INTERVALLE LE MAGAZINE Raconter la science pour mieux la comprendre N°3 - SEPTEMBRE 2025
ÉDITO ‘‘ ‘‘ ‘‘ ‘‘ La science, un bien commun à cultiver ensemble À Université Côte d’Azur, nous portons une conviction forte: la science ne doit pas rester confinée dans les laboratoires ou les amphithéâtres. Elle doit irriguer la société, éclairer les débats, et inspirer chaque citoyenne et chaque citoyen. C’est pourquoi, aux côtés de la recherche, de la formation et de l’innovation, nous plaçons le dialogue entre science et société au cœur de nos missions. Notre ambition? Répondre aux grands défis contemporains en partageant toutes les formes de savoir, en rendant la science accessible, vivante et engagée. INTERVALLE, notre magazine, incarne cette volonté. Il est bien plus qu’une publication: c’est un pont entre le monde académique et la société, un espace où la culture scientifique se déploie pour nourrir le débat public. À travers ses pages, nous souhaitons placer la science au cœur des connaissances, et ainsi contribuer à former des citoyens éclairés, capables de comprendre, de questionner et d’agir. Ce projet s’inscrit dans une dynamique collective, renforcée par l’obtention en 2024 du label «Science Avec et Pour la Société» (SAPS). Cette reconnaissance, portée par Université Côte d’Azur et ses partenaires azuréens, nous permet de déployer une stratégie ambitieuse: valoriser la recherche et les expertises scientifiques, former à la médiation et à la démarche scientifique, et surtout, encourager l’implication citoyenne. Car la science se construit aussi avec et pour la société. Bonne lecture à toutes et à tous! Jeanick Brisswalter, Président d’Université Côte d’Azur Université Côté d’Azur place au centre de son action l’égalité des chances, la lutte contre les discriminations, la santé mentale et la promotion de la santé durable. Pour affirmer cet engagement, elle a créé cette année la direction Égalité-Diversité, chargée de porter et coordonner des initiatives en matière d’égalité et d’inclusion. Elle explore aussi les enjeux du numérique et de l’intelligence artificielle, afin d’en faire des leviers responsables de progrès social. Dans ce 3ème magazine INTERVALLE, certains projets de nos enseignantes et enseignants, chercheuses et chercheurs engagés montrent comment l’université participe concrètement au développement d’une société plus équitable, en cultivant le savoir, l’équité et l’innovation. Véronique Van-De-Bor, Vice-présidente Politique Sociale, Egalité, Diversité © Aurélie Macarri © Gaëlle Simon Scannez ce QR code et répondez à un questionnaire de moins de 2 minutes. Cela nous permettra de mieux comprendre vos attentes, d’affiner nos thématiques et de préparer ensemble les prochains numéros. VOTRE AVIS COMPTE ! Vous aimez ce numéro ? Vous souhaitez nous aider à améliorer Intervalle ? Retrouvez les autres ressources du service Science et Société d’Université Côte d’Azur sur science-societe-cotedazur.fr
UNIVERSITÉ CÔTE D’AZUR OUVRE UN DÉPARTEMENT DE PHARMACIE À la rentrée 2025, Université Côte d’Azur a ouvert son Département de Pharmacie au sein de sa Faculté de Médecine, devenant ainsi la 25ème Faculté de Pharmacie en France. Ce projet est le résultat d’une collaboration étroite entre Université Côte d’Azur, le CHU de Nice, les pharmaciens, les industriels, les étudiants, et la Métropole Nice Côte d’Azur. Conçu comme un modèle innovant, ce département proposera une formation centrée sur les soins pharmaceutiques, en intégrant des thématiques majeures telles que la santé environnementale, le numérique et l’intelligence artificielle. L’objectif est de former des pharmaciennes et pharmaciens compétents, polyvalents et engagés, avec des promotions à taille humaine. Pour cela, ce département utilise une pédagogie active mêlant simulation, stages pratiques et analyse de données réelles. © Université Côte d’Azur Jeanick Brisswalter lors de l’inauguration du Département de Pharmacie à la mairie de Nice le vendredi 20 juin 2025. © Adobe Stock 6 NOTRE RÉGION MOMENT FORT 10 ACTU ILLUSTRÉE 12 VOS QUESTIONS 15 VULNÉRABILITÉS & RÉSILIENCE DOSSIER 17 OPINION 29 MIEUX COMPRENDRE 30 INNOVATION 32 HISTOIRE D’UNE RECHERCHE 34 JEUNE SCIENTIFIQUE 36 40 GLOSSAIRE 41 NOS INTERVENANTS 5 BONNE NOUVELLE SOMMAIRE 38 UN AN APRÈS BONNE NOUVELLE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 6 SOMMAIRE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 7
En plus d’être un terrain pour randonneurs aguerris ou alpinistes passionnés, les Alpes sont aussi un formidable laboratoire naturel pour les scientifiques. Depuis plus de deux siècles, les géologues y scrutent les plis, les failles et les roches pour comprendre comment se sont formées les montagnes. Aujourd’hui, ce sont les entrailles-mêmes de la Terre, bien au-delà de ce qui est observable, que Stéphane Operto et son équipe du laboratoire Géoazur cherchent à découvrir. Grâce aux informations recueillies suite à différents séismes et à des méthodes d’imagerie numérique, ils révèlent peu à peu la face cachée des Alpes. La géographie des Alpes est la trace visible d’un phénomène lent et colossal: la collision entre les plaques tectoniques africaine et européenne. En résultent des chaînes de montagnes, des failles profondes et des zones où la croûte terrestre s’est enfoncée dans le manteau. Mais que se passe-t-il à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres sous nos pieds? Comment visualiser l’inaccessible? ÉCOUTER LA TERRE GRÂCE AUX SÉISMES Un phénomène naturel comme un séisme, toujours redouté, s’avère néanmoins une véritable mine d’or pour la recherche scientifique. Lorsqu’un tremblement de terre se produit, il génère des ondes qui traversent l’intérieur de la Terre. Pour enregistrer ces ondes, un vaste réseau de plus de 600 stations sismiques, permanentes ou temporaires, a été installé à travers les Alpes entre 2016 et 2020 grâce à un projet de recherche européen: AlpArray. Le laboratoire Géoazur, à Sophia Antipolis, a contribué à ce projet. Premier objectif: collecter les données sismiques de centaines de tremblements de terre lointains, appelés téléséismes. Situés à l’autre bout du globe (Japon, Alaska, Indonésie…), ces séismes puissants transmettent leurs ondes jusqu’à l’Europe, traversant ainsi les Alpes de part en part. DES IMAGES NUMÉRIQUES DE L’INTÉRIEUR DE LA TERRE Mais enregistrer les ondes ne suffit pas. Il faut ensuite décrypter les informations cachées qu’elles recèlent sur l’intérieur de la Terre, en comprenant comment elles ont été déformées par les structures géologiques durant leur trajet. Pour cela, une méthode de pointe est utilisée: la Full Waveform Inversion (FWI), littéralement “inversion complète des formes d’onde”. Derrière ce nom technique se cache une idée simple, en théorie: simuler numériquement la propagation des ondes sismiques déclenchée par chaque séisme dans un modèle semblable à celui de la Terre, mettre à jour ce dernier par itérations successives via un processus automatique d’optimisation jusqu’à trouver celui qui reproduit le mieux les signaux enregistrés. Chaque simulation résout l’équation des ondes pour prédire comment les ondes se propagent dans un milieu donné avant de la mettre à jour, en minimisant l’écart entre les observations et les simulations. Ces calculs, très coûteux, sont réalisés par des supercalculateurs nationaux, comme ceux de l’IDRIS (l’Institut du développement et des ressources en informatique scientifique du CNRS à Paris), du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) ou du CINES (Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur à Montpellier). Cela permet d’obtenir une image 3D quantitative de la croûte terrestre et du manteau supérieur, avec une résolution de l’ordre de quelques kilomètres. Le projet LisAlps s’est inscrit dans ce cadre. Il a permis, pour la première fois, de produire un modèle à haute résolution de la structure interne des Alpes sur un volume de 1500 km de long et jusqu’à 700 km de profondeur. Ce modèle a pu révéler des structures géologiques majeures, comme le massif d’Ivrée (une anomalie dense située dans les Alpes occidentales), le bassin sédimentaire de la plaine du Pô, ou encore les vestiges enfouis d’anciens océans. Il aide à mieux comprendre comment les chaînes de montagnes se forment et comment la croûte terrestre interagit avec le manteau supérieur. UNE ENQUÊTE SCIENTIFIQUE À PLUSIEURS NIVEAUX Mais construire ce modèle ne s’est pas fait en un clic. Il a fallu sélectionner plus de 100 téléséismes parmi des milliers, les simuler, comparer les données réelles et les données simulées, corriger les erreurs, ajuster les modèles… Le tout à travers un long processus itératif, c’est-à-dire répété plusieurs fois pour améliorer progressivement le modèle. Et cela demande bien plus que des compétences en géologie: mathématiques appliquées, informatique, traitement du signal… C’est toute une équipe interdisciplinaire qui a collaboré à ce projet. L’objectif à long terme est ambitieux: créer un modèle intégré de la lithosphère, la couche rigide qui forme la croûte et le haut du manteau, de toute l’Europe du Sud. Ce modèle servira à mieux comprendre la tectonique des plaques en l’utilisant dans des modélisations géodynamiques, à affiner la localisation des séismes et même à guider la recherche de géoressources. En somme, grâce à des séismes lointains, des stations installées localement et de calculateurs puissants, les scientifiques parviennent à lire l’histoire cachée des Alpes. Une histoire vieille de millions d’années, qui continue encore aujourd’hui, à faire trembler la Terre. Cette image montre la vitesse de propagation des ondes sismiques S dans la croûte terrestre et le manteau supérieur. Les couleurs traduisent les différences de propriétés des roches. © N. Mohammad PLONGÉE AU CŒUR DES ALPES: QUAND LES SÉISMES NOUS DÉVOILENT L’INTÉRIEUR DE LA TERRE Cet article a été rédigé dans le cadre du projet ANR SAPS Côte d’Azur qui assure la médiation scientifique des projets de recherche financés par l’ANR en 2020. Coupe de la structure de la terre. © Adobe Stock INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 9INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 8 NOTRE RÉGIONNOTRE RÉGION
En octobre 2020, la tempête Alex a frappé les AlpesMaritimes, laissant des paysages détruits et des citoyens bouleversés. À Saint-Dalmas-deTende et Saint-Martin-Vésubie, ce ne sont pas seulement les routes et les maisons qui ont été touchées, les eaux ont aussi emporté des cimetières. Une seconde disparition des défunts pour leurs proches. L’association «Remontons la Roya», a été créée pour accompagner les habitants et elle a sollicité les scientifiques de l’université à mener des recherches sur les impacts de ce drame à Saint Dalmas de Tende. Les tombes emportées par les eaux ont bouleversé les familles, qui ont dû faire face à la perte de leurs proches une seconde fois. Les corps retrouvés ont été placés dans des lieux provisoires en attendant une reconstruction, privant les vivants d’un endroit pour se recueillir. Plus qu’un simple lieu de sépulture, le cimetière est un espace de mémoire collective où se tissent des liens forts entre les vivants et les défunts. La tempête Alex a de toutes évidences laissé une empreinte durable sur les communautés touchées. UNE INITIATIVE DE RECHERCHE Ce projet de recherche qui réunit des anthropologues et une géographe, s’intéresse aux changements dans les pratiques de recueillement et dans les cimetières. L’équipe a pu observer l’apparition de nouveaux rituels. Par exemple, des cénotaphes ont été créés: pierres, bougies et fleurs marquant des lieux de recueillement improvisés qui, avec le temps, se sont installés durablement. Ces gestes montrent un besoin fort de retrouver des repères dans un territoire marqué par la destruction. La vision du paysage est également impactée: la rivière, autrefois symbole de vie, est aujourd’hui associée au deuil. La disparition de cimetières a mis en lumière l’importance cruciale de ces espaces pour les communautés. Bien plus que des lieux de recueillement, ils servent aussi de promenades et de points d’ancrage pour la mémoire collective. Au total, plus d’une trentaine d’entretiens a été réalisé auprès des habitants, du curé, des pompiers, du maire et des associations. Ces témoignages permettent de mieux comprendre les histoires personnelles et collectives face à cette perte. Ce travail de recherche a mis en lumière les pratiques individuelles avec des dynamiques de communauté plus larges. Il traduit la capacité des habitants à s’adapter, à reconstruire leurs repères et à transformer les paysages mémoriels. UNE RECHERCHE AU SERVICE DE LA MÉMOIRE COLLECTIVE Ce projet a permis de comprendre comment les communautés réinventent leurs pratiques et leurs attachements en réponse aux bouleversements. Il valorise les spécificités locales et guide la reconstruction des lieux de mémoire, en tenant compte des attentes et des identités des habitants. Cette recherche apporte également des perspectives utiles pour la gestion des catastrophes et leur impact sur le lien social. Depuis 2020, Agnès Jeanjean, enseignante-chercheuse d’anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie de Psychologie Clinique Cognitive et Sociale (LAPCOS) et Karine Emsellem, enseignante-chercheuse en géographie au laboratoire ESPACE, portent ce projet dont l’aboutissement est prévu en 2027. Elles ont été rejointes par la documentariste et anthropologue Marylou Cler, qui participe à la réalisation d’un film. L’équipe envisage aujourd’hui d’étendre leurs recherches dans le contexte spécifique de Saint-Martin-Vésubie. Photo de la reconstruction de lieux de recueillements. © Agnès JeanJean INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 11INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 10 QUAND UNE CATASTROPHE BOULEVERSE LES MORTS ET LES VIVANTS NOTRE RÉGIONNOTRE RÉGION
Il y a des noms qui ne s’effacent pas. Des noms qui résonnent bien au-delà des amphithéâtres et des couloirs feutrés des laboratoires. Jean Céa est de ceux-là. Un nom qui évoque à la fois la rigueur mathématique et la chaleur humaine, le goût de la transmission et l’intuition. Aujourd’hui, ce nom est gravé dans la pierre de deux lieux emblématiques d’Université Côte d’Azur: à Sophia Antipolis, le bâtiment de Polytech et à Nice, la bibliothèque du laboratoire Jean Alexandre Dieudonné (LJAD). Né en 1932 et disparu en 2024, Jean Céa a traversé le XXe siècle en bâtisseur de liens. Recruté en 1970 comme professeur à l’Université de Nice, il participe à la fondation du laboratoire J-A Dieudonné, qui deviendra un pilier de la recherche en mathématiques appliquées en France. Spécialiste mondialement reconnu de l’optimisation, il pose très tôt les bases d’un dialogue entre mathématiques et informatique, entre recherche fondamentale et enjeux industriels. Mais Jean Céa, c’est également un humaniste. Un enseignant passionné, qui croyait dur comme fer que les savoirs devaient circuler, s’ouvrir, se transmettre. Après sa retraite, il n’a pas quitté la recherche: il a porté la science dans les quartiers populaires de Nice, convaincu que les équations pouvaient aussi ouvrir des avenirs. UN BÂTIMENT À SON NOM À POLYTECH NICE SOPHIA: L’HÉRITAGE DU BÂTISSEUR Le 24 janvier 2025, un hommage a réuni la communauté universitaire sur le campus SophiaTech. Polytech Nice Sophia inaugurait le bâtiment Jean Céa. Un hommage rendu à celui qui, dans les années quatre-vingt, fut le père fondateur des formations d’ingénieurs à Sophia Antipolis. À une époque où l’université, l’entreprise et la recherche avançaient souvent en silos, Jean Céa a su imaginer des passerelles. Dans les années quatrevingt, il a posé les bases de l’École Supérieure en Sciences Informatiques (ESSI), précurseur de l’actuelle école d’ingénieurs Polytech, en conjuguant excellence académique et ouverture vers le monde socio-économique. Dans les discours prononcés ce jour-là, tous saluaient le même esprit: celui d’un homme qui, sans bruit, savait fédérer. Un homme convaincu que l’innovation naît de la rencontre entre les disciplines et les générations. LA BIBLIOTHÈQUE DU LABORATOIRE DE MATHÉMATIQUES DEVIENT «BIBLIOTHÈQUE JEAN CÉA» Quelques mois plus tard, le 2 juillet 2025, le campus Valrose s’est paré d’émotion pour l’inauguration de la bibliothèque Jean Céa, au cœur du laboratoire qu’il avait contribué à fonder. Familles, collègues, élèves, mathématiciennes et mathématiciens d’ici et d’ailleurs se sont réunis pour faire vivre sa mémoire. Au fil des discours, des anecdotes et des mini-conférences retraçant ses travaux, c’est tout un portrait qui s’est esquissé: celui d’un scientifique à la curiosité insatiable, d’un collègue bienveillant et d’un pédagogue. Une plaque commémorative a été dévoilée symboliquement à l’entrée de la bibliothèque. À l’intérieur, un nouvel espace, la Mathothèque, permettra d’emprunter des objets mathématiques pour des actions de médiation, une manière concrète de prolonger l’engagement de Jean Céa pour la diffusion du savoir. La cérémonie s’est conclue autour d’un pot de l’amitié, exceptionnellement organisé dans la bibliothèque ellemême, comme un clin d’œil à celui qui savait que les mathématiques se vivent autant qu’elles s’enseignent. Son nom, désormais, orne les portes d’espaces où l’on vient réfléchir, échanger, créer... DEUX LIEUX POUR UN MÊME SOUFFLE En baptisant un bâtiment et une bibliothèque à son nom, Université Côte d’Azur fait bien plus que saluer la mémoire d’un chercheur, elle appelle à poursuivre ses travaux. Jean Céa n’a jamais vu les mathématiques comme une discipline isolée. Pour lui, elles étaient un outil de transformation, une force pour comprendre et faire avancer le monde. Bibliothèque Jean Céa au Laboratoire Jean Alexandre Dieudonné. © Aurélie Macarri Inauguration du bâtiment Jean Céa à Polytech Nice Sophia avec Laurent Counillon, Vice-Président Recherche et Innovation Université Côte d’Azur a pu y faire un discours. JEAN CÉA L’HOMME QUI DESSINAIT DES PONTS ENTRE LES SAVOIRS MOMENT FORT INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 13INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 12 MOMENT FORT
Il y a plus de trente ans, on découvrait que le syndrome de l’X fragile, première cause génétique connue de l’autisme, était provoqué par des défauts dans un gène unique. Les recherches menées dans l’équipe de Stéphane Martin à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC) ont révélé un nouveau mécanisme au cœur des neurones. Les chercheurs testent actuellement des pistes thérapeutiques inédites pour réparer ces problèmes de communication cérébrale. Le syndrome de l’X fragile est une maladie génétique rare mais bien connue. Elle touche environ un garçon sur quatre mille et deux fois moins de filles. Le gène responsable Fragile X Messenger Ribonucleoprotein 1 gene (FMR1) est situé sur le chromosome X. Il suffit donc d’une seule mutation chez les garçons (porteurs d’un seul chromosome X) pour provoquer la maladie alors que chez les filles (porteuses de deux chromosomes X), cette mutation peut être compensée lorsqu’un seul des chromosomes X est porteur de la mutation. Sur l’image ci-contre prise en laboratoire, on peut observer des cellules nerveuses saines appelées neurones. Ces cellules communiquent entre elles grâce à des connexions, façonnées en grande partie durant le développement du cerveau: les synapses. Celles-ci se forment notamment grâce à une protéine clé: FMRP (Fragile X Messenger Ribonucleoprotein), produite par le gène FMR1. Chez les personnes atteintes du syndrome de l’X fragile, cette protéine FMRP est absente sauf dans certains cas rares où elle est présente mais ne fonctionne pas correctement. Les synapses sont alors mal formées et trop nombreuses. C’est ce que l’on peut voir en zoomant sur une dendrite, prolongements du neurone qui captent les messages venus de ses voisins, X fragile (photo A): les prolongements, ou épines endritiques, sont anarchiques. Ces défauts des synapses altèrent la communication entre les neurones. Ce dérèglement entraîne des troubles cognitifs, de l’hyperactivité, des difficultés dans les interactions sociales et conduit dans certains cas à des troubles autistiques. LA PISTE SUMO: PETIT AJOUT, GRANDS EFFETS À l’IPMC, Stéphane Martin et son équipe ont mis en lumière un nouveau mécanisme de régulation de la protéine FMRP: la SUMOylation. Ce terme désigne un processus biochimique où une petite molécule, appelée SUMO, se fixe temporairement à une protéine cible. Cette association change à la fois l’environnement et l’activité de la protéine dans la cellule. Dans le cas de la protéine FMRP, cette modification lui permet d’assurer son rôle de transport des ARN messagers le long des neurones, jusqu’aux synapses. Une fois arrivés aux niveaux des synapses, ces ARN messagers servent de plans de fabrication pour les protéines qui X FRAGILE: COMPRENDRE LES NEURONES POUR MIEUX SOIGNER ACTU ILLUSTRÉE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 15INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 14 ACTU ILLUSTRÉE
VOS QUESTIONS ? ? ? Si vous pouviez poser n’importe quelle question à une chercheuse ou un chercheur, quelle serait-elle? Envoyez-la à:
[email protected] Vous trouverez peut-être la réponse dans le prochain numéro ! Réponse de Yannick Rumpala, enseignantchercheur au laboratoire l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés (ERMES) On pense souvent que la science-fiction met simplement en scène des voyages dans l’espace ou des technologies futuristes impossibles. Mais en réalité, elle peut aussi servir à réfléchir sérieusement à notre avenir, notamment en science politique. Face aux crises écologiques et à l’urgence d’imaginer des alternatives, la sciencefiction nous donne des ressources pour explorer des scénarii variés, qu’ils soient utopiques ou dystopiques: sociétés plus solidaires, gouvernance différente, ou encore nouvelles façons d’utiliser la technologie. La force de la science-fiction est qu’elle nous sort de nos certitudes et nous pousse à tester des idées radicales, parfois inquiétantes, parfois inspirantes. Elle devient alors un outil précieux pour penser la transition écologique et imaginer comment habiter la Terre demain, sans se limiter à un seul futur possible. LA SCIENCE-FICTION PEUT-ELLE NOUS AIDER À REPENSER NOTRE MANIÈRE DE VIVRE SUR TERRE? façonnent les connexions neuronales. Grâce à la SUMOylation, FMRP peut donc dérouler ses plans au bon endroit, au bon moment. Chez certains patients X fragile, ce processus est perturbé par une anomalie génétique rare, la mutation FMRP-R138Q, qui modifie un seul acide aminé dans la protéine mais juste à côté du site de fixation de SUMO. Cette petite modification a de grandes conséquences: elle perturbe le rôle de FMRP qui ne peut plus se fixer. Pour analyser cette mutation et ses conséquences, l’équipe de chercheurs sophipolitains a développé un modèle animal, une souris porteuse de la mutation FMRP-R138Q. Ce modèle reproduit les anomalies observées chez les patients: un excès de synapses, des troubles de la communication neuronale et des comportements altérés pour les souris, notamment sur le plan social et cognitif. Ce nouveau modèle préclinique représente une forme atypique mais bien réelle du syndrome de l’X fragile, où la protéine FMRP est encore présente, mais défectueuse. Il est donc précieux car il permet d’explorer des approches thérapeutiques ciblées pour la maladie du X fragile. VERS DES TRAITEMENTS? Deuxième étape du projet: chercher des solutions pour corriger les effets de la mutation. L’idée est simple, restaurer la bonne SUMOylation de FMRP. Pour cela, les chercheurs ont testé des molécules, déjà approuvées en clinique humaine pour d’autres maladies, capables d’agir sur le mécanisme de SUMOylation. Les premiers résultats sont prometteurs: deux composés permettent de réduire l’excès de connexions synaptiques chez les souris mutantes. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet InnoVinFXS, qui vise à développer de nouvelles pistes thérapeutiques pour l’X fragile, particulièrement dans les formes liées à des mutations ponctuelles dites faux-sens. En parallèle, l’équipe utilise des techniques d’imagerie cérébrale fonctionnelle, comme le PET scan. Cet outil permet de suivre l’activité cérébrale chez l’animal vigile (animal éveillé, conscient et non anesthésié), un peu comme une caméra thermique qui révèle les zones actives du cerveau. Grâce à cette approche, les chercheurs peuvent localiser précisément quelles régions du cerveau sont perturbées par la mutation FMRP-R138Q et mieux comprendre comment ces anomalies de réseaux neuronaux se traduisent en troubles du comportement. Ces données sont précieuses car elles permettent à la fois de saisir le lien entre un défaut moléculaire et ses conséquences à l’échelle du cerveau entier, et de repérer d’éventuelles signatures cérébrales précoces de la maladie. À terme, ces signatures pourraient devenir de véritables marqueurs, utiles pour affiner le diagnostic ou pour suivre l’efficacité de traitements expérimentaux. Ainsi, l’imagerie joue un rôle de passerelle entre la recherche fondamentale et la clinique, en vérifiant si les pistes thérapeutiques testées en laboratoire corrigent réellement les circuits cérébraux impliqués dans la cognition et la sociabilité. Cette recherche montre qu’une modification minuscule, un simple changement d’acide aminé dans une protéine peut perturber l’ensemble du fonctionnement cérébral. Ceci montre également que comprendre ces mécanismes au cœur des neurones ouvre de véritables pistes pour agir. À terme, ces découvertes pourraient permettre de développer des thérapies personnalisées pour les patients atteints du syndrome de l’X fragile, et plus largement de mieux comprendre certains troubles du neurodéveloppement. Même les plus petites molécules peuvent donc devenir des alliées puissantes pour rétablir l’équilibre du cerveau. Cet article a été rédigé dans le cadre du projet ANR SAPS Côte d’Azur qui assure la médiation scientifique des projets de recherche financés par l’ANR en 2020 . Images représentatives de dendrites issues de neurones en culture de souris saines (A) ou de souris porteuses de la mutation (B). © Stéphane Martin 5 µm 5 µm VOS QUESTIONS INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 17INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 16 ACTU ILLUSTRÉE
Réponse de Benoît Régent, enseignant-chercheur au Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG) Nice accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs, que vous croiserez principalement sur le littoral et dans le centre historique. Ce succès est une chance, mais il soulève aussi la question du surtourisme. Le défi est peut-être désormais de mieux répartir l’attractivité vers l’arrière-pays et l’ensemble de la métropole. Cela permettrait de développer un tourisme plus acceptable pour tous. L’objectif final est de construire un tourisme durable, fondé sur un équilibre harmonieux entre ville, montagne et villages. Pour y parvenir, le développement des transports, la création d’attractions adaptées et une meilleure mise en valeur grâce au marketing territorial seront des leviers essentiels. Y A-T-IL DÉJÀ TROP DE TOURISTE À NICE? Réponse de Luigi Flora, codirecteur patient du Centre d’Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public (CI3P) Dans notre centre, nous associons des patients et des citoyens à la recherche, à la formation des étudiants en santé et à la réflexion avec les professionnels. Nous avons mené un projet de recherche de coconception d’une plateforme d’aide à la prescription d’applications mobiles de santé. Les patients ont participé à toutes les étapes: comité scientifique, étude d’acceptabilité sociale et coévaluation des applications. Résultats: des solutions plus pertinentes et mieux adaptées aux besoins réels des utilisateurs et du milieu de soin. Le rôle des patients est de plus en plus important! EST-CE QUE LES PATIENTS PEUVENT AIDER LA RECHERCHE EN SANTÉ? Réponse de Damien Bazin, enseignant-chercheur au Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG) Pas tout à fait! Le développement durable repose sur trois piliers: économique, environnemental et social. Mais, dans les faits, la dimension économique prend souvent le dessus. Le social, lui, est parfois réduit à une vision limitée: lutter contre la pauvreté. Or, les inégalités, la vulnérabilité et la cohésion sociale sont tout aussi essentielles. Sans justice et solidarité, les politiques écologiques sont moins acceptées et donc moins efficaces. Le défi actuel est par conséquent de renforcer le pilier social pour construire une durabilité plus inclusive. LE DÉVELOPPEMENT DURABLE, EST-CE SEULEMENT UNE HISTOIRE D’ÉCONOMIE? Réponse de Ulrike Mayrhofer, enseignante-chercheuse au laboratoire Groupe de Recherche en Management (GRM) Absolument! Dans une organisation, on trouve de multiples cultures: nationales, professionnelles ou encore générationnelles. Ces différences, loin d’être un obstacle, peuvent enrichir les échanges et stimuler la créativité. Nos recherches montrent que la diversité favorise aussi l’innovation et améliore le fonctionnement global de l’organisation. Mais pour que cela fonctionne, il faut valoriser les talents et les points de vue variés. C’est ainsi que naissent de nouvelles dynamiques et des synergies bénéfiques à long terme. LA DIVERSITÉ CULTURELLE PEUT-ELLE ÊTRE UN AVANTAGE? DOSSIER VULNÉRABILITÉS & RÉSILIENCE > > Vulnérabilités Les vulnérabilités désignent l’ensemble des fragilités face aux menaces. Elles peuvent concerner un territoire, une société, un écosystème ou des individus Être en situation de vulnérabilité, ce n’est pas seulement être exposé à un danger: c’est aussi manquer de ressources pour anticiper, résister et se protéger. Ces vulnérabilités peuvent être sociales, économiques, environnementales ou encore sanitaires, et s’entrecroiser, renforçant ainsi la fragilité globale d’un système. Résilience La résilience est la capacité à encaisser un choc et à se reconstruire. Après une catastrophe, une société résiliente ne se contente pas de réparer les dégâts: elle tire des leçons de l’épreuve pour s’adapter et mieux se préparer aux prochaines crises. Être résilient, c’est donc se transformer dans l’adversité plutôt que revenir simplement à l’état d’avant. La résilience ouvre ainsi une dynamique positive: rebondir et bâtir un futur plus solide. INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 18 VOS QUESTIONS
Peut-on prédire une crue qui a lieu tous les deux cents ans avec seulement un siècle de données? Ou anticiper une canicule extrême qui n’est encore jamais survenue? À l’ère du Big Data et de l’intelligence artificielle, tout semble possible. Mais derrière les performances bluffantes du Machine Learning, se cache une science bien plus ancienne: la statistique. LE BERCEAU DES DONNÉES: UNE AVENTURE STATISTIQUE Avant les algorithmes, il y avait… les statistiques. Cette discipline née de la nécessité de compter, mesurer, comparer a évolué pour devenir un pilier fondamental de la science moderne. Dès le XVIIe siècle, des figures comme Pascal explorent le hasard en cherchant à modéliser les jeux de dés. Un peu plus tard, Gauss affine les outils probabilistes pour comprendre les erreurs de mesure. Mais c’est au XXe siècle que la statistique prend un tournant décisif: l’Anglais Ronald Fisher formalise les premières méthodes d’expérimentation planifiée, posant les bases de l’inférence statistique. On y cherche des liens entre des phénomènes, comme l’altitude et le point d’ébullition de l’eau, en testant rigoureusement des modèles à partir de données mesurées sur le terrain. En parallèle se développe la statistique descriptive, avec ses indicateurs bien connus comme la moyenne, l’écart type ou encore les quartiles. Ces outils permettent de résumer l’information d’un grand ensemble de données et deviennent rapidement incontournables. DES STATISTIQUES AUX ALGORITHMES: NAISSANCE DU MACHINE LEARNING À partir des années 1970, les chercheurs commencent à rêver de machines capables d’apprendre par elles-mêmes. Les premiers réseaux de neurones artificiels voient le jour, mais leurs performances restent limitées, faute de puissance de calcul suffisante. C’est dans les années 1990, avec l’explosion de l’informatique et d’Internet, que les choses changent. Les données affluent, le stockage devient massif, et on développe des méthodes statistiques capables de s’adapter à de grandes quantités de variables sans hypothèse préalable: c’est le début du Machine Learning. Mais ne nous y trompons pas: le Machine Learning n’est pas une magie noire. C’est un apprentissage statistique automatisé. L’idée? Utiliser les données passées pour apprendre des règles, établir des prévisions, détecter des motifs. Toute la puissance du Machine Learning repose sur des fondations statistiques solides. SUPERVISÉ, NON SUPERVISÉ: APPRENDRE DES DONNÉES Il existe deux grandes familles de Machine Learning: l’apprentissage supervisé et non supervisé. L’apprentissage supervisé, où l’on entraîne un modèle à partir de données étiquetées. Par exemple, un algorithme apprend à reconnaître le mot “oui” dans des enregistrements vocaux, à partir de milliers d’exemples. Ce type d’apprentissage est au cœur de nombreuses applications: reconnaissance vocale, détection de fraude, diagnostic médical… L’apprentissage non supervisé, où l’on ne donne que les données, sans “bonne réponse”. L’algorithme tente alors de repérer des regroupements naturels. Imaginez des bancs de poissons filmés sous l’eau: peut-on distinguer des comportements ou des espèces uniquement à partir de leur mouvement? C’est ce qu’on appelle du clustering. Un bon algorithme repose sur une bonne base de données. Sinon, il peut apprendre des choses absurdes. Des études ont ainsi montré que des systèmes de reconnaissance faciale entraînés sur des images de personnes blanches identifiaient mal les visages noirs. Ou que des traducteurs automatiques, en partant d’un anglais neutre, attribuaient systématiquement certains métiers au masculin en français. Les biais ne viennent pas des machines, mais des données sur lesquelles on les entraîne. Et si ces biais ne sont pas corrigés, ils sont amplifiés par les algorithmes. C’est un enjeu majeur de recherche actuelle. MAIS COMMENT PRÉDIRE CE QU’ON N’A JAMAIS VU? C’est le défi posé par les événements rares, comme une crue millénaire, un effondrement de marché, ou une canicule historique. Ils sont d’autant plus difficiles à prévoir que certaines données ne sont disponibles que depuis 40 ans. C’est ici que les statisticiens se retroussent les manches. Leur objectif: modéliser l’inconnu à partir du peu qu’on connaît. Cela passe par des méthodes d’extrapolation, des modèles spécialisés sur les valeurs extrêmes, et parfois… un peu d’audace. Par exemple, Thomas Laloë, chercheur au Laboratoire J.-A. Dieudonné, travaille dans le cadre du projet ANR «McLaren» sur la modélisation des risques extrêmes. Ils croisent des données de température, de consommation électrique, ou de niveaux de rivières dans toute l’Europe pour essayer de repérer des corrélations invisibles à l’œil nu, et de comprendre comment certains extrêmes peuvent survenir simultanément. Grâce aux statistiques et au Machine Learning, on peut aujourd’hui mieux comprendre les phénomènes rares, prédire des catastrophes, et aider les décideurs à se préparer. Mais cela demande rigueur et prudence. Car l’objectif n’est pas seulement de «prédire», mais de quantifier l’incertitude, de dire ce qu’on sait… et surtout ce qu’on ne sait pas encore. Cet article a été rédigé dans le cadre du projet ANR SAPS Côte d’Azur qui assure la médiation scientifique des projets de recherche financés par l’ANR en 2020. Thomas Laloë. © Aurélie Maccari DES STATISTIQUES AU MACHINE LEARNING MIEUX COMPRENDRE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 33INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 32 MIEUX COMPRENDRE
CHANGER FOND Au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-sur-Mer (LOV), des chercheurs réinventent une histoire vieille de millions d’années: l’évolution des espèces. Leur terrain de jeu? Des microalgues, ces minuscules organismes marins qui savent tout faire: capter le CO 2, produire des pigments, fabriquer des oméga 3… et même dépolluer nos eaux. Le défi de ces chercheurs-entrepreneurs? Les rendre plus performantes pour des usages industriels durables. C’est le pari de la start-up DareWin Evolution, née en 2024. Quand on parle d’algues, on pense souvent à ces grandes masses brunes rejetées sur les plages, un peu gluantes et peu agréables sous nos pieds en été. Pourtant, le monde des microalgues est bien plus vaste et discret. Invisibles à l’œil nu, elles flottent dans les océans et forment une partie essentielle du plancton végétal. Depuis des décennies, l’industrie explore leurs propriétés étonnantes. Les efforts se concentrent sur les microalgues car elles représentent une alternative crédible à des impasses actuelles. Par exemple, des algues produisent naturellement des pigments colorés alors que ceux utilisés aujourd’hui sont encore issus du pétrole. Également, les oméga 3, essentiels à notre santé, sont majoritairement extraits de poissons, au prix d’une pression croissante sur les ressources marines. Or, les poissons eux-mêmes les tirent… des microalgues. D’autres souches d’algues produisent des antioxydants largement recherchés en nutrition et en cosmétique. Certaines sont aussi capables d’absorber les polluants et d’assainir les eaux usées… Leur potentiel est immense et, comparées aux cultures terrestres, elles apparaissent comme des championnes de la durabilité. Pour des quantités équivalentes, produire des microalgues demande trois fois moins d’eau que la production de soja, émet trois fois moins de CO 2 et nécessite soixante-quinze fois moins de surface agricole. En d’autres termes, elles ouvrent la voie à une nouvelle forme de biotechnologie bleue, fondée sur les ressources de la mer. L’intérêt pour les microalgues n’est donc pas uniquement scientifique: il est aussi économique, sanitaire et écologique. UNE SÉLECTION… GUIDÉE PAR ORDINATEUR Grâce à des collaborations entre le monde académique et celui du privé, l’équipe-projet Inria GreenOwl dirigée par Dr Olivier Bernard a pu déposer de nombreux brevets. Ces travaux détaillent des méthodes originales pour accélérer l’évolution naturelle de ces organismes grâce à un environnement entièrement contrôlé et assisté par ordinateur. Les grandes cultures comme le blé, le maïs ou la vigne ont été améliorées par des siècles d’évolution. Les plantes les plus robustes, les plus savoureuses ou les plus productives ont été sélectionnées par les humains depuis des millénaires. Les équipes de recherche de DareWin Evolution ont repris cette idée et ils ont imaginé accélérer l’évolution naturelle de ces organismes grâce à un environnement entièrement contrôlé et assisté par ordinateur. Dans un réacteur conçu pour l’occasion, les microalgues sont soumises à différentes pressions: variations de lumière, de température et de nutriments. Au fil des générations, certaines souches s’adaptent mieux que d’autres et finissent par dominer la population. C’est la sélection naturelle accélérée et guidée par un pilote invisible: des calculs permettant de modéliser et d’orienter une évolution, il devient possible de choisir une direction précise, par exemple favoriser les pigments ou augmenter la résistance aux variations de l’environnement. On parle ainsi de sélection darwinienne assistée par ordinateur: un processus naturel, mais accéléré et orienté, qui contourne les contraintes réglementaires liées aux OGM tout en ouvrant de nouvelles perspectives. Les perspectives sont d’autant plus prometteuses que la sélection assistée permet d’augmenter fortement la productivité et de changer l’équation économique encore fragile de l’industrie des algues. Les travaux de DareWin Evolution ont permis des gains de productivité d’un facteur deux et plus, ouvrant la voie à des filières plus compétitives et capables de concurrencer les alternatives issues du pétrole ou de l’agriculture intensive. On imagine alors des pigments bleus produits sans hydrocarbures, des compléments alimentaires indépendants de la surpêche ou des procédés de dépollution à grande échelle accessibles. ET DEMAIN? Au départ de cette aventure, plusieurs brevets développés par les chercheurs du Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (LOV) et l’Inria. Hier peu exploités, rencontres et collaborations entre les chercheurs ont permis l’émergence de cette start-up. Aujourd’hui, DareWin Evolution, soutenu par l’IDEX d’Université Côte d’Azur, est encore une jeune pousse, mais elle avance vite. Elle a déjà convaincu des investisseurs, notamment américains, de soutenir son développement. L’entreprise continue à collaborer étroitement avec les chercheurs de Villefranche pour perfectionner ses réacteurs et ses logiciels de pilotage. Le défi consiste désormais à passer de l’échelle du laboratoire à celle de l’industrie, en conservant l’efficacité et en réduisant les coûts. L’ambition est claire: poser les bases d’une véritable révolution agricole bleue, où la mer devient une alliée pour nourrir et soigner les sociétés humaines sans épuiser les ressources de la planète. Quand Darwin imaginait au XIX ème siècle la sélection naturelle comme moteur de l’évolution, il n’aurait sans doute pas prévu qu’un jour, ses idées guideraient des algorithmes informatiques. Et pourtant, c’est bien ce qui se joue aujourd’hui sur la Côte d’Azur. QUAND DARWIN RENCONTRE LES MICROALGUES: L’AVENTURE DAREWIN EVOLUTION © DarWin Evolution 5 µm INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 34 L’INNOVATION L’INNOVATION INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 35
CHANGER FOND Depuis toujours, les étoiles font rêver les humains. Mais pour les scientifiques, les discerner clairement reste un défi. À cause d’un phénomène appelé diffraction, plus un télescope est petit, plus les images sont floues. Pour observer les étoiles avec plus de détails, il faut donc des télescopes toujours plus grands... Pour voir plus que des points lumineux, nous devrions construire des télescopes immenses, parfois plusieurs centaines de mètres de diamètre. Inimaginable! Alors les scientifiques ont eu une idée brillante: combiner la lumière de plusieurs télescopes séparés. C’est le principe de l’interférométrie. L’histoire commence dans les années vingt avec deux noms: Albert A. Michelson et Francis G. Pease. Ils mettent au point un instrument: l’interféromètre stellaire. Deux miroirs, une lame semi-réfléchissante pour combiner la lumière… La technique fut appliquée en astrophysique avec l’espoir de voir les étoiles comme jamais auparavant. À l’époque, ils parvinrent à mesurer la taille de quelques géantes rouges. Mais la technique est complexe et l’instrument fragile: l’interférométrie directe est rapidement mise de côté. Dans les années cinquante, une autre méthode émerge: l’interférométrie d’intensité. Cette fois, pas besoin de croiser les faisceaux lumineux. Deux télescopes observent la même étoile et enregistrent les fluctuations d’intensité de la lumière. Si ces variations sont synchronisées, on en déduit des informations sur la taille de l’étoile. Plus simple à mettre en œuvre mais moins sensible. Il faut des télescopes géants et beaucoup de patience: jusqu’à un mois d’observation pour une seule étoile! Un observatoire en Australie a utilisé cette méthode pendant une douzaine d’années et a pu mesurer le diamètre de 32 étoiles, une première! Ce qui était vu comme une simple mesure astronomique s’avère en fait être une révolution: ces corrélations de lumière peuvent s’expliquer classiquement, mais ne sont pas faciles à décrire en termes quantiques, quand on considère que la lumière est constituée de photons. Comprendre pourquoi les photons captés par deux télescopes éloignés ont des temps d’arrivée corrélés a permis la naissance de l’optique quantique moderne. Mais malgré ses promesses, la méthode finit par VOIR L’INVISIBLE: L’INTERFÉROMÉTRIE À LA CONQUÊTE DES ÉTOILES être abandonnée en astronomie: elle manque de sensibilité, surtout quand les photons arrivent au compte-gouttes. LE RETOUR EN FORCE DE L’INTERFÉROMÉTRIE Dans les années soixante-dix, l’interférométrie revient sur le devant de la scène grâce à Antoine Labeyrie sur le plateau de Calern, près de Nice. Son idée? Reprendre le concept de Albert A. Michelson, mais avec des moyens modernes: deux télescopes séparés de plusieurs dizaines de mètres, reliés optiquement. Depuis, cette méthode s’est imposée dans les grands observatoires du monde, comme CHARA (Center for High Angular Resolution Astronomy) aux États-Unis ou le VLTI (Very Large Telescope Interferometer) au Chili. Les chercheurs de l’Observatoire de la Côte d’Azur jouent un rôle majeur dans ce domaine, notamment en développant des instruments pour ces grands interféromètres. Ces derniers restent à environ 300m de séparation entre télescopes. Par ailleurs, depuis les années soixante-dix, les détecteurs de photons ont fait des bonds de géant. On est passé de résolutions temporelles de quelques nanosecondes à… 35 picosecondes, ce qui est 1000 fois plus court! Avec ces détecteurs ultrarapides et des systèmes d’horloges atomiques pour synchroniser les données, c’est maintenant l’interférométrie d’intensité qui connaît un nouveau souffle. C’est dans ce contexte que l’équipe de William Guérin, chercheur à l’Institut de Physique (INPHINY) de Nice se lance dans l’aventure. Son objectif: montrer que l’interférométrie d’intensité est utilisable sur des télescopes existants, sans infrastructures lourdes et peut donner des résultats intéressants grâce aux technologies modernes. Tout commence par des tests en laboratoire, puis sur les télescopes de Calern, avec l’aide de Jean-Pierre Rivet, chercheur à l’Observatoire de la Côte d’Azur. Les premiers succès arrivent vite: en 2017, les scientifiques sont les premiers au monde à refaire de l’interférométrie d’intensité sur le ciel, avec détection photon par photon. L’équipe a transporté ensuite son instrument au Chili pour une phase de validation sur un télescope de 4 mètres de diamètre et sur les télescopes du VLTI. Aujourd’hui, le projet accélère. Grâce au soutien du CNRS et à un soutien financier de l’Europe, l’équipe développe un nouveau prototype: un instrument capable de capter simultanément plusieurs longueurs d’onde, avec autant de détecteurs. Ce système multiplie la sensibilité et permet de gagner du temps d’observation. Les tests sont menés à Calern, d’abord sur un télescope, puis sur deux voire trois simultanément. Le rêve: observer Sirius B, une étoile naine blanche très chaude et minuscule. Pour la voir, il faudrait un interféromètre long d’un kilomètre… Ce n’est pas encore possible, mais l’équipe espère déjà obtenir les premiers indices sur son diamètre. Pour cela, elle compte utiliser des grands télescopes existants sur le site d’Hawaï, perchés à 4000m d’altitude. Impossible d’y construire les longs tunnels nécessaires à l’interférométrie directe. Mais peut-on y installer une version moderne de l’interférométrie à intensité? C’est le pari de l’équipe. Et, peut-être un jour, voir l’invisible: les plus petites étoiles de l’Univers, dans leurs moindres détails. © Serge Brunier Centre Pédagogique Planète et Univers (C2PU) de Calern. Cet article a été rédigé dans le cadre du projet ANR SAPS Côte d’Azur qui assure la médiation scientifique des projets de recherche financés par l’ANR en 2020. Télescope ancien installé dans une coupole d’observatoire. © Adobe Stock INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 37INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 36 HISTOIRE D’UNE RECHERCHE HISTOIRE D’UNE RECHERCHE
Quand on parle du métier d’orthophoniste, on a tendance à l’associer à la rééducation des troubles développementaux. En effet, la diversité de ce métier est mal connue, puisqu’il intervient à tous âges de la vie. À noter qu’il a une place particulière auprès des personnes âgées, notamment dans les maladies neurodégénératives. Auriane Gros et Alexandra Plonka, toutes deux orthophonistes et enseignantes-chercheuses à Université Côte d’Azur travaillent entre langage, cognition, mémoire et neurosciences. Elles font bouger les lignes d’une discipline en constante évolution. Le vieillissement, lorsqu’il est pathologique, peut s’accompagner de troubles cognitifs: perte de mémoire, difficultés de concentration, repli social… Et dans certaines pathologies, ces signes sont loin d’être anodins. C’est le cas de l’Aphasie Primaire Progressive (APP), un syndrome neurodégénératif rare qui commence... par des troubles du langage oral et écrit. Les patients cherchent leurs mots, inversent des sons et peuvent peiner à former des phrases. On croit souvent à un simple trouble de la mémoire, mais c’est bien la parole qui est touchée. Alexandra Plonka a consacré sa thèse à ce syndrome mal connu dont Auriane Gros est référente au sein des Centres Mémoire Ressources et Recherche (CMRR) de Dijon puis de Nice depuis plus de 15 ans. Elles y voient un enjeu fondamental: améliorer la précocité du diagnostic de cette aphasie. LE LANGAGE COMME MARQUEUR BIOLOGIQUE C’est en équipe qu’Alexandra Plonka et Auriane Gros, développent des outils innovants pour le diagnostic précoce. Le projet MarCo-Sens (investigateur et coordinateur principaux: la docteure Aurélie Mouton et la professeure Auriane Gros) a été mis en œuvre depuis 2019 au sein du CMRR du CHU de Nice et a pour but d’utiliser des mesures comportementales non invasives pour améliorer le diagnostic précoce de nombreuses pathologies neurodégénératives. Alexandra Plonka s’est plus particulièrement intéressée au cours de sa thèse aux paramètres graphiques de l’écriture recueillis via des tablettes électroniques: vitesse, pression du stylet, pauses entre les mots. Autant de petits signaux qui sont captés automatiquement et analysés pour déceler des anomalies. L’équipe de recherche a pu observer des différences marquées entre personnes saines, patients atteints de Maladie d’Alzheimer et patients présentant une APP. Ces marqueurs graphiques sont simples, accessibles, et pourraient être utilisés en consultation clinique de manière très concrète. D’autres axes sont explorés, comme l’analyse de la voix ou de l’odorat, qui permettent de diversifier les marqueurs sensoriels, affiner les diagnostics pour prévenir l’évolution des troubles. L’étude MarCo-Sens, toujours en cours, a déjà permis d’analyser plus de 700 patients et contribue activement à la meilleure compréhension des biomarqueurs liés à certaines pathologies neurodégénératives. ORTHOPHONIE, UNE SCIENCE DU FUTUR Le 21 septembre est la journée mondiale de la maladie d’Alzheimer. L’occasion de rappeler que cette pathologie concerne une population large, et non uniquement les personnes âgées. Les Aphasies Primaires Progressives qui sont une des formes atypiques de l’apparition précoce de la maladie d’Alzheimer, touchent une population de patients jeunes, souvent et qui sont parfois parents avec leurs enfants à domicile. Alors que les premiers signes de maladie peuvent apparaître aux alentours de 40 ans, la moyenne d’âge nationale des personnes diagnostiquées de l’aphasie se situe aux alentours de 74 ans. Les recherches dans ce domaine sont nécessaires et indispensables pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des patients. Un point souvent négligé? Les aidants: ces proches qui accompagnent les malades au quotidien. Ils sont parfois les premiers à remarquer les signes, mais aussi les plus exposés à la fatigue et à l’isolement. Mieux comprendre la maladie, c’est aussi mieux soutenir ceux qui sont dans l’ombre, un axe de recherche en cours de développement dans le laboratoire CoBTeK auquel sont rattachées les deux chercheuses et un axe qui se développera encore grâce à la création de Créapolis*, un lieu de partage pour faire avancer le soin, la coopération et l’innovation en santé. Aujourd’hui, Auriane Gros et Alexandra Plonka poursuivent leurs recherches localement, nationalement en lien avec de nombreux CHU et à l’international en partenariat avec le Canada, la Belgique ou encore les Pays-Bas. L’objectif est clair: définir des outils de diagnostic, rapides, efficaces et accessibles aux soignants. Ainsi, grâce à une approche pluridisciplinaire, ce sont les pratiques cliniques et scientifiques qui évoluent pour une prise en charge améliorée des patients. De bégayer ou de bloquer pour produire certains mots De faire un effort important pour articuler D’utiliser un mot inapproprié à la place d’un autre D’avoir des difficultés à avaler votre salive De ne pas trouver le sens de mots pourtant familiers De chercher vos mots lorsque vous voulez parler Ces signes ne doivent pas être ignorés. Consultez le Centre Mémoire Ressources et Recherche En ce moment vous ou un proche avez l’impression... Repérer les premiers signes d’Aphasie Primaire Progressive Affiche réalisée par Eloise Da Cunha, orthophoniste et doctorante sur les APPs à Université Côte d’Azur. AUX FRONTIÈRES DU LANGAGE ET DU CERVEAU Dans l’Aphasie Primaire Progressive, ce sont les mots qui manquent en premier © Adobe Stock JEUNE SCIENTIFIQUE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 39INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 38 JEUNE SCIENTIFIQUE
Dans le premier numéro du magazine INTERVALLE, nous vous racontions le début d’un projet qui sentait bon l’aubépine, la myrrhe et les mystères botaniques:«Les oubliées de la parfumerie». Un an plus tard, Xavier Fernandez, enseignant-chercheur à l’Institut de Chimie d’Université Côte d’Azur revient avec de nouvelles notes olfactives… et une aventure scientifique toujours plus florissante! En septembre 2024, nous racontions l’arrivée sur Terre des échantillons de l’astéroïde Bennu, rapportés par la mission OSIRIS-REx de la NASA après sept ans de voyage (INTERVALLE n°1, «L’astéroïde Bennu : à la recherche de nos origines»). Aujourd’hui, les premières analyses livrent leurs secrets. À Nice, des chercheurs décryptent grain par grain ces vestiges venus d’un autre monde, porteurs d’indices sur l’origine de la vie. UNE TOUCHE BOISÉE L’année dernière, quatre plantes dites oubliées ont été remises au goût du jour dans une collaboration entre l’Institut de Chimie de Nice, l’Occitane en Provence et le Musée International de la Parfumerie de Grasse. En octobre 2024, le quatrième parfum du projet a vu le jour. Son nom? Glycine. Un hommage tout en finesse à cette liane gracieuse, symbole d’un travail au long cours entre science, histoire et création. Ce nouveau parfum marque aussi une étape clé: la fin de la seconde thèse liée au projet, consacrée cette fois non plus aux fleurs mais aux arbustes et aux bois oubliés. Quelles ont été les étapes nécessaires à la création de ces parfums? D’abord il a fallu identifier des plantes disparues ou négligées en collaboration avec des archéologues. Ensuite, produire des extraits, analyser les composés volatils et proposer des matières premières aux parfumeurs. Le tout en partenariat étroit avec L’Occitane, l’un des piliers de la parfumerie provençale. QUAND LE PASSÉ INSPIRE LE FUTUR Après les fleurs, les arbustes et les bois, c’est désormais le champ des plantes aromatiques et médicinales qui se dessine. Les outils analytiques de pointe, comme la chromatographie ou la spectrométrie, permettent de redonner voix à ces végétaux méconnus, et d’imaginer comment les intégrer dans la parfumerie. Dernière avancée, une chaire partenariale a vu le jour le 3 juillet dernier, portée par Université Côte d’Azur, la Fondation Université Côte d’Azur, la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse et de nombreux acteurs de terrain. L’objectif est de fédérer les chercheurs, industriels, producteurs et passionnés autour des savoir-faire liés aux arômes et à la parfumerie. La région de Grasse, classée au patrimoine immatériel de l’UNESCO pour sa tradition parfumée, redevient ainsi un laboratoire vivant où patrimoine, recherche et industrie créent ensemble les senteurs de demain. DE LA GLYCINE À L’INTERNATIONAL Et maintenant? Xavier Ferrandez rêve de faire voyager ses parfums dans d’autres cultures olfactives, tout en continuant à explorer le patrimoine botanique local. Une aventure entre passé et avenir, entre science et sens. Parce qu’un parfum, c’est bien plus qu’une odeur: c’est une mémoire, une histoire… et souvent, une découverte scientifique. Ces fragments sont bien plus que de «simples cailloux». Dans un milligramme de roche, on a trouvé de la matière organique complexe : 14 des 20 acides aminés du vivant, ainsi que des sucres comme le ribose, brique de l’ADN et de l’ARN. Ces découvertes renforcent l’idée que des astéroïdes, il y a des milliards d’années, transportaient déjà les molécules essentielles à l’apparition de la vie sur Terre. Contrairement aux météorites, où ces composés fragiles sont dégradés en entrant dans l’atmosphère, les échantillons de Bennu ont été protégés et sont conservés dans un milieu inerte, ce qui en fait une ressource unique pour les générations futures. Autre résultat majeur : la présence de minéraux comme carbonates, sulfates et sels prouve que l’astéroïde a connu de l’eau liquide. Bennu étant le fragment d’un corps plus gros détruit il y a plusieurs centaines de millions d’années, c’est sur ce corps qu’une intense activité hydrothermale a eu lieu, avec une eau tiède et basique, semblable à une eau minérale alcaline. Les dépôts sont comparables à ceux des marais salants de Camargue. De tels environnements, impropres à la vie, auraient toutefois favorisé la formation de molécules organiques complexes. Le consortium international dispose d’un an supplémentaire pour étudier cette roche hétérogène. Au CRHEA et au laboratoire Lagrange, les chercheurs croisent cosmochimie, physique et imagerie haute résolution. Grâce à la cathodoluminescence – qui fait briller un minéral bombardé d’électrons – ils révèlent composition et histoire de formation : chaque grain raconte alors les premiers instants du système solaire, et peutêtre les prémices de la vie sur Terre. Déjà, les regards se tournent vers Apophis. Cet astéroïde de 340 m passera en 2029 à seulement 32 000 km de la Terre, dix fois plus près que nos satellites géostationnaires, sans danger. Jamais un objet de cette taille n’aura frôlé ainsi notre planète, visible à l’œil nu depuis certaines régions. NASA et ESA préparent des missions pour l’étudier et tester nos capacités de suivi rapproché. Pour la NASA, Apophis est le prolongement naturel des recherches sur Bennu : comprendre nos origines et assurer notre protection. DES VESTIGES DE LA VIE INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 40 UN AN APRÈS UN AN APRÈS INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 41
GLOSSAIRE Hubert Bonnefond est chercheur au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche-Sur-Mer – LOV (IMEV, CNRS, Sorbonne Université) et créateur de la start-up DarwIn Evolution. Quentin Dumoulin est enseignant-chercheur au Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures Et Sociétés – LIRCES (Université Côte d’Azur). Xavier Fernandez est enseignant-chercheur à l’Institut de Chimie de Nice – ICN (Université Côte d’Azur, CNRS). Il est également vice-président Innovation et Valorisation d’Université Côte d’Azur. Marion Ferrandez est doctorante au Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cliniques, Cognitives et Sociales – LAPCOS (Université Côte d’Azur) et Cognition, Behaviour, Technology - COBTEK (Université Côte d’Azur). Florence Gittard-Askenazy est psychiatre et cheffe du service universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent du CHU-Lenval. Elle est également directrice du laboratoire Cognition Behavior Technology – CoBTeK (Université Côte d’Azur). William Guerin est chercheur à l’Institut de Physique de Nice – INPHYNI (Université Côte d’Azur, CNRS). Auriane Gros est orthophoniste et directrice pédagogique du département d’Orthophonie de Nice. Elle est également enseignante-chercheurse au laboratoire Cognition Behaviour Technology – CoBTeK (Université Côte d’Azur). Agnès Jeanjean est enseignante-chercheuse au Laboratoire d’Anthropologie et de Psychologie Cliniques, Cognitives et Sociales – LAPCOS (Université Côte d’Azur). Thomas Laloë est enseignant-chercheur au Laboratoire de mathématiques Jean Alexandre Dieudonné – LJAD (Université Côte d’Azur, CNRS). Guy Libourel est enseignant-chercheur au laboratoire Joseph-Louis Lagrange – LAGRANGE (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA). Stéphane Martin est chercheur à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire – IPMC (Université Côte d’Azur, CNRS, INSERM). Patrick Michel est chercheur au laboratoire Joseph-Louis Lagrange –LAGRANGE (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA). Stéphane Operto est chercheur au laboratoire GEOAZUR (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, IRD). Alexandra Plonka est orthophoniste et enseignantechercheuse au laboratoire Cognition Behaviour Technology – CoBTeK (Université Côte d’Azur). Mélanie Plouviez est enseignante-chercheuse et directrice du Centre de Recherches en Histoire des Idées – CRHI (Université Côte d’Azur). Andrea Soubelet est enseignante-chercheuse au laboratoire Cognition, Behaviour, Technology – CoBTeK (Université Côte d’Azur). Elle est responsable du parcours de master «Psychologie clinique, vulnérabilités et développement du psychotraumatisme». Yves Strickler est enseignant-chercheur au Centre d’Etudes et de Recherche en Droit des Procédures – CERDP (Université Côte d’Azur). Serena Villata est enseignante-chercheuse au Laboratoire d’Informatique, Signaux et Systèmes de Sophia Antipolis –I3S (Université Côte d’Azur, CNRS) et à l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle - 3IA (Université Côte d’Azur, CNRS, Inria). Raphaël Zory est enseignant-chercheur au Laboratoire Motricité Humaine Expertise Sport et Santé – LAMHESS (Université Côte d’Azur). SUR LA RUBRIQUE «VOS QUESTIONS» Damien Bazin est enseignant-chercheur au Groupe de Recherche en Droit, Économie et Gestion – GREDEG (Université Côte d’Azur, CNRS). Luigi Flora est codirecteur patient du Centre d’Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public – CI3P (Université Côte d’Azur). Ulrike Mayrhofer est enseignante-chercheuse et directrice au laboratoire Groupe de Recherche en Management – GRM (Université Côte d’Azur). Benoît Régent est enseignant-chercheur au Groupe de Recherche en Droit, Économie et Gestion – GREDEG (Université Côte d’Azur, CNRS). Yannick Rumpala enseignant-chercheur au sein de l’Equipe de Recherche sur les Mutations de l’Europe et de ses Sociétés – ERMES (Université Côte d’Azur). NOS INTERVENANTS Agence Nationale de la Recherche (ANR): c’est un établissement public administratif placé sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Elle est chargée de financer des projets de recherche, en soutenant la coopération entre opérateurs publics, ainsi qu’entre ces derniers et les entreprises. CNRS : le Centre National de la Recherche Scientifique qui est le plus grand organisme public français de recherche scientifique. Chercheur: il est recruté à la suite d’un concours dans la fonction publique dans un des Organismes Nationaux de Recherche pour développer et réaliser des projets de recherche. Enseignant-chercheur: il est recruté à la suite d’un concours dans une université et il a la double mission de développer et réaliser des projets de recherche et aussi d’enseigner aux étudiants de l’université qui bénéficient ainsi pour leur formation des dernières avancées scientifiques. Doctorat: c’est un passage obligé pour tout étudiant souhaitant devenir chercheur, quelle que soit sa discipline: philosophie, littérature, biologie, économie, mathématiques, sociologie ou autre. La préparation d’un doctorat se fait après un master 2 (bac+5) sur une durée de 3-4 ans. Le doctorant s’engage, sous la supervision d’un directeur de thèse, dans un projet de recherche et après la rédaction et la soutenance d’une thèse, il pourra obtenir le titre de Docteur. INRAE: l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement est un organisme national de recherche œuvrant pour un développement cohérent et durable de l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Inria: l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique est un organisme national de recherche dédié aux sciences et aux technologies du numérique. Inserm: l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale est un organisme national de recherche entièrement dédié à la santé humaine. IRD: l’Institut de Recherche pour le Développement est un organisme de recherche public français pluridisciplinaire qui, depuis près de 80 ans, s’engage dans des partenariats équitables avec les pays du Sud et dans les Outre-mer français. Laboratoire de recherche (ou unité de recherche): sous la responsabilité d’un directeur d’unité identifié, il vise à mener à bien un projet scientifique disciplinaire soumis à évaluation. Il est rattaché à une ou plusieurs tutelles qui apportent des ressources financières, humaines et logistiques au laboratoire. Organismes Nationaux de Recherche (ONR): ce sont les structures où les activités de recherche publique sont menées. Il peut s’agir d’organismes tels que le CNRS, l’Inria, ou l’Inserm par exemple. Post-doctorat: après avoir soutenu sa thèse, le doctorant devient chercheur postdoctorant. Il s’agit la plupart du temps d’une période transitoire avant de passer des concours pour être recruté chercheur ou enseignant-chercheur. Thèse: il s’agit du document rédigé par un doctorant sur une thématique particulière dans le but de de devenir chercheur. Il s’agit d’adopter une démarche scientifique pour pouvoir étayer, infirmer ou confirmer une hypothèse ou une affirmation en se fondant sur des résultats de recherche, des observations et des analyses. Université: Université Côte d’Azur est un grand Établissement Public à Caractère Scientifique Culturel et Professionnel dont les missions fondamentales sont la Formation des étudiantes et étudiants et des professionnelles et professionnels, une Recherche d’excellence et une Innovation au service de toutes et tous. NOS SOURCES SUR LES MOTS MARQUÉS D’UNE * De quoi prolonger la lecture, vérifier les informations ou approfondir certains sujets. NOS INTERVENANTS INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 43INTERVALLE / SEPTEMBRE 2025 / 42 GLOSSAIRE
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