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664 International Journal of Economic Studies and Management (IJESM) ISSN 2789-049X Int. J. Econ. Stud. Manag. 5, No.5 (OCTOBER-2025) L’intégration du Maroc à la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAF) : vers une intégration économique africaine renforcée The integration of Morocco into the African Continental Free Trade Area (AFCFTA) : towards strengthened African economic integration. Asmaa Chouhaibi (Maître de Conferences Habilité) Laboratoire de recherche en Finance, Entrepreneuriat et Développement (LARFED) Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et sociales -Salé. Université Mohammed V Rabat-Maroc Résumé L’évolution de la politique africaine du Maroc, illustre la volonté du pays dans le renforcement des relations avec les autres pays du continent. En effet, le Maroc a réussi à élaborer une approche graduelle et à connecter son modèle de développement aux politiques publiques suivi par les autres pays africains. Le renforcement des relations entre le Maroc et les pays du continent prend appui sur les acquis nationaux en matière de développement et de la capacité à partager les expériences réussies. Dans ce cadre, la ZLECAF ouvre la voie à un marché africain intégré, porteur d’opportunités incomparables pour les entreprises marocaines. En saisissant cette opportunité, le Maroc consolide son rôle de leader économique en Afrique. Le travail suivant cherche à étudier l’impact de l’intégration du Maroc à la ZLECAF, tout en analysant les accords de libre échanges précédemment conclus avec les pays africains, aussi, les échanges commerciaux marocains avec le continent, afin de déterminer la valeur ajoutée de cet nouvelle accord. Mots clés : ZLECAF, échanges commerciaux, accords, Maroc, Afrique Abstract The evolution of Morocco's African policy illustrates the country's commitment to strengthening relations with other countries on the continent. Indeed, Morocco has successfully developed a gradual approach and aligned its development model with the public policies followed by other African countries. Strengthening relations between Morocco and the continent's countries builds on national development achievements and the ability to share successful experiences. In this context, the AfCFTA paves the way for an integrated African market, offering unparalleled opportunities for Moroccan businesses. By seizing this opportunity, Morocco is consolidating its role as an economic leader in Africa. The following work seeks to study the impact of Morocco's integration into the AfCFTA, while analyzing free trade agreements previously concluded with African countries, as well as Moroccan trade with the continent, in order to determine the added value of this new agreement. Keywords: AfCFTA, trade, agreements, Morocco, Africa Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17405256
665 1. INTRODUCTION Aujourd’hui, l’insertion des pays du sud dans les échanges internationaux constitue l’un des moyens propres visant la réduction des écarts qui les séparent des pays industrialisés. Le slogan « Trade not aid » (Raymond R, et al, 1979) résume l’ensemble des problèmes quelles que soit l’importance et l’efficacité de l’aide apportée par les pays développés, l’objectif principal est de permettre aux pays en développement de prendre la place qui leur revient dans la division internationale du travail, en transformant et accroissant leurs échanges, tant entre eux qu’avec les pays développés. Dans ce cadre, les pays du sud ont bénéficié du mouvement de libéralisation des échanges dans le cadre du GATT 1 , d’une part en étant rapidement exempté de la réciprocité, d’autres part, par l’instauration en leur faveur de régimes préférentiels, le principe de tels avantages, souvent réclamés par les pays en développement (groupe 77) 2 , repose sur l’opinion qu’un traitement égal entre partenaires inégaux est injuste, il a reçu son application la plus large dans le Système de préférences Généralisées. Celui-ci mis en place à partir de 1971 devait permettre un accroissement significatif des exportations de produits manufacturés des PVD vers les pays développés, suivant le principe de non –discrimination inscrit dans le GATT, qui consiste à la réduction des droits de douane sur un certain nombre de produits industriels. Dans le cadre de l’intégration à l’économie mondiale, l’économie marocaine a adopté un programme d’ajustement structurel, visant la libéralisation des échanges, ainsi que la restructuration de l’appareil productif en permettant une meilleure allocation des ressources. Depuis, le Maroc s’est engagé dans un processus d’ouverture sans précèdent, tout en procédant à la diversification de ses partenaires commerciaux à travers la conclusion de plusieurs accords de libre-échange. Il s’agit bien d’accord avec les pays de l’Association Européenne de Libre Echange, accord de libre-échange avec les Etats Unis, avec la Turquie, et avec certains pays arabes dans le cadre de l’accord d’Agadir, sans oublier la Grande Zone Arabe de Libre-Echange et l’accord de libreéchange avec les Emirats-Arabes-Unies, ou en cours (la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest). Au total, le Maroc a conclu onze accords de libre-échange depuis le début de la décennie de 1980, ce qui témoigne de sa forte volonté de l’ouverture de l’économie nationale sur le monde extérieur (Elaoufir R, 2007) De ce fait, la politique d’intégration maroco-africaine constitue aussi un véritable défi pour le Maroc et accélère la tendance à la mondialisation et intégration à l’économie mondiale. Certes, l’insertion du Maroc dans l’économie mondiale est porteuse de nombreuses opportunités en termes de diversification des débouchés. 1 Le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT, en français : accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) est signé le 30 octobre 1947 par 23 pays, pour harmoniser les politiques douanières des parties signataires. 2 Le Groupe des 77 (G77) aux Nations unies est une coalition, conçue pour promouvoir les intérêts économiques et politiques collectifs de ses membres et créer une capacité de négociation accrue aux Nations unies. Il symbolise l'engagement des Nations unies à promouvoir la démocratisation des relations internationales et en constitue un facteur essentiel1. Il s'agit d'unir tous les pays en développement afin que, en dépit de leur diversité, ils puissent peser sur les décisions internationales. Créée par 77 pays, l'organisation a grandi et comptait 133 pays membres en 2014. Néanmoins, elle continue à être désignée comme le G77 dans les négociations et sessions de l'ONU
666 Par conséquent, l’exploitation des complémentarités Sud-Sud devient obligatoire dans le cadre des nouvelles exigences des marchés extérieures (CNUCED, 2004). Dans cette perspective, l’Afrique se présente comme un marché porteur et potentiel pour les produits marocains et aussi un fournisseur des matières premières nécessaires à l’économie marocaine. Durant la dernière décennie le Maroc a opté pour le renforcement de ses échanges commerciaux avec l’Afrique à travers la négociation et la conclusion de plusieurs accords commerciaux de type classique ou à caractère préférentiel avec plusieurs pays africains. Aussi, le cadre juridique et législatif de la promotion des investissements marocains en Afrique a été réglementé par plusieurs accords de promotion et de protection des investissements (APPI) et des conventions de non double imposition (CNDI) signées avec plusieurs partenaires africains. Dans cette perspective, et afin de renforcer leurs relations économiques, on voit que les pays africains ont introduit une zone libre-échange qui regroupe les 54 pays africains dont le Maroc en fait partie, il s’agit bien de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAF), dont le principal objectif est le développement d’un marché continental commun. Face à ce contexte, il reste à savoir « Quelles sont les retombées de la ZLECAF sur l’économie marocaine ? ». Toutefois, les soubassements de ce travail reposent essentiellement sur l’intensité des échanges interafricains avant et pendant la mise en œuvre de la ZLECAF, la place du Maroc dans les groupements africains, notamment, le cadre des accords de libre échanges, et l’impact de la mise en œuvre de la ZLECAF sur l’économie marocaine Ce travail sera présenté par quatre sections, dont la première consistera à positionner le Maroc dans les groupements africains, la deuxième visera à présenter la ZLECAF (principes rôles, et enjeux), la troisième consistera à déterminer l’impact de la ZLECAF sur l’économie marocaine, et dans laquelle aussi on va discuter la problématique et principales conclusions. 2. PLACE DU MAROC DANS LE COMMERCE INTERAFRICAIN (BILAN ET ETAT DES LIEUX) Les relations économiques du Maroc avec les partenaires africains (DEPF, 2006) ont connu une évolution remarquable dans le cadre de la nouvelle politique du Maroc vis-à-vis des pays africains à travers l’annulation de la dette pour certains pays du continent (PMA), l’exonération totale de leurs produits des droits de douane à l’entrée du marché marocain, des actions menées pour promouvoir les échanges, la signature d’accords avec la CEDEAO, l’UEMOA, adhésion à la COMESSA (CEN-SAD)…etc. En effet, l’Afrique constitue aujourd’hui une zone d’accueil importante pour les investisseurs marocains. Ainsi que les atouts marocains en matière de commerce extérieur ont toujours fait de ce continent une zone stratégique. Les diverses initiatives engagées à cet effet visaient tout autant à renforcer les parts de marchés acquises qu’à diversifier l’éventail des débouchés extérieurs. 2.1.Traités et accords Le Royaume a en effet développé, dès les années soixante, un important maillage d’accords bilatéraux de coopération avec un grand nombre de pays africains. Ces accords visent autant à renforcer les parts de marché acquises, qu’à diversifier l’éventail des échanges extérieurs. Associant de plus en plus le secteur privé, la densité des efforts fournis au niveau officiel est aujourd’hui, de faire de l’Afrique une zone d’accueil importante pour les investisseurs marocains. À cet égard, plusieurs actions ont été menées pour promouvoir les relations
667 économiques et commerciales avec les partenaires africains, telles que la participation à des foires internationales et des salons d’affaires, l’organisation de missions de prospection, et la réalisation d’études de certains marchés africains par des bureaux de conseils nationaux au profit des hommes d’affaires marocains. Tableau 1 : Accords tarifaires bilatérales entre le Maroc et les pays africains Pays africains concernés et nom de l’accord Couverture Date de signature Date d’application Maroc-Guinée Convention Commerciale et Tarifaire Marocco-Guinéenne Listes des biens Avril 1997 Septembre 2000 Maroc-Mauritanie Accord Commercial et Tarifaire entre le Royaume du Maroc et la Republication Islamique de Mauritanie Listes de biens Aôut 1986 May 1993 Maroc-Sénégal Accord Commercial Maroco-Sénégal Liste des biens Février 1963 Septembre 1987 Février 1968 Décembre 1987 Source : Ministère du Commerce Extérieur, et Douane Marocaines/ www.mce.gov.ma/ www.douane.gov.ma En effet, les relations commerciales bilatérales ou multilatérales ont été toujours au centre des préoccupations de la politique commerciale extérieure du Maroc. La formulation d’un cadre réglementaire approprié, au niveau bilatéral, ainsi qu’au niveau multilatéral constitue un outil essentiel pour le développement des transactions commerciales avec l’extérieur, en particulier avec les pays disposant d’un niveau de développement comparable. Tableau 2 : Pays africains impliqués dans des accords commerciaux multilatéraux avec le Maroc Pays Africains Nom de l’Accord Date d’application Algérie, Bénin, Cameroun, Egypte, Ghana, Guinée, Mozambique, Nigéria, Soudan, Tanzanie, Tunisie, Zimbabwe Système Global de préférences Commerciales entre Pays en Développement (SGPC) 1989 Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatorial, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouagadougou, Centra -Afrique, Congo, Tanzanie ,Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Somalie Soudan, Soudan du Sud, Tchad, Togo ,Zambie. Offre marocaine en faveur des PMA d’Afrique 2000 Algérie, Comores, Djibouti, Somalie, Soudan Zone panarabe de Libre Echange (PAFTA) 1998 Algérie, Libye, Mauritanie Union Maghreb Arabe (UMA) 2012 Egypte, Tunisie Accord Arabo-Méditerranéen de Libre Echange (Accord d’Agadir) Source : OMC : www.wto.org
668 Durant la dernière décennie le Maroc a opté pour le renforcement de ses échanges commerciaux avec l’Afrique à travers la négociation et la conclusion de plusieurs accords commerciaux de type classique ou à caractère préférentiel avec plusieurs pays africains. Une telle initiative visait tout autant à renforcer et à consolider les parts de marché acquises tout autant qu’à diversifier l’éventail des débouchés extérieurs. 2.2.Maroc-Afrique : Etat des lieux Les échanges commerciaux du Maroc avec les pays africains ont enregistré une nette progression durant la dernière décennie ce qui reflète les efforts de diversification et de renforcement des relations commerciales avec les pays du Sud (Amadeus 2014) Le graphique ci-dessous représente les chiffres en millions de dirhams les échanges commerciaux du Maroc avec les pays africains dans la période qui s’est étalée entre 2000 et 2022. Ces chiffres ont été relevés par l’office des changes. Graphique 1 : Evolution des échanges commerciaux du Maroc avec le reste du continent africain entre 2000 et 2020 (en Millions de dirhams) Source : Office des Changes 2023 D’après le graphique, on voit que les échanges commerciaux avec l’Afrique ont été multipliés par 6 en 20 ans. En effet, en 2022 les exportations du Maroc vers les autres pays africains ont atteint 38,8 Milliards de Dirhams, soit en progression de 49% par rapport à 2021 et de 81% par rapport à 2020. On dit qu’elles représentent 9% du total des exportations marocaines. Tableau 3 : Répartition géographique des exportations marocaines en Afrique (en millions de dirhams) Pays 2019 2020 2021 2022 2023 Part 2023 en % Variation 2023/2022% Pays de l’UMA Dont : Mauritanie Tunisie Libye Algérie 5064 1869 819 847 1529 4502 1743 844 645 1270 5373 2355 1296 690 1032 5788 2963 1221 798 806 6158 3269 1377 859 654 1,4 0,8 0,3 0,2 0,2 +370 +306 +156 +61 -152 +6,4 +10,3 +12,8 +7,6 -18,9 Autres pays de l’Afrique 16556 16953 20773 33 054 26 503 6,2 -6551 -19,8 Dont : Djibouti 2146 2362 2313 5447 5463 1,3 +16 +0,3
669 Côte d’Ivoire 1748 2373 3223 3182 4758 1,1 +1576 +49,5 Sénégal 2111 2020 2796 2883 3111 0,7 +228 +7,9 Guinée 671 836 873 1421 1378 0,3 -43 -3,0 Bénin 1007 376 853 1745 1149 0,3 -596 -34,2 Mali 628 616 1008 1231 1146 0,3 -85 -6,9 Nigéria 821 994 1177 1872 1093 0,3 -779 -41,6 Total Afrique 21620 21455 26146 38842 32661 7,6 -6181 -15,9 Total Exportations 284496 263089 329405 428612 430209 100,0 +1597 +0,4 Source : Office des Changes 2023 Les exportations du Maroc à destination de l’Afrique ont presque doublé durant cette période en passant de 280 millions de dirhams en 2029 à 430 millions de dirhams en 2023. De ce fait, les principaux clients africains du Maroc sont : le Djibouti (17731 Mds), la Côte d’Ivoire (15284Mds), le Sénégal (12921Mds), et la Mauritanie (12199Mds). En 2023, ces pays représentent presque les deux tiers des exportations à destination de l’Afrique. Tableau 4 : Principaux produits exportés vers l’Afrique en millions de dirhams 2021 2002 2023 Part 2023 en % Variation 2023/2022 MDH % Total Afrique 26146 38842 32661 100,0 -6181 -15,9 Dont : Engrais naturels et chimiques Préparations et conserves de poissons et crustacés Poissons frais, salés, séchés ou fumés Fils, câbles et autres conducteurs isolés pour l’électricité Sucre brut ou raffiné Huiles de pétrole et lubrifiants Voitures de tourisme Papiers et cartons, ouvrages divers en papiers et cartons Ciments, chaux et plâtre 6644 2259 1344 1052 1553 673 934 420 335 16585 2684 1807 1116 1021 851 1324 566 624 10522 2183 1913 1342 959 877 827 812 716 32,2 6,7 5,9 4,1 2,9 2,7 2,5 2,5 2,2 -6,063 -501 +106 +226 -62 +26 -497 +246 +92 -36,6 -18,7 +5,9 +20,3 -6,1 +3,1 -37,5 +43,5 +14,7 Source : Office des Changes 2023 Durant les trois dernières années, on remarque que la majorité des exportations marocaines en Afrique concernent le secteur des produits alimentaires qui a commencé à prendre du poids (soit 44,8% en 2023 au lieu de 38,7% en 2021), suivit des produits d’énergie (4,1% en 2023), et du raffinage de pétrole (2,7% en 2023).
670 Tableau 5 : Répartition géographique des importations marocaines en Afrique (en millions de dirhams) Pays 2019 2020 2021 2022 2023 Part 2023 en % Variation 2023/2022% Pays de l’UMA Dont : Tunisie Libye Algérie Mauritanie 7540 2367 194 4955 24 6075 1922 127 4012 14 8478 2277 328 5869 4 5885 3147 1013 1694 31 4985 2929 1371 650 34 0,7 0,4 0,2 0,1 - -900 -218 +358 -1044 +3 -15,3 -6,9 +35,3 -61,6 +9,7 Autres pays de l’Afrique 10385 7912 11418 19704 15094 2,1 -4610 -23,4 Dont :Egypte 6485 5521 7366 10378 9361 1,3 -1017 -9,8 Afrique du Sud 790 315 1314 5569 2329 0,3 -3240 -58,2 Togo 1061 45 408 26 420 0,1 +394 - Nigéria 84 261 284 391 407 0,1 +16 +4,1 Tanzanie 67 81 145 156 333 - +177 - Côte d’Ivoire 150 128 242 563 332 - -231 -41,0 Ouganda 196 175 291 390 327 - -63 -16,2 Sénégal 106 105 141 228 294 - +66 -28,9 Gabon 167 159 234 483 209 - -274 -56,7 Total Afrique 17925 13987 19896 25589 20079 2,8 -5510 -21,5 Total Importations 490953 422862 528571 737441 715752 100,0 - 21689 -2,9 Source : Office des Changes 2023 Quant aux importations, au niveau des pays de l’UMA, la Tunisie est le premier fournisseur du Maroc avec 59% en 2023, par rapport à 31% en 2021. Pour les autres pays du continent, on voit que l’Egypte est le premier fournisseur du Maroc avec 47%, suivit le l’Afrique du Sud (12%), Togo (2,1%), et le Nigéria avec 2%. Tableau 6 : Principaux produits exportés vers l’Afrique en millions de dirhams 2021 2002 2023 Part 2023 en % Variation 2023/2022 MDH % Total Afrique 19896 25589 20079 100,0 -5510 -21,5 Dont : Huiles, cokes et combustibles solides similaires Dattes Matières plastiques et ouvrages divers en plastique Tourteaux et autres résidus des industries alimentaires Café Verre et ouvrages en verre Huiles de pétrole et lubrifiants Ammoniac Fils, barres et profilés en aluminium 1060 1012 825 606 469 265 560 513 337 5192 1293 1166 398 738 732 740 1889 409 1968 1649 1140 855 636 636 633 481 448 9,8 8,2 5,7 4,3 3,2 3,2 3,2 2,4 2,2 -3224 +356 -26 +457 -102 -96 -107 -1408 +39 -62,1 +27,5 -2,2 - -13,8 -13,1 -14,5 -74,5 +9,5 Source : Office des Changes 2023
671 Les importations marocaines en provenance de l’Afrique sont constituées principalement de l’industrie alimentaire (31,2% en 2023), qui concernent essentiellement des tourteaux et autres résidus des industries alimentaires, des cuirs et peaux de thé, et café. Cette faiblesse remarquable provienne généralement des produis à faible valeur ajoutée. L’examen du potentiel des échanges commerciaux entre le Maroc et les autres pays de l’Afrique révèle l’existence de marges de progression non négligeables. Ainsi, le marché africain peut s’avérer porteur pour les entreprises exportatrices marocaines pourvu que celles-ci adoptent une stratégie d’adaptation à la demande d’importation de cette région (DEPF, 2008). Toutefois, compte tenu de la faiblesse du pouvoir d’achat des consommateurs africains, les entreprises marocaines, ciblant le marché africain, devraient privilégier une stratégie de pénétration basée sur des considérations de coûts (cost leadership) que permettrait le recours à la production de masse de qualité faible ou moyenne, notamment au niveau du textile. 3. PRESENTATION DE LA ZLECAF La zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) est un projet de zone de libreéchange en cours de création sur l’ensemble du continent africain. Il a été signé en 2018, et entré en vigueur en 2019, et il est opérationnel depuis janvier 2021. Incluant 54 pays, les Etats membres éliminent progressivement les barrières tarifaires et non tarifaires au commerce des marchandises 3 , libéralisent progressivement le commerce des services, coopèrent en matière d’investissement, de droits de propriété intellectuelle et de politique de concurrence, coopèrent dans le domaine douanier et dans la mise en œuvre des mesures de facilitation des échanges, établissent un mécanisme de règlement des différends concernant leurs droits et obligations, et établissent et maintiennent un cadre institutionnel de mise en œuvre et de gestion de la Zone. 3.1. Principes de la ZLECAF La ZLECAF est régie par douze principes que sont (Mbarga E, 2021) : • Les actions sont conduites par les Etats membres de l’UA : il s’agit à la fois des actions de négociations et de mise en œuvre de l’Accord. • Les zones de libre-échange des CER 4 sont des piliers de la ZLECAF • La préservation des acquis : la ZLECAF devra tirer parti et renforcer les acquis des zones de libre-échange des CER existantes, et ne devra pas être en contradiction avec les acquis. • La géométrie variable : elle permet aux Etats membres de suivre des rythmes éventuellement différents de mise en œuvre de l’Accord dans divers domaines de celui-ci. • La flexibilité et le traitement spécial et différencié : la flexibilité est accordée aux Etats membres qui ont des besoins spécifiques en matière de commerce ou qui font face à des circonstances particulières au cours des négociations ou de la mise en œuvre de l’Accord. 3 https://www.mcinet.gov.ma/fr/content/zone-de-libre-echange-continentale-africaine-zlecaf 4 Les communautés économiques régionales (CER) sont des regroupements régionaux d’États africains et sont les piliers de l’UA. Toutes ont été constituées avant le lancement de l’UA, se sont développées individuellement et ont des rôles et des structures différentes.
672 • La transparence et la communication des informations : les négociations et la mise en œuvre de l’Accord sont menées de manière transparente, à travers le partage d’information sur les tarifs douaniers, les statistiques commerciales, etc. • La libéralisation élargie : où la ZLECAF devrait couvrir la grande partie de l’ensemble des échanges commerciaux entre les Etats membres de l’UA • Le traitement de la Nation la Plus Favorisée : où les Etats membres de la ZLECAF peuvent signer des accords avec d’autres pays partenaires, à conditions que tout avantage ou privilège accordés à une partie tierce à travers des tels accords doit être étendu aux autres Etats membres. • Le traitement national : sur la base de réciprocité, un Etat membre doit accorder aux services, produits et prestations de services d’un autres Etat membre un traitement similaire que celui accordé à des produits, services et autres d’origine nationale. • La réciprocité : les Etats membres de la ZLECAF doivent mutuellement s’accorder les concessions commerciales convenues. • Les décisions sont prises par consensus • L’adoption des meilleurs pratiques : les négociations et la mise en œuvre de l’Accord sont guidées par les meilleurs pratiques en cours dans les CER, les Etats membres de l’UA ou contenues dans les conventions internationales auxquelles ces derniers ont adhéré. 3.2.Les conditions stratégiques de la ZLECAF En effet, pour profiter pleinement des possibilités offertes par la ZLECAF, chaque Etat membre est invité à élaborer une stratégie nationale de mise en œuvre, complémentaire à la politique commerciale, qui identifie pour ce pays les principales possibilités commerciales, les contraintes et les mesures requises pour tirer pleinement parti du marché panafricain. Les conditions doivent inclure (Mbarga E, 2021) : • Un examen des exportations : qui consiste à déterminer les performances commerciales intra-africaines et mondiales. • La définition des secteurs d’opportunités : consiste à identifier le potentiel des exportations au sein de la ZLECAF, en faisant une analyse statistique à la fois pour les offres d’accès au marché présenté par les différents pays, et du potentiel commercial existant. • Les contraintes des secteurs cibles : qui visent à analyser les contraintes rencontrées par les exportateurs, et dans les échanges commerciaux intra-africains. • La définition des mesures stratégiques pour stimuler les secteurs cibles : dont l’objectif est de résoudre les contraintes recensées, attirer les investissements…etc. 3.3.Les retombées de la ZLECAF sur les pays africains Les pays africains ont des configurations économiques différentes et les effets de la ZLECAF se feront donc sentir de diverses manières 5 , selon qu’il s’agira de l’Afrique du Sud, de la République Centrafricaine, du Sénégal, du Maroc ou de Sao Tomé. Néanmoins, les avantages de la ZLECAF devraient être largement répandus à tous les pays. D’une part, les pays africains relativement plus industrialisés, sont bien placés pour en profiter des opportunités qu’offrent les biens manufacturés, d’autre part, les pays les moins 5 Par exemple d’après l’ONU, au mois de Janvier 2021, le monde comptait 46 PMA, dont 33 en Afrique.