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L'or monnayé romain de la République à l'Antiquité tardive : une vision globale

Woytek, Bernhard

Abstract

This contribution presents a general overview of Roman gold coinage, from its beginnings during the Second Punic War (218‒201 BC) down to Late Antiquity. It discusses economic, political and artistic aspects of the production of the aureus, the solidus and their related denominations, and contextualises the phenomenon of Roman gold coins both diachronically and in a world historical perspective.

Full text

AVREVS. Le Pouvoir de l’or / The Power of Gold SA_171_Livre.indb 1 01/09/2023 09:48:08 Arnaud Suspène est spécialiste d’histoire politique et monétaire du monde romain. Il est professeur d’histoire ancienne à l’Université d’Orléans à l'Institut de Recherche sur les Archéomatériaux (UMR 7065). Maryse Blet-Lemarquand est spécialiste de l’archéométallurgie des métaux monnayés. Elle est ingénieure de recherche au CNRS à l’Institut de Recherche sur les Archéomatériaux (UMR 7065). Frédérique Duyrat est historienne du monde grec, de son économie et de sa monnaie. Elle est directeur du département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF. Sylvia Nieto-Pelletier est spécialiste des pratiques économiques et monétaires du monde celtique. S.Nieto-Pelletier est directrice de recherche au CNRS à l’Institut de Recherche sur les Archéomatériaux (UMR 7065). Elle est directrice de l’IRAMAT et présidente de la Société française de numismatique. Illustration de couverture: Monnaie d'or romaine de la deuxième guerre punique (RRC 88/1 ; BnF FG 77). SA_171_Livre.indb 2 01/09/2023 09:48:08 Ausonius Éditions — Scripta Antiqua 171 — AVREVS. Le Pouvoir de l’or / The Power of Gold Actes du colloque “AVREVS. Le Pouvoir de l’or : comprendre les usages économiques, politiques, sociaux et culturels de l’or monnayé en Occident (ives.av. J.-C. – ier s. ap. J.-C.)”, Orléans, 12-14 nov. 2018. Proceedings of the International Conference “AVREVS. The Power of Gold : Investigate the economic, political, social and cultural uses of gold coins in the Western World (ivth c. BC. – ist c. AD)” Edité par A. Suspène, M. Blet-Lemarquand, F. Duyrat, S. Nieto-Pelletier Ouvrage publié avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire — Bordeaux 2023 — SA_171_Livre.indb 3 01/09/2023 09:48:08 Notice catalographique: Suspène, A., Blet-Lemarquand, M., Duyrat, F. et Nieto-Pelletier, S., éd. (2023): AVREVS. Le Pouvoir de l’or / The Power of Gold, Ausonius, Scripta Antiqua 171, Bordeaux. Mots clés: Or, monnaie, numismatique, histoire, archéométrie, analyses chimiques, transferts, Occident, Antiquité, monde romain, monde grec, monde celtique. Gold, coinage, numismatics, history, archaeometry, chemical analysis, transfers, Antiquity, Roman World, Greek World, Celtic World. AUSONIUS Maison de l’Archéologie F - 33607 Pessac cedex http://ausonius.u-bordeaux-montaigne.fr/EditionsAusonius Directrice des publications: Claire Hasenohr Éditrice: Martine Courrèges-Blanc Graphisme de couverture: Martine Courrèges-Blanc Tous droits réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 sur la propriété littéraire et intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit sans le consentement de l’éditeur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. © AUSONIUS 2023 ISSN: 1298-1990 ISBN: 978-2-35613-578-0 Achevé d’imprimer sur les presses GN Impressions 1925 Route de Navidals 31340 Villematier Dépôt Légal 10 octobre 2023 Distribution DILISCO Zone artisanale Les Conduits - Rue du Limousin - BP 25 - 23220 Cheniers Tél. +33 (0)5 55 51 80 00 - Fax +33 (0)5 55 62 17 39 Diffusion AFPU-D C/O Université de Lille - 3 rue du Barreau - BP 60149 - 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex Tél. +33 (0)3 20 41 66 95 01_Page_titre_SA_171.indd 4 07/09/2023 11:54:31 Auteurs Michel AMANDRY Société française de numismatique. Jérémy ARTRU IRAMAT-CEB, UMR 7065 Université d’Orléans-CNRS. Barbara ARMBRUSTER TRACES, UMR 5608 CNRS-Université Toulouse Jean Jaurès. Mathilde AVISSEAU-BROUSTET Bibliothèque nationale de France. Sandrine BARON TRACES, UMR 5608 CNRS-Université Toulouse Jean Jaurès. Clara BERRENDONNER Université Paris I-Panthéon-Sorbonne ; AnHiMA - UMR 8210. Maryse BLET-LEMARQUAND IRAMAT-CEB, UMR 7065 CNRS-Université d’Orléans. Dorian BOCCIARELLI Société française de numismatique. François de CALLATAŸ Bibliothèque royale de Belgique (KBR), Université Libre de Bruxelles, École Pratique des Hautes Études. Anaïs CHEUTON IRAMAT-CEB, UMR 7065 CNRS-Université d’Orléans. Jean-Christophe COUVENHES Lettres Sorbonne Université ; AnHiMA - UMR 8210. Guido CREEMERS Gallo-Romeins Museum Tongeren / Instituut Archeologisch Patrimonium. Frédérique DUYRAT Bibliothèque nationale de France. Thomas FAUCHER Centre d’Études Alexandrines (USR 3134 CNRS). Wolfgang FISCHER-BOSSERT Österreichische Akademie der Wissenschaften. Julien FLAMENT Chercheur associé IRAMAT-CEB, UMR 7065 CNRSUniversité d’Orléans. Benjamin GEHRES Laboratoire Archéosciences - UMR 6566 CReAAH (Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire). Catherine GRANDJEAN Université de Tours - CeTHiS (EA 6298). George GREEN Ashmolean Museum Oxford. Pierre-Olivier HOCHARD Université de Tours - CeTHiS (EA 6298) / InstitutUniversitaire de France. Antony HOSTEIN École Pratique des Hautes Études – Université PSL ; AnHiMA - UMR 8210. Philip de JERSEY Guernsey Museum. SA_171_Livre.indb 5 01/09/2023 09:48:08 Stéphane MARTIN Chercheur associé, laboratoire HeRMA (UR 15071), Université de Poitiers. Sylvia NIETO-PELLETIER IRAMAT-CEB, UMR 7065 CNRS-Université d’Orléans. Marilou NORDEZ Post-doctorante, projet ANR-DFG Celtic Gold. Julien OLIVIER Bibliothèque nationale de France, chercheur associé IRAMAT-CEB, UMR 7065 CNRS-Université d’Orléans. François PLOTON-NICOLLET École nationale des chartes (PSL) ; EA 3624 Centre JeanMabillon / EA 4710 PoLeN. Pierre PONTIER EDITTA-UR 1491 / Sorbonne Université. Arnaud SUSPÈNE IRAMAT-CEB, UMR 7065 Université d’Orléans-CNRS. Bernhard WOYTEK Österreichische Akademie der Wissenschaften. SA_171_Livre.indb 6 01/09/2023 09:48:08 Sommaire/Summary Arnaud Suspène, Frédérique Duyrat, Sylvia Nieto-Pelletier et Maryse Blet-Lemarquand, Introduction ............................................................................................................................ 9 Maryse Blet-Lemarquand, The LA-ICP-MS analysis of gold coins for the AVREVS project. Method and Methodology ....................................................................................................... 27 L’or grec / Greek gold Pierre Pontier, Une représentation grecque de l’or du Roi : Agésilas et les “trente mille archers” ...... 61 Wolfgang Fischer-Bossert, Greek gold coinage before Alexander the Great .................................... 75 François de Callataÿ, L’or du monde grec : fantasmes et réalités (un panorama général quantifié) ... 91 Frédérique Duyrat, Julien Olivier and Benjamin Gehres, Greek gold from East to West ................ 115 Catherine Grandjean, Jean-Christophe Couvenhes et Maryse Blet-Lemarquand, L’or de Pyrrhos en Occident ..................................................................................................... 153 Jérémy Artru, Pierre-Olivier Hochard and Benjamin Gehres, Carthaginian and Syracusan gold, from the reign of Dionysius the Elder to the end of the First Punic War: a comparative examination .................................................................................................... 171 Mathilde Avisseau-Broustet et Thomas Faucher, Les bijoux en or du Cabinet des Médailles à l’épreuve du laser : analyses de composition métallique de bijoux gréco-romains par LA-ICP-MS .............................................................................................................................. 199 L’or celte / Celtic gold Sylvia Nieto-Pelletier and Julien Olivier, Greek and Celtic gold (4th-3rd century BC): transfer or interplay? .............................................................................................................. 221 Sandrine Baron, Référentiels miniers pour le traçage de l’or aux périodes anciennes ..................... 253 Marilou Nordez, Guido Creemers, Barbara Armbruster, Maryse Blet-Lemarquand, Sylvia Nieto-Pelletier and Anaïs Cheuton, The Beringen Hoard (Limburg, Belgium). An assemblage of gold coins and ornaments from the 2nd century BC ..................................... 273 Philip de Jersey, Precious little? Some aspects of the circulation of gold in Armorica and south-west Britain ................................................................................................................... 287 Stéphane Martin, Du statère à l’aureus. L’exemple du Belgium ...................................................... 303 SA_171_Livre.indb 7 01/09/2023 09:48:08 Aux origines de l’or monnayé romain / The Birth of Roman gold coinage Bernhard Woytek, L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale ................................................................................................................... 321 Arnaud Suspène, Jérémy Artru, Sylvia Nieto-Pelletier, Julien Olivier and Benjamin Gehres, The sources of the first Roman gold coins (3rd century BC) ..................................................... 343 Arnaud Suspène and Maryse Blet-Lemarquand, Roman and Italian gold coins from the age of Sulla ................................................................................................................................... 363 Clara Berrendonner, L’or de l’Aerarium Sanctius, de l’époque médio-républicaine à César ............ 381 François Ploton-Nicollet, L’imaginaire romain de l’or ................................................................... 397 De la République à l’Empire / From Republic to Empire Arnaud Suspène, Sylvia Nieto-Pelletier, Maryse Blet-Lemarquand, Benjamin Gehres and Julien Flament, Gold for a Revolution: the sources of Caesar’s gold coinage ...................... 411 Arnaud Suspène, Maryse Blet-Lemarquand, Benjamin Gehres and Julien Flament, Roman gold coinage in the triumviral period (43-30 BC): the spread of gold currency and the difference between East and West ................................................................................ 431 Michel Amandry, Le monnayage d’or des rois de Maurétanie ........................................................ 457 Antony Hostein, La distribution des monnaies d’or romaines en territoire éduen. L’exemple des aurei de Caligula ............................................................................................................... 467 George Green, Metrological and Metallurgical Data from Roman Aurei, 45 BC to AD 69 ............... 481 Arnaud Suspène, Maryse Blet-Lemarquand and Dorian Bocciarelli, Roman gold coinage from Augustus to the Year of the Four Emperors .......................................................... 499 Résumés / Abstracts ..................................................................................................................... 539 SA_171_Livre.indb 8 01/09/2023 09:48:08 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans B. Woytek, in: AVREVS. Le Pouvoir de l’or / The Power of Gold, p. 321-341 L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive: une vision globale 1 Bernhard Woytek Dans ces quelques pages, j’aimerais proposer un aperçu général du monnayage d’or romain, phénomène qui influença profondément non seulement l’histoire économique de notre planète, mais aussi son évolution sociale et culturelle. L’aureus et son successeur tardo-romain et byzantin, le solidus, s’inscrivent dans une longue tradition de monnaies de métal précieux dans le monde méditerranéen. Il y eut d’abord une phase marquée par la “naissance de la monnaie”, pour citer un livre de G.Le Rider 2 qui a fait date dans la “science des médailles”. Cette période s’est achevée au viie et dans la première moitié du vie siècle, quand un alliage artificiel d’or, d’argent et de cuivre fut utilisé pour produire des émissions monétaires en Asie Mineure: l’électrum 3. Ces séries assez hétérogènes prirent fin, à un certain nombre d’exceptions près, à la suite d’une réforme traditionnellement attribuée au roi lydien Crésus. Les Mermnades décidèrent en effet d’abandonner l’électrum et choisirent de produire, à partir de 550 a.C. environ, des monnaies en or pur et en argent pur, connues sous le nom de “créséides”, avec comme type des protomés affrontées de lion et de taureau. C’était une innovation typologique significative puisqu’originellement le monnayage royal lydien en électrum portait comme type une tête de lion à droite. Cette réforme monétaire fut d’une importance primordiale et se trouve même mentionnée dans les Histoires d’Hérodote 4. Les monnaies lydiennes furent frappées à Sardes, capitale de Crésus. Après la conquête du royaume de Lydie par les Achéménides, dans les années 540 a.C., les créséides continuèrent d’être produits sans grands changements 5, et c’est seulement vingt ans plus tard, peut-être aux alentours de 520 a.C. (ou un peu plus tard encore), que Darius le Grand remplaça les types de ses monnaies d’or et d’argent par une image typiquement perse : le Grand Roi, armé, à droite. Ces nouvelles monnaies d’or, frappées selon un étalon mésopotamien, sont les “dariques”, 1 Je tiens à remercier chaleureusement le comité d’organisation du colloque “AVREVS” de m’avoir invité à donner la conférence inaugurale; ma gratitude va surtout à Arnaud Suspène, qui a aussi généreusement accepté de relire cette contribution. Richard Abdy (British Museum, London), Haim Gitler (Israel Museum, Jerusalem) et Klaus Vondrovec (Kunsthistorisches Museum, Wien) m’ont autorisé à utiliser des images de monnaies conservées dans leurs collections respectives: qu’ils en soient également remerciés. 2 Le Rider 2001. 3 Sur les séries précoces frappées en électrum, voir en dernier lieu le volume édité par van Alfen et Wartenberg 2020. 4 1,94,1 : Λυδοὶ δὲ […] πρῶτοι δὲ ἀνθρώπων τῶν ἡµεῖς ἴδµεν νόµισµα χρυσοῦ καὶ ἀργύρου κοψάµενοι ἐχρήσαντο. 5 Alram 2012, 63. SA_171_Livre.indb 321 01/09/2023 09:48:55 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans 328 Bernhard Woytek Ce qui est important, c’est que l’émission d’Hirtius ne resta pas isolée. Peu après, César chargea le praefectus urbi Lucius Plancus de frapper une deuxième émission urbaine d’aurei, toujours sans le portrait de César, mais cette fois avec le buste de Victoire au droit (RRC, 475/1). Cette émission est plus petite que celle d’Hirtius, mais le point essentiel est que ces monnaies, et d’autres aurei de 44 a.C. (RRC, 481/1), démontrent que César avait l’intention d’établir l’or comme métal monétaire régulier. Pour César, les aurei faisaient partie intégrante de son système monétaire: la frappe de ces pièces introduisit un changement structurel dans le monnayage romain. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il faut regarder Jules César comme le vrai créateur du système monétaire impérial, à trois métaux: or, argent et bronze 36. L’institution d’un monnayage régulier en or à Rome a été considérée à juste titre comme le développement le plus important de l’histoire monétaire antique entre 200 a.C. et 300 p.C. 37 En ce qui concerne les raisons qui amenèrent César à établir un monnayage d’or régulier à Rome, plusieurs hypothèses ont été avancées. Certains chercheurs, par exemple Theodor Mommsen 38, attribuent cette décision à sa volonté de créer un système monétaire trimétallique “royal” à Rome, sur le modèle du système monétaire d’Alexandre le Grand. Pour ma part, je préfère une interprétation économique à une interprétation purement idéologique: l’accroissement radical des dépenses militaires à la fin de la République, à la suite du doublement de la solde militaire par César (rapporté par Suet., Iul., 26.3), nécessita probablement l’introduction d’espèces d’or pour des raisons purement pratiques 39. En outre, il ne faut pas oublier que César avait mené des campagnes militaires en Gaule pendant presque dix ans, à partir de 58 a.C.: il se trouvait alors dans un environnement monétaire où les monnaies d’or étaient très répandues, et il est évident que le butin gaulois de César fut en grande partie composé d’or. Donc, une influence gauloise n’est probablement pas à exclure 40. La production régulière d’aurei d’or pur en quantités importantes continua après l’assassinat de César: tous les imperatores firent frapper de l’or pour leurs armées 41, comme par exemple Brutus qui fit même placer son portrait sur une partie des émissions (fig. 10) 42. Les empereurs julio-claudiens continuèrent à produire des aurei ‒ à partir d’un certain moment exclusivement à l’atelier de Lyon. Ainsi, en moins d’une génération, l’aureus devint l’élément-clé de l’économie monétaire romaine 43. Des multiples d’or (quaterniones) sont attestés sous Auguste 44 et des pièces semblables durent être produites sur ce modèle sous ses 36 Woytek 2004. 37 Howgego 1992, 10. 38 Mommsen 1860, 768; voir aussi d’autres références citées par Woytek 2014, 200. 39 Woytek 2014, 218 sq.; Woytek 2017a, 164. 40 Pour la chronologie des émissions celtiques “de type belge” voir, en dernier lieu, Roymans & Scheers 2012, spécialement 29 sq. Pour le monnayage en or des Arvernes au temps de la guerre des Gaules, voir Nieto-Pelletier 2013, 79-82, 127 et 130-132. L’aspect métallurgique du monnayage d’or de César est discuté par Suspène et al. dans ce volume. 41 Woytek 2003, 467-528; Woytek 2017b, 52 sq. 42 Pour une étude de coins de la série EID MAR (les deniers: RRC, 508/3), voir Cahn 1989. Les autres aurei au portrait de Brutus sont RRC, 506/1 et 507/1. 43 Lo Cascio 2008; Woytek 2014, 218-220. 44 Gorini 1968. La pièce RIC12 Augustus no204 fut trouvée à Pompéi au xviiie siècle (voir l’œuvre de Khell 1765), tandis que l’authenticité de RIC 12 Augustus no546 est douteuse (voir la discussion de Mittag 2012, 31). SA_171_Livre.indb 328 01/09/2023 09:48:56 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale 329 successeurs, même si l’on ne connaît actuellement aucun exemple de multiple d’or jusqu’à Domitien 45. Des sous-multiples d’or, dans la tradition des sous-multiples de la deuxième guerre punique mentionnés ci-dessus, furent produits assez régulièrement à partir de Jules César déjà, qui créa le demi-aureus (quinaire d’or) 46. Sous Néron, un revirement important de la politique monétaire intervint. L’empereur introduisit une réforme majeure du monnayage impérial comme du monnayage provincial. Pour l’or, il procéda à une réduction significative du poids des aureiqui passa d’un 43e de la livre romaine environ à un 45e. En même temps, le poids du denier fut abaissé, ainsi que la proportion d’argent dans l’alliage des monnaies d’argent (qui tomba à 80 %). L’aureus, en revanche, continua à être frappé en or non allié 47. Il semble que Néron ait rouvert l’atelier monétaire de Rome spécialement pour la frappe de son nouveau monnayage : comme la réforme était sans doute accompagnée de la refonte des monnaies plus anciennes, plus lourdes, qui provenaient de tout l’empire, il était probablement plus simple d’utiliser un atelier central, à Rome, au lieu de celui de Lyon, dans la partie occidentale de l’empire 48. La réforme de Néron marque un tournant décisif pour la circulation et surtout la thésaurisation des monnaies de métal précieux dans l’Empire romain. Pour illustrer ce point, il suffit de citer le plus grand trésor de monnaies d’or romaines du principat découvert jusqu’ici, celui de Trèves ‒ Feldstrasse 1993 49: le trésor comprend 2600 aurei environ; sa date de clôture est 193/196 p.C., le début du principat de Septime Sévère. Aucun de ces 2600 aurei n’est antérieur à la réforme néronienne. Cela démontre qu’après l’abaissement du poids des monnaies d’or, les pièces les plus lourdes disparurent. Contrairement à la période qui va de Néron à Septime Sévère, qui est documentée par le trésor de Trèves et qui couvre 130 ans de monnayage d’or ‒ sans réels changements ‒, le iiiesiècle constitue une période très mouvementée pour les monnaies d’or romaines. À partir du principat de Caracalla, on peut observer trois tendances principales. Premièrement : le poids de l’aureus fut abaissé graduellement. Cette tendance commença en 215 p.C., lorsque Caracalla réduisit l’étalon pondéral de l’aureus à un 50e de la livre romaine 50, et culmina sous Gallien, où l’on semble constater une véritable anarchie métrologique. À cette époque, le poids des monnaies d’or était devenu complètement erratique. Par exemple, sous Gallien, furent produites des pièces qui ne sont généralement 45 Mittag 2012, 133, Dom 5 (autrefois Paris, Cabinet des médailles, volé en 1831). 46 Woytek 2004, 346. Pour cette dénomination, voir en général King 2007. 47 La réforme de Néron a été récemment éclaircie par Butcher & Ponting 2014, 201-238; voir spécialement 204-207 pour les problèmes que l’on rencontre dans l’identification des étalons pondéraux du monnayage d’or. 48 Sur les choix géographiques des Romains en ce qui concerne les ateliers monétaires, voir Butcher & Woytek 2018, 256-259 et 274 sq. (Lyon et Rome, d’Auguste à Néron). 49 Gilles 2013. 50 Mattingly 1950/1975, vol. 1, xvii‒xviii et xx, et surtout Bland 1996, 68 et 94, fig. 7. SA_171_Livre.indb 329 01/09/2023 09:48:56 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans 330 Bernhard Woytek pas regardées comme des sous-multiples de l’aureus et qui néanmoins pèsent seulement un gramme d’or environ (fig.11 : 1,17 g) 51. Fig. 11. Aureus. Göbl 2000, no 666b (1) : Numismatica Ars Classica (Zürich-Londres) 105 (9 mai 2018), lot 80 (1,17 g). Deuxièmement: la variabilité du poids des pièces d’or augmenta sensiblement elle aussi. À partir du principat de Sévère Alexandre, on relève souvent, en effet, des différences de poids considérables entre les monnaies d’un même groupe ou d’un même type, ce qui est une nouveauté; le coefficient de variabilité était manifestement plus haut qu’auparavant 52. Cela signifie que, à cette époque, c’est surtout le poids d’une pièce, et pas nécessairement sa dénomination, qui détermine sa valeur transactionnelle ‒ autrement dit: le système césaroaugustéen, reposant sur un rapport fixe entre les différentes dénominations, avait vécu 53. Troisièmement: on observe une manipulation du titre des aurei ‒ mesure effarante pour une monnaie qui, depuis toujours, avait été frappée en or pur. Sous Gallien, on arrive à une moyenne de seulement 85 % d’or pur dans les aurei de l’atelier de Rome, et dans quelques cas les monnaies “d’or” de ce prince ne contenaient pas moins d’un tiers d’argent 54. Le monnayage d’or romain fut stabilisé seulement sous les successeurs de Gallien, Claude II le Gothique, Quintillus et enfin Aurélien, qui revint à l’étalon pondéral établi par Caracalla, un 50e de la livre 55. Ces trois points sont incontestables. Pour le reste, l’or du iiie siècle pose encore beaucoup de problèmes et fait actuellement l’objet de nombreuses recherches. Par rapport aux ier, iie et ive siècles, le iiie siècle est caractérisé par un nombre réduit de trouvailles de monnaies d’or 56, comme le montre un graphique élaboré par R. Bland (fig. 12). Cette observation est en accord avec la rareté relative des monnaies d’or du iiie siècle dans les grandes collections. Or, le paradoxe, c’est que ‒ selon R.Bland ‒ les études de coins de certaines séries de cette période ont révélé un niveau de production de coins pour les monnaies d’or équivalent ou même supérieur à celui du iie siècle 57. Si la productivité de ces coins était la même au iiie siècle (ce qui n’est pas complètement clair), cela soulève une question importante : où sont toutes ces monnaies d’or ? 51 Callu 1969, 433-435(également sur le problème des dénominations des monnaies d’or sous Gallien: les pièces laurées sont “les derniers avatars de l’aureus”, p. 435); Doyen 1987, spécialement 292-296; voir aussi Göbl 2000, vol. 1, 92 sur les problèmes métrologiques. 52 Bland 1996, 69 et 95, fig. 10 (Sévère Alexandre). 53 Burnett 1987, 114; Bland 2013, 271. 54 Callu et al. 1985, 83 sq., 87, 90. 55 Callu 1969, 435-437 ; Estiot 2004, 41. 56 Bland 2013, 271. 57 Bland 2013, 268-271 ; 269: “It is clear from the die statistics that there is no overall decrease in coin production in the 3rd c. as compared with the two previous centuries.” SA_171_Livre.indb 330 01/09/2023 09:48:56 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale 331 Fig. 12. Bland 2013, 264, fig. 1 : “Single finds of gold coins per annum, 46 B.C.-A.D. 491.” On a suggéré par exemple qu’il y avait, au iiie siècle, un rythme de refonte et de refrappe de la monnaie d’or plus élevé, de sorte que le même métal fut frappé, fondu et refrappé, dans des cycles consécutifs et très rapprochés 58. Personnellement, je ne trouve pas ce raisonnement très convaincant. D’autres facteurs, qui sont en partie connexes, méritent davantage notre attention et je pense, de manière générale, qu’il ne faut pas attribuer à ce phénomène une cause unique. En premier lieu, beaucoup d’aurei du iiie siècle dont on connaît la provenance viennent de pays qui se trouvent à l’extérieur de l’Empire romain, comme la Pologne et l’Ukraine ‒ donc du Barbaricum 59. Curieusement, un pourcentage très important d’entre eux sont fragmentés, perforés ou présentent des bélières; de fait, une part significative des exemplaires d’or du iiie siècle connus sont troués (fig. 13) 60. Une partie des aurei du Barbaricum se retrouvèrent hors de l’empire sans doute sous la forme de butin, mais il est également possible qu’il y ait eu 58 Voir la discussion de Bland 2013, 274 sq. (avec renvoi à la bibliographie antérieure). 59 Par exemple, de tous les lieux de trouvaille connus pour les monnaies d’or de Philippe Ier (244-249) étudiés par Bland 2014 (23 exemplaires), 15 sont situés en dehors des confins de l’Empire romain, et 14 monnaies proviennent de la Pologne et de l’Ukraine (Bland 2014, 94). Mais la proportion des monnaies trouvées dans ces régions est très probablement plus haute encore, même si des informations précises sur les lieux de trouvaille manquent, voir Bland 2014, 99. 60 Dans le corpus de monnaies d’or de Philippe Ier et sa famille publié par Bland, 41 des 236 exemplaires réunis sont troués (17% environ: Bland 2014, 99), et sous Trajan Dèce (249-251) le pourcentage monte à près du tiers du total (Bland 2013, 274). Pour les aurei républicains et julio-claudiens, au contraire, le pourcentage des pièces trouées est tout à fait négligeable (la pièce de Brutus, fig. 10, est un cas particulier), et il est également minime pour le iie siècle. Sur le phénomène de la perforation de l’or romain, voir l’article fondamental de Callu 1991. SA_171_Livre.indb 331 01/09/2023 09:48:56 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans 332 Bernhard Woytek une forte exportation de monnaies d’or romaines au iiie siècle: transactions commerciales et versement de subsides, afin de prévenir des incursions des “barbares”, pourraient être des explications plausibles 61. Il convient de remarquer ici que dans le cours du iiie siècle, les flux internationaux de l’or monnayé romain semblent avoir changé: en Inde, on ne trouve généralement pas de monnaies d’or romaines frappées après la période sévérienne 62. D’autre part, beaucoup d’aurei du iiie siècle furent montés en bijoux : donc, à un certain moment de leur existence, ils cessèrent d’être utilisés comme monnaie ‒ mais ils continuèrent à “circuler” sous leur nouvelle forme, bien entendu. Des statistiques montrent clairement que cette pratique commença par l’utilisation de monnaies d’or de la seconde moitié du iie siècle et surtout des Sévères, et qu’elle fleurit pendant le reste du iiie siècle 63, inaugurant ainsi le lien particulièrement étroit entre monnaies et bijoux tel qu’on l’observe pendant l’Antiquité tardive de manière générale 64. Le iiie siècle vit aussi la naissance du genre de bijoux dit “pierced work”, et ces pièces incluent fréquemment des monnaies d’or à partir des Sévères 65. De plus, dans les trésors de cette période, les aurei sont fréquemment associés à des bijoux, et on peut conjecturer que l’or des bijoux fut obtenu par la fonte de monnaies dans d’assez larges proportions. Évidemment, tous ces développements sont à mettre en rapport avec le changement de paradigme de la monnaie d’or romaine qu’on a décrit plus haut: au iiie siècle, les pièces en or devinrent quasiment, au vu de la variabilité de leurs poids, des lingots d’or en miniature et se retrouvèrent donc, en quelque sorte, sur le même plan que d’autres objets de même métal. Les monnaies montées en bijoux rappellent une dimension du monnayage romain en or que nous n’avons pas évoquée jusqu’ici: la monnaie comme œuvre d’art. En règle générale, la gravure de coins d’aurei est nettement supérieure à la gravure de coins de deniers, et les sujets sont souvent plus artistiques. Un aureus parfaitement conservé de l’Israël Museum de Jérusalem, frappé au nom de Géta César à l’atelier de Rome entre 205 et 207 p.C., est un bon exemple de ce phénomène (fig. 14 et 14a) 66. Au droit de la monnaie le buste de Géta, cuirassé et vêtu du paludamentum, 61 Voir Bland 2013, 273. 62 Turner 1989, 125. Sur le trésor assez énigmatique de Bamanghati, voir Turner 1989, 49. 63 Bland 2013, 274 (table 3; avec renvoi à une partie de la bibliographie antérieure). Pour les bijoux monétaires antiques en général, voir aussi Vermeule 1975. 64 Sur ce point, voir Carlà 2009, 74-77 (“L’oreficeria e i gioielli monetali”). 65 Sur ce type de bijoux, voir principalement la magnifique monographie de Yeroulanou 1999, qui présente aussi un corpus de monnaies montées; voir notamment 201-203 (“necklaces with mountedcoin pendants”), 217-225 (“pendants with mounted coins”) et 229 sq. (“brooches with mounted coins”). Yeroulanou remarque: “[pierced work jewellery] first appeared at a time of severe financial and moral crisis. Indeed its creation is probably linked directly with the economic slump. The thin sheet of gold and the removal of the ground meant that only a small quantity of metal was required for fashioning even quite large ornaments. The fact that the first notable creations are on the mounts of coins that were hoarded in the face of wide-spread inflation, gives credence to this view” (Yeroulanou 1999, 192). 66 RIC 4/1, Geta no33. Gitler & Gambash 2017, 118 sq. et 232 sq., no436 (Israel Museum reg. no2016.015.36059. 7,20g, 7h) : ex Jacob Hirsch (Munich) 29 (9 novembre 1910), no1195 (les monnaies romaines de cette vente provenaient de la collection Ernst Herzfelder, Wiener Neustadt). SA_171_Livre.indb 332 01/09/2023 09:48:57 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale 333 est tourné vers la gauche, ce qui est inhabituel, et le coin est de très beau style. Le revers représente une scène d’une composition exquise: le mariage de Bacchus et Ariane. Bacchus et Hercule étaient les dieux protecteurs de Septime Sévère 67 parce que leurs homologues africains étaient ceux de Leptis Magna, ville natale de l’empereur 68. Regardons de plus près la scène représentée sur cette pièce magnifique. La petite monnaie, d’un module de deux centimètres environ, ne compte pas moins de sept figures: au centre, le dieu Bacchus tient le thyrse, avec à ses pieds une panthère qui regarde en arrière; à ses côtés son épouse Ariane, demi-nue, avec un arbre à sa droite. Le couple est entouré par le cortège de Bacchus. On distingue deux ménades, à gauche et à droite, une avec des cymbales (à gauche), l’autre qui danse avec un tambourin (à droite), puis un satyre, avec des cornes (il danse et tient sa main au-dessus de la tête), un personnage qui joue de l’aulos et un vieux silène. En arrière-plan figure un herme. On a d’emblée le sentiment que cette scène copie une œuvre d’art 69 ‒ peutêtre un tableau? Fig. 13. Aureus. RIC IV/3, Philip I no 216a : Roma Numismatics (Londres) e-sale 41 (2 décembre 2017), lot 945 (4,26 g ; 6 h). En tout cas, quand on recherche les parallèles iconographiques, on se rend compte qu’il y a un modèle parmi les sources numismatiques: l’aureus au nom de Géta copie, très fidèlement, un type de médaillons peu connu d’Antonin le Pieux 70; l’exemplaire du British Museum 71 est illustré fig. 15. On s’aperçoit que chaque détail du revers du médaillon a été reproduit sur l'aureus. Il faut ajouter qu’il existe une monnaie clairement apparentée: il s’agit d’un aureus unique exactement de la même période au portrait de Caracalla, dont le revers montre également une scène très complexe – un banquet d’Hercule (l’autre dieu protecteur de Septime Sévère), qui est servi par Pinarius et Potidius (fig. 16) 72. Ce revers est lui aussi la copie exacte d’un médaillon d’Antonin le Pieux 73. Ces exemples démontrent que, parmi 67 Lichtenberger 2011, 27-99 ; sur notre aureus spécialement 57 sq.; Rowan 2012, 32-109, en particulier p.73. 68 Lichtenberger 2011, 28 sq. (Shadrapa et Milkʽashtart). 69 Voetter 1903, 78 était du même sentiment: “nach einem wahrscheinlich beliebten, heute unbekannten, Originale.” 70 Le type manque dans le corpus de Gnecchi 1912, et il n’est pas non plus cité dans l’article de Gasparri 1986 du Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae. Un exemplaire (de la collection Bachofen von Echt; maintenant au Kunsthistorisches Museum Wien) a été publié par Voetter 1903, no1328, pl. 22. 71 BM 1988-7-11-1 (acheté chez Spink): 48,18 g; 12 h. Le type est discuté par Mittag 2014, 150 et Mittag 2017, 136, dont l’interprétation (Mittag met ce revers en relation avec le mariage de Marc Aurèle et FaustineII) n’est peut-être pas totalement convaincante, voir Lichtenberger 2011, 57 sq. 72 Hurter 1980; voir Leu (Zürich) 93 (10 mai 2005), lot68: Lichtenberger 2011, 55-57 et Rowan 2012, 72. 73 Pour l’exemplaire le mieux conservé, voir Dressel 1973, 56 sq., no26. Fig. 14. Aureus. RIC IV/1, Geta no 33 : Israel Museum Jerusalem, reg. n° 2016.015.36059 (7,20 g ; 7 h). © Israel Museum. SA_171_Livre.indb 333 01/09/2023 09:48:57 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans 334 Bernhard Woytek les différentes classes d’objets produites par l’atelier monétaire de Rome pendant le HautEmpire romain, les aurei avaient une affinité spéciale avec les médaillons 74: ces deux types de pièces furent sans doute utilisés pour des distributions 75, et le plus grand soin fut apporté à leur conception, typologiquement et stylistiquement. Fig. 16. Aureus. Hurter 1980, 41, fig. 1 : Leu (Zürich) 93 (10 mai 2005), lot 68 (7,38 g ; 12 h). Après cette parenthèse, il convient de reprendre le fil de notre bref aperçu historique des monnaies d’or romaines. On a évoqué les vicissitudes de l’aureus pendant le iiie sièclep.C. ; après les réformes de la tétrarchie, la situation fut stabilisée définitivement par Constantin le Grand, qui créa le solidus en 309/310 76 : désormais, le poids de la monnaie d’or courante était fixé à un 72e de la livre romaine (4,5 grammes environ: l’étalon pondéral est indiqué sous la forme “LXXII” au revers du solidus de l’atelier d’Antioche, fig. 17), et elle était frappée en or relativement pur, soigneusement affiné; les altérations importantes de l’alliage, si fréquemment attestées au iiie siècle, appartenaient au passé 77. De plus, chaque flan était pesé individuellement avant la frappe, de sorte que le poids de tous les exemplaires était 74 Cette constatation est valable, bien qu’un as (unique) de Caracalla à la scène du banquet d’Hercule soit attesté au Cabinet des médailles à Paris: Mattingly 1950/1975, 345, no‡. 75 Il n’est guère nécessaire de rappeler l’importance du monnayage d’or dans les distributions ; pour le iiiesiècle, voir en dernier lieu Estiot 2014 et Estiot 2017. 76 Voir aussi sur la terminologie Hendy 1985, 466. 77 Callu et al. 1985, 84 et 88 sq. Fig. 17. Solidus. RIC VII, Antioch no 100 : Numismatica Ars Classica (Zürich-Londres) 102 (24 octobre 2017), lot 584 (4,49 g). Fig. 15. Médaillon de bronze. Voetter 1903, no 1328 var. (buste) : Londres, British Museum, reg. no 1988-7-11-1 (48,18 g ; 12 h). © B. Woytek. Fig. 14a. Agrandissement du revers de l'aureus illustré fig. 14. SA_171_Livre.indb 334 01/09/2023 09:48:57 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale 335 standardisé. Cette pratique s’appelle ajustement “al pezzo”. Ce fut une innovation, par rapport à la période de l’aureus 78. La nouvelle espèce jouit d’un succès spectaculaire et devint la monnaie d’or standard du monde romain et byzantin, et ce pour plusieurs siècles. Bien entendu, pour des distributions, on continua à frapper aussi des pièces selon d’autres étalons monétaires, souvent plus lourdes, et parfois aussi morphologiquement exceptionnelles: on peut citer les ‘médaillons’ d’or unifaces (ou quasiment unifaces), frappés au nom de Constantin et ses fils dans plusieurs ateliers, auxquels plusieurs études récentes ont été consacrées 79. Les poids de ces pièces ‒ qui présentent souvent une ou deux perforations et fréquemment aussi des bélières (fig. 18 ; c. 324-326 p.C.) ‒, ne sont pas très bien ajustés, et par conséquent on a conjecturé qu’il s’agissait peut-être d’objets distribués parmi des peuples barbares, comme cadeaux diplomatiques ou ‘décorations militaires’ 80, même si en vérité la fonction de ces pièces reste incertaine. Une étape-clé du développement du solidus est la réforme introduite par la maison de Valentinien, en 366-369: un demi-siècle environ après la création du solidus, se produisit une vaste opération de refonte qui visa à purifier l’or en circulation. Depuis sa création, la nouvelle espèce avait été frappée en or assez pur, comme je viens de le souligner, mais il y avait toujours une petite tolérance, qui pouvait aller jusqu’à 5% du total, pour d’autres éléments 81. À partir du règne de Valentinien Ier au contraire, l’or monnayé redevint extrêmement pur, 99 % environ 82, comme autrefois l’aureus du Haut-Empire: à l’occasion de cette réforme, la marque OB pour obryza ou obryziacum (sc. aurum) fut introduite (fig. 19). La réforme engendra aussi des changements structurels importants dans la production de la monnaie d’or, qui relevait de plus en plus de la cour impériale 83. Par la suite, une monnaie correspondant à un tiers de solidus fut créée : le tremissis, qui devint un élément central du monnayage aux ve et vie siècles. Fig. 18. “Médaillon d’or”. Depeyrot 1996, no 11 var. (D N CONSTANT‒INVS P F AVG ; sur le bouclier l’empereur à cheval à droite, terrassant un ennemi) : Numismatica Ars Classica (Zürich-Londres) 72 (16 mai 2013), lot 1708 (4,14 g). 78 Pour l’aureus, voir Woytek 2008, 439 et passim. 79 Voir dernièrement Depeyrot 1996, Holmes 2004 et Bland 2012. 80 C’est l’interprétation avancée par Holmes 2004 et Bland 2012. 81 Callu et al. 1985, 88: moyenne de 95,18% d’or pour 17 solidi frappés entre 346 et 359 p.C. 82 Callu et al. 1985, 88: moyenne de 99,38% d’or pour 12 solidi frappés entre 368 et 395 p.C. 83 Pour les mesures de Valentinien Ier et Valens, voir Hendy 1985, 386-394; Burnett 1987, 134-136, et surtout Carlà 2009, 206-247. Fig. 19. Solidus. RIC IX, Treveri 17 d (var. mint mark) : Hess-Divo (Zürich) 333 (30 novembre 2017), lot 224 (4,47 g). SA_171_Livre.indb 335 01/09/2023 09:48:57 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans 336 Bernhard Woytek Les refontes de cette période ont occasionné la production de lingots d’or pur d’une forme assez caractéristique, souvent comparée à la forme de barres de cire à cacheter. Quelques exemplaires nous ont été conservés. Ces lingots, qui proviennent de deux trésors découverts en Transylvanie, portent des estampilles de fonctionnaires, qui certifient la qualité du métal (fig. 20), et parfois aussi des indications géographiques, à savoir des estampilles appliquées à Naissus, Thessalonica et Sirmium 84, mais beaucoup de questions à propos de ces précieux documents restent encore à résoudre. Des lingots d’or existèrent aussi plus tôt dans l’Empire romain, bien entendu, mais seule l’énorme opération de refonte de la période valentinienne nous a laissé plusieurs objets de ce genre ; par conséquent, il n’est pas facile de se faire une idée, même vague, des lingots d’or antérieurs 85. Fig. 20. Lingot d’or (499,86 g ; 174 mm) : Kunsthistorisches Museum Wien, inv. RÖ 37443. <http://ikmk. at/object?id=ID87069> (2 février 2019). © KHM Wien. Pour conclure, je voudrais contextualiser le phénomène du monnayage romain d’or sur le plan international. Entre le ier siècle a.C. et le iiie siècle p.C., le rival le plus important de l’Empire romain ‒ et en même temps son voisin ‒ fut l’empire des Arsacides, qui régnaient sur l’Iran, la Mésopotamie et les pays adjacents. Or, il faut rappeler que le système monétaire des Parthes était un système strictement bimétallique: les Arsacides frappaient surtout des drachmes (principalement dans des ateliers en Iran) et des tétradrachmes d’argent (à Séleucie du Tigre), ainsi que beaucoup de bronze, mais jamais de l’or 86. Les raisons de ce choix restent obscures, même si on peut supposer qu’il fut influencé par la structure particulière de l’armée parthe: une armée, semble-t-il, peu professionnalisée, en grande partie féodale, formée majoritairement de vassaux servant à leurs frais 87. Ainsi, pendant la période tardo-républicaine et le Haut-Empire, jusqu’aux Sévères inclus, les Romains détenaient le monopole de la frappe d’or dans le monde méditerranéen et proche-oriental. 84 Sur les lingots, voir par exemple Wiegels 2003, 37-43 et Hendy 1985, 385, n. 51. 85 Sur l’utilisation de métal non monnayé pendant la période républicaine, voir Hollander 2007, 31-39; sur les lingots d’or romains du principat, voir Wiegels 2003, 12, note 41. 86 Les monnaies d’or parthes publiées par Sellwood 1993 sont des faux modernes, voir Walker 1994-1995. 87 Voir Hauser 2006, spécialement 310-312. Selon S. R. Hauser, les seuls éléments de l’armée parthe assurément professionnels étaient les garnisons des forteresses le long des frontières de l’empire et les cataphracti. SA_171_Livre.indb 336 01/09/2023 09:48:58 É léments sous droit d’auteur - © Ausonius É ditions O ctobre 2 0 2 5 : embargo de 2 ans L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive : une vision globale 337 Cela avait des conséquences importantes pour la perception par les Romains de leur position dans le monde, mais aussi des implications économiques notables. Le changement de dynastie en Iran, les Sassanides succédant aux Arsacides, entraîna de nombreux bouleversements politiques et idéologiques, et vit aussi l’apparition d’une nouvelle politique monétaire. La drachme d’argent continuait d’être la dénomination-clé du système mais, dès le début de la nouvelle dynastie, des dinars d’or furent frappés par les Sassanides, et de rarissimes doubles dinars sont même attestés sous les premiers “rois des rois” 88. R. Göbl, le pionnier viennois de la numismatique sassanide, fit observer que la reprise d’un monnayage d’or était une référence aux Achéménides 89. Il remarqua aussi que l’or sassanide était fondamentalement un monnayage de prestige 90. Son opinion a été critiquée par la suite, et il est vrai que, ces derniers temps, de plus en plus de monnaies d’or sassanides sont recensées, mais elle reste sans doute globalement correcte; seuls les règnes des rois Shapur II (309-379 p.C.) et Pérôz (459-484 p.C.) sont des exceptions. Ces deux souverains émirent des quantités plus importantes de monnaies d’or pendant leurs campagnes dans l’est du royaume sassanide 91. Or, une vision globale des développements en Europe et en Iran indique que l’Iran se met à frapper de l’or précisément au moment où commence à Rome la prétendue ‘crise de l’or’ du iiie siècle. Enfin, il faut mentionner le royaume des Kouchans. Cette dynastie, qui régna sur la Bactriane et aussi sur le nord-ouest de l’Inde, est célèbre pour son monnayage d’or, qui commence avec les rois Vima Kadphises et son fils Kanishka. Le problème est que, ni l’avènement de Kanishka, ni – par voie de conséquence – l’ère des Kouchans ne peuvent être datées de manière fiable. Aujourd’hui, la majorité des chercheurs placent cet avènement dans la première moitié du iie siècle, ce qui ferait de Kanishka un contemporain d’Hadrien et d’Antonin le Pieux ‒ une accession au trône en 127 p.C. est souvent envisagée 92 ‒, mais ce n’est pas sûr, et une date plus tardive n’est pas à exclure 93. En tout cas, la dynastie des “Grands Kouchans” mit en place un système monétaire bimétallique, assez spécifique, avec d’abondantes séries de monnaies d’or, accompagnées de monnaies de bronze. Quelles que 88 Voir Alram et al. 2007, 26. Pour un nouveau double dinar d’Ardashir Ier: CNG (Lancaster PA-Londres) Triton 22 (8 janvier 2019), lot 481 (14,99 g). 89 Göbl 1971, 27. 90 Göbl 1971, 28: “a matter of prestige from the very initial stage”. 91 Schindel 2006, 122 (“The two notable instances when Sasanian gold coins were issued in larger numbers ‒ under Shapur II and Peroz ‒ can be explained by political and military engagements of both rulers in the East of the Sasanian realm and thus prove that gold coinage formed no integrative part of the monetary circulation in Iran proper”). Pour Shapur II, voir déjà Göbl 1971, 28. Schindel 2006, 125conclut : “Göbl’s interpretation remains the right one: Sasanian gold coinage was a matter of prestige”. Dans le même sens, voir aussi plus récemment Schindel 2014, 12 sq. 92 Jongeward & Cribb 2015, 3 parlent d’un “growing consensus that places the Kanishka era in the early second century AD […]. It is now widely agreed by scholars that this era began in c. AD 127”. 93 Robert Göbl, auquel on doit un corpus monumental du monnayage des Kouchans (Göbl 1984), avait proposé 232 p.C. comme date du début du règne de Kanishka. SA_171_Livre.indb 337 01/09/2023 09:48:58 540 est probablement la matrice des deux autres. Si Xénophon ne mentionne pas la plaisanterie qui fait partie de la propagande du roi spartiate, c’est parce qu’elle ne correspondait pas au récit historique qu’il voulait faire du transfert d’or perse, par l’intermédiaire des relations diplomatiques ambiguës entre Tithraustès et Agésilas. S’inscrivant néanmoins dans la même propagande royale que le bon mot, il a préféré représenter la force militaire de l’armée grecque et la faiblesse perse en acte plutôt qu’en mots et en symbole. Mots clés: Agésilas, or, darique, talents, archer, Sparte. Abstract: When Agesilaus was called back to Greece in 394 BC by the ephors to come to the rescue of his city threatened by a Greek coalition, he may have joked about the supposed contribution of the King to this coalition by saying that he had been driven out by “thirty thousand archers”. Among the three versions of the anecdote reported by Plutarch, that of the Lacedemonian Apophthegms is probably the template for the other two. Xenophon does not mention the joke which is part of the propaganda of the Spartan king: it did not fit the historical account that he wanted to give of the transfer of the Persian gold, by stressing the ambiguous diplomatic relations between Tithraustes and Agesilaus. Nevertheless, in keeping with the same royal propaganda as the joke, he chose to represent the military strength of the Greek army and the Persian weakness in deed, rather than in words and symbol. Keywords: Agesilaus, gold, daric, archer, talents, Sparta. Greek Gold Coinage before Alexander the Great Wolfgang Fischer-Bossert Abstract: As Greek coinage was essentially a silver coinage, the rare gold issues had to adjust themselves to the current gold-silver ratio in one way or another. Either they have the weight of a silver denomination, thus allowing for changing exchange rates, or they fix a certain gold-silver ratio by having weights that implement the ratio according to existing or fictious silver denominations. Some Greek cities issued gold coins of both kinds side by side. Discussing examples from the first three centuries of Greek coinage, the article underlines that most gold issues were produced in times of hardship. Keywords: Sardes, Syracuse, Cyrene, Tarentum, Lampsakos, Philip II, Gold-silver ratio, West African gold, Darics, Attic standard, Chian standard, Bimetallic coinage. Résumé: La monnaie grecque étant essentiellement une monnaie d’argent, les rares émissions d’or ont dû s’adapter d’une manière ou d’une autre au rapport or-argent qui existait. Soit elles ont le poids d’une dénomination d’argent, ce qui permet de modifier les taux de change, soit elles établissent un ratio or-argent en adoptant des poids qui mettent en œuvre ce ratio en fonction de dénominations d’argent existantes ou fictives. Certaines cités grecques ont émis des monnaies d’or des deux sortes en même temps. En discutant des SA_171_Livre.indb 540 01/09/2023 09:49:32 Résumés 541 exemples des trois premiers siècles du monnayage grec, l’article souligne que la plupart des émissions d’or ont été produites dans des périodes difficiles. Mots clés: Sardes, Syracuse, Cyrène, Tarente, Lampsaque, Philippe II, ratio or-argent, or d’Afrique occidentale, Dariques, étalon attique, étalon chiote, monnayage bi-métallique. L’or du monde grec: fantasmes et réalités (un panorama général quantifié) François de Callataÿ Résumé: La présente étude fournit pour la première fois un panorama général quantifié de l’or monnayé du monde grec, du monde archaïque à la fin de l’époque hellénistique, en tirant parti de toutes les études de coins disponibles. La mise en perspective de ce riche matériel confirme l’importance de la monétisation opérée par Alexandre le Grand à partir des trésoreries perses (telle qu’en rendent compte les pièces de Plaute et de Térence évoquées ici en préambule). Mais les émissions massives de statères au nom d’Alexandre sont recadrées dans un contexte plus large en insistant sur l’importance des frappes antérieures et contemporaines. Mots clés: Histoire grecque, or monnayé, quantification, études de coins, alexandres, Plaute. Abstract: This study provides for the first time a quantified general overview of monetized gold for the Greek world, from the Archaic to the end of the Hellenistic period, taking advantage of all available die studies. Put in perspective, this rich evidence confirms the importance of the monetization carried out by Alexander the Great from Persian treasuries (as reflected by plays of Plautus and Terence here mentioned in the preamble). But the massive issues of gold coins in the name of Alexander is reframed in a broader context by emphasizing the abundance of earlier and contemporary production. Keywords: Greek history, monetized gold, quantification, die studies, Alexanders, Plautus. Greek Gold from East to West Frédérique Duyrat, Julien Olivier, Benjamin Gehres Abstract: The IRAMAT-Centre Ernest-Babelon began analysing Greek gold at the end of the 1990s. The first efforts, all using the LA-ICP-MS method, mainly focused on the gold of the Hellenistic dynasties in the Eastern Mediterranean. The AVREVS project has provided an opportunity to extend the study to the gold coinage of Greek cities in the western SA_171_Livre.indb 541 01/09/2023 09:49:32 542 Mediterranean. This article explores the results of the analyses of eastern gold and compares them with the results obtained for the Greek cities of the western Mediterranean, Carthage and Rome. It highlights a stock of Hellenistic gold with a very broad signature - maybe due to the remelting of the Persian treasures put into circulation following the Macedonian conquest - as well as the flow of metal during the reigns of Alexander and his successors. Western Greek golds are distinguished by different fingerprints confirmed by a separate circulation from that of the Eastern Mediterranean. Keywords: gold, elemental analyses, LA-ICP-MS, Persian Empire, Alexander the Great, Hellenistic kingdoms. Résumé : L’IRAMAT - Centre Ernest-Babelon a débuté les analyses de l’or grec à la fin des années 1990. Les premiers travaux, utilisant tous la méthode LA-ICP-MS, ont surtout concerné l’or des dynasties hellénistiques en Méditerranée orientale. Le projet AVREVS a été l’occasion d’étendre l’étude aux monnayages d’or des cités grecques de Méditerranée occidentale. Cet article explore les résultats des analyses de l’or oriental et les met en regard des résultats obtenus pour les cités grecques de Méditerranée occidentale, Carthage et Rome. Il met en évidence un stock d’or hellénistique à très large signature - sans doute due à la refonte des trésors perses mis en circulation à la suite de la conquête macédonienne - ainsi que les flux de métal à l’époque d’Alexandre et de ses successeurs. Les ors grecs occidentaux s’en distinguent par des signatures différentes confirmées par une circulation séparée de celle de Méditerranée orientale. Mots clés : or, analyses élémentaires, LA-ICP-MS, Empire perse, Alexandre le Grand, royaumes hellénistiques. L’or de Pyrrhos en Occident Catherine Grandjean, Jean-Christophe Couvenhes, Maryse Blet-Lemarquand Résumé : Les analyses élémentaires par LA-ICP-MS de monnaies pratiquées dans le cadre du projet AVREVS confirment l’attribution à l’atelier de Syracuse des émissions en or aux types d’Athéna et de Nikè au trophée et au nom du roi Pyrrhos. La composition “orientale”, c’està-dire similaire à l’or des rois hellénistiques d’Orient, d’une monnaie en or de ce type invite toutefois à réexaminer l’hypothèse d’une aide apportée au souverain épirote par Ptolémée II, mais des analyses complémentaires seraient nécessaires pour trancher, d’autant que le texte de Justin n’est pas clair. À en juger par les données disponibles sur la production monétaire contemporaine en Grande-Grèce et en Sicile, Pyrrhos a utilisé le numéraire disponible, sans chercher à unifier le domaine sur un plan monétaire ni à multiplier les émissions à son nom et à ses types, à l’instar d’Alexandre le Grand en Orient. Mots clés: Tarente, Héraclée de Lucanie, Syracuse, Locres, Carthage, Ptolémées, Pyrrhos. SA_171_Livre.indb 542 01/09/2023 09:49:32 Résumés 543 Abstract: LA-ICP-MS elemental analyses of coins carried out within the framework of the AVREVS project confirm the attribution of gold issues to the Athena and Nike types to the trophy and in the name of King Pyrrhus at the Syracuse workshop. The “eastern” composition, i.e. similar to the gold of the Hellenistic kings of the East, of a gold coin of this type invites, however, to re-examine the hypothesis of an aid given to the Epirote sovereign by Ptolemy II, but further analyses would be necessary to decide, especially as Justin’s text is not clear. Judging from the available data on contemporary monetary production in Magna Graecia and Sicily, Pyrrhus used the available cash, without seeking to unify the field in monetary terms or to multiply issues in his name and type, as Alexander the Great did in the East. Key words: Taranto, Heraclea Lucania, Syracuse, Locri, Carthage, Ptolemies, Pyrrhus. Carthaginian and Syracusan gold, from the reign of Dionysios the Elder to the end of the First Punic War: a comparative examination Jérémy Artru, Pierre-Olivier Hochard, Benjamin Gehres Abstract: This study aims to explore the interaction of Carthage and Syracuse between the mid-fourth and mid-third centuries by examining their gold coinage. Both the capital of the Punic world and the main Greek city in the West produced an abundant gold coinage which it is of fundamental importance to study to understand the place and circulation of gold in the western Mediterranean. This work is mainly based on the results of archaeometric analyses, which provide new information on the elemental composition of coins, both in major and trace elements. Coin hoards are also investigated. These two different approaches reveal close correlations between Carthaginian and Syracusan gold coinages in terms of metal composition and circulation. These similarities are particularly clear during the period of Agathocles’ reign in Syracuse, but take their roots earlier and remain observable until the end of the First Punic War. The latter, which marks the beginning of Roman rule in the region, is indeed a major rupture in the political life as well as in the monetary production of the two cities. Keywords: Syracuse, Carthage, Greco-punic interactions, gold coinage, archaeometric analyses, Greek coin hoards, coin circulation. Résumé: Cette étude se propose de mettre en lumière les relations entretenues par Carthage et Syracuse entre le milieu du ive et le milieu du iiie siècle en se fondant sur l’étude renouvelée de leurs monnayages d’or. Tant la métropole du monde punique que la principale cité grecque d’Occident ont en effet émis d’abondantes séries de monnaies d’or, qui sont de première importance pour l’étude de la place et de la circulation de ce métal en Méditerranée occidentale. Ce travail s’appuie essentiellement sur le nouvel apport que constituent les résultats d’analyses archéométriques, qui permettent de connaitre la composition élémentaire des monnaies en métal précieux, tant en éléments majeurs qu’en SA_171_Livre.indb 543 01/09/2023 09:49:33 544 éléments traces. Les trésors monétaires font également l’objet d’un examen dédié. Ces deux approches permettent de faire ressortir d’étroites corrélations entre les monnaies d’or carthaginoises et syracusaines en matière de composition et de circulation. Ces parallèles sont particulièrement nets pendant la période du règne d’Agathocle à Syracuse, bien qu’ils prennent leurs racines antérieurement et restent observables jusqu’à la fin de la première guerre punique. Cette dernière, qui marque le début de l’hégémonie romaine dans la région, constitue en effet une rupture majeure dans la vie politique comme dans la production monétaire des deux cités. Mots clés : Syracuse, Carthage, relations gréco-puniques, monnayage d’or, analyses archéométriques, trésors monétaires grecs, circulation monétaire. Les bijoux en or du Cabinet des médailles à l’épreuve du laser: analyses de composition métallique de bijoux gréco-romains par LA-ICP-MS Mathilde Avisseau-Broustet et Thomas Faucher Résumé: Le programme AVREVS fut l’occasion de profiter de la convention entre le département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France et l’IRAMAT – Centre Ernest-Babelon pour étudier un échantillon de l’exceptionnelle collection de bijoux en or de la Bibliothèque nationale de France. Les analyses de onze bagues gréco-romaines en or menées avec la méthode LA-ICP-MS sont donc présentées ici. Cette méthode, également utilisée dans le cadre du programme pour analyser les monnaies en or, permet de comparer la composition des deux ensembles, aussi bien dans leurs teneurs en éléments majeurs qu’en éléments-traces. Mots clés: Orfèvrerie, bijoux, or, LA-ICP-MS, Égypte, Proche-Orient. Abstract: The AVREVS project offered the chance to profit from the agreement between the Department of Coins and Medals of the Bibliothèque nationale de France and the IRAMAT – Centre Ernest-Babelon to study a sample of the outstanding gold jewellery collection of the Bibliothèque nationale de France. Analyses of eleven Graeco-Roman gold rings, conducted with the LA-ICP-MS method, are presented here. This method, also used in the framework of the project to analyse gold coins, allows fruitful comparisons between the metallic composition of the two categories of object, in the contents of both major and trace elements. Keywords: Jewellery, Gold, LA-ICP-MS, Egypt, Near East. SA_171_Livre.indb 544 01/09/2023 09:49:33 Résumés 545 Greek and Celtic gold (4th-3rd c. BC.): transfer or interplay? Sylvia Nieto-Pelletier et Julien Olivier Abstract: The link between the adoption of coins in Celtic societies and the GreekMacedonian coinages that served as a model for them has been studied on numerous occasions. For a long time this connection was perceived through the lens of the Celtic mercenaries in the Mediterranean societies, who were then considered as the only vector of the importing of Greek coins in Gaul, staters with types of Philip II of Macedon in particular. In an article published in 2016, S. Nieto-Pelletier and J. Olivier tried to show that the numismatic and archaeological data went against this as the only viable hypothesis. This article proposes to place the adoption of gold coins by Celtic societies in a broader context at the turn of the 4th and 3rd centuries BC, drawing on numismatic, archaeometric, spatial and textual data. As an example of a Western and Eastern Mediterranean connection, and/ or as an “anomaly” on the level of Celtic society, the introduction of gold coins in Gaul in the 3rd century BC proves to be a complex phenomenon that is particularly difficult to define precisely. Keywords: Gold coins, Greek coinages, beginnings of Celtic coinages, elemental analysis, stocks of gold, Western Mediterranean area. Résumé : Le lien entre l’adoption de la monnaie dans les sociétés celtiques et les numéraires gréco-macédoniens qui leur ont servi de modèle a été étudié à de nombreuses reprises. Longtemps cette connexion fut perçue à travers le prisme du mercenariat celte dans les sociétés méditerranéennes, alors considéré comme seul vecteur de l’importation de numéraires grecs – notamment macédoniens aux types de Philippe II – en Gaule. Dans un article paru en 2016, S.Nieto-Pelletier et J.Olivier ont tenté de montrer que les données numismatiques et archéologiques allaient à l’encontre de cette seule hypothèse. Cet article propose de replacer l’adoption de la monnaie d’or par les sociétés celtiques dans le contexte plus large des sociétés du pourtour du bassin méditerranéen au tournant des ive et iiie sièclesa.C. grâce aux données numismatiques, archéométriques, spatiales et textuelles. Exemple de connexion à l’échelle de la Méditerranée occidentale et orientale, et/ ou “anomalie” à l’échelle de la société celtique, l’introduction de la monnaie d’or en Gaule au iiie siècle a.C. s’avère un phénomène complexe particulièrement difficile à cerner avec précision. Mots clés: Monnaies d’or, monnayages grecs, naissance de la monnaie gauloise, analyses élémentaires, stocks d’or, pourtour du bassin méditerranéen. SA_171_Livre.indb 545 01/09/2023 09:49:33 546 Référentiels miniers pour le traçage de l’or durant les périodes anciennes Sandrine Baron Résumé : Les districts miniers contiennent des ressources minérales dont l’histoire géologique a été plus ou moins complexe. Leur caractérisation, dans une perspective archéologique et historique, est un point clef nécessaire pour résoudre et affiner les études de provenance et plus particulièrement celles de l’or, métal pour lequel le manque de référentiels miniers et métallurgiques est important. Il sera exposé ici i) les limites classiquement rencontrées dans les études de provenance de l’or, ii) l’intérêt de travailler à l’échelle du district minier et métallurgique, iii) les apports d’une approche géologique et géochimique couplée à l’archéologie minière. Deux exemples archéologiques illustreront ces différents points: d’une part la Dacie (Roumanie, Mont-Apusènes) pour la période romaine, d’autre part le territoire des Lemovices (France, Limousin) pour la période protohistorique. Mots clés : chaîne opératoire, minerais, archéologie minière, géologie, isotopes, analyses élémentaires. Abstract: Mining districts contain mineral resources whose geological history has been more or less complex. Their characterization, from an archaeological and historical perspective, is a key point necessary to solve and refine studies of provenance and more particularly of gold where the lack of mining and metallurgical referentials is important. This paper will discuss i) the limitations traditionally encountered in gold provenance studies, ii) the value of working at the mining district level, and iii) the contributions of a geological and geochemical approach coupled with mining archaeology. Two archaeological examples will illustrate these different points. On the one hand, Dacia (Romania, Apuseni Mountains), for the Roman period and on the other hand, the Lemovices territory (France, Limousin), for the Protohistoric period. Keywords: chaîne opératoire, ores, mining archaeology, geology, isotopes, elemental analysis. SA_171_Livre.indb 546 01/09/2023 09:49:33 Résumés 547 The Beringen Hoard (Limburg, Belgium). An assemblage of gold coins and ornaments from the 2nd centuryBC Marilou Nortez, Guido Creemers, Barbara Armbruster, Maryse Blet-Lemarquand, Sylvia Nieto-Pelletier, Anaïs Cheuton Abstract: The Beringen hoard was discovered in Belgium in 1995 when a house was built. Thirty gold elements were deposited, namely: five ornaments, materialized by fragments of tubular torcs and a fragment of a twisted bracelet, and 25 coins, consisting of 3 crescent staters and 22 “Rainbow cups”. The latter provide a terminus post quem around the middle of the 2nd century BC (La Tène C2-D1). The typo-technological study of ornaments makes it possible to highlight that different manufacturing techniques coexist within the same hoard (lost wax casting, chasing, mechanical joints, metal soldering, etc.). The elemental composition analyses of coins and objects by LA-ICP-MS reveal that the gold used was intentionally alloyed with copper and silver, both for the ornaments and for the coins: the result yielded a gold fineness mainly ranging from 66% to 73%. The uniformity of the platinum and palladium chemical fingerprint suggests the use of a single gold stock to create all the objects of the hoard. From the 2nd century BC onwards, most of the hoards with ornaments also contain coins, indicating an undeniable link between these two object categories, although the nature of this link remains difficult to characterise. Keywords: coins, gold, hoard, Late Iron Age, ornaments, torcs. Résumé : Le dépôt de Beringen fut découvert en Belgique en 1995 lors de la construction d’une maison. Trente éléments en or composent ce dépôt, à savoir: cinq parures, matérialisées par des fragments de torques tubulaires et un fragment de bracelet torsadé, et 25monnaies, parmi lesquelles trois statères au croissant et 22“Rainbow cups”. Ces dernières fournissent un terminus post quem autour du milieu du iie siècle a.C. (La TèneC2-D1). L’étude typo-technologique des objets de parure permet notamment de souligner que différentes techniques de fabrication coexistent au sein du même dépôt (fonte à la cire perdue, déformation plastique, assemblages mécaniques, soudures métalliques, etc.). Quant aux analyses de la composition élémentaire des monnaies et des objets par LA-ICP-MS, elles permettent de mettre en évidence que l’or employé a été allié volontairement à du cuivre et à de l’argent, aussi bien pour les parures que pour les monnaies: en résulte un titre en or généralement compris entre 66% et 73%. La relative uniformité de la signature chimique en platine et en palladium suggère que l’ensemble de ce dépôt résulte de l’emploi d’un même stock d’or. À partir du iie siècle a.C., la plupart des dépôts non-funéraires de parures contiennent aussi des monnaies, indiquant un lien indéniable entre ces deux catégories d’objets, bien que la nature de ce lien demeure difficile à caractériser. Mots clés: Dépôt non funéraire, monnaies, or, parures, second âge du Fer, torques. SA_171_Livre.indb 547 01/09/2023 09:49:33 548 Precious little? Some aspects of the circulation of gold in Armorica and south-west Britain Philip de Jersey Abstract: The westernmost coin-using regions of the Celtic world – Armorican Gaul and the region occupied by the Durotriges, in south-west Britain – seem to have in common a comparatively small quantity of gold in their coinage. This is in marked contrast to the rest of south-east Britain, or to Belgic Gaul. This paper will consider some of the reasons why this seems to be the case, and examine how developments in one region may have influenced the other. It will also consider whether we run the risk of assuming that ‘absence of evidence is not evidence of absence’. Keywords: Gold, Durotriges, Armorica, Gallic War, Jersey, coins, torques. Résumé: Les régions de l’ouest du monde celtique qui utilisaient la monnaie – l’Armorique et la région occupée par les Durotriges, dans le sud-ouest de l’Angleterre – semblent avoir en commun des monnayages contenant de faibles quantités d’or, ce qui contraste avec les émissions des régions voisines, dans le sud de l’Angleterre et en Gaule Belgique. Cet article examine les raisons à l’origine de cette situation, et s’interroge sur les influences que ces régions ont pu exercer les unes sur les autres. On se demandera également s’il est pertinent de considérer que “l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence”. Mots clés: Or, Durotriges, Armorique, Guerre des Gaules, Jersey, monnaies, torques. Du statère à l’aureus. L’exemple du Belgium Stéphane Martin Résumé: Dans les années 1990, plusieurs auteurs ont avancé l’idée que la circulation du statère d’or en Gaule aurait pu favoriser l’implantation de l’aureus dans la province nouvellement conquise. Cet article explore l’hypothèse d’une continuité dans l’usage de l’or en Gaule en se concentrant sur le cas du Belgium (Gaule du nord-ouest). Grâce au croisement des études de coins, des analyses de composition métallique et des contextes archéologiques de découverte, il est en effet possible d’avoir pour cette région une vision bien plus fine que par le passé de la production et de la circulation des monnaies d’or entre 50 a.C. et le début de notre ère. Mots clés : statère, aureus, Gaule, Belgium, volumes de frappe, aristocratie, armée romaine. Abstract: In the 1990s, various authors have put forward the hypothesis that the circulation of gold staters in Gaul could have favoured the introduction of the aureus in the SA_171_Livre.indb 548 01/09/2023 09:49:33 Résumés 549 newly conquered province. This paper explores possible continuities in coined gold uses in Gaul, focusing on ancient Belgium (northwestern Gaul). Thanks to the combination of die studies, metal composition analyses and insights given by archaeological contexts, we now have for this region a much clearer vision of gold coin production and circulation between 50 BC and the beginning of the 1st century AD. Keywords: stater, aureus, Gaul, Belgium, volume of issues, aristocracy, Roman army. L’or monnayé romain de la République à l’Antiquité tardive: une vision globale Bernhard Woytek Résumé : Cet article présente un aperçu général du monnayage d’or romain, de la deuxième guerre punique (218-201 a.C.) au ive siècle p.C. Les aspects économiques, politiques et artistiques de la frappe de monnaies d’or (surtout de l’aureus et du solidus) sont abordés. Cette contribution vise aussi à contextualiser le phénomène du monnayage d’or romain sur le plan international, dans une perspective diachronique. Mots clés: Or, aureus, solidus, médaillon, Jules César, Géta. Abstract: This contribution presents a general overview of Roman gold coinage, from its beginnings during the Second Punic War (218‒201 BC) down to Late Antiquity. It discusses economic, political and artistic aspects of the production of the aureus, the solidus and their related denominations, and contextualises the phenomenon of Roman gold coins both diachronically and in a world historical perspective. Keywords: Gold, aureus, solidus, medallion, Julius Caesar, Geta. The sources of the first Roman gold coins (3rd century BC) Arnaud Suspène, Jérémy Artru, Sylvia Nieto-Pelletier, Julien Olivier, Benjamin Gehres Abstract: This paper focuses on the sources of the first Roman gold coins, the Oath scene and Mars/eagle coinages, struck in Italy at the end of the 3rd century BC. Archaeometrical comparisons with contemporary and approximately contemporary gold coinages from Egypt, Sicily, Italy and the Celtic world reveal the importance of a gold stock present in Sicily during the First Punic War in the chemical composition of the first Roman gold coins. Occasional contacts with Celtic gold are also pointed out, while an Egyptian provenance for the gold bullion used in Roman coins is excluded. The typology of the Roman coins is reassessed in the process. SA_171_Livre.indb 549 01/09/2023 09:49:33 SA_171_Livre.indb 556 01/09/2023 09:49:33