Full text
AUTOMNE 2025 L’ENGAGEMENT SOCIAL EN TANT QUE SAINE HABITUDE DE VIE
REMERCIEMENTS Les autrices et l’auteur souhaitent remercier Élodie Jutras, Gabriel Huot etLucK. Audebrand pour leur précieuse collaboration aux différentes étapes dela rédaction de ce guide. CHAIRE DE LEADERSHIP EN ENSEIGNEMENT SUR L’ENGAGEMENT SOCIAL Ce guide est issu d’un travail de la Chaire de leadership en enseignement surl’engagement social, dont l’objectif est de reconnaître, favoriser et promouvoir l’engagement social des membres de la communauté universitaire. Ce guide est tiré d’un chapitre de la ressource éducative libre L’engagement social. LaChaire est fière et privilégiée de compter sur le soutien financier et moral d’iAGroupefinancier. RÉSUMÉ Ce guide vise à présenter les modes de fonctionnement et les effets positifs del’engagement social sur la santé physique, mentale et sociale, avec une attention particulière aux capacités et aux limites des personnes engagées. Ils’appuie sur les résultats de recherches scientifiques montrant que diverses formes d’engagement social (ex. : bénévolat, don d’argent, don de biens) permettent aux individus d’améliorer leur santé globale et leur bien-être. Ceseffets se traduisent notamment par la prévention de certaines maladies chroniques, laréduction du risque de mortalité et, plus largement, l’amélioration de la qualité de vie. L’engagement social en tant que saine habitude de vie Par Lesly Joyce Nkuindja, Patrice Cyrille Ahehehinnou etVicky Drapeau Illustrations : Yeti Iglesias, Unsplash Comment citer ce document Nkuindja, L. J., Ahehehinnou, P. C., & Drapeau, V. (2025). L’engagement social en tant que saine habitude de vie. Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement social, Université Laval Licence Sauf mention contraire, L’engagement social en tant que saine habitude de vie par Lesly J. Nkuindja, Patrice C. Ahehehinnou et Vicky Drapeau est sous licence CC BY-NC-SA. https://zenodo.org/records/17408925
INTRODUCTION ..........................................................................................................................................................................................................................5 PARTIE1 03|L’ENGAGEMENT SOCIAL Définition de l’engagement social ....................................................................................................................6 PARTIE2 03|LES EFFETS DE L’ENGAGEMENT SOCIAL Les effets de l’engagement social sur la santé physique ...........................................................................9 Les bienfaits chez les personnes de 50ans et plus..........................................................................................................................................9 Les bienfaits chez les jeunes ..................................................................................................................................................................................10 Les bienfaits intergénérationnels .........................................................................................................................................................................10 Les dons de biens comme engagement social .................................................................................................................................................. 11 Les effets de l’engagement social sur la santé mentale .......................................................................... 12 Les bienfaits pour les personnes à la retraite ...................................................................................................................................................12 Les bienfaits pour les personnes avec des enjeux de santé mentale ....................................................................................................... 13 Le bénévolat corporatif ............................................................................................................................................................................................ 13 L’effet des dons et des œuvres de charité sur la santé mentale ............................................................................................................... 13 Les effets de l’engagement social sur la santé sociale ............................................................................ 16 Les effets des dons de biens sur les liens sociaux ...........................................................................................................................................17 PARTIE3 03|LES LIMITES DE LA PERSONNE ENGAGÉE Le respect des limites de la personne engagée .......................................................................................... 19 L’épuisement des personnes engagées .............................................................................................................................................................. 19 Les divers facteurs contribuant à l’épuisement des personnes engagées ............................................................................................20 Évaluer les limites de la personne engagée ................................................................................................ 21 CONCLUSION ...........................................................................................................................................................................................................................25 RÉFÉRENCES ............................................................................................................................................................................................................................27 TABLE DES MATIÈRES
UN CONSTAT NOVATEUR ÉMERGE DES RECHERCHES SCIENTIFIQUES : DIVERSES FORMES D’ENGAGEMENT SOCIAL PERMETTENT AUX PERSONNES D’AMÉLIORER LEUR ÉTAT DE SANTÉ GLOBALE ET LEUR BIEN-ÊTRE. À CE TITRE, L’ENGAGEMENT SOCIAL PERMET DE PRÉVENIR LE DÉVELOPPEMENT DE CERTAINES MALADIES CHRONIQUES, DE RÉDUIRE LE RISQUE DE MORTALITÉ ETD’AMÉLIORER LA QUALITÉ DE VIE. Dès le début des années2000, des équipes de recherches ont élaboré des modèles pour expliquer en quoi l’engagement social encourage l’activité physique, l’implication sociale et lastimulation cognitive (Fried et al., 2004). En plus d’observer une amélioration de la qualité de vie des personnes engagées, les équipes de recherche ont constaté une amélioration de laforce et de l’équilibre, unediminution des chutes, une diminution de la résistance àl’insuline et de la pression artérielle, l’augmentation du soutien social, ainsi qu’un sentiment d’efficacité personnelle et de réserve cognitive (Anderson et al.,2014). Les effets potentiels du bénévolat conduisent à une amélioration générale du fonction nement et à une réduction du risque de démence (Anderson et al., 2014). En retour, cela réduit lescoûts liés àla prise encharge par le réseau de la santé. Les études recensées dans la littérature scientifique portent sur l’engagement social à l’échelle individuelle et organisationnelle à partir d’ une approche de santé globale, telle que définie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). La santé globale vue par l’OMS Selon l’OMS, la santé globale représente un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité (OMS, 1946). C’est à partir de cette définition que plusieurs études s’intéressent aux retombées potentielles de gestes concrets d’engagement social sur la santé physique, mentale et sociale des personnes à court et à moyen terme, ainsi que de possibles effets à long terme. L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|5 INTRODUCTION
|L’ENGAGEMENT SOCIAL DÉFINITION DE L’ENGAGEMENT SOCIAL Un ensemble de gestes volontaires et concrets par lequel unepersonne, un groupe ou une organisation consacre, entreautres choses, une partie de son temps, de son expertise, de son argent, de ses biens ou de sa notoriété à une cause conforme à ses valeurs et aspirations, afin de contribuer au mieux-être de ses proches, d’une communauté, de l’humanité ou plus largement de la vie sur Terre (Université Laval, 2020). Les diverses formes d’engagement social : Engagement social Bienfaisance Bénévolat Engagement social (social commitment) Activité prosociale Activité altruiste Engagement civique Dons de charité 6|Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement socialIUniversité Laval PARTIE1
Résumé des mécanismes potentiels par lesquels l’engagement social influence positivement la santé globale et les effets potentiels recensés. Potentiels mécanismes Potentiels effets Santé physique • Diminution du risque d’adiposité centrale et de dérégulation lipidique • Diminution du risque de glycémie élevée • Diminution du risque du syndrome métabolique • Diminution de la tension artérielle • Diminution de la protéine C réactive (marqueur inflammatoire) • Diminution du taux d’interleukine6 (marqueur inflammatoire) • Amélioration de la force physique • Déclin du nombre de chutes • Diminution des douleurs physiques • Amélioration de la santé cardiovasculaire • Amélioration de la santé métabolique • Amélioration de la santé fonctionnelle • Amélioration de la santé immunitaire Santé mentale • Amélioration du fonctionnement cognitif • Diminution des symptômes de dépression • Augmentation du sentiment de bonheur • Augmentation de la satisfaction à l’égard de la vie • Augmentation de la santé autodéclarée • Diminution du stress • Augmentation du bien-être émotionnel • Amélioration de la santé cognitive • Amélioration de la santé émotionnelle • Amélioration du bien-être • Amélioration de la qualité de vie • Diminution de risques de diagnostic dela maladie d’Alzheimer Santé sociale • Augmentation des occasions d’apprentissages etde développement de compétences • Augmentation et amélioration des connexions sociales • Amélioration des liens sociaux • Amélioration de l’estime de soi et de l’efficacité personnelle • Diminution du sentiment de solitude L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|7
|LES EFFETS DE L’ENGAGEMENT SOCIAL LES EFFETS DE L’ENGAGEMENT SOCIAL SUR LA SANTÉ PHYSIQUE Plusieurs études démontrent les effets positifs de l’engagement social sur la santé physique, notamment sur la santé cardiovasculaire, immunitaire et fonctionnelle. Les jeunes et les personnes plus âgées engagées socialement ont le potentiel de diminuer les facteurs de risques associés aux maladies cardiovasculaires, telsque l’obésité, le taux de glycémie élevée, l’hypertension artérielle et les triglycérides élevés (Burr et al., 2016 ; Kim & Ferraro, 2014 ; Schreier et al., 2013). En particulier, le bénévolat favorise la santé autorapportée, améliore les fonctions physiques et réduit les risques de mortalité – les deux derniers effets ont également été scientifiquement prouvés avec des études de grandes tailles (Lum & Lightfoot, 2005 ; Nichol et al., 2023 ; Tang, 2009). Le bénévolat d’intensité modérée est associé à un faible risque d’hypertension artérielle et de pression artérielle chez les adultes d’âge moyen et les personnes aînées (Burr et al., 2016). Selon une étude rassemblant environ 19000personnes d’âge moyen et d’aînées, faire du bénévolat presque chaque semaine ou plus souvent est associé prospectivement avec des risques réduits de limitations dans les activités de la vie quotidienne (Weziak-Bialowolska et al., 2024). Les bienfaits chez les personnes de 50ans et plus L’enquête nationale « Health and Retirement Study » (Burr et al., 2016) Population étudiée : 7 803 personnes âgées de 51 à 104ans vivant aux États-Unis. Principaux résultats : Chez les adultes d’âge moyen, le bénévolat est associé à une diminution de risque des facteurs métaboliques défavorables, tels que l’adiposité centrale, un profil lipidique altéré, un taux de glycémie élevé et un syndrome métabolique. Chez les personnes âgées, le bénévolat est lié à une probabilité réduite de l’hypertension artérielle. Le bénévolat d’intensité modérée est particulièrement bénéfique pour la santé cardiométabolique, tandis que le bénévolat d’intensité élevée n’apporterait pas plus de bénéfices sur la santé cardiométabolique. L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|9 PARTIE2
LES EFFETS DE L’ENGAGEMENT SOCIAL SUR LA SANTÉ SOCIALE De nombreuses recherches font état des effets positifs del’engagement social sur les liens sociaux et l’estime de soi. En plus de favoriser la création des liens sociaux de qualité qui peuvent agir comme soutien social (Fried et al., 2004 ; Manjunath et al., 2021) et de réduire la solitude chez les personnes bénévoles (Yeung et al., 2025), des effets similaires sont observés chez les personnes bénéficiaires. Le soutien apporté par les bénévoles tend à réduire les niveaux de stress émotionnel, l’isolement social et le sentiment de solitude chez les personnes aidées. Cet effet se remarque tout particulièrement chez les personnes plus vulnérables, comme lespersonnes âgées, les personnes avec des enjeux de santé mentale ou physique et les familles avec un enfant malade (Grönlund, 2020). Le bénévolat agit à double sens sur les liens sociaux, en permettant de renforcer les liens sociaux à la fois des bénévoles et des personnes aidées. À l’échelle individuelle, une étude menée auprès d’une population adulte a démontré que les personnes engagées dans dubénévolat présentaient un niveau de bien-être supérieur àcelles qui n’en pratiquaient pas. De même, les bénévoles avaient des niveaux plus élevés d’estime de soi, d’efficacité personnelle et de liens sociaux (Brown et al., 2012). De plus, certaines personnes rapportent que le bénévolat est une bonne opportunité de rencontrer de nouvelles personnes etd’améliorer leurs compétences en communication interpersonnelle (Gaber et al., 2025). À l’échelle organisationnelle, l’engagement bénévole fait en sorte que les gens se sentent utiles et appréciés, améliorant en retour leur santé globale etleur sentiment de bien-être. Le programme de bénévolat intergénérationnel dans des écoles primaires Experience Corps, vu précédemment pour ses bienfaits physiques, souligne également les effets bénéfiques liés aux liens sociaux, ausoutien social et à la stimulation cognitive. 16|Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement socialIUniversité Laval
Le programme Experience Corps et les liens sociaux La grande majorité des personnes du groupe intervention ont accepté de participer à l’aide aux élèves (64 %). De cesbénévoles, 90 % se sont dits satisfaits de leur implication et 80 % ont renouvelé leur engagement l’année suivante. Après leur participation au programme, les bénévoles dugroupe intervention ont rapporté une augmentation significative du nombre de personnes sur qui compter encas de besoin d’aide, tandis que ce nombre avait diminué chez les personnes du groupe contrôle. En ce qui a trait àla stimulation cognitive, lors du suivi, les personnes participantes au programme ont déclaré regarder moins la télévision quotidiennement que celles du groupe contrôle. Parailleurs, les bénévoles ont poursuivi leurs activités cognitives d’intensité modérée à élevée, telles que la cuisine et les casse-têtes, malgré l’ajout de 6 à 7 différentes activités bénévoles à l’école primaire, totalisant 25h parsemaine durant le programme (Fried et al., 2004). Voilà un modèle gagnant-gagnant pour la santé globale des bénévoles et pour les élèves bénéficiant d’aide supplémentaire dans les écoles primaires. Ce type d’initiative organisationnelle et communautaire devrait être encouragée pour résoudre certains besoins sociaux etpour promouvoir de saines habitudes de vie auprès d’une population vieillissante. Les effets des dons de biens sur les liens sociaux Une étude sur les personnes donneuses de sang a démontré que celles-ci ressentaient des effets positifs, notamment delasatisfaction sociale d’avoir contribué ou aidé et de s’être rendu utile. Lesrésultats de l’étude indiquent que 54% des sujets rapportent au moins un changement, qu’il soit d’ordre physique, psychologique, spirituel ou éthique. Parmi les sujets, 29% d’entre eux ont vécu une expérience exclusivement positive, 19% exclusivement négative, et 6%, mixte. Les effets positifs commençaient une heure suivant le don et pouvaient durer des semaines, alors que les effets négatifs avaient tendance às’estomper après quelques minutes, heures ou jours. Unmeilleur état d’alerte et un sentiment général demieux-être après le don ont également été rapportés parmiles effets positifs (Nilsson Sojka, 2003). Les dons d’argent affectent aussi positivement le bien-être, lasatisfaction à l’égard de la vie et l’estime de soi. Une étude auprès d’un groupe de personnes âgées de 24 à 59ans visant à mesurer ces effets a établi que le bien-être des personnes ayant donné de l’argent s’est amélioré de façon significative comparativement à un groupe contrôle. Les personnes donatrices ont aussi constaté une hausse de leur satisfaction à l’égard de la vie et de leur estime de soi (Surana & Lomas, 2014). L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|17
LE RESPECT DES LIMITES DE LA PERSONNE ENGAGÉE De l’engagement social découlent de nombreux effets positifs sur la santé globale. Cependant, il importe de souligner que trop s’engager peut nuire à la santé. L’épuisement professionnel des personnes engagées sera abordé avant de proposer un modèle pour évaluer la charge en engagement et ainsi éviter les conséquences négatives. L’épuisement des personnes engagées Les personnes engagées dans une cause sociale à long terme s’exposent parfois à un coût psychologique pouvant affecter leur bien-être, se traduisant par l’épuisement (burn-out) et l’abandon de leur engagement. Il faut dire que l’engagement social rend les personnes plus susceptibles d’atteindre cet état psychologique en raison de sa nature même, avec les situations émotionnelles, les efforts soutenus et les pressions sociales qu’il présente. |LES LIMITES DE LA PERSONNE ENGAGÉE Définition L’épuisement chez une personne engagée : […]une affection se manifestant par des sentiments demalaises légers ou profonds, d’ordre physique, émotionnel ou psychologique, provoqués par des facteurs sociaux, environnementaux et personnels (Munroe et Brunette, 2001, p. 171). Cette forme d’épuisement correspond à un état de fatigue physique, émotionnelle et mentale entravant la capacité delapersonne à continuer à agir efficacement en faveur deson engagement. L’épuisement peut prendre la forme d’unsentiment d’impuissance mentale et physique face auxdéfis, ou d’une perte de sens associé au sentiment que,peu importe les efforts fournis, l’atteinte des objectifs demeure quasi impossible. Les personnes ont le sentiment d’être inefficaces, den’avoir rien accompli. Unsentiment qui peut être alimenté par le fait que letravail militant implique de s’investir à long terme, sur des objectifs parfois difficilement atteignables. Un découragement qui peut être alimenté par le manque de ressources suffisantes pour bien faire son travail etun manque d’aide etdesoutien nécessaires (Cottin-Marx, 2023, p. 158). L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|19 PARTIE3
Les divers facteurs contribuant à l’épuisement des personnes engagées a. La surcharge de travail et la pression temporelle : l’écart trop grand entre les exigences de travail liées à une cause et les ressources disponibles. Bien que présent parmi de nombreux petits groupes, le sentiment de responsabilité des membres à l’égard de la cause les pousse à poursuivre leur engagement au risque de l’épuisement. b. Le faible contrôle de son travail : l’écart entre la responsabilité de la personne engagée et sa capacité décisionnelle. C’est le cas des bénévoles dans des organisations à but non lucratif (OBNL) qui doivent faire valider leurs idées par d’autres personnes dans la hiérarchie organisationnelle. Le sentiment d’inefficacité et l’impossibilité de contrôler sa tâche peuvent éventuellement mener à un épuisement. c. Les récompenses insuffisantes : le décalage entre les actions menées et les récompenses obtenues. Certaines personnes engagées ressentent un sentiment d’impuissance face au peu de changements, malgré de si grands efforts déployés pour une cause, parfois pendant des années. Une fatigue chronique s’installe alors en raison du sentiment de travailler pour une cause perdue. d. La perte de sentiment d’appartenance et de soutien social : un sentiment qui peut émaner de conflits au sein du groupe ou de l’organisation. Les conflits d’égo, les désaccords sur le fond ou sur la stratégie sur les actions àmener ou les décisions importantes peuvent conduire àl’épuisement. e. Le manque d’équité : l’écart constaté entre les valeurs projetées ou attendues et les pratiques réelles des groupes et organisations (travail militant isolé, conditions épuisantes, relations conflictuelles, sexisme). Certaines personnes ressentent un choc psychologique face à cet écart et sont susceptibles de devenir cyniques, colériques et hostiles (Cottin-Marx, 2023). f. Le conflit de valeurs : l’écart entre les volontés réelles dela personne engagée et ce qu’elle accomplit sur le terrain. Par solidarité ou loyauté envers un groupe, desbénévoles se retrouvent parfois à mener des actions en contradiction avec leurs propres désirs et valeurs. Celapeut entraîner un mal-être profond et affecter négativement leur santé mentale. C’est pourquoi, avant de s’engager, la personne doit prendre le temps de bien évaluer ses disponibilités en matière de ressources temporelles et financières pour ne pas en consacrer plus qu’elle ne le peut. Le bien-être de la personne engagée est central, car, sans bénévoles, il n’y aurait pas d’avancement des causes en question. Chaque personne doit respecter sespropres limites pour venir en appui à une cause sans quecela constitue un risque d’épuisement pour elle. 20|Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement socialIUniversité Laval
ÉVALUER LES LIMITES DE LA PERSONNE ENGAGÉE Recommander l’engagement social exige de poser un regard bienveillant sur les capacités de la personne et de l’accompagner dans l’évaluation de ses limites. Avant même de s’engager dans un milieu, il est pertinent de questionner la personne surles raisons et les motivations qui la pousse à agir. Dans cette perspective, il est possible d’établir un « FITT » : fréquence, intensité, temps et type d’engagement désiré. Ce concept s’avère pratique pour définir clairement les limites de la personne ou encore pour effectuer une introspection sur ses implications et engagements. Toutefois, évaluer l’intensité ou la charge liée à l’engagement social demeure plus difficile puisque ces valeurs sont subjectives et vont varier d’une personne à l’autre. Nous proposons ici un modèle adapté du NASA Task Load Index (Pandian & Suleri, 2020), un outil permettant d’autoévaluer la demande mentale et physique ainsi que le temps, l’effort, la performance et le niveau de frustration liée à un travail (Pandian & Suleri, 2020). Le modèle permet d’évaluer la charge associée à l’engagement social sur une échelle de 0 à 10, où 0 correspond à une faible exigence et 10 à une forte exigence. Dorénavant, il serait intéressant que des équipes de recherches développent et valident un outil plus adapté pour évaluer l’intensité perçue en fonction du type d’engagement social. Modèle adapté du Nasa Task Load Index représentant lacharge associée à l’engagement social évaluée surdeséchelles de 0 à 10. Demande mentale À quel point la demande était-elle mentalement exigeante ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Demande physique À quel point la demande était-elle physiquement exigeante ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Demande temporelle Dans quelle mesure le rythme de la tâche était-il précipité ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Niveau de contribution Dans quelle mesure avez-vous réussi à accomplir ce que vous désiriez accomplir ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Efforts requis À quel point avez-vous dû travailler dur pour accomplir votreniveau de performance ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Niveau de frustration Dans quelle mesure étiez-vous peu sûr(e) de vous, découragé(e), irrité(e), stressé(e) et ennuyé(e) ? 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 L’engagement dans une cause sociale ne doit pas être synonyme d’abandon de soi ni de renoncement à son propre bien-être comme se priver de repos, négliger sa santé mentale ou encore dépenser des ressources destinées à d’autres besoins. L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|21
Dans une approche constructive et inclusive, il est également important de considérer que les degrés d’engagement social dépendent des déterminants de la santé. Comme plusieurs études l’ont mentionné, le statut socioéconomique, le sexe, legenre, l’âge, l’ethnie, et l’éducation peuvent représenter des médiateurs de l’engagement social. Ceux-ci affectent ainsi les moyens, les choix et les capacités d’engagement dela personne. Il importe donc de valoriser la bienveillance àl’égard de la personne engagée, en respectant ses caractéristiques, ses objectifs et son contexte de vie. 22|Chaire de leadership en enseignement sur l’engagement socialIUniversité Laval
Après avoir terminé mes études universitaires etavoir commencé à travailler à temps plein, j’ai constaté qu’il est difficile de s’engager au même niveau qu’avant. Cela a été un constat majeur après ma diplomation. L’engagement est resté important pour moi et j’ai donc toujours trouvé un moyen de m’impliquer. Lorsque le temps manque, je vais faire un don d’expertise, un don monétaire ou un don de matériel. L’essentiel est de trouver un équilibre, car l’engagement est uncycle. Il est possible de s’engager davantage àcertains moments et d’être moins disponible à d’autres moments. L’important est de s’engager selon nos propres capacités et pour les causes qui nous tiennent à cœur. VictoriaThân, étudiante, Université Laval, 2022 L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|23
Les différentes formes d’engagement social sont appuyées par des données probantes comme ayant de nombreux bienfaits sur la santé physique, mentale et sociale des personnes. Rappelons l’importance de l’accompagnement et desressources pour faciliter l’engagement, tout particulièrement dans le suivi des personnes qui donnent du sang ou desorganes. De même, le respect des capacités de la personne engagée s’avère essentiel afin qu’elle puisse profiter de tous les bénéfices de l’engagement social et éviter l’épuisement. Dans un contexte de vieillissement de la population dans lespays occidentaux, ces résultats sont porteurs d’espoir pour une prise en charge inclusive et équitable des personnes aînées en plus de démontrer les effets encourageants chez les jeunes dans une perspective de prévention. L’engagement social constitue une habitude devie essentielle pour bâtir une société plus saine, un environnement plus durable et descommunautés plus prospères. Au même titre que l’alimentation saine, la pratique d’activité physique, le sommeil et la gestion du stress – les quatre piliers d’un mode de vie sain – l’engagement social favorise la santé et le bien-être. Pourquoi ne pas considérer l’engagement social comme la cinquième habitude de vie ? Parmi les spécialistes de la santé et des services sociaux, les professionnels et professionnelles de la santé peuvent recommander l’engagement social pour promouvoir la santé et le bien-être dans uneapproche globale qui contribue au mieux-être collectif. L’engagement social représente un pilier de la santé durable, qui promeut des comportements bénéfiques à la fois pour lasanté individuelle, la collectivité et l’environnement. L’engagement social en tant que saine habitude de vieIAutomne2025|25 CONCLUSION