International Journal of Recent Innovations in Academic Research This work is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License [CC BY 4.0] E-ISSN: 2635-3040; P-ISSN: 2659-1561 Homepage: https://www.ijriar.com/ Volume-9, Issue-4, October-December-2025: 98-111 98 Research Article Diversité floristique, composition et structures des formations végétales dans les provinces du Guéra, du Batha et du Hadjer-Lamis au Tchad : État des lieux et enjeux écologiques Floristic Diversity, Composition, and Structures of Plant Formations in the Provinces of Guéra, Batha, and Hadjer-Lamis in Chad: Current Status and Ecological Issues Gaiwa Daakreo National Research Center for Development (CNRD), P.O. Box 1228, N'Djamena, Chad Email:
[email protected] Received: October 06, 2025 Accepted: October 27, 2025 Published: November 03, 2025 Résumé Les pratiques actuelles de surpâturage et de récolte intensive de bois contribuent à la réduction progressive de la couverture végétale et à la perturbation de l’équilibre écologique. La forte demande en produits végétaux exerce une pression croissante sur les ressources forestières, menaçant ainsi la pérennité de la couverture ligneuse. Malgré les risques évidents de perte de biodiversité dans cette zone, aucune base de données fiable n’existe à ce jour pour évaluer l’ampleur de la dégradation floristique, ce qui compromet la mise en place d’un suivi efficace de la dynamique végétale. L’objectif de cette étude est d’évaluer la composition floristique, la diversité et la structure des espèces ligneuses dans trois provinces : Guéra, Batha et Hadjer-Lamis. Au total, 74 espèces ligneuses réparties en 43 genres et 21 familles ont été recensées. Les Mimosaceae, dominées par Acacia seyal et Dichrostachys glomerata, représentent le groupe taxonomique le plus important. La richesse spécifique observée demeure inférieure à celle enregistrée dans d’autres régions du Tchad, en raison des conditions écologiques contraignantes et des pressions anthropiques persistantes. La densité des peuplements varie fortement d’un site à l’autre (de 4 à 262 individus/ha), reflétant des contrastes marqués entre les zones à régénération active (Temki, Djogolo) et les zones dégradées (Bokoro, Tersef, Am-Ndjamena), où la végétation est appauvrie et tend vers une homogénéisation floristique. Quatorze espèces prioritaires ont été identifiées pour leur valeur économique, médicinale et nutritionnelle, confirmant le rôle central des ligneux dans la sécurité alimentaire et la résilience des communautés rurales. Toutefois, la surexploitation de ces ressources accentue la raréfaction des espèces à forte valeur utilitaire, menaçant leur régénération naturelle. Ces résultats mettent en évidence l’urgence d’une gestion durable des ressources ligneuses, fondée sur une combinaison entre conservation, restauration écologique et valorisation des savoirs locaux, afin de renforcer la résilience des écosystèmes face aux changements climatiques. Mots-clés : Composition Floristique, Diversité, Espèces Ligneuses, Formations Végétales, Tchad. Abstract Current practices of overgrazing and intensive timber harvesting are contributing to the gradual reduction of vegetation cover and the disruption of ecological balance. Strong demand for plant products is putting increasing pressure on forest resources, threatening the sustainability of woody cover. Despite the obvious risks of biodiversity loss in this area, no reliable database currently exists to assess the extent of floristic degradation, which compromises the implementation of effective monitoring of plant dynamics. The objective of this study is to assess the floristic composition, diversity, and structure of woody species in three provinces: Guéra, Batha, and Hadjer-Lamis. A total of 74 woody species divided into 43 genera and 21 families were recorded. The Mimosaceae, dominated by Acacia seyal and Dichrostachys glomerata, represent the largest taxonomic group. The species richness observed remains lower than that recorded in other regions of Chad, due to restrictive ecological conditions and persistent anthropogenic pressures. Stand density varies greatly from one site to another (from 4 to 262 individuals/ha), reflecting marked contrasts
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 99 between areas of active regeneration (Temki, Djogolo) and degraded areas (Bokoro, Tersef, Am-Ndjamena), where vegetation is impoverished and tends towards floristic homogenization. Fourteen priority species have been identified for their economic, medicinal, and nutritional value, confirming the central role of woody plants in food security and the resilience of rural communities. However, overexploitation of these resources is exacerbating the scarcity of species with high utility value, threatening their natural regeneration. These findings highlight the urgent need for sustainable management of woody resources, based on a combination of conservation, ecological restoration, and the promotion of local knowledge, in order to strengthen the resilience of ecosystems in the face of climate change. Keywords: Floristic Composition, Diversity, Woody Species, Plant Formations, Chad. Introduction Le Tchad, à l’instar des autres pays sahéliens, fait face depuis plusieurs années à des problèmes environnementaux résultant à la fois des déficits pluviométriques et des activités anthropiques. Ces facteurs ont provoqué une dégradation progressive des ressources naturelles, au point que l’absence d’actions correctives pourrait menacer la survie des populations (Guihini et al., 2021). En effet, les pressions humaines entraînent une détérioration des ressources naturelles (Ndong et al., 2015) et une augmentation de la demande en produits végétaux (Renaudin et al., 2011). La satisfaction de ces besoins croissants en produits ligneux a contribué à la destruction des boisements naturels (FAO, 2012). Malgré l’importance de ces enjeux, les connaissances sur la flore des provinces du Guéra, Batha et Hadjer-Lamis restent encore sommaires. Sous l’effet des pressions anthropiques, de nombreuses espèces ont disparu, d’autres sont menacées, et le paysage naturel est profondément transformé, où cohabitent ligneux, cultures et animaux (Mahamane, 1997; Larwanou, 2005). Le manque de données fiables sur la végétation compromet tout suivi écologique efficace et durable de la biodiversité. Cette situation justifie la réalisation d’études sur la végétation ligneuse, afin d’évaluer la composition floristique, la diversité et la structure des ligneux, et de faciliter une gestion durable de ces ressources au profit des populations locales. La présente étude vise à caractériser systématiquement les ligneux des formations végétales, dans le but d’analyser les liens éventuels entre les paramètres de diversité et de structure en réponse aux facteurs écologiques. De manière spécifique, cette étude cherche à connaître la composition floristique des peuplements ligneux ; déterminer la structure horizontale et verticale de ces peuplements ; évaluer la diversité spécifique et les paramètres de distribution des espèces et identifier les espèces menacées et prioritaires pour la conservation et la gestion durable. Cette étude contribuera à renforcer les connaissances sur les paysages végétaux, à fournir des informations actualisées sur la biodiversité et à orienter les stratégies de gestion et de conservation des ressources ligneuses. Elle permettra également d’analyser la dynamique de la biodiversité végétale, essentielle pour la résilience écologique et la sécurité des populations rurales. Matériels et Méthodes Sites de l’étude : Figure 1. Carte de la zone d’étude. L’étude a été conduite dans trois provinces du Tchad : Guéra, Batha et Hadjer-Lamis. Cette région se situe dans une zone dont les isohyètes varient entre 300 et 800 mm. Les sols y sont principalement des
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 100 ferrugineux tropicaux sableux et argileux, pauvres en matière organique, et la végétation est dominée par la savane arbustive. Les précipitations y présentent une forte irrégularité, tant sur le plan spatial que temporel. Les systèmes de production dans cette zone combinent une agriculture pluviale et un élevage transhumant, reflétant l’adaptation des communautés locales aux contraintes climatiques et pédologiques. Méthodologie La collecte des données a été réalisée entre février et avril 2025, période optimale pour l’évaluation des paysages dans la zone sahélienne. Huit sites ont été sélectionnés et caractérisés : Amdjamena, Tersef, Bokoro, Melfi, Temki, Chialo, Djogolo et Mangalme. Chaque site couvre une superficie de 10 km², subdivisée en 16 clusters, au sein desquels 10 parcelles d’observation de 1 000 m² chacune a été réparties de manière aléatoire. Au total, 1 280 parcelles d’observation ont été étudiées, soit 160 parcelles par site. Chaque parcelle est ellemême subdivisée en 4 sous-parcelles : une au centre et trois disposées autour, à 120° du centre. La parcelle principale possède un rayon de 17,84 m, correspondant à une superficie de 0,1 ha, tandis que chaque sousparcelle, dont le centre se situe à 12,2 m du centre de la parcelle principale, a un rayon de 5,64 m, soit une superficie de 0,01 ha. Cette méthodologie permet une couverture spatiale exhaustive et une caractérisation précise de la végétation ligneuse sur l’ensemble des sites étudiés. Inventaires des ligneux L’inventaire des plantes ligneuses a consisté à caractériser chaque parcelle d’échantillonnage et à collecter des données sur la densité des arbres et arbustes, la structure et la composition floristique, ainsi que sur l’historique et les usages des terres et la couverture végétale. Les arbustes (1,5–3 m de hauteur) et les arbres (hauteur > 3 m) ont été comptés dans chaque sous-parcelle pour le calcul de la densité. La distribution spatiale de la végétation a été déterminée à l’aide de la méthode du T-carré (Krebs, 1989), en mesurant les distances : point-arbre, point-arbuste, arbre-arbre et arbuste-arbuste dans chaque sous-parcelle. Les paramètres dendrométriques mesurés comprennent : le diamètre à hauteur de poitrine (DBH, 1,30 m), la hauteur des arbres ainsi que la longueur et la largeur des arbustes. Pour les individus multi-culés, la touffe a été considérée comme un seul individu, et seules les tiges dominantes ont été mesurées. La hauteur des arbres supérieurs à 3 m a été estimée à l’aide d’un jalon gradué de 3 m, tandis que la circonférence du tronc a été mesurée à 1,30 m au-dessus du sol. Cette méthodologie permet d’obtenir des données précises sur la structure, la densité et la répartition spatiale des ligneux, essentielles pour l’évaluation écologique et la gestion durable des ressources forestières. Mesures des indices de végétation Les espèces végétales trouvées dans chaque site ont été décrits et caractérisées en termes de richesse, famille de plantes, indices de Shannon, indices de Simpson, équitabilité de Piedou, index de Margalef, coefficient générique, densité absolue et diversité des arbres. Densité absolue Cet indice indique la valeur moyenne du nombre d’individu de l’espèce par unité d’échantillon. Elle a pour but de nous donner un aperçu plus détaillé de la distribution des espèces sur l’étendue des huit (8) sites. Elle s’énonce comme suit :𝐷𝑎 =n𝑖 M Ou Da représente la densité absolue ; ni le nombre d’individus de l’espèce ; M la superficie totale des unités échantillonnées. Spécifiquement dans le cadre de cette étude la superficie de base considérée est le point de 1000 m2 soit 0,1 ha tandis que chaque site regorge 160 points d’observations ce qui équivaut à 16 ha échantillonnés par site. Les indices de diversité traduisent la diversité végétale. L'intérêt de leur calcul est qu'ils permettent une meilleure conservation de la nature et une surveillance environnementale. Ces derniers aident dans la prise de décision en matière de détermination des mesures à entreprendre pour un meilleur aménagement des paysages. Indice de Shannon-Wiener La diversité Alpha permet d’évaluer le poids de l’espèce dans l’occupation du sol en utilisant l’indice de diversité de Shannon-Wiener. Cet indice varie en fonction du nombre d’espèces présentes. Il est d’autant plus élevé qu’un grand nombre d’espèces participe dans l’occupation du sol. Il s’exprime en bits par individu et varie de la plus faible diversité (0 bit) à la plus élevée (4,5 bits). La formule utilisée est la suivante : H’ = -∑ Pi Log₂ Pi
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 101 Où : Pi = proportion relative du recouvrement moyen de l’espèce, abondance proportionnelle ou pourcentage d'importance de l'espèce : Pi = n𝑖 N (valeurs comprises entre 0 et 1) ; S = nombre total d’espèces ; ni = nombre d'individus d'une espèce dans l’échantillon ; N = nombre total d'individus de toutes les espèces dans l'échantillon ; Log₂ : le logarithme à base 2. Equitabilité de Piélou L’indice de Shannon est souvent accompagné par l’indice d’équitabilité de Piélou : l’indice d’équitabilité permet de mesurer la répartition des individus au sein des espèces, indépendamment de la richesse spécifique. Sa valeur varie de 0 (dominance d’une des espèces) à 1 (équirépartition des individus dans les espèces). 𝐸 = H' 𝐿𝑜𝑔₂S Où : S= nombre total d’espèces. L’équitabilité de Piélou élevé est le signe d’un peuplement équilibré. Par contre les valeurs faibles correspondent à la présence d’un nombre élevé d’espèces rares ou d’un petit nombre d’espèces dominantes. Inoussa et al., (2013) propose pour : E Є [0 ; 0,6], équitabilité de Piélou faible, présence de dominance d’espèce ; E Є [0,7 ; 0,8[, équitabilité de Piélou moyen ; E Є [0,8 ; 1], équitabilité de Piélou élevé, absence de dominance. Index de Margalef Cet index porte sur la richesse spécifique d’une zone inventoriée, il s’énonce suivant la formule ci-après : D = (S −1) lnN Avec : N = nombre d'individus recensés ; S = nombre total d'espèces recensées. Plus l'indice est élevé plus la diversité est grande. Coefficient générique Ce coefficient encore connu sous le nom de diversité générique permet d’affirmer si une flore est diversifiée ou non. Une flore est diversifiée lorsqu’elle renferme moins de grands genres plurispécifiques. Ainsi le coefficient générique (CG) est le rapport entre le nombre de genre et celui des espèces. 𝐶𝐺 = Nombre de genres Nombre d′espèce × 100 Analyse des données Des méthodes d’analyse standard ont été utilisées pour évaluer les similarités, la diversité et l’uniformité des espèces entre les sites ainsi que selon les classes de structure de la végétation. La diversité spécifique a été quantifiée à l’aide de différents indices de diversité. Les différences dans la structure et la composition floristique entre les sites ont été testées par une analyse de variance à un facteur (ANOVA), avec un niveau de signification de 5 %. Pour les variables présentant des différences significatives, une analyse post-hoc a été effectuée en utilisant le test de la différence honnêtement significative (HSD) de Tukey. Cette approche statistique permet d’identifier de manière rigoureuse les variations de composition et de structure des communautés ligneuses entre les différents sites étudiés. Résultat Composition spécifique L’inventaire floristique stratifié mené sur l’ensemble des huit sites a permis de recenser un total de 6 409 individus, répartis entre 4 886 arbres et 1 622 arbustes, appartenant à 74 espèces, 43 genres et 21 familles (Figure 2). Les résultats révèlent une domination nette des Mimosaceae, représentées principalement par Acacia seyal et Dichrostachys glomerata, suivies des familles Anacardiaceae, Zygophyllaceae, Combretaceae et Rhamnaceae. Des variations spécifiques notables sont observées d’un site à l’autre. Ainsi, le site de Tersef est codominé par Acacia seyal et Leptadenia pyrotechnica, tandis que celui de Temki présente une codomination entre Acacia seyal et Dichrostachys glomerata. Sur le plan taxonomique, Temki affiche une diversité floristique inférieure à celle du site de Melfi, où plusieurs taxons se partagent la couverture végétale, notamment Dichrostachys glomerata, Anogeissus leiocarpus, Ziziphus mauritiana, Acacia seyal et Piliostigma reticulatum. Le site d’Am-Ndjamena se distingue, quant à lui, par une domination exclusive de Balanites aegyptiaca. Dans l’ensemble, ces résultats mettent en évidence une forte hétérogénéité de la composition floristique entre les sites, traduisant à la fois des différences écologiques locales et l’impact variable des pressions anthropiques exercées sur ces écosystèmes.
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 102 Figure 2. Espèces de la zone d’étude. Densité relative La distribution spatiale des taxons met en évidence une forte variation de la densité spécifique des espèces entre les différents sites. Le site de Temki présente la densité la plus élevée avec 262 individus/ha, suivi de Djogolo (191 ind./ha), Melfi (141 ind./ha) et Mangalme (134 ind./ha). À l’inverse, les densités les plus faibles sont enregistrées à Tersef (9 ind./ha) et Bokoro (4 ind./ha) (Figure 3). Concernant les arbustes, la tendance observée est similaire. Le site le plus dense est également Temki (172 ind./ha), suivi de Djogolo (100 ind./ha), Chialo (89 ind./ha) et Mangalme (83 ind./ha). Les densités arbustives les plus faibles sont notées à Am-Ndjamena (9 ind./ha) et Tersef (2 ind./ha). Sur le plan structural, la zone de Temki se distingue par la présence des arbres les plus hauts, traduisant une bonne maturité du peuplement. À Mangalme, la régénération naturelle apparaît relativement bonne, comme en témoigne le rapport élevé entre la densité arbustive et la densité arborée. La distribution spatiale et la diversité floristique sont fortement influencées par la nature des sols. Les sites de Temki, Djogolo, Melfi et Mangalme sont dominés par des formations boisées, tandis que Bokoro et Chialo sont principalement couverts de formations arbustives. Les deux autres sites, Am-Ndjamena et Tersef, sont caractérisés par la prédominance de formations herbeuses. Figure 3. Densités moyennes des arbres et arbustes. Densités moyennes par type de formation végétale En termes de structure de la végétation, la densité la plus élevée est observée dans les formations végétales buissonnantes, avec 410,25 individus/ha, suivie des formations boisées qui présentent une densité moyenne de 310,76 individus/ha. Les densités les plus faibles sont enregistrées dans les formations à strates herbacées et les terres cultivées, avec respectivement 26,24 individus/ha et 47,06 individus/ha (Figure 4). Ces résultats traduisent clairement l’impact des facteurs anthropiques sur la structure et la dynamique de la 0 50 100 150 200 250 300 Densité moyenne Sites d'études Nombre des arbres Nombre des arbustes
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 103 végétation. Une analyse plus approfondie de la figure montre que les activités humaines, exercées pour répondre aux besoins socio-économiques, exercent une pression croissante sur les écosystèmes naturels. Des pratiques telles que l’agriculture extensive, le surpâturage, les feux de brousse et la coupe non contrôlée du bois contribuent significativement à la dégradation des formations forestières, se manifestant notamment par une réduction de la densité végétale. Figure 4. Densités moyennes par type de formation végétale. Structure verticale et horizontale des ligneux Aucune différence significative n’a été observée entre les hauteurs moyennes des arbres dans les huit sites étudiés. Cette homogénéité peut s’expliquer par la nature des espèces présentes, les caractéristiques pédologiques et l’influence des activités anthropiques. En revanche, les diamètres moyens des arbres varient significativement d’un site à l’autre. Les sites de Bokoro et d’Am-Ndjamena se distinguent par des valeurs moyennes nettement supérieures à celles des autres sites, soit 22,31 cm et 18,24 cm, respectivement (Tableau 1). Ces deux sites sont dominés par des arbres de grande taille, mais présentent une faible richesse spécifique. Le site d’Am-Ndjamena se caractérise également par une faible densité en individus, ce qui constitue une contrainte majeure pour les interventions visant la régénération naturelle. À l’inverse, le site de Bokoro présente une proportion élevée de jeunes tiges par rapport aux arbres adultes, traduisant de bonnes potentialités de régénération naturelle de la flore locale. Tableau 1. Moyennes des paramètres des arbres par site sentinelle. Site Hauteurs moyennes des arbres (m) Diamètre à hauteur de la poitrine (cm) Amndjamena 5.39 18.24 Bokoro 5.99 22.31 Chialo 4.74 4.17 Djogolo 6.60 12.34 Mangalme 4.96 6.44 Melfi 8.71 9.52 Temki 7.21 10.40 Tersef 4.79 3.58 Une analyse approfondie des paramètres dendrométriques des espèces arborées et arbustives dans l’ensemble de la zone d’étude a été réalisée. Les résultats montrent que les espèces les plus hautes sont Prosopis africana (13,33 m) et Ceiba pentandra (10,30 m). Les plus grands diamètres moyens à hauteur de poitrine (DHP) sont observés chez Ficus sycomorus (26,82 cm), Sterculia setigera (24,25 cm), Prosopis africana et Tamarindus indica (22,10 cm). Par ailleurs, une corrélation positive forte a été mise en évidence entre la hauteur des arbres et leur diamètre à hauteur de poitrine, indiquant une forte probabilité d’observer des individus de grande taille associés à de grands diamètres (Tableau 2). 0 50 100 150 200 250 300 350 Densité moyenne Formations vegetales Arbres Arbustes
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 104 Tableau 2. Moyennes des paramètres des espèces d’arbres dans la zone d’étude. N0 Liste des arbres Hauteurs moyennes des arbres (m) Diamètre à hauteur de la poitrine (cm) 1. Acacia aculeatum 3.30 0.71 2. Acacia ataxacantha 4.64 1.08 3. Acacia laeta 4.44 2.21 4. Acacia macrostachya 3.90 1.80 5. Acacia mellifera 4.59 2.34 6. Acacia nilotica 5.38 5.34 7. Acacia polyacantha 5.84 3.92 8. Acacia raddiana 7.00 8.13 9. Acacia senegal 5.00 3.69 10. Acacia seyal 6.08 3.31 11. Acacia sieberiana 6.47 6.93 12. Albizia chevalieri 6.12 4.80 13. Albizia lebbeck 5.90 3.96 14. Anecardus leocarpus 8.28 8.22 15. Annona senegalensis 3.70 2.74 16. Anogeissus leiocarpus 8.38 7.20 17. Balanites aegyptiaca 5.55 5.82 18. Bauhinia rufescens 4.29 3.57 19. Boscia angustifolia 4.68 8.67 20. Burkea africana 6.10 7.61 21. Calotropis procera 3.28 2.29 22. Capparis decidua 4.47 5.38 23. Cassia sieberiana 4.00 1.32 24. Ceiba pentandra 10.31 7.86 25. Celtis integrifolia 4.01 2.47 26. Combretum aculeatum 3.94 1.80 27. Combretum glomerata 4.65 3.75 28. Combretum glutinosum 5.96 5.09 29. Combretum nigricans 3.99 2.30 30. Combretum nigricans 3.55 1.72 31. Crossopteryx febrifuga 4.63 4.79 32. Dalbergia melanoxylon 4.76 3.18 33. Detarium microcarpum 5.13 5.48 34. Dichrostachys cinerea 5.47 4.94 35. Dichrostachys glomerata 3.69 1.60 36. Diospyros mespiliformis 6.00 7.25 37. Dichrostachys cinerea 8.55 9.03 38. Feretia apodanthera 3.87 2.03 39. Ficus platyphylla 9.00 10.45 40. Ficus sycomorus 8.24 26.82 41. Grewia bicolor 4.56 2.42 42. Guiera senegalensis 3.79 1.67 43. Hexalobus monopetalus 3.8 2.94 44. Lannea acida 4.43 3.02 45. Lannea fruticosa 5.69 4.74 46. Lannea humilis 5.82 4.08 47. Leptadenia arborea 3.2 0.81 48. Leptadenia pyrotechnica 3.5 2.02 49. Maerua crassifolia 4.1 5.48 50. Mangifera indica 4.41 4.33 51. Mitragyna inermis 6.08 5.58 52. Myrtaceae 3.55 1.62 53. Piliostigma reticulatum 4.06 2.97 54. Polygonum sp 5.35 6.90
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 105 55. Prosopis africana 13.33 22.14 56. Pterocarpus lucens 6.21 5.71 57. Salvadora persica 6.07 8.93 58. Sclerocarya birrea 8.79 11.06 59. Securinega virosa 3.61 1.15 60. Sterculia setigera 7.86 24.25 61. Stereospermum kunthianum 4.92 4.21 62. Tamarindus indica 8.55 22.10 63. Terminalia laxiflora 6.09 6.58 64. Ziziphus mauritiana 4.16 2.40 65. Zizyphus mucronata 4.37 2.67 Chez les arbustes, le genre Acacia domine nettement l’ensemble des autres genres en termes de paramètres de croissance tels que la hauteur, la longueur et la largeur. Ces espèces présentent un fort potentiel d’adaptation, leur permettant de mieux résister aux pressions anthropiques et aux contraintes naturelles (Tableau 3). Par ailleurs, les paramètres de croissance des arbustes sont fortement influencés par les activités humaines, notamment l’élevage extensif et les pratiques agricoles, qui modifient la structure et la dynamique de la végétation. Tableau 3. Moyennes des paramètres des espèces d’arbuste dans la zone d’étude. N0 Liste des arbustes Hauteur moyenne Longueur moyenne Largeur moyenne 1. Acacia ataxacantha 2.44 2.76 2.62 2. Acacia laeta 2.60 3.90 3.70 3. Acacia nilotica 1.73 1.86 1.28 4. Acacia senegal 2.16 2.48 1.98 5. Acacia seyal 2.09 2.13 1.53 6. Acacia siberiana 2.90 0.75 0.70 7. Acacia sp 2.45 3.10 2.67 8. Albizia chevalieri 2.25 0.99 0.79 9. Anogeissus leiocarpus 2.06 1.62 1.31 10. Balanites aegyptiaca 2.06 1.88 1.57 11. Bauhinia rufescens 1.90 3.10 2.65 12. Boscia senegalensis 1.84 2.88 2.52 13. Calotropis procera 2.14 2.62 2.20 14. Capparis decidua 1.85 2.40 1.60 15. Ceiba pentandra 2.00 0.43 0.37 16. Combretum aculeatum 1.91 2.61 1.81 17. Combretum glutinosum 2.05 7.47 5.99 18. Combretum nigricans 1.87 0.47 0.30 19. Crossopteryx febrifuga 2.09 1.84 0.91 20. Dalbergia melanoxylon 2.44 2.22 1.69 21. Dichrostachys cinerea 2.07 1.87 1.21 22. Dichrostachys glomerata 2.11 1.86 1.40 23. Feretia apodanthera 2.20 3.13 2.59 24. Grewia villosa 2.08 1.71 1.06 25. Guiera senegalensis 1.91 1.86 1.43 26. Lannea acida 2.06 2.07 1.50 27. Lannea fruticosa 1.85 0.93 0.85 28. Leptadenia pyrotechnica 2.36 2.65 1.98 29. Mitragyna inermis 2.11 2.40 1.55 30. Piliostigma reticulatum 2.11 2.11 1.69 31. Piliostigma thonningii 1.85 0.85 0.68 32. Psidium guajava 2.30 2.76 2.12 33. Sclerocarya birrea 2.30 2.26 1.97 34. Securinega virosa 2.35 3.92 3.45 35. Stereospermum kunthianum 2.10 0.45 0.38
International Journal of Recent Innovations in Academic Research 106 36. Tamarindus indica 2.32 1.79 1.28 37. Terminalia laxiflora 2.16 2.06 1.71 38. Ziziphus mauritiana 2.08 2.47 1.81 Distribution des ligneux par classe des hauteurs La classe de hauteur moyenne comprise entre [3 et 7 m[ est la plus représentée, avec 3 867 individus recensés dans l’ensemble des huit sites, suivie de la classe [7 et 11 m[, qui compte 868 individus. La distribution des individus par classe de hauteur présente une courbe en « L », caractérisée par une diminution progressive du nombre d’individus à mesure que la hauteur augmente (Figure 5). Cette structure traduit une forte pression exercée sur la végétation, notamment par les coupes répétées de bois, qui entravent la régénération naturelle et ne permettent pas aux peuplements d’atteindre des stades de développement avancés. Cette tendance est également observée dans la distribution du nombre de tiges arbustives, où les individus sont principalement concentrés dans la classe [1,5 à 2 m[ (Figure 5). Ces résultats révèlent la présence d’un grand nombre de jeunes plantules de moins de deux mètres de hauteur, conséquence directe de l’intensité des prélèvements de bois, combinée aux feux de brousse non contrôlés et aux pratiques pastorales. Ces pressions anthropiques constituent les principaux facteurs expliquant la structure en « L » caractéristique des formations savanicoles. Figure 5. Distribution des arbres et arbustes par classe des hauteurs. Distribution des ligneux par classe des diamètres La distribution des individus par classes de diamètre présente une variation marquée d’une classe à l’autre. La Figure 6 montre que la classe de diamètre [30–40 cm [est la plus représentée, avec plus de 1000 individus, suivie de la classe des diamètres supérieurs à 60 cm, qui compte environ 960 individus. À l’inverse, les classes de petits diamètres sont faiblement représentées. La distribution obtenue est de type « erratique », ne suivant aucune loi statistique classique : ni une distribution exponentielle, ni une distribution normale en cloche. De manière générale, les espèces sont peu représentées dans les petites classes de diamètre, traduisant une structure déséquilibrée des peuplements. Cette situation reflète une perturbation significative de la biodiversité, attribuable à la combinaison de plusieurs facteurs : anthropiques (coupes de bois, surpâturage, agriculture), climatiques (sécheresses récurrentes), naturels (dynamique écologique) et spatiaux (conditions édaphiques et localisation des peuplements). Figure 6. Distribution des arbres par classe de diamètre. 0 1000 2000 3000 4000 5000 3-7 7-11 11-15 15 et plus Nombre des tiges Classe des hauteurs des arbres 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1-1,5 1,5-2 2-2,5 2,5-2,9 Nombre des tiges Classe de des hauteurs des arbustes 0 200 400 600 800 1000 1200 1-10 10-20 20-30 30-40 40-50 50-60 60 et plus Nombre des tiges Classe des diametres des arbres