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This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives 4.0 International License. http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 618 International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) ISSN 2789-049X Int. J. Econ. Stud. Manag. 5, No.5 (OCTOBER-2025) Les Technologies de l’Information et de la Communication et transformation socio-économique au Maroc : Enjeux, défis et perspectives KARIM MOHAMED Enseignant chercheur Équipe de Recherche Macroéconomie et Politiques Publiques Université Mohamed VSaléMaroc ECHAOUI MOHAMED Doctorant en Économie et gestion FSJES de salé Université Mohamed VSaléMaroc Résumé : Les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent un levier majeur de transformation socio-économique au Maroc, en renforçant la compétitivité des entreprises et en modernisant l’administration publique. Elles ont favorisé l’essor de l’e-gouvernement, la digitalisation des services, et une amélioration progressive de l’efficacité administrative. Dans l’éducation, leur intégration via des programmes comme GENIE et l’expérience du e-learning pendant la COVID-19 a ouvert de nouvelles perspectives d’accès au savoir, malgré des limites structurelles. L’adoption massive des smartphones et la montée du e-commerce témoignent d’une transformation rapide des pratiques sociales et économiques. Toutefois, des disparités fortes subsistent entre zones urbaines et rurales, grandes entreprises et PME, ainsi qu’entre catégories sociales. Ces fractures numériques freinent une inclusion équitable et posent des défis de gouvernance et de cybersécurité. Les PME restent particulièrement en retard dans l’adoption des outils numériques, accentuant un clivage entrepreneurial. Sur le plan socioculturel, les TIC favorisent l’inclusion et la participation citoyenne, mais exposent aussi à des risques de désinformation et de cyberdépendance. Les perspectives reposent sur une gouvernance numérique proactive, la formation de compétences et l’extension des infrastructures. Ainsi, le Maroc doit transformer les TIC en moteur d’innovation inclusive et de développement durable, en intégrant toutes les catégories sociales et territoriales dans la dynamique numérique. Mots-clés : Transformation numérique ; Compétitivité ; Inclusion ; Fracture numérique ; Gouvernance. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17336001
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 619 1. Introduction Au cours des deux dernières décennies, les technologies de l’information et de la communication (TIC) se sont imposées comme un levier incontournable de transformation économique et sociale à l’échelle mondiale. Elles ont modifié en profondeur les modes de production, de consommation, de gouvernance et de communication, tout en créant de nouvelles dynamiques de compétitivité et d’inclusion. Le Maroc, à l’instar d’autres pays émergents, a engagé depuis les années 2000 une série de réformes et de stratégies nationales (Plan Maroc Numérique 2013, Maroc Digital 2020, Stratégie de transformation digitale 20212030) visant à moderniser ses infrastructures technologiques, à digitaliser ses services publics et à stimuler l’économie numérique. Cependant, malgré des avancées notables, la diffusion des TIC demeure marquée par des disparités sectorielles, régionales et sociales, soulevant des interrogations sur leur capacité à constituer un moteur inclusif de développement. Dans ce contexte, une interrogation centrale se pose : dans quelle mesure les TIC contribuent-elles à la transformation socio-économique du Maroc, tout en générant de nouvelles opportunités mais aussi des limites structurelles et institutionnelles ? La littérature met en évidence une double dynamique. D’une part, les TIC favorisent la compétitivité des entreprises, la modernisation de l’administration publique, l’amélioration du système éducatif et l’intégration progressive des ménages dans l’économie numérique. D’autre part, elles accentuent certaines inégalités : fracture numérique entre zones urbaines et rurales, disparités entre grandes entreprises et PME, limites en matière de cybersécurité, ou encore manque de compétences numériques. Cette ambivalence soulève la problématique suivante : comment le Maroc peut-il tirer pleinement profit des TIC pour soutenir une transformation socio-économique inclusive et durable, tout en atténuant les risques liés à la fracture numérique et aux défis de gouvernance ? L’analyse de la problématique posée conduit à mettre en évidence plusieurs dimensions clés du développement numérique au Maroc. En premier lieu, l’adoption des technologies de l’information et de la communication (TIC) apparaît comme un levier majeur d’amélioration de la productivité et de la compétitivité des entreprises, en particulier celles qui s’insèrent dans les chaînes de valeur mondiales. Cette dynamique permet aux firmes marocaines de mieux répondre aux exigences de la mondialisation et de renforcer leur positionnement sur les marchés internationaux. Parallèlement, la digitalisation des services publics à travers le développement de l’e-gouvernement contribue à transformer la gouvernance. Elle favorise davantage de transparence, améliore l’efficacité administrative et simplifie les procédures, ce qui renforce la relation de confiance entre l’administration et les citoyens. Toutefois, ces avancées demeurent tributaires de la mise en place de dispositifs de régulation et de suivi adaptés. L’intégration des TIC dans le système éducatif constitue également un enjeu central. Elle ouvre de nouvelles perspectives en matière d’accès au savoir et d’amélioration de la qualité de l’enseignement. Néanmoins, ces bénéfices sont fortement conditionnés par les disparités territoriales et par le niveau de formation des enseignants, qui représentent des défis persistants pour assurer une véritable équité numérique. Sur le plan social, bien que le Maroc connaisse une forte pénétration des smartphones et un développement rapide du e-commerce, des inégalités subsistent. Les fractures sociales et régionales continuent de limiter l’inclusion numérique des ménages, accentuant ainsi les écarts socio-économiques. Également, il convient de souligner que le développement des TIC ne pourra produire des effets durables sur le plan socio-économique que s’il est accompagné de politiques différenciées en matière de gouvernance, de formation et de régulation. Autrement dit, l’impact réel des TIC dépendra de la capacité
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 620 des pouvoirs publics et des acteurs économiques à élaborer et mettre en œuvre des stratégies adaptées aux spécificités territoriales et sociales du pays. 2. Revue de littérature Les travaux académiques consacrés aux technologies de l’information et de la communication (TIC) mettent en évidence leur rôle structurant dans la transformation économique et sociale contemporaine. Dès les années 1980, Solow (1987) soulignait que l’introduction des technologies numériques améliorait l’efficacité des facteurs de production, même si leurs effets n’apparaissaient pas immédiatement dans les indicateurs macroéconomiques, phénomène qualifié de « paradoxe de la productivité ». Des recherches ultérieures, notamment celles de Brynjolfsson et Hitt (2000), ont montré que les investissements dans les TIC sont fortement corrélés à l’innovation organisationnelle et à la performance économique. Dans la même veine, Cardona, Kretschmer et Strobel (2013) affirment que l’adoption des TIC génère des gains significatifs tant au niveau microéconomique (entreprises) qu’au niveau macroéconomique (PIB). Pour les pays émergents, Roller et Waverman (2001) considèrent que les infrastructures numériques, en particulier les télécommunications et l’Internet haut débit, constituent un vecteur de rattrapage économique, favorisant l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Au Maroc, Ben Moussa (2018) observe que la digitalisation des entreprises contribue à renforcer leur compétitivité, bien que les petites et moyennes entreprises (PME) restent confrontées à des obstacles liés au coût des infrastructures et au déficit de compétences numériques. Au-delà de leur dimension strictement technologique, les TIC apparaissent comme de véritables leviers de réorganisation des processus productifs. Porter et Heppelmann (2015) insistent sur leur rôle dans la reconfiguration des chaînes de valeur à travers l’automatisation, la personnalisation de l’offre et l’innovation en matière de services. Dans le contexte marocain, des rapports de l’ANRT (2022) et de la Banque mondiale (2020) montrent que les grandes entreprises, notamment dans les secteurs financiers et industriels, intègrent progressivement des outils avancés comme l’intelligence artificielle, le Big Data ou encore l’Internet des objets. Toutefois, les PME, qui représentent plus de 95 % du tissu productif, accusent un retard manifeste, ce qui crée un clivage intra-entrepreneurial préoccupant (El Amrani, 2021) et pose la question de la capacité du pays à généraliser les bénéfices de la digitalisation. La gouvernance publique constitue un autre champ où les TIC jouent un rôle déterminant. Heeks (2002) définit l’e-gouvernement comme un instrument d’amélioration de l’efficacité, de la transparence et de la responsabilité des administrations. Les travaux de Bertot, Jaeger et Grimes (2010) ainsi que de Bannister et Connolly (2014) confirment que la digitalisation des services publics permet de réduire la bureaucratie et de renforcer la confiance des citoyens. Au Maroc, l’instauration de plateformes telles que service-public.ma ou Rokhas.ma illustre cette dynamique de modernisation. La Banque mondiale (2020) souligne que ces réformes numériques ont contribué à améliorer sensiblement l’indice « Doing Business » du pays. Néanmoins, El Amrani (2021) rappelle que des limites persistent, notamment l’interopérabilité insuffisante des systèmes et l’accès restreint des populations rurales, qui risquent d’accentuer la fracture numérique territoriale. Le domaine éducatif a lui aussi bénéficié de l’intégration progressive des TIC. Castells (2001) considère qu’elles participent à la diffusion du savoir et à la constitution d’une « société en réseau ». Selon la Banque mondiale (2018), les outils numériques peuvent améliorer la qualité de l’enseignement, à condition d’être accompagnés de réformes pédagogiques et de programmes de formation adaptés pour
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 621 les enseignants. Au Maroc, le programme GENIE lancé en 2005 a permis d’équiper de nombreux établissements scolaires, mais l’UNESCO (2021) souligne que l’impact qualitatif demeure limité en raison des disparités régionales et du manque de formation des enseignants. L’expérience du e-learning lors de la pandémie de la COVID-19 a révélé le potentiel des TIC comme solution d’urgence pour garantir la continuité pédagogique, tout en mettant en évidence les faiblesses structurelles liées aux infrastructures et aux inégalités socio-économiques (HCP, 2023). Par ailleurs , les TIC influencent également les dynamiques sociales et culturelles. Elles contribuent à l’inclusion en facilitant l’accès à l’information, aux services publics et à de nouvelles opportunités entrepreneuriales, notamment via l’e-commerce et les réseaux sociaux (Castells, 2001 ; Tapscott, 2009). Toutefois, plusieurs études (DiMaggio & Hargittai, 2001 ; Warschauer, 2003) soulignent le risque d’une fracture numérique qui tend à accentuer les inégalités sociales et territoriales. Au Maroc, le HautCommissariat au Plan (2023) révèle que si plus de 90 % des ménages disposent d’un smartphone, l’équipement en ordinateurs reste faible et inégalement réparti selon les revenus et les zones de résidence. Cette dépendance accrue au mobile, bien qu’elle ait permis une démocratisation rapide de l’accès au numérique, limite l’usage des outils liés à la productivité et à l’apprentissage en ligne, ce qui constitue un frein à une transformation inclusive. 3. Adoption des TIC au Maroc et dynamiques de transformation 3.1 Impact dans les entreprises 3.1.1 Transformation digitale et compétitivité La transformation digitale constitue aujourd’hui un vecteur incontournable de compétitivité et d’innovation pour les entreprises marocaines. Comme le soulignent Porter et Heppelmann (2015), les technologies numériques transforment profondément les chaînes de valeur en permettant non seulement une automatisation accrue, mais aussi une personnalisation de l’offre et une réorganisation des relations avec les clients et les partenaires. Au Maroc, cette dynamique s’est traduite par une digitalisation accrue des secteurs financiers (banques, assurances), du commerce (grande distribution), et de l’industrie manufacturière. Les technologies telles que l’intelligence artificielle (IA), l’Internet des Objets (IoT) et l’analyse des données massives (big data) commencent également à être intégrées, notamment dans les grandes entreprises, afin d’améliorer la performance organisationnelle et la réactivité face à la concurrence internationale.
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 622 Graphique 1: L'Adoption des technologies avancées Source : Élaboré par l’auteur à partir des données de l’ANRT , HCP, Bank Al-Maghrib, Le graphique ci-dessus illustre de manière claire et comparative les taux d’adoption des technologies avancées au Maroc, en l’occurrence l’intelligence artificielle (IA), l’Internet des objets (IoT) et le Big Data. On observe que le Big Data occupe la première position avec un taux de pénétration de 40 %, ce qui traduit son rôle central dans la transformation numérique et la prise de décision basée sur les données massives. L’IA suit avec un taux de 35 %, confirmant son potentiel croissant dans l’optimisation des processus et l’automatisation intelligente, mais aussi les défis liés à son intégration, notamment en matière de compétences et d’éthique. L’IoT, quant à lui, présente un niveau d’adoption relativement plus faible (25 %), ce qui peut s’expliquer par les coûts d’infrastructure, les problèmes d’interopérabilité et les contraintes liées à la cybersécurité. Ce différentiel dans les taux reflète les priorités stratégiques des entreprises et des pouvoirs publics : la valorisation des données comme actif économique majeur, suivie par l’intégration progressive de solutions intelligentes. En revanche, l’IoT, bien qu’essentiel pour l’industrie 4.0 et la connectivité des systèmes productifs, nécessite encore un environnement institutionnel et technologique plus consolidé. Ces résultats mettent en évidence la hiérarchie des choix technologiques au Maroc et soulignent la nécessité d’une approche coordonnée afin d’assurer une adoption équilibrée et inclusive des différentes technologies émergentes. 3.1.2 Adoption des ERP, CRM et plateformes de e-commerce L’introduction des systèmes intégrés de gestion, tels que les ERP (Enterprise Resource Planning) et les CRM (Customer Relationship Management), a permis aux entreprises marocaines de mieux coordonner leurs opérations internes, de fluidifier les processus décisionnels et d’améliorer la qualité de la relation client (Davenport, 2000). L’essor du e-commerce, soutenu par des plateformes locales comme Jumia, Avito et Hmizate, ainsi que par l’essor des solutions de paiement électronique (notamment via Maroc Telecommerce et les banques en ligne), illustre la capacité des TIC à stimuler l’économie numérique. Entre 2015 et 2022, le chiffre d’affaires du e-commerce au Maroc a enregistré une croissance annuelle
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 623 moyenne de près de 20 % (CNDP, 2022), traduisant un changement structurel dans les habitudes de consommation et de transaction. Graphique 2 : Evolution du chiffre d'affaires e-commerce au Maroc (2015–2022) Source : Elaboré par l’auteur à partir des données des rapports de l’ANRT, Banque Al-Maghrib, CNUCED 2022 sur l’e-commerce en Afrique L’évolution du chiffre d’affaires du e-commerce au Maroc entre 2015 et 2022 révèle une dynamique de croissance particulièrement soutenue, traduisant une transformation progressive des modes de consommation et des pratiques commerciales. Partant d’un niveau relativement modeste de 2 milliards de dirhams en 2015, ce marché a atteint près de 10 milliards de dirhams en 2022, soit une multiplication par cinq en seulement sept ans. Cette dynamique illustre la montée en puissance du commerce électronique en tant que levier structurant de l’économie numérique marocaine. Elle reflète à la fois l’amélioration des infrastructures technologiques (généralisation du haut débit, expansion du mobile banking), la confiance croissante des consommateurs envers les transactions en ligne, ainsi que la diversification des plateformes marchandes. Par ailleurs, la forte accélération observée à partir de 2019 semble corrélée aux changements comportementaux induits par la pandémie de la COVID-19, qui a favorisé la digitalisation des pratiques de consommation et l’essor du paiement électronique. Cette tendance traduit également les effets positifs des politiques publiques visant à encourager la transformation digitale des entreprises et à renforcer l’inclusion financière. Toutefois, malgré cette croissance notable, le poids du e-commerce demeure encore limité comparativement aux marchés plus matures, ce qui laisse entrevoir des marges de progression importantes à moyen terme.
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 624 3.1.3 Les défis structurels de la digitalisation des PME au Maroc Malgré ces avancées, la diffusion des TIC demeure inégale, surtout parmi les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent plus de 95 % du tissu productif national. Une étude de Ben Moussa (2018) montre que si certaines PME innovantes adoptent rapidement les solutions numériques, une majorité se heurte à plusieurs obstacles : coûts élevés des infrastructures et logiciels, manque de compétences numériques parmi les salariés, absence de stratégie digitale claire, et résistance au changement culturel. Cette fracture numérique accentue les inégalités entre grandes entreprises et PME, limitant la compétitivité globale de l’économie marocaine face aux exigences des marchés mondialisés. Graphique 3: L'Adoption TIC selon la taille des entreprises Source : Élaboré par l’auteur à partir des données de l’ANRT , HCP, Bank Al-Maghrib, L’examen de l’adoption des technologies de l’information et de la communication (TIC) au sein des entreprises marocaines révèle des disparités profondes qui traduisent l’existence d’un véritable clivage numérique intra-entrepreneurial. Les grandes entreprises, avec un taux d’adoption atteignant 85 %, se distinguent par leur capacité à mobiliser des ressources financières, technologiques et humaines considérables, leur permettant de mettre en place des infrastructures numériques avancées et de déployer des stratégies de digitalisation intégrées. Cette avance reflète également leur insertion dans les chaînes de valeur mondialisées, où l’usage des TIC constitue un impératif incontournable de compétitivité et d’innovation. En revanche, les petites et moyennes entreprises traditionnelles ne dépassent pas un taux d’adoption de 20 %, ce qui témoigne de contraintes structurelles persistantes. Parmi celles-ci figurent l’insuffisance des moyens financiers, l’accès limité aux financements bancaires, le déficit de compétences numériques ainsi qu’une culture organisationnelle souvent réticente face au changement. Cette faible intégration
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 625 numérique renforce le risque de marginalisation de ces entreprises dans un environnement économique où la digitalisation s’impose désormais comme un facteur décisif de performance et de survie. Entre ces deux extrêmes, les PME innovantes affichent un taux d’adoption intermédiaire d’environ 50 %. Elles constituent un maillon essentiel de diffusion des TIC dans le tissu entrepreneurial grâce à leur flexibilité organisationnelle, leur orientation vers l’innovation et leur ouverture aux partenariats technologiques. Toutefois, ce potentiel demeure fragile en l’absence d’un écosystème structuré d’accompagnement favorisant la mise à l’échelle et la durabilité de leurs initiatives numériques. Cette configuration met en évidence une dynamique duale : d’une part, des entreprises fortement digitalisées qui réussissent à améliorer leur productivité et renforcer leur compétitivité, et d’autre part, une majorité d’acteurs économiques encore faiblement intégrés dans la sphère numérique, ce qui accentue le risque d’une fracture technologique entre entreprises. Cette hétérogénéité pose la question de l’efficacité réelle des politiques publiques mises en œuvre, telles que Maroc Digital 2020 et la Stratégie nationale de transformation digitale 2021-2030, dont l’impact sur les PME traditionnelles reste limité. Dès lors, une approche différenciée s’impose, reposant sur des dispositifs ciblés de financement, de transfert de compétences et d’incubation technologique. Sans de telles mesures, la digitalisation risque de devenir un facteur aggravant des inégalités entre entreprises marocaines, au lieu de jouer pleinement son rôle de moteur inclusif de compétitivité et de développement économique. 3.2 Impact dans l’administration publique 3.2.1 Modernisation de la gestion publique (e-gov) Depuis le début des années 2000, l’administration marocaine s’est engagée dans une stratégie ambitieuse de modernisation grâce au e-gouvernement. Des plateformes comme service-public.ma, Rokhas.ma (autorisations en ligne), ou encore les services de paiement électronique des impôts, témoignent de cette volonté de digitaliser la relation administration-usager. Ces outils s’inscrivent dans la dynamique de bonne gouvernance, de transparence et de lutte contre la bureaucratie. Graphique 4: La Croissance des services e-gov au Maroc (2005–2022) Source : Élaboré par l’auteur à partir des données de l’ANRT , HCP, Bank Al-Maghrib,
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 626 L’évolution du nombre de services d’e-gouvernement au Maroc entre 2005 et 2022 traduit une dynamique de transformation numérique progressive mais marquée par des accélérations différenciées. Le passage de 2 services en 2005 à 95 en 2022 illustre l’engagement croissant de l’État en faveur de la digitalisation de l’administration publique et de la dématérialisation des procédures. On observe une phase de démarrage relativement lente entre 2005 et 2011, traduisant la mise en place des premières infrastructures et la faible maturité institutionnelle en matière de gouvernance numérique. À partir de 2014, la progression devient plus soutenue (25 services en 2014, 45 en 2017, puis 70 en 2020), traduisant une volonté politique renforcée et l’intégration de la digitalisation dans les stratégies nationales telles que Maroc Numeric 2013 puis Maroc Digital 2020. La forte accélération enregistrée entre 2020 et 2022, où le nombre de services a presque doublé, s’explique en partie par l’impact de la crise sanitaire de la COVID-19, qui a imposé une migration rapide vers des solutions numériques afin de garantir la continuité des services publics. Toutefois, cette expansion quantitative appelle une analyse critique : la multiplication des services ne garantit pas nécessairement leur qualité, leur interopérabilité ou leur usage effectif par les citoyens et entreprises. Plusieurs études ont montré que des défis subsistent en matière d’ergonomie des plateformes, de fiabilité des services, de cybersécurité et surtout d’accessibilité pour les populations rurales et vulnérables. En d’autres termes, si la croissance du nombre de services constitue un indicateur positif, elle ne doit pas occulter la nécessité de renforcer la gouvernance numérique, la sensibilisation des usagers et l’inclusion digitale, sans quoi la fracture numérique risque de perdurer. 3.2.2 Simplification des procédures administratives La numérisation a favorisé une simplification substantielle des procédures administratives, en réduisant à la fois les délais et les coûts liés aux formalités. La création d’une entreprise, qui nécessitait auparavant plusieurs semaines et une multiplicité d’intermédiaires, peut désormais être effectuée en ligne en quelques jours seulement, marquant une avancée significative en termes d’efficacité et de transparence. De même, des services clés tels que l’immatriculation au registre de commerce, l’obtention des certificats de conformité ou la délivrance des autorisations municipales ont été progressivement digitalisés, réduisant considérablement la lourdeur bureaucratique. Selon la Banque mondiale (2020), ces réformes numériques ont contribué à améliorer sensiblement l’indice de facilité de faire des affaires au Maroc, plaçant le pays parmi les mieux classés en Afrique. Cette évolution s’inscrit dans une logique de modernisation de l’action publique, visant à renforcer la compétitivité du tissu entrepreneurial et à attirer davantage d’investissements étrangers. Toutefois, si les résultats quantitatifs sont encourageants, certaines limites subsistent, notamment en termes d’accessibilité dans les zones rurales, de maîtrise technologique par les usagers et de sécurisation des données. Ainsi, la simplification des procédures par voie numérique ne doit pas être envisagée uniquement sous l’angle de la dématérialisation, mais également dans une perspective d’inclusion, de formation et de consolidation de la confiance des citoyens envers les services publics. 3.3 Impact dans l’enseignement et l’éducation 3.3.1Introduction des TIC dans les écoles et universités Le programme national GENIE (Généralisation des Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement), lancé en 2005, a marqué une étape importante dans l’intégration des TIC au sein des établissements scolaires marocains. Ce programme a permis l’équipement de milliers d’écoles en matériel informatique, ainsi que la mise en place de contenus pédagogiques
International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) - ISSN 2789-049X http://www.woasjournals.com/index.php/ijesm 633 [25] MICNT. (2009). Maroc Numeric 2013: Stratégie nationale pour la société de l’information et de l’économie numérique. Ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles Technologies, Rabat. [26] Nations Unies. (2020). E-Government Survey 2020. UN Department of Economic and Social Affairs. [27] Norris, P. (2001). Digital Divide: Civic Engagement, Information Poverty, and the Internet Worldwide. Cambridge University Press. [28] OCDE. (2019). Measuring the Digital Transformation: A Roadmap for the Future. OECD Publishing, Paris. [29] Oxford Insights. (2024). Government AI Readiness Index 2024. Oxford. [30] PNUD. (2020). Rapport sur le développement humain numérique. New York. [31] Porter, M. (1980). Competitive Strategy: Techniques for Analyzing Industries and Competitors. Free Press, New York. [32] Porter, M., & Heppelmann, J. (2015). How smart, connected products are transforming companies. Harvard Business Review, 93(10), 96–114. [33] TIC Maroc. (2025). Rapport annuel sur le secteur numérique au Maroc. Ministère de la Transition Numérique, Rabat. [34] UIT. (1998). World Telecommunication Development Report. Union Internationale des Télécommunications, Genève.