espoir. » L’emploi de l’instrumental prédicatif en slave ne semble pas être un héritage indo-européen. Danylenko (2003: 44) cite A. Potebnja, qui écrivait que l’instrumental prédicatif est l’une des caractéristiques les plus marquantes des langues slaves et constitue un phénomène relativement tardif par rapport à l’emploi du second nominatif. (Danylenko souligne que, selon Potebnja, les deux cas étaient égaux (« ravnopravny »), et non synonymes.) En fait, toutefois, les textes vieux-ukrainiens montrent que le nominatif est employé plus fréquemment. Danylenko cite la Chronique hypatienne: (14) aščě bo bylъ perevoznikъ NOM SG kyj NOM SG « Si Kyi avait été passeur… »; (15) u Jaropolka žena грѣкин(i) NOM SG bě i bjaše byla černiceju INSTR SG « La femme de Jaropolk était grecque et avait été nonne » (Danylenko 2003: 40). 48 | WILLIAM R. SCHMALSTIEG Je suis certainement disposé à croire que l’instrumental est ici une innovation, d’autant plus que cette fonction semble être limitée au balto-slave. Danylenko partage l’avis de Potebnja, qui considérait l’emploi du nominatif en position prédicative comme plus archaïque que celui de l’instrumental. Il me semble que toute fonction syntaxique doit avoir son origine dans une fonction sémantique. La fonction sémantique originelle du datif de but était toutefois parfois perdue, et le datif devenait le complément automatique du verbe « être ». Ainsi, la conclusion de Holvoet selon laquelle le datif letton est plus ancien qu’un instrumental balte ou slave dans des constructions similaires est tout à fait crédible. REFERENCES Ambrazas, V. 1981: Zur Geschichte einer indoeuropäischen Konstruktion: Dativus cum Infinitivo im Baltischen. Kalbotyra 33 (3), 12–24. Jagić, V., ed., 1960: Codex Marianus glagoliticus, Graz: Institut für Slavistik der Universität Graz. Danylenko, A. I. 2003: Predykaty, vidminyki i diatezy v ukrajins’kij movi: istoričnyj i typolohičnyj aspekty, Kharkiv: Oko. Haudry, J. 1977: L’emploi des cas en védique, Lyon: Editions L’Hermès. Holvoet, A. 2004: On the marking of predicate nominals in Baltic, in Baldi, Ph. and Dini, P. U., eds., 2004. Studies in Baltic and Indo-European linguistics in honor of William R. Schmalstieg (Amsterdam Studies in the Theory and History of Linguistic Science. Current Issues in Linguistic Theory, 254), Amsterdam–Philadelphia: John Benjamins Publishing Company, 75–90. Piročkinas, A. 1986: Jono Jablonskio kalbos taisymai, Kaunas: Šviesa. William R. Schmalstieg 814 Cornwall Road State College, PA 16803, USA Gauta 2005 01 11