Rapport final de tiers-vaillance Equipact
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Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile - Mars 2025 Rapport Final de tiers-veillance ANR SAPS Équipact Mars-Juillet 2025 Rédaction Lucile OTTOLINI Relectures : Claudia AGUIRRE, Marie-Hélène DESESTRE, Évelyne LHOSTE, Xavier LUCIEN, Julien MARY, François MILLET, Alexandra VIÉ.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 1 / 50 « Conscience ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Je suis un savant. Rappelle-toi ce que Castelmann dit à propos de la pollution du milieu marin et de la destruction de la couche d’ozone : ‘’Il n’y a qu’une réponse aux méfaits, erreurs et périls de la science…’’ -…’’encore plus de science’’. C’est irréfutable ». Au cours d’une dispute entre Mathieu et Chavez. P.84. « C’est marrant, tu sais toutes les métaphores de l’humanité finissent par devenir des réalités. Œdipe, Prométhée, Sisyphe… tout ce qui a commencé comme parabole, mythe ou fable, métaphore… se matérialise tôt ou tard. J’en viens parfois à me demander si le vrai but de la science n’est pas une validation des métaphores. » p.143 Romain Gary, Charge d’âme. Édition poche Gallimard 1997.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 2 / 50 Mes remerciements les plus chaleureux vont à l’ensemble des contributeurices du projet Équipact, particulièrement : Claudia AGUIRRE RIOS, Pierre BERRIER, Michel BRUGIERE, Olivier CADENNE, Marie-Hélène DESESTRE, Valérie DUBAND, Catherine DURAY, Estelle FOURAT, Aurélie FROGER, Charline JACQUEMIN, Philippe KOURILSKY, Vanessa LEA, Evelyne LHOSTE, Allison LOCONTO, Julien MARY, Mireille MATT, François MILLET, David OCJIUS, Nadya OTTOLINI, Juliette PERES, Brigitte PICANDET, Cécile POLETTI, Olivier RAGUENEAU, Jimena SIERRE ANDRADE, Lynda SILVA, Renée Van DIIS. Aux participants de la table-ronde sur la tiers-veillance organisée lors de la journée d’échange finale du projet : Rémi BARRÉ et Hélène CHAUVEAU. Qu’ielles soient remerciées pour leur confiance et l’étendue de leurs talents.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 3 / 50 Résumé Équipact est un projet de sciences et recherches participatives (SRP) coordonné par le Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle (CCSTI) Normandie – Le Dôme et le Laboratoire interdisciplinaire sciences, innovations, sociétés (Lisis), Unité mixte de recherche CNRS, Inrae, UGE. Le consortium scientifique implique sept associations, deux laboratoires publics, une maison des sciences de l’homme, deux infrastructures de recherche et un muséum. Équipact vise à améliorer la qualité et les impacts de la participation du tiers-secteur de la recherche aux co-recherches dans une perspective de transitions écologique, solidaire et démocratique. Équipact a été accompagné par un travail de tiers-veillance, dans un contexte d’émergence des SRP en France comme une modalité de travail au sein des institutions scientifiques. Ce travail de tiers-veillance, fonction intermédiatrice, a été expérimental. Le présent rapport synthétise l’ensemble des interventions réalisées depuis cette position tout au long du projet de recherche. Dans ce document, sont formulées des propositions sur le positionnement d’une fonction de tiers-veillance dans un projet de SRP, dans une perspective de justice épistémique et d’engagement de la collaboration à toutes les étapes de la production de connaissances. Ce faisant, les difficultés et obstacles à cet engagement apparus au cours du projet sont également documentés et analysés. La méthode d’enquête adoptée pour ce projet de recherche, a été celle de l’enquête en sciences sociales adoptant une démarche pragmatiste qui documente et analyse les expériences et les représentations des acteurs au cours de l’action. Au bénéfice de cette enquête, ce rapport vise à contribuer aux multiples réflexions en cours sur les fonctions d’intermédiation au sein des consortiums participatifs. La première partie du rapport revient sur la construction de la position de tiers-veillance en amont et au cours du projet. La seconde partie détaille les livrables produits au cours du projet et en propose une analyse. Enfin, la troisième partie analyse certaines limites éprouvées par le consortium et en dégage des pistes d’amélioration pour les SRP en France aujourd’hui.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 4 / 50 SOMMAIRE Résumé ............................................................................................. 3 SOMMAIRE ....................................................................................... 4 1. Lexique et terminologie ......................................................... 6 2. Introduction : Méthodes d’intervention ................................. 8 1.1. La tiers-veillance dans la littérature … grise ...................................................... 9 1.2. Positionnement dans le consortium (amont) ................................................... 11 1.3. Positionnement dans le consortium (au cours du projet) : traiter des problèmes rencontrés en situation nécessite de pouvoir les entendre. ................. 13 1.4. Commencer par la diversité des intérêts pour aboutir à la diversité des difficultés : les écouter, les faire s’exprimer, travailler à leur résolution ................. 15 1.5. Conclusion sur les méthodes d’intervention et hypothèses de travail ........ 17 2. Données d’enquête produites par la tiers-veillance ..................... 19 2.1. Entretiens de lancement – Cadre et méthode ................................................ 20 2.2. Analyse des entretiens de lancement .............................................................. 21 Sur les expériences positives et les compétences des membres du consortium pour la SRP et les collaborations entre recherche et tiers secteur : .................... 21 Sur les obstacles, les freins et les expériences négatives à l’entrée dans ce projet .................................................................................................................. 23 2.3. Fiches RESOLIS et communication .................................................................. 24 2.4. Enquête d’usage sur l’observatoire RESOLIS et la capitalisation des projets SRP ......................................................................................................................... 25 2.5. Entretiens de clôture de projet – Cadre et méthode ...................................... 27
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 5 / 50 2.6. Analyse des entretiens de clôture du projet ................................................... 28 Expériences et résultats positifs pour les différents partenaires ......................... 28 Expériences et résultats négatifs pour les différents partenaires ....................... 29 Perspectives de suite au programme/ Perspectives à la suite du programme ? 30 Conclusion partie 2 : Partir des problèmes pour garantir la soutenabilité de la collaboration ........................................................................................................... 32 3. Difficultés au cours du projet et contributions non abouties de la tiers-veillance .................................................................................. 33 3.1. La bibliographie jamais partagée .................................................................... 34 3.2. Réflexions sur les perspectives à l’issue du projet en matière de capitalisation et d’évaluation d’impact ......................................................................................... 37 3.3. Le format des livrables, plus sciences et sciences et recherches participatives que recherche action .............................................................................................. 38 3.4. Une ambition de justice épistémique qui se heurte aux règles administratives et financières des financeurs .................................................................................. 40 4. Conclusion générale : quelles suites à la fonction de tiers-veillance après Équipact ? ................................................................................ 0 4.1. Synthèse des principaux résultats ..................................................................... 1 Un vocabulaire non consensuel… mais qui n’est pas frein à l’action des partenaires ............................................................................................................ 1 4.2. Perspectives et recommandations ..................................................................... 3 Pour l'institutionnalisation de la fonction ............................................................. 3 Pour l'amélioration des dispositifs de financement .............................................. 3 Pour la recherche sur les SRP ................................................................................ 3 Bibliographie ..................................................................................... 0
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 6 / 50 1. Lexique et terminologie Dans ce rapport, nous nous référons à différentes notions dont les acceptions sont ici précisées : Justice épistémique : Formulée initialement dans les travaux de la philosophe Miranda Fricker, cette notion conceptualise les mécanismes de lutte contre les dominations à l’œuvre dans la production, la reconnaissance et la marchandéification des connaissances. Il ne s’agit pas uniquement de la marginalisation de certains groupes, mais également de la production d’ignorance du fait de la nonreconnaissance des savoirs et expériences de ces groupes marginalisés (Fricker 2007; Kidd, Medina, et Pohlhaus 2017) ou encore du moindre intérêt des marchés pour certaines connaissances (Callon 2017; Centre de sociologie de l’innovation 2013). Sciences et Recherches participative (SRP) : La participation de personnes concernées à la production de connaissances académiques, qu’il s’agisse de connaissances fondamentales ou finalisées. Dans ce rapport et dans le projet Équipact, la participation a visé à être inclue à toutes les étapes de cette production de connaissances dans un projet de recherche : de la formulation des hypothèses et du cadre méthodologique à la communication des résultats en passant par la coordination du projet. Transitions : Des « transformations radicales, structurelles et paradigmatiques des sociétés et de leurs sous-systèmes » sont nécessaires pour atteindre leur soutenabilité, écologique et sociale. » (Debizet, Koop, et Levy 2024; Hölscher, Wittmayer, et Loorbach 2018 ; Markard, Raven, et Truffer 2012). Tiers secteur scientifique : Le tiers secteur scientifique n’est pas un concept normatif, il est redéfini à chaque problème socio-technique. Il est composé d’organisations de l’économie à lucrativité limitée (structures de l’ESS), de syndicats de travailleurs, de collectifs non formalisés (habitants, opposants…), de personnes physiques concernées (patients, proches aidants, personnes exposées à une pollution, habitants, usagers…) en ce que ces acteurs sont historiquement marginalisés de la production de connaissance académique (Akrich et al. 2017; Ottolini 2020, 2021).
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 7 / 50 Intermédiation : L’intermédiation consiste à mettre en lien des acteurs engagés dans un processus de production de connaissances. Dans ÉQUIPACT, nous avons continué à explorer le rôle des associations dans ces activités centrales pour les transitions environnementales et sociales (Lhoste et al. 2020, Meyer 2010, Lhoste et al. 2026).
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 8 / 50 2. Introduction : Méthodes d’intervention Dans cette première partie, nous détaillons les méthodes d’intervention de la tiers-veillance. Une première sous-partie est consacrée à un état de l’art de la fonction de tiers-veillance. L’état de l’art s’appuie sur une comparaison est permise par l’analyse de différents programmes de financement des SRP en France depuis la fin des années 2000 et un traitement de la littérature grise. Une seconde et une troisième sous-partie traitent de la co-construction au sein du consortium des attendus et des moyens dédiés à la fonction en amont et au cours du projet. La quatrième sous-partie explicite les concepts clés associés à la fonction designée dans le projet Équipact. Enfin, une dernière sous-partie précise le positionnement centré sur les problèmes rencontrés ainsi que de garant du processus de collaboration. La conclusion de la partie synthétise des propositions, pour formaliser la fonction de tiers-veillance dans les projets de SRP.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 15 / 50 1.4. Commencer par la diversité des intérêts pour aboutir à la diversité des difficultés : les écouter, les faire s’exprimer, travailler à leur résolution Des travaux sur la recherche-action et sur les SRP se sont attachés à décrire la (relative) diversité des organisations qui composent ces consortiums. Malgré une volonté exprimée parfois sous les termes « d’ouverture à la société » ou de « démocratie scientifique et technique », les travaux en sciences sociales qui se sont intéressés à « quel type de société la recherche est-elle ouverte » ont plutôt été amenés à révéler les difficultés, les limites et les freins à cette ouverture (Barthe 2006; Blanck 2019; Chilvers et Kearnes 2016; Irwin et Wynne 2003). D’autres travaux, qui se sont penchés sur les difficultés de ces collaborations ont souligné la diversité des intérêts des partenaires qui y sont associés (Chevalier et Buckles 2019; Göbel, Ottolini, et Schulze 2021; Ottolini 2020). Dans le projet Équipact, plusieurs partenaires faisant face à des difficultés importantes de pérennisation de projets (deux partenaires), de ressources (quatre partenaires), voire de structures (deux partenaires ), il a été explicité et convenu que ce projet ne devait pas être concurrent de ces difficultés internes à chaque structure, mais qu’elles puissent être exprimées au sein du consortium. Malgré cela, peu de difficultés ont été exprimées par les membres du consortium en plénière ou en comité de pilotage. Ces difficultés ont été exprimées lors de discussions interpersonnelles ou lors des entretiens de lancement et de clôture du projet pour chaque structure. Ce décalage indique qu’il ne suffit pas de signaler que les difficultés auxquelles sont confrontées chaque structure peuvent être exprimées au comité de pilotage pour qu’elles le soient, particulièrement lorsqu’elles peuvent entrer en compétition avec la réalisation du projet commun . Il faut y dédier une attention propre et un espace particulier. La tiers-veillance a eu cette fonction : identifier, recenser et communiquer les difficultés rencontrées par les partenaires au sein du consortium. Par ailleurs, les difficultés au cours du projet et le menaçant ne peuvent pas toutes être réglées au cours ou au sein de celui-ci.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 16 / 50 En effet, des travaux contemporains soulignent la précarisation du travail scientifique en France et à l’international (Rahal et al. 2023). Cette précarisation est due à l’évolution des modes de financement de la recherche scientifique publique (Glaymann 2025), à la diminution des financements publics scientifiques, au manque de reconnaissance du travail scientifique dans l’action publique (par exemple sur les grands défis : climat, biodiversité, montée des inégalités). Le tiers secteur est luimême confronté à une précarisation de ses conditions de travail (Cottin-Marx 2019; Cottin-Marx et al. 2018; Prouteau et Tchernonog 2018; Tchernonog 2012). Parallèlement, la SRP et son mouvement d’institutionnalisation vient offrir des possibilités de financement et de reconnaissance à des pratiques de collaboration qui ne l’étaient pas en amont. Néanmoins, ce mouvement d’institutionnalisation n’est pas continu (arrêt de différents appels à projets de financement des SRP depuis 2020) et est largement insuffisant pour sécuriser des conditions de travail par ailleurs précarisées. Plus que d’intérêts divers, l’expérience des organisations au sein du consortium a été celle de difficultés et de problèmes au cours du projet. Questionner la notion d’intérêts divergents au sein d’un consortium de SRP est également possible par les produits de la recherche. En l’occurrence, des connaissances et des méthodologies support aux SRP (capitalisation, évaluation, formation…) qui ne sont pas directement valorisables pour aucune organisation. Aucun livrable d’Équipact ne garantit la pérennité d’une structure sur le plan économique ou réputationnel. Lors des entretiens finaux4, la majorité des partenaires a identifié parmi les gains pour leur structure à l’issue du projet, la création d’un réseau partenarial qui s’étend à l’issue du projet, ainsi que la prise de conscience de la légitimité et de la pertinence du travail des structures en matière de co-production des connaissances (voir partie 2.5 et 2.6). Les principaux intérêts directs du projet seraient donc sociaux et culturels . 4. Voir tableau récapitulatif de ces entretiens et grille en partie 2.4.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 17 / 50 1.5. Conclusion sur les méthodes d’intervention et hypothèses de travail L'analyse de la fonction de tiers-veillance dans différents programmes de financement de SRP a permis d'identifier que cette fonction est le résultat d'un processus institutionnel long d'une quinzaine d'années en France. Malgré cette antériorité, les contours de la fonction restent peu définis, et les moyens consacrés ne semblent pas alignés sur les ambitions portées par la fonction. En prenant le parti de dédier des moyens plus importants à cette fonction, notamment en l'intégrant au comité de pilotage du projet et en soulignant l'importance de se préoccuper du maintien des conditions de la collaboration tout au long du projet, le consortium Équipact a co-construit un positionnement original dans le paysage actuel. Les hypothèses d'intervention ici synthétisées ont été formalisées soit en amont du projet, au moment de la rédaction de la réponse à l'appel à candidatures, soit au cours du projet. Elles ont guidé les contributions de la tiers-veillance depuis la rédaction de la réponse à l'appel à candidatures jusqu'à la phase aval du projet et sa valorisation, entre 2024 et 2025. La seconde partie nous amène aux données d’enquête produites par la tiers-veillance. La tiers-veillance doit être embarquée dans le travail des membres du consortium et participer à la production de la méthode, des livrables et des connaissances. La tiers-veillance n'est pas une contributrice scientifique comme les autres : elle maintient un calendrier propre avec la responsabilité d'identifier et de proposer des facilitations portant sur la capacité de contribution et le confort des membres du consortium dans le projet. Le confort étant entendu comme une nécessité à la capacité de contribution de chacun et chacune. Les valeurs et principes de travail du consortium relèvent de processus continus qui doivent être interrogés et non considérés comme acquis (ouverture, transparence, partage des processus décisionnels, inclusion, horizontalité, etc.).
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 18 / 50 La tiers-veillance a une responsabilité propre au sein de la coordination scientifique : permettre et animer l'expression des difficultés et conflits au sein du projet, et lorsque cela est possible, animer leur résolution, y compris partielle.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 19 / 50 2. Données d’enquête produites par la tiers-veillance Comment une fonction partie prenante de la coordination peut-elle faciliter la collaboration entre les partenaires du projet, en adoptant elle-même une position de co-construction ? Comment identifier les problèmes de partenaires en situation de collaboration ? Particulièrement ceux qui ne seraient éprouvés que par quelques-uns, et ceux qui resteraient discrets et non exprimés lors des temps de co-production ? Comment contribuer à la résolution des problèmes du consortium ? Pour répondre à ces ambitions, nous nous sommes appuyées sur des outils d’enquête qualitative en sciences sociales. Deux vagues d’entretiens semi-directifs avec chaque organisation membre du consortium, au lancement et à l’issue du projet ont été menées, ainsi que le traitement d’une enquête par questionnaire produite. Dans cette seconde partie, nous présentons les questions qui ont conduit à la production de ces données et l’analyse que l’on peut en tirer.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 20 / 50 2.1. Entretiens de lancement – Cadre et méthode Les entretiens de lancement du projet Équipact ont visé à faire le point sur l’histoire et l’expérience de chaque organisation membre du projet Équipact sur les questions traitées par le projet (SRP, intermédiation, formation, capitalisation…). Ces entretiens ont également interrogé les vigilances et les freins à la collaboration rencontrés par les organisations et les acteurs avant d’entrer dans le projet (pour s’en prémunir). Ces entretiens ont permis à la tiers-veilleuse de constituer un matériel de recherche, de coordination et d’évaluation initial au projet, à son commencement. La retranscription de chaque entretien a été transmise à chaque personne interviewée à son issue afin de vérifier l’accord quant au contenu de l’entretien et à son partage au sein du consortium. Les comptes-rendus rédigés ont été rendus accessibles à tous les partenaires et centralisent la bibliographie, les ressources documentaires produites par chaque organisation. Les entretiens ont été conduits entre mars et mai 2023 pour onze partenaires. Un entretien a été réalisé en octobre 2023, soit quelques mois après le lancement du projet, pour un partenaire qui a rencontré des difficultés de disponibilité dans les premiers mois de celui-ci. Enfin, un partenaire initialement impliqué dans le projet n’a pas répondu à cet entretien. Ce partenaire, impliqué uniquement dans la composante communication a ensuite manifesté son souhait de quitter le consortium du projet, revenant sur son engagement initial. Ainsi, douze entretiens ont été conduits. Tableur récapitulatif des entretiens de lancement du projet Nombre d’entretiens Nombre d’organisations interviewées Période de conduite Durée 13 10 Mars à octobre 2023 1h environ La plupart des entretiens a été réalisé en distanciel, et quelques-uns ont été conduits en présentiel. Ils ont duré environ une heure et la retranscription a été littérale, soit l’ensemble des propos échangés. La grille d’entretien semi-directive a été présentée en amont au comité de pilotage du projet et discutée par celui-ci. Aucune demande de modification de fond ou de suppression de questions n’a été demandée à la tiers-veilleuse par le comité de pilotage ou par les personnes
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 21 / 50 interviewées, partenaires du projet. Deux modifications de forme et de précision des propos et d’ajout de deux illustrations ont été proposées par les personnes interviewées après l’envoi des retranscriptions. 2.2. Analyse des entretiens de lancement Les entretiens de lancement ont permis d’identifier des expériences positives et outils techniques ou méthodologiques pour la conduite du projet, mais aussi des freins et des expériences négatives. Les résultats sont classés ici dans ces deux catégories. Sur les expériences positives et les compétences des membres du consortium pour la SRP et les collaborations entre recherche et tiers secteur : Le premier apprentissage de ces entretiens est que les structures interrogées ont entre dix et quinze ans d’antériorité en matière de SRP ou d’intermédiation, génériquement de collaboration entre science et société, au moment du lancement du projet. Ce sont des structures plutôt expérimentées, avec une pluralité d’expériences de coordination ou de contribution à de tels projets. Cette antériorité se caractérise également par des expériences mixtes à la fois positives et négatives par les structures. Autrement dit, tous les projets n’ont pas été couronnés de succès pour les membres du consortium. Dans cette antériorité, deux structures présentent un écart important à cette moyenne. Il s’agit du Lisis et des Crefad. Le Lisis est concerné par une antériorité moindre, du fait de la création récente du laboratoire (2015), soit huit années d’expérience au début du projet. Néanmoins, la RP est pour ainsi dire dans les gènes du laboratoire puisqu’il est rattaché à un département scientifique à l’origine de la recherche-action à l’INRAE dans les années 1970. Pour les Crefad, il s’agit d’une plus longue antériorité, soixante-dix années d’expériences en matière de collaboration entre sciences et société au début d’Équipact. Créés en 1946, au sein du mouvement associatif Peuple et Culture, le manifeste de création rédigé par le sociologue Joffre Dumazedier théorise les enjeux d’engagement scientifique en faveur des problèmes sociaux contemporains et d’accès à l’information et à la pratique scientifique pour le plus grand nombre5. 5. Manifeste Peuple et culture , 1945.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 22 / 50 Dans ces entretiens de lancement, les motivations à rejoindre le projet se concentrent sur « des questionnements sur les pratiques (et la culture) professionnelles ». Les personnes interviewées issues du tiers secteur expriment une aspiration à ce qu’Équipact leur permette d’aller plus loin dans leurs objectifs sociaux. En miroir, les professionnels scientifiques n’ont pas exprimé explicitement de volonté de questionner leurs pratiques scientifiques, plutôt de « produire autrement des connaissances ». Les discours exprimés dans ces entretiens sont emprunts d’un vocabulaire lié à l’innovation, à la rupture, mais aussi à la formalisation alors que les intermédiations entre recherche et société ne sont pas émergentes dans les structures. Cela doit être mis au regard des difficultés de transmission de l’expérience, des connaissances et des méthodologies liées aux pratiques de collaboration entre science et tiers secteur exprimées par les membres du consortium. La rupture, n’est pas uniquement à situer du côté de l’invention d’une méthodologie ultime, mais plutôt dans la volonté d’améliorer un process déjà éprouvé à certains égards. Les difficultés de transmission exprimées doivent être analysées au regard de l’important renouvellement interne auquel chaque structure membre du consortium est confrontée. Comme nous l’avons vu dans la première partie, cela concerne aussi bien le secteur scientifique que le tiers secteur. Une préoccupation souvent mise en avant par les partenaires du tiers secteur porte sur la légitimité des associations et acteurs sociaux à questionner, à contribuer, à se réclamer de la SRP (question essentiellement portée par les organisations TSR). À l’inverse, aucun acteur académique n’a porté le moindre questionnement quant à la pertinence des partenaires du tiers secteur au sein du consortium. Ce manque d’autolégitimation, au démarrage du projet a été à nouveau être interrogé à son issue (voir section consacrée aux entretiens finaux). Par ailleurs, ce manque de légitimation a déjà été observé dans l’évaluation de deux programmes liés aux SRP (Barré 2023; Lhoste et Sardin 2022; Ottolini 2020) et doit être analysé avec le manque de reconnaissance institutionnelle dont ces organisations font l’objet dans les politiques scientifiques.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 23 / 50 Sur les obstacles, les freins et les expériences négatives à l’entrée dans ce projet Les premières préoccupations exprimées portent sur la non-concrétisation des ambitions présentées au démarrage du projet. Une personne interviewée dit explicitement qu’elle craint de ‘’ne pas aller au bout de la recherche’’. Une autre se sert de précédentes expériences pour souligner le risque que des ‘’données soient non exploitées. Par exemple du fait de protocoles difficilement applicables sur le terrain’’. Une troisième personne interviewée souligne ‘’on le fait, mais sans être outillés’’. L’interaction et la communication doivent être continues pour maintenir la mobilisation des acteurs et les cadres d’intervention (notamment les frontières). Lorsqu’il y a eu un flou dans le cadre, au cours des expériences des membres du consortium, la tendance a été à l’autocensure. Aussi, est-il d’autant plus crucial de dédier des moyens à ces espaces de formalisation. Le manque de définitions partagées de la SRP est un autre frein identifié dans les entretiens de lancement. Il ne s’agit pas d’un manque de culture commune, mais plutôt d’un manque de stabilisation des périmètres et des vocabulaires qui recoupent une diversité de pratiques et d’enjeux institutionnels. Plus largement, les membres du consortium identifient l’enjeu de partager des référentiels théoriques, méthodologiques, et d’évaluer avec et par d’autres (faisant ici écho à l’enjeu de légitimité identifié par les partenaires du tiers secteur). La préoccupation autour d’un manque de définitions partagées pourrait être traduite comme une volonté à se former, à comparer et à créer des alliances pérennes. Une autre préoccupation exprimée est le besoin de donner corps au sein de des organisations aux SRP, de ne pas situer Équipact qu’aux mains de ses représentants au sein du consortium (plutôt des cadres dirigeants), mais de parvenir à mettre en écho d’autres membres de l’organisation avec les composantes formation et communication. Cette préoccupation a été partiellement levée en prévoyant l’implication à différentes étapes du projet de plusieurs membres de chaque organisation partenaire. Des médiateurs scientifiques, des chargés de formation ont pris part aux travaux du consortium, ainsi que deux chargées de projets scientifiques. À l’inverse, deux partenaires scientifiques et deux partenaires du tiers secteur ne sont pas parvenus à impliquer dans la réalisation de leur projet plusieurs membres de leurs
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 24 / 50 équipes, du fait de charge de travail trop importante et/ou de budgets dédiés insuffisants. Enfin, au moment du lancement du projet, plusieurs partenaires sont dans des phases d’institutionnalisation (ex. RZA, MSH Sud) et ont donc un fort enjeu à ce qu’Équipact incarne la vision qu’ils portent : celle de la promotion des collaborations entre recherche et tiers secteur. Cela aurait pu engendrer une pression importante pour la réussite du projet et de ses livrables. 2.3. Fiches RESOLIS et communication Tout au long d’Équipact, nous avons produit ou contribué, en tant que tiersvielleuse, à la production de livrables de communication académique ou non. Les supports de communication dont la tiers-veillance a été la principale autrice sont ici attachés en annexe. Tous ces documents sont publiés en open access sur le site de l’observatoire RESOLIS et donneront lieu en fin d’année 2025 à un observatoire dédié Équipact, regroupant toutes les initiatives rédigées par les membres du consortium. D’autres livrables, intermédiaires ont été produits à destination du consortium et présentés et discutés, au sein de chaque composante, du comité de pilotage mensuel, et lors des réunions présentielles annuelles. Ces documents intermédiaires ne sont pas attachés ici en tant que tels. Ils ont néanmoins servi de base à la rédaction de ce rapport.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 31 / 50 non participants) devraient se poursuivre, sur des agendas différents de celui du projet. Équipact a également permis à plusieurs partenaires de prendre des rôles de leader dans des projets locaux ou sectoriels pour les partenaires du consortium. C’est le cas pour trois formations et deux projets de recherche pluriannuels. Enfin, une des perspectives fortes est le renouvèlement, pour deux partenaires du plaidoyer auprès de leurs collectivités locales. L’un d’entre eux précise que le projet est « d’imposer le sujet SRP auprès de la région »14. 14. Entretien Avril 2025 membre du consortium Équipact.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 32 / 50 Conclusion partie 2 : Partir des problèmes pour garantir la soutenabilité de la collaboration Les données produites par la tiers-veillance ont permis de lever des difficultés, voire des tensions au sein du consortium. Elles ont été choisies en tant que telles, mais également discutées au sein du consortium en précisant cette ambition. La mobilisation d'outils d'enquête qualitative en sciences sociales a permis d'identifier que les partenaires avaient des expériences plus longues que celles précédemment identifiées en matière de SRP. La difficile légitimation des partenaires du tiers secteur apparaît au lancement du projet, mais sa moindre expression à son issue laisse entrevoir un important résultat d'Équipact : la capacitation des partenaires du tiers secteur en matière de SRP porte d'abord sur l'image que ces partenaires ont d'eux-mêmes et de leurs contributions à la production de connaissance. Les expériences précédentes des partenaires ont également permis d'analyser que les freins à la co-production portent aussi sur des expériences non concluantes, par exemple lorsque les connaissances ou les protocoles expérimentaux produits ne sont pas suffisamment applicables en situation. Toutes les difficultés n'ont pas pu être levées au cours du projet, soit du fait de difficultés entre les partenaires du consortium, soit du fait de difficultés externes au consortium. Celles-ci seront décrites dans la troisième partie.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 33 / 50 3. Difficultés au cours du projet et contributions non abouties de la tiersveillance Au cours du projet, les contributions de la tiers-veillance ont tenté de participer à la levée des difficultés du consortium. Ne s’agissant pas d’une démarche autoportée, les difficultés identifiées doivent l’être également par le consortium. Surtout, les propositions de résolution devaient être co-élaborées et partagées par les partenaires. Pour une partie de ces difficultés, elles n’ont pas pu être levées au sein du projet. Cette troisième partie évoque des difficultés rencontrées au cours du projet, qui n’ont pas pu être résolues au cours de celui-ci, que nous analysons soit comme des contributions non abouties de la tiers-veillance, soit comme des limites systémiques actuelles aux projets de SRP. Parmi ces difficultés, nous identifions : l’impossible partage d’une bibliographie et de ressources théoriques communes, l’ambition initiale d’évaluation d’impact, le format des livrables finaux, et les règles administratives et financières de l’appel à projet de recherche et les limites qu’elles imposent à la justice épistémique.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 34 / 50 3.1. La bibliographie jamais partagée À plusieurs reprises, notamment à l’issue de la journée de lancement du projet ANR Équipact de mai 2023, au cours de réunions virtuelles de rencontres préalables et lors d’entretiens sur les freins et les leviers à l’entrée de chaque partenaire dans le projet au printemps 2023, l’intérêt de partager des éléments de bibliographie s’est dégagé comme un consensus entre les partenaires du consortium. Cette bibliographie commune a été définie par les partenaires comme le premier pas vers le partage de définitions et d’outils théoriques supports à l’action des composantes formation, coordination, capitalisation et communication. La proposition en a été que chaque membre du consortium réalise un extrait analogue dans sa propre bibliothèque. Un premier extrait sélectif de bibliographie sur les thématiques Citizen science et SRP a été réalisé. Les pratiques et modalités du partage de connaissances autour des questions, des outils (y-compris théoriques) et des méthodes de la RP, des co-recherches, des recherches actions participatives dans les organisations membres du consortium diffèrent. Qu’en est-il à l’échelle des projets qu’elles mènent ? Les organisations scientifiques (MSH, Lisis, Réseau des zones ateliers, Fab’lim et HC-Ecrac) utilisent toutes une base de traitement de bibliographie (type Zotero). Néanmoins, elles n’ont pas toutes une bibliographie partagée sur le sujet (hormis le Lisis qui fait référence aux écoles-chercheurs organisées par l’Ifris et au Master HT2S de l’EHESS, dans lequel des membres du laboratoire intervenaient). À l’inverse, les organisations du tiers secteur ont des pratiques plus hétérogènes. Elles utilisent moins systématiquement des bases documentaires partagées, mais plusieurs d’entre elles le font (particulièrement à des fonctions de formation, ex. Crefad, Traces, TelaBotanica à des fonctions de communication Muséum, Le Dôme, Les Petits Débrouillards). Aucune ne semble utiliser de logiciel de traitement de la bibliographie. Organisations du tiers secteur et académiques partagent qu’aucune formation initiale à la RP, aux co-recherches, n’existe, mais que cela intervient en spécialisation. La majorité des organisations (académiques et TSR) participe régulièrement à ces colloques, journées d’étude, séminaires. Néanmoins, les ressources dédiées à la communication diffèrent largement (non marginal pour le milieu académique, plus marginal pour le TSR). Une nouvelle ressource des bases de données semble émerger pour tous les membres du consortium15. 15. Voir rapport composante formation Equipact.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 35 / 50 Objectifs d’une bibliographie partagée dans Équipact pour les membres du consortium - Répondre à un besoin de culture commune, théorique, méthodologique, épistémique, - Situer notre projet dans les précédents travaux sur et en RP (une hypothèse : peu de travaux sur les CS sont eux-mêmes conduits en méthodo RP : à ce titre, Équipact se distingue). Un positionnement : des besoins théoriques ancrés empiriquement sur les problèmes de transition : la définition des RP – corecherche – citizen science doit s’adapter aux enjeux d’émancipation qui sont par définition mouvants), - Préciser un positionnement dans une littérature qui ne soit pas qu’académique, mais aussi administrative (rapports, règlements) et TS (formations, programmes d’action, plaidoyers…), mieux faire communiquer les travaux sur la démocratie participative et les travaux sur la démocratie technique (RP - intermédiations), les littératures sur la justice sociale et la démocratie technique, les transitions soutenables et la démocratie technique, - Capitaliser des références communes, - Valoriser les résultats du projet Équipact et des composantes. Moyens proposés lors du séminaire de Montpellier : - Mise à jour du travail scientométrique réalisé pour le rapport Houllier en 2016, - Présentation du projet à ECSA, working group Learning and education in citizen science. Problèmes, freins identifiés par le consortium : - La question du temps, l’absence de budget dédié lors du dépôt du dossier (ex. accès à des bibliothèques numériques, coût d'accès aux revues scientifiques, coût de participation à des colloques scientifiques…) - Culture professionnelle, - Exclure des formats de publication, hors format article : qui sont privilégiés par le TSR (rapports d’activité, publications en ligne, notes de positionnement, plaidoyers...). Au cours d’Équipact, la mobilisation du consortium autour d’une bibliographie n’a pas été possible. Il s’agit d’un des livrable inachevés de la tiers-veillance. Le nonpartage de références communes sur les définitions des notions à la base du projet a posé des difficultés aux partenaires tout au long de celui-ci. À son issue, la principale difficulté étant l’incapacité à s’accorder sur une définition commune des SRP, des corecherches et des transitions. Néanmoins, plusieurs partenaires ont souligné dans les entretiens finaux, que cela leur avait également permis de se distancer d’une
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 36 / 50 définition normative contraignante. Au-delà d’un manque de partage bibliographique, certains partenaires ont convenu que cette absence était également liée au manque de formalisation qu’il existe aujourd’hui sur ces définitions.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 37 / 50 3.2. Réflexions sur les perspectives à l’issue du projet en matière de capitalisation et d’évaluation d’impact Les ambitions du consortium en matière de capitalisation ont dépassé ses réalisations. En effet, en croisant les réalisations de la composante évaluation, les partenaires ont travaillé à l’organisation d’une journée d’étude interrogeant les continuités à créer entre capitalisation et évaluation d’impact . Cette journée d’étude a été composée en invitant des structures d’expertise agissant dans le domaine aujourd’hui. Un autre volet de la journée d’étude portait sur un enjeu plus théorique, celui des pratiques scientifiques à l’œuvre à travers la catégorie de recherche transformative, promue par des agences scientifiques16. Cette journée d’étude ne s’est pas concrétisée du fait de difficultés évoquées dans la première partie de ce rapport. Au-delà de sa non-réalisation, il nous importe de relever le décalage qu’il peut y avoir entre un besoin pour l’action, une ambition théorique et d’importantes difficultés de concrétisation. Sur ce sujet de l’évaluation d’impact et de ses approches théoriques, Équipact ne vient pas clore les besoins des membres du consortium. Ceux-ci devront créer d’autres cadres pour y répondre. Au cours des entretiens finaux, plusieurs partenaires étaient très explicites sur ce constat. L’un d’entre eux détaillant avoir engagé un travail sur le sujet spécifique de l’évaluation d’impact en dehors du consortium, du fait des difficultés rencontrées en son sein. Un autre partenaire a détaillé avoir engagé, au sein de son propre réseau national, l’animation d’une discussion sur la catégorie de recherche transformative (Schneidewind et al. 2016). Leur discussion a abouti sur l’adoption de la notion dans le programme scientifique de ce réseau. 16. (Schneidewind et al. 2016)
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 38 / 50 3.3. Le format des livrables, plus sciences et sciences et recherches participatives que recherche action Équipact a produit un nombre important de livrables finaux et intermédiaires17. Le format de ces livrables a largement été discuté au sein du consortium avec la demande explicite de ne pas produire uniquement des livrables au format académique. Cette préoccupation a notamment abouti au format de la journée finale du programme, non pas suivant un format journée d’étude, mais sur un format laissant une plus large part aux discussions. Ce choix du consortium peut être considéré comme un succès au sens où ce sont plus d’une centaine de personnes qui s’y est inscrite, venant de toute la France, et de réseaux mixtes académique et tiers secteur. Les préoccupations des partenaires et parfois leurs tensions sur ce sujet à différents moments, ont abouti à diversifier les formats des livrables. . Deux webinaires, et le numéro spécial Observatoire d’une revue associative (RESOLIS) sont ainsi produits dans les derniers mois du programme. Dans les premiers mois du programme, six communications orales dans des colloques académiques ont été réalisées, ainsi que trois articles ont été soumis à des revues académiques. La vigilance et les discussions des partenaires ont permis de réorienter les formats des livrables. Néanmoins, il apparait que les livrables correspondent plus à un format de SRP, dans le sens où ils sont tous co-produits par les partenaires du tiers secteur et les partenaires académiques. Les livrables auraient pu prendre des formats de rechercheaction, accessibles à des professionnels en situation. La composante formation, en prévoyant une double rédaction article – guide des formations a tenté la production d’un double format, à destination de professionnels et de structures. Une des difficultés sur un tel sujet est le manque de temps et de moyens financiers alloué aux projets de SRP. Pour que les consortiums aient les moyens de produire des livrables correspondant aux doubles standards académiques et professionnels, ils doivent disposer de ressources en conséquence, sans quoi un arbitrage est automatiquement réalisé. Cet arbitrage et les conséquences qu’il a sur les valeurs 17. Plus d’une trentaine de formats de livrables a été recensé par le consortium. Pour le détail, voir le rapport synthétique du projet.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 39 / 50 morales et les ambitions politiques transformatives de tels projets, est l’objet de la dernière sous-partie de cette section.
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile – Mars-Juillet 2025 40 / 50 3.4. Une ambition de justice épistémique qui se heurte aux règles administratives et financières des financeurs Les SRP impliquant des partenaires du tiers secteur se distinguent notamment par les valeurs qu’elles promeuvent. Dans un essai paru au début des années 2000, le sociologue Michel Callon et ses collègues situent ces partenariats de production de connaissances comme un projet de démocratie technique (Callon 1998; Callon, Lascoumes, et Barthe 2001; Jasanoff 2007). Des travaux plus récents appuient cette hypothèse que la connaissance est partie prenante de nos organisations sociales et politiques, particulièrement autour de la notion de justice épistémique (Fricker 2007; Hackett et al. 2017; Kidd et al. 2017). Cette notion vient souligner les rapports de domination à l’œuvre dans les situations d’injustice sociale. Les connaissances, expériences et techniques des personnes concernées sont alors exclues de la production de connaissance jugée légitime. Le travail théorique admis comme fondateur de ce champ, réalisé par le sociologue Alan Irwin (Irwin 1995) met en visibilité le prétexte d’ignorance des citoyens utilisé pour justifier leur exclusion des décisions publiques en matière de gestion environnementale. La justice épistémique peut s’entendre à différents niveaux. Rendre visible dans la production de connaissance les expériences et les connaissances qui en sont les premières concernées. Permettre aux personnes concernées de contribuer aux décisions liées à cette production de connaissance (choix des méthodologique, définition des priorités thématiques). Mais surtout, indemniser le travail réalisé par les personnes concernées en matière de production de connaissances. Cela conduit à ne pas uniquement indemniser le travail de celleux qui exercent des professions du travail scientifique. L’appel à projet SAPS, dont Équipact est lauréat, se veut innovant dans son soutien à la SRP. En effet, ce programme prévoyait l’indemnisation du travail scientifique par les partenaires du tiers secteur. Dans la réponse, le consortium a fait un choix audacieux de se composer de douze organisations membres. Cela a conduit à une répartition importante des ressources financières induisant qu’une grande partie du travail ait été réalisé sans indemnisation pour les structures. Cela est le cas pour au
Rapport final Tiers-Veillance OTTOLINI Lucile - Mars 2025 HC-ECRAC • Étude et Conseil en Recherche Action Collaborative Bibliographie Akrich, Madeleine, Rémi Barré, Emeline Bentz, François Bontemps, Marie Delannoy, Marie Evrard, Bénédicte Goussault, Lucile Grasset, Pierre-Benoît Joly, Lionel Larqué, Yves Le Bars, Damien Lenouvel, Évelyne Lhoste, Claude Millier, Lucile Ottolini, Patrick Porcheron, Emmanuel Porte, Christophe Roturier, et Matthieu Schneider. 2017. Prendre au sérieux la société de la connaissance - Livre blanc. Alliss - OPECST. Barré, Rémi. 2023. Les projets de recherche participative et leurs acteurs. Université Gustave Eiffel. Barthe, Yannick. 2006. Le pouvoir d’indécision: La mise en politique des déchets nucléaires. Etudes politiques. Paris: Economica. Blanck, Julie. 2019. « Maintenir une décision contestée : le cas du stockage des déchets radioactifs ». Entreprises et histoire n°97(4):83. doi:10.3917/eh.097.0083. Cadenne, Olivier, Lionel Larqué, et Évelyne Lhoste. 2020. « Le métier de médiateur scientifique en évolution »: Cahiers de l’action N° 55(1):21-24. doi:10.3917/cact.055.0021. Callon, Michel. 1998. « Des différentes formes de démocratie technique ». Annales des Mines 9:63-73. Callon, Michel. 2017. L’emprise des marchés: comprendre leur fonctionnement pour pouvoir les changer. Paris: La Découverte. Callon, Michel, Pierre Lascoumes, et Yannick Barthe. 2001. Agir dans un monde incertain, Essai sur la démocratie technique. 1ère édition. La couleur des idées. Paris: Seuil. Centre de sociologie de l’innovation, éd. 2013. Sociologie des agencements marchands: textes choisis. Collection Sciences sociales. Paris: Mines ParisTech. Chevalier, Jacques M., et Daniel J. Buckles. 2019. Participatory Action Research: Theory and Methods for Engaged Inquiry. 2e éd. Second edition. | Abingdon, Oxon ; New York, NY : Routledge, 2019.: Routledge. Chilvers, Jason, et Matthew Kearnes, éd. 2016. Remaking participation: science, environment and emergent publics. London ; New York: Routledge is an imprint of the Taylor & Francis Group. Clément, Camille, Sylvie Blangy, Anne Grenier, et Rémi Barré. 2023. Premiers travaux de capitalisation autour du dispositif CO3 - Co-Construction de Connaissances pour la transition écologique et solidaire. Creil: Ademe - Fondation de France - Agropolis fondation - Fondation Daniel et Nina Carasso. Cottin-Marx, Simon. 2019. Sociologie du monde associatif. Repères. Paris: la Découverte. Cottin-Marx, Simon, Matthieu Hély, Gilles Jeannot, et Maud Simonet. 2018. « La recomposition des relations entre l’État et les associations : désengagements et réengagements: » Revue française d’administration publique N° 163(3):463-76. doi:10.3917/rfap.163.0463.
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